- Speaker #0
Nous, notre métier, c'est vraiment de produire du savoir de qualité, de l'agréger et de le délivrer à nos clients. Sauf que l'IA, en fait, ça ouvre un champ des possibles incroyable et ça permet de sortir des produits et des services de plus en plus performants. Le lobbyiste compétent, c'est celui qui est en mesure de prendre un sujet sectoriel un peu complexe et d'arriver à le traduire dans des termes, je dirais, compréhensibles et qui parlent aux politiques.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle LegiWatch et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Guillaume Leblanc. Guillaume Leblanc est Head of Government Affairs, c'est comme ça qu'on le dit ? Tout à fait. Pour la France et l'Europe du Sud, chez Relex, un groupe international au croisement de la donnée, de l'information et des enjeux de régulation. Guillaume Leblanc a aussi été directeur des affaires publiques France et Europe au MEDEF. Et son parcours lui a donné une vue rare sur les affaires publiques, à la fois dans les grandes organisations, dans le dialogue avec les pouvoirs publics, et dans la manière dont les entreprises s'approprient ou non les sujets politiques, technologiques et réglementaires. Bonjour Guillaume.
- Speaker #0
Bonjour Pierre.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, ça me semble déjà assez complet.
- Speaker #1
Alors, tu as travaillé dans des environnements très différents. Qu'est-ce que ça t'a appris sur la façon dont les décisions se prennent vraiment ?
- Speaker #0
effectivement j'ai eu la chance de pouvoir depuis une quinzaine d'années évoluer dans différents types de structures et je travaille aujourd'hui tu l'as souligné pour Relex en deux mots Relex c'est quoi c'est qui c'est un groupe européen de dimension internationale qui fait travailler 1500 personnes en France et le coeur de notre métier c'est de produire du savoir qualifié et professionnel pour différents types de communautés juridiques, recherches, médicales, dans le secteur de la banque On est vraiment sur du B2B.
- Speaker #1
Tu peux donner des exemples d'entreprises que vous portez ? Oui,
- Speaker #0
par exemple, on a quatre entreprises, quatre filiales, dont Elsevier, qui est le premier partenaire des chercheurs et des professions médicales en France, au produit de la donnée qualifiée. On a LexisNexis dans le domaine du droit, on en pourra en parler peut-être un petit peu. On a LexisNexis Risques Solutions dans le domaine de la banque. Et puis on a RxFrance, qui est un peu différent, mais qui fait des salons B2B. Donc voilà, on a une diversité de contenus, mais tout ce qui dit ça, c'est le savoir professionnel qu'on valorise vis-à-vis de nos différentes communautés. C'est mon travail depuis quelques années maintenant. Et effectivement, pour revenir à la question initiale, la manière dont on prend des décisions depuis que je suis dans ce métier, je dirais qu'il y a trois éléments. Premièrement, je dirais que ce n'est pas toujours la décision la plus rationnelle qui est prise. Il y a toujours de multiples facteurs qui participent à la prise de décision. Et souvent, ce n'est pas toujours le plus logique ou le plus rationnel, comme je dis, qui est sélectionné par le décideur à la fin. Et ça m'en vient à mon deuxième point. Et c'est notamment quelque chose que j'ai vu quand j'étais... comme tu l'as souligné au MEDEF, c'est souvent le plus petit dénominateur commun qui apparaît comme la décision. On est dans une logique souvent de compromis, voire de conconstruction, pour aussi l'évoquer. Et voilà, ça peut être décevant, mais finalement, c'est un petit peu la manière dont la démocratie fonctionne. Et je trouve que ça tranche un peu avec la période de radicalité ambiante qu'on peut avoir sur le site qui est politique en ce moment. Il faut prendre des décisions radicales, vides, fortes, etc. Donc c'est assez révélateur, je trouve. Et puis, troisième élément que j'analyse par rapport à à cette prise de décision, je trouve qu'il y a quand même une relative solitude du décideur public. Je l'ai vu notamment quand tu étais collaborateur auprès d'élus comme ça a été mon cas ou alors lorsque tu es conseiller dans une organisation comme l'EDF, en fait, toi, ton rôle c'est d'apporter justement un peu les éléments pour prendre la meilleure décision possible, donc de conseiller au sens noble du thème pour qu'il soit dans la meilleure décision dans la meilleure condition pour prendre la décision mais à la fin, le décideur il est un peu tout seul. et la décision est souveraine.
