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#19 - Timothée Macé Dubois (Schneider Electric) : électrification, lobbying climat et circularité

#19 - Timothée Macé Dubois (Schneider Electric) : électrification, lobbying climat et circularité

26min |25/07/2025
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#19 - Timothée Macé Dubois (Schneider Electric) : électrification, lobbying climat et circularité

26min |25/07/2025
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Description


💬 « À la fin, tout n’est qu’économique. »
💬 « Il faut que consommer moins d’énergie soit rentable. »
💬 « Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électricité. »
💬 « On ne peut pas être un bon lobbyiste si on traite trop de sujets en même temps. »

Dans cet épisode, je reçois Timothée Macé Dubois, responsable des affaires publiques internationales chez Schneider Electric, l’un des leaders mondiaux de la gestion de l’énergie et de l’automatisation industrielle. À travers son parcours mêlant transition écologique, diplomatie climatique et engagement associatif, Timothée nous livre une vision précise et exigeante du rôle des entreprises dans la lutte contre le dérèglement climatique.


🎧 On parle de :


✅ Son rôle au sein de Schneider Electric et sa participation aux COP 28, 29 et bientôt 30
✅ Le lien indissociable entre électrification, numérisation et décarbonation
✅ L’importance de rendre la sobriété énergétique économiquement viable
✅ Sa cofondation de la Fédération de la mode circulaire et des enjeux liés à la durabilité dans le textile
✅ Le rôle des coalitions d’entreprises et des ONG dans l’action climatique
✅ La différence entre plaidoyer et lobbying, et comment réconcilier les deux
✅ Les fondamentaux d’un bon travail d’influence : cartographie, messages clairs, légitimité


Un épisode dense et sans langue de bois sur la fabrique du lobbying climatique, les rapports entre secteur public et secteur privé, et l’urgence de penser des solutions durables, accessibles et inclusives.


Vous pouvez contacter Pierre sur Linkedin.

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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique. Si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seules, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact, donc il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triomphe de l'inaction. À la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables, parce que c'est moins cher aussi.

  • Speaker #1

    Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Timothée Massé-Dubois, expert en affaires publiques internationales chez Schneider Electric, le leader mondial de la gestion de l'énergie. Timothée, tu joues un rôle clé dans les négociations climatiques internationales, notamment lors de la COP28 ou plus récemment la COP30, tu pourras nous en parler. Et donc tu contribues à des discussions majeures sur l'électrification et la numérisation pour un avenir durable. Salut Timothée !

  • Speaker #0

    Bonjour Pierre !

  • Speaker #1

    Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à cette description de ton parcours ?

  • Speaker #0

    Déjà, je voudrais te féliciter pour ce podcast. Je trouve ça très riche, très intéressant. J'ai eu la chance d'écouter les premiers que tu as faits et j'aurais adoré entendre ces podcasts il y a dix ans quand je me suis orienté vers les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Merci, ça fait plaisir. Merci beaucoup. Et concernant ton parcours, est-ce qu'il y a des choses qui te paraissent importantes que j'aurais manqué ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'influe pas exactement directement sur les négociations climatiques. Le rôle d'une entreprise, ce n'est pas forcément d'influer sur les négociations climatiques. c'est plutôt de... d'apporter les solutions qui existent vraiment et d'ailleurs qui sont durables, durables en termes aussi financiers, pour lutter contre le changement climatique.

  • Speaker #1

    Timothée, tu as plus de 9 ans d'expérience dans les affaires internationales et réglementaires, principalement dans le secteur de l'énergie. J'ai regardé ton LinkedIn, ton CV, tout ce que je pouvais consulter en ligne. Et c'est vrai que le mot qui ressortait le plus, c'était environnement. Comment tu l'expliques ? Qu'est-ce qui t'a conduit à te spécialiser dans ce domaine ?

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question. C'est un peu par hasard. En réalité, J'ai commencé dans les affaires publiques, j'ai fait du droit à Assas, j'ai fait des affaires publiques de la science politique à Assas également. J'ai fait ma première année d'apprentissage chez Airbus Group. Donc le prisme industriel, oui, a toujours été très prégnant dans mon parcours. Et ensuite, les premiers clients que j'ai défendus dans un cabinet lobbying qui s'appelle Science Publique étaient des clients dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Je me suis dit qu'il fallait me spécialiser parce qu'aujourd'hui, et c'est ce que je répète aussi souvent à des jeunes qui me posent des questions sur mon parcours, je pense qu'il faut être expert et technique et technicien. et non pas seulement experts en affaires publiques. Je pense que savoir rédiger un amendement, on le fait tous, et Ausha Bidil le fait bien mieux que nous aujourd'hui. Mais en revanche, avoir cette connaissance technique, scientifique du sujet que l'on défend, pour moi, c'est clé.

  • Speaker #1

    Et du coup, l'expertise que tu as choisi de l'environnement, c'est pour quelles raisons ?

  • Speaker #0

    Je pense que l'environnement, énergie, industrie, c'est très lié. Je suis très passionné par le monde industriel et passionné par l'entreprise, et j'estime que les entreprises ont vraiment leur rôle à jouer. dans la transition écologique. J'ai, après deux ans en cabinet de lobbying, j'étais un peu frustré parce que je n'avais pas cette expertise technique. Et conseiller des grands patrons alors qu'on sort d'études et qu'on n'est pas ingénieur. J'ai toujours été aussi beaucoup complexé de ne pas être ingénieur. Donc j'ai ensuite voulu apporter une petite touche un peu scientifique à mon parcours, donc chez AFNOR dans les normes environnementales, chez ENI dans les certificats d'économie d'énergie. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je suis expert non plus, mais en tout cas, j'ai une connaissance sectorielle qui pour moi est clé aujourd'hui dans les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Alors justement aujourd'hui, est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste ton rôle exactement ? Quel est ton quotidien ? Comment tu pourrais le décrire à quelqu'un qui n'est pas dans ce monde-là ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Alors j'ai disons trois ou quatre missions. Je m'occupe des affaires publiques en France, même si finalement, Schneider Electric ne fait pas beaucoup de lobbying parce qu'on fait beaucoup appel à nos fédérations professionnelles qui font le lobbying et qui le font très bien à notre place. Je m'occupe aussi des affaires internationales en lien avec le climat, la durabilité. Donc notre participation notamment à la grande conférence sur le climat à la COP. J'étais à la COP 28 à Dubaï, à la COP 29 à Bakou, à Nazarbaydjan, et je serai à la COP 30 à Belém. D'ailleurs, je rentre tout juste du Brésil où j'étais pour préparer cette grande conférence sur le climat. Également, notre participation à la Climate Week à New York et nos représentations de nos intérêts aussi dans des grandes coalitions internationales sur le climat, à l'instar du WBCSD et du Global Compact. Et ensuite, dernière... Corde à mon arc, je m'occupe également un peu de la représentation de nos pays, parce que Schneider Electric opère dans plus de 100 pays. Et lorsqu'il y a par exemple des ministres étrangers qui se rendent en France pour des visites officielles, je représente les patrons de zones de pays de Schneider Electric pendant ces visites-là.

  • Speaker #1

    Ok, donc de manière plus concrète pour moi qui suis externe à ce monde-là, si je comprends bien, une partie de ton métier, c'est de préparer ces rendez-vous, ces échéances-là, d'aller serrer les bonnes mains et de présenter les intérêts de Schneider Electric à la COP, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait, présenter les intérêts, présenter les solutions, présenter un peu ce qu'on apporte, ce qu'on peut apporter à l'entreprise privée. Par exemple, à la COP, on était pendant une semaine au Brésil pour préparer à la COP. Le but, c'est un peu de montrer ce qui fonctionne vraiment. Donc, ne pas faire des grands engagements, ne pas influer sur les négociations climatiques internationales, ce n'est pas notre rôle. Mais en revanche, montrer, tiens, dans tel projet, avec telle entreprise, on a permis de décarboner, de baisser la consommation d'énergie de 40%, on a permis d'apporter de l'énergie, de l'électricité verte à des communautés locales reculées en Amazonie. Donc, vraiment montrer ce qui fonctionne. Je pense que c'est vraiment le rôle du secteur privé dans ces grandes coalitions climatiques.

  • Speaker #1

    Et qu'est-ce que vous poussez en ce moment justement ? C'est quoi les cas d'usage qui fonctionnent et que vous présentez ?

  • Speaker #0

    Décarbonation avec l'électrification, décarbonation avec la digitalisation, et il faut mêler les deux, parce que quand on installe par exemple des panneaux solaires, il faut aussi de l'intelligence artificielle, il faut du digital pour comprendre, pour prévoir l'utilisation de ces panneaux solaires, il faut rendre globalement le bâtiment, les infrastructures, les data centers intelligents. Et si on veut rapporter cette intelligence, c'est avec le digital et avec l'électrique. On a également aussi tout un pilier social, un pacte social, parce que décarboner, ça n'a pas grand intérêt si on ne prend pas en compte les inégalités sociales, les inégalités économiques, laisser personne derrière le carreau et s'occuper aussi du volet humain de la transition. On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique.

  • Speaker #1

    Super, Claire. Merci Timothée. J'ai vu aussi que tu as cofondé la Fédération de la mode circulaire. C'est un engagement qui t'est personnel. En quoi ça consiste ? Est-ce que tu peux nous en parler ?

  • Speaker #0

    Tout à fait. Je m'ennuyais beaucoup dans ma vie professionnelle, donc j'ai décidé de cofonder cette fédération. Il y a trois ans maintenant, j'ai eu le plaidoyer avec une super équipe. On a deux personnes à plein temps. On a 300 entreprises adhérentes. Aujourd'hui, représentant tout le cycle de vie du vêtement, donc collecte, tri, recyclage, solution tech, marketing. place, grande marque du luxe, grande marque du retail. Donc ça va d'une petite friperie à LVMH et Kering. C'est génial de voir tout ce monde-là se parler, échanger, faire des affaires publiques, du plaidoyer ensemble. Se battre pour la circularité rentable. Donc rentable pour le consommateur, rentable pour le producteur. On travaille sur le bonus réparation, sur la TVA circulaire, on travaille beaucoup avec l'État pour impulser cet élan circulaire dans la filière textile et vêtements.

  • Speaker #1

    Comment on fait pour l'impulser ? À qui tu parles ? Comment ça se passe ? Par exemple, moi j'ai une amie qui travaille dans l'upcycling. Je trouve ça hyper intéressant et je trouve ça dommage que les grands groupes ne s'en emparent pas davantage. Comment est-ce que tu fais, toi ? Est-ce que c'est ce genre de sujet dont vous parlez ? Quels sont vos enjeux ? Comment ça marche ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Dans l'upcycling, par exemple, quand on lance une marque d'upcycling, il faut se sourcer. Donc, on se source en vêtements, en fin de vêtements, en fin de stock. Donc, il faut créer des partenariats, notamment avec des grandes marques du luxe pour récupérer leurs vêtements usagés. Donc oui, c'est vraiment par des partenariats entre différents acteurs qu'on peut impulser des choses. Ensuite, il faut évidemment que ces petites marques, ces startups soient accompagnées. Parce qu'à la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables. Parce que c'est moins cher aussi. Donc essayer de rendre ces vêtements-là, ces produits-là moins chers. Évidemment, moins chers à consommer, moins chers à produire. Surtout par rapport à des produits de Chine et de Temu qui coûtent 2 ou 3 euros.

  • Speaker #1

    En parlant d'économie, comment est-ce que vous financez ces deux temps pleins ?

  • Speaker #0

    On les finance par l'écolisation de nos adhérents. Tu me demandais comment on a créé ça. C'est toujours compliqué de créer une association. Déjà de se rendre expert et légitime. Il y a d'autres associations qui existent. On a eu certaines critiques au début parce qu'évidemment, il y a quand même ce gros camembert des aides publiques. Et forcément, quand il y a un nouvel acteur qui arrive, une nouvelle association, les autres associations se disent « mince, il y en aura peut-être un peu moins pour moi » . Bon, on ne bénéficie pas d'argent public. On voulait être tout à fait indépendant, parce que tout à fait indépendant à la fois vis-à-vis de l'État, mais aussi à la fois vis-à-vis des autres acteurs. On ne voulait pas avoir un gros sponsor qui nous finance la moitié de notre chiffre d'affaires, donc principalement avec les adhésions. On a eu un peu d'aide récente de ReFashion, qui est l'éco-organisme de la filière TLC. Sinon, on est tout à fait indépendant et on a aussi une belle armée de bénévoles.

  • Speaker #1

    Ok. Du coup, à quoi ressemble ta semaine ? Est-ce que c'est le week-end, la fédération et la semaine, ton travail officiel ?

  • Speaker #0

    C'est le soir, le week-end, parfois sur le poste déjeuner. Je travaille pour la fédération et le reste du temps pour Schneider Electric.

  • Speaker #1

    Est-ce qu'il y a des choses qui se rejoignent ? Ou est-ce que c'est vraiment deux mondes qui n'ont rien à voir ?

  • Speaker #0

    Il y a des choses qui se rejoignent sur la circularité, évidemment. Schneider Electric promeut beaucoup d'initiatives circulaires sur ses produits, le remanufacturing, le reuse. Donc il y a des choses communes. En parallèle, je suis aussi au conseil d'administration de l'INEC, donc je peux aussi parler de ces choses communes. Ensuite, je dirais que Schneider Electric est une entreprise française, reconnue, aujourd'hui la quatrième entreprise. reprise du CAC 40, qui est assez méconnu après ces trois mastodontes du luxe. Mais Schneider, faire du lobbying, c'est relativement simple en fait. On contactait d'ailleurs le président qu'on est les ministres, et donc on n'a pas forcément besoin d'un responsable d'affaires publiques pour contacter un ministre. En revanche, quand on travaille pour une fédération, il faut tout inventer, il faut tout réinventer, il faut être légitime, il faut que l'État nous reconnaisse comme un acteur légitime, qu'il faut consulter. Donc c'est... Un peu quand on apprend les bases du lobbying, quand j'ai appris ça il y a dix ans à Dauphine, j'ai pu expérimenter les bases du lobbying quand j'ai créé cette fédération il y a trois ans.

  • Speaker #1

    C'est quoi les bases du lobbying ? Alors c'est faire un travail un peu de commercial, on décroche son téléphone, on essaye de se faire son réseau à soi, comment ça fonctionne ?

  • Speaker #0

    C'est faire une cartographie, c'est faire les premières rencontres, c'est pousser les premiers messages. Alors avec la fédération, on a ces trois livres-blogs qu'on appelle les programmes communs pour la mode circulaire. Donc avec Havoc... 15 propositions de mesures, vraiment apporter des mesures concrètes, précises, prêtes à être mises en place à l'État, au pouvoir public. Rencontrer un acteur, juste pour le rencontrer, ça n'a pas beaucoup d'impact. Juste arriver avec des propositions clés en main pour circulariser la filière textile. Voilà, c'est comme ça. Et ça, c'est ce qu'on nous apprend à l'école. Il faut rédiger les premières mesures, il faut rencontrer, il faut faire une cartographie, il faut arriver avec les bons messages. On se rend compte que quand on arrive avec les bons messages, même si on n'est pas connu, ça fonctionne quand même.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant. Souvent, quand on monte un projet du début, c'est qu'on est passionné par la problématique. Est-ce que tu as une passion pour la mode circulaire ?

  • Speaker #0

    J'ai une passion pour la circularité. Je n'ai pas forcément une passion pour la mode en soi, mais j'ai monté ça avec ma copine de l'époque qui est maintenant ma femme, avec d'autres amis. Donc au début, c'était plutôt quelque chose, disons par amour. on a lancé ça ensemble, ça m'a permis de travailler ensemble c'est assez chouette de travailler avec sa femme et ensuite on a une vraie passion pour la circularité et je pense que la mode est quand même le secteur qui doit changer, qui a les moyens de changer et donc c'est toujours intéressant de s'occuper d'abord des secteurs qui ont les moyens et qui doivent changer En parlant de changement,

  • Speaker #1

    de transition donc t'as participé t'en as parlé tout à l'heure à la COP28 est-ce que pour toi il y a des avancées majeures qu'on peut encore... souligné ou est-ce que la situation est aussi terrible qu'elle y paraît quand on lit les rapports du GIEC et même plus récemment quand on voit les Etats-Unis et leur engouement plutôt dans le mauvais sens pour le réchauffement climatique. Qu'est-ce que t'en penses ? Est-ce que t'en ressors du positif quand même ?

  • Speaker #0

    Je répondrai oui aux deux questions. Oui, la situation est dramatique. Oui, il y a des solutions qui existent. Et oui, les COP, les conférences sur le climat sont utiles. Elles sont utiles sur deux points. Alors en effet, il y a des négociations climatique, il est primordial que les États, les négociateurs climatiques se rencontrent. Il est aussi primordial que les entreprises se rencontrent. Il y a eu beaucoup de critiques après notamment la COP 28, après la COP 29 sur le nombre de lobbyistes qui étaient présents à la COP. Ce que j'aimerais dire, c'est qu'on n'est pas là pour rencontrer les négociateurs climatiques. Et alors, c'est peut-être aussi critiquable, on est aussi là pour faire du business lié au climat. Et donc à la COP, s'il y a des grandes annonces qui se font sur un investissement dans les panneaux solaires, dans les éoliennes, dans tel ou tel sujet, dans les bâtiments, dans l'efficacité énergétique, c'est aussi, disons que c'est tout bénef pour le climat. Et voilà, donc on est là aussi pour rencontrer des acteurs privés et les acteurs privés sont là pour rencontrer d'autres acteurs privés. Ensuite, à la COP 28, oui, il y a eu la rédaction du Global Stock Take. qui mentionnait les énergies renouvelables qu'il fallait tripler et l'efficacité énergétique qu'il fallait doubler. Donc ça, c'est clé pour nous également. Ça, c'est vraiment accès solution, oui.

