- Speaker #0
On pense moins au territoire, à toute cette partie d'affaires publiques auprès des élus locaux notamment, qui est structurante pour un certain nombre d'acteurs. Donc là aussi on a un travail de conviction à entreprendre pour s'assurer que le monde politique conserve un maximum et une PPE ambitieuse pour les énergies renouvelables. La problématique aussi qu'on connaît en agrivoltaïsme, c'est qu'on parle d'une filière très jeune, avec quasiment très très peu de projets construits. Donc très peu de projets qui conduisent de la valeur.
- Speaker #1
Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Paul Gander. Paul a découvert les affaires publiques par ses études, sciences politiques, puis master affaires européennes à Lille et un premier stage en cabinet chez Bluestar Stratégie sur des sujets d'industrie, d'énergie, dont l'hydrogène. Ensuite Paul, tu tombes dans un secteur encore jeune et très terrain, l'agrivoltaïsme au sein de France Agrivoltaïque. Et ton travail, si j'ai bien compris évidemment, c'est que tu alignes des membres qui ont parfois des intérêts très différents avec une ligne de filière très conviction et une partie importante des affaires publiques, là où les projets se font vraiment, dans les territoires. Salut Paul !
- Speaker #0
Salut, comment tu vas ?
- Speaker #1
Ça va très bien et toi ?
- Speaker #0
Merci pour l'invitation et je vais très bien.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, elle était tout à fait exhaustive et tout à fait pertinente. Je dirais que nos membres, au-delà d'avoir des intérêts parfois divergents, ont surtout une même conviction, qui est que l'agrivoltaïsme apporte un service à l'activité agricole. Et dans ce cadre-là, on essaie d'avoir des positions communes, d'avoir des visions communes, et puis d'avoir tous les jours, je dirais, le sens commun pour travailler ensemble.
- Speaker #1
Alors qu'est-ce que l'agrivoltaïsme ? Est-ce que tu peux nous éclairer ?
- Speaker #0
Bien sûr, l'agrivoltaïsme, c'est une filière tout à fait nouvelle, c'est une pratique. On va dire une pratique agricole mêlant l'énergie et l'agriculture. avec une définition dans la loi depuis maintenant 3 ans. L'idée, pour la faire simple, c'est qu'on a une synergie entre des panneaux solaires et une activité agricole en dessous, sur une parcelle agricole. Voilà pour la faire très simple. Et l'agrivoltaïs se définit et se décline sur à peu près toutes les typologies d'agriculture. On peut avoir de l'agrivoltaïs sur élevage, sur viticulture, arboriculture, mais aussi grande culture, donc blé, orge, etc. Donc aujourd'hui, c'est vraiment une filière. encore jeunes, mais qui se développent fortement, notamment en France et en Europe.
- Speaker #1
Alors on va revenir sur ces développements, mais d'abord, on va démarrer par la première partie que j'ai nommée, le déclic, pourquoi l'agrivoltaïsme ? Donc est-ce que tu peux nous expliquer comment t'en es arrivé là, qu'est-ce qui t'a attiré dans ce secteur ?
- Speaker #0
Oui, alors l'agrivoltaïsme, je l'ai trouvé par hasard, tout à fait par hasard, une recherche d'emploi classique en réalité. J'ai postulé, ça s'est très bien passé dans les entretiens, et j'ai été pris. Banco pour moi, donc génial, surtout pour un premier emploi. Par contre, l'agrivoltaïsme en tant que tel, qu'est-ce qui m'a intéressé ? Deux choses, je dirais. D'abord, c'est une filière jeune, vraiment très nouvelle, donc il y a beaucoup, beaucoup de choses à faire. Il y a beaucoup de possibilités, il y a beaucoup de possibilités d'évolution aussi dans le travail, de nos missions, mais aussi de choses très intéressantes à produire, que ce soit auprès des pouvoirs publics, que ce soit auprès de nos membres, etc. Et ensuite, l'agrivoltaïsme en lui-même, il y a vraiment une multiplicité d'enjeux, de complexité, bien sûr, mais d'enjeux autant agricoles que... énergétique, de communication, de conviction aussi, et même d'agronomie, voire de recherche scientifique. On est vraiment sur une filière très intéressante parce que très diverse. Et c'est ce qui m'a plu tout de suite, ce qui m'a intéressé parce qu'il y avait du challenge, quelque part.
