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ÉTATS DAMES

Au cœur du cancer du sein : quand la maladie touche toute une famille

Au cœur du cancer du sein : quand la maladie touche toute une famille

18min |06/03/2023|

67

Play
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Au cœur du cancer du sein : quand la maladie touche toute une famille

Au cœur du cancer du sein : quand la maladie touche toute une famille

18min |06/03/2023|

67

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Description

Dans cette épisode, vous découvrirez Camille, du podcast “Mon cancer ma fille est moi”  .  C’est un podcast qui me touche particulièrement car elle donne la parole à son mari Sébastien mais également à sa fille Charlotte. Je trouve ça formidable de pouvoir parler des expériences croisées sur la maladie. C’est important d’avoir les ressentis du point du vue du malade, des enfants et de l’aidant qui est son mari.

On ne met pas souvent en avant, les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. 


Instagram: 

Camille 

Sébastien  

Mon instagram  


Excellente écoute à vous ! 

Pour nous soutenir abonnez-vous, donnez vos avis et mettez des étoiles ⭐️ dans nos vies. Haha 

Merci à tous ! 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonjour à tous, vous êtes sur État d'âme, le podcast qui fait découvrir les états d'âme de combattantes atteintes de problèmes de santé. Certains parcours s'entremêlent, partagez ces centres aidés. Aujourd'hui, je reçois Caméi pour nous livrer son témoignage. Le cancer du sein, une histoire familiale, c'est le sujet du jour.

  • Speaker #1

    État d'âme, un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes. Avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

  • Speaker #0

    Bonjour Camille, merci de partager ton histoire avec nous.

  • Speaker #2

    Bonjour Stéphanie. Alors,

  • Speaker #0

    je te présente aux auditrices qui ne te connaissent pas encore. Tu tiens le podcast Mon Cancer, Ma fille et moi. C'est un podcast qui touche particulièrement parce qu'il donne la parole tout simplement à ton mari Sébastien, mais également à ta fille Charlotte. Et je trouve ça formidable de pouvoir parler de vos expériences croisées sur la maladie. Pour moi, c'est important d'avoir les ressentis du point de vue du malade, des enfants qui vivent sous le même toit. et bien sûr de l'aidant, ton mari. On ne met pas souvent en avant les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. Je vous mettrai comment retrouver le podcast, l'Instagram de Camille et Sébastien, son mari, en description. Vous découvrirez que le podcast est divisé en deux séries. Donc il y a un épisode chaque mardi dans lequel ils explorent un aspect de la maladie et un épisode le vendredi où Camille et Sébastien répondent à une question que vous leur avez posée en amont par mail ou bien sur leurs réseaux sociaux. Dès à présent, rentrons dans le vif du sujet. Alors Camille, comment as-tu senti que quelque chose n'allait pas ?

  • Speaker #2

    Alors en fait, c'est un jour, en prenant ma douche, j'ai senti une boule sous mon aisselle gauche. Alors ça faisait pas mal, mais comme ma mère a eu un cancer du sein, j'avais pris l'habitude de me palper le sein et l'aisselle. Alors pas par inquiétude, mais davantage par réflexe. Je suis même pas sûre que je me palpais correctement, je faisais pas ça à intervalles réguliers, je n'avais pas de routine particulière, mais quoi qu'il en soit, je le faisais assez régulièrement quand même. Et donc un jour, j'ai senti une roule. Je ne me suis pas vraiment inquiétée parce qu'à ce moment-là, il y avait une campagne de vaccination contre le Covid et on entendait beaucoup parler du fait que les vaccins pouvaient entraîner une augmentation des ganglions sous les aisselles et de ne pas s'inquiéter. Moi, à ce moment-là, j'étais en excellente santé, j'étais en pleine forme, j'entendais parler de ça, donc je ne me suis vraiment pas du tout inquiétée. Mais mon père, qui est aussi du coup mon médecin généraliste, dans le doute, au vu du passif familial, il a préféré que j'aille faire contrôler ça. Donc je suis allée au cabinet de radiologie où j'avais l'habitude de passer mes mammographies de contrôle. J'ai expliqué ma situation, je me suis d'ailleurs un petit peu excusée. Et en fait, la radiologue m'a dit non, non, au vu de votre passif, on va tout de suite contrôler ça. Il vaut mieux s'assurer que tout va bien et ne pas prendre de risques. Donc j'ai été prise en charge très rapidement. Donc j'ai passé les premières mammographies, la mammographie, l'échographie et une biopsie également. Donc j'avais déjà passé des mammos, mais c'était ma première biopsie. Mais bon, à ce moment-là, je ne me suis pas du tout inquiétée parce que j'étais vraiment... en super synthé et puis j'avais l'habitude de passer des examens de contrôle régulièrement, donc rien d'inquiétant pour moi.

  • Speaker #0

    L'annonce, comment ça s'est passé ?

  • Speaker #2

    Alors ça par contre, je m'en souviendrai toute ma vie, c'était un samedi matin, j'étais chez moi tranquillement avec mon mari, je me souviens je travaillais avec Sébastien, Charlotte jouait au rez-de-chaussée, tout le monde était tranquille, puis on a sonné à la porte et c'était mon père. Je me suis dit bon, il doit faire quelque chose dans le quartier. Il est passé, il a voulu, il a envie de dire bonjour, faire un bisou à sa petite fille. Je lui ouvre la porte et quand il arrive, je lui demande un peu par réflexe, comme on peut dire à n'importe qui, coucou, ça va ? Et il me répond non. Alors là, je suis surprise. Et d'un seul coup, en fait, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est qu'il est malade. C'est que c'est lui qui est malade et qui vient m'annoncer que ça ne va pas. Donc je lui ai dit, mais tu es malade ? Et il me répond non, c'est toi. Et là, mon premier réflexe, c'est de lui dire, mais non, je suis en pleine forme, tout va bien, ne t'inquiète pas. Et en fait, je vois son regard que c'est quelque chose de grave. Et à ce moment-là, j'avais zappé la biopsie. Et puis d'un seul coup, tout me revient en mémoire. Les pièces du puzzle s'assemblent. Et je comprends qu'il ait eu des résultats. Et je comprends à ce moment-là que j'ai eu un cancer du sein. Donc là, c'est assez violent parce que je me souviens de m'être mise à hurler. J'ai vraiment hurlé chez moi. J'ai crié, j'ai pleuré. J'ai même frappé les murs. C'était très violent, en fait.

  • Speaker #0

    Comme annonce, parce que du coup, tu as pensé à ta mère. Enfin, tu as pensé...

  • Speaker #2

    Alors, je pense que déjà, ce qui était violent, c'est que je ne m'y attendais pas parce que, comme je disais, j'étais en... bonne santé, j'avais l'habitude de passer l'examen de contrôle, et puis cette boule vraiment ne m'inquiétait pas. Et puis en plus, je n'étais pas dans un contexte, j'étais chez moi. Donc ce n'est pas comme quand on va à un rendez-vous médical où on ne se prépare à une mauvaise nouvelle peut-être. Non, non, là, c'est vraiment arrivé totalement par hasard. Donc tout ça s'est mêlé. Mais d'un autre côté, ce n'était peut-être pas plus mal parce que je sais que quand je le raconte, ça peut choquer en disant mais c'est une intrusion qui est extrêmement violente dans l'intimité pour une p***. si mauvaise nouvelle.

  • Speaker #0

    Là, comme c'était ton père,

  • Speaker #2

    c'est ça. Et puis surtout, je pense que si on me l'avait dit dans un cabinet de radiologie, j'aurais pas pu hurler, j'aurais pas pu pleurer. Et là, j'ai pu en fait laisser libre cours directement dès l'annonce. J'ai pu laisser éclater absolument toutes mes émotions. Donc, il y a le revers de la médaille. Mais pour moi, ça permet une plus grande liberté d'expression. Et puis, mon père aussi, j'ai... Et je suis encore toujours reconnaissante à la radiologue parce qu'elle savait que mon père était le médecin prescripteur des examens. Donc elle savait qu'il allait recevoir les résultats de la biopsie. Et elle n'a pas voulu qu'il découvre le cancer de sa fille dans sa boîte mail un matin. Donc du coup, elle l'a appelée. Elle a pris la peine de l'appeler, de lui annoncer par téléphone. Donc en fait, pour nous, toute l'annonce s'est faite de manière quand même très personnelle et très bienveillante malgré tout. Quand mon père est arrivé dans la maison, elle a couru vers la porte pour faire un bisou à son grand-père, ce qui est assez normal. Mon mari est arrivé aussi pour lui dire bonjour, mais comme mon père, je pense qu'il gardait ça, il avait besoin de dire aussi la nouvelle et de ne pas laisser les choses s'installer. Donc du coup, tout le monde était là dans la même pièce. On était tous à deux mètres carrés, je dirais, dans deux mètres carrés quand on l'a appris. Par contre, le mot cancer n'a pas été prononcé puisque moi, j'ai compris. Mon mari aussi a compris. On n'a pas eu besoin de dire, mon père m'a pas dit, tu as un cancer. Donc en fait, elle ne l'a pas entendu. Elle n'a pas entendu ce mot, mais au vu de ma réaction, elle a compris qu'il se passait quelque chose de très grave. Et là, par contre, mon mari a eu le réflexe, il a de suite emmené, je crois qu'il l'a porté même, il a de suite emmené à l'étage. Ils se sont isolés dans une chambre. Donc ça m'a permis, moi, de discuter avec mon père. Et eux, de rester. Donc lui, il essayait de la distraire, de lui changer les idées. Mais il me dit que ce n'était pas possible parce qu'en fait, on entendait frapper, on entendait hurler. Donc du coup, eux, ils étaient tous les deux dans la chambre. Et puis, ils ont attendu que les choses se tassent un peu et que je monte les rejoindre. Donc, c'est lui, en fait, qui lui a expliqué, qui lui a dit que j'avais une maladie et que son papi était venu nous annoncer ça.

  • Speaker #0

    Parce qu'elle avait 7 ans, c'est ça ?

  • Speaker #2

    Tout à fait. Alors Charlotte, ce qu'elle savait, elle connaissait le mot cancer parce qu'elle sait donc que... Du coup, ma mère est décédée d'un cancer du sein. Donc, elle savait que sa mamie était morte d'un cancer. Elle savait aussi que ses arrière-grands-parents, donc mes grands-parents maternels, sont eux-mêmes décédés d'un cancer. Et on a vécu, en fait, avec ma grand-mère pendant les quatre premières années de vie de ma fille. Donc, en fait, en plus, elle l'a vue malade sur les deux dernières années de vie. Elle a vu les séjours en clinique, elle a vu la dégradation physique. On a toujours essayé d'accompagner ça, bien évidemment, mais... Quand elle nous demandait, c'était... Elle vivait avec nous dans la même maison, donc en fait, c'était...