  • Speaker #1

    J'ai lu que les axes clés, justement, de Schneider Electric, c'est électrification et numérisation. Est-ce que tu peux en parler davantage ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?

  • Speaker #0

    Oui, nous, Schneider Electric, on fait donc de la gestion de l'énergie et des automatismes industriels. Et on considère que la durabilité ne peut se faire qu'avec l'électrification et la digitalisation. C'est-à-dire qu'en effet, il faut électrifier, alors il faut aussi former les électriciens de demain. Il faut électrifier les usages. On voit en France avec les véhicules électriques, il faut électrifier les bâtiments. Et via l'électrification, on peut rapporter de la flexibilité. Via l'électrification, notamment, alors on a beaucoup parlé de l'offre. décarboner l'offre, évidemment il faut passer aux renouvelables, évidemment il faut cesser les énergies fossiles, mais il faut aussi s'occuper de la demande. La demande c'est la consommation énergétique. On peut faire plus de la moitié de l'effort, c'est un rapport de l'agence internationale de l'énergie, plus de moitié de l'effort via la demande en énergie. Donc la demande c'est apporter de la flexibilité, électrifier les usages. Et pour électrifier, pour flexibiliser tout ça, il faut du digital. Il faut du digital pour prévoir la consommation, pour adapter la consommation par rapport à la météo, pour la bonne utilisation de l'énergie solaire, par exemple, pour qu'il n'y ait pas d'énergie perdue. Donc pour ça, il faut électrification plus digitalisation.

  • Speaker #1

    Si toi, justement, tu étais au Parlement européen, que tu pouvais décider de la priorité maintenant pour le climat et pour l'énergie, ce serait quoi là pour toi ?

  • Speaker #0

    Moi, il y a mille priorités.

  • Speaker #1

    Si tu devais en choisir une, comme le génie qui demande un vœu... Qu'est-ce que ça serait pour toi ?

  • Speaker #0

    Il faut s'occuper de l'efficacité énergétique dans le bâtiment. On a aujourd'hui, notamment dans les bâtiments publics, les bâtiments publics ne sont quand même pas les mieux équipés en termes de gestion de l'énergie. Il y a quand même beaucoup de pertes énergétiques. Tout ça, on peut installer des boîtiers, on peut installer du digital, ce qu'on appelle la gestion technique du bâtiment, pour faire en sorte de consommer mieux, de consommer moins. Donc en France, on a par exemple le décret Bax, on a le décret tertiaire. il faut pousser cela également au haut Au niveau européen, il faut en sorte que les bâtiments soient flexibles et donc soient intelligents.

  • Speaker #1

    En termes de lobbying, cette émission s'appelle M6, c'est la fabrique de la loi. Quel levier d'action vous avez ? Qu'est-ce que vous essayez de pousser comme législation ? Est-ce que c'est ce dont tu viens de parler, par exemple ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. On essaye de pousser des choses sur l'électrification. On essaye de pousser notamment sur les véhicules électriques. La conversion de la flore de véhicules professionnels à l'électrique, par exemple. On a de nombreux sujets sur le digital, sur l'électrification, sur les bâtiments, sur les data centers également. On voit aussi beaucoup le côté néfaste de l'intelligence artificielle, mais l'intelligence artificielle et les data centers ont aussi un rôle clé pour le climat. Donc on essaye de pousser tous ces sujets-là, bâtiments, résidentiels également, infrastructures, usines, rendre un peu tous ces marchés plus efficients, plus intelligents.

  • Speaker #1

    Super clair. J'ai vu aussi que durant les réunions auxquelles tu participes, donc COP 28, 29, même bientôt 30, c'est toi qui accompagnes le président de Schneider Electric, entre autres, je me trompe ?

  • Speaker #0

    Entre autres.

  • Speaker #1

    Entre autres. Et du coup, comment on fait déjà pour être choisi ? Ensuite, est-ce que tu as ton mot à dire ? Qu'est-ce que tu y apprends ?

  • Speaker #0

    Alors, je ne suis pas forcément le seul, mais comme je m'occupe de la COP, je suis parfois avec le président ou avec le CEO ou avec d'autres membres du COMEX. Ce qu'on y apprend, c'est que dans ces grands rendez-vous avec ces grands chefs, alors on ne parle pas de technique, ils ne vont pas là, ils ne vont pas là pour signer des contrats, ils n'arrivent pas avec des decks tout faits, ce ne sont pas des commerciaux, mais le président et tous les grands de ce monde ont quand même un coup d'avance. Donc ils sont là quand même pour fixer les grands sujets de demain. Et ensuite, une fois qu'ils ont appris, une fois qu'ils ont parlé, une fois qu'ils ont élargi, ensuite ils vont parler avec leurs équipes qui vont mettre en place ces grands sujets. Mais c'est très intéressant d'être dans la même salle que deux pontes qui ont 10 heures d'avance.

  • Speaker #1

    Qu'est-ce que tu as appris ? Est-ce qu'il y a une leçon que tu peux partager ?

  • Speaker #0

    J'apprends qu'on ne parle pas toujours de boulot et que c'est comme ça qu'on se fait son réseau. Et d'ailleurs, c'est un peu le conseil que je peux te donner. C'est pour ça que j'aime bien mon métier. C'est que je parle de boulot avec toi, mais avec d'autres professionnels des affaires publiques. Ce qui est aussi sympa, c'est de parler d'autres choses que le boulot. et c'est comme ça aussi qu'on crée des liens, c'est comme ça qu'on crée son réseau. Quand on va dîner avec quelqu'un, on ne va pas parler trois heures de boulot. Donc, on parle des voyages, on parle de la famille. Et c'est aussi comme ça qu'on peut se faire son réseau. Donc, c'est pareil avec tous les grands de ce monde. Ils ne sont pas là avec leurs bullet points à parler boulot constamment pendant une heure. Donc, comme ça qu'on peut apprécier quelqu'un. Et ensuite, on peut passer à quelqu'un pour l'inviter quelque part. Donc, tout n'est pas que travail.

  • Speaker #1

    C'est bien noté. On va passer à la séquence vrai-faux, si tu le veux bien. Je vais te donner donc trois affirmations et tu répondras par vrai ou faux et tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase c'est l'électrification et la solution miracle pour atteindre la neutralité carbone. Je vais peut-être enlever miracle parce que forcément c'est un peu facile, mais est-ce que pour toi c'est la solution pour atteindre la neutralité carbone ?

  • Speaker #0

    Alors c'est pas la solution miracle, ça c'est sûr, c'est une des solutions. avec aussi la décarbonation du sourcing en énergie, avec aussi un changement chez les consommateurs, avec aussi une réaction des gouvernements, une réaction des entreprises. Donc oui, c'est une des solutions. Je ne vois pas comment on peut... Enfin, on demande à un offreur de dessiner le monde tel qu'il le voit en 2050. « Généralement, on voit des réseaux partout. On voit des fils électriques, on voit des trucs comme ça, on voit des écrans. Finalement, ce qui dessine, c'est l'électrification. Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électrique. Sans électrique, parce que l'électrique est pilotable, l'électrique est flexible, l'électrique permet d'intégrer les renouvelables. Donc oui, c'est une des grandes solutions pour 2050, mais même pour avoir, d'ailleurs. »

  • Speaker #1

    La seconde affirmation, les entreprises ont plus d'influence que les États dans les négociations climatiques internationales.

  • Speaker #0

    Alors, dans les négociations, non. Les entreprises ont-elles plus d'influence que les États dans la lutte contre le changement climatique ? C'est un grand débat. Je n'ai pas la réponse. Je pense que si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seuls, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact. Donc, il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triangle de l'inaction. Donc, il faut que les trois puissent agir en même temps. Mais en revanche, il faut... absolument que les entreprises agissent. Ça, c'est évident. C'est pour ça qu'il y a des partenariats entre entreprises, pour ça qu'on travaille avec le Global Compact des Nations Unies, avec le World Business Council for Sustainable Development, WBCSD. Oui, il faut créer des coalitions d'entreprises pour agir tous en même temps. Ça, c'est évident.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu penses que les entreprises françaises, elles devraient montrer l'exemple ou est-ce qu'elles n'en ont pas les moyens ?

  • Speaker #0

    Ce n'est pas une question de montrer l'exemple, c'est une question d'agir tous ensemble et de rendre un peu la... En fait, les gouvernements... Leur rôle, c'est de rendre la sustainability, rendre la décarbonation rentable. Nous, chez Schneider, depuis 2019, on a aidé à sauver, éviter 700 millions de tonnes de CO2 à nos clients. Alors, c'est relativement simple pour nous parce que c'est rentable, parce que nos clients veulent consommer moins d'énergie. On leur fournit des outils, des solutions pour consommer moins d'énergie. On fait aussi pareil avec nos fournisseurs. Mais à la fin, il faut que ce soit rentable de consommer moins d'énergie. Donc, il faut lutter pour une taxe carbone, par exemple. Il faut que ce soit rentable de consommer moins, de consommer mieux. Donc c'est au gouvernement, et ensuite, évidemment, si c'est rentable, il y a des business models qui se créent, mais c'est pareil pour la mode circulaire. Si la mode circulaire devient rentable, tout le monde va s'y mettre.

  • Speaker #1

    Pour que ce soit rentable, est-ce qu'il faut que ce soit aidé au début ? Il faut qu'il y ait des subventions ? Justement, tu parlais du fait qu'il y a beaucoup de personnes qui vont vers la seconde main parce que c'est moins cher, mais résultat, ça ne produit pas beaucoup d'emplois, c'est à petite échelle. Est-ce qu'il y a une possibilité de rendre ce mode de vie le mode de vie principal et pas alternatif ?

  • Speaker #0

    Il y a quand même beaucoup d'emplois qui sont créés par la mode circulaire, par la seconde main. En plus, ce sont des emplois locaux qui ne sont pas délocalisables, qui font travailler l'économie locale, qui bénéficient aussi à notre pays. Donc le principe de la circularité, ce qui est assez intéressant, c'est que la circularité n'est pas un sujet politique. Pourquoi ? Parce que ça satisfait tout le monde. On parle à la gauche, à la droite. Tout le monde, la circularité, c'est les ressources. C'est les ressources qu'il y a sur notre sol. C'est durable, c'est rentable. C'est... C'est l'industrie française, donc ça satisfait à peu près tout le monde. Il y a un vrai marché de la mode circulaire pour le coup. Et il faut être aidé au départ, impulser ensuite une vraie dynamique business. On voit avec le fonds réparation. Donc aujourd'hui, on arrive avec le fonds réparation à impulser ça. Et ensuite, ça va devenir rentable. On l'a vu avec les panneaux solaires. Les panneaux solaires ont été ultra subventionnés au début. Et maintenant, c'est une énergie qui est de moins en moins subventionnée, qui est bien plus rentable et avec un coût au kilowattheure qui est quasiment le plus bas de toutes les énergies.

  • Speaker #1

    Et ma dernière phrase. C'est la numérisation de l'énergie est un luxe pour les pays développés, mais pas une priorité pour les pays en développement.

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question également. Je dirais que c'est faux aujourd'hui. Il faut du digital partout. On fait avec Schneider Electric, on a des grands programmes d'accès à l'énergie. On a deux villages en Inde qui s'appellent les Climate Smart Village. Donc, on apporte de l'intelligence et donc on va apporter de l'énergie solaire, des panneaux solaires. On va permettre ensuite aux revenus agricoles de gonfler grâce aux panneaux solaires qui sont ensuite intégrés directement à leur process agricole. Mais ça, c'est avec du digital également. Donc, c'est vu comme un luxe, mais il faut directement que les communautés locales, que les communautés défavorisées puissent utiliser le digital, à la fois parce qu'il y a un meilleur rendement et parce que ça permet de mieux utiliser l'énergie solaire et les renouvelables. Alors on a aussi beaucoup de problèmes d'accès à l'éducation et on a des formations au digital, à l'intelligence artificielle. Et ça, il faut que les acteurs, la population défavorisée soit acteur de la transition parce qu'on ne pourra pas faire la transition sans eux. Et aujourd'hui, ils sont les premières victimes du changement climatique. Donc autant qu'il faut qu'il soit acteur du changement climatique, acteur de la transition. Et donc pour être acteur de la transition, il faut à tout prix avoir ses connaissances et de l'énergie et du digital.

  • Speaker #1

    Super clair, Timothée. On va passer à la dernière séquence avant la conclusion, qui est la séquence. conviction et transmission. Donc tu parlais, tu disais tout à l'heure que t'aurais adoré entendre ce podcast qu'il y a dix ans. Qu'est-ce que t'aurais aimé entendre justement ? Est-ce que t'as des conseils à partager à quelqu'un qui souhaite s'engager dans le domaine des affaires publiques ou de l'énergie ? Mon conseil,

  • Speaker #0

    ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est de connaître les sujets techniques. Je trouve que faire des affaires publiques pour faire des affaires publiques, ça n'a pas grand intérêt. C'est un peu ce qui m'a moqué dans mon parcours. Après six ans d'études, donc droit à la science politique, à faire public, j'étais expert en rien, expert en tout. C'est un peu le sujet parfois dans les affaires publiques, c'est qu'on peut blablater sur beaucoup de sujets, mais on n'est pas vraiment expert. Et je pense que les parcours, il y a 15-20 ans, où on était directeur des affaires publiques d'un grand groupe de l'agroalimentaire, puis de l'industrie, puis de l'aéronautique, ça ne fonctionne plus comme ça aujourd'hui. Il faut à tout prix avoir une connaissance technique du sujet et si possible rester dans le même secteur toute sa vie.

  • Speaker #1

    Si tu voyais le Timothée qui sort de Dauphine devant toi, qu'est-ce que tu aurais aimé savoir à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'aurais aimé savoir que je ne connaissais rien, que j'étais expert en rien, qu'il fallait que je travaille énormément et que je me spécialise sur un sujet. J'avais, disons, beaucoup trop de confiance en moi quand je suis sorti d'école. Après, d'ailleurs, j'ai passé quatre mois au chômage. J'étais tellement sûr de moi que je pensais que les entreprises allaient se précipiter pour m'avoir, ce qui n'était pas du tout le cas, évidemment. Ensuite, on ne peut pas être un bon lobbyiste et faire des affaires publiques si on traite trop de sujets en même temps. Donc, se spécialiser assez vite, avoir aussi un parcours cohérent. qu'on peut expliquer facilement dix ans plus tard dans un podcast, par exemple. Donc voilà, c'est ce que j'aurais aimé savoir.

  • Speaker #1

    Aussi, du coup, au travers de ce parcours, il y a beaucoup de choses qui se rejoignent, comme tu le disais, un parcours cohérent. Est-ce que tu défends une certaine vision de la société ? Quel combat est-ce que tu mènes ?

  • Speaker #0

    Je pense qu'il faut, par rapport aussi à ta question précédente, il faut s'engager aussi quand on défend une cause. Il faut s'engager, il ne faut pas se... Avoir un parcours professionnel, c'est aujourd'hui pas suffisant. Il faut avoir des actions à côté, il faut avoir un engagement associatif. C'est clé aujourd'hui quand on croit à quelque chose. Moi, c'est la circularité de la mode, mais ça peut être autre chose. J'ai aussi été mentor avec plusieurs organisations, avec HOK, avec Article 1. Vraiment s'engager, s'engager dans des ONG, dans des associations, pour moi c'est clé, c'est ce que je conseille également quand on croit un sujet. Soit on a un travail qui est dédié à ce sujet-là, c'est encore mieux, soit sinon on s'engage pour une ONG, pour une association, pour défendre ce sujet.

  • Speaker #1

    On va arriver au bout de cet épisode, est-ce qu'il y a quelque chose que tu voulais exprimer ici que tu n'as pas encore eu le temps de développer ?

  • Speaker #0

    Je pense que j'ai tout dit, en tout cas ça a été très riche et ça fait beaucoup de bien, je n'ai pas l'habitude de parler de mon parcours, donc ça fait beaucoup de bien de... parler de tout aussi, voilà, d'essayer de construire un peu son discours.

  • Speaker #1

    Parfait. Et pour finir, alors, est-ce que tu as une recommandation culturelle à nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, il y a une semaine, j'ai vu conclave de l'avion. Ça n'a pas porté chance au pape. Donc, je ne donnerai pas forcément de recommandation culturelle. Non, j'ai vu Goliath, d'ailleurs. Il y a à votre tiers, Goliath, sur le lobbying avec Pianiné, Gilles Lelouch. Ah, c'est intéressant. Ce n'est pas comme ça qu'on fait du lobbying. Donc, j'invite les gens qui ont vu Goliath à se rapprocher de toi, de moi, d'autres personnes pour voir ... comment on fait du vrai lobbying.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, Timothée.

  • Speaker #0

    Merci à toi, Pierre.

  • Speaker #1

    Salut. Merci d'avoir écouté Hémicycle, le podcast qui décrypte la fabrique de la loi. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui vous aide dans votre veille institutionnelle. À bientôt.