- Speaker #1
Quand on s'était parlé avant cet entretien, tu m'avais dit que tu représentais un écosystème. Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Speaker #0
Je dirais écosystème, pourquoi ? Parce que dans nos membres, contrairement à d'autres associations slash syndicats professionnels, On a des typologies très variées de membres. On a des entreprises, des grands groupes. On a aussi des avocats, des banques. Mais on a tout un réseau d'acteurs agricoles, que ce soit des institutions, la FNSEA, la Chambre d'Agriculture France, que ce soit aussi des acteurs agricoles de terrain, par exemple des bureaux d'études, ou des représentants des coopératives. Ainsi, on a vraiment au sein de France Agrivoltaïs l'avantage d'avoir l'ensemble du spectre, l'ensemble de l'écosystème agrivoltaïque, j'ai oublié de le mentionner, mais on a aussi... des représentants du monde de la recherche, par exemple de l'INRAE. Donc on a vraiment toutes les facettes du spectre, tous les acteurs de la filière qui se rencontrent, et ça nous permet, à mon sens, d'avoir l'écosystème dans son entier, et de pouvoir vraiment porter une parole où on a tous les avis, qui parfois sont divergents, parfois concomitants, mais en tout cas tous les avis.
- Speaker #1
Tu me disais que tu avais la sensation de travailler plutôt dans un syndicat qu'une association.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est ça, vous êtes une association ?
- Speaker #0
Alors juridiquement, on est une association sous le régime de la loi 1901, comme à peu près de toute manière toutes les organisations. Mais pourquoi je dirais un syndicat ? Parce que d'abord, il y a cette notion de défense d'une filière industrielle. Industrielle slash d'une filière aussi agricole. Donc il y a cette idée... proche du syndicalisme patronal slash travailleur, où on veut vraiment défendre le biftec à la fin, on veut défendre ce qui nous fait vivre et ce qui fait vivre les entreprises. Et aussi, pourquoi syndicat ? Parce que dans les membres les plus investis, on a cette notion de conviction qui est très forte. Pour le dire très vulgairement, ils y croient. Ils y croient tous dans l'agriculture. Pour eux, c'est vraiment une filière d'avenir. Alors, ce n'est pas l'alpha et l'oméga, on ne va pas révolutionner l'agriculture, ça c'est sûr, ni même sauver de nombreuses crises. qu'elle connaît aujourd'hui en France, mais c'est vraiment une filière avec un potentiel énorme pour l'agriculture en France, et au-delà même, pour notre pays, pour tout un tas de raisons, au niveau énergétique, au niveau économique, production de technologies, etc.
- Speaker #1
Alors tu me disais justement qu'avec tes membres, vous travaillez sur des convergences, sur des synergies, est-ce que tu as des exemples de choses sur lesquelles vous travaillez, ou sur lesquelles vous avez travaillé ?
- Speaker #0
Sur les synergies, alors il y a beaucoup de choses, il y a d'abord ce que dit la loi, avant tout, et l'idée de la loi, c'est de dire un projet agrivoltaïque peut Merci. et doit surtout répondre à un service. Ils en listent quatre, l'amélioration du potentiel agronomique, l'adaptation au changement climatique, le bien-être animal, etc. Donc les projets doivent répondre à l'un de ces items, sans par ailleurs nuire négativement aux autres. Et dans ces notions de synergie, de manière très visuelle, on peut penser au bien-être animal. On a des projets d'élevage, moi j'en connais, des projets de démonstrateurs. où le porteur de projet et l'agriculteur se sont mis d'accord sur un projet agrivoltaïque, pour vraiment bénéficier aux bêtes. Notamment, là on le voit aujourd'hui, c'est un peu canicule, les périodes de forte chaleur, c'est très impactant pour les animaux, que ce soit les bovins comme les ovins. Donc il y a vraiment cette idée de synergie et de service apporté, ça c'est pour l'élevage, c'est assez visuel, c'est assez consensuel à définir, mais on peut avoir pareil pour la culture. Je pense à la viticulture, notamment dans le sud de la France, qui souffre beaucoup des chaleurs, mais qui souffre aussi d'une crise plus profonde. et où l'agrivoltaïsme peut apporter une diversification pour les exploitations. Et après, on a ce qu'on appelle les externalités positives, qui ne sont pas d'ordre réglementaire, mais qu'on peut identifier dans les projets. Je pense notamment à l'amélioration des conditions de travail pour les agriculteurs, qui est quand même un gros volet dans un certain nombre de cas, et qui est une grosse difficulté pour l'attractivité du monde agricole. Et on a des projets de démonstrateurs, où justement, j'avais encore fait une table ronde il y a quelques semaines, où l'agriculteur en maraîchage nous disait Moi, grâce au projet Rivoltaïque, je travaille à l'ombre, et travaillant dans le Vaucluse, je peux vous dire que ça fait du bien de travailler à l'ombre. D'autant plus qu'il nous expliquait aussi une difficulté, c'est que les serres, il faut les repeindre chaque année. Ça, on ne sait pas trop, mais chaque année, les serres sont blanches dans le sud de la France, c'est les peindre pour justement éviter ce trop plein de chaleur sous les serres. Il n'y a plus besoin, donc c'est aussi un gain de temps, un gain de main-d'œuvre, un gain en coût. Et là, on a des externalités positives qu'on arrive à identifier, et il y en a d'autres qu'on identifiera aussi par la suite, ou au contraire, on se dira C'est un peu limité, ça dépend des projets.
