- Speaker #0
Il y a des moments dans la vie où tout va bien, vraiment bien. Après le mariage, tout est là. L'amour, le travail qui plaît, les projets d'enfant. L'impression d'être exactement là où l'on devait être. Sarah a 27 ans, elle vient de se marier. Sa vie est stable, construite, rassurante. Elle avance, confiante, convaincue que l'avenir peut s'écrire. Mais quelques mois après le mariage, elle découvre l'impensable. Pas un doute, pas une rumeur. Mais bel et bien une trahison, frontale, violente. A partir de là, tout commence à se fissurer. La confiance, l'image de soi, les repères. Alors qu'elle tente de se relever de cette rupture, alors qu'elle essaie de réparer ce qui peut encore l'être, une autre annonce tombe. Un cancer du sein agressif, sans transition, sans répit. Comme si le corps lui aussi décidait de céder. En quelques semaines, Sarah perd son mari, ses certitudes, ses projets. et doit affronter la maladie, les traitements, la chimiothérapie, la perte de ses cheveux, et la peur de ne peut-être jamais devenir mère. Du jour au lendemain, sa vie ne tourne plus qu'autour des rendez-vous médicaux, de l'attente, de l'inconnu. Dans cet épisode, Sarah ne raconte pas seulement son cancer. Elle raconte ce que cela fait quand tout dégringole. Elle raconte ce que cela fait d'être une jeune femme seule face à un corps qui lâche, et à une existence qui ne ressemble plus du tout à celle qu'elle avait construite. Ce témoignage est brut, intime. profondément bouleversant. Si certaines émotions font écho à votre propre histoire, prenez le temps qu'il vous faut pour l'écoute de cet épisode. Vous écoutez État d'âme, le podcast au cœur de votre santé. Excellente écoute.
- Speaker #1
Je me suis mariée avec la personne qui partageait ma vie depuis 5 ans. C'était un mariage qu'on a préparé pendant 1 an et demi. Et c'était vraiment un beau mariage, on a vraiment investi et fait un mariage qui nous ressemblait. On avait invité toute notre famille, c'était vraiment un beau mariage. En tout cas pour ma part, c'était vraiment le mariage de mes rêves. J'avais la robe de mes rêves et tout était top. Donc je me suis mariée en juillet 2024. Et on a tout de suite enchaîné la lune de miel. Pour nous, le mariage, c'était la concrétisation de notre amour. Et après le mariage, on avait pour projet d'avoir un enfant. Donc moi, après le mariage,
- Speaker #0
j'ai tout de suite arrêté la pilule.
- Speaker #1
On était stabilisés. Enfin voilà, on avait chacun un job. Financièrement, tout allait bien. Donc voilà, on enchaînait sur l'arrêt de la pilule pour potentiellement avoir un enfant dans l'année 2025. C'était l'idée. Donc tout se passe bien. Franchement... La lune de miel se passe super bien, le quotidien se passe bien. Voilà, moi j'étais heureuse, j'avais un travail qui me plaisait, une famille présente pour moi, des amis avec qui tout se passait bien, puis Marie avec qui tout se passait bien également. Pour moi, à ce moment-là de ma vie, tout va bien. Je suis dans ce que j'attendais de ma vie, c'est-à-dire à 27 ans,
- Speaker #0
mariée, avec un CDI, une maison. Je suis la ligne que j'avais toujours imaginée. pour moi, et donc j'étais super heureuse.
- Speaker #1
Du coup, moi, ma vie, tout se passe bien, je suis en cours, on part en week-end, en vacances, etc. Et le 10 décembre, très précisément, donc cinq mois après notre mariage, je suis au boulot et je reçois un message sur Instagram, enfin il y a quelqu'un qui veut m'ouvrir un message sur Instagram, et moi je suis en événement au travail, donc j'essaie d'ouvrir le message, mais j'étais dans un endroit qui ne captait pas bien, donc je ne peux pas l'ouvrir, ça ne s'affiche pas, et puis... Et je continue à travailler. Je me dis que je verrai plus tard. Je retourne au bureau à peu près trois heures après, vers 15h. Je reprends mon travail sur l'ordi, etc. Et je repense à ce message que je n'ai pas pu ouvrir. Et moi, naïvement, le prénom de la personne me faisait penser au prénom d'une amie, de ma meilleure amie, qui venait juste de m'annoncer qu'elle allait se marier. Du coup, je me suis bêtement dit « Ah bah c'est une de ses copines qui veut m'écrire pour me parler du mariage, tout simplement » . Donc elle ne fut pas ma surprise quand j'ai ouvert le message et que j'ai vu un long pavé. C'était un faux compte, un compte d'une personne fake. Et donc qui m'envoyait un message pour me dire que je ne connaissais pas vraiment mon mari, voilà ce que fait ton mari dans ton dos, etc. Et donc dans ce message, la personne parle de vidéos que moi je n'avais pas reçues puisqu'on ne peut pas envoyer des vidéos à quelqu'un qui ne nous a pas acceptées. Donc j'accepte le message et je réponds « De quelle vidéo tu parles ? » J'ai pas reçu les vidéos. Et donc là, je reçois les vidéos. Et là, pour moi, c'est le choc. Le premier réflexe que j'ai, c'est de vérifier que les vêtements qu'il porte sur ses vidéos, c'est des vêtements qu'il a depuis pas longtemps. Donc pour être sûre que c'est récent et que ça date pas d'avant. Ce qui est stupide parce que ça fait 5 ans qu'on est ensemble et que voilà, des dossiers vont pas ressortir 5 ans plus tard. Donc du coup, je vérifie ça. Et sur le coup, je suis dans l'open space et c'est la sidération. Je... Je reste sans voix. Du coup, la première chose que je fais, c'est d'appeler ma belle-sœur, donc la femme de son frère, pour lui expliquer. Je ne sais pas pourquoi. Parce que je lui fais confiance et je sais qu'elle va me comprendre. Donc je lui explique et elle est choquée. Elle n'a pas trop de mots honnêtement sur le coup parce qu'elle est un peu choquée. Ensuite, j'appelle son petit frère. Et lui, il me dit tout de suite de le quitter. Voilà. qu'on a de la chance que je ne suis pas enceinte, que je n'ai pas d'enfant avec lui et que je le quitte. Il faut que je le quitte parce que ça ne se fait pas.
