- Speaker #0
à peu près un Français sur deux est adhérent ou concerné par des associations. Il est toujours anormal que ce sujet soit si peu traité. Les analyses des services de Matignon avaient démontré, en croisant les cartes de la mobilisation des Gilets jaunes, qu'en France, là où il y avait de la densité associative, il y avait moins de mobilisation, puisque les fractures étaient moindres, et les sentiments d'isolement social étaient moindres.
- Speaker #1
qui sont ceux qui font la loi. Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légimatch,
- Speaker #0
et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Philippe Jachan, ancien président du Mouvement associatif et de coordination sud, membre du CESE. Philippe Jachan a consacré sa carrière à défendre la société civile et la solidarité internationale. Aujourd'hui directeur de la stratégie, de la prospective et des relations institutionnelles à l'Agence française de développement, AFD. Il incarne ce fil rouge, celui d'un engagement constant au service de l'intérêt général du local à l'international. Bonjour Philippe.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose à cette courte description ?
- Speaker #0
Non, elle est très bien.
- Speaker #1
Tu as dirigé des ONG, tu as présidé des organisations représentatives et maintenant tu as intégré une grande institution publique. Quel est le fil rouge de ton parcours ?
- Speaker #0
Le fil rouge peut-être pourrait se résumer autour de l'intérêt général. l'envie de m'appliquer dans ce qui pourrait être d'intérêt général, je dirais ça comme ça. Donc l'action publique en fait, qu'elle ait été, parce que ça a été l'essentiel de mon engagement du côté non gouvernemental, associatif ou privé, non lucratif ou d'intérêt général, c'est le monde associatif notamment, ou aujourd'hui du côté d'une institution publique. Donc je dirais ça, et puis peut-être encore plus si je regarde plus finement les fonctions que j'ai pu occuper dans les différentes institutions, y compris Quand j'ai siégé au CESE, c'est peut-être quelque chose qui me motive beaucoup, en tout cas que j'aime bien investir, c'est faire lien.
- Speaker #1
Qu'est-ce que c'est faire lien ?
- Speaker #0
C'est peut-être le souci de rassembler, d'essayer de créer des synergies, de rassembler des pièces qui pourraient être éparses sinon, qui pourraient partir dans des sens divergents, si je schématise. Donc c'est évidemment créer des synergies entre les hommes et les femmes, entre les organisations, entre les institutions. Donc en fait créer des espaces de convergence ou de consensus peut-être. qui permettent de bâtir de l'intérêt collectif.
- Speaker #1
Ça, concrètement, à l'AFD, comment ça se matérialise ?
- Speaker #0
À l'AFD, il se fait que je suis à la direction de la stratégie. Donc, si je prends ne serait-ce que cette fonction-là, elle a une fonction au service de la cohérence de l'action et donc au service d'une lisibilité et donc d'une convergence. L'action au sein d'une institution qui est vaste et qui répond à des mandats complexes dans un monde extrêmement complexe. Voilà, et donc après, plus concrètement, c'est... service à la capacité à produire de la stratégie, donc nourrir aussi la capacité de l'institution à se donner un peu d'horizon et de cap. Et puis c'est une institution publique, elle sert politique publique et la politique de coopération et développement, qui est une politique d'investissement solidaire, à caractère solidaire et durable, donc qui sert aussi les biens communs d'une certaine manière. Voilà, donc on retrouve là aussi, peut-être à l'échelle internationale, Le sens de faire commun, peut-être, ou de dépasser les différences, de dépasser les fractures, ou de réparer quand il y a des fractures. En tout cas, c'est comme ça que j'explique aussi peut-être la cohérence au moment de l'engagement. C'est ce qui me motive.
- Speaker #1
Donc là, ça fait cinq ans que tu es à l'AFD, c'est ça, environ ?
- Speaker #0
Depuis janvier 2021,
- Speaker #1
oui. Ok. Et du coup, qu'est-ce qui t'a le plus marqué, justement, quand tu es passé du monde associatif à l'AFD ? Est-ce que tu as pris acte d'une grosse différence ou non ?
