Speaker #1Je suis très heureuse de te retrouver pour ce nouvel épisode qui est le premier consacré à une série sur les limites éducatives. Cet épisode est le 17e que je publie et je t'invite à écouter les présidents si tu ne l'as pas déjà fait. Alors, c'est parti ! Si je te pose la question « Pourquoi interpose-t-on des limites à nos enfants ? » Que répondrais-tu ? Quand je pose la question aux parents que j'accompagne en atelier, voici les réponses qu'on me donne. Parce qu'il faut apprendre qu'il y a des choses qui se font et des choses qui ne se font pas. En gros, pour préparer notre enfant à sa vie d'adulte. Autre réponse, parce que sinon ce serait le chaos à la maison et notre vie de famille verrait au cauchemar. Là, en gros, c'est une raison sociale et l'argument du bien vivre ensemble. Certains parents me parlent également de l'apprentissage de la frustration, ce qui réjoint un peu cette idée que leur vie, une fois adulte, ne sera pas toute rose et que mieux vaut les y préparer. Ces raisons sont des pistes de réflexion intéressantes. Mais à vrai dire, je ne suis pas sûre d'y adhérer complètement. Et surtout, parmi cette liste de raisons invoquées, il en manque une, essentielle, qui est celle qui m'a complètement fait évoluer ma vision des limites éducatives et pourquoi je suis convaincue que nos enfants en ont tant besoin. Pour essayer de la deviner, je vais te proposer une anecdote. Arrivé, il n'y a pas si souvent que ça dans ma famille. Mon fils de 3 ans, un peu de mauvais poil avant le dîner, vient me retrouver dans la cuisine alors que je prépare la soupe. Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, mais j'étais un peu pris dans mes légumes à couper et surtout je voyais l'heure qui tournait. Sentant qu'il a un peu faim, je lui propose de prendre une pomme. Il va en chercher une et me l'attend pour que je la coupe. Et un peu en pilote automatique, je l'épluche, puis la coupe en quartier. Malheur à moi, s'en suit une énorme crise au cours de laquelle je me rends compte que la pomme aurait dû être épluchée, mais non coupée en quartier. D'ailleurs la pauvre pomme a déjà été balancée à l'autre bout de la cuisine et j'y ai à présent sur le carrelage dans un piteux état. Je m'agenouille à côté de mon fils qui est en larmes tout rouge et hurlant et j'entends « j'en veux une autre ! » Hum hum, intéressant je pense. Ou en fait pas tout à fait comme ça quand même car les cris d'un petit bout de 3 ans à 18h45 me font perdre rapidement toute once de patience. Malgré tout, je suis encore en mesure de raisonner et de comprendre que j'ai deux options. Option 1, lui éplucher une nouvelle pomme, exactement comme il le veut, et prier pour que tout se passe bien ce coup-là. Un peu de pensée magique. Option 2, lui dire qu'il n'y aura pas d'autres pommes, car je lui en ai déjà préparé une. En soi, les deux options sont recevables. C'est juste que dans l'option 1, je m'achète du temps. Bah oui, mon enfant est ultra nerveux et je sais qu'à la moindre petite contrariété plus tard dans la soirée, il se mettra à exploser. L'option 2, en revanche, va juste permettre de vider l'abcès. un peu plus rapidement. Je vérifie rapidement comment je me sens et j'opte pour l'option 2. Et là commence alors ce qu'on appelle à un inen une séance de rester écouté. Alors le nom est trompeur car contrairement à ce qu'il pourrait laisser penser ce n'est pas genre hyper serein, un peu passif comme maman. On peut même dire que c'est ultra bruyant et agité. Mon fils essaie évidemment d'attraper une nouvelle pomme, shoot dans celle qui était par terre me hurle dessus, renverse les chaises de la table de la cuisine, bref, tout y passe. Et moi ? Eh bien, je campe sur mon idée qu'il n'y aura pas de nouvelles pommes. Je reste près de lui, il empêche... Au mieux de casser des choses ou de me faire mal et surtout, je laisse toute sa colère sortir. La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a personne dans la maison à part nous deux. Je prie intérieurement quand même pour que cette séance de reste écoutée ne se poursuive pas indéfiniment, car mes autres enfants seront de retour dans les 20 minutes qui viennent et à ce moment-là, il faudra absolument que je mette fin à la séance. Après quelques minutes qui évidemment me semblent une éternité, les cris laissent place à de grosses larmes. Les tensions diminuent et je prends mon petit bonhomme dans les bras. Bientôt ! Il devient silencieux. Il est complètement lové dans mes bras. Il me regarde et me dit juste « On pourra faire une petite compote avec la pomme ? » Je sais à ce moment-là que la chance de rester écoutée lui a fait du bien. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre, le reste de la famille arrive et le reste de la soirée se déroule calmement, tandis que mon fils s'endort après son histoire du soir, tout serein. Alors, dans cette anecdote, à ton avis, à quoi servait la limite que j'ai posée ? À lui apprendre que dans la vie on n'a pas toujours ce qu'on veut ? Je ne crois pas. Tout simplement parce que je pense qu'aucun réel apprentissage ne peut se faire quand un enfant est dans une colère noire. Je ne suis pas experte du fonctionnement du cerveau. En revanche, ce qui est certain, c'est que mes enfants sont incapables de raisonner ou de faire des découvertes quand ils sont en pleine crise. Alors, lui apprendre la vie, c'est certainement un but louable, mais le faire au moment où il explose et laisse sortir la crise du siècle, je pense que ça n'a aucun intérêt. Alors, si cette limite ne lui a rien appris de l'injustice qu'il rencontrera dans sa vie d'adulte, est-ce qu'au moins elle a permis d'éviter le chaos dans notre vie familiale ? Pour éviter en somme ce syndrome de l'enfant-roi ? Eh bien, je ne pense pas non plus, car au risque de te choquer, après sa colère, j'ai proposé d'ajouter une seconde pomme dans la compote et c'est même lui qui l'a découpée. Donc, stricto sensu, la fameuse autre pomme, au final, il l'a bien obtenue. Quant à l'apprentissage de la frustration, tu dois certainement sentir que ce n'est pas quelque chose qu'il convient de faire, à mon sens, au milieu de ce genre de crise émotionnelle. Alors oui, il y a une toute autre raison. C'est que la limite que tu offres à ton enfant, elle a cette capacité à devenir le punching ball qui lui permettra de se débarrasser de ses tensions émotionnelles. Et c'est à mon sens ce qui fait la puissance des limites éducatives. Un enfant qui n'arrive plus à raisonner et qui se sent un peu déconnecté par rapport à ses parents, parce qu'on est occupé à faire autre chose ou qu'on ne lui offre pas toute l'attention dont il aura besoin, va avoir un comportement qui s'aggrave. Il va alors commencer à faire tout de travers ou des choses qui n'ont aucun sens, comme par exemple se mettre à hurler parce qu'on n'a pas coupé la pomme comme il faut ou se montrer excédé quoi que nous disions. C'est le signal qu'il nous faut intervenir. À cet instant, notre enfant est en train de nous montrer que dans sa tête, les choses ne tournent pas rond. Il a besoin que nous interposions une limite. Cette limite lui donne une raison ou une personne contre laquelle il peut s'énerver et va lui permettre d'évacuer sa colère avant de pouvoir retrouver son calme. Soit dit en passant, très souvent, l'enfant n'a aucune idée de pourquoi il est en renue. Pour un enfant dont le comportement est en train de se dégrader, la limite que nous lui donnons avec douceur mais fermeté, c'est un peu comme un cadeau. Il peut focaliser sa colère sur le « non » qu'on lui oppose, le « pas maintenant » , le « non, je ne peux pas te laisser faire ça » . Notre nom est comme une traduction claire de cette tension qu'il n'arrivait pas à formuler et qui pourtant l'a fait sortir de ses dons. Avec cette limite claire qu'on a posée, il peut libérer cette tension totalement. Si nous arrivons à rester fermes tout en restant écoutés, alors notre cadeau est total. Et il aura une vraie chance de pouvoir évacuer ses sentiments et rétablir sa connexion avec nous. Alors la voilà. La raison numéro 1 pour moi qui légitime le besoin d'interposer des limites éducatives à notre enfant, C'est simplement pour lui permettre de se libérer de ses tensions intérieures. Lui apprendre la vie, lui expliquer ce qu'il fait et ce qu'il ne se fait pas, évidemment, mais hors de ses moments de crise. Cet apprentissage est très important également, et nécessite 100% de ses capacités de raisonnement. À nous de créer le moment idéal, au calme, pour en parler. D'ailleurs, je pense que chaque famille se doit de définir ses règles de fonctionnement qui lui sont propres, et doit être en mesure de les redéfinir et réévaluer régulièrement en famille. D'ailleurs... c'est assez amusant de constater que la plupart d'entre nous ne nous posons pas vraiment de questions à leur sujet. Elles sont là comme un filigrane de nos relations et forment un ensemble de suppositions implicites sur la façon dont on doit se comporter pour que tout se passe bien. Et pourtant, nos enfants ont besoin de règles explicites. Ils ont besoin de savoir qu'il y a des principes qui régissent les bons comportements au sein de la famille. Ils ont besoin de savoir que leurs parents font en sorte que chaque personne dans la famille soit traitée avec respect, car ils ont tous un besoin vital d'amour, de considération et de justice. Et ce sont les limites que nous posons, et l'écoute que nous offrons à nos enfants pour restaurer notre connexion à eux, qui nourrissent l'amour et posent les bases des règles familiales saines.