- Speaker #1
Alors juste pour que je puisse bien comprendre, au quotidien, tu as parlé de quatre entreprises principales. Est-ce qu'elles ont chacun un directeur des affaires publiques qui t'envoie leurs besoins et c'est toi qui chapeautes tout ça ? Ou est-ce que c'est à toi de gérer tout en même temps ?
- Speaker #0
Non, je suis directeur des affaires publiques pour l'Europe du Sud, donc incluant la France, pour le groupe Relex. C'est-à-dire que mon rôle, c'est de coordonner l'activité affaires publiques slash influence. Je préfère le terme influence d'ailleurs. Pour ces quatre filiales, alors ces quatre filiales ont des besoins différents, elles sont déjà très structurées, parfois très autonomes les unes par rapport aux autres, il y a peut-être des silos aussi, mais mon rôle il est vraiment à l'interface et à la croisée de ces quatre business.
- Speaker #1
Et quand tu parles de la décision publique, est-ce que tu peux te donner un exemple de décision, là tu disais le décideur est très seul quand il prend sa décision, est-ce que tu peux illustrer ça avec un cas précis ?
- Speaker #0
Non, mais lorsque vous travaillez avec un élu, un député, un ministre, un sénateur... et qui doit porter un amendement qui peut avoir des conséquences économiques, par exemple, ou sociétales. Il y a un projet de loi sur la fin de vie en ce moment. Lorsque vous portez un amendement qui concerne la fin de vie, à la fin, c'est vous qui engagez votre responsabilité et qui décidez de déposer ou de co-signer cet amendement. Je pense que c'est important aussi dans ce processus de décision de sacraliser la décision et de faire en sorte qu'elle reste justement intègre et construite.
- Speaker #1
Alors on va parler aussi du MEDEF. Tu as travaillé au Medef, donc tu as vu là-bas une machine très exposée politiquement. Qu'est-ce que cette expérience t'a appris sur le rapport de force ?
- Speaker #0
Alors, premièrement, parlant du Medef, je voudrais... Vraiment saluer le rôle du MEDEF et de ses collaborateurs. Quand je suis arrivé, j'ai découvert vraiment une belle machine avec des collaborateurs de sous-ages qui sont très engagés. Et quand on a l'étiquette MEDEF, c'est parfois pas toujours facile parce qu'il faut assumer, et je pense que tous les gens qui sont passés par le MEDEF, qui sont encore MEDEF, assument justement le fait de travailler pour les entreprises de France, qui est une cause bien noble. Le MEDEF, en fait, il fait pas de politique, mais il est clairement un acteur du champ politique. Et c'est tant mieux, au titre des organisations syndicales également, que les organisations syndicales et patronales participent de nourrir, ou en tout cas de faire vivre la démocratie sociale. Et on l'a vu ces dernières années, dans les deux quinquennats, que parfois, pouvoir s'appuyer sur des partenaires de confiance historiquement constitués comme le MEDEF ou les organisations syndicales, ça avait du bon, parce qu'il y a aussi cette fameuse logique de consensus et de compromis qui est importante à leurs yeux. Donc c'est important. Ce que ça m'a appris, pour revenir à ta question, c'est que le rapport de force, je dirais... C'est un peu comme dans tous les champs du pouvoir avec un grand P, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel. Consubstantiel au MEDEF, consubstantiel à la politique, consubstantiel au pouvoir. Et d'ailleurs, j'en veux pour preuve encore récemment, le patron du MEDEF, Patrick Martin, s'exprime régulièrement dans les médias. Il a fait une interview récemment, au début de semaine. Je le cite, il dit vraiment, il fait des propositions sur le PLF, sur la loi fiscale, en disant que, voilà, pourquoi il faut améliorer le PLF de son point de vue. Donc il fait des propositions pour prendre part au débat public. Et le fait de faire des propositions dans ce sens pour faire bouger les choses, ça participe naturellement d'un rapport de force, puisque ça oblige les autres à vous positionner par rapport à vos propositions.
