- Speaker #0
je ne peux pas concevoir qu'on fasse ce métier sans être engagé et convaincu par le client si on veut faire une influence durable la stratégie c'est indispensable avancer au jour le jour sans ligne rouge je pense que c'est très risqué comme je dis toujours, on n'est pas là pour crier à la place du client on est là pour le faire briller
- Speaker #1
qui sont ceux qui font la loi. Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légilwatch et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Angeline Charbonnier. Angeline, tu es directrice générale adjointe chez CDR Grilling, en charge des affaires publiques, de la communication corporate et de la crise. Tu accompagnes des entreprises et fédérations dans leur stratégie d'influence en France et en Europe et tu enseignes également le lobbying et la communication d'influence à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. et au CELSA. Bonjour Angeline.
- Speaker #0
Bonjour Pierre.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
C'était très complet. Merci en tout cas de m'en recevoir aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci à toi. On va parler de ton parcours. Donc tu as débuté entre Paris et Bruxelles avant de rejoindre CDA Grilling. Quel est le fil rouge de ton parcours ?
- Speaker #0
Il y a un fil rouge qui est important, c'est celui du conseil, puisque ça fait presque 20 ans que je suis dans le conseil. C'est pas si fréquent de faire toute une carrière en agence, même si ma carrière n'est pas terminée. En fait, ce qui a changé, ma manière de faire, en tout cas, j'ai évolué dans le Conseil avec une vision très transversale de l'influence. C'est parce qu'entre Paris et Bruxelles, et même à un niveau plus territorial, ce que j'ai pu observer, c'est que les décisions, en tout cas la fabrique de la décision, elle ne se fait plus de façon centrale et parisienne. Elle a beaucoup évolué ces dernières années, entre ce qui se fait à Bruxelles, ce qui se décide à Paris.
- Speaker #1
Elle a évolué dans quel sens ?
- Speaker #0
L'application territoriale. En fait, on a un éclatement des processus de décision. Avant, on avait quelque chose de très descendant. L'exécutif décidait, le Parlement mettait en œuvre. Ce n'est plus le cas. Alors, ce n'est pas récent, ça fait plus longtemps, mais entre la décentralisation, les décisions bruxelloises, ce que font les régions, et puis aussi l'influence à la société civile, cette décision, elle est influencée par des niveaux d'acteurs qui sont très différents. Et donc, nous, dans notre... manière d'influencer, c'est des choses qu'on intègre. Donc on n'est plus uniquement sur une vision des affaires publiques avec un rendez-vous one-to-one, avec un cabinet ministère et une administration centrale. Maintenant, on va imaginer l'influence de façon beaucoup plus globale. Qu'est-ce qui va influencer cette décision publique ? Qui est-ce qui décide ? Qui peut bloquer ? Qui peut accélérer ? Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles dans mon approche des affaires publiques, c'est pas uniquement le lobbying et la relation avec les décideurs publics, c'est aussi comment est-ce qu'on... Comment on adresse la CIME médiatique ? Comment est-ce qu'on adresse la société civile ? Comment est-ce qu'on embarque aussi tout cet écosystème ? Tu l'as dit tout à l'heure, moi j'aime beaucoup travailler sous forme de coalition et je travaille aussi avec des fédérations professionnelles. Comment est-ce qu'on embarque tous les adhérents d'une fédération professionnelle ? Comment est-ce qu'on embarque l'administration publique, l'administration de tutelle ? Et en fait, c'est tout ça qui fait aujourd'hui, je trouve, le sel et le poivre de mon métier et qui l'enrichit, en fait, qui l'a beaucoup enrichi. Et voilà, ça serait... Le fil rouge, on parcourt et c'est quelque chose qui est quand même chevillé au corps et dans lequel je crois énormément, profondément.
- Speaker #1
Est-ce que ce changement d'approche, ça vous donne plus de cartes à jouer quelque part ? Tu me disais avant notre entretien que tu voulais rompre avec la logique de carnet d'adresse. Est-ce que ça vous donne plus d'opportunités justement, cet éclatement de la prise de décision ?