- Speaker #0
Alors évidemment, il y a une continuité de... sujet, une continuité sur le métier, puisque j'ai agi notamment quand j'étais en ONG et comme président de Coordination Sud, depuis plus de 20 ans, je travaille le sujet du développement de la solidarité internationale, le rapport que j'ai rendu au CESE porte dessus, donc de ce point de vue-là, c'est une continuité. J'ai été membre du conseil d'administration de l'AFD aussi pendant 5 ans, avant de rejoindre l'AFD au poste actuel, donc c'était pour moi une continuité assez naturelle, sujet sur le métier, sur l'objet, l'objet social de l'institution. En revanche, évidemment, je pense d'abord du privé au public, d'une certaine manière. L'action associative, elle relève de l'engagement citoyen et ce sont des structures de droit privé. Et donc, il y a évidemment une autre posture, surtout quand on a été, comme moi, à des mandats représentatifs publics. Donc ça, il faut l'intégrer. Et puis, peut-être sur l'action elle-même, pour schématiser dans le monde associatif du côté des ONG. Il y a la force, c'est la capacité d'initiative, c'est la proximité très forte. fine avec le terrain, avec l'activité, au plus proche du terrain, et c'est la capacité de souplesse, de flexibilité. La conviction est encore plus forte aujourd'hui sur le fait que c'est dans l'action associative que s'expérimentent ceux qui font naître des innovations et qui nourrissent les politiques publiques plus tard. Donc c'est là, ce sont des petits laboratoires. Bon, ça évidemment quand on passe du côté d'une institution plus importante, il y a plus de pesanteur, ça va de soi, il y a... La flexibilité est moindre, même si l'AFD est une institution qui cherche et qui a sa part de flexibilité aussi par rapport à d'autres institutions, mais ce n'est évidemment pas le même niveau. En revanche, quand on est du côté de l'AFD, on est sur des masses plus importantes. On a une sphère d'impact plus importante qu'on n'a pas. Et c'est une des frustrations, évidemment, quand on est du côté associatif, c'est qu'évidemment, les leviers sont moindres. Voilà, c'est l'association des deux qui est la clé, je crois.
- Speaker #1
Pour rebondir sur ce que tu as dit sur l'impact, on va passer à une section que j'ai nommée l'AFD et la fabrique de la politique de développement. Ma question c'est comment se structure aujourd'hui la relation entre l'AFD et le Parlement ? Est-ce que toi tu as des liens très directs avec des parlementaires ? Comment se déroule ce dialogue ?
- Speaker #0
Le Parlement joue un rôle central dans l'action du groupe AFD puisque d'abord le Parlement... par la loi développement.
- Speaker #1
C'est lui qui définit votre budget ?
- Speaker #0
La deuxième loi. Alors, c'est lui qui vote les budgets, qui définit la part du projet de loi de finances qui relève du développement. Et donc, ensuite, c'est l'État qui confie à l'AFD la part de l'effort budgétaire français pour le développement. Donc, évidemment, le Parlement est central. Le Parlement contrôle aussi l'action de l'AFD, comme il contrôle l'action de l'ensemble des établissements publics. Vous devez rendre des rapports ? On rend des rapports, on présente au Parlement nos résultats annuels. Nous avons régulièrement des auditions. Il y a eu, je crois, plus de 60. Et donc, de notre directeur général, principalement, mais d'autres directeurs peuvent être appelés à être auditionnés. Nous avons aussi les parlementaires à notre conseil d'administration. Donc, les 12 parlementaires sont investis dans la gouvernance de l'AFD. Donc, si vous voulez, le Parlement fixe par la loi. L'orientation de la politique de développement, il a sa place et son rôle dans la définition des moyens de cette politique. Et il est aussi consulté sur notre contrat d'objectifs et de moyens avec l'État. Donc il donne son avis sur nos objectifs et nos moyens. Et puis, comme je le disais, nous sommes aussi en redevabilité régulière, soit via des auditions, soit au travers des transmissions de nos résultats. On a aussi un exercice annuel qui est celui de la réponse aux questions parlementaires qui nous sont posées. nombre. Donc via l'État, on répond annuellement à une cinquantaine de questions parlementaires qui sont transmises à l'AFD.
- Speaker #1
Ça c'est ton rôle ou c'est d'autres éventes ?
- Speaker #0
Mon rôle notamment est de coordonner la réponse aux questions parlementaires. Mon rôle au sein de notre direction, c'est de produire les rapports d'activité annuel et les rapports stratégiques et le bilan de notre contrat de justice et de moyens. Donc ça c'est nous, on est à la redevabilité stratégique et institutionnelle, mais nous avons une entité au sein de... l'AFD qui est en charge de la gestion de la relation au Parlement plus directement et qui est logée au niveau de la direction générale.
- Speaker #1
Super clair. Au-delà de ça, j'ai remarqué que vous participez directement à la fabrique de la loi. Il y a une loi le 4 août 2021 sur la politique de développement. Est-ce que tu peux en parler et qu'est-ce que ça a changé ?