Description


💬 « À la fin, tout n’est qu’économique. »
💬 « Il faut que consommer moins d’énergie soit rentable. »
💬 « Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électricité. »
💬 « On ne peut pas être un bon lobbyiste si on traite trop de sujets en même temps. »

Dans cet épisode, je reçois Timothée Macé Dubois, responsable des affaires publiques internationales chez Schneider Electric, l’un des leaders mondiaux de la gestion de l’énergie et de l’automatisation industrielle. À travers son parcours mêlant transition écologique, diplomatie climatique et engagement associatif, Timothée nous livre une vision précise et exigeante du rôle des entreprises dans la lutte contre le dérèglement climatique.


🎧 On parle de :


✅ Son rôle au sein de Schneider Electric et sa participation aux COP 28, 29 et bientôt 30
✅ Le lien indissociable entre électrification, numérisation et décarbonation
✅ L’importance de rendre la sobriété énergétique économiquement viable
✅ Sa cofondation de la Fédération de la mode circulaire et des enjeux liés à la durabilité dans le textile
✅ Le rôle des coalitions d’entreprises et des ONG dans l’action climatique
✅ La différence entre plaidoyer et lobbying, et comment réconcilier les deux
✅ Les fondamentaux d’un bon travail d’influence : cartographie, messages clairs, légitimité


Un épisode dense et sans langue de bois sur la fabrique du lobbying climatique, les rapports entre secteur public et secteur privé, et l’urgence de penser des solutions durables, accessibles et inclusives.


Vous pouvez contacter Pierre sur Linkedin.

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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique. Si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seules, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact, donc il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triomphe de l'inaction. À la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables, parce que c'est moins cher aussi.

  • Speaker #1

    Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Timothée Massé-Dubois, expert en affaires publiques internationales chez Schneider Electric, le leader mondial de la gestion de l'énergie. Timothée, tu joues un rôle clé dans les négociations climatiques internationales, notamment lors de la COP28 ou plus récemment la COP30, tu pourras nous en parler. Et donc tu contribues à des discussions majeures sur l'électrification et la numérisation pour un avenir durable. Salut Timothée !

  • Speaker #0

    Bonjour Pierre !

  • Speaker #1

    Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à cette description de ton parcours ?

  • Speaker #0

    Déjà, je voudrais te féliciter pour ce podcast. Je trouve ça très riche, très intéressant. J'ai eu la chance d'écouter les premiers que tu as faits et j'aurais adoré entendre ces podcasts il y a dix ans quand je me suis orienté vers les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Merci, ça fait plaisir. Merci beaucoup. Et concernant ton parcours, est-ce qu'il y a des choses qui te paraissent importantes que j'aurais manqué ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'influe pas exactement directement sur les négociations climatiques. Le rôle d'une entreprise, ce n'est pas forcément d'influer sur les négociations climatiques. c'est plutôt de... d'apporter les solutions qui existent vraiment et d'ailleurs qui sont durables, durables en termes aussi financiers, pour lutter contre le changement climatique.

  • Speaker #1

    Timothée, tu as plus de 9 ans d'expérience dans les affaires internationales et réglementaires, principalement dans le secteur de l'énergie. J'ai regardé ton LinkedIn, ton CV, tout ce que je pouvais consulter en ligne. Et c'est vrai que le mot qui ressortait le plus, c'était environnement. Comment tu l'expliques ? Qu'est-ce qui t'a conduit à te spécialiser dans ce domaine ?

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question. C'est un peu par hasard. En réalité, J'ai commencé dans les affaires publiques, j'ai fait du droit à Assas, j'ai fait des affaires publiques de la science politique à Assas également. J'ai fait ma première année d'apprentissage chez Airbus Group. Donc le prisme industriel, oui, a toujours été très prégnant dans mon parcours. Et ensuite, les premiers clients que j'ai défendus dans un cabinet lobbying qui s'appelle Science Publique étaient des clients dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Je me suis dit qu'il fallait me spécialiser parce qu'aujourd'hui, et c'est ce que je répète aussi souvent à des jeunes qui me posent des questions sur mon parcours, je pense qu'il faut être expert et technique et technicien. et non pas seulement experts en affaires publiques. Je pense que savoir rédiger un amendement, on le fait tous, et Ausha Bidil le fait bien mieux que nous aujourd'hui. Mais en revanche, avoir cette connaissance technique, scientifique du sujet que l'on défend, pour moi, c'est clé.

  • Speaker #1

    Et du coup, l'expertise que tu as choisi de l'environnement, c'est pour quelles raisons ?

  • Speaker #0

    Je pense que l'environnement, énergie, industrie, c'est très lié. Je suis très passionné par le monde industriel et passionné par l'entreprise, et j'estime que les entreprises ont vraiment leur rôle à jouer. dans la transition écologique. J'ai, après deux ans en cabinet de lobbying, j'étais un peu frustré parce que je n'avais pas cette expertise technique. Et conseiller des grands patrons alors qu'on sort d'études et qu'on n'est pas ingénieur. J'ai toujours été aussi beaucoup complexé de ne pas être ingénieur. Donc j'ai ensuite voulu apporter une petite touche un peu scientifique à mon parcours, donc chez AFNOR dans les normes environnementales, chez ENI dans les certificats d'économie d'énergie. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je suis expert non plus, mais en tout cas, j'ai une connaissance sectorielle qui pour moi est clé aujourd'hui dans les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Alors justement aujourd'hui, est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste ton rôle exactement ? Quel est ton quotidien ? Comment tu pourrais le décrire à quelqu'un qui n'est pas dans ce monde-là ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Alors j'ai disons trois ou quatre missions. Je m'occupe des affaires publiques en France, même si finalement, Schneider Electric ne fait pas beaucoup de lobbying parce qu'on fait beaucoup appel à nos fédérations professionnelles qui font le lobbying et qui le font très bien à notre place. Je m'occupe aussi des affaires internationales en lien avec le climat, la durabilité. Donc notre participation notamment à la grande conférence sur le climat à la COP. J'étais à la COP 28 à Dubaï, à la COP 29 à Bakou, à Nazarbaydjan, et je serai à la COP 30 à Belém. D'ailleurs, je rentre tout juste du Brésil où j'étais pour préparer cette grande conférence sur le climat. Également, notre participation à la Climate Week à New York et nos représentations de nos intérêts aussi dans des grandes coalitions internationales sur le climat, à l'instar du WBCSD et du Global Compact. Et ensuite, dernière... Corde à mon arc, je m'occupe également un peu de la représentation de nos pays, parce que Schneider Electric opère dans plus de 100 pays. Et lorsqu'il y a par exemple des ministres étrangers qui se rendent en France pour des visites officielles, je représente les patrons de zones de pays de Schneider Electric pendant ces visites-là.

  • Speaker #1

    Ok, donc de manière plus concrète pour moi qui suis externe à ce monde-là, si je comprends bien, une partie de ton métier, c'est de préparer ces rendez-vous, ces échéances-là, d'aller serrer les bonnes mains et de présenter les intérêts de Schneider Electric à la COP, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait, présenter les intérêts, présenter les solutions, présenter un peu ce qu'on apporte, ce qu'on peut apporter à l'entreprise privée. Par exemple, à la COP, on était pendant une semaine au Brésil pour préparer à la COP. Le but, c'est un peu de montrer ce qui fonctionne vraiment. Donc, ne pas faire des grands engagements, ne pas influer sur les négociations climatiques internationales, ce n'est pas notre rôle. Mais en revanche, montrer, tiens, dans tel projet, avec telle entreprise, on a permis de décarboner, de baisser la consommation d'énergie de 40%, on a permis d'apporter de l'énergie, de l'électricité verte à des communautés locales reculées en Amazonie. Donc, vraiment montrer ce qui fonctionne. Je pense que c'est vraiment le rôle du secteur privé dans ces grandes coalitions climatiques.

  • Speaker #1

    Et qu'est-ce que vous poussez en ce moment justement ? C'est quoi les cas d'usage qui fonctionnent et que vous présentez ?

  • Speaker #0

    Décarbonation avec l'électrification, décarbonation avec la digitalisation, et il faut mêler les deux, parce que quand on installe par exemple des panneaux solaires, il faut aussi de l'intelligence artificielle, il faut du digital pour comprendre, pour prévoir l'utilisation de ces panneaux solaires, il faut rendre globalement le bâtiment, les infrastructures, les data centers intelligents. Et si on veut rapporter cette intelligence, c'est avec le digital et avec l'électrique. On a également aussi tout un pilier social, un pacte social, parce que décarboner, ça n'a pas grand intérêt si on ne prend pas en compte les inégalités sociales, les inégalités économiques, laisser personne derrière le carreau et s'occuper aussi du volet humain de la transition. On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique.

  • Speaker #1

    Super, Claire. Merci Timothée. J'ai vu aussi que tu as cofondé la Fédération de la mode circulaire. C'est un engagement qui t'est personnel. En quoi ça consiste ? Est-ce que tu peux nous en parler ?

  • Speaker #0

    Tout à fait. Je m'ennuyais beaucoup dans ma vie professionnelle, donc j'ai décidé de cofonder cette fédération. Il y a trois ans maintenant, j'ai eu le plaidoyer avec une super équipe. On a deux personnes à plein temps. On a 300 entreprises adhérentes. Aujourd'hui, représentant tout le cycle de vie du vêtement, donc collecte, tri, recyclage, solution tech, marketing. place, grande marque du luxe, grande marque du retail. Donc ça va d'une petite friperie à LVMH et Kering. C'est génial de voir tout ce monde-là se parler, échanger, faire des affaires publiques, du plaidoyer ensemble. Se battre pour la circularité rentable. Donc rentable pour le consommateur, rentable pour le producteur. On travaille sur le bonus réparation, sur la TVA circulaire, on travaille beaucoup avec l'État pour impulser cet élan circulaire dans la filière textile et vêtements.

  • Speaker #1

    Comment on fait pour l'impulser ? À qui tu parles ? Comment ça se passe ? Par exemple, moi j'ai une amie qui travaille dans l'upcycling. Je trouve ça hyper intéressant et je trouve ça dommage que les grands groupes ne s'en emparent pas davantage. Comment est-ce que tu fais, toi ? Est-ce que c'est ce genre de sujet dont vous parlez ? Quels sont vos enjeux ? Comment ça marche ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Dans l'upcycling, par exemple, quand on lance une marque d'upcycling, il faut se sourcer. Donc, on se source en vêtements, en fin de vêtements, en fin de stock. Donc, il faut créer des partenariats, notamment avec des grandes marques du luxe pour récupérer leurs vêtements usagés. Donc oui, c'est vraiment par des partenariats entre différents acteurs qu'on peut impulser des choses. Ensuite, il faut évidemment que ces petites marques, ces startups soient accompagnées. Parce qu'à la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables. Parce que c'est moins cher aussi. Donc essayer de rendre ces vêtements-là, ces produits-là moins chers. Évidemment, moins chers à consommer, moins chers à produire. Surtout par rapport à des produits de Chine et de Temu qui coûtent 2 ou 3 euros.

  • Speaker #1

    En parlant d'économie, comment est-ce que vous financez ces deux temps pleins ?

  • Speaker #0

    On les finance par l'écolisation de nos adhérents. Tu me demandais comment on a créé ça. C'est toujours compliqué de créer une association. Déjà de se rendre expert et légitime. Il y a d'autres associations qui existent. On a eu certaines critiques au début parce qu'évidemment, il y a quand même ce gros camembert des aides publiques. Et forcément, quand il y a un nouvel acteur qui arrive, une nouvelle association, les autres associations se disent « mince, il y en aura peut-être un peu moins pour moi » . Bon, on ne bénéficie pas d'argent public. On voulait être tout à fait indépendant, parce que tout à fait indépendant à la fois vis-à-vis de l'État, mais aussi à la fois vis-à-vis des autres acteurs. On ne voulait pas avoir un gros sponsor qui nous finance la moitié de notre chiffre d'affaires, donc principalement avec les adhésions. On a eu un peu d'aide récente de ReFashion, qui est l'éco-organisme de la filière TLC. Sinon, on est tout à fait indépendant et on a aussi une belle armée de bénévoles.

  • Speaker #1

    Ok. Du coup, à quoi ressemble ta semaine ? Est-ce que c'est le week-end, la fédération et la semaine, ton travail officiel ?

  • Speaker #0

    C'est le soir, le week-end, parfois sur le poste déjeuner. Je travaille pour la fédération et le reste du temps pour Schneider Electric.

  • Speaker #1

    Est-ce qu'il y a des choses qui se rejoignent ? Ou est-ce que c'est vraiment deux mondes qui n'ont rien à voir ?

  • Speaker #0

    Il y a des choses qui se rejoignent sur la circularité, évidemment. Schneider Electric promeut beaucoup d'initiatives circulaires sur ses produits, le remanufacturing, le reuse. Donc il y a des choses communes. En parallèle, je suis aussi au conseil d'administration de l'INEC, donc je peux aussi parler de ces choses communes. Ensuite, je dirais que Schneider Electric est une entreprise française, reconnue, aujourd'hui la quatrième entreprise. reprise du CAC 40, qui est assez méconnu après ces trois mastodontes du luxe. Mais Schneider, faire du lobbying, c'est relativement simple en fait. On contactait d'ailleurs le président qu'on est les ministres, et donc on n'a pas forcément besoin d'un responsable d'affaires publiques pour contacter un ministre. En revanche, quand on travaille pour une fédération, il faut tout inventer, il faut tout réinventer, il faut être légitime, il faut que l'État nous reconnaisse comme un acteur légitime, qu'il faut consulter. Donc c'est... Un peu quand on apprend les bases du lobbying, quand j'ai appris ça il y a dix ans à Dauphine, j'ai pu expérimenter les bases du lobbying quand j'ai créé cette fédération il y a trois ans.

  • Speaker #1

    C'est quoi les bases du lobbying ? Alors c'est faire un travail un peu de commercial, on décroche son téléphone, on essaye de se faire son réseau à soi, comment ça fonctionne ?

  • Speaker #0

    C'est faire une cartographie, c'est faire les premières rencontres, c'est pousser les premiers messages. Alors avec la fédération, on a ces trois livres-blogs qu'on appelle les programmes communs pour la mode circulaire. Donc avec Havoc... 15 propositions de mesures, vraiment apporter des mesures concrètes, précises, prêtes à être mises en place à l'État, au pouvoir public. Rencontrer un acteur, juste pour le rencontrer, ça n'a pas beaucoup d'impact. Juste arriver avec des propositions clés en main pour circulariser la filière textile. Voilà, c'est comme ça. Et ça, c'est ce qu'on nous apprend à l'école. Il faut rédiger les premières mesures, il faut rencontrer, il faut faire une cartographie, il faut arriver avec les bons messages. On se rend compte que quand on arrive avec les bons messages, même si on n'est pas connu, ça fonctionne quand même.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant. Souvent, quand on monte un projet du début, c'est qu'on est passionné par la problématique. Est-ce que tu as une passion pour la mode circulaire ?

  • Speaker #0

    J'ai une passion pour la circularité. Je n'ai pas forcément une passion pour la mode en soi, mais j'ai monté ça avec ma copine de l'époque qui est maintenant ma femme, avec d'autres amis. Donc au début, c'était plutôt quelque chose, disons par amour. on a lancé ça ensemble, ça m'a permis de travailler ensemble c'est assez chouette de travailler avec sa femme et ensuite on a une vraie passion pour la circularité et je pense que la mode est quand même le secteur qui doit changer, qui a les moyens de changer et donc c'est toujours intéressant de s'occuper d'abord des secteurs qui ont les moyens et qui doivent changer En parlant de changement,

  • Speaker #1

    de transition donc t'as participé t'en as parlé tout à l'heure à la COP28 est-ce que pour toi il y a des avancées majeures qu'on peut encore... souligné ou est-ce que la situation est aussi terrible qu'elle y paraît quand on lit les rapports du GIEC et même plus récemment quand on voit les Etats-Unis et leur engouement plutôt dans le mauvais sens pour le réchauffement climatique. Qu'est-ce que t'en penses ? Est-ce que t'en ressors du positif quand même ?

  • Speaker #0

    Je répondrai oui aux deux questions. Oui, la situation est dramatique. Oui, il y a des solutions qui existent. Et oui, les COP, les conférences sur le climat sont utiles. Elles sont utiles sur deux points. Alors en effet, il y a des négociations climatique, il est primordial que les États, les négociateurs climatiques se rencontrent. Il est aussi primordial que les entreprises se rencontrent. Il y a eu beaucoup de critiques après notamment la COP 28, après la COP 29 sur le nombre de lobbyistes qui étaient présents à la COP. Ce que j'aimerais dire, c'est qu'on n'est pas là pour rencontrer les négociateurs climatiques. Et alors, c'est peut-être aussi critiquable, on est aussi là pour faire du business lié au climat. Et donc à la COP, s'il y a des grandes annonces qui se font sur un investissement dans les panneaux solaires, dans les éoliennes, dans tel ou tel sujet, dans les bâtiments, dans l'efficacité énergétique, c'est aussi, disons que c'est tout bénef pour le climat. Et voilà, donc on est là aussi pour rencontrer des acteurs privés et les acteurs privés sont là pour rencontrer d'autres acteurs privés. Ensuite, à la COP 28, oui, il y a eu la rédaction du Global Stock Take. qui mentionnait les énergies renouvelables qu'il fallait tripler et l'efficacité énergétique qu'il fallait doubler. Donc ça, c'est clé pour nous également. Ça, c'est vraiment accès solution, oui.

