- Speaker #0
Là, on a un vrai problème d'égalité territoriale, d'équité face aux transitions. Il faut qu'on ait des mix énergétiques adaptés à chaque territoire. La politique, c'est avoir une vision des idées, mais se confronter au réel et avoir la capacité à le transformer. Dans la ruralité, vous avez l'usage de gaz liquide. Donc une petite énergie en volume, mais qui concerne une grande partie du territoire.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Julien Prévoteau, directeur des affaires publiques de France Gaz Liquide. Historien de formation, journaliste au Brésil puis en France, passé par le Sénat comme collaborateur parlementaire, puis par une décennie dans l'édition juridique territoriale, il arrive aux affaires publiques par un chemin de traverse, avec enfile rouge un attachement aux acteurs locaux et aux territoires. Avec Julien, on parle de la ruralité comme angle mort de la transition énergétique, du biopropane comme solution méconnue, du rôle des acteurs de terrain dans la fabrique de la loi et de ce que ça veut dire de défendre une petite énergie quand on doit peser face aux géants du secteur. Salut Julien.
- Speaker #0
Salut Pierre.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, c'est parfait.
- Speaker #1
Génial, alors on va parler de ton parcours. Donc t'as un parcours qui est assez particulier. dans ton approche aux affaires publiques, qu'est-ce que ça t'apporte ? Comment tu décrirais cette succession d'expériences ?
- Speaker #0
C'est sûr, ce n'est pas un chemin direct, mais ça en fait et son originalité, et puis ça peut en faire sa force. Il y a deux profils dans les affaires publiques en général. Il y a évidemment les juristes, les professionnels du droit, il y a des formations spécialisées, des masters, tout ce qu'on veut. Et il y a des profils qui sont plus communicants. Moi, je me suis plus évidemment dans cette catégorie-là, avec cette particularité que... Effectivement, j'ai une expérience à l'étranger, j'ai connu plusieurs vies professionnelles dans des activités un petit peu différentes, même si ça fait maintenant une quinzaine d'années que je travaille dans l'univers du droit, puisque dans l'édition juridique territoriale, on était en contact quotidien avec la fabrique de la loi de droit public et territorial.
- Speaker #1
Donc tu as un profil que tu décris plutôt comme communiquant. Qu'est-ce que ça change dans ta manière d'aborder les dossiers ? Est-ce qu'il y a des choses que tu retrouves, que tu fais systématiquement ?
- Speaker #0
Alors oui, c'est sûr qu'il y a peut-être une approche un petit peu différente. Alors on ne peut pas se passer évidemment de l'approche très juridique, du cheminement parlementaire des textes, la fabrique de la loi, puisque c'est le thème. Alors chez France Gaz Liquide, j'ai des collaborateurs, une collaboratrice notamment, qui est vraiment spécifiquement là-dessus. Et puis moi, je suis plus effectivement sur, je dirais, la constitution de réseaux d'alliés, la communication auprès des médias. Et puis, ce qu'on appelle chez nous la territorialisation de nos actions, c'est-à-dire d'aller rencontrer les acteurs locaux au plus près des territoires. Ils sont nombreux.
- Speaker #1
Alors justement, avant cet entretien, on s'était rencontrés et tu m'avais beaucoup parlé de la ruralité, de ses besoins spécifiques. J'avais même noté un titre de section, la ruralité angle mort de la transition énergétique. Est-ce que tu peux nous en dire davantage ?
- Speaker #0
Alors oui, ruralité angle mort. La ruralité sur plusieurs sujets souvent échappe un petit peu. aux politiques publiques dans le sens où elles ont des spécificités qui ne sont pas toujours reconnues ni traitées comme telles. D'un point de vue énergétique, il y a un aspect fondamental qui est la densité de population dans l'aménagement du territoire. On ne peut pas délivrer l'énergie, notamment l'énergie en réseau, quand on a une densité de 600 habitants par kilomètre carré qui est la densité d'une zone urbaine, à une densité de 39 habitants par kilomètre carré qui est la densité des zones rurales. Ça pose des questions de viabilité économique, de faisabilité technique. On a en France une tradition d'énergie en réseau, effectivement, et souvent on considère uniquement les énergies en réseau en oubliant un petit peu les énergies qui peuvent exister hors réseau et qui sont la caractéristique de la ruralité. Donc pendant très longtemps ça a été un angle mort, les choses commencent un petit peu quand même à changer, où on se rend compte avec la territorialisation nécessaire de la planification écologique, que les zones rurales ont des spécificités qu'il convient de considérer si on veut réussir la transition de ces territoires.