- Speaker #0
Il faut noter, c'est bien de le rappeler, dans cette période, ça a été la seule loi de la législature précédente qui a été votée à l'unanimité. du Parlement. Donc elle a fait l'objet d'un consensus de l'ensemble des forces politiques, ce qui était une marque aussi d'engagement qui était à l'époque assez à l'unisson de globalement les sondages qu'on fait auprès des Français. Des notes démontrent, c'est-à-dire que la politique de développement et la solidarité internationale est encore soutenue, elle est comprise comme étant un élément essentiel de la politique étrangère de la France en fait et de la stabilité mondiale. peut-être y revenir. En tout cas, sur la loi, elle a été un moment de consensus national extrêmement fort.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'elle portait, cette loi ?
- Speaker #0
Alors, elle a fixé, je dirais, les objectifs qui sont encore ceux de la France aujourd'hui, c'est-à-dire d'une politique de développement qui a un double agenda d'une certaine manière. Pour nous, c'est une orientation très importante, évidemment, pour ensuite l'élaboration de nos stratégies et d'éclataison de nos activités. C'est un agenda à la fois de lutte contre la pauvreté et les inégalités, et un agenda Oui. protection des biens publics mondiaux. Donc la loi rappelle ceci, elle fixe un certain nombre de priorités autour de ce double mandat. Et puis pour l'AFD, elle a aussi consacré... Je crois que c'est la première fois, notre mandat géographique, c'est-à-dire elle précise bien que l'AFD a trois mandats géographiques. Un mandat sur les pays les plus pauvres ou les pays les moins avancés. Un mandat pour les pays à revenu intermédiaire, donc qui est différencié. Donc ça c'est quelque chose que nous travaillons ensuite dans notre plan stratégique. On ne fait pas la même chose dans les pays les moins avancés, dans les pays à revenu intermédiaire ou à l'âge émergent. Je pense que c'est en lien avec l'objectif de lutte contre la pauvreté et les inégalités d'une part, et de protection de l'autre part. Et puis un mandat outre-mer. Le groupe AFD était actif aussi dans les outre-mer français depuis son origine. Donc là aussi c'est confirmé dans la loi. Il y a un certain nombre d'autres éléments aussi qu'évidemment la loi a fixés, mais c'était une loi de programmation aussi, donc elle a été utile. C'est la première fois dans l'histoire de la République, de la Ve République, qu'on avait une loi de... de programmation pour le développement. En général, on a des lois de programmation militaire ou sur d'autres sujets, sur le développement, c'est la première fois. Et je pense que c'est important parce que, d'abord, ça permet au Parlement de donner le cap, c'est essentiel pour nous. Et puis ça donne de la prévisibilité. Dans ces temps, ce n'est pas inutile.
- Speaker #1
Est-ce que, justement, dans ces temps, est-ce qu'en l'état, avec les contraintes budgétaires actuelles, est-ce que tu penses que cette loi... serait passée si elle devait à nouveau voter ?
- Speaker #0
C'est une bonne question, je ne saurais dire. Elle aurait été peut-être plus débattue. Je ne sais pas si elle le ferait, elle aurait fait l'objet du même consensus. En tout cas, dans la période, nous, nous pensons qu'il y a besoin de débats publics et de débats parlementaires sur cette politique parce que cette politique est en train d'être... fait l'objet d'une révision à l'échelle mondiale et au sein de tous les pays historiques de l'aide au développement, je dirais. Elle aurait peut-être fait l'objet... de débats et de discussions peut-être différents, sur le fond, mais je crois que ce qu'elle avait donné comme cap, et notamment autour du double mandat que j'ai évoqué, reste totalement valable aujourd'hui, puisqu'on est toujours face à ce double enjeu de réduction des inégalités et des fractures, et de solidarité vis-à-vis des pays les moins avancés qui décrochent, et des zones de vulnérabilité qui s'étendent, et d'un autre côté, de vrai pour les biens publics mondiaux, donc l'enjeu de lier... Le climat au social, d'une certaine manière, qui est un enjeu qui est toujours... Et avec le risque même que parfois ces deux objectifs se confrontent. Voilà. Nous, on a besoin de nouveau de retrouver du consensus national sur ce sujet. Donc, à moyen terme, ça ne sera pas inutile. On aura besoin peut-être que le Parlement revienne et réactualise, en fait, peut-être par la loi, les objectifs de cette politique.
- Speaker #1
Génial. Et du coup, si tu le veux bien, on va passer à une séquence que j'ai nommée « L'ESS et la puissance invisible des associations » . Tu parles souvent de puissance invisible de la vie associative. Est-ce que tu peux développer ce sujet ?