- Speaker #1
Comment t'expliques ton parcours ? Comment t'en es arrivé au MEDEF ? Est-ce que t'as toujours eu une passion pour la chose publique ou est-ce que tu viens du monde militant ou autre ?
- Speaker #0
Non, j'ai toujours eu un intérêt pour la chose publique. Ça m'a toujours intéressé de comprendre le mécanisme de décision politique. Je n'ai pas milité dans des partis ou dans des organisations, mais ça m'intéressait naturellement de par ma formation. J'avais fait d'ailleurs un mémoire sur le MEDEF aussi, lorsque j'étais en fin d'études à Dauphine, donc j'avais déjà ça un peu en tête. Et puis le MEDEF, j'ai eu la chance d'intégrer son écosystème, puisque c'est un écosystème assez solidaire. Parce que j'ai été pendant quelques années directeur général d'un syndicat qui s'appelait le Syndicat des Producteurs de Musique qui représentait les maisons de disques, comme on dit, Sony, Marcel Warner. Donc un peu éloigné du Medef, mais ce sont quand même des employeurs, voire des entrepreneurs. Donc ils avaient une attache au Medef qu'ils ont toujours, je crois. Et donc, c'est parce que j'étais DG de cette fédération et j'étais dans l'écosystème Medef via différentes réunions que j'ai pu après intégrer le Medef lorsqu'on me l'a proposé.
- Speaker #1
Alors, quand on s'est rencontrés pour la première fois, tu m'as parlé un peu de ta vision. du rôle des affaires publiques. Et tu m'as dit plusieurs choses, alors tu me corriges si je me trompe, mais c'était que le plus important, c'était de trouver l'info et aussi de la faire utiliser, surtout en interne, il y avait un gros lobbying interne. Est-ce que c'est bien ça que tu me disais, ou alors est-ce que je suis à côté ?
- Speaker #0
Non, non, non, mais je pense que c'est assez fidèle, peut-être pour préciser le premier point. Je pense que le sujet, c'est pas forcément de trouver l'information, parce qu'aujourd'hui, on est vraiment... Je vais pas faire de tarte à la crème, mais il y a... énormément d'informations et le plus compliqué justement c'est pas d'accéder à l'information mais c'est plutôt d'accéder à la bonne information tu lis dans mes pensées il ya mille manières de la voir et en fait aujourd'hui ce qui va être le plus important dans nos métiers je pense c'est l'information fiable exploitable et de qualité c'est un peu quelque part toute comparaison gardée mais un peu un travail journalistique qu'il faut faire tu vois il faut croiser les sources Essayer de remonter, comprendre. comprendre comment ça fonctionne, vraiment avoir la bonne information. Et donc pour moi, le bon lobbyiste, c'est vraiment celui qui arrive à avoir cette capacité, je dirais, cette intelligence situationnelle à avoir la bonne information au bon moment, et puis aussi de connaître ses dossiers. Parce que le lobbyiste ou le professionnel des affaires publiques compétent, c'est celui qui est en mesure de prendre un sujet sectoriel un peu complexe et d'arriver à le traduire dans des termes, je dirais, compréhensibles et qui parlent aux politiques.
- Speaker #1
Et le traduire à qui ? Pour lui ou pour son équipe ?