- Speaker #0
En tout cas, ça complexifie, ça c'est sûr. Mais en même temps, c'est plus intéressant parce qu'en effet, on sort d'une logique de carnet d'adresse qui est une influence beaucoup plus fragile. qui dépend d'une personne ou de l'entre-genre qu'on peut avoir. Alors c'est sûr que quand on a de très bonnes relations, ça peut aider à accélérer, mais ça ne va pas influencer de façon solide et de long terme. Enfin, ce n'est pas une influence solide et de long terme, clairement. Surtout maintenant, on le voit, il y a énormément de mouvements, notamment politiquement, enfin là, je ne dévoile aucun secret, entre les remaniements, l'instabilité parlementaire, les mouvements dans les administrations. On ne peut plus uniquement compter sur l'entre-genre ou la très bonne connaissance avec une personne. Ça ne suffit pas. Et donc, dans la manière dont on conseille nos clients, moi, je sais que j'ai des clients parfois qui me disent « Mais qu'est-ce que vous connaissez ? Quelle est votre carrière d'adresse ? Est-ce que vous avez beaucoup de réseaux ? » Moi, mon objectif, c'est que mon client, quand je le conseille, il ait des arguments solides, qu'il fasse preuve de pédagogie et que son influence nous survive. Il ne dépend pas uniquement du consultant qui va l'accompagner, qui est connu, qui est respecté. C'est lui qui doit être légitime. Moi, je suis là pour m'effacer.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi faire survivre une influence ? Comment ça se matérialise ?
- Speaker #0
Alors... Il y a plusieurs choses pour que l'influence, elle soit durable. D'abord, on est plutôt sur, j'aime bien l'approche assez durable de coalition. Et comme je disais tout à l'heure, comment est-ce qu'on embarque un écosystème plutôt que d'être dans le rapport de force, quelque chose de très court-termiste. Je pense que ça, en effet, c'est très court-termiste, ça ne fonctionne pas sur le long terme. Ça peut sauver de façon très ponctuelle quand on a un bras de fer difficile, une négociation compliquée, mais d'abord, ce n'est pas mon approche. Je préfère l'éviter au maximum. Et donc... davantage convaincu par ce travail de pédagogie, de conviction, et d'emmener les autres acteurs. Ce travail de coalition, quand on a une décision publique qui doit se matérialiser, soit parce qu'elle vient directement des institutions, ou parce qu'on a un client qui a envie d'amener ou mettre un sujet à l'agenda public, politique, ce n'est pas le travail d'une seule personne, d'une seule fédération, d'une seule entreprise. Il faut forcément en mener, parce qu'il y a des impacts qui sont bien plus larges que celui de l'entreprise ou de la fédération. Et donc c'est ça qui fait que l'influence, à mes yeux, Elle est plus durable, elle doit se construire sur le long terme.
- Speaker #1
Pour parler de long terme, ça me fait une petite transition vers aussi ton métier d'enseignement à Sciences Po et au CELSA. Qu'est-ce que tu veux transmettre justement aux jeunes générations, à tes étudiants ?
- Speaker #0
Quand on enseigne aux étudiants, on va leur apprendre la technique. Tout ce qui est terminologique est lié aux affaires publiques. La cartographie, comment est-ce qu'on fait une bonne cartographie ? Comment est-ce qu'on fait un bon plan de contact ? Ce qui est technique, c'est technique d'affaires publiques. Ce sont des techniques qui sont partagées par l'ensemble des lobbyistes. après moi ce que j'aime leur enseigner c'est que c'est un métier d'empathie. C'est assez rare pour un lobbyiste de dire qu'on a de l'empathie, mais en tout cas, ça nécessite de comprendre quelle est la personne qu'on a en face, quelles sont les personnes qu'on a en face, quelles sont leurs contraintes, les rapports de force, ce qui est important pour eux. En fait, je trouve toujours que dans un dialogue, c'est très, très, très important de savoir quelle est la position en face et quelles sont les contraintes ou les opportunités pour la personne qu'on a en face. Parce que c'est ce qui permet aussi d'adapter son discours, d'être un peu plus agile. De faire un pas de côté, c'est ultra important. Et puis le deuxième point, et ça j'en suis vraiment convaincue quand on travaille dans le conseil en agence, c'est l'engagement et la conviction. Je ne peux pas concevoir qu'on fasse ce métier sans être engagée et convaincue par ce qu'on défend et par le client qu'on accompagne. Pour moi, c'est très difficile de décorréler. Je suis obligée d'être convaincue. Si je ne suis pas convaincue, c'est que... Alors en fait, ça peut être un thème que j'aime, mais ça veut dire que ce n'est pas assez convaincant. Ça peut être aussi mon rôle d'aider à être plus convaincante, mais je trouve que c'est important. C'est ce qui fait aussi qu'en étant engagé, convaincu, on va un peu au-delà. On challenge aussi le client. On se dit qu'est-ce qui permettrait d'améliorer, d'aller plus loin. Et c'est ce qui, à mon avis, fait la plus-value en conseil. On sort d'une posture uniquement d'exécution.