  • Speaker #0

    On ne pouvait pas cacher.

  • Speaker #2

    Voilà, on ne pouvait pas lui cacher. Donc, elle savait déjà que c'était une maladie qui était grave. Donc, le mot cancer, elle le connaissait. Le soir de l'annonce, au moment où je vais la coucher, elle me demande, tu vas mourir, maman ? Et là, moi, je n'étais pas préparée à ça. Je n'étais pas préparée déjà à mon cancer et encore moins à elle. Et je lui explique que oui, bien sûr, je vais mourir, mais je fais comme tout le monde en fait sur Terre. Et je lui demande si elle, elle sait quand est-ce qu'elle va mourir. Elle rigole un peu, elle me dit « Non, maman, je ne peux pas savoir » . Et je lui explique que du coup, moi non plus, je ne peux pas savoir. Mais je comprends et je complète, je lui dis « Si ta question, c'est de savoir si le cancer va me tuer, alors peut-être, oui, je vais mener une bataille contre la maladie. Peut-être que la maladie va gagner ou peut-être que c'est moi qui vais gagner. » Mais je lui explique que quoi qu'il en soit, la maladie, elle ne va pas m'emporter du jour au lendemain. Que si la maladie gagne, ça va prendre plusieurs mois. Et dans ce cas-là, je le saurais. Et je lui dis, mais je te promets, si la maladie gagne, je te le dirai. Et on aura le temps de se préparer à mon départ. Je lui dis, mais en tout cas, pour cette nuit, ne t'inquiète pas, le cancer ne va pas me tuer dans la nuit. Et tu peux dormir tranquille aujourd'hui. Elle m'a juste répondu, d'accord. Et elle s'est endormie, je n'ai eu aucun problème pour la coucher.

  • Speaker #0

    C'est ça qui est incroyable avec les enfants, parce que quand on leur parle, du coup, sincèrement, qu'on les rassure et qu'on leur dit la vérité aussi, ils sentent qu'ils peuvent faire confiance. On écoute ce que maman dit et ça va aller.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Avec Sébastien, on a vraiment pris le parti de ne rien lui cacher. et de tout lui expliquer. Donc c'était... Et puis surtout les mots, parce qu'en fait, quand le cancer rentre dans notre vie, on a plein de nouveaux mots, des mots qu'elle n'avait jamais entendus parler, et parfois les mots, ça peut faire peur. Et chaque fois qu'on avait un nouveau mot, on lui expliquait. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un ganglion axillaire, la chaîne lymphatique ? Alors c'est drôle, parce qu'elle a maîtrisé très vite le vocabulaire cancer, et je me souviens que souvent, les gens lui demandaient de mes nouvelles. Et parfois, elle disait, ma maman, aujourd'hui, elle a rendez-vous chez son oncologue. Puis après, elle va faire son injection d'herceptine au service de chez nous. Et ça, du haut d'une petite fille de 7 ans, ça pouvait être assez... Ça interpellait souvent les adultes, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    C'est ça, du coup, on se rend compte qu'ils ont une grande maturité.

  • Speaker #2

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Et du coup, elle suivait pas à pas tous les traitements que tu devais faire. Elle était au courant de tout.

  • Speaker #2

    Exactement, on avait fait... Alors déjà, de base, je suis assez organisée, j'aime les choses carrées. Donc j'avais fait un planning que j'avais totalement customisé, on va dire, avec tous mes rendez-vous. Si c'était une chimio, c'était d'une certaine couleur. Si c'était de la thérapie, c'était d'une autre, des rayons d'huile. Et donc ça, ça tenait sur un format A4 et il y avait tout mon parcours de soins. Et donc du coup, elle le suivait. Donc elle savait où il était. Et puis, ah bah tiens, là, il te reste quatre taxoles. Tu vas commencer la radiothérapie. Donc oui, en fait, c'était... Et puis surtout, elle avait une visibilité aussi. Elle savait ce qui allait se passer après. Au maximum, on a essayé de caler les rendez-vous médicaux pendant la période scolaire. Parce que même si elle savait que j'y allais, c'était toujours différent. Comme elle ne voyait pas partir à la clinique ou revenir. C'était quand même plus fluide. Elle était à l'école.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #2

    elle savait que j'étais à la clinique. Mais bon, ça n'impactait pas son quotidien.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est génial ce petit planning comme ça, parce que du coup, elle se sentait aussi impliquée et pas mise de côté. Puis c'est assez mignon qu'elle suivait tout ce que maman a à subir. Non, franchement, c'est trop mignon. Et du coup, tous ces examens, ça a dû te fatiguer. Comment ça se passait à la maison ? Elle a essayé de t'aider au plus quand elle te voyait très fatiguée ? Oui,

  • Speaker #2

    alors elle m'aidait pour tout. En fait, dès qu'elle me voyait, j'ai été très fatiguée dès la première chine. Donc... Mon énergie est tombée quasiment à zéro à partir de très rapidement, en fait. Et alors, quand elle voyait que j'avais du mal à marcher ou bien elle allait me chercher une bouteille d'eau, elle était toujours très, très bienveillante. Mais après, je pense qu'elle a pris énormément sur elle parce que là, par exemple, elle me le dit. Elle me dit « Quand t'es malade, on te passe tout quand même ! » Donc, je pense que c'est plus parce que c'est sur la durée. Ça fait quasiment un an et demi maintenant. Donc, les choses se sont un peu ancrées. Mais oui, elle était dans le soutien à tout niveau, que ce soit émotionnel. Ne serait-ce que de la voir ou de discuter avec elle. Je me débrouillais, en fait, pour que les heures de la journée où j'étais éveillée, c'était les heures où elle était là. Donc, je ne pouvais dormir. Elle rentrait de l'école. Quand mon mari l'accompagnait à l'école, je... j'allais me recoucher. Et ensuite, quand il a ramené le soir, là, je me réveillais un petit peu avant. Et puis comme ça, j'avais la fin d'après-midi avec elle. Donc, elle ne sentait pas trop effectivement cette fatigue.

  • Speaker #0

    Comment t'es venue l'idée de ton podcast ?

  • Speaker #2

    Alors déjà, j'avais pour projet de faire un podcast avant la maladie, mais pas du tout sur le sujet de la maladie, bien évidemment. Et puis après, pendant la maladie, je me suis rendue compte que pour moi, c'était difficile de lire. que ce soit des articles de sites internet, que ce soit un livre, je n'y arrivais pas intellectuellement. Et puis, je n'arrivais pas non plus à suivre, par exemple, une série télé. Je me souviens, il y a certaines séries où j'ai dû repasser peut-être 40 fois le même épisode. Alors, ce n'était pas très compliqué, mais je ne comprenais vraiment pas. Et je n'arrivais pas à me concentrer sur plusieurs sens. Et donc, du coup, à ce moment-là, je me suis beaucoup réfugiée dans les formats audio, que ce soit de la musique pour me distraire. ou bien des podcasts, bien évidemment. Et en fait, je me suis rendue compte que le format audio, c'était vraiment un format presque magique pour les personnes qui sont malades parce qu'on peut fermer les yeux et juste écouter. Et on peut le faire à peu près n'importe où, qu'on soit dans le lit, dans un fauteuil, dans une salle d'attente. Donc, il y a vraiment cet aspect-là qui m'intéressait beaucoup. Et après, pour le thème du podcast, c'est venu assez naturellement parce que... Comme je te disais, voilà, Charlotte était assez surprenante. Et puis surtout, les gens, je me suis rendu compte qu'en fait, notre manière de gérer le cancer était assez unique. Après, je pense qu'il y en a d'autres qui font ça, mais même les professionnels de santé me disaient, mais vous lui avez parlé de ça. Ah bon ? Mais comment ça se passe ? Et alors, je me suis dit que même si les personnes qui sont en contact avec des personnes malades ont cette vision-là, c'est que du coup, c'est peut-être pas si anodin. Et donc, on s'est dit qu'on avait sans doute fait des erreurs, c'est évident, mais qu'on avait aussi sans doute fait des choses bien et que si notre expérience pouvait servir à d'autres familles qui traversaient les mêmes épreuves, il fallait se lancer.

  • Speaker #0

    Et justement, pour les personnes qui ... qui viennent de découvrir et qui ne savent pas comment gérer avec la famille, je pense que le fait d'écouter ce podcast, ça va leur donner des idées. Même pour le petit planning, le fait d'inclure l'enfant. Et d'ailleurs, quand tu as voulu créer ce podcast, tu en as parlé à ton mari. Il a trouvé ça une très bonne idée ?

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est vraiment un podcast familial. On en a parlé tous les trois. Je m'en souviens d'ailleurs, la première fois qu'on en a parlé, c'était aux vacances de Pâques. l'année dernière. Et c'était vraiment une discussion familiale. Mais si l'Anglode, si Sébastien ou Charlotte avaient été ne serait-ce qu'un peu réticents, on n'y serait pas allés. Au final, Charlotte a été très emballée. Et Sébastien, je pense qu'il doit être presque plus investi que moi même dans le podcast.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est trop mignon parce que la petite Charlotte,

  • Speaker #2

    du coup, je ne l'ai pas vue,

  • Speaker #0

    mais je l'imagine comme une petite femme, une petite dame. Voilà.

  • Speaker #2

    C'est ça, tout à fait.

  • Speaker #0

    Si tu avais un conseil à donner aux auditrices qui nous écoutent et qui viennent d'apprendre leur cancer du sein, ou même des personnes qui vont devenir aidantes, parce qu'il y en a aussi qui écoutent les podcasts pour en savoir un petit peu plus, savoir ce que leur moitié ou leur entourage va ressentir tout simplement. Quel est ton message ? Quel est ton conseil ?

  • Speaker #2

    Alors, ce n'est peut-être pas originel, mais je leur dirais accrochez-vous. Accrochez-vous parce que ça va être compliqué. Mais il faut rester concentré sur l'essentiel. Et pour moi, l'essentiel, ça repose sur deux choses. La première, c'est qu'il faut combattre la maladie. Ça, c'est vraiment capital de le garder à l'esprit en permanence. Et la deuxième chose, c'est de s'entourer de gens qui vous sont proches et de se focaliser également sur eux. Donc, il ne faut pas se comparer parce que chaque cancer est différent, chaque protocole de soins est différent, chaque personne est différente. Et s'il y en a des enfants, il faut aussi avoir confiance. et se dire qu'on peut parler cancer avec un enfant et que ça peut bien se passer. Donc oui, on peut bien vivre le cancer en famille, même s'il y a des moments difficiles, même s'il y a des effets secondaires qui sont lourds. Il faut rester concentré sur l'essentiel.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup Camille, en tout cas, pour nous avoir partagé ton témoignage plein d'amour. Vous écoutiez Etadam, un podcast de Stéphanie Jarry. À très vite pour un prochain épisode.