- Speaker #0
Oui, je peux essayer. S'il faut le résumer, c'est peut-être en quelques chiffres. D'abord, c'est qu'on estime aujourd'hui, les études régulières qui sont faites sur le sujet, qu'il y a à peu près un Français sur deux est adhérent. concernés par les associations. Il y a, on compte, autour de 20 millions de bénévoles en France. 20 à 22 millions selon les estimations, alors avec des niveaux d'engagement différents. Mais c'est massif. C'est 4% du PIB. Alors c'était, moi quand j'étais encore président du mouvement associatif, je crois que c'est un peu fléchi, mais on est autour de 1,8 million d'emplois. Et si on regarde autour de nous, en fait, dans toutes les communes de France, dans tous les territoires, Il y a des associations, et les associations sont des actrices du quotidien, de la vie publique, en fait. Les clubs sportifs, les théâtres associatifs, les clubs de loisirs, etc. Donc tous les Français, en fait, tous les citoyens sont régulièrement au contact de la vie associative. Et pourtant, cette réalité-là, si vous comptez le nombre de débats publics sur la vie associative, sur la politique de soutien à la vie associative, qu'il soit à la hauteur de ce que représente le mouvement associatif dans le pays et son poids, en fait, réel, Vous avez la réponse. C'est-à-dire que, alors moi, quand j'ai été présent au pouvoir associatif, ça a été ma molette motive principale, c'est-à-dire de considérer que, par rapport à d'autres acteurs organisés de la vie sociale et économique dans le pays, le poids effectif de la vie associative est ce qu'elle apporte, en fait. à la société en cohésion sociale et territoriale, en espace d'engagement citoyen, en activité économique et donc d'emploi. Il est toujours anormal, par rapport à cette réalité-là, que ce sujet soit si peu traité dans les deux pays, ou au moment, par exemple, des grandes échéances. C'est une sorte d'invisibilité. Les associations sont partout et nulle part en même temps.
- Speaker #1
Dans la formule puissance invisible ? Ils sont plus invisibles que puissants actuellement. Comment ça se fait ? Est-ce que c'est parce que...
- Speaker #0
Il faut nuancer quand même. Il y a de la visibilité ici ou là, et puis il y a des éléments de puissance, mais oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'ils pourraient mieux s'organiser, se structurer pour peser dans le débat public ? Est-ce que tu as des éléments de réponse ou des idées ?
- Speaker #0
Je pense qu'ils le font. J'ai pris un peu mes distances par rapport à mes anciennes fonctions, mais il y a eu récemment une manifestation publique qui a été organisée à l'initiative de Mou. Le mouvement associatif, à la fois à Paris et dans les territoires, qui a bien fonctionné, je pense que c'était important parce qu'il faut donner visibilité à ce sujet, il faut l'incarner. Donc moi, ce que j'ai fait, en tout cas sous ma présidence et le mandat du mouvement associatif, c'est de favoriser d'abord le mouvement lui-même. Le mouvement associatif comme organisation représentative de la vie associative, que j'ai le grand plaisir de présider, représente à peu près 700 000 associations en France. elle les représente au travers de grandes coordinations et fédérations associatives nationales et régionales. Mais un des éléments de faiblesse structurelle, c'est que les 700 000 qui sont représentés ne sont pas forcément conscientes de cette représentation. Et donc, par les effets de verticalité, des logiques de représentation, par fédération, etc. Ça, c'est un élément très structurel, sur lequel on a beaucoup travaillé pour horizontaliser un peu le système, faire en sorte que les associations de... base, je dirais, puisse avoir accès, puisse adhérer, puisse faire partie du mouvement. Parce que quand on veut créer un mouvement, il faut que les adhérents et les adhérents de base s'en sentent partie prenante, et pas uniquement représentés. Voilà, donc ça c'est un élément, un levier sur lequel on a travaillé, sorte à ce que quand il y a des informations qui sont transmises, ou quand le mouvement prend des positions, ce soit audible, et que les associations partout dans le territoire se sentent représentées par ce mouvement-là. Le deuxième levier, c'est évidemment le soutien aux têtes de réseau. Et ça, c'est un sujet qu'on a eues avec l'État. C'est dans les propositions qu'on avait faites, dans le rapport qu'on avait rendu au Premier ministre en 2018.
- Speaker #1
Oui, j'ai noté, rapport Édouard Philippe.