  • Speaker #1

    J'ai lu que les axes clés, justement, de Schneider Electric, c'est électrification et numérisation. Est-ce que tu peux en parler davantage ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?

  • Speaker #0

    Oui, nous, Schneider Electric, on fait donc de la gestion de l'énergie et des automatismes industriels. Et on considère que la durabilité ne peut se faire qu'avec l'électrification et la digitalisation. C'est-à-dire qu'en effet, il faut électrifier, alors il faut aussi former les électriciens de demain. Il faut électrifier les usages. On voit en France avec les véhicules électriques, il faut électrifier les bâtiments. Et via l'électrification, on peut rapporter de la flexibilité. Via l'électrification, notamment, alors on a beaucoup parlé de l'offre. décarboner l'offre, évidemment il faut passer aux renouvelables, évidemment il faut cesser les énergies fossiles, mais il faut aussi s'occuper de la demande. La demande c'est la consommation énergétique. On peut faire plus de la moitié de l'effort, c'est un rapport de l'agence internationale de l'énergie, plus de moitié de l'effort via la demande en énergie. Donc la demande c'est apporter de la flexibilité, électrifier les usages. Et pour électrifier, pour flexibiliser tout ça, il faut du digital. Il faut du digital pour prévoir la consommation, pour adapter la consommation par rapport à la météo, pour la bonne utilisation de l'énergie solaire, par exemple, pour qu'il n'y ait pas d'énergie perdue. Donc pour ça, il faut électrification plus digitalisation.

  • Speaker #1

    Si toi, justement, tu étais au Parlement européen, que tu pouvais décider de la priorité maintenant pour le climat et pour l'énergie, ce serait quoi là pour toi ?

  • Speaker #0

    Moi, il y a mille priorités.

  • Speaker #1

    Si tu devais en choisir une, comme le génie qui demande un vœu... Qu'est-ce que ça serait pour toi ?

  • Speaker #0

    Il faut s'occuper de l'efficacité énergétique dans le bâtiment. On a aujourd'hui, notamment dans les bâtiments publics, les bâtiments publics ne sont quand même pas les mieux équipés en termes de gestion de l'énergie. Il y a quand même beaucoup de pertes énergétiques. Tout ça, on peut installer des boîtiers, on peut installer du digital, ce qu'on appelle la gestion technique du bâtiment, pour faire en sorte de consommer mieux, de consommer moins. Donc en France, on a par exemple le décret Bax, on a le décret tertiaire. il faut pousser cela également au haut Au niveau européen, il faut en sorte que les bâtiments soient flexibles et donc soient intelligents.

  • Speaker #1

    En termes de lobbying, cette émission s'appelle M6, c'est la fabrique de la loi. Quel levier d'action vous avez ? Qu'est-ce que vous essayez de pousser comme législation ? Est-ce que c'est ce dont tu viens de parler, par exemple ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. On essaye de pousser des choses sur l'électrification. On essaye de pousser notamment sur les véhicules électriques. La conversion de la flore de véhicules professionnels à l'électrique, par exemple. On a de nombreux sujets sur le digital, sur l'électrification, sur les bâtiments, sur les data centers également. On voit aussi beaucoup le côté néfaste de l'intelligence artificielle, mais l'intelligence artificielle et les data centers ont aussi un rôle clé pour le climat. Donc on essaye de pousser tous ces sujets-là, bâtiments, résidentiels également, infrastructures, usines, rendre un peu tous ces marchés plus efficients, plus intelligents.

  • Speaker #1

    Super clair. J'ai vu aussi que durant les réunions auxquelles tu participes, donc COP 28, 29, même bientôt 30, c'est toi qui accompagnes le président de Schneider Electric, entre autres, je me trompe ?

  • Speaker #0

    Entre autres.

  • Speaker #1

    Entre autres. Et du coup, comment on fait déjà pour être choisi ? Ensuite, est-ce que tu as ton mot à dire ? Qu'est-ce que tu y apprends ?

  • Speaker #0

    Alors, je ne suis pas forcément le seul, mais comme je m'occupe de la COP, je suis parfois avec le président ou avec le CEO ou avec d'autres membres du COMEX. Ce qu'on y apprend, c'est que dans ces grands rendez-vous avec ces grands chefs, alors on ne parle pas de technique, ils ne vont pas là, ils ne vont pas là pour signer des contrats, ils n'arrivent pas avec des decks tout faits, ce ne sont pas des commerciaux, mais le président et tous les grands de ce monde ont quand même un coup d'avance. Donc ils sont là quand même pour fixer les grands sujets de demain. Et ensuite, une fois qu'ils ont appris, une fois qu'ils ont parlé, une fois qu'ils ont élargi, ensuite ils vont parler avec leurs équipes qui vont mettre en place ces grands sujets. Mais c'est très intéressant d'être dans la même salle que deux pontes qui ont 10 heures d'avance.

  • Speaker #1

    Qu'est-ce que tu as appris ? Est-ce qu'il y a une leçon que tu peux partager ?

  • Speaker #0

    J'apprends qu'on ne parle pas toujours de boulot et que c'est comme ça qu'on se fait son réseau. Et d'ailleurs, c'est un peu le conseil que je peux te donner. C'est pour ça que j'aime bien mon métier. C'est que je parle de boulot avec toi, mais avec d'autres professionnels des affaires publiques. Ce qui est aussi sympa, c'est de parler d'autres choses que le boulot. et c'est comme ça aussi qu'on crée des liens, c'est comme ça qu'on crée son réseau. Quand on va dîner avec quelqu'un, on ne va pas parler trois heures de boulot. Donc, on parle des voyages, on parle de la famille. Et c'est aussi comme ça qu'on peut se faire son réseau. Donc, c'est pareil avec tous les grands de ce monde. Ils ne sont pas là avec leurs bullet points à parler boulot constamment pendant une heure. Donc, comme ça qu'on peut apprécier quelqu'un. Et ensuite, on peut passer à quelqu'un pour l'inviter quelque part. Donc, tout n'est pas que travail.

  • Speaker #1

    C'est bien noté. On va passer à la séquence vrai-faux, si tu le veux bien. Je vais te donner donc trois affirmations et tu répondras par vrai ou faux et tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase c'est l'électrification et la solution miracle pour atteindre la neutralité carbone. Je vais peut-être enlever miracle parce que forcément c'est un peu facile, mais est-ce que pour toi c'est la solution pour atteindre la neutralité carbone ?

  • Speaker #0

    Alors c'est pas la solution miracle, ça c'est sûr, c'est une des solutions. avec aussi la décarbonation du sourcing en énergie, avec aussi un changement chez les consommateurs, avec aussi une réaction des gouvernements, une réaction des entreprises. Donc oui, c'est une des solutions. Je ne vois pas comment on peut... Enfin, on demande à un offreur de dessiner le monde tel qu'il le voit en 2050. « Généralement, on voit des réseaux partout. On voit des fils électriques, on voit des trucs comme ça, on voit des écrans. Finalement, ce qui dessine, c'est l'électrification. Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électrique. Sans électrique, parce que l'électrique est pilotable, l'électrique est flexible, l'électrique permet d'intégrer les renouvelables. Donc oui, c'est une des grandes solutions pour 2050, mais même pour avoir, d'ailleurs. »

  • Speaker #1

    La seconde affirmation, les entreprises ont plus d'influence que les États dans les négociations climatiques internationales.

  • Speaker #0

    Alors, dans les négociations, non. Les entreprises ont-elles plus d'influence que les États dans la lutte contre le changement climatique ? C'est un grand débat. Je n'ai pas la réponse. Je pense que si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seuls, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact. Donc, il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triangle de l'inaction. Donc, il faut que les trois puissent agir en même temps. Mais en revanche, il faut... absolument que les entreprises agissent. Ça, c'est évident. C'est pour ça qu'il y a des partenariats entre entreprises, pour ça qu'on travaille avec le Global Compact des Nations Unies, avec le World Business Council for Sustainable Development, WBCSD. Oui, il faut créer des coalitions d'entreprises pour agir tous en même temps. Ça, c'est évident.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu penses que les entreprises françaises, elles devraient montrer l'exemple ou est-ce qu'elles n'en ont pas les moyens ?

  • Speaker #0

    Ce n'est pas une question de montrer l'exemple, c'est une question d'agir tous ensemble et de rendre un peu la... En fait, les gouvernements... Leur rôle, c'est de rendre la sustainability, rendre la décarbonation rentable. Nous, chez Schneider, depuis 2019, on a aidé à sauver, éviter 700 millions de tonnes de CO2 à nos clients. Alors, c'est relativement simple pour nous parce que c'est rentable, parce que nos clients veulent consommer moins d'énergie. On leur fournit des outils, des solutions pour consommer moins d'énergie. On fait aussi pareil avec nos fournisseurs. Mais à la fin, il faut que ce soit rentable de consommer moins d'énergie. Donc, il faut lutter pour une taxe carbone, par exemple. Il faut que ce soit rentable de consommer moins, de consommer mieux. Donc c'est au gouvernement, et ensuite, évidemment, si c'est rentable, il y a des business models qui se créent, mais c'est pareil pour la mode circulaire. Si la mode circulaire devient rentable, tout le monde va s'y mettre.

  • Speaker #1

    Pour que ce soit rentable, est-ce qu'il faut que ce soit aidé au début ? Il faut qu'il y ait des subventions ? Justement, tu parlais du fait qu'il y a beaucoup de personnes qui vont vers la seconde main parce que c'est moins cher, mais résultat, ça ne produit pas beaucoup d'emplois, c'est à petite échelle. Est-ce qu'il y a une possibilité de rendre ce mode de vie le mode de vie principal et pas alternatif ?

  • Speaker #0

    Il y a quand même beaucoup d'emplois qui sont créés par la mode circulaire, par la seconde main. En plus, ce sont des emplois locaux qui ne sont pas délocalisables, qui font travailler l'économie locale, qui bénéficient aussi à notre pays. Donc le principe de la circularité, ce qui est assez intéressant, c'est que la circularité n'est pas un sujet politique. Pourquoi ? Parce que ça satisfait tout le monde. On parle à la gauche, à la droite. Tout le monde, la circularité, c'est les ressources. C'est les ressources qu'il y a sur notre sol. C'est durable, c'est rentable. C'est... C'est l'industrie française, donc ça satisfait à peu près tout le monde. Il y a un vrai marché de la mode circulaire pour le coup. Et il faut être aidé au départ, impulser ensuite une vraie dynamique business. On voit avec le fonds réparation. Donc aujourd'hui, on arrive avec le fonds réparation à impulser ça. Et ensuite, ça va devenir rentable. On l'a vu avec les panneaux solaires. Les panneaux solaires ont été ultra subventionnés au début. Et maintenant, c'est une énergie qui est de moins en moins subventionnée, qui est bien plus rentable et avec un coût au kilowattheure qui est quasiment le plus bas de toutes les énergies.

  • Speaker #1

    Et ma dernière phrase. C'est la numérisation de l'énergie est un luxe pour les pays développés, mais pas une priorité pour les pays en développement.

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question également. Je dirais que c'est faux aujourd'hui. Il faut du digital partout. On fait avec Schneider Electric, on a des grands programmes d'accès à l'énergie. On a deux villages en Inde qui s'appellent les Climate Smart Village. Donc, on apporte de l'intelligence et donc on va apporter de l'énergie solaire, des panneaux solaires. On va permettre ensuite aux revenus agricoles de gonfler grâce aux panneaux solaires qui sont ensuite intégrés directement à leur process agricole. Mais ça, c'est avec du digital également. Donc, c'est vu comme un luxe, mais il faut directement que les communautés locales, que les communautés défavorisées puissent utiliser le digital, à la fois parce qu'il y a un meilleur rendement et parce que ça permet de mieux utiliser l'énergie solaire et les renouvelables. Alors on a aussi beaucoup de problèmes d'accès à l'éducation et on a des formations au digital, à l'intelligence artificielle. Et ça, il faut que les acteurs, la population défavorisée soit acteur de la transition parce qu'on ne pourra pas faire la transition sans eux. Et aujourd'hui, ils sont les premières victimes du changement climatique. Donc autant qu'il faut qu'il soit acteur du changement climatique, acteur de la transition. Et donc pour être acteur de la transition, il faut à tout prix avoir ses connaissances et de l'énergie et du digital.

  • Speaker #1

    Super clair, Timothée. On va passer à la dernière séquence avant la conclusion, qui est la séquence. conviction et transmission. Donc tu parlais, tu disais tout à l'heure que t'aurais adoré entendre ce podcast qu'il y a dix ans. Qu'est-ce que t'aurais aimé entendre justement ? Est-ce que t'as des conseils à partager à quelqu'un qui souhaite s'engager dans le domaine des affaires publiques ou de l'énergie ? Mon conseil,

  • Speaker #0

    ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est de connaître les sujets techniques. Je trouve que faire des affaires publiques pour faire des affaires publiques, ça n'a pas grand intérêt. C'est un peu ce qui m'a moqué dans mon parcours. Après six ans d'études, donc droit à la science politique, à faire public, j'étais expert en rien, expert en tout. C'est un peu le sujet parfois dans les affaires publiques, c'est qu'on peut blablater sur beaucoup de sujets, mais on n'est pas vraiment expert. Et je pense que les parcours, il y a 15-20 ans, où on était directeur des affaires publiques d'un grand groupe de l'agroalimentaire, puis de l'industrie, puis de l'aéronautique, ça ne fonctionne plus comme ça aujourd'hui. Il faut à tout prix avoir une connaissance technique du sujet et si possible rester dans le même secteur toute sa vie.

  • Speaker #1

    Si tu voyais le Timothée qui sort de Dauphine devant toi, qu'est-ce que tu aurais aimé savoir à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'aurais aimé savoir que je ne connaissais rien, que j'étais expert en rien, qu'il fallait que je travaille énormément et que je me spécialise sur un sujet. J'avais, disons, beaucoup trop de confiance en moi quand je suis sorti d'école. Après, d'ailleurs, j'ai passé quatre mois au chômage. J'étais tellement sûr de moi que je pensais que les entreprises allaient se précipiter pour m'avoir, ce qui n'était pas du tout le cas, évidemment. Ensuite, on ne peut pas être un bon lobbyiste et faire des affaires publiques si on traite trop de sujets en même temps. Donc, se spécialiser assez vite, avoir aussi un parcours cohérent. qu'on peut expliquer facilement dix ans plus tard dans un podcast, par exemple. Donc voilà, c'est ce que j'aurais aimé savoir.

  • Speaker #1

    Aussi, du coup, au travers de ce parcours, il y a beaucoup de choses qui se rejoignent, comme tu le disais, un parcours cohérent. Est-ce que tu défends une certaine vision de la société ? Quel combat est-ce que tu mènes ?

  • Speaker #0

    Je pense qu'il faut, par rapport aussi à ta question précédente, il faut s'engager aussi quand on défend une cause. Il faut s'engager, il ne faut pas se... Avoir un parcours professionnel, c'est aujourd'hui pas suffisant. Il faut avoir des actions à côté, il faut avoir un engagement associatif. C'est clé aujourd'hui quand on croit à quelque chose. Moi, c'est la circularité de la mode, mais ça peut être autre chose. J'ai aussi été mentor avec plusieurs organisations, avec HOK, avec Article 1. Vraiment s'engager, s'engager dans des ONG, dans des associations, pour moi c'est clé, c'est ce que je conseille également quand on croit un sujet. Soit on a un travail qui est dédié à ce sujet-là, c'est encore mieux, soit sinon on s'engage pour une ONG, pour une association, pour défendre ce sujet.

  • Speaker #1

    On va arriver au bout de cet épisode, est-ce qu'il y a quelque chose que tu voulais exprimer ici que tu n'as pas encore eu le temps de développer ?

  • Speaker #0

    Je pense que j'ai tout dit, en tout cas ça a été très riche et ça fait beaucoup de bien, je n'ai pas l'habitude de parler de mon parcours, donc ça fait beaucoup de bien de... parler de tout aussi, voilà, d'essayer de construire un peu son discours.

  • Speaker #1

    Parfait. Et pour finir, alors, est-ce que tu as une recommandation culturelle à nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, il y a une semaine, j'ai vu conclave de l'avion. Ça n'a pas porté chance au pape. Donc, je ne donnerai pas forcément de recommandation culturelle. Non, j'ai vu Goliath, d'ailleurs. Il y a à votre tiers, Goliath, sur le lobbying avec Pianiné, Gilles Lelouch. Ah, c'est intéressant. Ce n'est pas comme ça qu'on fait du lobbying. Donc, j'invite les gens qui ont vu Goliath à se rapprocher de toi, de moi, d'autres personnes pour voir ... comment on fait du vrai lobbying.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, Timothée.

  • Speaker #0

    Merci à toi, Pierre.

  • Speaker #1

    Salut. Merci d'avoir écouté Hémicycle, le podcast qui décrypte la fabrique de la loi. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui vous aide dans votre veille institutionnelle. À bientôt.

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Description


💬 « À la fin, tout n’est qu’économique. »
💬 « Il faut que consommer moins d’énergie soit rentable. »
💬 « Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électricité. »
💬 « On ne peut pas être un bon lobbyiste si on traite trop de sujets en même temps. »

Dans cet épisode, je reçois Timothée Macé Dubois, responsable des affaires publiques internationales chez Schneider Electric, l’un des leaders mondiaux de la gestion de l’énergie et de l’automatisation industrielle. À travers son parcours mêlant transition écologique, diplomatie climatique et engagement associatif, Timothée nous livre une vision précise et exigeante du rôle des entreprises dans la lutte contre le dérèglement climatique.