  • Speaker #1

    Un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes, avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

Description

Dans cette épisode, vous découvrirez Camille, du podcast “Mon cancer ma fille est moi”  .  C’est un podcast qui me touche particulièrement car elle donne la parole à son mari Sébastien mais également à sa fille Charlotte. Je trouve ça formidable de pouvoir parler des expériences croisées sur la maladie. C’est important d’avoir les ressentis du point du vue du malade, des enfants et de l’aidant qui est son mari.

On ne met pas souvent en avant, les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. 


Instagram: 

Camille 

Sébastien  

Mon instagram  


Excellente écoute à vous ! 

Pour nous soutenir abonnez-vous, donnez vos avis et mettez des étoiles ⭐️ dans nos vies. Haha 

Merci à tous ! 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonjour à tous, vous êtes sur État d'âme, le podcast qui fait découvrir les états d'âme de combattantes atteintes de problèmes de santé. Certains parcours s'entremêlent, partagez ces centres aidés. Aujourd'hui, je reçois Caméi pour nous livrer son témoignage. Le cancer du sein, une histoire familiale, c'est le sujet du jour.

  • Speaker #1

    État d'âme, un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes. Avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

  • Speaker #0

    Bonjour Camille, merci de partager ton histoire avec nous.

  • Speaker #2

    Bonjour Stéphanie. Alors,

  • Speaker #0

    je te présente aux auditrices qui ne te connaissent pas encore. Tu tiens le podcast Mon Cancer, Ma fille et moi. C'est un podcast qui touche particulièrement parce qu'il donne la parole tout simplement à ton mari Sébastien, mais également à ta fille Charlotte. Et je trouve ça formidable de pouvoir parler de vos expériences croisées sur la maladie. Pour moi, c'est important d'avoir les ressentis du point de vue du malade, des enfants qui vivent sous le même toit. et bien sûr de l'aidant, ton mari. On ne met pas souvent en avant les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. Je vous mettrai comment retrouver le podcast, l'Instagram de Camille et Sébastien, son mari, en description. Vous découvrirez que le podcast est divisé en deux séries. Donc il y a un épisode chaque mardi dans lequel ils explorent un aspect de la maladie et un épisode le vendredi où Camille et Sébastien répondent à une question que vous leur avez posée en amont par mail ou bien sur leurs réseaux sociaux. Dès à présent, rentrons dans le vif du sujet. Alors Camille, comment as-tu senti que quelque chose n'allait pas ?

  • Speaker #2

    Alors en fait, c'est un jour, en prenant ma douche, j'ai senti une boule sous mon aisselle gauche. Alors ça faisait pas mal, mais comme ma mère a eu un cancer du sein, j'avais pris l'habitude de me palper le sein et l'aisselle. Alors pas par inquiétude, mais davantage par réflexe. Je suis même pas sûre que je me palpais correctement, je faisais pas ça à intervalles réguliers, je n'avais pas de routine particulière, mais quoi qu'il en soit, je le faisais assez régulièrement quand même. Et donc un jour, j'ai senti une roule. Je ne me suis pas vraiment inquiétée parce qu'à ce moment-là, il y avait une campagne de vaccination contre le Covid et on entendait beaucoup parler du fait que les vaccins pouvaient entraîner une augmentation des ganglions sous les aisselles et de ne pas s'inquiéter. Moi, à ce moment-là, j'étais en excellente santé, j'étais en pleine forme, j'entendais parler de ça, donc je ne me suis vraiment pas du tout inquiétée. Mais mon père, qui est aussi du coup mon médecin généraliste, dans le doute, au vu du passif familial, il a préféré que j'aille faire contrôler ça. Donc je suis allée au cabinet de radiologie où j'avais l'habitude de passer mes mammographies de contrôle. J'ai expliqué ma situation, je me suis d'ailleurs un petit peu excusée. Et en fait, la radiologue m'a dit non, non, au vu de votre passif, on va tout de suite contrôler ça. Il vaut mieux s'assurer que tout va bien et ne pas prendre de risques. Donc j'ai été prise en charge très rapidement. Donc j'ai passé les premières mammographies, la mammographie, l'échographie et une biopsie également. Donc j'avais déjà passé des mammos, mais c'était ma première biopsie. Mais bon, à ce moment-là, je ne me suis pas du tout inquiétée parce que j'étais vraiment... en super synthé et puis j'avais l'habitude de passer des examens de contrôle régulièrement, donc rien d'inquiétant pour moi.

  • Speaker #0

    L'annonce, comment ça s'est passé ?

  • Speaker #2

    Alors ça par contre, je m'en souviendrai toute ma vie, c'était un samedi matin, j'étais chez moi tranquillement avec mon mari, je me souviens je travaillais avec Sébastien, Charlotte jouait au rez-de-chaussée, tout le monde était tranquille, puis on a sonné à la porte et c'était mon père. Je me suis dit bon, il doit faire quelque chose dans le quartier. Il est passé, il a voulu, il a envie de dire bonjour, faire un bisou à sa petite fille. Je lui ouvre la porte et quand il arrive, je lui demande un peu par réflexe, comme on peut dire à n'importe qui, coucou, ça va ? Et il me répond non. Alors là, je suis surprise. Et d'un seul coup, en fait, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est qu'il est malade. C'est que c'est lui qui est malade et qui vient m'annoncer que ça ne va pas. Donc je lui ai dit, mais tu es malade ? Et il me répond non, c'est toi. Et là, mon premier réflexe, c'est de lui dire, mais non, je suis en pleine forme, tout va bien, ne t'inquiète pas. Et en fait, je vois son regard que c'est quelque chose de grave. Et à ce moment-là, j'avais zappé la biopsie. Et puis d'un seul coup, tout me revient en mémoire. Les pièces du puzzle s'assemblent. Et je comprends qu'il ait eu des résultats. Et je comprends à ce moment-là que j'ai eu un cancer du sein. Donc là, c'est assez violent parce que je me souviens de m'être mise à hurler. J'ai vraiment hurlé chez moi. J'ai crié, j'ai pleuré. J'ai même frappé les murs. C'était très violent, en fait.

  • Speaker #0

    Comme annonce, parce que du coup, tu as pensé à ta mère. Enfin, tu as pensé...

  • Speaker #2

    Alors, je pense que déjà, ce qui était violent, c'est que je ne m'y attendais pas parce que, comme je disais, j'étais en... bonne santé, j'avais l'habitude de passer l'examen de contrôle, et puis cette boule vraiment ne m'inquiétait pas. Et puis en plus, je n'étais pas dans un contexte, j'étais chez moi. Donc ce n'est pas comme quand on va à un rendez-vous médical où on ne se prépare à une mauvaise nouvelle peut-être. Non, non, là, c'est vraiment arrivé totalement par hasard. Donc tout ça s'est mêlé. Mais d'un autre côté, ce n'était peut-être pas plus mal parce que je sais que quand je le raconte, ça peut choquer en disant mais c'est une intrusion qui est extrêmement violente dans l'intimité pour une p***. si mauvaise nouvelle.

  • Speaker #0

    Là, comme c'était ton père,

  • Speaker #2

    c'est ça. Et puis surtout, je pense que si on me l'avait dit dans un cabinet de radiologie, j'aurais pas pu hurler, j'aurais pas pu pleurer. Et là, j'ai pu en fait laisser libre cours directement dès l'annonce. J'ai pu laisser éclater absolument toutes mes émotions. Donc, il y a le revers de la médaille. Mais pour moi, ça permet une plus grande liberté d'expression. Et puis, mon père aussi, j'ai... Et je suis encore toujours reconnaissante à la radiologue parce qu'elle savait que mon père était le médecin prescripteur des examens. Donc elle savait qu'il allait recevoir les résultats de la biopsie. Et elle n'a pas voulu qu'il découvre le cancer de sa fille dans sa boîte mail un matin. Donc du coup, elle l'a appelée. Elle a pris la peine de l'appeler, de lui annoncer par téléphone. Donc en fait, pour nous, toute l'annonce s'est faite de manière quand même très personnelle et très bienveillante malgré tout. Quand mon père est arrivé dans la maison, elle a couru vers la porte pour faire un bisou à son grand-père, ce qui est assez normal. Mon mari est arrivé aussi pour lui dire bonjour, mais comme mon père, je pense qu'il gardait ça, il avait besoin de dire aussi la nouvelle et de ne pas laisser les choses s'installer. Donc du coup, tout le monde était là dans la même pièce. On était tous à deux mètres carrés, je dirais, dans deux mètres carrés quand on l'a appris. Par contre, le mot cancer n'a pas été prononcé puisque moi, j'ai compris. Mon mari aussi a compris. On n'a pas eu besoin de dire, mon père m'a pas dit, tu as un cancer. Donc en fait, elle ne l'a pas entendu. Elle n'a pas entendu ce mot, mais au vu de ma réaction, elle a compris qu'il se passait quelque chose de très grave. Et là, par contre, mon mari a eu le réflexe, il a de suite emmené, je crois qu'il l'a porté même, il a de suite emmené à l'étage. Ils se sont isolés dans une chambre. Donc ça m'a permis, moi, de discuter avec mon père. Et eux, de rester. Donc lui, il essayait de la distraire, de lui changer les idées. Mais il me dit que ce n'était pas possible parce qu'en fait, on entendait frapper, on entendait hurler. Donc du coup, eux, ils étaient tous les deux dans la chambre. Et puis, ils ont attendu que les choses se tassent un peu et que je monte les rejoindre. Donc, c'est lui, en fait, qui lui a expliqué, qui lui a dit que j'avais une maladie et que son papi était venu nous annoncer ça.

  • Speaker #0

    Parce qu'elle avait 7 ans, c'est ça ?

  • Speaker #2

    Tout à fait. Alors Charlotte, ce qu'elle savait, elle connaissait le mot cancer parce qu'elle sait donc que... Du coup, ma mère est décédée d'un cancer du sein. Donc, elle savait que sa mamie était morte d'un cancer. Elle savait aussi que ses arrière-grands-parents, donc mes grands-parents maternels, sont eux-mêmes décédés d'un cancer. Et on a vécu, en fait, avec ma grand-mère pendant les quatre premières années de vie de ma fille. Donc, en fait, en plus, elle l'a vue malade sur les deux dernières années de vie. Elle a vu les séjours en clinique, elle a vu la dégradation physique. On a toujours essayé d'accompagner ça, bien évidemment, mais... Quand elle nous demandait, c'était... Elle vivait avec nous dans la même maison, donc en fait, c'était...