- Speaker #0
Alors, vraie question, ça renvoie notamment au rôle de l'interne. Je réponds à ta question sur l'interne aussi. Je suis assez convaincu que ton premier public, ou en tout cas le travail quand tu arrives notamment dans une entreprise et que tu es aux affaires publiques ou affaires gouvernementales, le travail doit d'abord se faire vis-à-vis de l'interne, donc des équipes internes. Et je trouve qu'il y a une vraie ambivalence. D'une part parce que les gens qui travaillent dans ton groupe, dans ton entreprise, ce sont tes meilleurs alliés. Ce sont vraiment eux qui possèdent l'expertise, les ressources, ils ont connaissance des chiffres, de l'histoire de l'entreprise, du plan stratégique, des objectifs, des contraintes du business. Donc il faut s'appuyer sur eux et leur connaissance et tu as besoin d'avoir ces informations en tant que le PC. Puis dans un deuxième temps, ou en parallèle plutôt, quelque part c'est un peu tes meilleurs ennemis, entre guillemets. Puisque en fait tu vas devoir aller convaincre ces mêmes personnes internes de ton rôle, expliquer ton rôle et la plus-value que tu vas pouvoir leur apporter. Et donc tu vas pouvoir naturellement, je trouve... Tu vas devoir créer une relation de confiance. Donc tu vas devoir aller au contact, tu vas devoir leur expliquer ce que tu fais et expliquer en fait quelles sont tes actions et les tenir sur toi, informer de tes actions. Donc c'est pour ça que pour moi, je pense que l'interne, un bon travail de lobbying commence par je dirais un alignement des forces en interne et ta capacité de mobiliser les bonnes personnes et les bonnes ressources.
- Speaker #1
Alors toi, par exemple, si j'en viens à ta position actuelle, Comme tu chapotes l'influence, quand tu me dis l'Europe du Sud, l'influence Europe du Sud, ça me paraît énorme comme champ des possibles. Alors comment tu fais justement pour... Déjà, à qui tu reportes ton travail et comment tu fais ?
- Speaker #0
Alors oui, effectivement. Déjà, pour être tout à fait honnête, je n'ai pas forcément la même intensité dans tous les pays parce que justement notre empreinte business diffère d'un pays à l'autre. Ouprelex, par exemple, est très présent en France avec quatre entités, comme je l'ai souligné, mais ce n'est pas forcément le cas dans les autres pays d'Europe du Sud que je couvre. Donc tout ça, c'est en coordination avec... mon patron qui est basé à Londres, qui chapeaute lui la zone Europe. Et donc, ce travail, justement, il va se faire en construction avec les business et moi, je vais agir en fonction des sujets d'actualité ou des besoins des opportunités business avec une intensité qui va dépendre, justement, de l'actualité politique et de l'actualité business de ces zones. J'y vais jamais entre guillemets seul, j'y vais toujours, et c'est important, en partenariat avec les différentes entités. Lorsque, il y a une semaine, j'étais, par exemple, en Espagne, J'intervenais sur un cycle de conférences qui était organisé par une de nos entreprises Elsevier dans une université. J'ai monté l'événement avec d'autres dans cette université, j'ai contribué. Et puis après, on a été faire des rendez-vous politiques où j'ai amené mes collègues d'Elsevier. Donc tout ça se fait dans une logique de partenariat et de bon sens, je dirais.
- Speaker #1
Alors est-ce que tu as le sentiment que ton rôle, ton métier est bien compris ? Et est-ce que tu aurais des conseils à donner ? donner, il y a beaucoup d'étudiants qui nous écoutent, justement pour qu'ils puissent justifier de leur rôle de quelque part, de manière assez économique, lapidaire, leur retour sur investissement.