- Speaker #0
Sur le moment, je suis tellement sidérée.
- Speaker #1
Je prends mes cliquets, mes claques et je rentre chez moi parce que de toute façon, je ne peux pas continuer à travailler. Je rentre chez moi. Lui, je lui envoie un message aussi tout de suite. J'essaye de l'appeler et il ne me répond pas. Il ne me répondait pas que par message. Je lui envoie la capture d'écran sans rien dire Et il me répond, en fait il assume tout de suite que c'est vrai, que voilà, quand ça n'allait pas trop entre nous, parce qu'on a eu une sorte de dispute, bah il a fait n'importe quoi, etc. Sauf que dans le message, moi la personne elle m'explique que ça dure depuis des mois, donc que ça a commencé avant notre mariage. Et lui il a l'air de minimiser en disant que c'était quelques fois. Donc voilà, moi je rentre chez moi, je lui dis de ne pas rentrer, que moi je ne veux pas le voir. Et donc, que je ne veux vraiment pas le voir. Donc, je passe franchement une sale soirée. Et surtout, mon premier réflexe, c'est d'essayer de trouver qui c'est. De trouver qui est cette fille. Donc, il me dit comment elle s'appelle. Mais il ne me donne pas son numéro. Donc moi, je sais comment elle s'appelle. Je sais quel est son métier. Et je sais qu'elle a un fils qui est dans l'équipe de foot que mon mari coache. Et là, je suis là. Et en fait, il s'avère qu'en rentrant à la maison, sur la table du salon, il y avait une fiche d'inscription à un stage de foot avec toutes les coordonnées de cette personne. Donc, je l'ai appelée. Et donc là, après, on a eu une conversation plutôt virulente parce qu'en fait, cette personne était au courant qu'il était marié. Elle était bien au courant même. Et voilà... Elle a commencé à me dire des choses pas très sympas sur notre mariage et sur notre vie en général. Et donc j'ai compris que c'était plus qu'une histoire de sexe, que ça allait au-delà entre eux. Et les jours qui suivent, clairement, c'est la fin du monde. En fait, là pour moi, tout s'effondre et je passe mon temps à pleurer. Mais je dois quand même faire bonne figure, continuer à aller au travail et ne rien laisser paraître. J'en parle pas à mes amis. J'en parle pas à ma famille, parce que j'ai honte, parce que je sais pas quoi leur dire, parce que j'ai peur que si moi je décide de pardonner, bah eux ça serait pas le cas. J'ai peur aussi de ce qu'on va me dire, parce que je sais que c'est honteux. Mais voilà, et moi la première chose qui me vient à l'esprit c'est que je vais le quitter, puis après seulement quelques heures je me dis ben non, j'ai envie de me marier, je peux pas le quitter, les gens ils vont penser quoi de moi ? Il se passe beaucoup de choses dans ma tête et du coup, tout est flou. Tout est flou. Mais je continue à aller à travailler. J'ai un séminaire, donc je vais à mon séminaire. Je laisse rien transparaître. Et j'apprendrai par la suite que si ça se voyait un peu qu'il se passait des choses dans ma vie. Mais bon, j'essaye de faire bonne figure en tout cas. Et puis petit à petit, j'informe mes amis qui essayent d'être là pour moi tant bien que mal. et d'apporter leur soutien. Mais on ne sait jamais trop quoi dire à quelqu'un qui vit ça, on ne sait pas comment réagirait-on à la place de la personne, donc ce n'est pas évident. Et surtout j'essaye de comprendre ce qui l'a mené à ça, pourquoi, qu'est-ce que moi j'ai fait de mal ? Parce que comme toujours les victimes portent la honte, portent le fardeau alors qu'en fait on est juste victime et qu'on n'a rien à se reprocher la plupart du temps. Et même si on essaye de nous faire croire qu'on a des choses à se reprocher, ce n'est pas le cas. Donc voilà. Tout se mélange dans ma tête, c'est des chaos. Je n'arrive rien à mettre en ordre. Et donc là, je me dis... je vais rester avec et on va faire comme si de rien n'était parce qu'il y a les fêtes de Noël et je ne veux pas gâcher les fêtes de Noël. Donc voilà, pour l'instant dans ma tête c'est comme ça. Et pendant plusieurs mois je vais essayer de recoller les morceaux parce que lui c'est ce qu'il voulait, du moins c'est ce qu'il me faisait croire. Il voulait qu'on recolle les morceaux, qu'on reste ensemble etc. Donc c'est ce que je vais essayer de faire pendant des mois, donc de janvier à peu près à notre séparation du coup, enfin mars. Et donc je vais essayer mais en fait j'y arrive pas parce que Ça va au-delà de mes valeurs, c'est trop dur. Ça va au-delà de ce que je peux cautionner et de ce que je suis, parce qu'en fait, moi, je serais incapable de faire ça, donc je ne peux pas partager ma vie avec quelqu'un qui en est capable. Et puis, je me dis aussi, mes enfants, je leur inculque quoi ? Mes futurs enfants, si je reste avec un père qui n'est pas loyal, qui n'a pas la même notion que moi du respect et de la fidélité. Donc du coup, après quelques mois de réflexion, à être hyper malheureuse, je le quitte. Et là, pour moi, c'est le soulagement. J'ai l'impression d'avoir un poids en moins sur mes épaules. Et j'ai hésité aussi à le quitter parce que je me disais « Mais attends, t'as 27 ans. Le temps que tu retrouves quelqu'un, que tu refasses ta vie, tu vas avoir tes enfants, à quel âge en fait ? » Et du coup, c'est tout ça qui fait que j'ai du mal à le quitter. Je me suis déjà mariée, mais ils vont penser quoi les gens de ma famille ? Alors que je ne suis pas responsable, mais il y a vraiment le regard des autres qui pèse sur moi. Et en fait, après... Je suis née par ne plus calculer le regard des autres et simplement vivre pour moi et penser à moi. Et je n'aurais pas pu être