- Speaker #1
Alors cet intérêt pour la ruralité, est-ce que c'est lié à ta mission actuelle ou est-ce que c'est déjà quelque chose que tu interrogeais, que tu travaillais pendant tes différentes expériences précédentes ?
- Speaker #0
Personnellement, oui, je vais dire une chose de très banale, mais je suis un amoureux des paysages, de la géographie, des territoires, de la diversité, bon ça c'est quelque chose de très personnel. Ensuite, dans mon expérience professionnelle, effectivement, dans mon approche des acteurs locaux, des élus, des hauts fonctionnaires territoriaux. J'ai été très focalisé sur les petites communes, les petites intercommunalités. Donc on rentre tout de suite dans ce qu'on appelle la ruralité. En fait, il y a des ruralités, il n'y a pas qu'une ruralité, une et unique. Donc il y a cette approche qui est un petit peu ancienne et on comprend qu'il y a des choses, en tout cas d'un point de vue énergétique, évidemment des spécificités qu'il convient de considérer.
- Speaker #1
Alors pour que je puisse bien me projeter dans ton quotidien et comment justement tu travailles autour de la fabrique de la loi, Est-ce que... Ce sujet de la ruralité, ça occupe une grosse partie de tes journées ou est-ce qu'il y a d'autres facettes à ton travail et à ce que tu essaies de défendre ?
- Speaker #0
Il y a évidemment plusieurs facettes. Il y a le suivi évidemment de l'activité parlementaire, évidemment des décisions de l'exécutif. Mais il y a aussi dans la fabrique de la loi... J'ai été beaucoup marqué par des matières très jurisprudentielles comme la commande publique. Le droit de la commande publique, qu'est-ce que c'est la jurisprudence ? Finalement, c'est la loi éprouvée par les réalités du terrain et qu'on fait évoluer en permanence. Aujourd'hui, on va se retrouver effectivement avec la nécessité d'inventer des mécanismes, de la réglementation, de manière à réussir la territorialisation de la transition énergétique. Chose qu'aujourd'hui, on a des orientations nationales, des objectifs. défini au niveau national et aujourd'hui il va falloir que les acteurs locaux s'en emparent. Et on n'a pas encore bien trouvé la mécanique, les dispositifs de coopération territoriale à même de satisfaire l'ensemble des territoires et d'atteindre les objectifs qui sont élevés.
- Speaker #1
Quels sont les enjeux en ce moment ? Alors j'avais noté, je m'avais parlé d'un risque de fracture territoriale avec des foyers qui resteront sur des énergies fossiles et seront surtaxés. Ou qu'on équipera de pompes à chaleur. Est-ce que tu peux parler de tout ça ? Est-ce que c'est lié ou je suis à côté ?
- Speaker #0
Non, non, c'est complètement lié. Là, on est au cœur de l'actualité. Beaucoup de choses à dire, mais pour faire bref, vous avez entendu, il y a un plan d'électrification qui est annoncé. Donc l'exécutif souhaite...
- Speaker #1
Donc ça, c'est un projet de loi en ce moment ?
- Speaker #0
Ce sont des mesures de l'exécutif qui correspondent aux orientations de la fameuse programmation pluriannuelle de l'énergie, qui était un décret qui est paru en début de cette année 2026. qui fixe les orientations de production d'énergie renouvelable, qui est destinée à donner la tendance du mix énergétique pour les dix prochaines années. Et pour s'aligner, l'exécutif annonce des mesures, des aides, en faveur de l'électrification des usages. Pour les particuliers, donc des pompes à chaleur, remplacer des chaudières, installer des pompes à chaleur. Pour les industriels, jamais le volet économique des professionnels dans la transition énergétique, notamment dans la ruralité, on peut en reparler. Si on ne reconnaît pas pleinement l'apport dans le mix énergétique D'énergie comme le biopropane, qui est un gaz en citerne ou en bouteille, un gaz stocké sur place, porté pour les territoires ruraux, on considère qu'on va faire du 100% électrique partout, pour tout le monde. Et c'est ce que je disais tout à l'heure, les territoires ne se valent pas dans leurs caractéristiques et leurs spécificités. Le tout électrique en ruralité, il est difficile pour plusieurs raisons. Pour les particuliers, il y a le bâti rural, ce sont des maisons anciennes, mal isolées, grandes. Là, on sait que la performance des équipements électriques, il faut de la rénovation et de l'isolation si on veut que ces équipements soient performants, mais il y a aussi un problème fondamental de réseau. On revient à ce qu'on évoquait tout à l'heure, réseau de distribution électrique en ruralité, qui parfois n'est pas en capacité d'accueillir une hausse massive des usages électriques. Et là, on a un vrai problème d'égalité territoriale, d'équité face aux transitions. Il faut qu'on ait des mix énergétiques adaptés à chaque territoire.
