Speaker #1Quand j'étais petite... Je me rappelle être tombée un jour sur ces petites cartes de comportement conservées dans une boîte à chaussures et qu'une de mes sœurs avait reçues en école maternelle. Ma grande sœur était sage comme une image et ultra appliquée. Alors toutes ces cartes de comportement étaient émaillées de gommettes uniquement dorées pour la plus grande fierté de ma maman. En CP ? Je me rappelle avoir un jour eu ce privilège immense de pouvoir choisir une grande photo dans l'armoire de ma maîtresse en récompense de tous ces bons points accumulés au cours de l'année pour « bonne conduite » . J'avoue que je n'en faisais pas grand cas à l'époque, je trouvais ça juste gentil de la part des maîtresses et des maîtres de nous gratifier d'un sourire et d'un bon point pour nous signifier que tout allait bien et qu'on avait l'air d'avancer comme ils le souhaitaient. Quand je suis devenue maman, les gommettes ont ressurgi, mais cette fois... Elles apparaissaient sous des formes plus élaborées. Il y a les gommettes « sucette » après chaque vaccin, quand on n'a pas pleuré. Il y a les gommettes « star of the week » dans les écoles anglo-saxonnes quand un élève a un comportement assez exemplaire, sachant que dans l'année, tous les élèves sont nominés au moins une fois. Star of the week. Plus tard, il y a les gommettes « observation » qui peuvent se transformer en « heure de retenue » si jamais le collégien ou le lycéen pousse le bouchon un peu loin. Et puis, il y a aussi les... Tableau de comportement sur lequel chaque jour, consciencieusement, certains enseignants reportent incident après incident le comportement de leurs élèves en utilisant des gommettes qui vont de l'orange au noir en passant par le rouge, avec passage chez le directeur, voire menace de conseil de discipline quand certaines limites sont franchies. Le tout, évidemment, de façon publique avant que toute la classe frémisse du sort qui les attend si jamais ils s'aventurent à avoir un comportement problématique. Le nombre de gommettes, d'observations, de sucettes devient alors une sorte de jauge à laquelle nous, parents, sommes censés mesurer le bon ou mauvais comportement de notre enfant. Et inévitablement, ce qui se passe, c'est que plus ces gommettes indiquent un comportement respectueux, adéquat, plus on a tendance à chouchouter son enfant à la maison, et plus les gommettes pointent un comportement déplacé, plus on a tendance à vouloir le punir, lui parler durement, le réprimander, bref. remettre les choses au carré car oui il faut bien qu'ils comprennent un jour. Dans certaines familles, cette question devient quasi centrale dans les relations parents-enfants à la fin de la journée. La fameuse « t'as eu quoi comme gommette aujourd'hui ? » a décliné en « heure de col » , « passage chez le directeur » , « observations » , etc. Dans l'établissement de mes enfants, nous recevons même en direct un texto à chaque observation de conduite faite à notre enfant. Je cite
Speaker #1comportement répété. Alors, forcément, quand notre fils rentre de l'école, il est assez dur de ne pas lui demander à peine son manteau retiré. Alors, il s'est passé quoi aujourd'hui ? Bonjour l'ambiance pour se reconnecter le soir en famille. Comme tu le sais peut-être, je ne suis pas super convaincue par cette approche éducative qui est purement comportementaliste et qui utilise le bâton et la carotte pour améliorer le comportement de nos enfants. Il y a cette citation de Patty Whipfler, la fondatrice de l'approche parentale Hand in Hand, que je trouve très parlante et qui dit Nos enfants ne sont ni des rats, ni des pigeons. Je crois que tout est dit. D'ailleurs, j'en parle dans un autre épisode de podcast qui s'appelle Punition et récompense, pourquoi on n'y croit pas trop à un dînen, si tu veux l'écouter ou le réécouter. Pour résumer mon point de vue, je suis convaincue qu'en se concentrant uniquement sur le comportement de nos enfants comme élément à corriger, on se concentre juste sur la pointe de l'iceberg et on prend le signal que ça ne va pas chez lui comme la chose à corriger. C'est un peu comme si quand une alarme retentit, on se concentre à juste faire en sorte de la stopper en retirant les piles, sans se demander ce qui l'a déclenché en premier lieu ou comment éviter qu'elle retentisse à nouveau. J'ai exposé mon point de vue à un tout jeune instite qui expliquait qu'il avait recours à un tableau de comportement dans sa classe, et d'ailleurs qu'il en était très satisfait, que les enfants étaient assez anxieux du devoir recevoir potentiellement une gommette rouge et noire, et que grâce à ça, il réussissait à mieux contrôler sa classe. Et du coup, il tomba un peu des nues après mon exposé et me dit « Ouais, mais si tu fais