Speaker #0Vous, ça vous arrive parfois. Moi, c'est tout le temps. Et ça ne se voit pas. Mais ça change toute une vie. Dans cet épisode... Je vais vous partager mon quotidien avec un TDAH et un trouble anxiogénéralisé. Un quotidien qui ne se voit pas, mais qui impacte chaque moment de ma vie. Ce que vous allez entendre, c'est ma réalité, sans filtre. Oui, tout le monde peut oublier, stresser, se disperser. Mais dans le TDAH et le TAG, ce n'est pas ponctuel. C'est amplifié, permanent, et souvent incontrôlable. Et c'est ça qui change tout. Vous êtes sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. Excellente écoute. On me voit souvent souriante, très joyeuse, parfois même comme une enfant. Ça, on me l'a dit, plusieurs fois même. Mais en vrai, à l'intérieur, c'est pas aussi simple. Je suis fatiguée. Et en fait, cette fatigue, je la ressens, mais pas comme tout le monde. Souvent, je la sens pas du tout. Et quand elle arrive, c'est déjà trop tard. Je suis vidée, j'ai des grosses migraines, j'ai plus d'énergie. Et ça, le fait de ne pas ressentir la fatigue, c'est surtout quand je suis à fond dans quelque chose. Le podcast, par exemple. Ça, ça me passionne tellement que je ne vois pas les heures passer. Je peux enchaîner, mais sans m'arrêter. Alors que derrière, je viens tout tout seul. Trouver les invités, préparer les épisodes, écrire les questions, enregistrer, monter, publier, faire la promo. Et en même temps, je suis maman de trois enfants. Parfois, je me demande vraiment comment je fais. Parce que ouais, c'est un handicap. C'est ce qu'on peut appeler un handicap invisible. Et il est là, partout. Dans mon couple, dans mon travail, dans ma vie de mère. Et ce qui est dur, c'est que j'ai l'impression que ça dérange plus les autres que moi. Et à force de le sentir, ça finit par me toucher aussi. Parce que je sens que je rentre pas dans la norme. Il faut savoir que mon cerveau, il ne s'arrête jamais. Et ça, c'est aussi mon anxiété. Parce que j'ai un trouble anxieux généralisé. C'est comme un fond permanent, toujours là. Même quand tout va bien. Je peux m'inquiéter pour tout, tout le temps. Je vais anticiper le pire. Mais quand je vous dis le pire, c'est des scénarios, mais des scénarios catastrophes. Des scénarios, mais dignes de films d'horreur. Et ça, c'est encore et Et c'est épuisant. Vous, je sais pas, vous traversez la rue, vous regardez à droite, à gauche, il y a voiture, il n'y a pas de voiture, ok j'avance. Non, moi ça va être, ok, je regarde à droite, à gauche, il n'y a pas de voiture, je traverse. Le temps de traverser, j'ai déjà imaginé me faire renverser, j'ai imaginé l'ambulance, j'ai imaginé mes proches en pleurs, j'ai imaginé mon enterrement, et tout ça en quelques secondes. juste pour avoir traversé la route, alors que rien ne s'est passé. Parfois, quand le stress devient plus fort, je sens que mon corps lâche. Je commence à me sentir partir, comme si je n'étais plus vraiment là. Et ça peut aller jusqu'à m'évanouir. J'en ai parlé à ma psychiatre et elle m'a dit que c'était de la dissociation. Et ça, ça peut m'arriver même pour des choses qui peuvent paraître simples, comme la peur d'être en retard pour aller chercher mes filles. La dernière fois, ça m'est arrivé dans le bus. Et ça, c'est dur. C'est un homme qui m'a rattrapée. Sauf que j'étais avec mes filles. Les deux plus petites. Et j'allais chercher la grande. Ce qui est le plus dur, en fait, c'est que... Bah, de l'extérieur, ça se voit pas. On a toujours l'impression que je fais bien. En parlant de mes filles, c'est un bonheur. Je rigole tout le temps. Par contre, quand je m'énerve, j'ai du mal à rester sérieuse. J'ai du mal à poser un cadre, en fait. À tenir une routine. Et ça, ça me fait mal quand je vois les autres mamans. Je culpabilise souvent. Après, l'amour que j'ai pour elle, lui, il est intact. Il est immense, même. Avec elle, je suis moi. Je fais des voix, des imitations, des personnages. On rigole tellement. Et là, je me sens pas bizarre, en fait. Parce qu'elle me juge pas. Et j'adore les faire rire.
