Speaker #0Bienvenue dans Histoire d'Artisan. Je suis Lisa Millet et je serai votre guide dans l'exploration de l'artisanat. Je lance aujourd'hui un nouveau format d'épisode. en complément des interviews que je réalise chaque mois. Ce format, plus court, a pour objectif de vous présenter l'artisanat d'art mis à l'honneur pendant le mois. Aujourd'hui, nous allons parler des maîtres verriers, plus communément appelés vitraillistes. Concrètement, c'est quoi le travail d'un vitrailliste ? Pour faire simple, on peut diviser le rôle d'un vitrailliste en deux, la création et la restauration. Ce n'est pas parce qu'on est bon créateur que l'on est bon restaurateur, et inversement. L'Institut National des Métiers d'Art a recensé 450 entreprises pour 1100 vitraillistes. Si chacun met un vitrail chez lui, ça fait 33 000 vitraux par vitrailliste. Quel que soit le besoin, le travail du vitrailliste est d'assembler avec ce qu'on appelle la technique du plomb, des verres plats, colorés ou non. Les verres peuvent être teints, travailler avec la technique du fusing, de la grisaille, du sablage, enfin bref. Beaucoup de possibilités s'offrent aux vitraillistes. Et sinon, qui met du vitrail chez lui ? Grande question que m'ont posé les gens à qui j'ai dit que ma prochaine invitée était vitrailliste. D'ailleurs, on en parle dans les préjugés qu'on peut avoir sur le vitrail. Donc là, je vais faire ma petite maîtresse d'école. Les enfants, tout est une question de créativité. Le vitrail offre mille possibilités. On l'imagine souvent religieux, car on l'adore dans nos églises. Mais ça peut être hyper moderne et donner une si belle lumière à votre intérieur. Lorsque je vois les arcs-en-ciel que l'on peut créer chez soi grâce au vitrail, je suis à deux doigts de craquer. Et le vitrail aujourd'hui, ça fonctionne bien ? Eh bien figurez-vous qu'il n'y a pas meilleur pays que la France pour être vitrailliste. Comme le dit l'Institut National des Métiers d'Art, nous sommes un pays de cathédrales. Nous avons la plus grande surface de vitraux dans le monde, soit 90 km² de vitraux, dans les monuments religieux. Il faut savoir que la cathédrale de Chartres est l'heureuse détentrice des 2% de cette surface. Et oui, elle offre le plus important ensemble de vitraux au monde avec ses 164 baies qui représentent 2,6 km² de vitraux. Bon, on dit ça, mais les fonds réservés au patrimoine représentent 3% du budget de la culture, qui ne représente lui-même que 2,1% du budget de l'État en 2019. Ce qui représente un budget d'un peu plus de... 1 milliard d'euros avec 130 millions d'euros pour la restauration de monuments historiques grand projet et 326 millions d'euros pour l'entretien et la restauration des monuments historiques hors grand projet. Bon, là, on parle de restauration au sens large. Ça va du sol au plafond. Donc imaginez l'argent qu'on dépense pour uniquement les vitraux. J'ai tapé vitrail sur le site du ministère de la culture. J'ai pas trouvé le budget. L'information est d'autant plus difficile à trouver. que chaque collectivité est responsable de son patrimoine. En fouillant, j'ai appris que la région Île-de-France déploie 10 millions d'euros pour la préservation de son patrimoine. Ils expliquent aussi qu'un euro investi génère 70 euros de retombées économiques. On s'éloigne un peu du sujet, mais j'essaie de vous montrer l'importance de notre patrimoine. Bon, et tout cet argent, il suffit pour préserver notre patrimoine ? Il semblerait que non. En France, il y a environ 2000 monuments historiques en péril ou partiellement en péril. Et au-delà des monuments classés, la situation globale est préoccupante sur certains types de bâtiments. Heureusement, on a notre cher Stéphane Berne qui se bat pour notre patrimoine. Plus ça va, et plus je l'adore. Revenons à nos moutons. Je disais donc qu'on a 90 km² de vitraux en France. Il y a donc un gros besoin, mais pas forcément l'argent. Il y a deux marchés que je n'ai pas abordés. C'est le marché international, qui est bien plus vaste. et il est notable puisque le savoir-faire français est apprécié des acteurs étrangers. Et le marché des cages d'escalier dans les copropriétés. Oui, oui, celle-là