- Speaker #0
Oui, on avait proposé quatre grands axes, je pense qu'ils sont toujours valables, de soutien à la vie associative. Et pour moi, trois très prioritaires. Le premier concerne justement l'appui à la structuration. C'est-à-dire que, par exemple, la vie syndicale en France, les partis politiques sont soutenus par l'État. les finances publiques, pour leur caractère représentatif. Et parce qu'ils sont acteurs du dialogue social, et qu'on a besoin de structures représentatives. Je considère que c'est la même chose, ça doit être la même chose pour les associations et pour les représentations associatives, qui ont des parts, qui ont des soutiens en subventions extrêmement faibles, et qui continuent de baisser. Donc il est très difficile de financer la structuration de la vie associative, les têtes de réseau, les fédérations. Il y a peu de financeurs privés qui le font, et puis ça fait partie de la responsabilité publique. que de le faire parce que ce sont des structures qui représentent, qui ont une fonction représentative et de dialogue. Elles le font régulièrement avec tous les ministères. Chaque tête de réseau, chaque fédération discute avec les ministères, soit les politiques publiques, dans lesquelles les associations ont des délégations de services publics parfois et donc servent l'intérêt général. Les ministères ont besoin de structures en face d'elles qui soient en capacité de faire ce travail. Évidemment, si elles reçoivent très peu de moyens, elles vont avoir peu de moyens à la fois pour mobiliser et... leurs adhérents, et pour être des contreparties de dialogue haut niveau. Donc on a un sujet là, le premier sujet c'est qu'il faut appuyer la structuration. Et l'État, c'était ce qu'on avait porté à l'époque, a une responsabilité de ce point de vue-là pour le faire, parce que c'est d'intérêt général. Le deuxième axe qu'on avait proposé, c'est une grande politique d'accompagnement et de formation des dirigeants associatifs, notamment des élus dans les associations, qui sont souvent des bénévoles, qui prennent sur leur temps, qui prennent du risque, Quand on est président d'une association, on a aussi des responsabilités juridiques qui l'accompagnent. Donc la France dispose de formations et d'accompagnements, mais qui sont très faibles, très faiblement dotés. Voilà, donc si on veut avoir une vie associative à bon niveau, bien gérée, bien gouvernée, il faut investir dans l'accompagnement, le renforcement, la formation, surtout dans un monde où la complexité du cadre d'action de la vie associative s'accroît en permanence. Et le troisième axe, c'est le développement de la vie associative par le bas. C'est-à-dire, si on considère que la vie associative est d'intérêt, général, et que pour plus de cohésion dans le pays, pour donner plus d'espaces d'investissement, d'engagement citoyen, on sait que les citoyens qui s'engagent dans la vie associative font aussi un parcours citoyen qui construit la capacité de dialogue, la capacité d'interaction, ça réduit les tensions dans les territoires, c'est des espaces de débat, de délibération, on en a besoin je crois aujourd'hui quand tout devient de plus en plus tendu. Donc cette fonction-là, elle est en plus des autres fonctions, de services, de loisirs, comme je disais, de services d'intérêt général. Si elle est considérée comme stratégique, il faut investir. Donc là aussi, il y a un fonds de développement de la vie associative qui est très peu doté, parce que les moyens publics sont fléchés très vite dans les ministères pour des services sociaux. que ce soit dans le champ de la culture, dans le champ du social, dans le champ du sport, etc. Mais ce qui est transversal à la vie associative, c'est-à-dire le renforcement de la vie associative en tant que telle, fait l'objet de très peu d'investissements, de très peu de moyens publics. On l'avait proposé à l'époque, il y a un investissement public fort et qui soit peut-être complété par la mobilisation de philanthropes, d'acteurs privés, de fondations qui accompagnent aussi la vie associative pour investir dans le développement de la vie associative et notamment dans les territoires et réduire les fractures. Ce sujet-là, il a été d'ailleurs... avec la crise des Gilets jaunes qui est arrivée après. Les analyses des services de Matignon avaient démontré, en croisant les cartes de la mobilisation des Gilets jaunes, qu'en France, là où il y avait de la densité associative, il y avait moins de mobilisation, parce que les fractures étaient moindres. Et les sentiments d'isolement social étaient moindres. Voilà, c'est très intéressant à constater. Donc ça veut dire que ça, ça a de la valeur. Le dernier axe qu'on a proposé, c'est celui de l'évaluation. Nous avons besoin, pour réduire l'invisibilité justement de ce que produit la vie associative, considérer que si on veut... Mieux rendre compte de la valeur créée par les associations économiques, sociales, citoyennes. Il était intéressant peut-être d'accompagner aussi l'évaluation et à savoir mesurer cette valeur-là. Et donc en rendre compte. Voilà les grands axes qu'on avait proposés à l'époque et qui me semblent toujours en tout cas valables si on veut répondre à ce constat qu'on a une puissance qui reste invisible et qui est insuffisamment soutenue, alors qu'elle est d'intérêt collectif, je crois.
- Speaker #1
Très clair. Alors pour rebondir sur la thématique de l'investissement, Et revenir à ton rôle au sein de l'AFD, on a évoqué ensemble le repli national ou en tout cas la défiance du RN vis-à-vis de l'AFD. Est-ce qu'il y a des projets ou des partenariats récents de l'AFD qui illustrent l'impact de votre politique ? Est-ce qu'il y a des choses que tu veux mettre en avant ?