- Speaker #1
C'est intéressant parce que tu as employé des mots. Donc tu as employé le mot compromis, empathie. Et on est dans une sphère de débat public, de débat politique qui est de plus en plus violente. Comment est-ce que tu fais pour justement faire passer des messages de fond ? et pas adresser, comme tu le disais, potentiellement des tendances ou rentrer de manière assez lapidaire dans le débat ? Comment tu fais pour créer une stratégie long terme ?
- Speaker #0
Alors, c'est sûr qu'on est sur des réactions qui peuvent être parfois épidermiques. Pour certains sujets, ça peut être extrêmement bénéfique parce qu'on peut avoir une accélération de la mise à l'agenda. Je pense à des sujets de société pour lesquels une prise en main ou en tout cas le fait d'avoir une accélération dans la communication politique, quelque chose d'un peu plus fort, permet de mettre en haut de l'agenda. ça peut être totalement utile. C'est la partie immergée de l'iceberg, mais il y a tout le travail de fond. La majeure partie de notre travail est beaucoup avec les administrations publiques, beaucoup avec les fonctionnaires, les territoriaux, et donc pas forcément avec les parlementaires ou les ministres qui sont plutôt les plus médiatiques.
- Speaker #1
Dans une de mes questions, je voulais parler des territoires et de la société civile, ce que tu abordais là. Est-ce que vous passez par d'autres moyens ? qu'entrer dans la sphère publique par d'autres alternatives pour faire émerger une opinion et la soutenir.
- Speaker #0
En fait, on a la plupart des sujets, alors il y a des sujets qui sont très techniques et très niches pour lesquels on ne va pas adresser la société civile, les médias, d'autres parties prenantes. Mais quand même, on en a beaucoup où c'est le cas. Et j'ai un exemple qui date un peu, mais qui est pour moi un exemple dont je suis assez fière et qui je trouve une belle campagne réussie d'influence, d'affaires publiques et puis de... communication influence en 2019 on a un client qui est toujours client à l'agence qui s'appelle l'institut la protection sociale qui est un cim tank d'experts tous des assureurs des avocats des gens qui travaillent sur le droit et c'est des experts sur des sujets très techniques qui sont difficiles à comprendre pour le commun des mortels et au moment 2019 annoncer la grande réforme des retraites d'édouard philippe les retraites c'est évidemment un sujet phare pour pour l'Institut de la Protection Sociale. Ça remonte à il y a longtemps, c'était avant le Covid, donc on a l'impression que c'était un autre monde. C'était Jean-Paul Delevoix, qui était haut-commissaire en charge des retraites, qui a piloté la concertation. Avec les différentes parties prenantes, syndicats, représentations patronales, c'est une concertation qui s'est déroulée dans les territoires, qui a été longue, et avec très peu de fuite sur ce qui allait sortir. Et donc, je pense que ça a créé une certaine impatience, les différentes parties prenantes, syndicats, etc., qui se sont demandées, au bout de quelques mois, ce qui allait sortir de cette concertation. Et la concertation, en tout cas les résultats et le rapport de Levoy est sorti en été, en juillet. Ce qui n'est pas évidemment une période idéale pour sortir un rapport aussi technique. Et les adhérents, les membres de l'Institut de la Protection Sociale ont épluché ce rapport tout l'été. Et ont vu en tout cas des choses qui sont trouvées positives et d'autres beaucoup moins. Et notamment sur le droit des femmes. Et donc mon client me dit, moi j'aimerais bien alerter, en tout cas être un peu lanceur d'alerte sur ce sujet. Il y a la question des fonctionnaires, et je lui dis, moi je trouve que la question des femmes, elle est encore plus intéressante, parce que là on touche à 50% de la population, on est sur le quinquennat où l'égalité homme-femme est la grande cause du quinquennat, on avait