même que vous montez et descendez deux fois par jour minimum. Sauf en période de confinement peut-être. Vous ne l'avez peut-être jamais remarqué, mais aux fenêtres de votre cage d'escalier, il y a peut-être des vitraux. Le plus triste dans cette histoire, c'est que les copropriétés ont tellement des a priori sur les vitraux qu'elles les laissent parfois se détruire. On se retrouve avec des parties droites magnifiques et des parties gauches neutres, moches, alors qu'un vitrailliste aurait pu leur donner vie. Et le vitrail, au fil du temps, ça a changé ? Je voulais vous faire rapidement l'histoire du vitrail, car personnellement je la trouve hyper intéressante. Le plus ancien vitrail connu encore intact date de 1030-1060. Il s'agit d'une représentation du Christ, originaire de l'abbatiale bénédictine de Wissenburg, au nord de l'Alsace. Il est aujourd'hui conservé dans un musée. Les plus anciens vitraux trouvés encore visibles dans leurs fenêtres sont les 5 vitraux de la cathédrale d'Oxburg, datant de 1110-1130. Pourtant, grâce au texte et aux techniques avancées déjà utilisées à cette époque, on peut affirmer que le vitrail est un art bien plus ancien. Pourquoi on n'a rien trouvé datant d'avant alors ? L'histoire avec un grand H et la fragilité de ses œuvres les ont raréfiées. Alors pour parler vitrail, il faut d'abord que je vous parle du verre. Les découvertes archéologiques nous apprennent que l'art du verre est né plus de 20 siècles avant notre ère. Une théorie raconte que ce seraient des marchands phéniciens qui, faisant cuire leurs aliments sur les rives du fleuve Bélu, dans des marmites supportées par des blocs de natron, un minéral, auraient vu couler une substance inconnue. Mais ceci n'est qu'une légende car l'élaboration du verre nécessite une température d'environ 1300°C. En tout cas, les égyptiens, véritables artistes, produisaient des bijoux et des flacons en verre coloré destinés à transporter leurs parfums sur tout le territoire du monde antique. D'un point de vue technique, la découverte du verre est survenue grâce à la fabrication du fer et du bronze qui produisent ce qu'on appelle des scories, mélange de silicate, alcalin ou terreux. Bon, là pour moi, c'est du charabia. Ces scories qui sont impurs, opaques et colorés font le verre. Il est étrange de se dire que pour les égyptiens, le verre était associé aux pierres précieuses et à l'or. C'est d'ailleurs un des matériaux que l'on retrouve sur le masque funéraire et les sarcophages de Toutankhamon. Bon, là je vous parle du verre mais pas encore du vitrail. J'y viens. Les prémices du vitrail commencent au Xe siècle. La Lorraine est l'un des producteurs de verre plat les plus importants. Les techniques de coloration ont évolué et on utilise maintenant des oxydes métalliques pour avoir une plus grande palette de couleurs. La technique de fabrication du vitrail évolue à nouveau au XIVe et au XVe siècle. Ce qu'on appelle le jaune d'argent apparaît. En l'utilisant, on observe un aspect lisse qui rappelle la teinture dans la masse. Il s'additionne à la couleur originale du vert. Par exemple, un vert bleu apparaît vert. La sanguine et le jancousin font également leur apparition. La sanguine, allant du brun chaud au roux intense, est employée essentiellement pour les chevelures. Et le Jean Cousin, lui, varie du rosé au brun chaud, selon la dilution, et on l'utilise pour les carnations des visages et pour les teintes des cheveux. Les premiers vitraux sont religieux, d'où l'un des préjugés que l'on peut avoir sur le vitre. En fait, le verbe médiéval avait pour rôle d'éduquer, de raconter, d'apprendre, et parfois même de faire peur. Il se lit de bas en haut, ce qui permet d'élever le regard vers Dieu, et de Ausha droite, c'est-à-dire, selon les conceptions chrétiennes, de l'emplacement des dames et... vers l'emplacement des élus qui seront sauvés. Rappelons qu'à l'époque du Moyen-Âge, savoir lire était un privilège presque exclusif des ecclésiastiques. Pour une grande partie de la population, ce savoir n'était pas important, car la plupart des connaissances se transmettaient par le biais d'objets. Les vitraux civils, eux, n'apparaissent qu'au XIVe et