Speaker #0Depuis toujours j'ai ce truc là. J'aime jouer avec ma voix. changer d'intonation, ça sort tout seul. Mais pendant longtemps, je me suis demandé si c'était trop, si c'était bizarre. J'ai vite compris que je ne pouvais pas être moi-même avec tout le monde, surtout au travail. Je sens les regards, les silences, les réactions. Alors je m'arrête, direct. Je me coupe, je me contrôle. Et souvent, le simple fait de me sentir observée, ça me stresse encore plus et je perds mes moyens. Et ça, c'est épuisant. Du coup, je me referme un peu plus. Est-ce que faire semblant, s'adapter tout le temps, ça vide ? Après, dans mon dernier travail, pour la première fois, je peux être moi en fait. Mes collègues me prennent comme je suis. Je peux être spontanée, je peux rire, je peux être naturelle. Et ça me fait un bien fou. Ma responsable aussi, elle est au courant. Je lui ai parlé de mon TDAH et de mon trouble anxieux. Parce que du coup, je suis reconnue RQTH. Donc j'ai le statut de travailleur handicapé. Pour mon trouble anxieux généralisé et mon TDAH. Donc voilà, avec ma chef, on a appris à travailler ensemble, à s'adapter. Et ça change tout, vraiment. Il y a un moment que je n'oublierai jamais. C'est le jour de mon diagnostic. J'ai pleuré. Mais pas de tristesse. C'était de la joie. Parce qu'en fait, d'un coup, tout prenait sens. Mon fonctionnement, mes réactions, mes difficultés, et même des souvenirs d'enfance. Petite, je dansais tout le temps, partout, même dans les magasins. Comme ça, sans réfléchir. Ma mère, elle n'en pouvait plus. Mais bon, elle avait fini par arrêter de me dire, de me stopper, parce qu'elle voyait que ça ne marchait pas. C'était plus fort que moi. La danse, en fait, c'est ma façon de m'exprimer, d'extérioriser. Ça marchait surtout... Avec l'école, en fait, où je devais déjà me retenir d'être moi-même. En tout cas, le jour de mon diagnostic, j'ai compris que j'étais pas bizarre, en fait. C'était une de moi. Et en fait, c'était un soulagement, mais c'était aussi de la tristesse, parce que je me suis dit, ah ouais, moi, pendant des années, où je me suis pris quelques réflexions... J'ai cru que c'était moi, j'ai cru que c'était mon comportement, j'ai cru que c'était ma personnalité. Et en fait, c'était mon TDAH. Et du coup, c'était tout ça qui se mélangeait dans ma tête. J'étais contente qu'on ait trouvé ce que j'avais. J'étais triste parce que je me suis dit, mais qui je suis alors ? Si ça, c'est le TDAH qui fait ça de moi, si je n'avais pas de TDAH, je serais qui ? Et ça, c'était dur. Mais j'ai compris une chose, que mon TDAH, ce n'est pas que un handicap, c'est aussi une force. Quand je suis bien, comprise, à ma place, je suis une vraie pépite. Je suis rapide, créative, j'ai plein d'idées. Je vois des choses que d'autres ne voient pas. Je peux me donner à 200%. Quand je suis passionnée, en fait, je compte pas. Je lance des projets, je trouve des solutions, je fais des liens rapidement. Mais bon, ça peut faire peur. Parce que ça intense, parce que ça va vite, parce que ça sort du cadre. Alors parfois, on me freine, on me comprend pas en fait. D'ailleurs, ça m'a fait perdre plusieurs postes de rêve, ça. Mais bon, ce qui est fait, est fait. En tout cas, quand on apprend à me connaître, ça change tout. Je ne suis pas trop. Je suis différente, c'est tout. Et cette différence, c'est aussi une richesse. Parce que quand les gens ne savent pas, le quotidien, ça devient une lutte. Tout cacher, tout gérer, c'est lourd. Puis quand des fois j'en parle, si vous saviez le nombre de fois où on m'a dit « Ah bon ? » Toi, t'as un TDAH. On dirait pas, si vous saviez. Et j'aime bien les comparaisons aussi. Ah non, mais moi je connais un tel qui est diagnostiqué et tu le ressembles pas du