- Speaker #1
Alors pour parler de projet justement, j'aimerais rentrer dans le détail d'un dossier de la fabrique de la loi, la PPL partage de la valeur. Est-ce que tu peux nous en parler ? Est-ce que déjà tu peux la présenter ?
- Speaker #0
Oui, alors la PPL sur le partage de la valeur est une PPL qui a été travaillée l'année dernière, qui aujourd'hui n'est plus dans les tuyaux depuis un an en réalité. Quelle était l'idée de cette PPL ? L'idée, c'est que dans la loi, il y a une notion de partage de la valeur, c'est-à-dire que les projets révoltés doivent partager une partie de la valeur produite économique sur le territoire. L'idée de cette PPL à la base, c'était de s'assurer que cette valeur soit produite pour les acteurs du territoire, mais aussi d'apporter des garde-fous, d'apporter des mesures presque coercitives sur le dimensionnement de projet, parce que justement, on a encore de nombreux détracteurs, et une grosse raison de ces détracteurs... Leur principal argument, c'est la taille des projets. Donc dans cette PPL, on avait cinq articles. C'était tout simple, très léger comme PPL pour une fois, avec notamment un article limitant la taille des projets, un article assurant un partage de la valeur à destination du monde à l'école, mais pas que, via un fonds départemental, et puis différents articles, notamment sur un droit de cooptation de la part des communes. Cette PPL partage de la valeur n'était pas du meilleur goût pour la filière, pour le dire gentiment. Pourquoi ? Parce que d'abord, il y a toute une partie du monde agricole qui était opposée à cette PPL, notamment parce que le partage de la valeur allait non pas seulement aux projets agricoles du territoire, mais aussi à des projets environnementaux, biodiversité, etc. Dans un contexte, par ailleurs, de crise agricole très fort l'année dernière, avec de nombreuses manifestations, avec notamment la question du revenu agricole qui portait beaucoup dans ces revendications, ce n'était pas de bonne alloi. Par ailleurs, la notion de taille aussi était très, et de limitation de surface apportait de grandes difficultés pour la filière, d'abord économique. parce que vous avez une certaine rentabilité en tant que porteur de projet, et puis même pour les acteurs agricoles, parce qu'une certaine surface de projet n'apporte pas de véritable service. Il faut quand même une partie de votre exploitation, alors ça dépend de l'activité, ça dépend d'un tas de choses, mais qu'il y ait des panneaux, et pas seulement un ou deux hectares, parce que le service agricole n'est pas forcément palpable. Donc cette PPL est passée en commission des affaires économiques, puis elle n'a pas pu être débattue en séance publique, de l'Assemblée je précise. Nous, on a travaillé avec nos membres, mais aussi d'autres acteurs de la filière qui ne sont pas chez nous, pour porter des amendements visant notamment à supprimer d'abord le droit de préemption des communes, parce que là, c'était un nouveau complet, et revenir sur cette notion de partage de la valeur, non pas pour l'enlever, au contraire, mais pour s'assurer que la gouvernance permette véritablement que cette valeur soit partagée dans le territoire, premièrement, et deuxièmement, auprès des projets agricoles du territoire. Par territoire, on entendait partout. Et puis après, sur la notion de surface, qui, bien sûr, à la base, était prévu de 5 mégas. Donc 5 mégas, grosso modo, pour le faire vite, ça fait à peu près 10 hectares. Dans le nord de la France, c'est très peu. Dans le sud, ça peut être beaucoup. Ça dépend des exploitations du type d'agriculture. Mais on est passé petit à petit dans les débats à 10 mégas. Et on portait, nous, une vision qui était plus proche de celle des chambres d'agriculture France, qui était de 20 mégas, tout en laissant la possibilité au territoire de dire « C'est à nous de voir, c'est nous qui connaissons le terrain. »
- Speaker #1
Du coup, la PPL, elle est abandonnée ou elle est en... Elle est arrêtée ? Où est-ce qu'elle en est ?
