- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis ravie de vous présenter Henri Duchemin. Henri est un homme d'entreprise, mais il est aussi sociologue et manager. Sa particularité est d'avoir croisé par hasard la route d'un apiculteur quand il était tout jeune et de l'être devenu lui-même depuis plus de 40 ans. C'est cette longue expérience d'apiculteur qu'il met à notre service aujourd'hui pour nous éclairer sur le fonctionnement totalement auto-organisé d'une ruche et dont il nous apporte de grandes leçons absolument passionnantes pour le monde du travail et plus largement pour le fonctionnement d'une organisation collective. Je vous laisse découvrir cet épisode passionnant. Sortez votre carnet pour prendre des notes. Et je vous souhaite à tous une très belle écoute.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue sur Human First, le podcast business qui parle plus d'humains que de chiffres. À chaque épisode,
- Speaker #0
je vous emmène à la rencontre de professionnels qui ont osé voir le monde du travail différemment. Comment ? En plaçant l'humain au cœur de ses priorités et de sa stratégie. Je suis Cécile Chapon, entrepreneuse, RH, coach et militante pour un monde du travail plus épanouissant et plus responsabilisant. Et maintenant, place à notre invité du jour. Bonjour Henri.
- Speaker #1
Bonjour Cécile.
- Speaker #0
Je suis ravie de t'accueillir sur ce podcast. Déjà, Henri, est-ce que tu pourrais nous raconter qu'est-ce qui fait que dans ton itinéraire de carrière sûrement, tu t'es intéressé aux abeilles ?
- Speaker #1
Le hasard le plus total, c'est en faisant de l'autostop que j'ai été pris en charge par un apiculteur. Je ne connaissais rien aux abeilles, mais j'étais déjà gourmand de miel. Néanmoins, cette personne absolument géniale et passionnée et pédagogue m'a fait découvrir le monde des abeilles, alors que j'étais étudiant en sociologie.
- Speaker #0
Oui, tout jeune.
- Speaker #1
Tout jeune. J'étais étudiant, une vingtaine d'années. J'ai découvert qu'il y avait d'autres sociétés que les sociétés humaines qui étaient dignes d'intérêt. les sociétés animales et le vivant dans son ensemble. Mais les abeilles, c'est l'archétype de la société non humaine, organisée, performante, géniale et impactante.
- Speaker #0
Waouh !
- Speaker #1
Donc, voilà comment, après cet épisode, je me suis intéressé aux abeilles et j'ai fait de l'éthologie, c'est l'étude des sociétés animales. Je me suis formé à l'apiculture et j'ai acheté trois ruches. Et c'était cette année, la 48e année, durant laquelle je récoltais. de thé, du miel, et que je fréquente les abeilles avec une passion qui continue.
- Speaker #0
Ah oui, t'as commencé tout de suite. Et est-ce que, justement, cette passion pour les abeilles, parce que maintenant tu interviens sur des sujets liés aux abeilles et qui font un parallèle avec le management, d'où ta présence ici, mais qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, parce que j'imagine qu'à 20 ans, tu t'es intéressé vraiment au miel, à l'apiculture, etc., mais qu'est-ce qui à un moment donné, tout d'un coup, t'as fait ce parallèle avec le management ?
- Speaker #1
Je le fais pratiquement tout le temps. En tout cas, moi, je l'ai fait immédiatement. Alors, le management, j'ai fait le parallèle entre la société des abeilles et la société humaine. Et ensuite, j'ai évolué du fait de ma carrière de cadre supérieur, de créateur d'entreprise, de dirigeant d'entreprise. J'ai évolué sur le parallèle entre la société des abeilles et la société au sens de l'entreprise. Parce que c'est quand même deux sociétés qui ont en commun de produire des produits tangibles. Alors, le miel... notamment pour les abeilles, de produire un impact sociétal et même environnemental extraordinaire. Les abeilles, c'est la pollinisation. Sans la pollinisation, on n'est même pas là pour en parler. Et je trouve que c'est deux belles métaphores qui conviennent également à l'entreprise. L'entreprise, elle produit des biens matériels et elle produit également un impact sociétal fondamental. Et donc, je trouve que... C'est intéressant de s'inspirer d'un modèle biologique, animal, celui des abeilles, pour réfléchir à nos manières de s'organiser et quel est l'impact de l'entreprise en interne et en externe, c'est-à-dire sur la société.