eu dans mes souvenirs un G7 l'été où le sujet était vraiment en haut de l'agenda, porté de façon très très forte par Emmanuel Macron et Marlène Schiappa notamment, et donc je dis, je pense qu'il faut plutôt accentuer sur les faiblesses que vous avez vues dans le rapport sur la retraite des femmes. Comme c'est un sujet très technique, on décide de faire des petites infographies très simples. Simple ne veut pas dire simpliste. Donc on a mis différents portraits, Brigitte, 57 ans, trois enfants. Hyper simple, pas de texte. On fait une conférence de presse, tout ce qui est le plus classique. On avait vu le cabinet de Delvoye, mais qui n'était pas d'accord avec la protection sociale, en tout cas n'allait pas revoir sa copie. On fait une conférence de presse, on négocie une exclue avec le Figaro. Il faut savoir que beaucoup de journalistes qui s'occupaient des questions de santé, enfin santé et société, ce sont des femmes. Des femmes qui, je pense, se sentent assez concernées. Moi aussi, je l'étais quand j'ai vu les typologies. Le Figaro sort une exclue, on fait la conférence de presse, ça se passe très bien. Beaucoup de questions, je me souviens, sur cette conférence de presse. Et l'article du Figaro sort en premier, et il est très vite retweeté par Ségolène Royal. Et là, il y a eu un effet de caisse de résonance énorme. L'ensemble des éléments de l'étude de l'IPS ont été repris par toute la classe politique d'extrême-gauche jusqu'à l'extrême-droite. On a monitoré ça sur Twitter, c'est très intéressant. Les associations féministes, droites... puisque finalement, c'était un sujet qui touchait... On avait une baseline qui était les femmes grandes perdantes de la réforme des retraites. Et en fait, dedans, il y avait à la fois les femmes qui avaient des enfants, les veuves. C'était devenu un vrai sujet de société. Les syndicats s'en sont emparés. Donc, ça a fait... Après, je vais le faire assez court, mais ça a feuilletonné pendant un moment, pendant quelques semaines. Jean-Paul Delvoye a réagi immédiatement en faisant un contre-communiqué de presse. Et puis après, il y a eu des petits ajustements par Édouard Philippe, trois semaines, un mois après. et puis on a Le texte est passé au Parlement, il y a eu le Covid, plus de réforme des retraites. Mais tout ça pour dire, ce qui était intéressant dans cette démarche, c'est qu'il y avait une fenêtre d'opportunité, clairement. C'était le sujet des femmes, parce que c'était le grand sujet du quinquennat de Macron. Les retraites, c'est un sujet très politique. On sait que toutes les oppositions, enfin, les opposants politiques étaient très en attente de savoir ce qu'il y a dans le texte. Sujet très compliqué, on l'avait rendu assez simple à comprendre. Et c'est, à mon avis, ce qui a fait le succès, et puis une part aussi de chance. Ce premier tweet de Ségolène Royal. comme une personnalité de gauche, mais très traditionnelle aussi par certains aspects, ça a fait un effet, ça a fait autre chose très amusant. En tout cas, très marquant, et qui est pour moi un vrai facteur de succès, c'est que les 3-4 premiers jours, les gens, la presse, les syndicats, sourçaient l'étude de l'IPS. Et en fait, au fur et à mesure des jours, cette source a disparu. Et en fait, l'ensemble de l'écosystème s'était emparé des chiffres et des données, à tel point que moi, j'ai retrouvé quelques mois après, dans une BD, une dessinatrice, Emma. qui remettaient exactement les données de l'IPES et qui disaient qu'elle les avait eues par le nouveau parti anticapitaliste. Ça avait tellement circulé, parce que ça allait au-delà, que c'était arrivé jusque-là. Et j'ai trouvé que c'était un excellent exemple de l'influence. Et je suis assez convaincue que ça a aidé aussi à la mobilisation des femmes sur les manifestations. Pour les syndicats, une capacité plus facile à mobiliser un peu au-delà de leur population syndicale de base.