- Speaker #0
Non mais je dirais en fait, on comprend souvent mal ce qu'on ne connaît pas, et il faut avouer que les métiers d'influence, de lobbying, d'affaires publiques, peuvent être difficiles à comprendre pour la plupart des personnes qui travaillent dans une boîte, parce que c'est pas des fonctions faciles à appréhender, des fonctions souvent très transversales, et d'ailleurs, je serais curieux de savoir combien aujourd'hui d'entreprises du CAC 40 sont. ont des patrons du lobbying, influence, à leur board, par exemple. Alors c'est souvent d'ailleurs pas uniquement lobbying, mais c'est des fonctions un peu plus larges. Et je pense que ça renvoie plus globalement à la notion d'influence en France, qui depuis une dizaine d'années, je pense, est un peu plus acceptée, démocratisée. Je vais faire mon vieux soldat, mais j'ai des souvenirs, moi. Un souvenir qui m'avait marqué, c'était en 2008. Paris avait perdu les JO, les JO de 2012 face à Londres. Et en fait, il y avait eu énormément d'articles, énormément de reportages à la télé sur le lobbying des Anglais. qui avait réussi à vaincre Paris. Et c'est la première fois, moi, ça m'a marqué que le mot lobbying arrivait à mort dans les médias, etc. C'était vraiment très marquant. Je dirais d'ailleurs, tant mieux qu'on a perdu, parce que ça nous a permis après, en 2024, de faire des jeux encore plus beaux que ceux de Londres, si ce n'est les meilleurs jeux de l'histoire. Donc, j'en reviens justement à ce besoin de pédagogie et d'aller au contact. Il faut, je pense, dans nos métiers, avoir cette capacité à aller au contact de l'extérieur, bien évidemment, et de l'interne. Et moi, je te donne un exemple, c'est ce que je fais chez Rélex. Quand je suis arrivé, ça m'a pris quelques semaines, voire quelques mois, pour comprendre comment fonctionnait un groupe comme ça, un groupe assez complexe, et après aller à différents niveaux, à la rencontre des salariés et des dirigeants pour leur proposer mes services, comprendre leurs enjeux et leur proposer mes services. Je fais du coup des réunions régulières avec des équipes commerciales, et par exemple, un autre exemple que je te donne, j'ai monté une réunion avec tous les quatre patrons de France de Rélex, donc les quatre patrons des quatre entités françaises de Rélex. Et tous les 6 mois, on se réunit pour faire un tour d'horizon sur les actualités business ou politiques. Et parfois, on a des invités aussi qui viennent un peu nous pitcher sur différents sujets.
- Speaker #1
Donc tu te mets à leur service en disant « Comment est-ce que je peux vous aider à ouvrir d'autres verticales ? »
- Speaker #0
Exactement. En fait, je trouve que j'aime bien le mot « connecteur » . Surtout dans un groupe comme ça, qui est un peu complexe, mon rôle, c'est de faire en sorte de prévenir et de créer des opportunités vis-à-vis de l'externe. Et puis en interne, je trouve qu'il y a, dans un groupe comme Relax notamment, où, comme je le disais tout à l'heure, il y a pas mal de silos, c'est vraiment de... mettre en avant des opportunités entre les business. Je te donne un exemple très concret. Aujourd'hui, chez Redex, dans notre division salon, RxFrance, on a la chance d'avoir un super salon sur l'IA qui s'appelle Big Data IA. Il se trouve que dans d'autres figales de Redex, On propose des produits et des services à base d'IA générative. C'est peut-être l'occasion de mutualiser et d'utiliser ce salon comme une plateforme pour mettre en avant notre savoir-faire et nos outils.
- Speaker #1
Alors d'ailleurs, on va parler d'IA. Juste avant ça, j'ai une autre question. en rapport avec ton quotidien, souvent quand je rencontre des invités, ils sont focalisés sur un sujet qui est le leur, qu'ils portent, qu'ils connaissent les parlementaires qui sont en charge des sujets. Et donc toi, comme tu couvres une grande diversité de verticales, de choses potentielles, comment tu fais, par exemple, si disons que là tu rencontres les quatre patrons des quatre entreprises dont tu parlais, et il y en a un qui dit « ça serait bien qu'on aille là-dessus » , comment tu fais pour récupérer toute la matière, toutes les infos dont tu as besoin ? pour aller chercher le bon rendez-vous, la bonne info ?