ça, les gamins te manipulent et tu t'en sors pas » . Et là, j'ai réalisé que c'était toute une conception de l'enfant qui était en jeu. Si on considère qu'effectivement, un enfant a une faculté innée à pencher vers le côté obscur des choses, et qu'il lui faut un tuteur en permanence pour ne pas qu'il perde le nord, alors oui, le tableau de comportement fait sens. Puisque cela va lui permettre d'avoir cette peur ancrée en lui et qu'il va totalement intérioriser un raisonnement de type « si je me comporte mal, je vais avoir une gommette rouge, mon incite va m'envoyer chez le directeur, je vais me faire engueuler par mes parents » . Donc dans cette conception des choses, effectivement, pas de tableau de comportement égale pas de crainte. Et donc l'enfant n'a aucune raison de ne pas adopter des comportements inadaptés en cours, puisque rien ne l'invite à ne pas le faire. Mais moi, j'ai une vision différente des choses. Je suis absolument convaincue qu'un enfant, à partir du moment où il a en lui un sentiment de connexion bien installé avec un adulte et se sent en sécurité, alors il n'ira pas vers un comportement débordant, que ce soit à l'école ou à la maison. Au contraire même, il sera en mesure d'utiliser pleinement ses ressources pour se consacrer à ses apprentissages, pour aller vers les autres, choisir des amis qui lui sont favorables et en bref juste s'épanouir. Alors oui, c'est un gros postulat. Mais il y a quand même pas mal de littérature scientifique aujourd'hui qui atteste cette vision des choses. Tu trouveras dans les ressources de ce podcast une météa-étude qui a démontré exactement ce que je viens de te dire. Et je te mets également le lien vers un ouvrage du psychiatre Daniel Siegel qui explique très bien comment fonctionne le cerveau d'un enfant si tu veux avoir encore plus de détails. Du coup, peut-être que tu te demandes, ok Sophie, mais ce sentiment de connexion et de sécurité, tu fais comment pour les induire chez un enfant ? Très, très bonne question. Alors... C'est un travail de longue haleine, et je ne te cache pas, bien plus exigeant qu'un système d'ordre de retenue, de gommettes ou de tableaux de comportement. Mais c'est aussi nettement plus efficace sur le long terme. D'abord, ça commence par se reconnecter à la maison avec son enfant dès qu'on le retrouve en fin de journée. Je me rappellerai toujours de cette amie que mes enfants ne connaissaient pas, et qui en rentrant dans notre maison, avait un regard tellement pétillant et plein d'intérêt et de curiosité pour mes enfants, que d'emblée, ils se sont tous... lever naturellement pour venir le saluer pour aller jouer avec lui ce qui arrivait juste jamais avec mes enfants qui pouvaient être parfois très timide avec des étrangers cette idée de toujours regarder son enfant comme la personne la plus intéressante du monde quand il rentre dans la même pièce que nous se lui renvoie cette idée de tu comptes pour moi pas besoin de surjouer d'en faire trop mais un simple sourire une petite tape sur l'épaule pas mécanique mais sincère imagine faire ça à la place de lui pointer sous son nez le SMS dont je te parlais il y a deux minutes. J'ai personnellement testé les deux variantes, je peux confirmer que la première est nettement plus fructueuse que la seconde. Ensuite, même si tu accueilles ton enfant avec le plus doux des regards après l'école, ne t'attends pas à ce qu'il soit nécessairement aussi bien disposé que toi. J'ai des statistiques intéressantes à ce sujet. 95% des retours d'école avec mes enfants sont hautement chaotiques. Ça hurle, ça se bat pour un biscuit, ça n'arrive pas à ranger son manteau. Et évidemment, même si j'étais dans les meilleures dispositions à la sortie de l'école, je finis par m'énerver aussi. En revanche, maintenant que je le sais, je m'organise différemment. Je n'essaye pas de leur sortir les verres du nez pour comprendre ce qui s'est passé et pourquoi ils sont dans cet état-là en rentrant à la maison. À la place, je simplifie autant que possible le moment du goûter pour éviter toute tension supplémentaire. et je fais en sorte de leur offrir à tour de rôle un petit temps particulier. Note qu'à ce moment-là, on est près d'une heure après leur sortie d'école et je ne sais toujours pas ce qui s'est passé pour eux à l'école ou au collège. En fait, je cherche rarement à leur demander de façon frontale. Si un enfant a vraiment envie de dire quelque chose, il le lira de lui-même. Sinon, via son comportement, si je le sens très fermé ou agressif, je sais que ma seule clé d'entrée va être de lui offrir un vrai temps particulier en tête à tête. A l'issue de ça, soit il souffre de lui-même et me raconte ce qu'il a sur le cœur, soit son comportement est toujours aussi peu stable, et le fait