- Speaker #1
Ma félicitation pour ce succès. Est-ce que c'est devenu un peu un cas d'usage ou maintenant infographie, convoquer la presse ?
- Speaker #0
C'est un cas d'usage qui est intéressant, mais tout se reproduit malheureusement pas comme ça. Mais en tout cas, c'est aussi un bon exercice de dire qu'au départ, sans doute que le client n'aurait pas imaginé qu'en allant sur ce segment, les femmes grandes perdantes, ça allait aussi bien fonctionner. Je pense qu'on a tous eu collectivement une bonne intuition. Et puis, je pense que c'était aussi l'IPS qui nous a fait confiance. et accepté de sortir d'un cadre d'expertise avec des rapports très longs et était partant pour changer un peu ses modèles, ou en tout cas aller sur des modèles très pédagogiques, très simples. C'est un client qui est très réceptif et qui est assez sensible à la partie communication. Donc je pense que ça, ça a bien fonctionné. Et tous les clients ne sont pas forcément prêts à nous suivre autant que l'IPS.
- Speaker #1
Est-ce que tu as d'autres exemples de mobilisation à pu défendre et qui ont eu beaucoup d'écho ?
- Speaker #0
Oui, on a eu une très belle mobilisation pour l'interprofession Cidricol, donc le Cidre. qui est une toute petite interprofession. En France, les organisations agricoles sont structurées en interprofession. Il y en a qui sont très importantes, comme celle du lait, par exemple, ou même les fruits et légumes qui sont très connus. Les 5 fruits et légumes par jour, par exemple, c'est l'interprofession des fruits et légumes. Le site, c'est une des toutes petites. Elle ne pèse pas beaucoup face au vin. Mais il y a un attachement territorial, affectif, même général, très fort aussi. Très très fort. C'est beaucoup moins clivant que d'autres alcools. Mais c'est une petite filière. C'est une filière qui a du mal à exister dans la difficulté de l'ensemble des secteurs agricoles, en particulier boissons. Et il s'est avéré qu'au niveau européen, on a eu un projet de définition commune du cidre en Europe. Et il s'avère que le cider anglais ou scandinave n'a rien à voir avec le cidre français puisqu'il n'est pas composé de 100%. de pommes, mais souvent d'un mélange, voire des fois que de 5% de pommes et puis des ajouts dessus. Donc ça n'a rien à voir avec notre cidre. Ce risque, ce danger venant de l'Europe a énormément aidé à constituer la mobilisation en France. Alors au niveau local, maison cidre école, territoriale, évidemment les producteurs de cidre, mais au niveau politique. Ça a permis de créer un mouvement, une mobilisation très forte qui a bien fonctionné, à tel point que le ministre, alors je crois que c'était Marc Fénon, est venu visiter une cidrerie, ce qui n'était pas arrivé, car le ministre se déplace depuis très longtemps. Plus aucun ministre ne venait, aucun n'avait accepté avant. Il est venu, il a fait des annonces. La France s'est battue au niveau européen. Alors le sujet n'est pas totalement fermé, les choses ont évolué, mais je pense qu'on n'est plus du tout sur la définition telle qu'elle pouvait l'être. Et puis on a défendu une position, le site c'est forcément 100% pomme, et on a affirmé une position française qui était un peu effacée par rapport à la position scandinave. Alors anglaise non, puisque les Anglais ont quitté l'Europe, mais scandinave. qui avait une vision beaucoup plus large de ce que pouvait être le SID. Et on a mobilisé jusqu'au grand chef. Ce côté affectif et attachement au produit a beaucoup aidé à faire cette mobilisation. Mais bon, le combat continue, c'est pas totalement terminé quand même.