- Speaker #0
Super intéressant. Quand on a préparé l'interview, tu m'as parlé justement, c'est vraiment ce qui m'a percuté, c'est de se dire, le vivant, c'est un monde organisé et il y a un intérêt à aller regarder ça. pour le monde dans l'entreprise. Justement, est-ce que tu peux nous donner cet éclairage de dire comment on s'inspire de l'organisation du vivant pour essayer d'avoir la meilleure organisation dans l'entreprise ?
- Speaker #1
C'est tout simplement une logique de bio-inspiration, c'est-à-dire s'inspirer du monde biologique. C'est-à-dire d'abord, c'est le découvrir, le comprendre. Ensuite, c'est le décrypter et c'est voir ce qui fait sa réussite en termes d'organisation. Les abeilles, si tu vois une abeille... c'est une petite bestiole, un insecte qui fait un dixième de gramme, mais des abeilles ensemble organisées dans une colonie, dans une ruche. C'est 60 kilos de miel. Et là, tu te dis, c'est quoi leur secret ? Comment ça marche ? Et donc, tu étudies ça, et c'est plein d'enseignements, c'est plein d'inspiration, ça nourrit une réflexion et un regard sur l'organisation de l'entreprise qui est extrêmement fructueux, vaste et inspirant. Voilà, c'est ça le cœur de ma démarche.
- Speaker #0
Si je suis patronne d'une entreprise, qu'est-ce que tu me donnerais comme... conseil ou en tout cas comme inspiration pour m'aider à avoir la meilleure organisation possible au regard du vivant ?
- Speaker #1
Alors déjà, il faut commencer par analyser où tu en es et ce que tu fais, mais bon, on ne va pas commencer à faire un diagnostic. Non, simplement, j'ai mis au point huit principes qu'il faut réussir la ruche, la colonie d'abeilles, les seins, qui sont des principes utiles à la réussite de l'entreprise. pris dans son organisation, on peut en parler.
- Speaker #0
Oui, on veut bien tes huit conseils. C'est parti.
- Speaker #1
Le premier principe, c'est la cohésion. Pourquoi ? Parce que dans la ruche, il y a énormément de cohésion. Est-ce que tu veux que je décline à chaque fois ce qui se passe dans la ruche ? Bon, alors allons-y.
- Speaker #0
Je pense que ça va être le cœur de notre épisode.
- Speaker #1
C'est parfait. Dans la ruche, la reine n'est pas la chef. La reine, elle est unique. Elle n'a que deux rôles. Le premier, c'est de pondre des œufs et de réguler la population des abeilles. Autrement dit, elle pond au printemps et du coup il y a des oeufs qui donnent des larves, qui donnent des abeilles et la population de la colonie d'abeilles va progresser au printemps de manière incroyable passer de 10 000 abeilles à 50 000 facilement, grâce uniquement à la ponte de la reine. Par contre, elle n'a aucun rôle sur l'organisation interne, elle ne donne pas d'ordre aux abeilles ouvrières parce qu'il faut distinguer un truc fondamental dans la colonie d'abeilles Merci. Dans la colonne des abeilles cohabitent deux fonctions fondamentales, produire et se reproduire. Alors produire, ça intéresse les chefs d'entreprise, se reproduire, normalement, c'est hors sujet.
- Speaker #0
Normalement.
- Speaker #1
Normalement, d'accord ? Et donc, pour la reproduction, c'est le boulot de la reine qui doit avoir été fécondée par des mâles. Il y a des mâles dans une ruche. Et ça, c'est la reproduction. Et la reproduction se distingue complètement de la production. Et ça, c'est le boulot des abeilles ouvrières qui, elles, font marcher. la prod. Notamment, le miel, il y a plein de trucs, on y reviendra. Du coup, ce n'est pas un système pyramidal, ce n'est pas un système centralisé, ce n'est pas un système autoritaire, c'est un système qui distingue production et reproduction. Et au niveau de la prod, en fait, c'est des équipes autonomes, auto-organisées et interconnectées qui font le miel.
- Speaker #0
Oui, donc, dans une ruche, il n'y a pas spécialement de chef, tout le monde sait ce qu'il doit faire.