- Speaker #0
Alors, elle n'est plus à l'ordre du jour. Je sais que le député qui l'a apporté, Pascal Lecamp, souhaiterait qu'elle revienne sur la table. Je ne suis pas sûr que ça arrive, parce que bien sûr, l'équilibre politique est quand même très compliqué dans notre Assemblée. Et puis, parce que ce n'est pas le texte prioritaire du moment. On a beaucoup d'autres textes qui sont en cours. Donc elle pourrait revenir, peut-être sous une autre forme aussi, par ailleurs. Elle pourrait revenir réécrite ou alors avec de nouveaux amendements. Qui sait ? Mais en tout cas, pour l'instant, il n'y a pas de nouvelles, ni son ni image.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, dans le cadre de cette PPL, comment est-ce que vous avez fait pour faire passer votre message aux parlementaires ?
- Speaker #0
En rencontrant les parlementaires dans un premier temps, notamment Pascal Lecan, qu'on connaît bien par ailleurs, qui nous a associés dans les différentes phases de travail avec les autres parlementaires qui ont porté son texte, à travers des amendements via nos membres, notamment les chambres des cultures France, la FNSEA, et puis aussi à travers l'écriture d'un certain nombre d'éléments d'analyse et d'expertise. Je pense notamment à une note qu'on avait écrite sur le partage de la valeur. qui visait à démystifier cette valeur, parce que la problématique aussi qu'on connaît en agrivoltaïsme, c'est qu'on parle d'une filière très jeune, avec quasiment très très peu de projets construits, donc très peu de projets qui produisent de la valeur, et donc, par incidence, on a un peu tout un arsenal législatif et réglementaire qui se constituait sur une valeur qui n'était pas encore produite. C'est quand même assez cocasse, parce que bon... notamment les porteurs de projet disaient mais attendez on n'a même pas encore fait la phase d'investissement finale et vous nous demandez déjà de payer ou en tout cas dans le futur de payer c'était un peu difficile donc on a fait une note où on explicitait notamment l'économie d'un projet les principales difficultés ou recommandations que nous portions sur le texte et puis les conditions pourquoi par exemple des seuils de surface ou de dimensionnement trop bas pouvaient avoir un effet contre-intuitif alors qu'on pourrait se dire Merci. Une multiplicité de petits projets permettront à un grand nombre d'agriculteurs d'en avoir. En réalité, c'est faux, notamment pour la capacité du réseau de raccordement en France, qui est quand même sous tension, très forte tension. Et une multiplicité de petits projets ne permettent pas, en réalité, à tous les agriculteurs d'y bénéficier, parce que premièrement, cette question de raccordement, deuxièmement, le coût du projet est très élevé, donc vous avez très peu de porteurs de projets qui le font. Les agriculteurs, c'est trop cher pour la plupart. On parle quand même d'un investissement qui est de l'ordre d'entre 800 000. et un million d'euros par hectare par mégawatts c'est quand même significatif et de plus un nombre élevé de petits projets risque un effet de saturation et de concentration au niveau des postes sources donc ils sont un peu les postes d'entrée pour les réseaux de raccordement donc au lieu d'avoir comme ce qui était imaginé des petits projets disséminés partout on pourrait avoir certes des petits projets mais autour d'un seul point et là pour la commune ou l'intercommunalité identifiée ça veut dire beaucoup beaucoup de projets et donc un effet de saturation très forte. Ce qu'on peut avoir avec les éoliennes par ailleurs quand on va dans le nord de la France ou dans d'autres territoires où là, d'un coup, on en voit plein et ça fait quand même beaucoup.
- Speaker #1
Tu emploies beaucoup le mot « nous » pour France Agro-Vitalisme. Alors justement, vous êtes combien ? Comment vous vous structurez ?
- Speaker #0
Alors en membres, on en a une centaine aujourd'hui. On est structuré au sein de trois collèges. Un collège énergie, donc là, on va retrouver très classiquement les entreprises, mais aussi des avocats, des banques. Un collège technologie qui regroupe les producteurs de technologies agrivoltaïques. Je pense par exemple à des producteurs de sondes, d'intelligence artificielle, etc. Et enfin, notre collège agricole, où on a nos représentants du monde agricole, agriculteurs, bureaux d'études, chambres d'agriculture, etc. Ces trois collèges sont représentés de manière équitable et égale au sein du conseil d'administration, donc chacun a cinq sièges, et pareil dans notre bureau, qui là aussi a deux sièges. Donc on a vraiment des instances paritaires, un homme une voix, une femme une voix, et on a l'ensemble de nos représentants qui ont la même disponibilité, la même capacité en tout cas de travailler sur le papier avec nos instances et de participer à la création de nos positions.