- Speaker #0
Très bonne question. C'est une des complexités de mon travail actuel parce qu'effectivement, on passe d'un sujet bancaire à un sujet scientifique, puis après, dans le domaine, on passe à un sujet dans le domaine du dof. Très bonne question parce qu'en fait, on embrasse une diversité de secteurs et une diversité de sujets. Et donc, là-dessus, je suis amené à faire des arbitrages, d'une part parce que, dans ce que tu soulignes, tous mes business n'ont pas la même interface, n'a pas la même besoin d'interface, on va dire, vis-à-vis du secteur public. Est-ce que tu as une équipe déjà aussi ? Alors non, je n'ai pas d'équipe, mais j'ai un cabinet qui m'accompagne, avec lequel je travaille depuis quelques années. Donc en fait, je m'appuie, pour revenir à ta question, je m'appuie, un, sur les ressources internes qui, parfois, dans les équipes aussi, ont d'ores et déjà un historique de relation avec des gens du secteur public, par exemple des administrations ou des politiques, donc je m'appuie là-dessus. Je m'appuie sur le cabinet externe dont je te parlais, et puis je m'appuie également sur le secteur des organisations professionnelles, puisque, donc, Relex, on est membre de plusieurs organisations. à la fois dans le domaine de l'édition, à la fois dans le domaine numérique, et puis même dans le domaine des salons professionnels. Donc je m'appuie aussi sur ces ressources-là, qui généralement ont une bonne expertise des sujets.
- Speaker #1
Très clair, merci. Alors je vais revenir sur le sujet d'IA que tu avais commencé à aborder. Quelle est ta vision de ce bouleversement de notre façon de travailler ? Est-ce que tu l'utilises, toi, déjà dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Oui, je l'utilise. Je l'utilise de plus en plus. J'avoue que je suis encore assez en découverte du potentiel de ces outils, Ne serait-ce que parce que... On est aussi tenu par des règles en interne de compliance, on ne peut pas tout partager sur un abonnement chat GPT privé par exemple, donc je fais un peu attention à tout ça. Non mais je pense que je suis comme beaucoup porté par la dynamique et assez enthousiaste par rapport à ça. D'ailleurs j'ai appris un nouveau mot récemment, il y a ce qu'on appelle les podslops, je ne sais pas si tu connais.
- Speaker #1
Non je ne connais pas.
- Speaker #0
En fait de la même manière qu'on peut de plus en plus fabriquer de la musique et les mettre sur les plateformes. de la musique complètement générée par l'IA. On peut aussi générer des podcasts entièrement générés par l'IA. Donc il y a tout un débat sur la labellisation, etc. J'espère qu'on ne nous prend pas tous les deux pour des IA, d'ailleurs. Mais voilà, on voit que ça bouscule énormément de choses. Je trouve qu'il y a quand même encore beaucoup de questions sur l'adoption des entreprises et des salariés. Donc ça, c'est un sujet de long terme. Donc moi, je l'utilise. Je l'utilise de plus en plus régulièrement avec quand même deux convictions. Les professionnels des affaires publiques et du lobbying que nous sommes, j'ai l'impression quand même, et j'ai l'espoir qu'on ne va pas se faire disrupter de sitôt. On aura toujours besoin de donner des relations, d'aller au contact, de favoriser des relations interpersonnelles dans ta boîte ou en externe. Et puis, je vois aussi l'IA comme une super manière de pouvoir mieux utiliser et mieux structurer notre matière première, qui est l'information. À la fois dans sa collecte, on l'a vu, il y a plein d'outils, super outils sur le marché, comme le G-Watch, par exemple.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Donc, je pense que, notamment au niveau de la collecte, et puis surtout, moi, il y a un champ qui m'intéresse davantage, Merci. la manière après dont une fois que tu as cette donnée collectée, agrégée, à haute valeur ajoutée, comment tu la diffuses en interne, qu'est-ce que tu fais et comment tu la rends accessible vis-à-vis des collègues de ta boîte. Et donc je pense que ça, cette technologie doit nous permettre, nous, de nous professionnaliser et d'être encore plus percutant sur la manière dont on apparaît comme un connecteur et une ressource importante pour nos collègues du business. C'est pour ça que moi j'ai réfléchi un peu en interne ces derniers mois sur je réfléchissais un peu à un POC sur la manière dont on pourrait mieux articuler ou mieux penser l'usage de cette IA vis-à-vis du business parce qu'on est toujours dans des chaînes de mail on fait des listes de mail etc et puis on envoie l'information, on a sa petite boucle de mail qui est répétitive, mais je suis assez convaincu qu'il y a une autre manière de faire les choses et une fois que cette information a été consolidée et gérée, c'est comment toi tu la restitues donc là je vais pas encore trouver la martingale mais je suis assez convaincu Merci. qu'on peut faire mieux et qu'on peut être beaucoup plus percutant sur un projet pilote.
