- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Gang de Copines, je suis Elodie et dans ce podcast je discute avec des femmes qui me parlent d'une de leurs histoires d'amitié. Parce qu'aujourd'hui mes amis ont toutes et chacune une place tout à fait particulière dans ma vie et je sais que je ne suis pas la seule, qu'on est nombreuses à s'appuyer sur la sororité. Alors voilà, j'ai juste envie d'exposer la beauté et la puissance des amitiés féminines, parce qu'on a toutes de belles histoires à partager. Bonjour Virginie,
- Speaker #1
bonjour Elodie,
- Speaker #0
comment ça va par ici ? T'es contente d'être là avec moi, ta soeur est adorée ?
- Speaker #1
Oui évidemment que je suis contente d'être là avec toi, ma soeur est adorée.
- Speaker #0
Alors pour te présenter en quelques mots, tu as 46 ans, tu es maman de deux filles et de deux chats, tu vis dans la campagne bretonne où tu es installée depuis 4 ans, tu as vécu la première partie de ta vie en Picardie et c'est là où tu as fait la connaissance de Zala, l'ami dont tu vas nous parler aujourd'hui. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet... j'aime bien démarrer avec ces deux questions. La première, c'est quoi pour toi l'amitié ?
- Speaker #1
Alors pour moi, l'amitié, c'est d'abord de l'amour. On parle de l'amour souvent dans un cadre de relations intimes qui impliquent amour, sexualité, etc. Mais l'amour, c'est aussi l'amour de potentiellement tout le monde. Et l'amitié, c'est un amour particulier qui nous lie à une ou plusieurs personnes. personnes en particulier, et avec une sorte d'évidence.
- Speaker #0
Et quelle différence tu fais avec la sororité ?
- Speaker #1
Alors la sororité, pour moi, dans son acceptation la plus large, c'est le soutien inconditionnel envers toutes les femmes, que ce soit des femmes que j'aime ou pas d'ailleurs, des copines ou pas des copines. Après, il y a quand même deux notions différentes. Il y a la sororité... Le lien entre sœurs, je me rappelle très exactement du jour où j'ai appris ce mot, puisque je connaissais, comme beaucoup de gens, que le mot fraternité. J'étais chez des amis avec ma sœur et on cherchait justement s'il existait un mot pour définir la fraternité, mais entre deux femmes, entre deux sœurs. Et donc, j'ai découvert ce mot sororité. Il y a ce lien familial entre deux sœurs. Et puis, ce que je disais avant, le sens plus large et peut-être un peu plus politique du soutien entre les femmes. Et d'ailleurs, au-delà du concept de sororité, ce qui m'intéresse, c'est la notion d'adelfité.
- Speaker #0
Pourquoi la différence est-elle importante pour toi ?
- Speaker #1
Ce qui est important pour moi, en lien avec le féminisme, c'est que... Le terme Adelphité, il regroupe tous les genres, donc hommes, femmes et non-binaires. Ce qui fait que quand on veut parler de ce lien fort entre des personnes qui peuvent se soutenir, même si elles ne se connaissent pas, inclure toutes les personnes qui peuvent être victimes de discriminations fondées sur le genre, pour moi c'est important.
- Speaker #0
Ok, donc maintenant qu'on a parlé un peu de la théorie, c'est le moment de passer à la pratique.
- Speaker #1
Et tu vas me parler de Zala,
- Speaker #0
que tu connais depuis 35 ans. Déjà, comment vous êtes connue ?
- Speaker #1
Alors avec Zala, on s'est connus au collège. On avait 11 ans, donc on était dans le même collège, dans la campagne Picarde, donc un petit collège bien rural. Je ne me souviens pas exactement de tout ce qui s'est passé, mais j'ai eu une image en tête d'elle un peu vers le fond de la classe, moi un peu vers le début de la classe. Et je me suis retournée et je l'ai observée quelques secondes et je me suis dit, cette personne, j'ai envie que ça soit mon amie.