- Speaker #1
Alors pour éclaircir un peu ce propos, est-ce que tu peux nous parler du biopropane ? Alors qu'est-ce que c'est ? En quoi ça diffère du biométhane ? Voilà, comment ça fonctionne ?
- Speaker #0
C'est vrai que le biométhane est plus connu que le biopropane. En gros, on a le biométhane, le méthane, c'est le gaz des villes. Alors on l'appelle comme ça, gaz des villes, c'est le gaz qu'on injecte en réseau, c'est du méthane. Ou du biométhane s'il est produit de manière bio avec des intrants bio-irrenouvelables. Le biopropane, c'est la même chose, mais en version gaz liquide. Donc gaz liquide, c'est un gaz qui est liquéfié à température ambiante et qui est stocké de manière liquide en bouteille. ou en citernes, ce qui permet de le transporter, de le stocker sur place, et ce qui ne nécessite pas de réseau. L'infrastructure de distribution des gaz liquides, ce sont des centres un peu partout sur le territoire et du transport jusqu'au client final par camion, ce qui permet d'atteindre en tout point de territoire, que ce soit un gîte de très haute montagne ou un territoire très isolé, on peut délivrer et stocker cette énergie sur place. Donc le biopropane, c'est un coproduit des bioraffineries. Comme le propane fossile était un coproduit des raffineries Merci. avec des hydrocarbures. Le biopropane, ça marche pareil, c'est une tour de distillation. Vous en tirez des biocarburants, des biokérosènes pour l'aérien. Et tout en haut, vous avez ce qu'on appelle des gaz légers, donc le biopropane. avec des intrants bio et renouvelables. Donc c'est aussi un instrument de souveraineté énergétique et industrielle à développer en France et en Europe, puisque ce sont des intrants évidemment bio-renouvelables, ce sont des huiles de cuisson usagées, en moindre mesure l'huile végétale, résidus de l'industrie agroalimentaire, etc.
- Speaker #1
Alors j'ai l'impression qu'il y a un maillage assez complexe, en tout cas il y a beaucoup de facettes, donc il y a la ruralité, il y a la transition énergétique, et puis, donc là tu parlais de... de la fabrique de la loi, là, concrètement, comment est-ce que t'arrives à englober tout ça, à tout centraliser, structurer et amener une proposition claire ?
- Speaker #0
Il y a le dialogue à tous les niveaux, et évidemment il y a un dialogue avec l'administration centrale, avec les parlementaires, avec les ministères, sur l'ensemble de ces sujets. Mais il y a aussi la nécessité pour les acteurs locaux, que ce soit des maires ruraux, au niveau intercommunal, les régions, les départements, en fait, tous les échelons de collectivité et les échelons territoriaux sont... concernés par ces enjeux-là, il faut que ces acteurs-là aient à minima l'information complète sur les enjeux de leur territoire d'un point de vue énergétique. On s'aperçoit que, souvent, les acteurs locaux comprennent nos problèmes, ont envie de s'en saisir, ils ne savent pas forcément par quel bout prendre. L'énergie est quand même un sujet compliqué qui nécessite une planification. Souvent, une planification, ça déborde le temps d'un mandat, donc c'est des choses qu'on prévoit pour le futur. Donc, comment manier la démocratie, s'approprier des enjeux au niveau local, avec cette nécessité de de temps long, c'est tout l'enjeu d'articulation, comment on fait au niveau local. On est vraiment dedans, aujourd'hui, ce qu'on disait tout à l'heure, il faut territorialiser, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les territoires doivent s'emparer des objectifs de transition de leur territoire. Comment ? Tout n'est pas encore figé dans la méthode, en tout cas.
- Speaker #1
Est-ce que quand tu parles au territoire, quelque part tu te retrouves en situation de concurrence avec d'autres énergies, d'autres secteurs qui tentent aussi de discuter avec eux ? comment ça se passe ?