- Speaker #1
Alors on a parlé de mobilisation, d'argumentation, je vais passer à une section que j'ai nommée éthique. et prospective. Tu as parlé beaucoup de tes clients. Tu as dit tout à l'heure que tu ne pouvais pas accepter un dossier sur lequel tu n'étais pas toi-même convaincue. Est-ce qu'il y a des dossiers que vous refusez ? Est-ce qu'il y a des clients qui ne sont pas toujours acceptés ?
- Speaker #0
Oui, il y a des sujets qu'on refuse. Ça arrive. D'ailleurs, ça n'a pas de rapport avec des secteurs. Il y a des secteurs avec lesquels nous, le groupe Cédé-Hengrelin, ne travaille pas, comme le secteur du tabac. L'armement, c'est dans nos guidelines. Au niveau global. Mais ce qui fait qu'on n'accompagne pas certains sujets, ce n'est pas lié à un secteur en soi, c'est plutôt le positionnement. J'ai en tête certains exemples d'entreprises, notamment qui sont venues nous voir, ou de FEDE, mais je pense notamment à des entreprises qui ne sont pas forcément dans une position de vouloir co-construire, mais plutôt de rapports de force, parfois judiciaire. On n'a pas envie, sauf si vraiment on estime que c'est légitime, mais ça on n'a pas envie parce que d'abord on a nous-mêmes une empreinte de long terme avec les pouvoirs publics. public avec qui on interagit régulièrement, des ministères de tutelle pour certaines fédérations, et donc je ne me vois pas aller au conflit ou changer mon approche avec certains de mes interlocuteurs parce qu'on aurait un client qui serait sur une approche très agressive, très menaçante. Donc ça, ça fait partie des choses qu'on ne souhaite pas.
- Speaker #1
Je reviens rapidement sur l'approche long terme que tu cites beaucoup. Comment tu mesures la réussite d'une approche long terme ? Parce que ce n'est pas forcément juste un amendement, une proposition de loi qui passe tout de suite. Comment vous jugez ça et comment vous le valorisez auprès du client ?
- Speaker #0
Alors ça, un amendement qui est adopté ou un texte de loi, ça fait quand même partie de ce qu'on pourrait appeler des képiers, on a affaires publiques, des métriques. Après, on en a d'autres qui sont un peu plus difficiles à mesurer, mais quand même mesurables. Nous, on a accompagné certains clients, notamment un auquel je pense, qui était très peu connu sur le marché il y a quelques années, qui avait un excellent sujet auquel on croyait beaucoup, on était extrêmement convaincus, et qui aujourd'hui... est toujours invité à Tchouz France, il n'y a pas une seule consultation en public sans qu'il soit inclus dedans. Ça, pour nous, c'est le résultat de tout ce travail d'influence, de visibilisation, de pédagogie, de robustesse des propositions, qui a permis ça. Donc ça, c'est par exemple quelque chose qu'on peut mesurer dans la réussite de l'influence de long terme. Mais en effet, ce n'est pas six mois. Ce n'est pas possible six mois. Si ça arrive, quand on nous appelle en urgence, parce qu'il y a un amendement qui pose un gros problème ou qui présente un risque énorme pour toute une filière, On va mener une campagne pour faire en sorte que cet amendement ne soit pas adopté. Ça, ça peut déjà arriver, ça arrive. Par contre, on ne s'arrête pas là. Après, il y a le travail de pédagogie, parce que faire ça en one shot, on est sûr que ça reviendra chaque année avec les mêmes risques, et la même tension et la même peur. Donc on va travailler après pour expliquer, évangéliser, pourquoi est-ce que telle filière n'est pas d'accord avec ça.
- Speaker #1
Quelle est la durée d'une moyenne d'un contrat, d'une relation avec un client ?