🎧 On parle de :


✅ Son rôle au sein de Schneider Electric et sa participation aux COP 28, 29 et bientôt 30
✅ Le lien indissociable entre électrification, numérisation et décarbonation
✅ L’importance de rendre la sobriété énergétique économiquement viable
✅ Sa cofondation de la Fédération de la mode circulaire et des enjeux liés à la durabilité dans le textile
✅ Le rôle des coalitions d’entreprises et des ONG dans l’action climatique
✅ La différence entre plaidoyer et lobbying, et comment réconcilier les deux
✅ Les fondamentaux d’un bon travail d’influence : cartographie, messages clairs, légitimité


Un épisode dense et sans langue de bois sur la fabrique du lobbying climatique, les rapports entre secteur public et secteur privé, et l’urgence de penser des solutions durables, accessibles et inclusives.


Vous pouvez contacter Pierre sur Linkedin.

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Transcription

  • Speaker #0

    On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique. Si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seules, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact, donc il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triomphe de l'inaction. À la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables, parce que c'est moins cher aussi.

  • Speaker #1

    Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Timothée Massé-Dubois, expert en affaires publiques internationales chez Schneider Electric, le leader mondial de la gestion de l'énergie. Timothée, tu joues un rôle clé dans les négociations climatiques internationales, notamment lors de la COP28 ou plus récemment la COP30, tu pourras nous en parler. Et donc tu contribues à des discussions majeures sur l'électrification et la numérisation pour un avenir durable. Salut Timothée !

  • Speaker #0

    Bonjour Pierre !

  • Speaker #1

    Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à cette description de ton parcours ?

  • Speaker #0

    Déjà, je voudrais te féliciter pour ce podcast. Je trouve ça très riche, très intéressant. J'ai eu la chance d'écouter les premiers que tu as faits et j'aurais adoré entendre ces podcasts il y a dix ans quand je me suis orienté vers les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Merci, ça fait plaisir. Merci beaucoup. Et concernant ton parcours, est-ce qu'il y a des choses qui te paraissent importantes que j'aurais manqué ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'influe pas exactement directement sur les négociations climatiques. Le rôle d'une entreprise, ce n'est pas forcément d'influer sur les négociations climatiques. c'est plutôt de... d'apporter les solutions qui existent vraiment et d'ailleurs qui sont durables, durables en termes aussi financiers, pour lutter contre le changement climatique.

  • Speaker #1

    Timothée, tu as plus de 9 ans d'expérience dans les affaires internationales et réglementaires, principalement dans le secteur de l'énergie. J'ai regardé ton LinkedIn, ton CV, tout ce que je pouvais consulter en ligne. Et c'est vrai que le mot qui ressortait le plus, c'était environnement. Comment tu l'expliques ? Qu'est-ce qui t'a conduit à te spécialiser dans ce domaine ?

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question. C'est un peu par hasard. En réalité, J'ai commencé dans les affaires publiques, j'ai fait du droit à Assas, j'ai fait des affaires publiques de la science politique à Assas également. J'ai fait ma première année d'apprentissage chez Airbus Group. Donc le prisme industriel, oui, a toujours été très prégnant dans mon parcours. Et ensuite, les premiers clients que j'ai défendus dans un cabinet lobbying qui s'appelle Science Publique étaient des clients dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Je me suis dit qu'il fallait me spécialiser parce qu'aujourd'hui, et c'est ce que je répète aussi souvent à des jeunes qui me posent des questions sur mon parcours, je pense qu'il faut être expert et technique et technicien. et non pas seulement experts en affaires publiques. Je pense que savoir rédiger un amendement, on le fait tous, et Ausha Bidil le fait bien mieux que nous aujourd'hui. Mais en revanche, avoir cette connaissance technique, scientifique du sujet que l'on défend, pour moi, c'est clé.

  • Speaker #1

    Et du coup, l'expertise que tu as choisi de l'environnement, c'est pour quelles raisons ?

  • Speaker #0

    Je pense que l'environnement, énergie, industrie, c'est très lié. Je suis très passionné par le monde industriel et passionné par l'entreprise, et j'estime que les entreprises ont vraiment leur rôle à jouer. dans la transition écologique. J'ai, après deux ans en cabinet de lobbying, j'étais un peu frustré parce que je n'avais pas cette expertise technique. Et conseiller des grands patrons alors qu'on sort d'études et qu'on n'est pas ingénieur. J'ai toujours été aussi beaucoup complexé de ne pas être ingénieur. Donc j'ai ensuite voulu apporter une petite touche un peu scientifique à mon parcours, donc chez AFNOR dans les normes environnementales, chez ENI dans les certificats d'économie d'énergie. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je suis expert non plus, mais en tout cas, j'ai une connaissance sectorielle qui pour moi est clé aujourd'hui dans les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Alors justement aujourd'hui, est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste ton rôle exactement ? Quel est ton quotidien ? Comment tu pourrais le décrire à quelqu'un qui n'est pas dans ce monde-là ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Alors j'ai disons trois ou quatre missions. Je m'occupe des affaires publiques en France, même si finalement, Schneider Electric ne fait pas beaucoup de lobbying parce qu'on fait beaucoup appel à nos fédérations professionnelles qui font le lobbying et qui le font très bien à notre place. Je m'occupe aussi des affaires internationales en lien avec le climat, la durabilité. Donc notre participation notamment à la grande conférence sur le climat à la COP. J'étais à la COP 28 à Dubaï, à la COP 29 à Bakou, à Nazarbaydjan, et je serai à la COP 30 à Belém. D'ailleurs, je rentre tout juste du Brésil où j'étais pour préparer cette grande conférence sur le climat. Également, notre participation à la Climate Week à New York et nos représentations de nos intérêts aussi dans des grandes coalitions internationales sur le climat, à l'instar du WBCSD et du Global Compact. Et ensuite, dernière... Corde à mon arc, je m'occupe également un peu de la représentation de nos pays, parce que Schneider Electric opère dans plus de 100 pays. Et lorsqu'il y a par exemple des ministres étrangers qui se rendent en France pour des visites officielles, je représente les patrons de zones de pays de Schneider Electric pendant ces visites-là.

  • Speaker #1

    Ok, donc de manière plus concrète pour moi qui suis externe à ce monde-là, si je comprends bien, une partie de ton métier, c'est de préparer ces rendez-vous, ces échéances-là, d'aller serrer les bonnes mains et de présenter les intérêts de Schneider Electric à la COP, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait, présenter les intérêts, présenter les solutions, présenter un peu ce qu'on apporte, ce qu'on peut apporter à l'entreprise privée. Par exemple, à la COP, on était pendant une semaine au Brésil pour préparer à la COP. Le but, c'est un peu de montrer ce qui fonctionne vraiment. Donc, ne pas faire des grands engagements, ne pas influer sur les négociations climatiques internationales, ce n'est pas notre rôle. Mais en revanche, montrer, tiens, dans tel projet, avec telle entreprise, on a permis de décarboner, de baisser la consommation d'énergie de 40%, on a permis d'apporter de l'énergie, de l'électricité verte à des communautés locales reculées en Amazonie. Donc, vraiment montrer ce qui fonctionne. Je pense que c'est vraiment le rôle du secteur privé dans ces grandes coalitions climatiques.

  • Speaker #1

    Et qu'est-ce que vous poussez en ce moment justement ? C'est quoi les cas d'usage qui fonctionnent et que vous présentez ?

  • Speaker #0

    Décarbonation avec l'électrification, décarbonation avec la digitalisation, et il faut mêler les deux, parce que quand on installe par exemple des panneaux solaires, il faut aussi de l'intelligence artificielle, il faut du digital pour comprendre, pour prévoir l'utilisation de ces panneaux solaires, il faut rendre globalement le bâtiment, les infrastructures, les data centers intelligents. Et si on veut rapporter cette intelligence, c'est avec le digital et avec l'électrique. On a également aussi tout un pilier social, un pacte social, parce que décarboner, ça n'a pas grand intérêt si on ne prend pas en compte les inégalités sociales, les inégalités économiques, laisser personne derrière le carreau et s'occuper aussi du volet humain de la transition. On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique.

  • Speaker #1

    Super, Claire. Merci Timothée. J'ai vu aussi que tu as cofondé la Fédération de la mode circulaire. C'est un engagement qui t'est personnel. En quoi ça consiste ? Est-ce que tu peux nous en parler ?

  • Speaker #0

    Tout à fait. Je m'ennuyais beaucoup dans ma vie professionnelle, donc j'ai décidé de cofonder cette fédération. Il y a trois ans maintenant, j'ai eu le plaidoyer avec une super équipe. On a deux personnes à plein temps. On a 300 entreprises adhérentes. Aujourd'hui, représentant tout le cycle de vie du vêtement, donc collecte, tri, recyclage, solution tech, marketing. place, grande marque du luxe, grande marque du retail. Donc ça va d'une petite friperie à LVMH et Kering. C'est génial de voir tout ce monde-là se parler, échanger, faire des affaires publiques, du plaidoyer ensemble. Se battre pour la circularité rentable. Donc rentable pour le consommateur, rentable pour le producteur. On travaille sur le bonus réparation, sur la TVA circulaire, on travaille beaucoup avec l'État pour impulser cet élan circulaire dans la filière textile et vêtements.

  • Speaker #1

    Comment on fait pour l'impulser ? À qui tu parles ? Comment ça se passe ? Par exemple, moi j'ai une amie qui travaille dans l'upcycling. Je trouve ça hyper intéressant et je trouve ça dommage que les grands groupes ne s'en emparent pas davantage. Comment est-ce que tu fais, toi ? Est-ce que c'est ce genre de sujet dont vous parlez ? Quels sont vos enjeux ? Comment ça marche ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Dans l'upcycling, par exemple, quand on lance une marque d'upcycling, il faut se sourcer. Donc, on se source en vêtements, en fin de vêtements, en fin de stock. Donc, il faut créer des partenariats, notamment avec des grandes marques du luxe pour récupérer leurs vêtements usagés. Donc oui, c'est vraiment par des partenariats entre différents acteurs qu'on peut impulser des choses. Ensuite, il faut évidemment que ces petites marques, ces startups soient accompagnées. Parce qu'à la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables. Parce que c'est moins cher aussi. Donc essayer de rendre ces vêtements-là, ces produits-là moins chers. Évidemment, moins chers à consommer, moins chers à produire. Surtout par rapport à des produits de Chine et de Temu qui coûtent 2 ou 3 euros.

  • Speaker #1

    En parlant d'économie, comment est-ce que vous financez ces deux temps pleins ?

  • Speaker #0

    On les finance par l'écolisation de nos adhérents. Tu me demandais comment on a créé ça. C'est toujours compliqué de créer une association. Déjà de se rendre expert et légitime. Il y a d'autres associations qui existent. On a eu certaines critiques au début parce qu'évidemment, il y a quand même ce gros camembert des aides publiques. Et forcément, quand il y a un nouvel acteur qui arrive, une nouvelle association, les autres associations se disent « mince, il y en aura peut-être un peu moins pour moi » . Bon, on ne bénéficie pas d'argent public. On voulait être tout à fait indépendant, parce que tout à fait indépendant à la fois vis-à-vis de l'État, mais aussi à la fois vis-à-vis des autres acteurs. On ne voulait pas avoir un gros sponsor qui nous finance la moitié de notre chiffre d'affaires, donc principalement avec les adhésions. On a eu un peu d'aide récente de ReFashion, qui est l'éco-organisme de la filière TLC. Sinon, on est tout à fait indépendant et on a aussi une belle armée de bénévoles.

  • Speaker #1

    Ok. Du coup, à quoi ressemble ta semaine ? Est-ce que c'est le week-end, la fédération et la semaine, ton travail officiel ?

  • Speaker #0

    C'est le soir, le week-end, parfois sur le poste déjeuner. Je travaille pour la fédération et le reste du temps pour Schneider Electric.

  • Speaker #1

    Est-ce qu'il y a des choses qui se rejoignent ? Ou est-ce que c'est vraiment deux mondes qui n'ont rien à voir ?

  • Speaker #0

    Il y a des choses qui se rejoignent sur la circularité, évidemment. Schneider Electric promeut beaucoup d'initiatives circulaires sur ses produits, le remanufacturing, le reuse. Donc il y a des choses communes. En parallèle, je suis aussi au conseil d'administration de l'INEC, donc je peux aussi parler de ces choses communes. Ensuite, je dirais que Schneider Electric est une entreprise française, reconnue, aujourd'hui la quatrième entreprise. reprise du CAC 40, qui est assez méconnu après ces trois mastodontes du luxe. Mais Schneider, faire du lobbying, c'est relativement simple en fait. On contactait d'ailleurs le président qu'on est les ministres, et donc on n'a pas forcément besoin d'un responsable d'affaires publiques pour contacter un ministre. En revanche, quand on travaille pour une fédération, il faut tout inventer, il faut tout réinventer, il faut être légitime, il faut que l'État nous reconnaisse comme un acteur légitime, qu'il faut consulter. Donc c'est... Un peu quand on apprend les bases du lobbying, quand j'ai appris ça il y a dix ans à Dauphine, j'ai pu expérimenter les bases du lobbying quand j'ai créé cette fédération il y a trois ans.

  • Speaker #1

    C'est quoi les bases du lobbying ? Alors c'est faire un travail un peu de commercial, on décroche son téléphone, on essaye de se faire son réseau à soi, comment ça fonctionne ?

  • Speaker #0

    C'est faire une cartographie, c'est faire les premières rencontres, c'est pousser les premiers messages. Alors avec la fédération, on a ces trois livres-blogs qu'on appelle les programmes communs pour la mode circulaire. Donc avec Havoc... 15 propositions de mesures, vraiment apporter des mesures concrètes, précises, prêtes à être mises en place à l'État, au pouvoir public. Rencontrer un acteur, juste pour le rencontrer, ça n'a pas beaucoup d'impact. Juste arriver avec des propositions clés en main pour circulariser la filière textile. Voilà, c'est comme ça. Et ça, c'est ce qu'on nous apprend à l'école. Il faut rédiger les premières mesures, il faut rencontrer, il faut faire une cartographie, il faut arriver avec les bons messages. On se rend compte que quand on arrive avec les bons messages, même si on n'est pas connu, ça fonctionne quand même.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant. Souvent, quand on monte un projet du début, c'est qu'on est passionné par la problématique. Est-ce que tu as une passion pour la mode circulaire ?

  • Speaker #0

    J'ai une passion pour la circularité. Je n'ai pas forcément une passion pour la mode en soi, mais j'ai monté ça avec ma copine de l'époque qui est maintenant ma femme, avec d'autres amis. Donc au début, c'était plutôt quelque chose, disons par amour. on a lancé ça ensemble, ça m'a permis de travailler ensemble c'est assez chouette de travailler avec sa femme et ensuite on a une vraie passion pour la circularité et je pense que la mode est quand même le secteur qui doit changer, qui a les moyens de changer et donc c'est toujours intéressant de s'occuper d'abord des secteurs qui ont les moyens et qui doivent changer En parlant de changement,

  • Speaker #1

    de transition donc t'as participé t'en as parlé tout à l'heure à la COP28 est-ce que pour toi il y a des avancées majeures qu'on peut encore... souligné ou est-ce que la situation est aussi terrible qu'elle y paraît quand on lit les rapports du GIEC et même plus récemment quand on voit les Etats-Unis et leur engouement plutôt dans le mauvais sens pour le réchauffement climatique. Qu'est-ce que t'en penses ? Est-ce que t'en ressors du positif quand même ?

  • Speaker #0

    Je répondrai oui aux deux questions. Oui, la situation est dramatique. Oui, il y a des solutions qui existent. Et oui, les COP, les conférences sur le climat sont utiles. Elles sont utiles sur deux points. Alors en effet, il y a des négociations climatique, il est primordial que les États, les négociateurs climatiques se rencontrent. Il est aussi primordial que les entreprises se rencontrent. Il y a eu beaucoup de critiques après notamment la COP 28, après la COP 29 sur le nombre de lobbyistes qui étaient présents à la COP. Ce que j'aimerais dire, c'est qu'on n'est pas là pour rencontrer les négociateurs climatiques. Et alors, c'est peut-être aussi critiquable, on est aussi là pour faire du business lié au climat. Et donc à la COP, s'il y a des grandes annonces qui se font sur un investissement dans les panneaux solaires, dans les éoliennes, dans tel ou tel sujet, dans les bâtiments, dans l'efficacité énergétique, c'est aussi, disons que c'est tout bénef pour le climat. Et voilà, donc on est là aussi pour rencontrer des acteurs privés et les acteurs privés sont là pour rencontrer d'autres acteurs privés. Ensuite, à la COP 28, oui, il y a eu la rédaction du Global Stock Take. qui mentionnait les énergies renouvelables qu'il fallait tripler et l'efficacité énergétique qu'il fallait doubler. Donc ça, c'est clé pour nous également. Ça, c'est vraiment accès solution, oui.

  • Speaker #1

    J'ai lu que les axes clés, justement, de Schneider Electric, c'est électrification et numérisation. Est-ce que tu peux en parler davantage ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?