heureuse, continuer à être heureuse avec quelqu'un qui m'avait trahi. Je n'aurais jamais pu dormir à nouveau sur mes deux oreilles. Donc c'était une nuance. Du coup, on se sépare début avril et moi j'avais eu une échographie de ma mère en mars. Donc voilà, où le médecin m'avait dit qu'il fallait faire une biopsie. Et donc lui il était venu avec moi, enfin il était là. Je lui avais dit que j'avais un peu peur quand même. Une biopsie ça faisait peur, donc je ne savais pas que ce soit un cancer. Lui me disait mais non, t'inquiète pas, enfin bon. Donc ils savaient que j'avais une biopsie à faire en avril. Certes, on était séparés, mais ils savaient. Je fais cette biopsie en avril, très précisément le 9 avril. Et j'ai les résultats deux semaines après, le 24 avril. Et donc là, c'est mon médecin traitant qui m'appelle pour me dire que j'ai un cancer du sein agressif. Après, agressif, on m'explique rapidement qu'agressif, c'est normal chez les jeunes parce que les cellules se reproduisent vite. Donc évidemment, il est agressif, mais ça ne veut pas forcément dire qu'il est intraitable ou incurable. Donc du coup, oui, il est agressif. Mon médecin me dit au téléphone, parce que moi, mon médecin traitant, il n'est pas dans ma ville, jamais réussi à en retrouver un dans ma ville. Elle me dit par téléphone, elle est un peu gênée d'ailleurs, que j'ai un cancer du sein. Et là, moi, j'avais une soirée prévue en after work avec mes collègues. Et donc ma priorité, je ne sais pas, dans ma tête, j'avais une envie, c'était d'aller à cette soirée. Sur le coup, quand même, ça me met un petit coup sur la tête, genre... Je pleure, mais je me dis « Ok, je vais passer une bonne soirée. » De toute façon, je n'ai pas plus d'infos parce que quand on vous dit que vous avez un cancer du sein, vous avez les résultats de la biopsie, mais vous n'avez pas plus d'infos que ça. C'est l'hôpital ensuite qui prend en charge, donc le service scénologie et oncologie qui prend en charge, mais vous n'avez pas d'infos. C'est hyper dur de se projeter. Moi, je ne sais pas si je vais faire de la chimio, je ne sais pas si j'ai métastasé. Je ne sais rien en fait, je sais juste que j'ai un cancer du sein. Et donc, je n'en saurais pas plus avant d'avoir mon rendez-vous à l'hôpital la semaine qui suit. Donc moi, je continue ma soirée normalement. Je rentre chez moi, j'ai super bien dormi. Je pense que j'ai un peu mis de côté dans un coin de ma tête. Je me suis dit « Ok, ça c'est une information importante, c'est dans un coin de ma tête. De toute façon, pour l'instant, je ne peux rien en faire. » Juste le lendemain, il fallait que j'aille déposer à l'hôpital mon dossier. Et après, j'avais rendez-vous la semaine qui suivait. Et en fait, c'est ce rendez-vous avec le chirurgien qui est le point de départ. Parce que c'est là que tout commence en fait. Et là, tous les rendez-vous médicaux s'enchaînent. Donc en fait, c'est un engrenage médical qui s'enchaîne. IRM, mammographie, échographie à nouveau, TEP scan, rendez-vous chirurgien, rendez-vous anesthésiste. Voilà, il y a tout qui s'enchaîne, prise de sang, enfin tout s'enchaîne. Et du coup, on n'a même pas vraiment le temps de réaliser ce qui nous arrive. Et moi, pour être honnête, je n'ai pas eu peur. Je me suis dit que j'allais guérir dans tous les cas. Je n'ai pas pensé à la mort. Je n'ai Je ne me suis pas dit que j'allais mourir, je n'ai pas eu cette peur-là. Moi, j'avais juste peur de faire la chimio et ce n'était même pas de perdre mes cheveux qui me dérangeaient. C'était de perdre ma fertilité en fait. Voilà, ça c'était vraiment mon point de blocage. Et après sinon j'étais bien entourée donc l'annonce oui c'était dur mais j'étais bien entourée. Les choses étaient en ordre dans ma tête donc j'ai juste pris les choses une à une tout simplement. Et avec les réseaux sociaux, j'ai rencontré aussi beaucoup de filles. Je me suis renseigné beaucoup sur les réseaux sociaux Et ça m'a beaucoup aidée aussi à avancer, à me rendre compte que je n'étais pas la seule, qu'il y en avait beaucoup des jeunes. Et donc du coup, ça m'a beaucoup aidée. Et donc là, à partir de l'annonce par contre, ma santé devient ma priorité. Ma rupture, la trahison, la tromperie, tout ça, ça passe au second plan. Et c'est tout quoi, je pense vraiment que à ma santé et à guérir et à tout ce que ça va impliquer. J'oublie limite la douleur que ça m'a fait de me séparer. Et d'ailleurs, pour l'anecdote, je souffrais tellement de ma séparation. C'est tellement dur qu'une fois au travail avec une collègue, on parlait de ça et j'en parlais tout le temps en pleurant. C'était hyper dur. Je lui ai dit « Tu sais, j'en viens à espérer que ce que j'ai dans mon sein, que la boule que j'ai dans mon sein, ce soit grave. Comme ça, j'aurai une vraie raison de pleurer. » Et en fait, c'était ridicule et c'était stupide avec du recul de dire ça. Mais là, j'avais une vraie raison de pleurer. J'avais vraiment une vraie raison de me battre. Et en fait, tout le reste, ça devient dérisoire. On se dit tout de suite que la santé, c'est le plus important. Mais moi, une fois que j'ai l'annonce, je vais toujours bien. Je veux dire que je suis toujours en bonne santé. en apparence et dans mon corps, je me sens bien. Ce qui va me fatiguer, ce qui va me rendre malade finalement, c'est les traitements qui vont servir à me guérir. Mais pour l'instant, je vais bien. Donc moi, je continue à kiffer ma vie comme avant. Donc j'avais repris goût un peu à me faire belle, à m'habiller, à m'apprêter, à sortir. Du coup, je continue