  • Speaker #0

    On ne pouvait pas cacher.

  • Speaker #2

    Voilà, on ne pouvait pas lui cacher. Donc, elle savait déjà que c'était une maladie qui était grave. Donc, le mot cancer, elle le connaissait. Le soir de l'annonce, au moment où je vais la coucher, elle me demande, tu vas mourir, maman ? Et là, moi, je n'étais pas préparée à ça. Je n'étais pas préparée déjà à mon cancer et encore moins à elle. Et je lui explique que oui, bien sûr, je vais mourir, mais je fais comme tout le monde en fait sur Terre. Et je lui demande si elle, elle sait quand est-ce qu'elle va mourir. Elle rigole un peu, elle me dit « Non, maman, je ne peux pas savoir » . Et je lui explique que du coup, moi non plus, je ne peux pas savoir. Mais je comprends et je complète, je lui dis « Si ta question, c'est de savoir si le cancer va me tuer, alors peut-être, oui, je vais mener une bataille contre la maladie. Peut-être que la maladie va gagner ou peut-être que c'est moi qui vais gagner. » Mais je lui explique que quoi qu'il en soit, la maladie, elle ne va pas m'emporter du jour au lendemain. Que si la maladie gagne, ça va prendre plusieurs mois. Et dans ce cas-là, je le saurais. Et je lui dis, mais je te promets, si la maladie gagne, je te le dirai. Et on aura le temps de se préparer à mon départ. Je lui dis, mais en tout cas, pour cette nuit, ne t'inquiète pas, le cancer ne va pas me tuer dans la nuit. Et tu peux dormir tranquille aujourd'hui. Elle m'a juste répondu, d'accord. Et elle s'est endormie, je n'ai eu aucun problème pour la coucher.

  • Speaker #0

    C'est ça qui est incroyable avec les enfants, parce que quand on leur parle, du coup, sincèrement, qu'on les rassure et qu'on leur dit la vérité aussi, ils sentent qu'ils peuvent faire confiance. On écoute ce que maman dit et ça va aller.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Avec Sébastien, on a vraiment pris le parti de ne rien lui cacher. et de tout lui expliquer. Donc c'était... Et puis surtout les mots, parce qu'en fait, quand le cancer rentre dans notre vie, on a plein de nouveaux mots, des mots qu'elle n'avait jamais entendus parler, et parfois les mots, ça peut faire peur. Et chaque fois qu'on avait un nouveau mot, on lui expliquait. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un ganglion axillaire, la chaîne lymphatique ? Alors c'est drôle, parce qu'elle a maîtrisé très vite le vocabulaire cancer, et je me souviens que souvent, les gens lui demandaient de mes nouvelles. Et parfois, elle disait, ma maman, aujourd'hui, elle a rendez-vous chez son oncologue. Puis après, elle va faire son injection d'herceptine au service de chez nous. Et ça, du haut d'une petite fille de 7 ans, ça pouvait être assez... Ça interpellait souvent les adultes, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    C'est ça, du coup, on se rend compte qu'ils ont une grande maturité.

  • Speaker #2

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Et du coup, elle suivait pas à pas tous les traitements que tu devais faire. Elle était au courant de tout.

  • Speaker #2

    Exactement, on avait fait... Alors déjà, de base, je suis assez organisée, j'aime les choses carrées. Donc j'avais fait un planning que j'avais totalement customisé, on va dire, avec tous mes rendez-vous. Si c'était une chimio, c'était d'une certaine couleur. Si c'était de la thérapie, c'était d'une autre, des rayons d'huile. Et donc ça, ça tenait sur un format A4 et il y avait tout mon parcours de soins. Et donc du coup, elle le suivait. Donc elle savait où il était. Et puis, ah bah tiens, là, il te reste quatre taxoles. Tu vas commencer la radiothérapie. Donc oui, en fait, c'était... Et puis surtout, elle avait une visibilité aussi. Elle savait ce qui allait se passer après. Au maximum, on a essayé de caler les rendez-vous médicaux pendant la période scolaire. Parce que même si elle savait que j'y allais, c'était toujours différent. Comme elle ne voyait pas partir à la clinique ou revenir. C'était quand même plus fluide. Elle était à l'école.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #2

    elle savait que j'étais à la clinique. Mais bon, ça n'impactait pas son quotidien.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est génial ce petit planning comme ça, parce que du coup, elle se sentait aussi impliquée et pas mise de côté. Puis c'est assez mignon qu'elle suivait tout ce que maman a à subir. Non, franchement, c'est trop mignon. Et du coup, tous ces examens, ça a dû te fatiguer. Comment ça se passait à la maison ? Elle a essayé de t'aider au plus quand elle te voyait très fatiguée ? Oui,

  • Speaker #2

    alors elle m'aidait pour tout. En fait, dès qu'elle me voyait, j'ai été très fatiguée dès la première chine. Donc... Mon énergie est tombée quasiment à zéro à partir de très rapidement, en fait. Et alors, quand elle voyait que j'avais du mal à marcher ou bien elle allait me chercher une bouteille d'eau, elle était toujours très, très bienveillante. Mais après, je pense qu'elle a pris énormément sur elle parce que là, par exemple, elle me le dit. Elle me dit « Quand t'es malade, on te passe tout quand même ! » Donc, je pense que c'est plus parce que c'est sur la durée. Ça fait quasiment un an et demi maintenant. Donc, les choses se sont un peu ancrées. Mais oui, elle était dans le soutien à tout niveau, que ce soit émotionnel. Ne serait-ce que de la voir ou de discuter avec elle. Je me débrouillais, en fait, pour que les heures de la journée où j'étais éveillée, c'était les heures où elle était là. Donc, je ne pouvais dormir. Elle rentrait de l'école. Quand mon mari l'accompagnait à l'école, je... j'allais me recoucher. Et ensuite, quand il a ramené le soir, là, je me réveillais un petit peu avant. Et puis comme ça, j'avais la fin d'après-midi avec elle. Donc, elle ne sentait pas trop effectivement cette fatigue.

  • Speaker #0

    Comment t'es venue l'idée de ton podcast ?

  • Speaker #2

    Alors déjà, j'avais pour projet de faire un podcast avant la maladie, mais pas du tout sur le sujet de la maladie, bien évidemment. Et puis après, pendant la maladie, je me suis rendue compte que pour moi, c'était difficile de lire. que ce soit des articles de sites internet, que ce soit un livre, je n'y arrivais pas intellectuellement. Et puis, je n'arrivais pas non plus à suivre, par exemple, une série télé. Je me souviens, il y a certaines séries où j'ai dû repasser peut-être 40 fois le même épisode. Alors, ce n'était pas très compliqué, mais je ne comprenais vraiment pas. Et je n'arrivais pas à me concentrer sur plusieurs sens. Et donc, du coup, à ce moment-là, je me suis beaucoup réfugiée dans les formats audio, que ce soit de la musique pour me distraire. ou bien des podcasts, bien évidemment. Et en fait, je me suis rendue compte que le format audio, c'était vraiment un format presque magique pour les personnes qui sont malades parce qu'on peut fermer les yeux et juste écouter. Et on peut le faire à peu près n'importe où, qu'on soit dans le lit, dans un fauteuil, dans une salle d'attente. Donc, il y a vraiment cet aspect-là qui m'intéressait beaucoup. Et après, pour le thème du podcast, c'est venu assez naturellement parce que... Comme je te disais, voilà, Charlotte était assez surprenante. Et puis surtout, les gens, je me suis rendu compte qu'en fait, notre manière de gérer le cancer était assez unique. Après, je pense qu'il y en a d'autres qui font ça, mais même les professionnels de santé me disaient, mais vous lui avez parlé de ça. Ah bon ? Mais comment ça se passe ? Et alors, je me suis dit que même si les personnes qui sont en contact avec des personnes malades ont cette vision-là, c'est que du coup, c'est peut-être pas si anodin. Et donc, on s'est dit qu'on avait sans doute fait des erreurs, c'est évident, mais qu'on avait aussi sans doute fait des choses bien et que si notre expérience pouvait servir à d'autres familles qui traversaient les mêmes épreuves, il fallait se lancer.

  • Speaker #0

    Et justement, pour les personnes qui ... qui viennent de découvrir et qui ne savent pas comment gérer avec la famille, je pense que le fait d'écouter ce podcast, ça va leur donner des idées. Même pour le petit planning, le fait d'inclure l'enfant. Et d'ailleurs, quand tu as voulu créer ce podcast, tu en as parlé à ton mari. Il a trouvé ça une très bonne idée ?

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est vraiment un podcast familial. On en a parlé tous les trois. Je m'en souviens d'ailleurs, la première fois qu'on en a parlé, c'était aux vacances de Pâques. l'année dernière. Et c'était vraiment une discussion familiale. Mais si l'Anglode, si Sébastien ou Charlotte avaient été ne serait-ce qu'un peu réticents, on n'y serait pas allés. Au final, Charlotte a été très emballée. Et Sébastien, je pense qu'il doit être presque plus investi que moi même dans le podcast.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est trop mignon parce que la petite Charlotte,

  • Speaker #2

    du coup, je ne l'ai pas vue,

  • Speaker #0

    mais je l'imagine comme une petite femme, une petite dame. Voilà.

  • Speaker #2

    C'est ça, tout à fait.

  • Speaker #0

    Si tu avais un conseil à donner aux auditrices qui nous écoutent et qui viennent d'apprendre leur cancer du sein, ou même des personnes qui vont devenir aidantes, parce qu'il y en a aussi qui écoutent les podcasts pour en savoir un petit peu plus, savoir ce que leur moitié ou leur entourage va ressentir tout simplement. Quel est ton message ? Quel est ton conseil ?

  • Speaker #2

    Alors, ce n'est peut-être pas originel, mais je leur dirais accrochez-vous. Accrochez-vous parce que ça va être compliqué. Mais il faut rester concentré sur l'essentiel. Et pour moi, l'essentiel, ça repose sur deux choses. La première, c'est qu'il faut combattre la maladie. Ça, c'est vraiment capital de le garder à l'esprit en permanence. Et la deuxième chose, c'est de s'entourer de gens qui vous sont proches et de se focaliser également sur eux. Donc, il ne faut pas se comparer parce que chaque cancer est différent, chaque protocole de soins est différent, chaque personne est différente. Et s'il y en a des enfants, il faut aussi avoir confiance. et se dire qu'on peut parler cancer avec un enfant et que ça peut bien se passer. Donc oui, on peut bien vivre le cancer en famille, même s'il y a des moments difficiles, même s'il y a des effets secondaires qui sont lourds. Il faut rester concentré sur l'essentiel.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup Camille, en tout cas, pour nous avoir partagé ton témoignage plein d'amour. Vous écoutiez Etadam, un podcast de Stéphanie Jarry. À très vite pour un prochain épisode.