  • Speaker #0

    Oui, nous, Schneider Electric, on fait donc de la gestion de l'énergie et des automatismes industriels. Et on considère que la durabilité ne peut se faire qu'avec l'électrification et la digitalisation. C'est-à-dire qu'en effet, il faut électrifier, alors il faut aussi former les électriciens de demain. Il faut électrifier les usages. On voit en France avec les véhicules électriques, il faut électrifier les bâtiments. Et via l'électrification, on peut rapporter de la flexibilité. Via l'électrification, notamment, alors on a beaucoup parlé de l'offre. décarboner l'offre, évidemment il faut passer aux renouvelables, évidemment il faut cesser les énergies fossiles, mais il faut aussi s'occuper de la demande. La demande c'est la consommation énergétique. On peut faire plus de la moitié de l'effort, c'est un rapport de l'agence internationale de l'énergie, plus de moitié de l'effort via la demande en énergie. Donc la demande c'est apporter de la flexibilité, électrifier les usages. Et pour électrifier, pour flexibiliser tout ça, il faut du digital. Il faut du digital pour prévoir la consommation, pour adapter la consommation par rapport à la météo, pour la bonne utilisation de l'énergie solaire, par exemple, pour qu'il n'y ait pas d'énergie perdue. Donc pour ça, il faut électrification plus digitalisation.

  • Speaker #1

    Si toi, justement, tu étais au Parlement européen, que tu pouvais décider de la priorité maintenant pour le climat et pour l'énergie, ce serait quoi là pour toi ?

  • Speaker #0

    Moi, il y a mille priorités.

  • Speaker #1

    Si tu devais en choisir une, comme le génie qui demande un vœu... Qu'est-ce que ça serait pour toi ?

  • Speaker #0

    Il faut s'occuper de l'efficacité énergétique dans le bâtiment. On a aujourd'hui, notamment dans les bâtiments publics, les bâtiments publics ne sont quand même pas les mieux équipés en termes de gestion de l'énergie. Il y a quand même beaucoup de pertes énergétiques. Tout ça, on peut installer des boîtiers, on peut installer du digital, ce qu'on appelle la gestion technique du bâtiment, pour faire en sorte de consommer mieux, de consommer moins. Donc en France, on a par exemple le décret Bax, on a le décret tertiaire. il faut pousser cela également au haut Au niveau européen, il faut en sorte que les bâtiments soient flexibles et donc soient intelligents.

  • Speaker #1

    En termes de lobbying, cette émission s'appelle M6, c'est la fabrique de la loi. Quel levier d'action vous avez ? Qu'est-ce que vous essayez de pousser comme législation ? Est-ce que c'est ce dont tu viens de parler, par exemple ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. On essaye de pousser des choses sur l'électrification. On essaye de pousser notamment sur les véhicules électriques. La conversion de la flore de véhicules professionnels à l'électrique, par exemple. On a de nombreux sujets sur le digital, sur l'électrification, sur les bâtiments, sur les data centers également. On voit aussi beaucoup le côté néfaste de l'intelligence artificielle, mais l'intelligence artificielle et les data centers ont aussi un rôle clé pour le climat. Donc on essaye de pousser tous ces sujets-là, bâtiments, résidentiels également, infrastructures, usines, rendre un peu tous ces marchés plus efficients, plus intelligents.

  • Speaker #1

    Super clair. J'ai vu aussi que durant les réunions auxquelles tu participes, donc COP 28, 29, même bientôt 30, c'est toi qui accompagnes le président de Schneider Electric, entre autres, je me trompe ?

  • Speaker #0

    Entre autres.

  • Speaker #1

    Entre autres. Et du coup, comment on fait déjà pour être choisi ? Ensuite, est-ce que tu as ton mot à dire ? Qu'est-ce que tu y apprends ?

  • Speaker #0

    Alors, je ne suis pas forcément le seul, mais comme je m'occupe de la COP, je suis parfois avec le président ou avec le CEO ou avec d'autres membres du COMEX. Ce qu'on y apprend, c'est que dans ces grands rendez-vous avec ces grands chefs, alors on ne parle pas de technique, ils ne vont pas là, ils ne vont pas là pour signer des contrats, ils n'arrivent pas avec des decks tout faits, ce ne sont pas des commerciaux, mais le président et tous les grands de ce monde ont quand même un coup d'avance. Donc ils sont là quand même pour fixer les grands sujets de demain. Et ensuite, une fois qu'ils ont appris, une fois qu'ils ont parlé, une fois qu'ils ont élargi, ensuite ils vont parler avec leurs équipes qui vont mettre en place ces grands sujets. Mais c'est très intéressant d'être dans la même salle que deux pontes qui ont 10 heures d'avance.

  • Speaker #1

    Qu'est-ce que tu as appris ? Est-ce qu'il y a une leçon que tu peux partager ?

  • Speaker #0

    J'apprends qu'on ne parle pas toujours de boulot et que c'est comme ça qu'on se fait son réseau. Et d'ailleurs, c'est un peu le conseil que je peux te donner. C'est pour ça que j'aime bien mon métier. C'est que je parle de boulot avec toi, mais avec d'autres professionnels des affaires publiques. Ce qui est aussi sympa, c'est de parler d'autres choses que le boulot. et c'est comme ça aussi qu'on crée des liens, c'est comme ça qu'on crée son réseau. Quand on va dîner avec quelqu'un, on ne va pas parler trois heures de boulot. Donc, on parle des voyages, on parle de la famille. Et c'est aussi comme ça qu'on peut se faire son réseau. Donc, c'est pareil avec tous les grands de ce monde. Ils ne sont pas là avec leurs bullet points à parler boulot constamment pendant une heure. Donc, comme ça qu'on peut apprécier quelqu'un. Et ensuite, on peut passer à quelqu'un pour l'inviter quelque part. Donc, tout n'est pas que travail.

  • Speaker #1

    C'est bien noté. On va passer à la séquence vrai-faux, si tu le veux bien. Je vais te donner donc trois affirmations et tu répondras par vrai ou faux et tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase c'est l'électrification et la solution miracle pour atteindre la neutralité carbone. Je vais peut-être enlever miracle parce que forcément c'est un peu facile, mais est-ce que pour toi c'est la solution pour atteindre la neutralité carbone ?

  • Speaker #0

    Alors c'est pas la solution miracle, ça c'est sûr, c'est une des solutions. avec aussi la décarbonation du sourcing en énergie, avec aussi un changement chez les consommateurs, avec aussi une réaction des gouvernements, une réaction des entreprises. Donc oui, c'est une des solutions. Je ne vois pas comment on peut... Enfin, on demande à un offreur de dessiner le monde tel qu'il le voit en 2050. « Généralement, on voit des réseaux partout. On voit des fils électriques, on voit des trucs comme ça, on voit des écrans. Finalement, ce qui dessine, c'est l'électrification. Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électrique. Sans électrique, parce que l'électrique est pilotable, l'électrique est flexible, l'électrique permet d'intégrer les renouvelables. Donc oui, c'est une des grandes solutions pour 2050, mais même pour avoir, d'ailleurs. »

  • Speaker #1

    La seconde affirmation, les entreprises ont plus d'influence que les États dans les négociations climatiques internationales.

  • Speaker #0

    Alors, dans les négociations, non. Les entreprises ont-elles plus d'influence que les États dans la lutte contre le changement climatique ? C'est un grand débat. Je n'ai pas la réponse. Je pense que si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seuls, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact. Donc, il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triangle de l'inaction. Donc, il faut que les trois puissent agir en même temps. Mais en revanche, il faut... absolument que les entreprises agissent. Ça, c'est évident. C'est pour ça qu'il y a des partenariats entre entreprises, pour ça qu'on travaille avec le Global Compact des Nations Unies, avec le World Business Council for Sustainable Development, WBCSD. Oui, il faut créer des coalitions d'entreprises pour agir tous en même temps. Ça, c'est évident.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu penses que les entreprises françaises, elles devraient montrer l'exemple ou est-ce qu'elles n'en ont pas les moyens ?

  • Speaker #0

    Ce n'est pas une question de montrer l'exemple, c'est une question d'agir tous ensemble et de rendre un peu la... En fait, les gouvernements... Leur rôle, c'est de rendre la sustainability, rendre la décarbonation rentable. Nous, chez Schneider, depuis 2019, on a aidé à sauver, éviter 700 millions de tonnes de CO2 à nos clients. Alors, c'est relativement simple pour nous parce que c'est rentable, parce que nos clients veulent consommer moins d'énergie. On leur fournit des outils, des solutions pour consommer moins d'énergie. On fait aussi pareil avec nos fournisseurs. Mais à la fin, il faut que ce soit rentable de consommer moins d'énergie. Donc, il faut lutter pour une taxe carbone, par exemple. Il faut que ce soit rentable de consommer moins, de consommer mieux. Donc c'est au gouvernement, et ensuite, évidemment, si c'est rentable, il y a des business models qui se créent, mais c'est pareil pour la mode circulaire. Si la mode circulaire devient rentable, tout le monde va s'y mettre.

  • Speaker #1

    Pour que ce soit rentable, est-ce qu'il faut que ce soit aidé au début ? Il faut qu'il y ait des subventions ? Justement, tu parlais du fait qu'il y a beaucoup de personnes qui vont vers la seconde main parce que c'est moins cher, mais résultat, ça ne produit pas beaucoup d'emplois, c'est à petite échelle. Est-ce qu'il y a une possibilité de rendre ce mode de vie le mode de vie principal et pas alternatif ?

  • Speaker #0

    Il y a quand même beaucoup d'emplois qui sont créés par la mode circulaire, par la seconde main. En plus, ce sont des emplois locaux qui ne sont pas délocalisables, qui font travailler l'économie locale, qui bénéficient aussi à notre pays. Donc le principe de la circularité, ce qui est assez intéressant, c'est que la circularité n'est pas un sujet politique. Pourquoi ? Parce que ça satisfait tout le monde. On parle à la gauche, à la droite. Tout le monde, la circularité, c'est les ressources. C'est les ressources qu'il y a sur notre sol. C'est durable, c'est rentable. C'est... C'est l'industrie française, donc ça satisfait à peu près tout le monde. Il y a un vrai marché de la mode circulaire pour le coup. Et il faut être aidé au départ, impulser ensuite une vraie dynamique business. On voit avec le fonds réparation. Donc aujourd'hui, on arrive avec le fonds réparation à impulser ça. Et ensuite, ça va devenir rentable. On l'a vu avec les panneaux solaires. Les panneaux solaires ont été ultra subventionnés au début. Et maintenant, c'est une énergie qui est de moins en moins subventionnée, qui est bien plus rentable et avec un coût au kilowattheure qui est quasiment le plus bas de toutes les énergies.

  • Speaker #1

    Et ma dernière phrase. C'est la numérisation de l'énergie est un luxe pour les pays développés, mais pas une priorité pour les pays en développement.

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question également. Je dirais que c'est faux aujourd'hui. Il faut du digital partout. On fait avec Schneider Electric, on a des grands programmes d'accès à l'énergie. On a deux villages en Inde qui s'appellent les Climate Smart Village. Donc, on apporte de l'intelligence et donc on va apporter de l'énergie solaire, des panneaux solaires. On va permettre ensuite aux revenus agricoles de gonfler grâce aux panneaux solaires qui sont ensuite intégrés directement à leur process agricole. Mais ça, c'est avec du digital également. Donc, c'est vu comme un luxe, mais il faut directement que les communautés locales, que les communautés défavorisées puissent utiliser le digital, à la fois parce qu'il y a un meilleur rendement et parce que ça permet de mieux utiliser l'énergie solaire et les renouvelables. Alors on a aussi beaucoup de problèmes d'accès à l'éducation et on a des formations au digital, à l'intelligence artificielle. Et ça, il faut que les acteurs, la population défavorisée soit acteur de la transition parce qu'on ne pourra pas faire la transition sans eux. Et aujourd'hui, ils sont les premières victimes du changement climatique. Donc autant qu'il faut qu'il soit acteur du changement climatique, acteur de la transition. Et donc pour être acteur de la transition, il faut à tout prix avoir ses connaissances et de l'énergie et du digital.

  • Speaker #1

    Super clair, Timothée. On va passer à la dernière séquence avant la conclusion, qui est la séquence. conviction et transmission. Donc tu parlais, tu disais tout à l'heure que t'aurais adoré entendre ce podcast qu'il y a dix ans. Qu'est-ce que t'aurais aimé entendre justement ? Est-ce que t'as des conseils à partager à quelqu'un qui souhaite s'engager dans le domaine des affaires publiques ou de l'énergie ? Mon conseil,

  • Speaker #0

    ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est de connaître les sujets techniques. Je trouve que faire des affaires publiques pour faire des affaires publiques, ça n'a pas grand intérêt. C'est un peu ce qui m'a moqué dans mon parcours. Après six ans d'études, donc droit à la science politique, à faire public, j'étais expert en rien, expert en tout. C'est un peu le sujet parfois dans les affaires publiques, c'est qu'on peut blablater sur beaucoup de sujets, mais on n'est pas vraiment expert. Et je pense que les parcours, il y a 15-20 ans, où on était directeur des affaires publiques d'un grand groupe de l'agroalimentaire, puis de l'industrie, puis de l'aéronautique, ça ne fonctionne plus comme ça aujourd'hui. Il faut à tout prix avoir une connaissance technique du sujet et si possible rester dans le même secteur toute sa vie.

  • Speaker #1

    Si tu voyais le Timothée qui sort de Dauphine devant toi, qu'est-ce que tu aurais aimé savoir à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'aurais aimé savoir que je ne connaissais rien, que j'étais expert en rien, qu'il fallait que je travaille énormément et que je me spécialise sur un sujet. J'avais, disons, beaucoup trop de confiance en moi quand je suis sorti d'école. Après, d'ailleurs, j'ai passé quatre mois au chômage. J'étais tellement sûr de moi que je pensais que les entreprises allaient se précipiter pour m'avoir, ce qui n'était pas du tout le cas, évidemment. Ensuite, on ne peut pas être un bon lobbyiste et faire des affaires publiques si on traite trop de sujets en même temps. Donc, se spécialiser assez vite, avoir aussi un parcours cohérent. qu'on peut expliquer facilement dix ans plus tard dans un podcast, par exemple. Donc voilà, c'est ce que j'aurais aimé savoir.

  • Speaker #1

    Aussi, du coup, au travers de ce parcours, il y a beaucoup de choses qui se rejoignent, comme tu le disais, un parcours cohérent. Est-ce que tu défends une certaine vision de la société ? Quel combat est-ce que tu mènes ?

  • Speaker #0

    Je pense qu'il faut, par rapport aussi à ta question précédente, il faut s'engager aussi quand on défend une cause. Il faut s'engager, il ne faut pas se... Avoir un parcours professionnel, c'est aujourd'hui pas suffisant. Il faut avoir des actions à côté, il faut avoir un engagement associatif. C'est clé aujourd'hui quand on croit à quelque chose. Moi, c'est la circularité de la mode, mais ça peut être autre chose. J'ai aussi été mentor avec plusieurs organisations, avec HOK, avec Article 1. Vraiment s'engager, s'engager dans des ONG, dans des associations, pour moi c'est clé, c'est ce que je conseille également quand on croit un sujet. Soit on a un travail qui est dédié à ce sujet-là, c'est encore mieux, soit sinon on s'engage pour une ONG, pour une association, pour défendre ce sujet.

  • Speaker #1

    On va arriver au bout de cet épisode, est-ce qu'il y a quelque chose que tu voulais exprimer ici que tu n'as pas encore eu le temps de développer ?

  • Speaker #0

    Je pense que j'ai tout dit, en tout cas ça a été très riche et ça fait beaucoup de bien, je n'ai pas l'habitude de parler de mon parcours, donc ça fait beaucoup de bien de... parler de tout aussi, voilà, d'essayer de construire un peu son discours.

  • Speaker #1

    Parfait. Et pour finir, alors, est-ce que tu as une recommandation culturelle à nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, il y a une semaine, j'ai vu conclave de l'avion. Ça n'a pas porté chance au pape. Donc, je ne donnerai pas forcément de recommandation culturelle. Non, j'ai vu Goliath, d'ailleurs. Il y a à votre tiers, Goliath, sur le lobbying avec Pianiné, Gilles Lelouch. Ah, c'est intéressant. Ce n'est pas comme ça qu'on fait du lobbying. Donc, j'invite les gens qui ont vu Goliath à se rapprocher de toi, de moi, d'autres personnes pour voir ... comment on fait du vrai lobbying.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, Timothée.

  • Speaker #0

    Merci à toi, Pierre.

  • Speaker #1

    Salut. Merci d'avoir écouté Hémicycle, le podcast qui décrypte la fabrique de la loi. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui vous aide dans votre veille institutionnelle. À bientôt.

Description


💬 « À la fin, tout n’est qu’économique. »
💬 « Il faut que consommer moins d’énergie soit rentable. »
💬 « Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électricité. »
💬 « On ne peut pas être un bon lobbyiste si on traite trop de sujets en même temps. »

Dans cet épisode, je reçois Timothée Macé Dubois, responsable des affaires publiques internationales chez Schneider Electric, l’un des leaders mondiaux de la gestion de l’énergie et de l’automatisation industrielle. À travers son parcours mêlant transition écologique, diplomatie climatique et engagement associatif, Timothée nous livre une vision précise et exigeante du rôle des entreprises dans la lutte contre le dérèglement climatique.