- Speaker #0
Alors parfois, ça peut être très très long. dans mes anciennes fonctions jusqu'à ce que j'arrive chez Greenlink j'avais gardé tous mes clients donc 12 ou 15 ans ça peut être plus court mais il y a quand même une relation de confiance qui se noue quand on est le conseil on est souvent dans l'élaboration des décisions on a des moments parfois difficiles quand on connaît très très bien un secteur ou un client il y a quelque chose d'assez confortable et puis quand on est là depuis longtemps ce qui est plutôt mon cas avec mes clients on fait aussi la transition quand il y a des gens qui changent dans les entreprises ou les fédérations On transitionne, on a un peu la mémoire et l'historique. Et comme je dis toujours, nous, on n'est pas là pour briller à la place du client, on est là pour le faire briller. Donc quand quelqu'un succède, l'idée, c'est qu'il ait l'ensemble des éléments entre les mains et qu'il puisse reprendre les sujets là où ils y sont et donner une impulsion, l'impulsion qu'il souhaite. Donc on est là pour accompagner. Donc non, généralement, les clients, on les accompagne assez longtemps. Ça arrive qu'on ait des sujets très court terme. Mais c'est vrai qu'on est quand même meilleurs quand on connaît très très bien nos clients et leurs sujets. Parce qu'on arrive à identifier vite les signaux faibles, que ce soit opportunité ou risque, très vite.
- Speaker #1
Lors de la présentation, tu as évoqué le fait que ça fait presque 20 ans que tu travailles dans le conseil. Qu'est-ce qui a le plus changé, d'après toi, dans le monde des affaires publiques ? Qu'est-ce que tu as vu évoluer ?
- Speaker #0
La méthodologie, d'abord, qui s'est vraiment renforcée. Quand j'ai démarré, il y avait très très peu d'études qui menaient aux affaires publiques et au lobbying. Il n'y avait pas de master, très peu d'école. Moi, je suis arrivée un peu par hasard dans ce métier, pour être honnête, que je ne connaissais pas bien. Je ne connaissais même pas du tout, d'ailleurs.
- Speaker #1
Tu étais sensible aux affaires politiques ou comment ça s'est arrivé ?
- Speaker #0
Comme plusieurs de ma génération et peut-être des gens qui font des affaires publiques, moi, j'aimais bien écrire, j'aimais bien la presse. J'ai fait un peu de pige dans la presse. Et puis, je suis arrivée sur le marché du travail en 2007, au moment des élections présidentielles. et c'était le... On a déjà un duel Ségos-Arcots qui, je pense, a marqué une génération qui commençait à s'engager politiquement. C'est comme ça que je suis arrivée à ce métier. Mais en tout cas, la méthode, la manière de la structuration, ça a beaucoup changé. Le vote de la loi Sapin 2 et tout ce qui est trait à l'éthique et la déontologie des affaires publiques, clairement. Et puis, le changement générationnel. Le fait qu'il y ait beaucoup plus de personnes qui fassent des affaires publiques, sur un métier notamment dans le conseil qui s'est féminisé, qui s'est rajeuni, ça change quand même aussi la vision. Ça montre qu'il y a différentes manières de faire et de mener les affaires publiques.
- Speaker #1
Si tu le veux bien, on va passer à la séquence vrai-faux. Donc, je vais te donner trois phrases, et puis tu peux répondre par vrai ou faux, et évidemment, tu peux développer si tu le souhaites. La première phrase, c'est le lobbying, c'est d'abord une affaire de réseau.
- Speaker #0
Mais non ! Non, non, pour moi, l'influence durable, ce n'est pas une affaire de réseau, surtout pas quand on est dans le conseil. C'est surtout une affaire de compétence, de légitimité qui se joue sur la robustesse des propositions et des positions. Après, on peut être reconnu pour son sérieux, ce que je pense, je suis et nous sommes dans l'équipe Affaires publiques et derrière les lignes, mais ça ne suffit pas.
- Speaker #1
La deuxième phrase, c'est l'influence sans stratégie, c'est du bruit.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que ça peut être utile de faire du bruit sur du court terme, mais non, si on veut faire une influence durable. telle que moi je la conçois, il faut quand même des stratégies, il faut penser à l'ensemble des métiers qu'on va mettre en œuvre. Donc la stratégie, c'est indispensable. Avancer au jour le jour sans ligne rouge, je pense que c'est très risqué.