  • Speaker #1

    Un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes, avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

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Description

Dans cette épisode, vous découvrirez Camille, du podcast “Mon cancer ma fille est moi”  .  C’est un podcast qui me touche particulièrement car elle donne la parole à son mari Sébastien mais également à sa fille Charlotte. Je trouve ça formidable de pouvoir parler des expériences croisées sur la maladie. C’est important d’avoir les ressentis du point du vue du malade, des enfants et de l’aidant qui est son mari.

On ne met pas souvent en avant, les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. 


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Excellente écoute à vous ! 

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Merci à tous ! 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonjour à tous, vous êtes sur État d'âme, le podcast qui fait découvrir les états d'âme de combattantes atteintes de problèmes de santé. Certains parcours s'entremêlent, partagez ces centres aidés. Aujourd'hui, je reçois Caméi pour nous livrer son témoignage. Le cancer du sein, une histoire familiale, c'est le sujet du jour.

  • Speaker #1

    État d'âme, un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes. Avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

  • Speaker #0

    Bonjour Camille, merci de partager ton histoire avec nous.

  • Speaker #2

    Bonjour Stéphanie. Alors,

  • Speaker #0

    je te présente aux auditrices qui ne te connaissent pas encore. Tu tiens le podcast Mon Cancer, Ma fille et moi. C'est un podcast qui touche particulièrement parce qu'il donne la parole tout simplement à ton mari Sébastien, mais également à ta fille Charlotte. Et je trouve ça formidable de pouvoir parler de vos expériences croisées sur la maladie. Pour moi, c'est important d'avoir les ressentis du point de vue du malade, des enfants qui vivent sous le même toit. et bien sûr de l'aidant, ton mari. On ne met pas souvent en avant les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. Je vous mettrai comment retrouver le podcast, l'Instagram de Camille et Sébastien, son mari, en description. Vous découvrirez que le podcast est divisé en deux séries. Donc il y a un épisode chaque mardi dans lequel ils explorent un aspect de la maladie et un épisode le vendredi où Camille et Sébastien répondent à une question que vous leur avez posée en amont par mail ou bien sur leurs réseaux sociaux. Dès à présent, rentrons dans le vif du sujet. Alors Camille, comment as-tu senti que quelque chose n'allait pas ?

  • Speaker #2

    Alors en fait, c'est un jour, en prenant ma douche, j'ai senti une boule sous mon aisselle gauche. Alors ça faisait pas mal, mais comme ma mère a eu un cancer du sein, j'avais pris l'habitude de me palper le sein et l'aisselle. Alors pas par inquiétude, mais davantage par réflexe. Je suis même pas sûre que je me palpais correctement, je faisais pas ça à intervalles réguliers, je n'avais pas de routine particulière, mais quoi qu'il en soit, je le faisais assez régulièrement quand même. Et donc un jour, j'ai senti une roule. Je ne me suis pas vraiment inquiétée parce qu'à ce moment-là, il y avait une campagne de vaccination contre le Covid et on entendait beaucoup parler du fait que les vaccins pouvaient entraîner une augmentation des ganglions sous les aisselles et de ne pas s'inquiéter. Moi, à ce moment-là, j'étais en excellente santé, j'étais en pleine forme, j'entendais parler de ça, donc je ne me suis vraiment pas du tout inquiétée. Mais mon père, qui est aussi du coup mon médecin généraliste, dans le doute, au vu du passif familial, il a préféré que j'aille faire contrôler ça. Donc je suis allée au cabinet de radiologie où j'avais l'habitude de passer mes mammographies de contrôle. J'ai expliqué ma situation, je me suis d'ailleurs un petit peu excusée. Et en fait, la radiologue m'a dit non, non, au vu de votre passif, on va tout de suite contrôler ça. Il vaut mieux s'assurer que tout va bien et ne pas prendre de risques. Donc j'ai été prise en charge très rapidement. Donc j'ai passé les premières mammographies, la mammographie, l'échographie et une biopsie également. Donc j'avais déjà passé des mammos, mais c'était ma première biopsie. Mais bon, à ce moment-là, je ne me suis pas du tout inquiétée parce que j'étais vraiment... en super synthé et puis j'avais l'habitude de passer des examens de contrôle régulièrement, donc rien d'inquiétant pour moi.

  • Speaker #0

    L'annonce, comment ça s'est passé ?

  • Speaker #2

    Alors ça par contre, je m'en souviendrai toute ma vie, c'était un samedi matin, j'étais chez moi tranquillement avec mon mari, je me souviens je travaillais avec Sébastien, Charlotte jouait au rez-de-chaussée, tout le monde était tranquille, puis on a sonné à la porte et c'était mon père. Je me suis dit bon, il doit faire quelque chose dans le quartier. Il est passé, il a voulu, il a envie de dire bonjour, faire un bisou à sa petite fille. Je lui ouvre la porte et quand il arrive, je lui demande un peu par réflexe, comme on peut dire à n'importe qui, coucou, ça va ? Et il me répond non. Alors là, je suis surprise. Et d'un seul coup, en fait, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est qu'il est malade. C'est que c'est lui qui est malade et qui vient m'annoncer que ça ne va pas. Donc je lui ai dit, mais tu es malade ? Et il me répond non, c'est toi. Et là, mon premier réflexe, c'est de lui dire, mais non, je suis en pleine forme, tout va bien, ne t'inquiète pas. Et en fait, je vois son regard que c'est quelque chose de grave. Et à ce moment-là, j'avais zappé la biopsie. Et puis d'un seul coup, tout me revient en mémoire. Les pièces du puzzle s'assemblent. Et je comprends qu'il ait eu des résultats. Et je comprends à ce moment-là que j'ai eu un cancer du sein. Donc là, c'est assez violent parce que je me souviens de m'être mise à hurler. J'ai vraiment hurlé chez moi. J'ai crié, j'ai pleuré. J'ai même frappé les murs. C'était très violent, en fait.

  • Speaker #0

    Comme annonce, parce que du coup, tu as pensé à ta mère. Enfin, tu as pensé...

  • Speaker #2

    Alors, je pense que déjà, ce qui était violent, c'est que je ne m'y attendais pas parce que, comme je disais, j'étais en... bonne santé, j'avais l'habitude de passer l'examen de contrôle, et puis cette boule vraiment ne m'inquiétait pas. Et puis en plus, je n'étais pas dans un contexte, j'étais chez moi. Donc ce n'est pas comme quand on va à un rendez-vous médical où on ne se prépare à une mauvaise nouvelle peut-être. Non, non, là, c'est vraiment arrivé totalement par hasard. Donc tout ça s'est mêlé. Mais d'un autre côté, ce n'était peut-être pas plus mal parce que je sais que quand je le raconte, ça peut choquer en disant mais c'est une intrusion qui est extrêmement violente dans l'intimité pour une p***. si mauvaise nouvelle.

  • Speaker #0

    Là, comme c'était ton père,

  • Speaker #2

    c'est ça. Et puis surtout, je pense que si on me l'avait dit dans un cabinet de radiologie, j'aurais pas pu hurler, j'aurais pas pu pleurer. Et là, j'ai pu en fait laisser libre cours directement dès l'annonce. J'ai pu laisser éclater absolument toutes mes émotions. Donc, il y a le revers de la médaille. Mais pour moi, ça permet une plus grande liberté d'expression. Et puis, mon père aussi, j'ai... Et je suis encore toujours reconnaissante à la radiologue parce qu'elle savait que mon père était le médecin prescripteur des examens. Donc elle savait qu'il allait recevoir les résultats de la biopsie. Et elle n'a pas voulu qu'il découvre le cancer de sa fille dans sa boîte mail un matin. Donc du coup, elle l'a appelée. Elle a pris la peine de l'appeler, de lui annoncer par téléphone. Donc en fait, pour nous, toute l'annonce s'est faite de manière quand même très personnelle et très bienveillante malgré tout. Quand mon père est arrivé dans la maison, elle a couru vers la porte pour faire un bisou à son grand-père, ce qui est assez normal. Mon mari est arrivé aussi pour lui dire bonjour, mais comme mon père, je pense qu'il gardait ça, il avait besoin de dire aussi la nouvelle et de ne pas laisser les choses s'installer. Donc du coup, tout le monde était là dans la même pièce. On était tous à deux mètres carrés, je dirais, dans deux mètres carrés quand on l'a appris. Par contre, le mot cancer n'a pas été prononcé puisque moi, j'ai compris. Mon mari aussi a compris. On n'a pas eu besoin de dire, mon père m'a pas dit, tu as un cancer. Donc en fait, elle ne l'a pas entendu. Elle n'a pas entendu ce mot, mais au vu de ma réaction, elle a compris qu'il se passait quelque chose de très grave. Et là, par contre, mon mari a eu le réflexe, il a de suite emmené, je crois qu'il l'a porté même, il a de suite emmené à l'étage. Ils se sont isolés dans une chambre. Donc ça m'a permis, moi, de discuter avec mon père. Et eux, de rester. Donc lui, il essayait de la distraire, de lui changer les idées. Mais il me dit que ce n'était pas possible parce qu'en fait, on entendait frapper, on entendait hurler. Donc du coup, eux, ils étaient tous les deux dans la chambre. Et puis, ils ont attendu que les choses se tassent un peu et que je monte les rejoindre. Donc, c'est lui, en fait, qui lui a expliqué, qui lui a dit que j'avais une maladie et que son papi était venu nous annoncer ça.

  • Speaker #0

    Parce qu'elle avait 7 ans, c'est ça ?

  • Speaker #2

    Tout à fait. Alors Charlotte, ce qu'elle savait, elle connaissait le mot cancer parce qu'elle sait donc que... Du coup, ma mère est décédée d'un cancer du sein. Donc, elle savait que sa mamie était morte d'un cancer. Elle savait aussi que ses arrière-grands-parents, donc mes grands-parents maternels, sont eux-mêmes décédés d'un cancer. Et on a vécu, en fait, avec ma grand-mère pendant les quatre premières années de vie de ma fille. Donc, en fait, en plus, elle l'a vue malade sur les deux dernières années de vie. Elle a vu les séjours en clinique, elle a vu la dégradation physique. On a toujours essayé d'accompagner ça, bien évidemment, mais... Quand elle nous demandait, c'était... Elle vivait avec nous dans la même maison, donc en fait, c'était...

  • Speaker #0

    On ne pouvait pas cacher.