XVe siècle, représentant les armoiries des maisons nobles. Fin du XVe siècle débute l'âge d'or du vitrail. Il décore les maisons religieuses, les églises et les palais princiers. Avec le temps, le vitrail, et plus particulièrement les verrières, deviennent un élément central de décoration. Les sujets de la vie quotidienne sont représentés, des personnages, des paysages, et le naturalisme s'impose dès la fin du XIVe siècle. Malheureusement, il n'existe que très peu d'œuvres de cette époque, victimes de la guerre de Cent Ans ainsi que de la Révolution française. C'est d'autant plus vrai pour la Révolution française, puisqu'on utilisait le plomb, qui lie les différentes plaques de verre, pour fabriquer des balles. En plus de ça, les œuvres qui représentaient des armoiries sont tout simplement détruites, signe de mépris pour la noblesse. On estime qu'un tiers des verrières de l'ancienne époque ont tout simplement disparu. Au XVIIIe siècle, le vitrail devient le pestiféré des architectures. L'évolution de la société, nous sommes en pleine période des Lumières, et des religions, font qu'il n'est plus considéré comme un élément nécessaire. On ne veut plus rien qui puisse diminuer la lumière dans les foyers et les lieux religieux. En plus, à cette époque, les gens lisent de plus en plus. Donc plus besoin de vitraux pour instruire. On en vient même à en détruire certains dans des églises. Nombreux sont les vitraïistes qui font faillite à l'époque. Les artisans d'aujourd'hui ressentent encore l'impact de cette période, car de nombreux savoir-faire se sont perdus. Heureusement, à un moment donné, le vitrail est redevenu un élément important. On parle du renouveau du vitrail au XIXe siècle. On retrouve les secrets de fabrication de la technique de peinture sur verre par le biais de recherches. C'est notamment aux ateliers de Sèvres, également appelés Manufactures de Sèvres, qui est une entreprise de création de porcelaine made in France fondée au XVIIIe siècle, que l'on doit la redécouverte des savoir-faire de la peinture sur verre. Et oui, c'est grâce aux savoir-faire des peintres sur porcelaine Merci. que l'art de la peinture sur verre et l'utilisation des émaux sur verre a été redécouverte. Comme quoi, tous les artisanats se rejoignent et peuvent se compléter. Enfin, au sortir de la Première Guerre mondiale, le vitrail devient patriotique, en hommage aux poilus. Le département des Côtes d'Armor recense le plus grand nombre de vitraux patriotiques. Faire appel à un vitrailliste, ça coûte cher ? Je pense qu'à cette question, je vais souvent répondre la même chose. Oui et non. Pour faire simple, quel que soit l'artisanat, il est nécessaire de prendre en compte le coût de la matière première. Si pour votre vitrail, vous voulez un verre à 300 euros du mètre carré, et que vous voulez faire une verrière de 100 mètres carrés, oui, vous risquez d'avoir un peu mal au porte-monnaie. Mais ça fait aussi partie du travail du vitrailliste de vous proposer un projet en accord avec votre budget. Alors si vous voulez craquer, rien ne vous empêche d'aller vous renseigner et de demander si vos désirs peuvent être réalité. Là où il va y avoir davantage de contraintes, C'est si vous souhaitez faire de la restauration. Pourquoi ? Parce qu'en vrai, vous n'aurez pas vraiment le choix. Le principe de la restauration est de réparer un vitrail cassé, parfois même de le changer. Parfois, il a carrément disparu. L'évolution du vitrail et des normes de santé ont impliqué que certains verres n'existent plus, ou alors en petite quantité, car peu demandé. Donc pour un vitrail, il va parfois nécessiter de la recherche pour s'approcher au mieux des couleurs que vous avez. et parfois même de la production spéciale, et donc forcément plus chère, parce que ce verre-là est rarement demandé. Encore une fois, ça ne vous coûte rien de faire un devis. Avec mon invité, on aborde encore plus de sujets sur le vitrail. En toute sincérité, la richesse de ce métier pourrait me faire parler pendant des heures. En attendant, je vous remercie pour votre écoute. J'espère que ce nouveau format vous plaira, et je vous dis à très bientôt avec une nouvelle histoire.