🎧 On parle de :


✅ Son rôle au sein de Schneider Electric et sa participation aux COP 28, 29 et bientôt 30
✅ Le lien indissociable entre électrification, numérisation et décarbonation
✅ L’importance de rendre la sobriété énergétique économiquement viable
✅ Sa cofondation de la Fédération de la mode circulaire et des enjeux liés à la durabilité dans le textile
✅ Le rôle des coalitions d’entreprises et des ONG dans l’action climatique
✅ La différence entre plaidoyer et lobbying, et comment réconcilier les deux
✅ Les fondamentaux d’un bon travail d’influence : cartographie, messages clairs, légitimité


Un épisode dense et sans langue de bois sur la fabrique du lobbying climatique, les rapports entre secteur public et secteur privé, et l’urgence de penser des solutions durables, accessibles et inclusives.


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique. Si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seules, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact, donc il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triomphe de l'inaction. À la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables, parce que c'est moins cher aussi.

  • Speaker #1

    Qui sont ceux qui font la loi ? Je m'appelle Pierre, fondateur de la plateforme de veille institutionnelle Légit Watch, et je rencontre celles et ceux qui font les coulisses de notre vie politique. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Timothée Massé-Dubois, expert en affaires publiques internationales chez Schneider Electric, le leader mondial de la gestion de l'énergie. Timothée, tu joues un rôle clé dans les négociations climatiques internationales, notamment lors de la COP28 ou plus récemment la COP30, tu pourras nous en parler. Et donc tu contribues à des discussions majeures sur l'électrification et la numérisation pour un avenir durable. Salut Timothée !

  • Speaker #0

    Bonjour Pierre !

  • Speaker #1

    Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à cette description de ton parcours ?

  • Speaker #0

    Déjà, je voudrais te féliciter pour ce podcast. Je trouve ça très riche, très intéressant. J'ai eu la chance d'écouter les premiers que tu as faits et j'aurais adoré entendre ces podcasts il y a dix ans quand je me suis orienté vers les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Merci, ça fait plaisir. Merci beaucoup. Et concernant ton parcours, est-ce qu'il y a des choses qui te paraissent importantes que j'aurais manqué ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'influe pas exactement directement sur les négociations climatiques. Le rôle d'une entreprise, ce n'est pas forcément d'influer sur les négociations climatiques. c'est plutôt de... d'apporter les solutions qui existent vraiment et d'ailleurs qui sont durables, durables en termes aussi financiers, pour lutter contre le changement climatique.

  • Speaker #1

    Timothée, tu as plus de 9 ans d'expérience dans les affaires internationales et réglementaires, principalement dans le secteur de l'énergie. J'ai regardé ton LinkedIn, ton CV, tout ce que je pouvais consulter en ligne. Et c'est vrai que le mot qui ressortait le plus, c'était environnement. Comment tu l'expliques ? Qu'est-ce qui t'a conduit à te spécialiser dans ce domaine ?

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question. C'est un peu par hasard. En réalité, J'ai commencé dans les affaires publiques, j'ai fait du droit à Assas, j'ai fait des affaires publiques de la science politique à Assas également. J'ai fait ma première année d'apprentissage chez Airbus Group. Donc le prisme industriel, oui, a toujours été très prégnant dans mon parcours. Et ensuite, les premiers clients que j'ai défendus dans un cabinet lobbying qui s'appelle Science Publique étaient des clients dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Je me suis dit qu'il fallait me spécialiser parce qu'aujourd'hui, et c'est ce que je répète aussi souvent à des jeunes qui me posent des questions sur mon parcours, je pense qu'il faut être expert et technique et technicien. et non pas seulement experts en affaires publiques. Je pense que savoir rédiger un amendement, on le fait tous, et Ausha Bidil le fait bien mieux que nous aujourd'hui. Mais en revanche, avoir cette connaissance technique, scientifique du sujet que l'on défend, pour moi, c'est clé.

  • Speaker #1

    Et du coup, l'expertise que tu as choisi de l'environnement, c'est pour quelles raisons ?

  • Speaker #0

    Je pense que l'environnement, énergie, industrie, c'est très lié. Je suis très passionné par le monde industriel et passionné par l'entreprise, et j'estime que les entreprises ont vraiment leur rôle à jouer. dans la transition écologique. J'ai, après deux ans en cabinet de lobbying, j'étais un peu frustré parce que je n'avais pas cette expertise technique. Et conseiller des grands patrons alors qu'on sort d'études et qu'on n'est pas ingénieur. J'ai toujours été aussi beaucoup complexé de ne pas être ingénieur. Donc j'ai ensuite voulu apporter une petite touche un peu scientifique à mon parcours, donc chez AFNOR dans les normes environnementales, chez ENI dans les certificats d'économie d'énergie. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je suis expert non plus, mais en tout cas, j'ai une connaissance sectorielle qui pour moi est clé aujourd'hui dans les affaires publiques.

  • Speaker #1

    Alors justement aujourd'hui, est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste ton rôle exactement ? Quel est ton quotidien ? Comment tu pourrais le décrire à quelqu'un qui n'est pas dans ce monde-là ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Alors j'ai disons trois ou quatre missions. Je m'occupe des affaires publiques en France, même si finalement, Schneider Electric ne fait pas beaucoup de lobbying parce qu'on fait beaucoup appel à nos fédérations professionnelles qui font le lobbying et qui le font très bien à notre place. Je m'occupe aussi des affaires internationales en lien avec le climat, la durabilité. Donc notre participation notamment à la grande conférence sur le climat à la COP. J'étais à la COP 28 à Dubaï, à la COP 29 à Bakou, à Nazarbaydjan, et je serai à la COP 30 à Belém. D'ailleurs, je rentre tout juste du Brésil où j'étais pour préparer cette grande conférence sur le climat. Également, notre participation à la Climate Week à New York et nos représentations de nos intérêts aussi dans des grandes coalitions internationales sur le climat, à l'instar du WBCSD et du Global Compact. Et ensuite, dernière... Corde à mon arc, je m'occupe également un peu de la représentation de nos pays, parce que Schneider Electric opère dans plus de 100 pays. Et lorsqu'il y a par exemple des ministres étrangers qui se rendent en France pour des visites officielles, je représente les patrons de zones de pays de Schneider Electric pendant ces visites-là.

  • Speaker #1

    Ok, donc de manière plus concrète pour moi qui suis externe à ce monde-là, si je comprends bien, une partie de ton métier, c'est de préparer ces rendez-vous, ces échéances-là, d'aller serrer les bonnes mains et de présenter les intérêts de Schneider Electric à la COP, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait, présenter les intérêts, présenter les solutions, présenter un peu ce qu'on apporte, ce qu'on peut apporter à l'entreprise privée. Par exemple, à la COP, on était pendant une semaine au Brésil pour préparer à la COP. Le but, c'est un peu de montrer ce qui fonctionne vraiment. Donc, ne pas faire des grands engagements, ne pas influer sur les négociations climatiques internationales, ce n'est pas notre rôle. Mais en revanche, montrer, tiens, dans tel projet, avec telle entreprise, on a permis de décarboner, de baisser la consommation d'énergie de 40%, on a permis d'apporter de l'énergie, de l'électricité verte à des communautés locales reculées en Amazonie. Donc, vraiment montrer ce qui fonctionne. Je pense que c'est vraiment le rôle du secteur privé dans ces grandes coalitions climatiques.

  • Speaker #1

    Et qu'est-ce que vous poussez en ce moment justement ? C'est quoi les cas d'usage qui fonctionnent et que vous présentez ?

  • Speaker #0

    Décarbonation avec l'électrification, décarbonation avec la digitalisation, et il faut mêler les deux, parce que quand on installe par exemple des panneaux solaires, il faut aussi de l'intelligence artificielle, il faut du digital pour comprendre, pour prévoir l'utilisation de ces panneaux solaires, il faut rendre globalement le bâtiment, les infrastructures, les data centers intelligents. Et si on veut rapporter cette intelligence, c'est avec le digital et avec l'électrique. On a également aussi tout un pilier social, un pacte social, parce que décarboner, ça n'a pas grand intérêt si on ne prend pas en compte les inégalités sociales, les inégalités économiques, laisser personne derrière le carreau et s'occuper aussi du volet humain de la transition. On a tous en tête la phrase de Nicolas Hulot, la fin du monde, la fin du mois, mais c'est clé aujourd'hui, que ce soit en France ou au Brésil ou ailleurs, il faut s'occuper aussi des populations défavorisées, qui sont les premières touchées par le changement climatique.

  • Speaker #1

    Super, Claire. Merci Timothée. J'ai vu aussi que tu as cofondé la Fédération de la mode circulaire. C'est un engagement qui t'est personnel. En quoi ça consiste ? Est-ce que tu peux nous en parler ?

  • Speaker #0

    Tout à fait. Je m'ennuyais beaucoup dans ma vie professionnelle, donc j'ai décidé de cofonder cette fédération. Il y a trois ans maintenant, j'ai eu le plaidoyer avec une super équipe. On a deux personnes à plein temps. On a 300 entreprises adhérentes. Aujourd'hui, représentant tout le cycle de vie du vêtement, donc collecte, tri, recyclage, solution tech, marketing. place, grande marque du luxe, grande marque du retail. Donc ça va d'une petite friperie à LVMH et Kering. C'est génial de voir tout ce monde-là se parler, échanger, faire des affaires publiques, du plaidoyer ensemble. Se battre pour la circularité rentable. Donc rentable pour le consommateur, rentable pour le producteur. On travaille sur le bonus réparation, sur la TVA circulaire, on travaille beaucoup avec l'État pour impulser cet élan circulaire dans la filière textile et vêtements.

  • Speaker #1

    Comment on fait pour l'impulser ? À qui tu parles ? Comment ça se passe ? Par exemple, moi j'ai une amie qui travaille dans l'upcycling. Je trouve ça hyper intéressant et je trouve ça dommage que les grands groupes ne s'en emparent pas davantage. Comment est-ce que tu fais, toi ? Est-ce que c'est ce genre de sujet dont vous parlez ? Quels sont vos enjeux ? Comment ça marche ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. Dans l'upcycling, par exemple, quand on lance une marque d'upcycling, il faut se sourcer. Donc, on se source en vêtements, en fin de vêtements, en fin de stock. Donc, il faut créer des partenariats, notamment avec des grandes marques du luxe pour récupérer leurs vêtements usagés. Donc oui, c'est vraiment par des partenariats entre différents acteurs qu'on peut impulser des choses. Ensuite, il faut évidemment que ces petites marques, ces startups soient accompagnées. Parce qu'à la fin, tout n'est qu'économique. On sait qu'il y a 75-80% des Français qui consomment de la seconde main ou qui consomment des produits durables. Parce que c'est moins cher aussi. Donc essayer de rendre ces vêtements-là, ces produits-là moins chers. Évidemment, moins chers à consommer, moins chers à produire. Surtout par rapport à des produits de Chine et de Temu qui coûtent 2 ou 3 euros.

  • Speaker #1

    En parlant d'économie, comment est-ce que vous financez ces deux temps pleins ?

  • Speaker #0

    On les finance par l'écolisation de nos adhérents. Tu me demandais comment on a créé ça. C'est toujours compliqué de créer une association. Déjà de se rendre expert et légitime. Il y a d'autres associations qui existent. On a eu certaines critiques au début parce qu'évidemment, il y a quand même ce gros camembert des aides publiques. Et forcément, quand il y a un nouvel acteur qui arrive, une nouvelle association, les autres associations se disent « mince, il y en aura peut-être un peu moins pour moi » . Bon, on ne bénéficie pas d'argent public. On voulait être tout à fait indépendant, parce que tout à fait indépendant à la fois vis-à-vis de l'État, mais aussi à la fois vis-à-vis des autres acteurs. On ne voulait pas avoir un gros sponsor qui nous finance la moitié de notre chiffre d'affaires, donc principalement avec les adhésions. On a eu un peu d'aide récente de ReFashion, qui est l'éco-organisme de la filière TLC. Sinon, on est tout à fait indépendant et on a aussi une belle armée de bénévoles.

  • Speaker #1

    Ok. Du coup, à quoi ressemble ta semaine ? Est-ce que c'est le week-end, la fédération et la semaine, ton travail officiel ?

  • Speaker #0

    C'est le soir, le week-end, parfois sur le poste déjeuner. Je travaille pour la fédération et le reste du temps pour Schneider Electric.

  • Speaker #1

    Est-ce qu'il y a des choses qui se rejoignent ? Ou est-ce que c'est vraiment deux mondes qui n'ont rien à voir ?

  • Speaker #0

    Il y a des choses qui se rejoignent sur la circularité, évidemment. Schneider Electric promeut beaucoup d'initiatives circulaires sur ses produits, le remanufacturing, le reuse. Donc il y a des choses communes. En parallèle, je suis aussi au conseil d'administration de l'INEC, donc je peux aussi parler de ces choses communes. Ensuite, je dirais que Schneider Electric est une entreprise française, reconnue, aujourd'hui la quatrième entreprise. reprise du CAC 40, qui est assez méconnu après ces trois mastodontes du luxe. Mais Schneider, faire du lobbying, c'est relativement simple en fait. On contactait d'ailleurs le président qu'on est les ministres, et donc on n'a pas forcément besoin d'un responsable d'affaires publiques pour contacter un ministre. En revanche, quand on travaille pour une fédération, il faut tout inventer, il faut tout réinventer, il faut être légitime, il faut que l'État nous reconnaisse comme un acteur légitime, qu'il faut consulter. Donc c'est... Un peu quand on apprend les bases du lobbying, quand j'ai appris ça il y a dix ans à Dauphine, j'ai pu expérimenter les bases du lobbying quand j'ai créé cette fédération il y a trois ans.

  • Speaker #1

    C'est quoi les bases du lobbying ? Alors c'est faire un travail un peu de commercial, on décroche son téléphone, on essaye de se faire son réseau à soi, comment ça fonctionne ?

  • Speaker #0

    C'est faire une cartographie, c'est faire les premières rencontres, c'est pousser les premiers messages. Alors avec la fédération, on a ces trois livres-blogs qu'on appelle les programmes communs pour la mode circulaire. Donc avec Havoc... 15 propositions de mesures, vraiment apporter des mesures concrètes, précises, prêtes à être mises en place à l'État, au pouvoir public. Rencontrer un acteur, juste pour le rencontrer, ça n'a pas beaucoup d'impact. Juste arriver avec des propositions clés en main pour circulariser la filière textile. Voilà, c'est comme ça. Et ça, c'est ce qu'on nous apprend à l'école. Il faut rédiger les premières mesures, il faut rencontrer, il faut faire une cartographie, il faut arriver avec les bons messages. On se rend compte que quand on arrive avec les bons messages, même si on n'est pas connu, ça fonctionne quand même.

  • Speaker #1

    C'est super intéressant. Souvent, quand on monte un projet du début, c'est qu'on est passionné par la problématique. Est-ce que tu as une passion pour la mode circulaire ?

  • Speaker #0

    J'ai une passion pour la circularité. Je n'ai pas forcément une passion pour la mode en soi, mais j'ai monté ça avec ma copine de l'époque qui est maintenant ma femme, avec d'autres amis. Donc au début, c'était plutôt quelque chose, disons par amour. on a lancé ça ensemble, ça m'a permis de travailler ensemble c'est assez chouette de travailler avec sa femme et ensuite on a une vraie passion pour la circularité et je pense que la mode est quand même le secteur qui doit changer, qui a les moyens de changer et donc c'est toujours intéressant de s'occuper d'abord des secteurs qui ont les moyens et qui doivent changer En parlant de changement,

  • Speaker #1

    de transition donc t'as participé t'en as parlé tout à l'heure à la COP28 est-ce que pour toi il y a des avancées majeures qu'on peut encore... souligné ou est-ce que la situation est aussi terrible qu'elle y paraît quand on lit les rapports du GIEC et même plus récemment quand on voit les Etats-Unis et leur engouement plutôt dans le mauvais sens pour le réchauffement climatique. Qu'est-ce que t'en penses ? Est-ce que t'en ressors du positif quand même ?

  • Speaker #0

    Je répondrai oui aux deux questions. Oui, la situation est dramatique. Oui, il y a des solutions qui existent. Et oui, les COP, les conférences sur le climat sont utiles. Elles sont utiles sur deux points. Alors en effet, il y a des négociations climatique, il est primordial que les États, les négociateurs climatiques se rencontrent. Il est aussi primordial que les entreprises se rencontrent. Il y a eu beaucoup de critiques après notamment la COP 28, après la COP 29 sur le nombre de lobbyistes qui étaient présents à la COP. Ce que j'aimerais dire, c'est qu'on n'est pas là pour rencontrer les négociateurs climatiques. Et alors, c'est peut-être aussi critiquable, on est aussi là pour faire du business lié au climat. Et donc à la COP, s'il y a des grandes annonces qui se font sur un investissement dans les panneaux solaires, dans les éoliennes, dans tel ou tel sujet, dans les bâtiments, dans l'efficacité énergétique, c'est aussi, disons que c'est tout bénef pour le climat. Et voilà, donc on est là aussi pour rencontrer des acteurs privés et les acteurs privés sont là pour rencontrer d'autres acteurs privés. Ensuite, à la COP 28, oui, il y a eu la rédaction du Global Stock Take. qui mentionnait les énergies renouvelables qu'il fallait tripler et l'efficacité énergétique qu'il fallait doubler. Donc ça, c'est clé pour nous également. Ça, c'est vraiment accès solution, oui.