- Speaker #1
Du coup, au sein de ton équipe, c'est toi qui te dis, bon bah ok, là, il faut qu'on parle à tel parlementaire et tu déclenches le rendez-vous ? Alors,
- Speaker #0
ça dépend. J'ai la chance de travailler avec les équipes d'affaires publiques aussi de nos membres, souvent. Donc, on se nourrit mutuellement. Par exemple, quand il y a un parlementaire qui a été identifié par un de nos membres dans le cadre d'un rendez-vous qui peut avoir rien à voir avec un texte présupposé ou autre, souvent, on m'en informe, on me dit, tiens, j'ai vu telle personne, ça serait intéressant qu'on aille la voir au nom de France Agrivoltaïsme ou que tu ailles la voir, etc. Et donc là, on peut prendre les rendez-vous. Pareil, souvent, les prises de rendez-vous qui peuvent être un peu massives pour des textes comme ça, on les définit en bureau pour définir notre stratégie. Est-ce qu'on va rencontrer tous les bords politiques ou non ? Quel est le volet ? Quelle est la demande ? Etc. Et là, on le travaille ensemble. Généralement, c'est moi qui envoie les envois, qui répond aux invitations, qui fait tout le travail de préparation. Et puis après, suivant les rendez-vous, soit ce sont nos présidents, soit ce sont des élus du bureau ou du conseil d'administration, avec ou sans moi. ou mon collègue par ailleurs. Donc on essaie vraiment d'avoir une organisation la plus souple possible et la plus réactive, mais tout en étant mobilisé et investi sur tous les sujets. J'ai la chance d'être aussi investi un peu sur tout, ce qui me permet de tout savoir et de tout voir. Ce qui est quand même agréable.
- Speaker #1
Alors on va parler d'une victoire politique, la PPE. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ? En quoi ça consiste ?
- Speaker #0
On a ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui est en fait une planification de la production d'énergie en France. de la production au sens soutenu par des appels d'offres de la creux de l'État. C'est-à-dire que l'État fait, comme souvent, comme on pourrait faire un AMI, un appel à projet, etc., fait des appels d'offres et dit, voilà, j'ai tant de capacités pour cette année en production solaire, éolienne, hydrogène, vous candidatez suivant un cahier des charges défini, et moi, je vous obtiens un prix garanti pendant 20 ans. Donc l'État paye l'électricité pendant 20 ans à un prix fixe garanti. Ce qui est une chose vraiment très intéressante pour des porteurs de projet, parce que vous avez une visibilité pendant 20 ans. Et donc, l'État, pour définir sa feuille de route, fait la PPE tous les 5 ans à peu près. Et là, on était dans une discussion depuis 3 ans. C'est pour ça qu'on était très contents qu'elle sorte, parce que j'ai commencé le boulot, la PPE n'était pas sortie, mais on était déjà en consultation, et elle est sortie il y a seulement 3 mois. Et on travaille donc sur cette PPE depuis un moment, et elle porte des objectifs qui sont, somme toute, plutôt ambitieux. Ils auraient pu l'être plus, mais ils auraient pu aussi être beaucoup moins. Notamment sur le solaire, on parle de 40 gigawatts pour 2030.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça représente ? Ça ne me parle pas comme ça.
- Speaker #0
À représenter, 40 gigawatts, c'est la... En France, à l'heure actuelle, on produit 327 gigawatts, si ma mémoire est bonne. Donc on est quand même sur une consommation, sur une production d'à peu près 10%, donc 10% en plus, sachant que les objectifs... c'est là où cette victoire est en demi-teinte, les objectifs solaires sont déjà en partie réalisés. C'est-à-dire que là, depuis 5 ans, on a une production solaire qui est exponentielle en France. Ce qui est une très bonne chose, par ailleurs, pour nos objectifs climatiques. Mais on a déjà aujourd'hui produit environ 25 à 30 gigawatts de production. Ça dépend parce qu'il y a aussi des conditions de raccordement. Et la marge de manœuvre n'est pas aussi élevée jusqu'à 2030. On aurait pu le souhaiter. Mais ça reste une victoire. Et on continue de travailler, bien sûr, pour que ces objectifs... soit réaugmentée, soit le plus proche de la réalité possible, et notamment avec la clause de revoyure qui arrive l'année prochaine.
- Speaker #1
Alors justement, ça c'est intéressant. Tu m'as dit qu'il y avait un décret avec clause de revoyure. Qu'est-ce que ça veut dire ça dans la fabrique de la loi concrètement ?
- Speaker #0
Alors ça marche par décret. Donc là, l'année prochaine, ce qui avait été proposé pour avoir un accord politique aussi, qui fasse consensus, parce que certains partis politiques étaient très opposés à la PPE et ne souhaitaient pas l'avoir publiée.