- Speaker #0
Donc ça, c'est le crush amical. Et après ça, comment votre amitié s'est concrétisée ? Qu'est-ce que vous faisiez ensemble ?
- Speaker #1
On faisait ensemble probablement ce que font toutes les pré-ados qui peuvent le faire. On allait chez l'une et chez l'autre. On habitait toutes les deux dans la campagne, éloignées de quelques kilomètres. On pouvait se voir que si nos parents nous amenaient chez l'une ou chez l'autre. Moi, il me semble me souvenir que c'est plutôt moi qui allais plus souvent chez elle. Puis ça me... me permettaient de m'évader un peu de la maison. Et puis, surtout dans le village dans lequel j'habitais, en fait, il n'y avait aucun jeune de mon âge. Donc, pour aller rencontrer des amis, il fallait être véhiculé par les parents. Et donc, concrètement, je ne me rappelle pas beaucoup de choses détaillées, mais en gros, on discutait, on allait se balader, on se maquillait. D'ailleurs, je me souviens d'une anecdote avec sa mère, parce que je m'étais fait un magnifique eyeliner noir. qui m'avait dit, oulala Virginie, ça te durcit le regard. Bon voilà quoi, des gamines qui s'amusent à se maquiller. Et puis des fois, on allait sur le Minitel.
- Speaker #0
Ah ça sent la belle anecdote technologique, le Minitel.
- Speaker #1
Eh oui, dans les années 80, pour resituer, le Minitel c'était l'Internet. C'était le truc extraordinaire. Tout le monde n'avait pas ça chez soi. Zala, elle avait ça. Alors je ne sais pas pourquoi, peut-être son père en avait besoin pour le boulot. Et nous... On se servait du Minitel. Et donc sur le Minitel, on est allé sur l'équivalent d'un site ou d'un forum sur lequel on pouvait discuter avec des gens. Et on avait, je me rappelle d'une fois, on a discuté avec un garçon qui devait avoir quand même deux ou trois ans de plus que nous. Et évidemment, en mode bécasse, deux filles qui discutent avec un garçon plus âgé qu'elle sur le Minitel, avec en plus le fonctionnement. Pas du tout le fonctionnement d'Internet aujourd'hui, avec un temps fou entre les questions et les réponses. Bon, voilà, on s'amusait bien. Par contre, il y a une suite moins drôle.
- Speaker #0
La facture à 2000 balles.
- Speaker #1
Ah non, ça par contre, je me faisais disputer quand j'appelais Zala. D'autres copines chez mes parents au téléphone, ça se voyait sur la facture de téléphone. Donc, on savait que c'était moi qui avais dépensé du temps de téléphone. Non, la suite moins drôle sur l'anecdote du Minitel, c'est que... En fait, on avait dû donner nos adresses à ce garçon-là. Et il nous a écrit. À l'époque, dans ces temps reculés, on s'écrivait des lettres. Et donc, il nous avait écrit. Sauf que c'est mes parents qui relevaient le courrier. Mes parents avaient ouvert la lettre et donc compris que c'était un garçon de deux ou trois ans plus que moi, inconnu pour eux, qui m'écrivait. Donc, ce n'était pas très bien passé.
- Speaker #0
Tu as une autre anecdote à nous partager, je crois, avec Zala.
- Speaker #1
Oui, parce que ça fait partie des choses, cette amitié et tout ce qui l'entourait, ça fait partie des choses qui m'ont fondée, on va dire. Donc Zala, ses parents, sa mère est blanche, son père est noir. Moi-même, je suis blanche, c'est important de le préciser. Et son père était né au Congo, à l'époque où le Congo était encore une colonie française. Et en fait, je me souviens d'un jour... à table, donc j'étais chez elle, on dînait et en fait son père s'est mis à nous raconter ce que c'était l'école dans le Congo français à l'époque, voilà, quand il était petit. Et notamment, il nous a dit qu'en histoire, ces petits enfants congolais nés en Afrique noire ont appris en histoire que leurs ancêtres, c'était les Gaulois. Et ça m'a frappée comme une évidence de... il y a quelque chose qui ne va pas en fait. Et peut-être qu'à l'époque, je n'avais pas forcément bien compris la portée, mais aujourd'hui, c'est une anecdote à laquelle je repense assez souvent, un peu comme une piqûre de rappel pour ne pas oublier que le racisme systémique, il a une histoire et puis malheureusement, il perdure.