  • Speaker #1

    J'ai lu que les axes clés, justement, de Schneider Electric, c'est électrification et numérisation. Est-ce que tu peux en parler davantage ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?

  • Speaker #0

    Oui, nous, Schneider Electric, on fait donc de la gestion de l'énergie et des automatismes industriels. Et on considère que la durabilité ne peut se faire qu'avec l'électrification et la digitalisation. C'est-à-dire qu'en effet, il faut électrifier, alors il faut aussi former les électriciens de demain. Il faut électrifier les usages. On voit en France avec les véhicules électriques, il faut électrifier les bâtiments. Et via l'électrification, on peut rapporter de la flexibilité. Via l'électrification, notamment, alors on a beaucoup parlé de l'offre. décarboner l'offre, évidemment il faut passer aux renouvelables, évidemment il faut cesser les énergies fossiles, mais il faut aussi s'occuper de la demande. La demande c'est la consommation énergétique. On peut faire plus de la moitié de l'effort, c'est un rapport de l'agence internationale de l'énergie, plus de moitié de l'effort via la demande en énergie. Donc la demande c'est apporter de la flexibilité, électrifier les usages. Et pour électrifier, pour flexibiliser tout ça, il faut du digital. Il faut du digital pour prévoir la consommation, pour adapter la consommation par rapport à la météo, pour la bonne utilisation de l'énergie solaire, par exemple, pour qu'il n'y ait pas d'énergie perdue. Donc pour ça, il faut électrification plus digitalisation.

  • Speaker #1

    Si toi, justement, tu étais au Parlement européen, que tu pouvais décider de la priorité maintenant pour le climat et pour l'énergie, ce serait quoi là pour toi ?

  • Speaker #0

    Moi, il y a mille priorités.

  • Speaker #1

    Si tu devais en choisir une, comme le génie qui demande un vœu... Qu'est-ce que ça serait pour toi ?

  • Speaker #0

    Il faut s'occuper de l'efficacité énergétique dans le bâtiment. On a aujourd'hui, notamment dans les bâtiments publics, les bâtiments publics ne sont quand même pas les mieux équipés en termes de gestion de l'énergie. Il y a quand même beaucoup de pertes énergétiques. Tout ça, on peut installer des boîtiers, on peut installer du digital, ce qu'on appelle la gestion technique du bâtiment, pour faire en sorte de consommer mieux, de consommer moins. Donc en France, on a par exemple le décret Bax, on a le décret tertiaire. il faut pousser cela également au haut Au niveau européen, il faut en sorte que les bâtiments soient flexibles et donc soient intelligents.

  • Speaker #1

    En termes de lobbying, cette émission s'appelle M6, c'est la fabrique de la loi. Quel levier d'action vous avez ? Qu'est-ce que vous essayez de pousser comme législation ? Est-ce que c'est ce dont tu viens de parler, par exemple ?

  • Speaker #0

    Oui, tout à fait. On essaye de pousser des choses sur l'électrification. On essaye de pousser notamment sur les véhicules électriques. La conversion de la flore de véhicules professionnels à l'électrique, par exemple. On a de nombreux sujets sur le digital, sur l'électrification, sur les bâtiments, sur les data centers également. On voit aussi beaucoup le côté néfaste de l'intelligence artificielle, mais l'intelligence artificielle et les data centers ont aussi un rôle clé pour le climat. Donc on essaye de pousser tous ces sujets-là, bâtiments, résidentiels également, infrastructures, usines, rendre un peu tous ces marchés plus efficients, plus intelligents.

  • Speaker #1

    Super clair. J'ai vu aussi que durant les réunions auxquelles tu participes, donc COP 28, 29, même bientôt 30, c'est toi qui accompagnes le président de Schneider Electric, entre autres, je me trompe ?

  • Speaker #0

    Entre autres.

  • Speaker #1

    Entre autres. Et du coup, comment on fait déjà pour être choisi ? Ensuite, est-ce que tu as ton mot à dire ? Qu'est-ce que tu y apprends ?

  • Speaker #0

    Alors, je ne suis pas forcément le seul, mais comme je m'occupe de la COP, je suis parfois avec le président ou avec le CEO ou avec d'autres membres du COMEX. Ce qu'on y apprend, c'est que dans ces grands rendez-vous avec ces grands chefs, alors on ne parle pas de technique, ils ne vont pas là, ils ne vont pas là pour signer des contrats, ils n'arrivent pas avec des decks tout faits, ce ne sont pas des commerciaux, mais le président et tous les grands de ce monde ont quand même un coup d'avance. Donc ils sont là quand même pour fixer les grands sujets de demain. Et ensuite, une fois qu'ils ont appris, une fois qu'ils ont parlé, une fois qu'ils ont élargi, ensuite ils vont parler avec leurs équipes qui vont mettre en place ces grands sujets. Mais c'est très intéressant d'être dans la même salle que deux pontes qui ont 10 heures d'avance.

  • Speaker #1

    Qu'est-ce que tu as appris ? Est-ce qu'il y a une leçon que tu peux partager ?

  • Speaker #0

    J'apprends qu'on ne parle pas toujours de boulot et que c'est comme ça qu'on se fait son réseau. Et d'ailleurs, c'est un peu le conseil que je peux te donner. C'est pour ça que j'aime bien mon métier. C'est que je parle de boulot avec toi, mais avec d'autres professionnels des affaires publiques. Ce qui est aussi sympa, c'est de parler d'autres choses que le boulot. et c'est comme ça aussi qu'on crée des liens, c'est comme ça qu'on crée son réseau. Quand on va dîner avec quelqu'un, on ne va pas parler trois heures de boulot. Donc, on parle des voyages, on parle de la famille. Et c'est aussi comme ça qu'on peut se faire son réseau. Donc, c'est pareil avec tous les grands de ce monde. Ils ne sont pas là avec leurs bullet points à parler boulot constamment pendant une heure. Donc, comme ça qu'on peut apprécier quelqu'un. Et ensuite, on peut passer à quelqu'un pour l'inviter quelque part. Donc, tout n'est pas que travail.

  • Speaker #1

    C'est bien noté. On va passer à la séquence vrai-faux, si tu le veux bien. Je vais te donner donc trois affirmations et tu répondras par vrai ou faux et tu peux évidemment développer si tu le souhaites. La première phrase c'est l'électrification et la solution miracle pour atteindre la neutralité carbone. Je vais peut-être enlever miracle parce que forcément c'est un peu facile, mais est-ce que pour toi c'est la solution pour atteindre la neutralité carbone ?

  • Speaker #0

    Alors c'est pas la solution miracle, ça c'est sûr, c'est une des solutions. avec aussi la décarbonation du sourcing en énergie, avec aussi un changement chez les consommateurs, avec aussi une réaction des gouvernements, une réaction des entreprises. Donc oui, c'est une des solutions. Je ne vois pas comment on peut... Enfin, on demande à un offreur de dessiner le monde tel qu'il le voit en 2050. « Généralement, on voit des réseaux partout. On voit des fils électriques, on voit des trucs comme ça, on voit des écrans. Finalement, ce qui dessine, c'est l'électrification. Je ne vois pas comment on peut imaginer le monde de 2050 sans électrique. Sans électrique, parce que l'électrique est pilotable, l'électrique est flexible, l'électrique permet d'intégrer les renouvelables. Donc oui, c'est une des grandes solutions pour 2050, mais même pour avoir, d'ailleurs. »

  • Speaker #1

    La seconde affirmation, les entreprises ont plus d'influence que les États dans les négociations climatiques internationales.

  • Speaker #0

    Alors, dans les négociations, non. Les entreprises ont-elles plus d'influence que les États dans la lutte contre le changement climatique ? C'est un grand débat. Je n'ai pas la réponse. Je pense que si les entreprises agissent seules, ou si les gouvernements agissent seuls, ou si les consommateurs agissent seuls, ça n'a aucun impact. Donc, il faut que les trois agissent en même temps. C'est le fameux triangle de l'inaction. Donc, il faut que les trois puissent agir en même temps. Mais en revanche, il faut... absolument que les entreprises agissent. Ça, c'est évident. C'est pour ça qu'il y a des partenariats entre entreprises, pour ça qu'on travaille avec le Global Compact des Nations Unies, avec le World Business Council for Sustainable Development, WBCSD. Oui, il faut créer des coalitions d'entreprises pour agir tous en même temps. Ça, c'est évident.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu penses que les entreprises françaises, elles devraient montrer l'exemple ou est-ce qu'elles n'en ont pas les moyens ?

  • Speaker #0

    Ce n'est pas une question de montrer l'exemple, c'est une question d'agir tous ensemble et de rendre un peu la... En fait, les gouvernements... Leur rôle, c'est de rendre la sustainability, rendre la décarbonation rentable. Nous, chez Schneider, depuis 2019, on a aidé à sauver, éviter 700 millions de tonnes de CO2 à nos clients. Alors, c'est relativement simple pour nous parce que c'est rentable, parce que nos clients veulent consommer moins d'énergie. On leur fournit des outils, des solutions pour consommer moins d'énergie. On fait aussi pareil avec nos fournisseurs. Mais à la fin, il faut que ce soit rentable de consommer moins d'énergie. Donc, il faut lutter pour une taxe carbone, par exemple. Il faut que ce soit rentable de consommer moins, de consommer mieux. Donc c'est au gouvernement, et ensuite, évidemment, si c'est rentable, il y a des business models qui se créent, mais c'est pareil pour la mode circulaire. Si la mode circulaire devient rentable, tout le monde va s'y mettre.

  • Speaker #1

    Pour que ce soit rentable, est-ce qu'il faut que ce soit aidé au début ? Il faut qu'il y ait des subventions ? Justement, tu parlais du fait qu'il y a beaucoup de personnes qui vont vers la seconde main parce que c'est moins cher, mais résultat, ça ne produit pas beaucoup d'emplois, c'est à petite échelle. Est-ce qu'il y a une possibilité de rendre ce mode de vie le mode de vie principal et pas alternatif ?

  • Speaker #0

    Il y a quand même beaucoup d'emplois qui sont créés par la mode circulaire, par la seconde main. En plus, ce sont des emplois locaux qui ne sont pas délocalisables, qui font travailler l'économie locale, qui bénéficient aussi à notre pays. Donc le principe de la circularité, ce qui est assez intéressant, c'est que la circularité n'est pas un sujet politique. Pourquoi ? Parce que ça satisfait tout le monde. On parle à la gauche, à la droite. Tout le monde, la circularité, c'est les ressources. C'est les ressources qu'il y a sur notre sol. C'est durable, c'est rentable. C'est... C'est l'industrie française, donc ça satisfait à peu près tout le monde. Il y a un vrai marché de la mode circulaire pour le coup. Et il faut être aidé au départ, impulser ensuite une vraie dynamique business. On voit avec le fonds réparation. Donc aujourd'hui, on arrive avec le fonds réparation à impulser ça. Et ensuite, ça va devenir rentable. On l'a vu avec les panneaux solaires. Les panneaux solaires ont été ultra subventionnés au début. Et maintenant, c'est une énergie qui est de moins en moins subventionnée, qui est bien plus rentable et avec un coût au kilowattheure qui est quasiment le plus bas de toutes les énergies.

  • Speaker #1

    Et ma dernière phrase. C'est la numérisation de l'énergie est un luxe pour les pays développés, mais pas une priorité pour les pays en développement.

  • Speaker #0

    C'est une très bonne question également. Je dirais que c'est faux aujourd'hui. Il faut du digital partout. On fait avec Schneider Electric, on a des grands programmes d'accès à l'énergie. On a deux villages en Inde qui s'appellent les Climate Smart Village. Donc, on apporte de l'intelligence et donc on va apporter de l'énergie solaire, des panneaux solaires. On va permettre ensuite aux revenus agricoles de gonfler grâce aux panneaux solaires qui sont ensuite intégrés directement à leur process agricole. Mais ça, c'est avec du digital également. Donc, c'est vu comme un luxe, mais il faut directement que les communautés locales, que les communautés défavorisées puissent utiliser le digital, à la fois parce qu'il y a un meilleur rendement et parce que ça permet de mieux utiliser l'énergie solaire et les renouvelables. Alors on a aussi beaucoup de problèmes d'accès à l'éducation et on a des formations au digital, à l'intelligence artificielle. Et ça, il faut que les acteurs, la population défavorisée soit acteur de la transition parce qu'on ne pourra pas faire la transition sans eux. Et aujourd'hui, ils sont les premières victimes du changement climatique. Donc autant qu'il faut qu'il soit acteur du changement climatique, acteur de la transition. Et donc pour être acteur de la transition, il faut à tout prix avoir ses connaissances et de l'énergie et du digital.

  • Speaker #1

    Super clair, Timothée. On va passer à la dernière séquence avant la conclusion, qui est la séquence. conviction et transmission. Donc tu parlais, tu disais tout à l'heure que t'aurais adoré entendre ce podcast qu'il y a dix ans. Qu'est-ce que t'aurais aimé entendre justement ? Est-ce que t'as des conseils à partager à quelqu'un qui souhaite s'engager dans le domaine des affaires publiques ou de l'énergie ? Mon conseil,

  • Speaker #0

    ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est de connaître les sujets techniques. Je trouve que faire des affaires publiques pour faire des affaires publiques, ça n'a pas grand intérêt. C'est un peu ce qui m'a moqué dans mon parcours. Après six ans d'études, donc droit à la science politique, à faire public, j'étais expert en rien, expert en tout. C'est un peu le sujet parfois dans les affaires publiques, c'est qu'on peut blablater sur beaucoup de sujets, mais on n'est pas vraiment expert. Et je pense que les parcours, il y a 15-20 ans, où on était directeur des affaires publiques d'un grand groupe de l'agroalimentaire, puis de l'industrie, puis de l'aéronautique, ça ne fonctionne plus comme ça aujourd'hui. Il faut à tout prix avoir une connaissance technique du sujet et si possible rester dans le même secteur toute sa vie.

  • Speaker #1

    Si tu voyais le Timothée qui sort de Dauphine devant toi, qu'est-ce que tu aurais aimé savoir à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'aurais aimé savoir que je ne connaissais rien, que j'étais expert en rien, qu'il fallait que je travaille énormément et que je me spécialise sur un sujet. J'avais, disons, beaucoup trop de confiance en moi quand je suis sorti d'école. Après, d'ailleurs, j'ai passé quatre mois au chômage. J'étais tellement sûr de moi que je pensais que les entreprises allaient se précipiter pour m'avoir, ce qui n'était pas du tout le cas, évidemment. Ensuite, on ne peut pas être un bon lobbyiste et faire des affaires publiques si on traite trop de sujets en même temps. Donc, se spécialiser assez vite, avoir aussi un parcours cohérent. qu'on peut expliquer facilement dix ans plus tard dans un podcast, par exemple. Donc voilà, c'est ce que j'aurais aimé savoir.

  • Speaker #1

    Aussi, du coup, au travers de ce parcours, il y a beaucoup de choses qui se rejoignent, comme tu le disais, un parcours cohérent. Est-ce que tu défends une certaine vision de la société ? Quel combat est-ce que tu mènes ?

  • Speaker #0

    Je pense qu'il faut, par rapport aussi à ta question précédente, il faut s'engager aussi quand on défend une cause. Il faut s'engager, il ne faut pas se... Avoir un parcours professionnel, c'est aujourd'hui pas suffisant. Il faut avoir des actions à côté, il faut avoir un engagement associatif. C'est clé aujourd'hui quand on croit à quelque chose. Moi, c'est la circularité de la mode, mais ça peut être autre chose. J'ai aussi été mentor avec plusieurs organisations, avec HOK, avec Article 1. Vraiment s'engager, s'engager dans des ONG, dans des associations, pour moi c'est clé, c'est ce que je conseille également quand on croit un sujet. Soit on a un travail qui est dédié à ce sujet-là, c'est encore mieux, soit sinon on s'engage pour une ONG, pour une association, pour défendre ce sujet.

  • Speaker #1

    On va arriver au bout de cet épisode, est-ce qu'il y a quelque chose que tu voulais exprimer ici que tu n'as pas encore eu le temps de développer ?

  • Speaker #0

    Je pense que j'ai tout dit, en tout cas ça a été très riche et ça fait beaucoup de bien, je n'ai pas l'habitude de parler de mon parcours, donc ça fait beaucoup de bien de... parler de tout aussi, voilà, d'essayer de construire un peu son discours.

  • Speaker #1

    Parfait. Et pour finir, alors, est-ce que tu as une recommandation culturelle à nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, il y a une semaine, j'ai vu conclave de l'avion. Ça n'a pas porté chance au pape. Donc, je ne donnerai pas forcément de recommandation culturelle. Non, j'ai vu Goliath, d'ailleurs. Il y a à votre tiers, Goliath, sur le lobbying avec Pianiné, Gilles Lelouch. Ah, c'est intéressant. Ce n'est pas comme ça qu'on fait du lobbying. Donc, j'invite les gens qui ont vu Goliath à se rapprocher de toi, de moi, d'autres personnes pour voir ... comment on fait du vrai lobbying.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, Timothée.

  • Speaker #0

    Merci à toi, Pierre.

  • Speaker #1

    Salut. Merci d'avoir écouté Hémicycle, le podcast qui décrypte la fabrique de la loi. Je m'appelle Pierre, je suis le cofondateur de l'Egywatch, la plateforme qui vous aide dans votre veille institutionnelle. À bientôt.

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