- Speaker #1
Pour quelles raisons ?
- Speaker #0
parce que les objectifs étaient soit trop ambitieux sur certaines énergies, notamment tout ce qui est renouvelable et pas assez sur le nucléaire. Grosso modo, parce qu'aussi, il y avait toute la question du fait que la PPE n'a pas été discutée au Parlement. Alors là, c'est un débat de sémantique, un débat d'idées, étant donné que le principe de la PPE avait été voté, mais par contre, les objectifs, eux, sont définis par décret après consultation. Donc c'est pour ça qu'il y a eu cette bataille, mais c'était une bataille subsidiaire. L'année prochaine... en gros on va voir suivant les objectifs d'électrification des usages qui ont été publiés ou en tout cas qui ont été discutés parallèlement si ces objectifs sont plutôt bons et surtout à la hausse parce que la grosse difficulté en fait c'est qu'on souhaite produire plus d'énergie mais la consommation n'augmente pas pour l'instant pas comme espéré, eh bien on va regarder si on garde ces objectifs ou si on les modifie.
- Speaker #1
Donc c'est une période d'essai ?
- Speaker #0
Un peu comme ça, oui. On pourrait dire une petite période d'essai d'un an, ce qui apporte certes de la visibilité, mais d'un certain côté une forme d'incertitude pour la filière et même les porteurs de projets en général. Mais en tout cas, notre objectif c'est que l'année prochaine, on puisse avoir un maximum de projets de gigawatts pour le solaire et notamment pour l'agri-voltage, bien sûr. Parce que ça reste une énergie compétitive. Après, là aussi, ce que je rappelle souvent, c'est que certes, on a une clause d'heure wire pour l'année prochaine, mais étant donné que la PPE est traitée par décret, en tout cas, ses objectifs sont transcrits par décret, elle peut être révisée à tout moment. Là, on l'oublie, mais on pourrait avoir dans 3-4 ans, même en 2029, une consommation qui expose parce que voilà, beaucoup de pompes à chaleur, beaucoup de rénovation, de voitures électriques, tout ce qu'on veut. Et donc, on serait obligé de réaugmenter les objectifs PPE. Ce n'est pas un problème. C'est faisable. C'est plus que là, c'est... officiellement affiché, qui aura une clause de revoyure l'année prochaine. Donc, niveau d'incertitude est plus élevé.
- Speaker #1
Donc, si je comprends bien, la PPE, c'est un peu les grandes lignes, et on verra en fonction de ce qui se passe sur le terrain. Est-ce que ça pourrait aussi être... S'il y a un changement de gouvernement, est-ce que ça pourrait rebattre l'écart ?
- Speaker #0
Bien sûr. On se doute bien que l'échéance d'un an n'est pas prise au hasard. On se doute bien que la campagne présidentielle est en jeu, et en effet, de la même manière qu'on pourrait avoir une modification dans quelques années de la PPE, parce que les objectifs sont déjà atteints ou non, pour tout un tas de raisons. Un changement de gouvernement avec une nouvelle ligne politique peut rebattre les cartes, avec plus d'énergie renouvelable ou moins, tout dépend du gouvernement en place, ça je ne pourrais pas dire, mais en tout cas c'est tout à fait possible. Donc là aussi on a un travail de conviction à entreprendre, pour s'assurer que le monde politique conserve un maximum et une PPE ambitieuse pour les énergies renouvelables, avec des conditions qui peuvent un peu évoluer, des charges qui peuvent évoluer, si justement le coût pour les finances publiques est trop élevé, mais en tout cas des omis ambitions fortes. Parce qu'aujourd'hui, notre objectif de transition énergétique est quand même très fort, très dur à tenir aussi, parce que c'est quand même un changement de braquet immense, et puis on le voit tous les jours, les conditions climatiques ne s'améliorent malheureusement pas, donc il faut agir très vite.
- Speaker #1
Alors tu m'avais partagé aussi qu'il y a quelque chose qui est très important pour vous, c'est les territoires, la régionalisation. Est-ce que tu peux développer ce sujet-là ? Comment est-ce que vous vous empariez de ce sujet ? Avec qui vous discutez ?