- Speaker #1
Et la dernière phrase que je te propose, c'est « Les affaires publiques doivent se réinventer au contact de la société civile » .
- Speaker #0
Alors, est-ce qu'elles doivent se réinventer ? Je pense que la société civile s'empare des affaires publiques, clairement, et qu'elles le font de plus en plus. Je pense d'abord que les affaires publiques devenant une... Ces temps professionnalisés sont des métiers qui sont plus visibles, et donc on a des personnalités qui font des affaires publiques ou du plaidoyer, en fonction d'où elles se situent. En plaidoyer, c'est plutôt les associations qui préfèrent employer ce terme. Elles ont les mêmes méthodes que nous pouvons avoir en agence. C'est exactement les mêmes méthodes, les finalités sont différentes, l'approche peut être différente, mais les méthodes sont les mêmes. Donc finalement, la société civile s'empare de plus en plus des affaires publiques. Ce que je vois aussi, c'est avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, on donne davantage accès à la manière dont se fabrique la décision publique. On la simplifie, on la rend plus accessible. Je pense que ça va continuer de rendre accessible ce qu'on appelle les affaires publiques ou la défense d'intérêt. Je ne sais pas que tout le monde sera mobilisé demain, mais en tout cas, ça le rendra plus accessible. Je ne sais pas si c'est aux affaires publiques de se rapprocher de la société civile, mais je pense que la société civile s'empare de plus en plus des outils affaires publiques.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais une recommandation culturelle pour nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #0
Oui, alors ce que j'aime bien recommander aux étudiants mais même plus généralement, parce que souvent dans le lobbying on a une vision qui est très très romancée, généralement négative parce qu'on est toujours l'afro-jojo, les représentations sont souvent plutôt masculines sur des sujets très très difficiles comme les pesticides, le lobbying il y en a beaucoup donc je trouve que les sujets ou les films ou séries sur le lobbying ne représentent pas la réalité de notre métier Ce que j'aime bien recommander, c'est de regarder les documentaires sur la vie politique. Et les documentaires sur les politiques, quels qu'ils soient d'ailleurs, quand il y a du recul. Parce que c'est intéressant de voir dans quel environnement ils élaborent la décision publique. Et je trouve ça intéressant de prendre en compte les personnes qu'on voit. On va voir après qu'on veut influencer, parce que ça permet de mieux mesurer leurs propres contraintes et opportunités. Donc tout ce qui est documentaire, moi je trouve que c'est passionnant. Et pour les étudiants, j'ai un dit, mais regardez, alimentez-vous, ça vous permet aussi de placer... L'élu, quel qu'il soit, local, ministre...
- Speaker #1
Quel genre de documentaire, où est-ce qu'on peut trouver ça ?
- Speaker #0
On peut en trouver sur le service public France Télévisions ou d'excellentes émissions radio. Il y en a souvent soit sur Public Sénat ou LCP. Honnêtement, tout ce qui est documentaire, avec des témoignages politiques, je trouve ça passionnant. Et sur n'importe quel sujet que ce soit, je trouve qu'il y a des séries très sympas, comme Parlement, qui est une excellente série sur France 2. qui n'est pas dédié au lobbying, mais qui suit les traces d'un collaborateur parlementaire à Bruxelles et qui est plutôt assez réaliste. Alors, dedans intervient un lobbyiste et ensuite une collaboratrice parlementaire qui devient lobbyiste et c'est assez amusant. La série La fièvre de Canal, qui est aussi très romancée parce que toutes les agences ne fonctionnent pas de la manière, mais c'est intéressant de voir comment un sujet se politise et comment aussi il échappe. Et des fois, il y a des choses qui nous échappent. Donc ça, je trouve que c'est bien. Et puis évidemment, on écoutait l'excellent podcast.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Juline. On va s'arrêter là-dessus. Merci,
- Speaker #0
Pierre. Merci beaucoup. Au revoir.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté, Messie. Je m'appelle Pierre. Je suis cofondateur de Légiswatch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.