- Speaker #0
Oui, régulièrement. Plus de la moitié de notre portefeuille est évaluée et on rend compte de nos résultats et de nos impacts. Et on a renforcé cette politique-là aujourd'hui encore. plus, en investissant encore plus dans notre capacité à générer de la donnée fiable et robuste, et à suivre les réalisations et à en rendre compte à la sortie. Donc on a mis en place une chaîne de redevabilité, en fait, l'ex-santé, je dirais, l'ex-poste, comme on dit, dans les opérations, pour renforcer encore cette redevabilité-là. Donc on a plein d'opérations, d'une certaine manière, qui peuvent raconter, en tout cas, une histoire sur ce que produit le groupe, que ce soit sur la transition énergétique, que ce soit dans le monde. dans le champ agricole, sur les zones de crise où on travaille à accompagner l'accueil des réfugiés, par exemple, comme on a pu le faire au Liban, dans d'autres territoires.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous avez fait au Liban exactement ?
- Speaker #0
Au Liban, notamment avec la crise des réfugiés syriens qui sont en grande masse au Liban, l'AFD s'est mobilisée. Et d'ailleurs, en essayant de travailler à la fois sur l'inclusion des réfugiés, en lien avec le HCR, notamment pour l'accueil, Donc avec... du service auprès des réfugiés eux-mêmes, mais aussi en lien avec l'éducation publique libanaise, parce que les réfugiés, et notamment les jeunes, les enfants, ont été re-scolarisés au sein des écoles publiques libanaises qui elles-mêmes sont très mal dotées. L'école publique libanaise est très faible. Donc elle a dû, en plus de ses propres contraintes, accueillir et intégrer des enfants syriens. Donc il y a eu des classes qui ont été dédoublées, des enseignants qui ont fait des cours le matin et puis l'après-midi. pour les enfants libanais, pour les enfants syriens, etc. Donc nous, on a accompagné ça en soutien de l'école publique libanaise pour qu'elle puisse supporter cette charge additionnelle. Et c'était essentiel de le faire. On travaille aussi dans l'accompagnement du système de santé. Voilà un certain nombre d'exemples. L'AFD produit plus de 6 milliards d'euros sur le finance-climat. Donc on est très investi sur la transition énergétique.
- Speaker #1
On produit 6 milliards d'euros, c'est-à-dire ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que dans notre plan d'affaires, on a plus de 6 milliards d'euros qui sont investis sur le climat. L'AFD étant une institution financière, elle travaille sur la base, évidemment avec les moyens que lui... conflit d'État, mais les moyens du conflit d'État ne sont qu'une portion minoritaire du volume global que l'AFD mobilise. Qu'elle mobilise par sa fonction bancaire, c'est-à-dire par des emprunts sur les marchés, par des prêts qu'elle va faire.
- Speaker #1
Vous avez une mission de rentabilité, de profitabilité comme une entreprise bancaire classique ? Oui,
- Speaker #0
mais étant banque publique, ce n'est pas notre objectif. Notre finalité, c'est le développement durable, c'est l'accompagnement au développement. Mais on génère du résultat qu'on reverse à l'État. Et on va le générer par la robustesse, évidemment, de notre modèle et des activités qu'on va financer. Voilà, donc les crédits publics, on les utilise quand ce sont des subventions pures, dans les projets qui sont de nature à être utilisés de la subvention pure, mais qui sont très minoritaires dans notre plan d'affaires, et concentrés, puisqu'on est aujourd'hui dans un temps de contrainte, on concentre aujourd'hui les crédits publics sur les pays les moins avancés, sur les zones les plus vulnérables, ou les capacités d'emprunt. et où les sujets ne peuvent pas être traités par du prêt, par exemple, besoin de subvention. Donc on concentre le peu de subventions qui nous sont accordées. Et puis sur nos prêts, là aussi, selon le niveau de richesse ou le développement de capacité des pays partenaires, on va accompagner les prêts de crédit public pour les rendre plus concessionnels. Donc ça, on va le faire aussi dans des pays plutôt à revenu intermédiaire et de temps inférieur. et puis on... peut prêter à taux de marché, tout simplement, dans les États où c'est possible. Voilà, donc on a toute cette variété d'instruments qui font aujourd'hui le global du plan d'affaires de l'AFD. Alors parfois, quand il y a des débats sur l'aide publique au développement en France, on confond ce qui, par rapport au plan d'affaires de l'AFD et aux chiffres de l'AFD, donc près de 12 milliards aujourd'hui de plan d'affaires, ces chiffres-là avec ce qui est de l'APD réel. Nous, ce qu'on déclare en aide publique au développement, ça n'est que la part de crédit de l'État. qui est conféré à l'AFD et qu'on mobilise dans nos opérations.