comme ça. Je me mets sur les ailes de rencontre. Je ne me laisse pas abattre. Je continue ma vie normalement. Et je crois que d'ailleurs, je ne me suis jamais autant trouvée, comme on dit, à mon prime. Entre le moment où j'ai su que j'avais un cancer et le moment où j'ai démarré la chimiothérapie. Ça ne m'a pas du tout empêchée de continuer ma vie de jeune femme de 27 ans fraîchement célibataire. Du coup, après l'annonce, j'ai mon premier rendez-vous avec la chirurgienne qui va m'opérer pour m'enlever la tumeur parce que c'est une petite tumeur qui est encore localisée. Donc moi, j'ai une tumorectomie en premier. Et après, je n'ai que des traitements adjuvants parce que la tumeur a été retirée d'enfant d'intégralité. Donc je n'ai que des traitements adjuvants. C'est-à-dire que je vais faire de la chimiothérapie. parce que je suis jeune et que pour être sûre qu'il n'y ait pas de récidive, alors on me fait de la chimiothérapie. Puis j'aurai de la radiothérapie, puis de l'hormonothérapie parce que j'ai un cancer du sein hormonodépendant, donc qui s'alimente d'hormones. Et pour bloquer les hormones et éviter la récidive, on est obligé de me faire de l'hormonothérapie, et ça pendant cinq ans. Pour moi, le plus dur à encaisser déjà, c'est de savoir que je vais faire de la chimiothérapie. Parce que la chimiothérapie, on le voit comme quelque chose de très dur ? Quand on voit à la télé, on s'imagine tout de suite quelqu'un qui est mourant, qui ne peut pas se lever de son lit. Ça fait très peur parce qu'on a l'impression qu'on va devenir un légume pendant plusieurs mois, que ça va être long. On s'arrête de travailler forcément parce qu'on ne peut pas continuer à travailler dans cet état-là. Donc oui, ça fait peur. Mais ce qui me fait peur avec la chimiothérapie, c'est même pas de perdre mes cheveux, c'est vraiment de perdre ma fertilité. C'est vraiment moi ce qui m'a le plus travaillée. Après la radiothérapie, je me dis que c'est le moins dur. Et puis l'hormonothérapie, ça me fait peur parce que je me dis que pendant 5 ans, je vais être ménopausée, pendant 5 ans, je vais avoir un traitement qui, quand on regarde sur les réseaux sociaux, a un impact considérable sur le quotidien. Donc tout ça, ça me fait peur et je me dis « Oh my God, mais comment je vais faire pour survivre à tout ça ? » Mais encore une fois, j'échange beaucoup avec des personnes sur les réseaux sociaux et on me dit pas à pas, step by step. Donc c'est ce que j'essaye de faire, step by step. Après mon opération, on me confirme que je vais faire de la chimio. Donc effectivement, c'est dur. Ça me fait clairement chier de devoir faire de la chimio. Mais je ne vais pas avoir le choix. Le plus dur, en fait, c'est de se dire que c'est un traitement adjuvant. C'est un traitement au cas où, en prévention. C'est dur de se dire ça parce qu'on se dit qu'on est soigné, mais qu'on doit quand même faire ça au cas où. Après, les médecins expliquent bien, l'oncologue explique bien pourquoi. C'est pour éviter la récidive et du coup... En comprenant pourquoi, je me fais une raison et je me dis que c'est le mieux. Donc là, je démarre la chimio. Et honnêtement, moi j'ai beaucoup parlé à mon corps et j'ai tout fait en sorte pour que ça se passe le mieux possible. C'est-à-dire que j'ai été voir une psychologue, j'ai été voir un micro-kiné, j'ai été aussi chez une hypnothérapeute parce que moi je mettais toutes les chances de mon côté pour que ça se passe bien. Du coup, je fais ma première chimio et on m'avait dit que deux semaines après ma première chimio, donc 15 jours ou 17 jours après ma première chimio, j'aurais les cheveux qui allaient tomber. Et moi, j'ai décidé de ne pas attendre que mes cheveux tombent. Donc quand ils ont commencé à tomber le 20 juillet, d'ailleurs c'est ironique parce que le 20 juillet, c'était le jour de mon mariage l'année d'avant. Donc c'était un peu particulier. Mais donc ce jour-là, mes cheveux commencent à tomber. Je le sens parce que je suis dans le train, je rentre de chez ma tante et j'ai des poignées dans mes mains. Évidemment, on se dit toujours qu'on va y échapper, mais on sait très bien que ça va finir par arriver. Et trois jours après, j'ai été chez le coiffeur, chez un coiffeur spécialisé pour me raser le crâne. Donc avec eux, il y avait mes parents, il y avait toutes mes amies. Et voilà, c'était un moment émouvant, mais pas triste parce que bien sûr tout le monde a pleuré. Parce qu'on ne se dit jamais, les parents ne se disent jamais qu'ils vont devoir vivre ça avec leur enfant. Et les amis, c'est pareil. Enfin voilà, la famille et les amis, c'est pareil. On ne se dit pas qu'on va traverser ça, mais ce n'était pas un moment triste. Et honnêtement, j'étais plutôt contente de me voir avec le crâne rasé. Je n'aurais jamais fait ça sinon, mais c'est toujours intéressant. Donc du coup, je ne me suis pas trouvée en plus moche. Moi, pour être honnête, j'ai même vraiment kiffé me voir le crâne rasé. Ça donnait un petit style et puis c'était l'été, donc moi je sortais comme ça, je n'avais pas de problème. Bon, le regard des gens est compliqué évidemment. D'ailleurs, c'est le regard des gens auxquels on est confrontés qui nous rappellent qu'on est malade et qu'on a le crâne rasé. Et dans les gens, c'est comme s'ils nous regardaient et qu'ils essayaient de savoir si c'était écrit sur notre manteau ou quelque part. Alors que nous, on est juste... Moi, je sortais à l'aise, sans rien sur la tête. Après, je mettais des foulards pour protéger du soleil. Mais sinon, j'étais plutôt à l'aise. En