  • Speaker #2

    Voilà, on ne pouvait pas lui cacher. Donc, elle savait déjà que c'était une maladie qui était grave. Donc, le mot cancer, elle le connaissait. Le soir de l'annonce, au moment où je vais la coucher, elle me demande, tu vas mourir, maman ? Et là, moi, je n'étais pas préparée à ça. Je n'étais pas préparée déjà à mon cancer et encore moins à elle. Et je lui explique que oui, bien sûr, je vais mourir, mais je fais comme tout le monde en fait sur Terre. Et je lui demande si elle, elle sait quand est-ce qu'elle va mourir. Elle rigole un peu, elle me dit « Non, maman, je ne peux pas savoir » . Et je lui explique que du coup, moi non plus, je ne peux pas savoir. Mais je comprends et je complète, je lui dis « Si ta question, c'est de savoir si le cancer va me tuer, alors peut-être, oui, je vais mener une bataille contre la maladie. Peut-être que la maladie va gagner ou peut-être que c'est moi qui vais gagner. » Mais je lui explique que quoi qu'il en soit, la maladie, elle ne va pas m'emporter du jour au lendemain. Que si la maladie gagne, ça va prendre plusieurs mois. Et dans ce cas-là, je le saurais. Et je lui dis, mais je te promets, si la maladie gagne, je te le dirai. Et on aura le temps de se préparer à mon départ. Je lui dis, mais en tout cas, pour cette nuit, ne t'inquiète pas, le cancer ne va pas me tuer dans la nuit. Et tu peux dormir tranquille aujourd'hui. Elle m'a juste répondu, d'accord. Et elle s'est endormie, je n'ai eu aucun problème pour la coucher.

  • Speaker #0

    C'est ça qui est incroyable avec les enfants, parce que quand on leur parle, du coup, sincèrement, qu'on les rassure et qu'on leur dit la vérité aussi, ils sentent qu'ils peuvent faire confiance. On écoute ce que maman dit et ça va aller.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Avec Sébastien, on a vraiment pris le parti de ne rien lui cacher. et de tout lui expliquer. Donc c'était... Et puis surtout les mots, parce qu'en fait, quand le cancer rentre dans notre vie, on a plein de nouveaux mots, des mots qu'elle n'avait jamais entendus parler, et parfois les mots, ça peut faire peur. Et chaque fois qu'on avait un nouveau mot, on lui expliquait. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un ganglion axillaire, la chaîne lymphatique ? Alors c'est drôle, parce qu'elle a maîtrisé très vite le vocabulaire cancer, et je me souviens que souvent, les gens lui demandaient de mes nouvelles. Et parfois, elle disait, ma maman, aujourd'hui, elle a rendez-vous chez son oncologue. Puis après, elle va faire son injection d'herceptine au service de chez nous. Et ça, du haut d'une petite fille de 7 ans, ça pouvait être assez... Ça interpellait souvent les adultes, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    C'est ça, du coup, on se rend compte qu'ils ont une grande maturité.

  • Speaker #2

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Et du coup, elle suivait pas à pas tous les traitements que tu devais faire. Elle était au courant de tout.

  • Speaker #2

    Exactement, on avait fait... Alors déjà, de base, je suis assez organisée, j'aime les choses carrées. Donc j'avais fait un planning que j'avais totalement customisé, on va dire, avec tous mes rendez-vous. Si c'était une chimio, c'était d'une certaine couleur. Si c'était de la thérapie, c'était d'une autre, des rayons d'huile. Et donc ça, ça tenait sur un format A4 et il y avait tout mon parcours de soins. Et donc du coup, elle le suivait. Donc elle savait où il était. Et puis, ah bah tiens, là, il te reste quatre taxoles. Tu vas commencer la radiothérapie. Donc oui, en fait, c'était... Et puis surtout, elle avait une visibilité aussi. Elle savait ce qui allait se passer après. Au maximum, on a essayé de caler les rendez-vous médicaux pendant la période scolaire. Parce que même si elle savait que j'y allais, c'était toujours différent. Comme elle ne voyait pas partir à la clinique ou revenir. C'était quand même plus fluide. Elle était à l'école.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #2

    elle savait que j'étais à la clinique. Mais bon, ça n'impactait pas son quotidien.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est génial ce petit planning comme ça, parce que du coup, elle se sentait aussi impliquée et pas mise de côté. Puis c'est assez mignon qu'elle suivait tout ce que maman a à subir. Non, franchement, c'est trop mignon. Et du coup, tous ces examens, ça a dû te fatiguer. Comment ça se passait à la maison ? Elle a essayé de t'aider au plus quand elle te voyait très fatiguée ? Oui,

  • Speaker #2

    alors elle m'aidait pour tout. En fait, dès qu'elle me voyait, j'ai été très fatiguée dès la première chine. Donc... Mon énergie est tombée quasiment à zéro à partir de très rapidement, en fait. Et alors, quand elle voyait que j'avais du mal à marcher ou bien elle allait me chercher une bouteille d'eau, elle était toujours très, très bienveillante. Mais après, je pense qu'elle a pris énormément sur elle parce que là, par exemple, elle me le dit. Elle me dit « Quand t'es malade, on te passe tout quand même ! » Donc, je pense que c'est plus parce que c'est sur la durée. Ça fait quasiment un an et demi maintenant. Donc, les choses se sont un peu ancrées. Mais oui, elle était dans le soutien à tout niveau, que ce soit émotionnel. Ne serait-ce que de la voir ou de discuter avec elle. Je me débrouillais, en fait, pour que les heures de la journée où j'étais éveillée, c'était les heures où elle était là. Donc, je ne pouvais dormir. Elle rentrait de l'école. Quand mon mari l'accompagnait à l'école, je... j'allais me recoucher. Et ensuite, quand il a ramené le soir, là, je me réveillais un petit peu avant. Et puis comme ça, j'avais la fin d'après-midi avec elle. Donc, elle ne sentait pas trop effectivement cette fatigue.

  • Speaker #0

    Comment t'es venue l'idée de ton podcast ?

  • Speaker #2

    Alors déjà, j'avais pour projet de faire un podcast avant la maladie, mais pas du tout sur le sujet de la maladie, bien évidemment. Et puis après, pendant la maladie, je me suis rendue compte que pour moi, c'était difficile de lire. que ce soit des articles de sites internet, que ce soit un livre, je n'y arrivais pas intellectuellement. Et puis, je n'arrivais pas non plus à suivre, par exemple, une série télé. Je me souviens, il y a certaines séries où j'ai dû repasser peut-être 40 fois le même épisode. Alors, ce n'était pas très compliqué, mais je ne comprenais vraiment pas. Et je n'arrivais pas à me concentrer sur plusieurs sens. Et donc, du coup, à ce moment-là, je me suis beaucoup réfugiée dans les formats audio, que ce soit de la musique pour me distraire. ou bien des podcasts, bien évidemment. Et en fait, je me suis rendue compte que le format audio, c'était vraiment un format presque magique pour les personnes qui sont malades parce qu'on peut fermer les yeux et juste écouter. Et on peut le faire à peu près n'importe où, qu'on soit dans le lit, dans un fauteuil, dans une salle d'attente. Donc, il y a vraiment cet aspect-là qui m'intéressait beaucoup. Et après, pour le thème du podcast, c'est venu assez naturellement parce que... Comme je te disais, voilà, Charlotte était assez surprenante. Et puis surtout, les gens, je me suis rendu compte qu'en fait, notre manière de gérer le cancer était assez unique. Après, je pense qu'il y en a d'autres qui font ça, mais même les professionnels de santé me disaient, mais vous lui avez parlé de ça. Ah bon ? Mais comment ça se passe ? Et alors, je me suis dit que même si les personnes qui sont en contact avec des personnes malades ont cette vision-là, c'est que du coup, c'est peut-être pas si anodin. Et donc, on s'est dit qu'on avait sans doute fait des erreurs, c'est évident, mais qu'on avait aussi sans doute fait des choses bien et que si notre expérience pouvait servir à d'autres familles qui traversaient les mêmes épreuves, il fallait se lancer.

  • Speaker #0

    Et justement, pour les personnes qui ... qui viennent de découvrir et qui ne savent pas comment gérer avec la famille, je pense que le fait d'écouter ce podcast, ça va leur donner des idées. Même pour le petit planning, le fait d'inclure l'enfant. Et d'ailleurs, quand tu as voulu créer ce podcast, tu en as parlé à ton mari. Il a trouvé ça une très bonne idée ?

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est vraiment un podcast familial. On en a parlé tous les trois. Je m'en souviens d'ailleurs, la première fois qu'on en a parlé, c'était aux vacances de Pâques. l'année dernière. Et c'était vraiment une discussion familiale. Mais si l'Anglode, si Sébastien ou Charlotte avaient été ne serait-ce qu'un peu réticents, on n'y serait pas allés. Au final, Charlotte a été très emballée. Et Sébastien, je pense qu'il doit être presque plus investi que moi même dans le podcast.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est trop mignon parce que la petite Charlotte,

  • Speaker #2

    du coup, je ne l'ai pas vue,

  • Speaker #0

    mais je l'imagine comme une petite femme, une petite dame. Voilà.

  • Speaker #2

    C'est ça, tout à fait.

  • Speaker #0

    Si tu avais un conseil à donner aux auditrices qui nous écoutent et qui viennent d'apprendre leur cancer du sein, ou même des personnes qui vont devenir aidantes, parce qu'il y en a aussi qui écoutent les podcasts pour en savoir un petit peu plus, savoir ce que leur moitié ou leur entourage va ressentir tout simplement. Quel est ton message ? Quel est ton conseil ?

  • Speaker #2

    Alors, ce n'est peut-être pas originel, mais je leur dirais accrochez-vous. Accrochez-vous parce que ça va être compliqué. Mais il faut rester concentré sur l'essentiel. Et pour moi, l'essentiel, ça repose sur deux choses. La première, c'est qu'il faut combattre la maladie. Ça, c'est vraiment capital de le garder à l'esprit en permanence. Et la deuxième chose, c'est de s'entourer de gens qui vous sont proches et de se focaliser également sur eux. Donc, il ne faut pas se comparer parce que chaque cancer est différent, chaque protocole de soins est différent, chaque personne est différente. Et s'il y en a des enfants, il faut aussi avoir confiance. et se dire qu'on peut parler cancer avec un enfant et que ça peut bien se passer. Donc oui, on peut bien vivre le cancer en famille, même s'il y a des moments difficiles, même s'il y a des effets secondaires qui sont lourds. Il faut rester concentré sur l'essentiel.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup Camille, en tout cas, pour nous avoir partagé ton témoignage plein d'amour. Vous écoutiez Etadam, un podcast de Stéphanie Jarry. À très vite pour un prochain épisode.