- Speaker #0
Pas facile de faire la transition vers la question suivante, mais quel est le mot pour résumer votre amitié avec Zala et pourquoi ?
- Speaker #1
Le mot, c'est évidence. Dans le coup de foudre et puis après, dans l'histoire, on ne s'est pas vus. Après le collège, je ne sais pas trop bien ce qui s'est passé. On n'était pas dans le même lycée et on a vécu nos vies sur des chemins différents. On ne s'est pas contactés pendant 25 ans. Et puis un jour... J'étais à une période de ma vie, autour de mes 40 ans, où j'étais en réflexion sur moi, ma vie, mon œuvre, mon couple à l'époque, avec le père de mes enfants, et puis mes amitiés, et qu'est-ce que je voulais faire de ma vie, le féminisme, etc. Et j'ai pensé à Zala, et je lui ai envoyé, je l'ai cherché, je ne me rappelais même plus trop bien de son nom de famille, je me rappelle avoir un peu galéré, mais je l'ai trouvé assez vite sur Facebook. Et je lui ai envoyé un message sur Messenger, un truc du genre Coucou Zala, c'est Virginie, est-ce que tu te souviens de moi ? Et je me rappelle qu'elle m'a répondu Bah oui, évidemment, t'es ma petite blonde Et c'était reparti en fait. Elle habitait à Montreuil à l'époque, en région parisienne. On s'est vus assez rapidement chez elle. On s'est raconté nos vies. J'ai découvert qu'elle avait eu… Son enfant à 19 ans, du coup des choses vraiment très différentes. Moi j'ai eu mes filles après 30 ans, elle avait fait plein de choses. Elle avait écrit un livre, elle fabriquait des cosmétiques, elle faisait du coaching. Voilà, moi je lui ai montré mes photos de mes filles. On a fait la mise à jour des 25 ans qui s'étaient passés en une nuit.
- Speaker #0
Je sens bien la petite ou la grosse pointe d'admiration pour ce qu'elle a fait dans sa vie.
- Speaker #1
Oui, j'admire effectivement cette personne. Zala, c'est quelqu'un qui est extrêmement intelligent et qui est multipotentiel, qui fait plein de choses et je trouve ça vraiment formidable.
- Speaker #0
Après cette mise à jour de 25 ans en seulement une nuit, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Après ça, on s'est revus quelques fois, toujours chez elle, pour être seules toutes les deux. Elle vivait seule, son enfant était adulte. Une seule fois, je crois, on s'est vues avec nos familles respectives.
- Speaker #0
Et je crois que c'est d'ailleurs ton meilleur souvenir avec elle, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, on s'est vues en Dordogne. Alors, c'est un souvenir fort parce que la Dordogne, c'est l'endroit où moi, j'ai passé toutes mes vacances en étant enfant. Et en fait, j'y emmenais mes propres enfants. Donc déjà, c'était un peu chargé émotionnellement pour moi. Et en plus, on s'est vues là-bas parce qu'à l'époque... Zala habitait avec son compagnon en Dordogne. Et du coup, je lui ai présenté mes filles. Et c'est un souvenir super mignon pour moi.