- Speaker #0
Bien sûr, alors... Aussi pourquoi je voulais qu'on en parle un petit peu, parce que souvent en affaires publiques on a tendance à penser national, on pense parlement, on pense sénat etc. Et c'est vrai qu'il y a tout un pan des affaires publiques qui se fait au local. C'est tout aussi intéressant par ailleurs, et où France Agrivoltaïsme a voulu développer la régionalisation que je pilote, parce que c'est dans les territoires que sont les projets, c'est pas à Paris. Là pour le coup on est vraiment sur une filière, on parle de zone rurale, on parle de zone avec des villages où il y a très peu d'habitants etc. Donc c'est là-bas que ça se fait. Pour nous, l'objectif, c'est à travers cette régionalisation, d'abord de porter les messages, de porter notre vision aux acteurs du territoire, de pouvoir aussi être un relais entre le territoire et le national.
- Speaker #1
Là, c'est à qui que vous parlez ?
- Speaker #0
À peu près tous les acteurs locaux. On a par exemple les préfectures, on a les services déconcentrés de l'État, je pense au DDT, mais aussi au DREAL.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux m'expliquer les acteurs ?
- Speaker #0
Bien sûr. En fait, ce sont les services instructeurs. La DDT, c'est la Direction Départementale Territoriale, un des services de la préfecture qui est en charge de l'instruction des projets. et l'ADREAL c'est la direction régionale de l'environnement de l'aménagement et de j'ai oublié le L mais en gros c'est tous ceux qui travaillent sur les questions de biodiversité d'eau, de sol mais aussi d'environnement de manière plus large donc ce sont des interlocuteurs importants parce qu'ils vont mettre un avis lors de la constitution du permis de construire et ils vont être aux premières loges des problématiques locales que ce soit des problématiques environnementales d'aménagement du territoire etc mais on rencontre aussi les chambres d'agriculture locale on rencontre aussi les associations de maires ruraux Merci. Les maires sont aussi en première ligne, mais ça peut être des parcs nationaux, ça peut être des associations environnementales aussi, etc. Donc on n'est pas du tout fermé et on essaie de travailler un maximum avec eux. De manière très transparente, on rencontre par exemple à peu près toutes les semaines, toutes les deux semaines, un ou deux acteurs locaux, pour essayer d'avoir des problématiques qui peuvent être très techniques, par exemple sur les risques incendies. On doit avoir dans certains territoires un espacement entre les massifs forestiers. et les projets, mais cet espacement induit une perte d'espace agricole pour l'agriculteur, perte de rendement, etc.
- Speaker #1
Quel est l'objectif pour vous, dans le sens où est-ce que vous vous dites, ok, si on a les acteurs locaux avec nous, ça va faciliter la création de la norme nationale ou est-ce que c'est complètement autre chose ?
- Speaker #0
Non, c'est pas pour faciliter la création de la norme nationale, ça pourrait l'être si elle était de nouveau réouverte, et on pourrait par exemple avoir, dire, l'association des maires ruraux de France nous soutient dans notre démarche, etc. Mais ce n'est pas dans cet objectif-là, c'est vraiment de permettre au projet de se développer le mieux possible dans les territoires. Mais aussi de remonter les problématiques du terrain, parce qu'on oublie, on a des problématiques sur le terrain qui peuvent être techniques, qui peuvent être paysagères, tout ce qu'on veut. Et souvent, si on reste qu'à Paris, on ne les voit pas. C'est la même chose pour nos membres qui ont des agences locales, etc. Donc nous, ça nous permet de travailler ces problématiques et d'apporter des réponses à nos membres et à la filière, sous la forme d'expertise, sous la forme de réponses juridiques parfois, etc. Donc c'est plutôt la création de connaissances, la création d'un maillage territorial et le développement d'une filière la plus vertueuse possible, ce n'est pas le meilleur terme, mais en tout cas la plus vertueuse possible pour les territoires.
- Speaker #1
Alors Paul, on va passer à la séquence vrai-faux, si ça te convient.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Alors je vais t'énoncer quelques phrases, et tu dois répondre par vrai ou faux, et tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase, réduire la taille des projets, c'est forcément plus acceptable localement.
- Speaker #0
C'est à la fois un vrai et un faux. C'est vrai parce que dans l'absolu, un projet de plus petite surface permet une appropriation locale plus aisée, l'intégration paysagère est plus facile. Mais comme j'ai pu le citer, c'est aussi un faux, parce que si vous avez beaucoup de projets sur une même commune, même des petits, Au bout d'un moment, la population n'en veut plus. Il y a un seuil de saturation qu'on peut identifier, on peut imaginer à 2-3 projets par commune, parfois moins, parfois plus. Mais en tout cas, c'est à nuancer.
- Speaker #1
La deuxième phrase, dans les énergies renouvelables, la bataille des décrets et des appels d'offres est souvent plus décisive que le vote d'une loi.