- Speaker #0
Oui bien sûr mais c'est le biais souvent tel qu'on veut le présenter et tel qu'on présente souvent l'univers gazier et j'inclus nos camarades du gaz de réseau, du méthane et du biométhane, c'est à dire que globalement dans le mix énergétique français mix énergétique ça veut dire qu'il y a plusieurs énergies on a un avantage en France qui est l'énergie nucléaire pour l'électrique qui est un avantage fondamental qu'on a relancé ces dernières années parce qu'on a une filière qu'on a mis un petit peu à mal mais on aura toujours besoin de plusieurs énergies, et c'est d'un point de vue de sécurité, du système énergétique et de souveraineté, c'est le bienvenu. En ruralité, ce qu'on s'aperçoit, on a fait un travail avec l'école des mines Paris, qui montre qu'il y a plusieurs mix énergétiques dans les territoires. Il n'y a pas un mix énergétique unique pour la France, c'est-à-dire qu'on ne va pas décarboner de la même manière le Morbihan que la Savoie. Si vous avez un territoire, vous pouvez l'implanter parce que vous avez un territoire venteux, de l'éolien en mer, pourquoi pas. Vous aurez toujours de l'électricité dans le mix énergétique, mais en ruralité, de par ses spécificités. des procédés industriels, des usages, du bâti résidentiel et principalement des réseaux de distribution, il faut inclure des énergies qui sont immédiatement disponibles et qui peuvent décarboner tout de suite, sans investissement lourd et coûteux dans des infrastructures comme le biopropane, effectivement. D'un côté, on aura de l'électricité, on aura toujours de l'apport un peu de bois, il faut construire des mix énergétiques, et ça, les acteurs locaux doivent construire aussi leurs projets énergétiques, je dirais, adaptés à leur territoire.
- Speaker #1
Alors France Gaz Liquide, c'est une filière d'une vingtaine d'entreprises, 12 000 emplois, 11 millions de clients, et tout de même vous êtes un petit face à d'autres énergies, comment on fait pour faire entendre ça ?
- Speaker #0
Alors oui, on est un petit, c'est toute la particularité de cette filière et de cette énergie. Petit parce que dans le mix énergétique français, les gaz liquides représentent environ 2%, donc c'est effectivement mineur dans le mix énergétique français face évidemment aux nucléaires, aux énergies renouvelables, électriques et même aux gaz de réseau. Mais on représente et on a un intérêt, et c'est là tout l'enjeu qui dépasse l'énergie, c'est un enjeu véritablement politique et de cohésion territoriale en France, c'est-à-dire que c'est une énergie qui concerne 11 millions de clients, c'est pas petit, c'est 70% du territoire qui n'a pas de réseau de gaz de ville. La ruralité, c'est la majorité du territoire en France. Et dans la ruralité, vous avez de l'utilisation, de l'usage de gaz liquide. Donc une petite énergie en volume, mais qui concerne une grande partie du territoire. Et c'est là où on sensibilise aussi sur tout l'enjeu de ces clients et de ces territoires-là. Il faut leur offrir les perspectives énergétiques les plus adaptées et les meilleures possibles immédiatement. Sans cela, avec les échéances de transition, les échéances aussi fiscales, on pourrait parler de taxes carbone européennes en 2028, ETS2 qui arrive, c'est de la fiscalité sur l'énergie fossile qui va peser énormément sur les territoires ruraux. Donc il faut leur offrir des solutions immédiatement applicables. Électrifier, encore une fois, là où c'est possible, on dit très bien. parfait, la filière d'ailleurs sait gérer sa décroissance de volume depuis certaines années, mais on ne pourra pas électrifier tout. Et en même temps, c'est-à-dire que là, on voit, l'Aenedis a du mal à suivre le rythme. Il va falloir raccorder tout, tout le monde. Ça va prendre des années.
- Speaker #1
Vous avez un objectif, justement, en termes de temporalité, à X années ?
- Speaker #0
Le biopropane est distribué depuis 2018. Il est disponible immédiatement. Et l'administration, on travaille sur une feuille de route que l'administration connaît de production de volume de biopropane disponible sur le marché français. Donc nous, on est, on dirait, on est prêts. On attend, je dirais, les objectifs validés de cette feuille de route. qu'on puisse donner le signal aussi aux producteurs, aux investisseurs, de manière à délivrer ces volumes, qui serviront, je le dis, aussi à décarboner le secteur aérien. Rappelons-nous ce qu'on a dit, le biopropane est un coproduit des bioraffineries, d'où on tire les carburants d'aviation durable, dont le aérien va être très très très dépendant. Et donc mécaniquement, on aura des volumes de biopropane qui sortiront. Nous, ce qu'on veut, c'est faciliter sa mise en marché pour décarboner la ruralité. Voilà ce qu'on demande.
