Speaker #0Bienvenue dans Histoire d'Artisan, je suis Lisa Millet et je serai votre guide dans l'exploration de l'artisanat. Ce mois-ci sur Histoire d'Artisan, on parle tapis. Véritable objet de décoration, on oublie parfois quand on y pose nos pieds que cet art nécessite patience et savoir-faire. Laissez-moi vous présenter cet objet du quotidien. Commençons par un petit point vocabulaire. Tapisserie et tapis. Quelle est la différence ? Il y a bien une différence entre tapisserie et tapis, et contrairement à ce que je pensais avant de préparer cet épisode, ce n'est pas la manière de l'accrocher. En réalité, la tapisserie et le tapis n'utilisent pas les mêmes techniques de fabrication. La tapisserie est le passage de la trame entre les fils de la chaîne, c'est-à-dire les fils entre lesquels on va tisser. Je ne sais pas si vous visualisez un métier à tisser, mais vous avez des fils horizontaux et verticaux. Je vous publierai une photo pour vous expliquer sur Instagram. Les fils verticaux sont donc appelés les fils de chaîne et les fils horizontaux les fils de trame. La technique du tapis est, quant à elle, une juxtaposition de nœuds pour réaliser ce qu'on appelle un velours. Attention, le tapissier n'est pas le créateur de tapis. Le tapissier, qu'on appelle de son long nom tapissier d'ameublement ou tapissier décorateur, façonne des étoffes pour réaliser des décors textiles. C'est donc lui qui fabrique et pose des tentures, des voilages, des rideaux et des coussins. Il est aussi spécialisé dans la réalisation de garnitures de sièges anciens ou contemporains, qu'il recouvre ensuite d'une étoffe. Le créateur de tapisserie se nomme le lissier. Cela vient du métier à tisser qu'il ou elle utilise, qui lui-même comporte un élément qu'on appelle des lisses. Les lisses, ce sont les pièces d'un métier à tisser où passe le fil de chaîne. Vous suivez toujours ? Le créateur de tapis n'a quant à lui aucun autre nom que créateur de tapis. Comment sont fabriqués les tapis ? Lorsque le créateur de tapis ou le tapissier fabrique un tapis ou une tapisserie fait main à motif, il réalise toujours au préalable un dessin sur un support en papier. C'est ce qu'on appelle un carton. Comme je viens de le dire, il y a une différence entre tapis et tapisserie qui vient de la technique de fabrication. Comme ici on se concentre sur le tapis, je ne vais pas faire d'amalgame et je vais donc vous expliquer uniquement les techniques du tapis. La première technique, la plus ancienne, est la technique des nœuds ou la technique du nou et main. Elle est certainement la méthode artisanale la moins changée depuis des siècles, mais aussi la plus complexe et très coûteuse car très lente. Cette technique de fabrication concerne quasi uniquement les tapis velours et s'effectue sur un support souvent vertical. Les lissiers travaillent à partir d'un modèle, le fameux carton. réalisé par un artiste. Il est agrandi à l'échelle d'exécution. Les lissiers doivent interpréter le carton de l'artiste en échantillonnant à partir de pompons référencés au NIM, qui signifie « nuancier informatique des manufactures » . Un essai technique est soumis à l'artiste pour avoir la validation du tissage. Le tapis est réalisé par une succession de nœuds et de boucles. Un nœud est formé quand le fil de laine, de cachemire, d'alpaga ou autre matière fait une boucle autour des fils de chaîne. Le tapis est réalisé de Ausha droite. L'étope suivante est celle de la tonte. Le lissier pose un gabarit, une planchette de bois, au-dessus de sa ligne pour découper les boucles à la longueur désirée. Une première coupe grossière permet d'enlever du volume. La seconde coupe, effectuée à l'aide d'une paire de ciseaux coudés, posée à plat, tond le velours à la hauteur exacte du gabarit. Ensuite, le lissier démêle les brins à l'aide d'une aiguille avant de remettre chaque brin à sa place avec la pointe supérieure des ciseaux. Cela permet de fixer le motif. Quand le tapis est fini, on le fait tomber du métier, c'est-à-dire que l'on coupe les fines de chaîne au-dessus de la lisière. La deuxième technique du créateur de tapis est la technique du tapis teuf tes mains. Contrairement à la technique du noué, le travail du teuftage ne se fait pas sur un métier à tisser, mais sur un support textile. On dessine le motif désiré directement sur ce support. Dans cette technique, les fils de laine, alpagas, et autres matériaux sont alors introduits un à un à l'aide d'un pistolet. Le pistolet va faire faire un aller-retour au fil, ce qui va créer un U autour de la fibre du support. Ensuite, le pistolet va découper le fil. Contrairement à la technique du noué, le fil n'est pas accroché à la trame. Il est donc nécessaire de coller un tissu derrière le tapis pour maintenir les fibres. Cette méthode permet d'obtenir un tapis avec des motifs très précis, tout en étant plus rapide que la technique des nœuds. Un peu d'histoire sur les tapis en France. Pour vous parler de l'histoire des tapis en France, je vais vous parler d'une région, la Creuse, et d'une ville, Aubusson. Connaissez-vous la tapisserie d'Aubusson ? Avant de préparer cet épisode, je n'en avais jamais entendu parler, et pourtant il s'agit d'un patrimoine français impressionnant. La tapisserie d'Aubusson est une manufacture vieille de 6 siècles qui se situe dans la Creuse. Les origines de cette tapisserie restent toujours incertaines. certains racontent que ce