plus, on ne perd pas tout de suite nos cils et nos sourcils. Donc, on est plutôt... Enfin, moi, je n'avais pas l'impression de ressembler à une malade. J'avais l'impression d'avoir juste le crâne rasé, mais c'est tout. Et la première chimio, je l'ai plutôt bien tolérée. Donc, ça m'a donné confiance pour les autres. J'étais juste extrêmement fatiguée la première semaine, les cinq premiers jours. Et après, à partir du vendredi, moi, j'avais ma chimio le lundi. Et à partir du vendredi, j'allais plutôt bien. Donc moi, j'ai toujours jalonné mon temps à me dire tel jour, je vois une telle copine ou tel jour, j'ai le mariage de un tel. Tel jour, je fais telle chose avec un tel. Donc ça me permettait de ne pas penser qu'aux rendez-vous médicaux. Donc voilà. Après, c'est vrai que se voir dans la glace sans cheveux, etc., ça fait toujours quelque chose. D'autant plus qu'on a des cicatrices. On a la cicatrice de la tumorectomie. On a la cicatrice de la chambre implantable qui est sur le torse, donc qui est bien visible, surtout en été. Moi, je suis toute fine, donc on voit bien ma chambre implantable. Elle ressort vachement. Donc c'est vrai que l'image, le reflet dans le miroir, effectivement, il est compliqué. Pour moi, c'était d'autant plus compliqué parce que je venais de me séparer. Je me disais « purée, j'en prenais goût un peu à la vie, assez dur, etc. » Et là, voilà, je n'ai pas de cheveux, je suis malade. Je ne vais attirer personne. Je ne suis qu'une malade, quoi ! Quel mec va être attiré par ça ? Parce que j'étais encore dans mon truc de me dire que je voulais rencontrer quelqu'un, etc. Et en fait, au fur et à mesure des mois, ça m'est passé. Ça m'est passé parce que je me suis rendu compte que je pouvais vivre seule, par moi-même, que j'avais besoin de personne, et que j'étais forte, et que je ne voulais pas être juste avec quelqu'un ou juste poitre avec quelqu'un. Que voilà, ça devait m'apporter quelque chose en plus. Donc oui, c'est dur le regard dans le miroir parce qu'il change, mais si vous arrivez à vous aimer, Dans cet état, vous aimerez toute votre vie. D'ailleurs, des fois, tu regardes des photos de toi que t'aimais pas il y a un an et tu te dis « mais en fait j'étais trop fraîche sur cette photo » . Parce que maintenant, tu te regardes dans la glace et tu te dis « là je m'aime à nu quoi, je peux pas être plus simple, il n'y a pas de fossiles, il n'y a pas de cheveux, il n'y a pas de sourcils, il n'y a rien » . T'es vraiment dans ton habit le plus simple quoi. Donc... Si tu apprends à t'aimer, si tu t'acceptes comme ça, et moi ça a été mon cas, je me suis acceptée comme ça. Je me suis trouvée belle et ça n'a pas été plus difficile que ça. Et j'ai dû congeler mes ovocytes pour des raisons de fertilité, pour des questions de fertilité. Quand vous faites de la chimio, potentiellement ça peut atteindre vos ovaires, donc potentiellement vous pouvez devenir stérile. Ou avoir du mal à procréer par la suite, donc on congèle les ovocytes. Ça c'était une... Ça, c'était quelque chose que je voulais absolument faire. De toute façon, les médecins vous le proposent automatiquement quand vous avez l'âge d'avoir des enfants et que vous êtes trop jeune. Enfin, que vous n'en avez pas eu. Même si vous en avez eu, d'ailleurs. Donc, effectivement, j'ai fait la conservation de fertilité, la congélation d'ovocytes. C'était une étape assez compliquée, oui et non, parce que c'est certes... des examens en plus. C'est assez prenant, c'est des piqûres tous les jours, c'est des piqûres quotidiennes, c'est des prises de sang quotidiennes, en tout cas pour ma part c'était quotidien, des échographies pelviennes, c'était quotidien aussi donc ça nous fait courir un peu partout. En plus moi j'ai pas voulu m'arrêter, je continue à aller travailler donc c'est vrai que c'était prenant mais quand on se dit que c'est pour potentiellement avoir un enfant plus tard, c'est qu'on le voit plutôt comme une opportunité que comme une corvée et donc effectivement c'était C'est difficile, le rapport à la maternité devient compliqué. Moi je pensais que j'allais avoir un enfant dans l'année avec mon mari et en fait je me retrouve à devoir congeler mes ovocytes parce que j'ai un cancer et en plus je suis en train de divorcer. Effectivement c'est un peu lourd mais c'est pas grave, la vie elle me réservera d'autres choses, c'est ce que je me dis. Après je ne dis pas que je n'ai pas eu de phase de colère, j'ai eu des phases de colère surtout quand je voyais que lui il était heureux qu'il a fini par finalement se remettre en couple avec la personne avec qui il me trompait, alors qu'il me disait que jamais il ne se remettrait avec elle. Donc effectivement j'ai eu des phases de colère et un sentiment d'injustice. Je me suis dit mais pourquoi moi j'ai déjà subi la tromperie, l'infidélité ? Et là en plus je dois subir le cancer, donc pourquoi moi et pourquoi lui il vit une belle vie ? Après je me suis dit finalement c'est une épreuve qui va permettre de... de me montrer à moi-même que je suis forte, que je peux m'en sortir et que j'ai besoin de personne. Et j'ai arrêté ensuite de me comparer aussi à lui, à ce que lui vivait, etc. Et je me suis centrée sur moi-même, sur mon futur à moi, pour qu'il ne fasse plus du tout partie de l'équation. Et ça a été d'autant plus simple une fois qu'on a été vraiment divorcés et que là c'était fini. Mais bien sûr que le sentiment d'injustice, il était présent. Il a été présent et j'ai travaillé sur moi pour le faire partir. avec ma psy et puis toute seule aussi.
- Speaker #0
Donc voilà, effectivement, ça n'a pas été rose et simple tous les jours, mais je pense que la colère, ça n'aurait rien arrangé et ça ne m'aurait pas aidée à guérir surtout.
- Speaker #1
Après, c'est vrai que ce qui a été le plus dur, c'est de changer de vie du tout au tout. En l'espace de six mois, ma vie a passé d'une vie de femme mariée accomplie au travail, qui aime la vie tout simplement, à une femme qui passe son temps à l'hôpital, à suivre des rendez-vous médicaux, qui doit se réapproprier son appartement parce que du coup elle se retrouve seule dedans. Donc c'est vrai qu'il y a eu un espèce de gap en l'espace de quelques mois et du coup je ne savais plus trop qui j'étais, où j'habitais. Enfin voilà, j'étais totalement paumée et c'est vrai que le tout mélangé, c'était compliqué. Et d'ailleurs je l'ai souvent dit à mes amis mais je ne sais plus qui je suis, j'ai peur de ne plus jamais être la même personne, j'ai peur... de celle que je vais devenir ? Est-ce que je vais devenir quelqu'un de tout le temps peureux ? Est-ce que je vais retrouver de l'énergie ? Est-ce que je vais être aussi énergique qu'avant ? Est-ce que je vais pouvoir continuer à travailler comme avant ? Parce que j'avais un travail assez prenant et je suis assez ambitieuse et carriériste. Donc, il y a tout un tas de questions qui se posent. Après, c'est vrai que ces questions, elles se posent pour l'après-cancer. Pendant les traitements, on est juste dans la vague du traitement. On fait ce qu'on nous dit de faire. C'est plus pour le après que je me suis posé des questions. Et pareil, j'ai eu des témoignages de plein de femmes qui disaient qu'elles allaient bien, qu'elles n'avaient pas de séquelles. Et donc ça, ça m'a donné vachement de courage. Ça m'a donné beaucoup de courage à continuer, à persévérer et à aller bien. Et j'ai essayé de vivre du mieux que je pouvais, comme je disais tout à l'heure, en partageant des moments en famille, avec mes amis. Enfin voilà, je n'essayais pas de jalonner ma vie uniquement sur les rendez-vous médicaux. Je n'étais pas qu'une cancéreuse, je suis Sarah. Et ma vie ne s'arrête pas au cancer. Mais c'est vrai que c'est dur de passer du tout au tout. Et après, je sais que comme l'a dit une de mes collègues, t'inquiète pas, t'as 27 ans, t'auras encore 40 ans pour travailler. Donc ça, c'est vrai quand on se dit que la retraite, elle est maintenant à 64 ans, on a le temps de voir venir. Donc je me dis, c'est vrai, je vais avoir le temps de retourner au travail, de travailler, de me faire des amis, de rencontrer quelqu'un. Enfin voilà, j'ai toute la vie devant moi. Donc je me suis dit, ok là c'est 6 mois, elle est presque un an de pause. Et après ma vie elle repartirait plus belle. Et d'ailleurs c'est ce qui s'est passé depuis que j'ai fini les chimios. J'ai pu reprendre le sport, donc ça c'est cool parce que je peux prendre soin de moi. Et puis cette pause elle m'a aussi permis de prendre le temps. Parce que dans la vie on ne prend pas le temps, on court partout tout le temps. On travaille, on fait ceci, on va faire nos courses. Voilà j'ai le temps, j'ai pris le temps. J'ai pris le temps d'aller faire mes courses. J'ai pris le temps d'apprendre à cuisiner des nouvelles choses. J'ai pris le temps de lire. J'ai pris le temps de réfléchir, j'ai pris le temps d'apprendre à peindre, à colorier. Enfin voilà, j'ai fait plein de choses et je me dis maintenant en fait c'est ça, prendre le temps. Et je pense que c'était une pause nécessaire dans ma vie pour que je me rende compte de ce que j'aime, de ce que je veux vraiment et que c'est important de trouver un équilibre juste entre le pro et le perso. Et donc vraiment ça m'a, je pense, avec J'urcule maintenant, ça m'a beaucoup servi. Moi, j'étais quelqu'un d'assez sanguin, qui s'énervait beaucoup ou facilement. Maintenant, je suis chill, je suis peace, je prends les choses. Ok, ce n'est pas grave. Ça, ce n'est pas grave. Si je suis en retard, ce n'est pas grave. Si quelqu'un est en retard, ce n'est pas grave. J'essaie vraiment de relativiser tout et je me dis qu'il y a toujours pire dans la vie. Et donc, juste être tranquille, chill, c'est tellement beaucoup plus simple.
- Speaker #0
Quand on est malade, c'est vrai qu'il faut prendre en compte nos émotions, mais on doit aussi prendre en compte l'émotion de notre entourage. Ça, je pense que c'était le plus difficile pour moi de prendre les émotions de mon entourage. Et donc, j'essayais quand moi, j'étais triste ou mal, de ne pas le montrer. Je ne voulais surtout pas rendre triste les autres parce que moi, je savais qu'à cet instant-là, j'étais triste. J'allais pleurer, mais qu'une heure plus tard... plus tard ou le lendemain, j'allais aller mieux. En fait, je savais que c'était juste que j'avais besoin d'extérioriser et je ne voulais pas que les gens pensent que j'étais mal et au plus mal parce que ce n'était pas le cas. Juste des fois, on a besoin d'extérioriser. Et donc moi, c'était ça qui était le plus dur pour moi, c'était de voir la peine dans le regard des autres. Du coup, pour éviter de voir la peine dans le regard des autres, il fallait que je leur montre que moi, je n'avais pas de peine. Et c'est comme ça que ça a fonctionné. Et d'ailleurs, quand je n'allais pas bien, moi, je voulais absolument être seule. Enfin, j'avais besoin d'être seule parce que Je savais que j'allais pouvoir contrôler et je savais que j'allais pouvoir gérer mon émotion et que ça allait passer, ça je le savais. Et donc je n'avais pas besoin de personne autour de moi pour me dire « ne t'inquiète pas, ça va aller » . Enfin voilà, je savais que ça allait aller. Donc je n'avais pas besoin qu'on soit autour de moi. Et d'ailleurs, parce que ma mère ou mes copines aussi, elles voulaient être là quand ça n'allait pas, etc. Mais moi, j'avais juste besoin d'être seule, péter mon cou là, vider mon sac. Et après, ça allait mieux. Et d'ailleurs, je n'ai pas été au fond du trou. Évidemment, parfois ça n'allait pas, mais la plupart du temps, ça allait bien. Et moi, j'étais en demande d'être seule quand j'en avais besoin, mais je ne me suis jamais sentie seule. Je savais toujours que j'avais quelqu'un qui m'écouterait si j'avais besoin de parler, qui décrocherait son téléphone quand je l'appellerais. Il y avait toujours quelqu'un qui était là pour moi. J'avais vraiment un entourage hyper présent. Et par contre, c'est vrai que l'entourage, il est là, il est aidant. mais ils ne comprennent pas ce qu'on ressent. Ils ne comprennent pas toujours ce qu'on ressent, ils ne l'ont pas vécu et on ne peut pas leur en vouloir, ils ne le vivent pas. Par contre, j'avais... En fait, en en parlant sur les réseaux sociaux, moi j'ai créé un compte sur les réseaux sociaux, sur TikTok et sur Instagram, et là je me suis entourée de personnes qui ont traversé la même chose que moi, qui traversent la même chose que moi, et là j'ai pu avoir des discussions avec des gens qui me comprenaient vraiment et qui traversaient la même chose que moi, et là ça m'a aussi beaucoup aidée. Donc non, je ne me suis jamais sentie seule, mais parce qu'aussi je me suis Je ne suis pas forcément isolée. Je me suis isolée quand j'en avais besoin. Mais après, voilà. Et puis la vie, elle ne s'arrête pas. La vie des autres, elle ne s'arrête pas. La Terre, elle continue de tourner. Donc il faut continuer à tourner avec elle. Même si nous, on en pose pendant un certain temps. Et puis moi, mes copines, elles se sont mariées. Il y a eu des beaux moments. Donc j'étais trop contente. Je savais que tout allait aller mieux. Donc non, je ne me suis jamais sentie seule. Mes copines, elles ont vraiment été présentes. Ma famille a vraiment été présente. Ma soeur a vraiment été présente. Donc vraiment tout le monde a été là pour moi, ils ont fait des trucs trop cool. J'ai jamais été seule en chimio, ça s'est toujours bien passé. Et après c'est vrai qu'il y a une sorte de pression qui vient de l'extérieur où tout le monde nous dit : "Mais ça va aller, ça va aller, t'inquiète pas, ça va aller." Ouais je sais que ça va aller mais... Voilà après mon tempérament c'est parce que... Enfin mon tempérament est celui de quelqu'un plutôt... Je vais dire optimiste. D'ailleurs ça c'est quelque chose que j'ai découvert chez moi, l'optimisme et la positivité. Je pensais pas que j'étais aussi... optimiste et aussi positive et aussi forte aussi mais c'est vrai que de la part de personnes qui ne le vivent pas parfois on trouve ça un peu culotté mais bon ça ne part pas d'une mauvaise intention les gens savent juste pas quoi dire donc voilà il faut prendre comme c'est les injonctions à être fortes moi je trouve que de plus en plus la parole elle se libère qu'on laisse les émotions transparaître sur les réseaux sociaux on voit beaucoup de personnes qui parlent de leurs émotions de ce qu'elles vivent donc non je pense que Je pense que selon qui on est et selon de qui on s'entoure, on n'a pas forcément l'impression d'être étouffé par l'injonction à être forte. Les gens savent que non, un cancer, ce n'est pas juste un cancer du sein. Après, il y en a quelques-uns qui sont un peu... « Ah ben ça va, le cancer du sein, ça soigne bien. » Ben ouais, tiens, prends-le alors. Cadeau ! Mais il ne faut pas s'arrêter sur ça, je pense. Il faut se focaliser sur soi, les autres, on s'en fout. Quand c'était très dur... Moi, c'était souvent quelques jours après ma chimio. C'était dur parce que j'étais super fatiguée et que je ne pouvais pas faire ce que je voulais. Je ne pouvais même pas me faire à manger. Je passais mon temps au lit et ce n'est vraiment pas mon genre de passer mon temps au lit. Donc ça, c'était dur. Et donc souvent, à ce moment-là, j'avais un coup de mou. Mais ce qui m'aidait vraiment à tenir le coup et que je me suis répétée... Et d'ailleurs, c'est une autre fille qui a eu un cancer qui avait mon âge qui me l'a dit. Et c'est quelque chose que je me suis répétée ensuite. Et qu'il faut se répéter si on a des coups de mou. C'est... Demain, ça ira mieux. Et si demain, ça ne va pas mieux, après-demain, ça ira mieux. Dans tous les cas, ça va s'arranger. Là, tu es fatigué, mais dans trois jours, tu vas péter le feu, tu vas aller faire autre chose. Il faut toujours se dire que c'est temporaire. C'est temporaire, là, ça ne va