- Speaker #1
Quand on parle de feuilles de route, on se projette à combien d'années ?
- Speaker #0
C'est une feuille de route qui va jusqu'en... Oui, jusqu'en 2050. Alors là, on est sur des horizons immédiats de 2030-2035. Et puis ensuite, oui, ça continue jusqu'en 2050, de manière à atteindre les objectifs de zéro émission, qui sont les objectifs, encore une fois, peut-être qu'on ne s'en rend plus compte, mais qui sont très, très, très élevés.
- Speaker #1
Est-ce que l'instabilité du Parlement en France, ça vous affecte, ça vous impacte ou pas du tout, parce que vous voyez beaucoup plus loin ?
- Speaker #0
Alors ça impacte tout le monde et nous y compris, personne n'y échappe évidemment. L'énergie est un sujet très sérieux qui dépasse le confort de chauffage. C'est la capacité à produire, c'est la sécurité du pays. Donc là l'énergie on est sur un sujet éminemment important et donc oui oui ça a retardé. La fameuse programmation pluriannuelle de l'énergie a pris deux ans de retard du fait de l'instabilité parlementaire. Par conséquent, la faiblesse aussi de l'exécutif. Mais paradoxalement sur nos sujets, ça a remis en lumière la nécessité, et je crois que beaucoup de secteurs et de responsables d'affaires publiques le vivent aussi, d'aller voir les territoires, les acteurs locaux. Ça a remis en lumière la nécessité qu'il n'y a pas que Paris et les parlementaires et l'exécutif, il y a aussi des collectivités, il y a des élus locaux qui sont nécessaires d'impliquer dans ces sujets.
- Speaker #1
Alors si ça te convient, on va passer à la séquence vrai-faux. Et justement, c'est une super transition parce que la première phrase que je voulais te soumettre, elle est complètement liée à ce que tu viens de dire, donc ça peut te permettre d'ajouter certaines choses si tu le souhaites. Ma première phrase, c'est la transition énergétique française a oublié la ruralité.
- Speaker #0
Oui, alors oui, dans un premier temps, et ça commence à changer. Parce qu'on est dans cette phase, voilà, on a défini des objectifs, d'année en année, la marche s'élève. Et on se rend compte, maintenant qu'on est rentré, encore une fois, dans l'électrification, on avance. Mince, dans la ruralité, ça ne va pas être si simple. Raccorder tout le monde en même temps, ça va coûter extrêmement cher. On ne sait toujours pas bien comment on va pouvoir supporter et qui va payer. Enedis se retrouve face à un vrai problème. C'est-à-dire qu'Enedis va devoir raccorder tout et tout le monde et partout en même temps. Enedis a aussi une viabilité économique à respecter, donc va se diriger en priorité là où c'est rentable. Les zones diffuses où vous avez quelques habitations et où il faut tirer des kilomètres de réseau, installer des postes sources pour trois ou quatre clients, ce n'est pas là où ça va être le plus rentable. Donc là, ça présente des difficultés et là, on commence petit à petit, les professionnels du secteur, les parlementaires et l'administration commencent aussi à se rendre compte justement que la ruralité doit être décarbonée de manière un petit peu différente.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut encore innover dans l'énergie en France ?
- Speaker #0
Oui, évidemment, mais le danger, l'écueil qu'on peut voir, par exemple, sur les bioraffineries, les projets de carburant d'aviation durable, dont on peut faire partie de l'équation, y compris en termes de viabilité économique de ces investissements, que d'autres pays avancent peut-être aussi plus vite que la France. On connaît l'Europe dans son intégralité, mais la France a un vrai problème aujourd'hui au niveau industriel qui est préoccupant. Donc cette situation-là freine l'innovation. Je renvoie aux travaux actuels d'Anaïs Voisgelis, par exemple, qui dit bien que la nécessaire réindustrialisation, elle ne peut pas se faire au prix... Il faut que ce soit compétitif, et il faut garder l'objectif de décarbonation. Résoudre cette équation, elle est compliquée, mais on ne fera pas l'un sans l'autre. Si on ferme toutes les usines, on ne rejettera plus de gaz à effet de serre. Mais c'est pas... Voilà. L'équation difficile à résoudre, c'est réindustrialiser, être compétitif, et avoir ces objectifs de décarbonation. donc oui il y a de la place Beaucoup de gens et de boîtes qui innovent maintenant faire sortir ça en projet industriel, c'est pas simple.