- Speaker #1
Non, il ne sait pas, mais il apprend. Ce qui n'est pas pareil. Il apprend parce qu'il y a énormément de relations entre les abeilles. Ce qui fait agir une abeille ouvrière, c'est d'une part des données génétiques. Elle a une programmation génétique qui lui permet notamment de produire de la cire, par exemple. C'est un exemple. Si elle n'avait pas des glandes à cire, elle ne ferait pas de cire. Oui, on est d'accord. Mais elle apprend également beaucoup à ajuster son comportement. en fonction des signaux internes des différentes équipes dans lesquelles elles travaillent. Il y a une approche, on va dire, comportementale qui est dictée par le groupe. On te dit, en gros, tiens là, il faut garder la ruche parce qu'on a une attaque, et donc il y a une espèce de mission qui se met en route pour garder la ruche. Donc, c'est des logiques comportementales. Et puis après, il y a des logiques plus complexes qu'on appelle l'épigénétique. Je ne vais pas rentrer là-dedans. mais en fait, il y a des... comportements qui s'ajustent en fonction du contexte.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà. Selon que tu mets une ruche à la montagne à 1500 mètres ou en Bretagne le long de l'océan. Voilà. Bon, mais ça, c'est des autres trucs encore. Voilà. Donc, c'est assez étonnant. Alors, je reviens à la cohésion. L'arène ne donne pas d'ordre, n'intervient pas dans le système de production. L'arène régule la population. C'est une super DRH.
- Speaker #0
C'est ça que j'y pensais, justement.
- Speaker #1
Rue Saint-Puissart. Mais par contre, la reine, elle a un deuxième rôle fondamental, elle produit une phéhormone, c'est-à-dire une hormone, c'est-à-dire une odeur, qu'elle produit chaque reine à sa propre odeur, on va dire, d'accord, de manière continue, jour et nuit, pendant les 4-5 ans de sa vie, et elle n'arrête pas de diffuser une sorte, on va dire, un parfum, qui se répand dans toute la ruche, et c'est une odeur de cohésion. Toutes les abeilles qui ont le même parfum, celui de la reine, ont un sentiment d'appartenance à la communauté. de solidarité, de défense des intérêts communs et de projets communs et partagés. Voilà,
- Speaker #0
tu vois venir dans l'entreprise.
- Speaker #1
Si on ne travaille pas la cohésion, ce n'est pas naturel. Et la cohésion est un facteur clé du succès de n'importe quelle entreprise, que ce soit à l'échelle d'un petit groupe, d'une équipe, d'un service, d'une usine, d'un machin. La cohésion, la cohésion, la cohésion. Dans la ruche, la cohésion, c'est tellement important que la reine, elle fait de la cohésion jour et nuit, tout le temps.
- Speaker #0
C'est son principal rôle.
- Speaker #1
C'est son principal, avec la ponte.
- Speaker #0
Oui, oui, et on pourrait imaginer du coup que ça pourrait être le principal rôle d'un chef d'entreprise. Ah oui,
- Speaker #1
à la limite. Moi, je pense... Si on s'inspire de la colonie d'abeilles, je donne une précision, je ne parle que des abeilles à miel, Apis mellifica mellifica, pour les gens qui connaissent, parce qu'il y a mille espèces d'abeilles différentes, rien qu'en France métropolitaine. Et donc, on ne va pas faire toute la création, parce qu'on n'est pas couché. Mais voilà ce que je veux dire. Et donc, la cohésion est un des principes clés de la réussite de la colonie d'abeilles. La cohésion, ça veut dire de l'identité commune, du projet commun, de la défense commune et de la solidarité. Je pense que dans toute entreprise, si la cohésion génère tout ça, il ne faut pas s'en priver. Mais par contre, il faut la développer, l'organiser, la maintenir, la travailler, la développer. La cohésion, facteur clé de réussite d'une colonie d'abeilles, facteur clé de réussite d'une entreprise.
- Speaker #0
Alors, notre deuxième point, c'est quoi ?
- Speaker #1
Le deuxième point, c'est le projet commun et partagé. Dans la ruche, il n'y a pas de discussion possible sur pourquoi on est ensemble, c'est pour faire du miel. Pourquoi ? Parce que si on n'a pas de miel, on ne passe pas l'hiver, on meurt de faim. Ce n'est pas un projet explicite au sens humain du terme. C'est un projet vital, biologique. La raison d'être une colonie d'abeilles, pendant la belle saison, c'est de transformer le nectar des fleurs en miel, pour que le miel soit stocké dans les rayons de cire de la ruche, et qu'il serve à alimenter les abeilles, car les abeilles ne dorment pas pendant l'hiver, mais la communauté se réduit. Et elles passent l'hiver au chaud dans la ruche et à manger du miel. C'est une sorte de confinement. Mais un confinement qui ne prépare pas le printemps, c'est une régression, voire une catastrophe. Or, les abeilles, elles ont ce projet de faire le miel. Alors, le parallèle de l'entreprise, il est simple. C'est quoi votre projet commun et partagé ? Est-ce que c'est clair pour tout le monde ? Est-ce que c'est indiscutable ? C'est toujours discutable chez les humains, mais est-ce que ça embarque ? Est-ce que ce projet... Il est vraiment commun à tout le monde.