seraient les Sarazins qui se seraient installés sur les rives de la Creuse après leur défaite à Poitiers en 732. D'autres pensent que Louis Ier de Bourbon aurait incité des tapissiers flamands à venir s'installer dans la Creuse. Quoi qu'il en soit, elle a une histoire chargée qui la lie à la royauté. En 1665, Colbert inscrit Aubusson dans l'histoire par la mise en place d'un label de manufacture royale. Au cours des siècles, de nombreux artistes font tisser leurs œuvres à Aubusson. C'est le cas notamment de Braque, le Corbusier, l'Ursa. Aujourd'hui, Aubusson est devenu le lieu historique de la tapisserie en France, un peu comme Limoges et sa porcelaine. J'ai fait plusieurs recherches pour comprendre ce qu'était la tapisserie d'Aubusson. Initialement unique manufacture, l'économie de toute une région s'est développée autour de cet artisanat. C'est pour ça qu'aujourd'hui le terme tapisserie d'Aubusson ne représente plus seulement la manufacture, mais toute la ville et ses alentours. Parce Une tapisserie ne nécessite pas seulement des lissiers. mais également des moutons pour la laine, qu'il faudra ensuite filer, des teintures, enfin bref, un ensemble d'artisanats et d'acteurs qui collaborent constamment pendant les différentes étapes, production, lavage et préparation de la laine, filage, teinture, atelier de tissage, jusqu'à la restauration. C'est pourquoi en 2009, l'UNESCO a inscrit la tapisserie d'Aubusson sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Avant ça, elle était déjà inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. C'est aussi ce qui a poussé la ville à ouvrir en 2016 la Cité Internationale de la Tapisserie pour continuer de faire vivre ce savoir-faire. Pour identifier une tapisserie d'Aubusson, vous devez chercher la marque de la manufacture. Du XVIe au XVIIIe siècle, vous pouvez chercher MR d'Aubusson, accompagné souvent du nom ou des initiales de l'atelier, le tout sur une lisière bleue, ou MR de Feltin sur lisière brune, en référence à une petite ville de la Haute-Vallée de la Creuse qui a accueilli les premiers ateliers de la région. Sur les tapisseries postérieures ou même contemporaines figurent généralement le logo de l'atelier, la signature de l'artiste ou le numéro de tissage. Il s'y ajoute obligatoirement un bol duc, une petite pièce cousue à l'envers de la tapisserie qui indique le nom de l'atelier, celui de l'artiste avec sa signature, les dimensions et le numéro de tissage. Sachez que chaque modèle est limité à 8 exemplaires. Aujourd'hui, la tapisserie d'Aubusson fait toujours l'objet de commandes par l'État pour des musées, des cathédrales et des commandes privées. Il existe une seconde manufacture connue pour ses tapis, la manufacture de la savonnerie. Quand Aubusson fait de la tapisserie et un peu de tapis, la manufacture de la savonnerie est, elle, exclusivement orientée tapis. Elle détient également le label Manufacture Royale. C'est la première manufacture royale de tapis fondée en France. Elle tire son nom d'une ancienne savonnerie qui se trouvait à peu près à l'emplacement actuel du palais de Tokyo. La manufacture était à l'origine spécialisée dans la fabrication de tapis veloutés ainsi que des garnitures de sièges. Ces tapis étaient utilisés par la Cour de France ou comme présents royaux. Ce sont des tapis souvent de grande dimension, d'une qualité exceptionnelle. Ceux tissés sur les cartons de Charles Lebrun pour la grande galerie du Palais du Louvre sont parmi les plus célèbres. Cette savonnerie fut transformée en orphelinat par Marie de Médicis. La main-d'œuvre bon marché procurée par les orphelins attira deux lissiers, Pierre Dupont et Simon Lourdes. C'est Pierre Dupont qui a ramené d'un voyage en Turquie la technique du point noué, permettant de tisser des tapis veloutés façon du levant. En 1825, Charles X réunit la manufacture de la savonnerie à celle des Gobelins. Dans l'enclos des Gobelins, l'atelier des tapis de savonnerie constitua et constitue encore une unité particulière. Aujourd'hui, 40 lissiers y travaillent. En 1964, un atelier annexe de la manufacture de la savonnerie est d'abord installé à Saint-Maurice-Lardoise, dans le Gard. puis à l'Odeve dans les Rots, pour favoriser l'insertion de femmes françaises d'origine nord-africaine ayant quitté l'Algérie après l'indépendance. Les deux ateliers de Paris et de l'Odeve de la manufacture de la savonnerie tissent encore aujourd'hui quelques copies de tapis anciens qui sont substituées à des pièces anciennes. Néanmoins, leur principale activité est l'interprétation de cartons de créateurs contemporains. Si vous souhaitez visiter la manufacture de la savonnerie, sachez que Google Arts & Culture propose une visite virtuelle des ateliers des Gobelins. Je vous mets le lien en description de cet épisode. Ce mois-ci, c'est donc le tapis que je vous fais découvrir. J'ai encore une fois adoré rentrer dans cet univers. J'espère qu'il en sera de même pour vous. L'échange avec mon invité a encore une fois été très riche. N'hésitez pas à me poser des questions en m'écrivant sur le compte Instagram d'Histoire d'Artisan, je me ferai un plaisir d'y répondre. Vous pouvez continuer de m'aider à faire découvrir les histoires d'artisan au plus grand nombre en mettant une note sur iTunes ou en vous abonnant sur votre plateforme de streaming préférée. En attendant, je vous dis à la semaine prochaine avec une nouvelle histoire.