- Speaker #1
On va passer à la séquence vrai-faux. Je vais t'énoncer quelques phrases. Tu réponds par vrai ou faux et tu peux évidemment développer. La première phrase, l'aide au développement n'est utile que pour les pays du Sud.
- Speaker #0
Alors faux, totalement même, je dirais. D'abord, l'utilité pour les pays du Sud, il faut toujours la démontrer. Donc elle est effective, mais elle peut produire des effets aussi négatifs. Ça, ça relève de la qualité du travail et de la nécessité d'être en permanence en soucieux de la qualité du travail sur place et des bénéfices qui sont ceux de nos partenaires et qui sont l'objectif premier. Mais elle a aussi beaucoup d'intérêt pour notre pays. D'abord un intérêt stratégique. Elle contribue, et c'est la loi qui le dit, cette politique-là, et les moyens sont un pilier de la politique étrangère de la France. C'est la projection de la France à l'international, c'est sa participation aussi de la stabilité du monde, des relations internationales, de la coopération entre la France et les autres pays. C'est un instrument de cette coopération qui est en appui et au service de notre diplomatie, de notre projection. Elle est aussi utile très directement aux acteurs français, puisqu'on mobilise 80% de nos appels d'offres. mobilise une entreprise française, c'est un canal de mobilisation d'offres françaises, de savoir-faire français à l'international. Et donc ce sont en retour forcément des marchés pour les entreprises françaises, des emplois aussi en France. Nous travaillons sur les chaînes de valeur, par exemple aujourd'hui avec Proparco, notre filiale secteur privé, où nous allons accompagner des entreprises dans des pays du Sud qui sont en partie de chaînes de valeur qui associent. une entreprise française, sur laquelle il s'agit d'une entreprise française. Et donc l'accompagnement qu'on va faire à des sous-traitants, par exemple, d'une entreprise française va être utile à l'entreprise française elle-même. Nous finançons la société civile française, les associations françaises, nous finançons la coopération entre nos territoires et les territoires du Sud, donc c'est aussi des retours vers les territoires en France, les départements. Voilà, donc je pense que c'est une très fausse idée de considérer que la coopération internationale ou l'aide internationale n'a aucun retour vers la France. Et je termine avec ça, c'est qu'on est en train aujourd'hui de travailler, mais plus sur notre capacité à en rendre compte. C'est une de nos faiblesses, en fait. Les acteurs du développement et de la suite internationale, c'est qu'on regarde et on évalue tout le système qui fonctionne comme ça, et ce n'est pas anormal. On évalue d'abord et surtout ce qui se fait dans les pays où nous sommes actifs et où les investissements arrivent. On évalue moins les retours à la France. On sait le rendre compte, mais je pense qu'on peut faire mieux encore pour en rendre compte davantage. Par exemple, regarder ce qu'on pourrait appeler les co-bénéfices stratégiques, par exemple pour nous et nos partenaires. Regarder du côté des innovations inversées ou des retours d'innovation, les savoir-faire qu'on peut dans tous les domaines, dans l'eau, dans l'urbanisme, en énergie. On travaille dans des pays qui ont des compétences et des savoir-faire où on peut nous rencontrer des acteurs qui ont pu innover dans tel ou tel domaine. et qui peuvent être mises en relation utile avec nos propres territoires. On est dans un monde qui va partager de plus en plus d'enjeux communs, la gestion de l'eau, les réchauffements climatiques et ses effets, pour ne prendre que ces exemples-là. Donc dans les territoires en France, il y a des territoires en Afrique qui savent gérer la pénurie, qui ont des savoir-faire en adaptation, qui vont nous être utiles dans les années à venir. Donc là aussi, le fait qu'on ait une coopération internationale active, c'est maintenir ces passerelles. utile aussi pour ramener vers le territoire français du savoir-faire, de l'innovation, qui peut être utile aussi à nos citoyens. Ça, je pense que c'est un terrain encore ouvert devant nous, dans lequel la politique de coopération peut encore investir davantage.
- Speaker #1
L'autre affirmation que je voulais te soumettre, le monde associatif est mieux entendu aujourd'hui qu'il y a dix ans.
- Speaker #0
C'est difficile pour moi de répondre à ça, je ne suis plus en fonction, mais j'ai l'impression que c'est faux. En tout cas, quand je lis les différents communiqués des acteurs associatifs, J'ai l'impression qu'ils se plaignent plutôt de ne pas être suffisamment entendus. Donc je n'ai pas malheureusement l'impression que les choses se sont beaucoup amourées sur ce thème.