tout. En fait, ce que les gens comprennent pas, c'est qu'on est tous différents. Certes, on peut être atteint du même trouble, mais avec différentes comorbidités. Enfin bref, c'est... C'est un débat. C'est un grand, grand débat. Ben du coup, quand je peux être moi, il y a quelque chose qui se relâche, quoi. Et pour une fois, je me sens plus bizarre, je me sens juste moi. Mais le quotidien, du coup, lui, il reste compliqué. Je peux oublier que je suis en train de cuisiner. Je peux oublier que le feu est allumé. Même avec des alarmes, des réveils. Parce que mon cerveau, en fait, il part ailleurs, en une seconde. Du coup, avec mon conjoint, on a réparti les tâches. La cuisine, c'est lui. Par sécurité. Je peux oublier de manger, de boire, d'aller aux toilettes. Puis d'un coup, je mange tout. Pour les oublier, ça peut être aussi... Je suis dans la cuisine, il y a le robinet ouvert, donc je suis en train de faire quelque chose. Et puis mon cerveau va être, on va dire, appelé par une autre tâche. Et du coup, je vais partir. En fait, tout va très très vite. Puis du coup, je pars dans une autre pièce, et puis après, je reviens quelques temps après. Et je vois que l'eau du robinet, en fait, elle coule encore. Et en fait, je ne me rappelle plus du tout combien de temps l'eau est restée là, en train de couler. Quand je suis focus sur quelque chose, je peux oublier de manger, de boire, d'aller aux toilettes. Et en fait, ce qui m'aide en travaillant, c'est que mes collègues vont manger, donc je les suis. Mais sinon, je suis capable de ne pas m'arrêter. Après, il y a des choses toutes simples qui deviennent compliquées. Par exemple... Me laver les dents, qui fait partie d'une routine en fait. Ça peut paraître bête, j'ai même honte de le dire, mais c'est ça, c'est ça la réalité. En fait, il faut qu'on prenne conscience de ce qu'on peut ressentir les personnes ayant un trouble. Mes émotions, elles sont toujours fortes. Par exemple, je peux pleurer pour une remarque. Être très heureuse puis redescendre d'un coup. Il y a des moments où je m'effondre, où j'en peux plus en fait. Et même quand tout part et calme, mon cerveau y continue. Je peux imaginer le pire sans raison. Je me perds facilement. Je n'ai pas la notion du temps, je n'ai pas la notion de l'espace. Je commence plein de choses mais j'ai du mal à finir. Je dois tout noter, vraiment tout, sinon j'oublie. Même des choses importantes. Quand je pars de chez moi, c'est compliqué, je prépare tout. Enfin, j'essaie. Parce que je prends mes affaires, j'ouvre la porte, je sors, et là, je me rends compte que j'ai oublié un truc. Donc je rentre à nouveau, je reprends un truc, je ressors. Et ça recommence, encore et encore. Et ça, ça me le fait plusieurs fois. Et parfois je laisse la porte ouverte, mais 10-15 minutes, sans m'en rendre compte. Mes filles, elles sont là, elles attendent devant la porte. Et moi je dis, j'arrive, j'arrive. Vous inquiétez pas, j'arrive, j'arrive. Attendez. Oui, oui. Attends, j'arrive, Mais je repars et je fais autre chose. Et elles attendent. Et moi, je m'en veux. Et pourtant, je lis avec ça, en fait, tous les jours. Ça ne se voit pas. Mais c'est mon quotidien. C'est notre quotidien. Aujourd'hui, j'apprends encore. J'apprends à m'écouter, à ralentir, à accepter que mon fonctionnement est différent. Et ce n'est pas forcément un défaut. Parfois, ce qui m'aide aussi, c'est de regarder des vidéos drôles sur Instagram des personnes avec un TDAH ou un... ou un TSA, un trouble du spectre autistique. Et je me reconnais tellement. Et ça fait du bien, en fait. Parce que je me sens moins seule, parce que ça permet aussi de dédramatiser beaucoup de situations. Donc, voilà. Je pourrais en parler des heures et des heures. On va s'arrêter là. Si tu te reconnais dans ce que je dis, si toi aussi tu te sens en décalage, sache que t'es pas seul. C'est pas visible, mais en tout cas, c'est bien réel.