  • Speaker #1

    Un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes, avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

Description

Dans cette épisode, vous découvrirez Camille, du podcast “Mon cancer ma fille est moi”  .  C’est un podcast qui me touche particulièrement car elle donne la parole à son mari Sébastien mais également à sa fille Charlotte. Je trouve ça formidable de pouvoir parler des expériences croisées sur la maladie. C’est important d’avoir les ressentis du point du vue du malade, des enfants et de l’aidant qui est son mari.

On ne met pas souvent en avant, les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. 


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Transcription

  • Speaker #0

    Bonjour à tous, vous êtes sur État d'âme, le podcast qui fait découvrir les états d'âme de combattantes atteintes de problèmes de santé. Certains parcours s'entremêlent, partagez ces centres aidés. Aujourd'hui, je reçois Caméi pour nous livrer son témoignage. Le cancer du sein, une histoire familiale, c'est le sujet du jour.

  • Speaker #1

    État d'âme, un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes. Avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

  • Speaker #0

    Bonjour Camille, merci de partager ton histoire avec nous.

  • Speaker #2

    Bonjour Stéphanie. Alors,

  • Speaker #0

    je te présente aux auditrices qui ne te connaissent pas encore. Tu tiens le podcast Mon Cancer, Ma fille et moi. C'est un podcast qui touche particulièrement parce qu'il donne la parole tout simplement à ton mari Sébastien, mais également à ta fille Charlotte. Et je trouve ça formidable de pouvoir parler de vos expériences croisées sur la maladie. Pour moi, c'est important d'avoir les ressentis du point de vue du malade, des enfants qui vivent sous le même toit. et bien sûr de l'aidant, ton mari. On ne met pas souvent en avant les aidants qui sont souvent les gens de notre famille. Je vous mettrai comment retrouver le podcast, l'Instagram de Camille et Sébastien, son mari, en description. Vous découvrirez que le podcast est divisé en deux séries. Donc il y a un épisode chaque mardi dans lequel ils explorent un aspect de la maladie et un épisode le vendredi où Camille et Sébastien répondent à une question que vous leur avez posée en amont par mail ou bien sur leurs réseaux sociaux. Dès à présent, rentrons dans le vif du sujet. Alors Camille, comment as-tu senti que quelque chose n'allait pas ?

  • Speaker #2

    Alors en fait, c'est un jour, en prenant ma douche, j'ai senti une boule sous mon aisselle gauche. Alors ça faisait pas mal, mais comme ma mère a eu un cancer du sein, j'avais pris l'habitude de me palper le sein et l'aisselle. Alors pas par inquiétude, mais davantage par réflexe. Je suis même pas sûre que je me palpais correctement, je faisais pas ça à intervalles réguliers, je n'avais pas de routine particulière, mais quoi qu'il en soit, je le faisais assez régulièrement quand même. Et donc un jour, j'ai senti une roule. Je ne me suis pas vraiment inquiétée parce qu'à ce moment-là, il y avait une campagne de vaccination contre le Covid et on entendait beaucoup parler du fait que les vaccins pouvaient entraîner une augmentation des ganglions sous les aisselles et de ne pas s'inquiéter. Moi, à ce moment-là, j'étais en excellente santé, j'étais en pleine forme, j'entendais parler de ça, donc je ne me suis vraiment pas du tout inquiétée. Mais mon père, qui est aussi du coup mon médecin généraliste, dans le doute, au vu du passif familial, il a préféré que j'aille faire contrôler ça. Donc je suis allée au cabinet de radiologie où j'avais l'habitude de passer mes mammographies de contrôle. J'ai expliqué ma situation, je me suis d'ailleurs un petit peu excusée. Et en fait, la radiologue m'a dit non, non, au vu de votre passif, on va tout de suite contrôler ça. Il vaut mieux s'assurer que tout va bien et ne pas prendre de risques. Donc j'ai été prise en charge très rapidement. Donc j'ai passé les premières mammographies, la mammographie, l'échographie et une biopsie également. Donc j'avais déjà passé des mammos, mais c'était ma première biopsie. Mais bon, à ce moment-là, je ne me suis pas du tout inquiétée parce que j'étais vraiment... en super synthé et puis j'avais l'habitude de passer des examens de contrôle régulièrement, donc rien d'inquiétant pour moi.

  • Speaker #0

    L'annonce, comment ça s'est passé ?

  • Speaker #2

    Alors ça par contre, je m'en souviendrai toute ma vie, c'était un samedi matin, j'étais chez moi tranquillement avec mon mari, je me souviens je travaillais avec Sébastien, Charlotte jouait au rez-de-chaussée, tout le monde était tranquille, puis on a sonné à la porte et c'était mon père. Je me suis dit bon, il doit faire quelque chose dans le quartier. Il est passé, il a voulu, il a envie de dire bonjour, faire un bisou à sa petite fille. Je lui ouvre la porte et quand il arrive, je lui demande un peu par réflexe, comme on peut dire à n'importe qui, coucou, ça va ? Et il me répond non. Alors là, je suis surprise. Et d'un seul coup, en fait, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est qu'il est malade. C'est que c'est lui qui est malade et qui vient m'annoncer que ça ne va pas. Donc je lui ai dit, mais tu es malade ? Et il me répond non, c'est toi. Et là, mon premier réflexe, c'est de lui dire, mais non, je suis en pleine forme, tout va bien, ne t'inquiète pas. Et en fait, je vois son regard que c'est quelque chose de grave. Et à ce moment-là, j'avais zappé la biopsie. Et puis d'un seul coup, tout me revient en mémoire. Les pièces du puzzle s'assemblent. Et je comprends qu'il ait eu des résultats. Et je comprends à ce moment-là que j'ai eu un cancer du sein. Donc là, c'est assez violent parce que je me souviens de m'être mise à hurler. J'ai vraiment hurlé chez moi. J'ai crié, j'ai pleuré. J'ai même frappé les murs. C'était très violent, en fait.

  • Speaker #0

    Comme annonce, parce que du coup, tu as pensé à ta mère. Enfin, tu as pensé...

  • Speaker #2

    Alors, je pense que déjà, ce qui était violent, c'est que je ne m'y attendais pas parce que, comme je disais, j'étais en... bonne santé, j'avais l'habitude de passer l'examen de contrôle, et puis cette boule vraiment ne m'inquiétait pas. Et puis en plus, je n'étais pas dans un contexte, j'étais chez moi. Donc ce n'est pas comme quand on va à un rendez-vous médical où on ne se prépare à une mauvaise nouvelle peut-être. Non, non, là, c'est vraiment arrivé totalement par hasard. Donc tout ça s'est mêlé. Mais d'un autre côté, ce n'était peut-être pas plus mal parce que je sais que quand je le raconte, ça peut choquer en disant mais c'est une intrusion qui est extrêmement violente dans l'intimité pour une p***. si mauvaise nouvelle.

  • Speaker #0

    Là, comme c'était ton père,

  • Speaker #2

    c'est ça. Et puis surtout, je pense que si on me l'avait dit dans un cabinet de radiologie, j'aurais pas pu hurler, j'aurais pas pu pleurer. Et là, j'ai pu en fait laisser libre cours directement dès l'annonce. J'ai pu laisser éclater absolument toutes mes émotions. Donc, il y a le revers de la médaille. Mais pour moi, ça permet une plus grande liberté d'expression. Et puis, mon père aussi, j'ai... Et je suis encore toujours reconnaissante à la radiologue parce qu'elle savait que mon père était le médecin prescripteur des examens. Donc elle savait qu'il allait recevoir les résultats de la biopsie. Et elle n'a pas voulu qu'il découvre le cancer de sa fille dans sa boîte mail un matin. Donc du coup, elle l'a appelée. Elle a pris la peine de l'appeler, de lui annoncer par téléphone. Donc en fait, pour nous, toute l'annonce s'est faite de manière quand même très personnelle et très bienveillante malgré tout. Quand mon père est arrivé dans la maison, elle a couru vers la porte pour faire un bisou à son grand-père, ce qui est assez normal. Mon mari est arrivé aussi pour lui dire bonjour, mais comme mon père, je pense qu'il gardait ça, il avait besoin de dire aussi la nouvelle et de ne pas laisser les choses s'installer. Donc du coup, tout le monde était là dans la même pièce. On était tous à deux mètres carrés, je dirais, dans deux mètres carrés quand on l'a appris. Par contre, le mot cancer n'a pas été prononcé puisque moi, j'ai compris. Mon mari aussi a compris. On n'a pas eu besoin de dire, mon père m'a pas dit, tu as un cancer. Donc en fait, elle ne l'a pas entendu. Elle n'a pas entendu ce mot, mais au vu de ma réaction, elle a compris qu'il se passait quelque chose de très grave. Et là, par contre, mon mari a eu le réflexe, il a de suite emmené, je crois qu'il l'a porté même, il a de suite emmené à l'étage. Ils se sont isolés dans une chambre. Donc ça m'a permis, moi, de discuter avec mon père. Et eux, de rester. Donc lui, il essayait de la distraire, de lui changer les idées. Mais il me dit que ce n'était pas possible parce qu'en fait, on entendait frapper, on entendait hurler. Donc du coup, eux, ils étaient tous les deux dans la chambre. Et puis, ils ont attendu que les choses se tassent un peu et que je monte les rejoindre. Donc, c'est lui, en fait, qui lui a expliqué, qui lui a dit que j'avais une maladie et que son papi était venu nous annoncer ça.

  • Speaker #0

    Parce qu'elle avait 7 ans, c'est ça ?

  • Speaker #2

    Tout à fait. Alors Charlotte, ce qu'elle savait, elle connaissait le mot cancer parce qu'elle sait donc que... Du coup, ma mère est décédée d'un cancer du sein. Donc, elle savait que sa mamie était morte d'un cancer. Elle savait aussi que ses arrière-grands-parents, donc mes grands-parents maternels, sont eux-mêmes décédés d'un cancer. Et on a vécu, en fait, avec ma grand-mère pendant les quatre premières années de vie de ma fille. Donc, en fait, en plus, elle l'a vue malade sur les deux dernières années de vie. Elle a vu les séjours en clinique, elle a vu la dégradation physique. On a toujours essayé d'accompagner ça, bien évidemment, mais... Quand elle nous demandait, c'était... Elle vivait avec nous dans la même maison, donc en fait, c'était...

  • Speaker #0

    On ne pouvait pas cacher.

  • Speaker #2

    Voilà, on ne pouvait pas lui cacher. Donc, elle savait déjà que c'était une maladie qui était grave. Donc, le mot cancer, elle le connaissait. Le soir de l'annonce, au moment où je vais la coucher, elle me demande, tu vas mourir, maman ? Et là, moi, je n'étais pas préparée à ça. Je n'étais pas préparée déjà à mon cancer et encore moins à elle. Et je lui explique que oui, bien sûr, je vais mourir, mais je fais comme tout le monde en fait sur Terre. Et je lui demande si elle, elle sait quand est-ce qu'elle va mourir. Elle rigole un peu, elle me dit « Non, maman, je ne peux pas savoir » . Et je lui explique que du coup, moi non plus, je ne peux pas savoir. Mais je comprends et je complète, je lui dis « Si ta question, c'est de savoir si le cancer va me tuer, alors peut-être, oui, je vais mener une bataille contre la maladie. Peut-être que la maladie va gagner ou peut-être que c'est moi qui vais gagner. » Mais je lui explique que quoi qu'il en soit, la maladie, elle ne va pas m'emporter du jour au lendemain. Que si la maladie gagne, ça va prendre plusieurs mois. Et dans ce cas-là, je le saurais. Et je lui dis, mais je te promets, si la maladie gagne, je te le dirai. Et on aura le temps de se préparer à mon départ. Je lui dis, mais en tout cas, pour cette nuit, ne t'inquiète pas, le cancer ne va pas me tuer dans la nuit. Et tu peux dormir tranquille aujourd'hui. Elle m'a juste répondu, d'accord. Et elle s'est endormie, je n'ai eu aucun problème pour la coucher.

  • Speaker #0

    C'est ça qui est incroyable avec les enfants, parce que quand on leur parle, du coup, sincèrement, qu'on les rassure et qu'on leur dit la vérité aussi, ils sentent qu'ils peuvent faire confiance. On écoute ce que maman dit et ça va aller.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Avec Sébastien, on a vraiment pris le parti de ne rien lui cacher. et de tout lui expliquer. Donc c'était... Et puis surtout les mots, parce qu'en fait, quand le cancer rentre dans notre vie, on a plein de nouveaux mots, des mots qu'elle n'avait jamais entendus parler, et parfois les mots, ça peut faire peur. Et chaque fois qu'on avait un nouveau mot, on lui expliquait. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un ganglion axillaire, la chaîne lymphatique ? Alors c'est drôle, parce qu'elle a maîtrisé très vite le vocabulaire cancer, et je me souviens que souvent, les gens lui demandaient de mes nouvelles. Et parfois, elle disait, ma maman, aujourd'hui, elle a rendez-vous chez son oncologue. Puis après, elle va faire son injection d'herceptine au service de chez nous. Et ça, du haut d'une petite fille de 7 ans, ça pouvait être assez... Ça interpellait souvent les adultes, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    C'est ça, du coup, on se rend compte qu'ils ont une grande maturité.

  • Speaker #2

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Et du coup, elle suivait pas à pas tous les traitements que tu devais faire. Elle était au courant de tout.

  • Speaker #2

    Exactement, on avait fait... Alors déjà, de base, je suis assez organisée, j'aime les choses carrées. Donc j'avais fait un planning que j'avais totalement customisé, on va dire, avec tous mes rendez-vous. Si c'était une chimio, c'était d'une certaine couleur. Si c'était de la thérapie, c'était d'une autre, des rayons d'huile. Et donc ça, ça tenait sur un format A4 et il y avait tout mon parcours de soins. Et donc du coup, elle le suivait. Donc elle savait où il était. Et puis, ah bah tiens, là, il te reste quatre taxoles. Tu vas commencer la radiothérapie. Donc oui, en fait, c'était... Et puis surtout, elle avait une visibilité aussi. Elle savait ce qui allait se passer après. Au maximum, on a essayé de caler les rendez-vous médicaux pendant la période scolaire. Parce que même si elle savait que j'y allais, c'était toujours différent. Comme elle ne voyait pas partir à la clinique ou revenir. C'était quand même plus fluide. Elle était à l'école.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #2

    elle savait que j'étais à la clinique. Mais bon, ça n'impactait pas son quotidien.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est génial ce petit planning comme ça, parce que du coup, elle se sentait aussi impliquée et pas mise de côté. Puis c'est assez mignon qu'elle suivait tout ce que maman a à subir. Non, franchement, c'est trop mignon. Et du coup, tous ces examens, ça a dû te fatiguer. Comment ça se passait à la maison ? Elle a essayé de t'aider au plus quand elle te voyait très fatiguée ? Oui,

  • Speaker #2

    alors elle m'aidait pour tout. En fait, dès qu'elle me voyait, j'ai été très fatiguée dès la première chine. Donc... Mon énergie est tombée quasiment à zéro à partir de très rapidement, en fait. Et alors, quand elle voyait que j'avais du mal à marcher ou bien elle allait me chercher une bouteille d'eau, elle était toujours très, très bienveillante. Mais après, je pense qu'elle a pris énormément sur elle parce que là, par exemple, elle me le dit. Elle me dit « Quand t'es malade, on te passe tout quand même ! » Donc, je pense que c'est plus parce que c'est sur la durée. Ça fait quasiment un an et demi maintenant. Donc, les choses se sont un peu ancrées. Mais oui, elle était dans le soutien à tout niveau, que ce soit émotionnel. Ne serait-ce que de la voir ou de discuter avec elle. Je me débrouillais, en fait, pour que les heures de la journée où j'étais éveillée, c'était les heures où elle était là. Donc, je ne pouvais dormir. Elle rentrait de l'école. Quand mon mari l'accompagnait à l'école, je... j'allais me recoucher. Et ensuite, quand il a ramené le soir, là, je me réveillais un petit peu avant. Et puis comme ça, j'avais la fin d'après-midi avec elle. Donc, elle ne sentait pas trop effectivement cette fatigue.

  • Speaker #0

    Comment t'es venue l'idée de ton podcast ?

  • Speaker #2

    Alors déjà, j'avais pour projet de faire un podcast avant la maladie, mais pas du tout sur le sujet de la maladie, bien évidemment. Et puis après, pendant la maladie, je me suis rendue compte que pour moi, c'était difficile de lire. que ce soit des articles de sites internet, que ce soit un livre, je n'y arrivais pas intellectuellement. Et puis, je n'arrivais pas non plus à suivre, par exemple, une série télé. Je me souviens, il y a certaines séries où j'ai dû repasser peut-être 40 fois le même épisode. Alors, ce n'était pas très compliqué, mais je ne comprenais vraiment pas. Et je n'arrivais pas à me concentrer sur plusieurs sens. Et donc, du coup, à ce moment-là, je me suis beaucoup réfugiée dans les formats audio, que ce soit de la musique pour me distraire. ou bien des podcasts, bien évidemment. Et en fait, je me suis rendue compte que le format audio, c'était vraiment un format presque magique pour les personnes qui sont malades parce qu'on peut fermer les yeux et juste écouter. Et on peut le faire à peu près n'importe où, qu'on soit dans le lit, dans un fauteuil, dans une salle d'attente. Donc, il y a vraiment cet aspect-là qui m'intéressait beaucoup. Et après, pour le thème du podcast, c'est venu assez naturellement parce que... Comme je te disais, voilà, Charlotte était assez surprenante. Et puis surtout, les gens, je me suis rendu compte qu'en fait, notre manière de gérer le cancer était assez unique. Après, je pense qu'il y en a d'autres qui font ça, mais même les professionnels de santé me disaient, mais vous lui avez parlé de ça. Ah bon ? Mais comment ça se passe ? Et alors, je me suis dit que même si les personnes qui sont en contact avec des personnes malades ont cette vision-là, c'est que du coup, c'est peut-être pas si anodin. Et donc, on s'est dit qu'on avait sans doute fait des erreurs, c'est évident, mais qu'on avait aussi sans doute fait des choses bien et que si notre expérience pouvait servir à d'autres familles qui traversaient les mêmes épreuves, il fallait se lancer.

  • Speaker #0

    Et justement, pour les personnes qui ... qui viennent de découvrir et qui ne savent pas comment gérer avec la famille, je pense que le fait d'écouter ce podcast, ça va leur donner des idées. Même pour le petit planning, le fait d'inclure l'enfant. Et d'ailleurs, quand tu as voulu créer ce podcast, tu en as parlé à ton mari. Il a trouvé ça une très bonne idée ?

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est vraiment un podcast familial. On en a parlé tous les trois. Je m'en souviens d'ailleurs, la première fois qu'on en a parlé, c'était aux vacances de Pâques. l'année dernière. Et c'était vraiment une discussion familiale. Mais si l'Anglode, si Sébastien ou Charlotte avaient été ne serait-ce qu'un peu réticents, on n'y serait pas allés. Au final, Charlotte a été très emballée. Et Sébastien, je pense qu'il doit être presque plus investi que moi même dans le podcast.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est trop mignon parce que la petite Charlotte,

  • Speaker #2

    du coup, je ne l'ai pas vue,

  • Speaker #0

    mais je l'imagine comme une petite femme, une petite dame. Voilà.

  • Speaker #2

    C'est ça, tout à fait.

  • Speaker #0

    Si tu avais un conseil à donner aux auditrices qui nous écoutent et qui viennent d'apprendre leur cancer du sein, ou même des personnes qui vont devenir aidantes, parce qu'il y en a aussi qui écoutent les podcasts pour en savoir un petit peu plus, savoir ce que leur moitié ou leur entourage va ressentir tout simplement. Quel est ton message ? Quel est ton conseil ?

  • Speaker #2

    Alors, ce n'est peut-être pas originel, mais je leur dirais accrochez-vous. Accrochez-vous parce que ça va être compliqué. Mais il faut rester concentré sur l'essentiel. Et pour moi, l'essentiel, ça repose sur deux choses. La première, c'est qu'il faut combattre la maladie. Ça, c'est vraiment capital de le garder à l'esprit en permanence. Et la deuxième chose, c'est de s'entourer de gens qui vous sont proches et de se focaliser également sur eux. Donc, il ne faut pas se comparer parce que chaque cancer est différent, chaque protocole de soins est différent, chaque personne est différente. Et s'il y en a des enfants, il faut aussi avoir confiance. et se dire qu'on peut parler cancer avec un enfant et que ça peut bien se passer. Donc oui, on peut bien vivre le cancer en famille, même s'il y a des moments difficiles, même s'il y a des effets secondaires qui sont lourds. Il faut rester concentré sur l'essentiel.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup Camille, en tout cas, pour nous avoir partagé ton témoignage plein d'amour. Vous écoutiez Etadam, un podcast de Stéphanie Jarry. À très vite pour un prochain épisode.

  • Speaker #1

    Un podcast qui vous embarque dans l'esprit et le corps des femmes, avec des témoignages poignants, des histoires immersives prenantes et des interventions de professionnels de santé pour vous éclairer sur des sujets spécifiques concernant le corps et l'esprit. Etat d'âme, chaque femme est unique et chaque parcours de vie l'est aussi. Découvrez la femme dans tous ses états. Etat d'âme, un podcast de Stéphanie Jarry.

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