- Speaker #0
C'est assez vrai, d'autant plus que là, le cadre réglementaire et législatif est à peu près posé. On aura quelques évolutions, mais pour l'instant, il est posé. Et les vrais débats se tournent autour des appels d'offres et des décrets, qui sont... structurant pour nos membres parce qu'il y a aussi tout l'aspect enjeu économique qui est très fort. Et en fait, un appel d'offres mal calibré ou un décret qui pose des conditions susmentatoires ou trop contraignantes peuvent ruiner des projets économiquement parlant. Donc c'est vraiment très très important.
- Speaker #1
Et enfin la dernière phrase, les affaires publiques territoriales sont sous-estimées par rapport au Parlement à Paris.
- Speaker #0
Je dirais vrai, mais plutôt dans la dimension scolaire et peut-être apprentissage des affaires publiques. C'est-à-dire quand on fait des affaires publiques généralement... Je n'ai pas fait toutes les licences, master d'affaires publiques, etc. Il y en a aussi pour les territoriales. Mais dans la plupart du temps, on pense aux affaires publiques nationales. On va avoir des cours sur les affaires publiques nationales. Qu'est-ce que fait le Parlement ? Qu'est-ce que font les ministres, etc. Européens aussi. Et on pense moins au local, on pense moins au territoire, on pense moins à toute cette partie d'affaires publiques auprès des élus locaux, notamment des élus régionaux, des élus départementaux parfois aussi, qui est structurante pour un certain nombre d'acteurs.
- Speaker #1
Alors justement, pour faire le pont avec les études et les étudiants, est-ce que tu aurais un conseil à donner à quelqu'un qui se lance dans les affaires publiques ou au pôle de quelques années ?
- Speaker #0
Je dirais foncer déjà pour les affaires publiques. C'est quand même vachement sympa. C'est déjà très intéressant, on apprend plein de choses. Et après, le conseil que je donnerais, mais qui est un peu bateau aussi, c'est de rester assez flexible au sens de pouvoir switcher facilement. entre différentes affaires publiques et différentes industries, différentes filières, etc. De rester curieux en fait sur ce qui se passe. Parce qu'on peut travailler en cabinet avec plusieurs clients, et là on va avoir un client en santé, un client dans l'industrie lourde, etc. Mais on peut aussi être dans des syndicats professionnels, des associations professionnelles, où on est très focus sur un sujet, monosujet presque. Et il faut une certaine curiosité aussi à chaque fois dans le métier, pour trouver les bonnes thématiques, pour trouver les enjeux, que ce soit nos clients, mais aussi nos membres ou nos patrons, de trouver un peu cette vision singulière qui permette de développer notre activité. Donc la curiosité est un facteur essentiel.
- Speaker #1
Merci Paul, on arrive au bout de cet épisode, est-ce qu'il y a un sujet que tu voulais développer que tu n'as pas encore eu le temps d'exprimer ?
- Speaker #0
Je dirais qu'on a fait à peu près le tour, je n'ai pas en tête d'autres sujets, peut-être après ma fibre européenne qui ressort, parce que j'ai fait quand même un master d'affaires publiques européennes, je dirais là aussi c'est une échelle qu'on pense moins mais où il se passe beaucoup de choses. au niveau européen, que ce soit à Bruxelles ou à Strasbourg. Et pour des représentants en affaires publiques, c'est aussi extrêmement stimulant, parce qu'il se passe vraiment beaucoup de choses. C'est souvent assez complexe, à l'échelle européenne, assez long aussi, mais on peut avoir des secteurs d'activité très variés, allant du vin notamment, parce qu'on reste français quand même. La défense des intérêts viticoles au Parlement européen est très forte, mais aussi des intérêts industriels, des intérêts pharmaceutiques, il y a des tas de choses. Et je dirais, au niveau européen, il se passe des choses vraiment passionnantes à faire. Il y a à voir.
- Speaker #1
Est-ce que pour conclure, tu pourrais nous transmettre une recommandation culturelle ? Un livre, une série, une expo ?
- Speaker #0
Je dirais Goliath, ou la série parlementaire. Le film Goliath est quand même pas mal, pour le coup. On s'y retrouve en plus pas forcément dans la manière de travailler, enfin, oui et non, mais pas forcément dans le message final, ou en tout cas le lobbyiste un peu méchant, mais plutôt dans le conditionnement, la manière dont on travaille, dont on réfléchit en termes de crise, mais pas que. Et puis après, la série parlementaire, c'est quand même très bien.
- Speaker #1
ça c'est au niveau culturel si on reste visuel et digital parce que bon on est en 2026 voilà après on livre tu me prends le coup merci beaucoup Paul merci à toi merci d'avoir écouté Emissi je m'appelle Pierre je suis le co-fondateur de l'Egywatch la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire