Speaker #0Fais un effort, bon sang ! Ou pas, les chroniques du TSA. Bonjour, je suis Maya, c'est mon second prénom, ou Yaël dans le civil. Je suis père aidante familiale en santé mentale. Je fais également de la guidance parentale et de la psychoéducation. Et ceci est le 60e épisode de ce podcast. Le premier en retard, je crois. Parce que d'habitude, ce podcast sort tous les premiers et troisièmes samedis du mois à 6h du matin. Aujourd'hui, il sort le 3... troisième samedi du mois, et à 19h, en même temps que ma conférence au REC, les rencontres de l'esprit critique à Toulouse. Donc cet épisode, en simultané avec cette intervention à Toulouse, c'est un aperçu. Le thème de cette conférence dérive, faut-il être con pour en être ? Avec un sous-titre, peut-on être très intelligent et être maltraité en couple ? et entrer dans des dérives. C'est une intervention qui pourrait sembler sortir de mon champ habituel et pourtant qui s'y inscrit pleinement parce que les mécaniques de contrôle et d'emprise se retrouvent en soins, en couple, en spiritualité et peuvent impacter de façon spécifique les personnes autistes. Et j'espère avoir réussi à faire quelque chose de concret et de non-jugeant lors de cette conférence visant à fournir des outils pour soi et pour les proches. Alors les règles, qu'est-ce que c'est ? C'est une magnifique occasion d'abord de se poser des questions sur nos positions, nos certitudes, et d'exercer notre discernement tant en politique qu'en négociation, en science, en santé mentale, parce que dans un monde où le faux va plus vite que le vrai, s'outiller pour décoder les choses, c'est vraiment précieux. Donc peut-on être brillant intellectuellement, profondément gentil, entrer dans un mouvement à dérive sectaire, épouser une femme contrôlante et maltraitante ? et avoir plus confiance dans un magnétiseur quantique que dans un médecin. Faut-il être con pour aller dans des relations ou dans des soins comme ça ? Quels sont les éventuels points communs entre ces mécaniques ? Pourquoi est-ce qu'on ne voit pas la réalité ? Quelle clé de lecture pour comprendre ce que je vis ? Ce sont donc les thèmes que j'aborde en ce moment même au REC. Et dans cette conférence, il y a toute une partie pour nommer les choses, pour pouvoir reconnaître et identifier ce qu'on vit. D'abord, le vocabulaire, avec les mots suivants. La divergence, le désaccord, le conflit, l'abus, la violence, l'emprise et le contrôle coercitif. La divergence, c'est quelque chose de normal. On n'a pas le même point de vue, on n'est pas d'accord sur tous les sujets. C'est la diversité humaine, ce sont nos différences culturelles, d'éducation, de façon d'être, génétique. biologique, enfin, ne pas avoir les mêmes opinions, les mêmes points de vue, c'est normal. Être en désaccord, ça aussi c'est normal. Le désaccord c'est constitutif de tout lien. Il n'y a pas de violence, il n'y a pas de rupture de relation dans le désaccord. Par contre, ça peut arriver, on peut monter jusqu'au conflit. Le conflit, c'est une tension qui est gérée ou pas. Certains conflits, on arrive à les gérer, d'autres, moins bien. Mais c'est une tension qui est réversible. Et dans le conflit, il y a un équilibre entre les protagonistes. Il n'y en a pas un qui domine, qui prend l'ascendant sur l'autre. Et puis après, on passe à un autre stade, l'abus. L'abus, c'est un franchissement d'une limite au détriment de l'autre. Il y avait une limite exprimée ou factuelle. Il y a eu abus parce qu'il y a eu de franchissement. C'est un usage inapproprié d'un pouvoir ou d'une ressource qui nous permet d'abuser de quelqu'un d'autre. Usage inapproprié aussi de la force, d'une position ascendante. Et nous voilà arrivés à la violence. Dans la violence, il y a atteinte à l'intégrité, l'intégrité mentale, psychique ou physique. Dans la violence, il y a domination de l'un sur l'autre. Dans le conflit, il y avait tension. Géré ou non, mais c'est réversible et il y a un équilibre entre les protagonistes. Quand il y a violence, il y a domination de l'un sur l'autre. Et puis l'emprise. L'emprise, c'est un ensemble de mécanismes invisibles qui permet de progressivement dominer l'autre en altérant son jugement et sa liberté. L'emprise, quand on parle d'emprise, on parle de l'état de la victime. On parle d'une victime sous emprise ou d'un auteur d'emprise. L'emprise donc parle surtout de la victime, l'emprise est subie. Le contrôle coercitif C'est du côté de l'auteur. C'est l'outil que va utiliser un auteur d'emprise pour pouvoir mettre sa victime sous emprise. Le contrôle coercitif, c'est une pression permanente, insidieuse, pour priver l'autre de sa liberté, de son autonomie, pour obtenir sa soumission, pour garder son pouvoir. Et le contrôle coercitif, c'est matérialisable. Ça laisse des traces, il y a des preuves. L'emprise, c'est beaucoup plus difficile de la prouver. Si on met ça en situation, imaginons que je suis en couple avec quelqu'un qui n'aime pas ma mère. On peut avoir avec mon conjoint une divergence. Coucou maman, rien à voir. On peut avoir une divergence, on ne pense pas la même chose de ma mère. On peut avoir un désaccord, on n'est pas d'accord pour aller dîner chez elle dimanche ou pas. On peut se disputer, on est en conflit. Je veux y aller, non, je ne veux pas y aller. C'est toujours toi qui décide. Mais non, ce n'est pas vrai. Il peut y avoir abus. Moi, je veux y aller, mais lui, il m'interdit. Il abuse. On peut passer, j'espère pas, à la violence. Il me menace ou il me bloque physiquement pour m'empêcher d'y aller. On arrive à l'emprise si je le crois, je suis victime. Il utilise des stratégies, du gaslighting et tout ça pour me faire croire que ma mère me ment. qu'elle veut notre rupture, quand je lui dis mais c'est pas vrai, et puis l'autre jour tu m'as dit que tu étais d'accord, aujourd'hui tu me dis que tu ne veux pas y aller, je ne comprends pas, et qu'elle me dit mais non je ne t'ai jamais dit ça, mais ma pauvre tu prends vraiment de sommeil, ou tu es complètement hystérique, regarde dans quel état tu te mets, je n'ai jamais fait ça, je n'ai jamais dit ça, tu t'inventes des choses, le problème c'est ta mère, tu ne vois pas qu'elle te manipule, et puis de son côté le contrôle coercitif, c'est quand il contrôle mes échanges avec elle. Il va voir dans mon portable. Il supprime des messages ou il supprime du courrier. Il décide si on va la voir ou pas. Ce que je peux dire, il m'empêche d'avoir les clés de voiture pour m'interdire, m'empêcher d'aller la voir. Ou physiquement, ou par différents stratagèmes, il fait en sorte qu'elle ne vienne pas chez nous. Il l'empêche de venir chez nous. Alors, par rapport à tous ces mots, à partir de quand ça part en cacahuète ? On a parlé de divergence, désaccord, conflit, abus, violence, emprise, contrôle coercitif. Eh bien, si vous avez fait attention à mon changement de ton et à la pause, vous avez compris, divergence, désaccord, conflit, ça fait partie du jeu, entre guillemets. Disons que c'est constitutif, on est humain, on peut être en désaccord, en divergence, ne pas avoir les mêmes opinions, être en conflit aussi, ouvert. On peut être en conflit, qu'on gère mal, mais même dans le conflit, Il y a un équilibre des forces. Quand on passe du côté de l'abus, de la violence, emprise et contrôle coercitif, là, il y a dérive. Et ces situations abusives, toxiques, de dérive, on peut les retrouver au travail. On peut les vivre en couple, c'est l'exemple de tout à l'heure. On peut les vivre en famille, avec ses proches. Ça se trouve aussi en soins, dans certaines thérapies, dans certains espaces de développement personnel et parfois en spiritualité. Alors une question intéressante à se poser pour savoir si ce qu'on vit, c'est de la dérive, c'est est-ce que je suis libre de douter, de partir, de consulter ailleurs quand c'est un soin par exemple ? Quelle possibilité j'ai de dire non, de dire je ne suis pas d'accord ? Est-ce que j'ai le droit d'être en désaccord, avoir une divergence d'opinion, voire d'être en conflit ? Ou est-ce que si j'exprime ça, je vais être exclu ? Je vais être sanctionné, je vais être désaimé, rejeté, maltraité, violenté. Quand on parle des soins, est-ce que les autres soignants sont présentés par la personne avec qui je suis en soins ou en thérapie comme tous incompétents ou dangereux ? Cette personne a un discours univoque, un seul discours, une seule parole, tout le reste en dehors d'elle ou d'éventuellement quelques comparses, quelques collègues à elle. Tous les autres auraient tort. Est-ce que je me sens redevable ou honteuse de poser des questions ? De dire, voilà, j'aurais besoin de précision. Je doute là-dessus. J'aurais besoin d'explications. Je ne suis pas certaine. Je demande du temps. J'ai besoin de temps pour réfléchir. Est-ce que j'ai le droit de faire ça ? Ou est-ce qu'on me presse, on me force à aller vite ? Est-ce que c'est un choix de ma part d'être là, avec ce soignant, dans ce groupe ? avec cette personne ? Est-ce que c'est vraiment un choix de ma part ? Est-ce que j'ai le droit de partir ? Si tout ça c'est oui, c'est ok, ça montre qu'il y a quand même une forme d'équilibre dans la relation et de liberté. On peut tout à fait avoir des divergences d'opinion, des désaccords, du conflit, comme je le disais tout à l'heure, mais on peut choisir de partir ou de rester ou de continuer, d'essayer de gérer les choses. Si en revanche on ne se sent pas libre de partir, qu'on craint les conséquences si on pose les limites ou si on cherche à mettre un terme à la relation ou à s'éloigner d'un groupe, alors dans ce cas, C'est vraiment intéressant, utile et nécessaire de ne pas rester seul, de s'entourer de personnes compétentes, de varier les avis. Très très important si vous avez un doute sur ce que vous vivez, de varier les avis, de varier les sources d'avis. Je vais vous en reparler juste après. Pour ne pas tomber sous l'influence d'une autre personne ou d'un autre groupe qui prétend de nouveau avoir un discours, nous on a la vérité. Alors pour en savoir plus, il y a pas mal de ressources. Maëlie Onfray, une collègue père aidante avec qui initialement je devais faire cette conférence Maëlie et moi on travaille en père aidance et père aidance familiale sur ces sujets et on prépare aussi un cycle de formation de 4 à 6 heures de formation pour les professionnels. Je prépare aussi personnellement une mini formation d'une heure en replay, donc à son rythme chez soi pour approfondir les questions qui sera basé sur ce que je vais dire en conférence et un petit peu plus Merci. Vous pouvez aussi m'envoyer un WhatsApp au 06 0033 06 31 80 24 39 si vous voulez être tenu informé des formations à venir ou si vous avez envie d'approfondir le sujet. En termes de ressources, je vous le disais tout à l'heure, c'est super important de varier, de comparer, de douter, de remettre en cause des choses. Donc je vais vous mettre en lien pas mal de choses. en lien en description de cet épisode. Alors, je vous mettrai le congrès de l'association Prisma. C'est plus spécifiquement un congrès vraiment sur le thème des sectes. C'est un ensemble de conférences qui est particulièrement intéressant. Je vous mettrai le lien aussi de l'AFA, Association des femmes francophones autistes, qui dispose de pas mal d'éléments concrets pour identifier les violences faites aux femmes. Le CN2R a tout fait pour que le CN2R soit un des premiers à être créé. tout un chapitre sur le stress post-traumatique complexe qui est souvent présent dans les relations avec dérive, emprise, contrôle. Donc tout un chapitre sur le stress post-traumatique complexe et l'autisme. Là, ça concerne tout le monde. D'une façon générale, les psychologues sont vos soutiens pour ces thèmes et les pérédents peuvent être des interlocuteurs pertinents. Pour trouver un pérédent, vous pouvez taper, si vous êtes sur LinkedIn, le mot pérédent ou pérédent familial. Vous allez voir pas mal de profils qui ressortent. Vous pouvez aussi contacter l'association Esper, E-S-P-A-I-R en France, ou la communauté de pratique des pères aidants familiaux, pour avoir des noms dans votre région, par exemple, ou être un petit peu orienté. D'une façon générale aussi, l'affirmation de soi, l'assertivité, ce sont des outils qui sont très utiles pour mieux se comprendre, savoir poser nos limites, se faire respecter, être respecté tout en respectant l'autre. Et puis il y a aussi une conférence qui a lieu en ce moment même, au moment où sort ce podcast, dans la salle en face à Toulouse. Alors moi je suis très embêtée parce que pour tout vous dire, j'aurais vraiment beaucoup aimé y assister, mais je n'ai pas encore le don d'ubiquité, donc je ne sais pas encore, être à deux endroits en même temps, il y aura sûrement un replay. Cette conférence s'appelle « Quand les croyances s'emparent du handicap » et c'est avec Vlet Tapas, Jany C. Moria de la chaîne YouTube « Andhistoire » et Tzahar Valren. Et si vous pensez que ce podcast, qui est vraiment un tout petit concentré sur ce thème-là, peut aider les gens, l'idée c'était aussi de faire un petit format court, plus facile à partager. donc n'hésitez pas à le partager sur vos réseaux. N'hésitez pas à commenter, bien sûr, parce que ça donne un petit peu plus de visibilité à ce podcast. Vous pouvez aussi mettre un avis, par exemple, si vous écoutez depuis l'application Apple Podcast de votre iPhone, vous pouvez mettre un avis dessus. Sur Spotify, normalement aussi, mais pour tout vous dire, je ne sais pas où on les voit, les avis. Je vous remercie beaucoup, tous ceux qui l'ont fait. Et en fait, je ne sais pas les lire. parce que si quelqu'un peut m'expliquer où est-ce qu'on peut aller voir les avis, je suis complètement preneuse. Donc pour conclure, pour être outillée et pour pouvoir poser des mots sur le type de relation qu'on vit, c'est important de ne pas rester seule avec ses doutes, de pouvoir en parler, de pouvoir s'informer, confronter les opinions et pas juste écouter ce que nous dit la personne ou le groupe dans lequel on est parce que ça c'est très enfermant. Après, il y a différents niveaux d'engagement. Ce n'est pas facile. Ce n'est pas facile de réaliser qu'on vit quelque chose comme ça. Il faut être extrêmement doux avec soi-même, extrêmement patient. Et si vous êtes le proche d'une personne qui vit une relation ou qui est dans un groupe de ce type, surtout, surtout, ne la jugez pas, ne la critiquez pas, ne la secouez pas en disant « Mais enfin, tu vois bien que c'est ça » . Ça ne marche pas. Ce n'est pas comme ça qu'on fait. Vous pouvez être présent, vous pouvez être aimant. Si c'est vous qui vivez ça, soyez patient avec vous-même, ça prend du temps, c'est pas facile de vivre ça. Et pour répondre à la question de base, non. Il ne faut pas être con pour être là-dedans. Il faut être humain, profondément humain. Et ça touche souvent des personnes autistes pour cette fameuse forme de naïveté sociale, et je dis naïveté sociale avec énormément de tendresse. Et est-ce qu'on peut être particulièrement intelligent et être dans des situations comme ça, à la fois personnelles, professionnelles ou spirituelles ? Oui, absolument. Parce qu'en fait, ça n'a strictement rien à voir. Il y a plein de mécanismes qui rentrent en jeu, qui font qu'on y va, et qui font aussi qu'on en sort. Et vraiment, soyez doux avec vous-même, soyez doux avec les autres. J'espère que vous avez donné suffisamment de pistes et de ressources. Et si vous en connaissez d'autres, de ressources, je suis complètement preneuse, et je suis sûre que les autres auditeurs aussi, donc mettez-les en commentaire. Merci. On se retrouve pour le prochain épisode, en continuant sur l'identité autiste, si tout va bien.