- Speaker #1
Alors justement, pour en venir au sujet de l'IA, vous avez racheté récemment Doctrine. Est-ce que c'est un sujet pour vous de réglementer, de réguler l'IA ? Est-ce que vous avez des actions en ce sens ?
- Speaker #0
Alors l'IA, effectivement, comme tu le soulignais, est une révolution importante dans notre activité chez Rélex. On fait de l'IA depuis... Petite dizaine d'années maintenant, on faisait ce qu'on appelle de l'IA extractive, et maintenant avec l'IA générative depuis quelques années, on s'est renforcés. Si tu veux, le cœur de nos métiers reste le même, c'est-à-dire que nous, notre métier, c'est vraiment de produire du savoir de qualité, de l'agréger et de le délivrer à nos clients, sauf que l'IA, en fait, on garde ses fondamentaux, et quand tu le passes à la mode d'IA générative, ça ouvre un champ des possibles incroyables, et ça permet de sortir des produits et des services de plus en plus performants. Donc on a une quinzaine de produits dans le groupe aujourd'hui, qui font ça vis-à-vis de différents secteurs, qu'on améliore. en permanence vis-à-vis des différentes communautés que je citais tout à l'heure. Donc l'enjeu, il est d'abord et avant tout business vis-à-vis de ces communautés, parce que c'est aussi une course. Et puis l'enjeu, il est aussi réglementaire au niveau de la régulation. On a participé avec mes homologues de Bruxelles à travailler sur l'IA Act, la réglementation européenne. Et on travaille également en France lorsqu'il y a des opportunités. Par exemple, j'ai participé à la consultation nationale qui a été faite par le gouvernement qui mettait les acteurs de l'IA et les acteurs de la création autour de la table pour essayer de trouver des solutions face à un enjeu qui est important. Et ça me permet peut-être de faire la transition là-dessus, c'est l'IA de confiance. C'est-à-dire que nous, je pense que la singularité qu'on a chez Rélex, et j'espère pouvoir l'avoir démontré, c'est qu'en fait, nous, on n'est pas un LLM. On prend du contenu et on s'appuie sur des boîtes d'IA qui font des LLM type OpenIA et Anthropique, pour pouvoir mettre des produits sur le marché. Et ça me renvoie au sujet sur l'IA de confiance, parce que justement, on n'est pas dans une compétition de qui fera le plus gros modèle, etc. Nous, ce qui nous importe, c'est la qualité de l'information et la manière dont nos données fiables sont consolidées et servent les clients. Il y a ce débat aujourd'hui en France et ailleurs sur la position entre création et innovation qu'on voit ressortir tous les 10-15 ans en France et ailleurs à chaque fois qu'il y a une révolution. C'est un débat qui est très dur. Nous, on est un peu à la jonction entre ces deux mondes, même si on est d'abord et avant tout des ayants droit. Je veux juste prendre l'exemple de Mythos, qui est sorti récemment. Tu as peut-être vu le dernier modèle de Claude. Ça a été branle-bas de combat. Toutes les boîtes d'IA sont réunies. Il y a eu des convocations de la Maison Blanche, la Commission Européenne, etc. Parce qu'en fait, on s'est dit, ça va tellement loin qu'en matière de cybersécurité, c'est en train de disrupter tout. Donc, attention, prudence, on lève un peu le pied. Et en fait, j'aurais bien aimé, moi, en tant que propriétaire de contenu protégé, qui s'est fait allègrement scraper par certaines boîtes à une époque, qu'on ait un peu la même prudence, si tu veux, lorsque les modèles ont été mis en avant, ont été lancés sur le marché, sur la base de nos contenus. Voilà, ça me renvoie un peu au sujet qui est important pour nous en termes de priorité lobbying en ce moment. C'est de dire qu'aujourd'hui, le plus important, c'est de construire un marché avec des boîtes d'IA qui soient pérennes, y compris des boîtes européennes, et qui aient besoin d'avoir des règles du jeu claires. Aujourd'hui, ça passe par un IA Act qui a le mérite d'exister, de structurer les choses pour le marché européen, mais qui manque sans doute un peu encore de transparence et d'efficacité, pour justement arriver sur une logique de fondation de partenariats et des accords collectifs. Et ce cadre légal, peut-être qu'il faut qu'on le complète. il y a aujourd'hui un proposition de loi qui est en train d'être examinée par le Parlement sur les présomptions d'utilisation des contenus, ça je trouve que c'est un combat assez légitime qu'il faut mener.