- Speaker #1
On va passer à la conclusion de cet épisode, Philippe, avec la séquence que j'ai nommée « Transmissions et regards sur l'avenir » . Un nom très pompeux, mais tout ça pour te demander si tu as des conseils à donner à ceux qui s'engagent en affaires publiques ou dans la solidarité internationale.
- Speaker #0
Il faut savoir une chose, c'est que les choses ne sont jamais écrites d'avance. Donc je dirais ça, je dirais qu'on va être dans un moment où le travail dans l'action publique, dans les institutions, qu'elles soient publiques ou associatives, va être plus difficile, parce que les moyens se réduisent et le marché va se restreindre. Pour tous les étudiants qui sont dans les masters développement, par exemple, ou qui sont adversaires, donc ça va être plus contraint. Je dirais qu'il faut d'abord avoir la motivation très forte, et il faut la garder, parce que ce sont des métiers essentiels et qu'ils vont l'être encore plus dans les temps qui viennent. On a besoin d'en investir sur l'intérêt général, sur le lien social, que ce soit dans le pays ou à l'international. Donc il faut y aller. Donc mon message, pour ceux qui sont là-dedans, c'est merci et engagez-vous, parce qu'il y a besoin. Et après, il faut une dose à la fois d'engagement, c'est à la fois de la carrière professionnelle, mais c'est aussi de l'engagement citoyen. Et c'est peut-être ça qui est la particularité, surtout dans le monde associatif, mais également dans une institution publique. elle est engagée sur les sujets d'intérêt général, on a une mission de service en fait, et qui a du sens donc il faut être très motivé il faut être investi, il faut maintenir le cap au cœur de l'engagement considérer que c'est à la fois un engagement personnel et c'est à la fois ce qui parfois est piégeux parce qu'on peut parfois confondre les deux et trop surinvestir donc voilà, il faut être en maîtrise de ça, c'est des carrières passionnantes, qui peuvent être difficiles, qui sont parfois frustrantes Merci. quand la réalité est très adverse. Et puis que ça se fait par le travail. Je dirais que la seule légitimité, c'est le travail. Moi, en tout cas, c'est ce que je tire aujourd'hui de ce que j'ai pu faire jusque-là. C'est quand on travaille, qu'on gagne sa légitimité, c'est pas rien d'autre. Donc, il faut s'engager et il faut le faire bien.
- Speaker #1
J'ai deux dernières questions. Si tu pouvais écrire un amendement ou une proposition de loi, qu'est-ce qu'elle porterait ?
- Speaker #0
J'aurais plein d'idées, mais je vais peut-être revenir à notre actualité aux besoins immédiats. Ce serait là un amendement. Un amendement très utile qui permettrait de réfléchir les moyens générés par les taxes innovantes, les taxes sur les transactions financières, les taxes sur les billets d'avion, où la France a été très en pointe sur les taxes vers le développement. Donc permettre de passer cette période de réduction forte des budgets du développement en remettant ce que génèrent ces taxes-là vers le développement. ce serait très utile pour nous permettre de... mener au mieux notre travail et de remplir notre mandat.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Et ma dernière question, est-ce que tu aurais une recommandation culturelle pour nos auditeurs et auditrices ?
- Speaker #0
Je conseillerais beaucoup de voir La plus précieuse des marchandises de Michel Azanalisius qui est une reprise du conte d'Humbert, qui est une merveille absolue de petits films et qui dit très bien je crois à ce que peut-être j'ai essayé d'expliquer là sur le sens de l'engagement c'est-à-dire dans la... pire des horreurs des situations, la petite action humaine et le petit investissement d'amour et de protection peut faire fleurir des choses extrêmement positives plus tard. Donc c'est ce que raconte ce film qui est repris encore une fois du compte, c'est pendant la Seconde Guerre mondiale et l'extermination des juifs par les nazis dans un village pas loin d'Auschwitz en Pologne, une petite famille de... berger, une femme qui va recueillir un enfant et le protéger. abandonnée sur le chemin de fer qui mène jusqu'au camp. Et c'est l'histoire de ça, je ne vais pas en dire plus, mais c'est magnifique et surtout la conclusion est splendide. Et je pense que c'est vraiment, peut-être, ce qu'on a besoin aujourd'hui, c'est de dire n'importe quelle action, même la plus petite, quand elle est positive, même quand les tendances, on a l'impression que tout va dans le mauvais sens, les petites actions, les signaux faibles, positifs, sont en fait très puissants parce que c'est cela qui permet de faire renaître de l'espoir.
- Speaker #1
Ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Philippe.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté les Messie. Je m'appelle Pierre. Je suis le cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui révolutionne et facilite votre veille parlementaire.