- Speaker #0
Aujourd'hui, comment vous entretenez cette amitié ? Alors,
- Speaker #1
pour ma part, je ne m'entretiens sans doute pas assez. Je ne l'ai pas vue, Zala, depuis que je suis en Bretagne. Donc, ça fait quatre ans. Évidemment, il y a eu le Covid entre-temps, tout ça, tout ça. Mais bon, ça n'excuse pas tout. Puis, ça fait peut-être un an qu'on ne s'est pas vues au téléphone.
- Speaker #0
Le petit podcast, c'est l'occasion de remettre du lien. Mais oui,
- Speaker #1
mais ce n'est pas grave parce que je vois sa vie sur les réseaux sociaux. Je vois ses œuvres d'art sur Instagram et des fois, je vois sa tête et ça me rend heureuse de la voir.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait que ça marche toujours du coup ?
- Speaker #1
Ça marche parce que c'est elle et parce que c'est moi. Voilà,
- Speaker #0
c'est beau. C'est trop beau. Attention, c'est l'heure des anecdotes croustillantes. Est-ce qu'il y a des sujets sur lesquels vous n'êtes pas alignée ? Et comment vous gérez ça ?
- Speaker #1
En fait, il n'y a pas grand-chose à gérer parce qu'évidemment, on peut se poser la question. En ne s'étant pas vue pendant 25 ans, on aurait pu prendre des chemins complètement différents. Et en fait, c'est ça qui est chouette. C'est que je pense qu'on partage... En gros, les mêmes valeurs, et c'est ce qui a fait que 25 ans après, c'était comme au premier jour. Donc après, je ne sais pas, les seules choses sur lesquelles peut-être Zala, elle est beaucoup dans la spiritualité. Moi, je ne suis pas du tout là-dedans. Elle fait de l'art mystique, et je trouve ça hyper beau. Mais le côté mystique, justement, moi, m'échappe et peut-être que ça serait quelqu'un d'autre. Je me dirais qu'est-ce que c'est que ces conneries ? et je ne m'y intéresserais pas, alors que c'est elle. Et du coup, c'est OK pour moi, même si c'est quelque chose qui ne me correspond pas.
- Speaker #0
Parce que tu la connais, que c'est ton amie, tu respectes juste ses convictions, finalement.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est déjà le moment de la dernière question. Pour clôturer ce podcast, qu'est-ce que tu auras envie de lui dire ?
- Speaker #1
Qu'il faut qu'elle vienne me voir dans ma Bretagne.
- Speaker #0
Très jolie invitation. On attend avec impatience de savoir si ce podcast va permettre ses retrouvailles. Merci Virginie.
- Speaker #1
Merci Elodie.
- Speaker #0
C'était l'épisode 5 du podcast Gang de Copines. Merci de l'avoir écouté. J'ai vraiment bien aimé qu'on parle encore une fois de sororité et aussi d'adélphité. C'est un beau terme que je connais depuis pas très longtemps. J'en ai une super belle image en tête grâce à un dessin de l'illustratrice Adolie qu'elle avait publié sur les réseaux. Il y a une école avec des enfants de tous horizons et conditions qui tiennent une banderole liberté, égalité, sororité et fraternité. Et elle explique qu'elle n'a pas utilisé à son nom-là le terme Adèle Fitté parce qu'il était encore trop peu connu. C'était en 2020. Je vais le retrouver et le partager sur le compte Instagram du gang de copines. Je voulais aussi vous parler de la suite du podcast. Je vais publier maintenant un épisode, disons classique, tous les 15 jours, le dimanche. J'ai déjà prévu une exception à cette règle avec un épisode bonus spécial pour la rentrée. On se retrouve donc le dimanche 3 septembre avec un épisode tout doux. Pour apporter un max de visibilité à ce contenu, tu peux mettre des étoiles sur Apple Podcast, un commentaire, l'enregistrer dans tes favoris sur Spotify ou Deezer. N'hésite pas à le partager avec tes amis. et à me contacter sur Instagram pour qu'on en discute. Le compte, c'est gangdecopines avec un S, podcast, et potes, ça s'écrit comme une pote. À bientôt !