- Speaker #1
Si ça te convient, on va passer à la séquence vrai-faux. Je vais t'énoncer plusieurs phrases et tu me réponds par vrai ou faux. Tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase, le problème des affaires publiques aujourd'hui, ce n'est pas le manque d'informations, c'est son excès.
- Speaker #0
Alors là je dirais faux. Faux parce qu'en fait de... Je vais prêcher pour ma paroisse, mais je trouve qu'on ne fait jamais assez d'affaires publiques. Il faut savoir comment, effectivement, le calibrer. Mais en fait, le principe d'une démocratie vivante, c'est que les intérêts se croisent, les intérêts sont défendus. Donc je trouve que c'est plutôt un signe de vitalité du débat. Donc là, je dirais, le sujet, c'est moins la quantité que la qualité.
- Speaker #1
La deuxième phrase, en entreprise, les affaires publiques doivent d'abord convaincre en interne.
- Speaker #0
Je dirais vrai. J'espère l'avoir expliqué pendant cette interview, pendant ce podcast. Mais je dirais convaincre et d'abord et avant tout rassembler. Lorsque tu rassembles, lorsque tu es fédérateur et lorsque tu es connecteur, c'est beaucoup plus facile d'embarquer tes collègues sur une cause.
- Speaker #1
Et la dernière phrase, un projet IA utile commence par un usage, pas par un outil.
- Speaker #0
Ultra vrai, je dirais. Ça me renvoie, je pense globalement à ce que j'ai connu au Parlement il y a très longtemps, mais à la manière dont justement on appréhende ces nouveaux usages numériques, parce que tout parle justement de l'usage. L'IA, ce n'est qu'un outil. et donc Par rapport à ton affirmation, un projet est utile ? Oui, ça commence absolument d'avoir un retour par un usage.
- Speaker #1
Guillaume, on arrive à la conclusion de cet épisode. Est-ce que tu aurais une recommandation pour les jeunes, les étudiants qui voudraient démarrer en affaires publiques ?
- Speaker #0
Oui, j'aurais envie de dire savoir oser. N'hésitez pas à... Je l'ai appris en études, celui-là. N'hésitez pas à avoir des projets, à sortir un peu du cadre. et à monter des projets innovants qui vous font forcément prendre une part de risque mais qui, je pense, peuvent être bénéfiques dans votre positionnement. Je te donne juste un exemple très concret. Il y a quelques années, à l'occasion des Jeux paralympiques, J'ai contribué avec un des patrons d'une filiale de Relx, on a monté un projet, et on a envoyé une quarantaine de bénévoles de Relx, donc des quatre entités, à participer au Club France, en tant que bénévole, donner de son temps, pour participer à cette super aventure des Jeux Paralympiques. Et en fait, c'est un side project un petit peu, ça n'a rien à voir avec mes activités lobbying, mais si un petit peu, puisque de cette manière-là, on a réussi à créer une dynamique, à créer un collectif, et à faire en sorte que les gens qui sont engagés dans cette aventure soient identifiés. à Redax et puissent être fiers de leur entreprise. Et ça participe justement d'une stratégie d'influence que j'ai pu mener à bien.
- Speaker #1
Merci beaucoup Guillaume.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté ABC. Je m'appelle Pierre, je suis le co-fondateur de Légit Watch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.