pas. Mais tu sais que tu vas retrouver de l'énergie. Et moi, c'est ce qui m'a aidée. Sur la première chimio, c'était plus dur parce que je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Mais sur les chimios qu'on suivait, je savais qu'après tant de jours... Et moi, je notais tout en plus. Après tant de jours, ça allait aller mieux. Donc, je n'avais pas vraiment... de gros coups de mou parce que je savais que ça irait mieux et que de toute façon, step by step, ok, ça va le faire. Alors juste, chaque chose en son temps, sois patiente. Et ça, ça m'a appris la patience. Le cancer m'a appris la patience, m'a appris à être patiente et à être indulgente avec mon corps aussi. Et en soi, je ne me suis jamais sentie tomber trop bas. Donc moi, je ne me suis jamais sentie super mal et au bout du rouleau. Enfin voilà, je savais toujours que ça allait aller mieux. et que les choses allaient bien se passer. Je pense que je n'ai jamais perdu ma lumière, mais que ça m'a donné un nouveau côté, un nouveau jour et que ça m'a permis d'apprécier la vie encore plus et différemment surtout. Donc voilà, je ne pense pas que j'ai été éteinte à aucun moment, mais que je savoure encore plus la vie. Quand on traverse une épreuve comme le cancer et la tromperie aussi, l'infidélité, je pense qu'on voit la vie autrement. Et effectivement, ça a changé ma façon de voir la vie. Effectivement, ça a changé la personne que je suis. Mais en bien, je pense, et en positif. Maintenant, je sais que c'est important de prendre soin de son corps parce que c'est dans notre corps qu'on va vivre toute notre vie. Si on doit en prendre soin, parce que je sais ce que c'est d'avoir un corps qui n'est plus capable de juste se lever, de juste aller travailler, d'aller faire du sport. Des fois, on ronchonne, on n'a pas envie. Mais en fait, c'est une chance énorme que de pouvoir bouger, de pouvoir faire toutes les choses qui me paraissent anodines. Mais moi j'enviais à la rentrée, j'enviais tous les gens qui allaient travailler alors que moi je n'y allais pas. Et du coup tous les gens qui se plaignaient, j'étais genre mais toi tu as de la chance, tu peux y aller. Tu peux y aller moi, je ne peux pas y aller, je suis clouée chez moi parce que je dois m'occuper de ma santé. Donc ouais, ça me permet de me rendre compte que des fois on se pointe, mais en vrai on a de la chance, en vrai on a beaucoup de chance. Donc ça m'a changé sur ça. Ça m'a fait relativiser sur plein de choses. Je me pose même des questions aussi. Quand j'ai envie de partir en vacances ou faire un truc, je vais réfléchir un peu moins et je vais me dire non, il faut que je le fasse parce que peut-être que demain, je serai morte. On ne sait pas. Donc oui, ça change la personne qu'on est. Ça change mon rapport à l'amour. Ça change mon rapport aux gens. Je suis un peu plus indulgente avec les gens. Je suis un peu plus, je pense, compréhensive. Je me disais, on ne sait pas ce que les gens traversent. Donc on n'a pas besoin de les juger. Il ne faut pas les juger malheureusement. Quand tu croises quelqu'un, le comportement de quelqu'un, ça s'explique toujours. Et le rapport après à l'amour, je pense que le cancer m'a fait comprendre que je peux vivre que par moi-même, avec moi-même, que j'ai pas besoin de plus, j'ai pas besoin de quelqu'un d'autre. Donc s'il y a quelqu'un d'autre qui doit se présenter dans ma vie, il va falloir qu'il soit vraiment un plus, parce que sinon, j'en ai pas besoin. Je peux m'apporter... le nécessaire. Donc oui, ça m'a changé mon rapport à la vie parce qu'il y a moins de superficiel. Tout est moins superficiel quand on a traversé tout ça. On n'a envie de vivre que des moments authentiques. Donc on n'a pas envie de faire semblant, on n'a pas envie de se fatiguer à être quelqu'un d'autre. Je pense que c'est ça qui a changé dans mon rapport aux gens et donc à l'amour. Donc oui, je pense que tout ce que j'ai vécu... Tout ce que j'ai vécu, ça fait de moi une autre personne. Mais je pense que ça fait de moi une personne plus accomplie, plus consciente de la vie, des choses. Du coup, j'ai appris des choses sur la vie, sur la dureté de la vie jeune. Ça m'a fait perdre un peu dans l'associance. Mais oui, je suis une personne différente, mais je pense que je suis une personne différente en mieux. Et si demain, je rencontrais quelqu'un qui a traversé la même chose que moi ? D'ailleurs, ça a été le cas. J'en ai rencontré sur les réseaux sociaux qui m'ont écrit. Il y a beaucoup de gens qui m'ont dit que je les avais beaucoup aidés, que mes vidéos les avaient aidées à relativiser sur leur situation. Déjà, premièrement, l'amour. Le premier amour, c'est celui qu'on se porte. Si tu t'aimes pas toi, tu ne peux aimer personne d'autre. Donc déjà, il faut s'aimer soi-même. Ça, c'est ce que j'ai appris et ça va être mon premier conseil. Et l'amour ne se mendie pas. L'amour ne fait pas mal. Donc si tu es avec quelqu'un qui te fuit, qui te fait du mal, qui fait mal, que tu dois courir derrière. Quelque chose de compliqué, ce n'est pas fait pour toi. Il y a mieux ailleurs, ça c'est sûr. Et ensuite, la santé et le cancer. Une femme qui traverse le cancer, ou même les deux, sache que tu es plus forte que ce que tu penses, tu es bien plus forte que ce que tu penses, tu peux traverser tout ça même si ça te paraît insurmontable, ça ne l'est pas. Il y en a plein qui l'ont fait, il y en a plein d'autres qui vont le faire. Donc oui c'est dur, oui c'est injuste mais tu es capable de le faire. Donc ça serait une chose que j'ai à dire à quelqu'un qui va traverser le cancer, qui va traverser les traitements : tu peux le faire. Et ensuite je pense que les femmes doivent s'écouter plus. Surtout les jeunes femmes, parce que souvent on nous dit que c'est rien ce qu'on a dans le sein, qu'on est trop jeune pour avoir un cancer. Eh bien non, on n'est pas trop jeune pour avoir des cancers, il y en a de plus en plus. Alors il faut s'écouter et si on a un doute, on insiste auprès du médecin et on se fait dépister et on n'oublie pas de palper ses seins tous les mois parce que ça n'arrive pas qu'aux autres.