- Speaker #1
Alors j'ai un autre vrai faux à te soumettre, le plaidoyer de terrain pèse autant que le plaidoyer parlementaire.
- Speaker #0
Oui, et l'un ne va pas sans l'autre. Il n'y aurait pas de sens à dialoguer qu'auprès du terrain, mais je crois que ça ne fait pas beaucoup de sens non plus. Pourtant, c'est ce qu'on a fait parfois il y a quelques années. Travailler con national. De travailler con national, oui. Parce qu'il y a sur ces sujets, mais comme dans d'autres, quand même de se confronter au terrain. Et puis, pour prendre un petit peu peut-être de hauteur sur nos sujets, prendre un point de vue de Sirius, c'est peut-être mon trait de journaliste passé qui m'oblige à faire ça. Mais n'oublions pas non plus quand même le problème de démocratie en France. On a un vrai problème de vie démocratique. Il faut trouver... les mécanismes de réappropriation par le local, d'une capacité à transformer l'action publique, que l'action publique puisse transformer le réel. La politique, c'est ça. On peut avoir des idées, etc. Ça, c'est un débat philosophique. La politique, c'est avoir une vision des idées mais se confronter au réel et avoir la capacité à le transformer. Aujourd'hui, il faut accompagner le terrain, il faut que le terrain soit lui-même en capacité de transformer, et c'est comme ça que je pense qu'on raccrochera aussi les citoyens à la vie démocratique.
- Speaker #1
Alors Julien, on arrive bientôt au bout de cet épisode. Est-ce qu'il y a un sujet que tu souhaitais développer que tu n'as pas encore eu le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
On a fait le tour de beaucoup de choses, il y aura peut-être d'autres choses à dire. En tout cas, peut-être pour revenir sur le biopropane, qui n'est effectivement pas le plus connu. C'est une énergie disponible et qui, paradoxalement, est compatible avec les directives européennes. C'est une énergie renouvelable totalement compatible. On n'a pas encore cette reconnaissance complète en France. Pourtant, elle est intégrée... Elle est référencée dans la fameuse base d'empreintes carbone de l'ADEME. Avec France Gaz Liquide, on a refait le bilan carbone de cette énergie, ce qu'on appelle le facteur d'émission. Et on a un facteur d'émission qui est très bon, qui permet de décarboner, de réduire les émissions de quasi 90% par rapport au propane fossile. Donc on a vraiment un outil, une énergie renouvelable dont on aurait tort de se passer, encore une fois, pour la ruralité, les habitants et les industries, les artisans qui vivent. dans ces territoires et qui sont très très nécessaires dans ces territoires.
- Speaker #1
Le message est passé. Est-ce que Julien, pour terminer, ça aurait une recommandation culturelle pour nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #0
Je reviens avec moi ma passion première et ma formation d'historien, puisque je constate, moi je me suis spécialisé dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, j'ai travaillé à l'université, j'ai publié un essai sur les sujets de collaboration. Et je remarque que le sujet, moi qui me passionne depuis toujours, je ne vais pas développer pourquoi, mais je remarque qu'il est vivant dans l'opinion publique. Ça passionne les gens. 80 ans après, ça continue à passionner. Et puis là, on voit qu'il y a plein de films qui sortent sur la collaboration, sur Jean Moulin, sur Vichy. On a un film sur Jean Luchère et Jean Dujardin qui a fait beaucoup de bruit. Mais justement, on remarque que ces films-là traitent le sujet avec effectivement plus de nuances. Et donc, il y a toujours des choses à dire et à apprendre de cette période. Et donc, je recommande de toujours s'y intéresser. Effectivement, on se rend compte qu'il n'y a pas toujours... C'est pas toujours l'idéologie qui commande. Les choses sont toujours plus complexes, en histoire, qu'on veut bien le faire croire, parfois. Donc, intéressez-vous à ces sujets, c'est passionnant.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Julien.
- Speaker #0
Merci, Pierre.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté MECI. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de l'EG Watch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.