que j'instaure une limite, car on va dire son langage est un peu choquant, ou qu'il refuse de faire une tâche simple, comme ranger son sac de classe, ses affaires de goûter, Ça va lui offrir comme un punching ball dont il va avoir besoin pour se décharger de son trop-plein émotionnel. Il est alors temps ensuite pour moi de rester écouté. Si tu veux en savoir plus sur cet outil de rester écouté, tu peux écouter un épisode de mon podcast où je raconte trois expériences de rester écouté avec mes enfants. Je te mets les références, pareil, en bas de ce podcast. Quand je prends le temps de rester écouté à un enfant, j'ai toujours en tête que globalement, en fait, ça ne sert à rien de se fixer un objectif précis. Bon, le but n'est pas qu'il lâche le morceau, d'ailleurs très souvent, tu as pu l'observer, il peut avoir du mal lui-même à identifier ce qu'il a vraiment mis en rogne. Mais plutôt, le but pour moi, c'est uniquement qu'il se débarrasse au moins d'un petit bout des tensions qu'il a en lui. J'ai bien dit, un petit bout. Parfois, après un moment de rester écouté, ton enfant se transforme en vrai rayon de soleil, dans ce cas-là, bingo. Mais parfois, tu as aussi le sentiment que rien n'a changé, et ça peut être frustrant. Mais ne t'en fais pas. Chaque moment. de rester écouté que tu vas offrir à ton enfant va compter. Et imagine que ton enfant puisse recevoir ces moments d'attention tous les jours en rentrant de l'école. Le sentiment d'être en connexion avec un adulte et d'être en sécurité avec lui. Et que du coup, il peut quasi tous les jours vider son sac à dos émotionnel auprès d'un adulte quelles que soient les situations qu'il traverse à l'école ou au collège. Alors je vais être honnête, rien ne se règle du jour au lendemain. Mais je t'assure que tu ajoutes énormément de fluidité dans son quotidien. Et que du coup, quand ton enfant arrive à l'école le lendemain, il n'y va pas avec la peur au ventre de ce tableau de comportement ou d'un passage chez son proviseur, il est beaucoup plus lui-même. Il se fait confiance. Il n'a pas besoin d'impressionner ses copains en faisant le clown en classe. Il se concentre sur ce qu'il doit faire plus facilement. Et du coup, les gommettes deviennent inutiles. Alors imagine pendant une minute une école où les enseignants de ton enfant partagent les mêmes convictions que toi. Une école où le comportement débordant de ton enfant est vu non pas comme de la manipulation, ou une insulte personnelle envers le corps enseignant, ou bien un problème à éliminer, mais bien comme un signal de déconnexion, une opportunité à saisir pour resserrer les liens avec cet élève, à travailler de manière plus étroite avec ses parents, et à continuer à croire en lui, envers et contre tout. Et c'est bien à ça que je t'invite à réfléchir. Qu'est-ce que tu souhaites voir chez ton enfant ? Et qu'est-ce que tu souhaites que l'école voit chez ton enfant ? Il y a un concept que j'aime beaucoup chez Hand in Hand, c'est cette idée de leadership. C'est un mot qu'on entend beaucoup dans le boulot, dans les grandes organisations. Mais à Hand in Hand, on incite souvent les parents à se demander comment ils peuvent prendre une position de leader pour leur famille. Ce matin, avec un groupe de formatrices à Ninen, on a réfléchi à cette question. En tant que leader de ma famille, à quoi est-ce que j'aimerais que mon enfant ressemble une fois adulte ? Et qu'est-ce que j'aimerais offrir à mon enfant pour le soutenir au mieux ? Moi, les gommettes, je trouve ça absolument génial pour faire des bricolages. Mais c'est à peu près tout. Et si j'entends parler dans les établissements scolaires de mes enfants qu'ils font autre chose avec les gommettes que purement des activités artistiques, je préfère proposer d'autres pistes aux enseignants. En leur parlant du besoin de connexion de nos enfants, du signal qui représente un comportement inadapté, et du fait que, globalement, rajouter une heure de colle ou une pastille rouge ne changera rien au problème de fond. Alors oui, c'est vrai, il faut y aller avec tact. Ça demande du courage aussi. Mais à mes yeux, il n'y a pas grand-chose à perdre. J'aurais des dizaines d'anecdotes à te raconter là-dessus, mais je vais m'arrêter pour aujourd'hui et te laisser digérer tout ça. Si tu es parent ou enseignant, et que cet épisode t'a interpellé, ou que tu veux partager ton expérience ou une anecdote, n'hésite pas à me contacter. Envoie-moi un mail à hello.indianeparentingavecsofie.com ou envoie-moi un MP vers le compte Instagram indianavecsofie. J'adorerais discuter de tout ça avec toi. Pourquoi pas publier ton témoignage via mon compte Instagram. Et d'ici là, à bientôt dans un prochain épisode ou peut-être dans l'une de mes prochaines formations.