- Speaker #0
Est-ce qu'il est co-construit ?
- Speaker #1
Est-ce qu'il est co-construit ? Comment est-il élaboré ? Comment est-il ajusté ? Car il va évoluer, forcément. Et est-ce que c'est que le projet du chef d'entreprise ? Ben non, ça joue, mais pas que. Et donc, à ce moment-là, chez les humains, alors chez les abeilles, le projet du miel, c'est un projet qui est complètement implicite, ça va de soi. La différence avec les humains, c'est que le projet commun et partagé, il doit être explicite. C'est-à-dire expliquer, c'est-à-dire discuter, c'est-à-dire mis en dynamique. Voilà, ce que les abeilles nous disent, entre guillemets, c'est moi qui leur fais dire, l'importance du projet, le projet, le projet, le projet.
- Speaker #0
Même dans la vie personnelle, ça pourrait être comme ça. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Et du coup, est-ce que toi, sur le sujet du projet, dans les entreprises que tu connais, que tu accompagnes, etc., est-ce que tu conseilles d'être dans un projet co-construit ? pas forcément. S'il est explicite, qu'il est bien martelé, etc., est-ce qu'il est mieux s'il est co-construit ou non ?
- Speaker #1
Il doit être co-construit pour être compris. Parce que on est dans un système aujourd'hui culturel, etc., où ce qui est imposé, ça marche plus. Il faut trouver une alternative. Une des difficultés qu'on rencontre dans pas mal d'entreprises, du style des chefs d'entreprise, je trouve des gens qui ne veulent pas bosser, qui pensent d'abord à eux et à l'entreprise ensuite, etc. à Berlion mais... Qu'est-ce que tu as fait pour que le projet soit commun et partagé ? Par contre, il y a du boulot.
- Speaker #0
C'est un énorme boulot de construire un projet partagé.
- Speaker #1
Et c'est un projet, c'est une dynamique constante.
- Speaker #0
À partir du moment où on co-construit le projet d'entreprise, ça infuse absolument toutes les pratiques de management.
- Speaker #1
Si tu crois que le projet commun, c'est juste de faire un discours au moment de la galette des rois en disant « cette année, on va faire comme ça » , ça ne va pas marcher. En tout cas,
- Speaker #0
plus du tout dans nos générations.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
J'ai très hâte d'entendre le troisième point.
- Speaker #1
Alors, le troisième point, j'ai mis un ordre, mais en fait, il n'y a pas d'ordre, c'est tous des éléments. Le troisième point, est-ce que tu connais la danse des abeilles ?
- Speaker #0
Eh bien,
- Speaker #1
non. Alors, les abeilles ont de multiples modes de communication, de canaux de communication entre elles. La vue, l'odeur, les vibrations, le buzz, le machin, etc. Mais elles ont trouvé un truc encore plus incroyable qui s'appelle... la danse des abeilles, qui est un langage sous forme de chorégraphie. En fait, tu as des abeilles qui dansent. Et c'est une danse qui a une signification comprise par les autres abeilles. En fait, c'est une danse en forme de huit. Et dont différents paramètres permettent aux abeilles qui voient l'autre danser de comprendre où se trouvent les fleurs, dans quelle direction en partant de la ruche, à quelle distance de la ruche, et quelle est la nature du nectar qu'il faut collecter. C'est un espèce d'échange de bonnes pratiques. Et alors, ce message est diffusé par une abeille qui a trouvé... une forêt d'acacia, donc l'acacia, c'est génial, et qui revient à la ruche et qui dit à tout le monde « Ouais, aujourd'hui, l'acacia, génial ! » Et les autres leur disent « D'accord, mais on fait comment pour savoir où c'est ? » Eh bien, je vais tout t'expliquer. Clairement.
- Speaker #0
Et boum, je fais la danse.
- Speaker #1
Et je fais la danse et tu auras la direction, t'auras tout.
- Speaker #0
Un espèce de langage sans langage.
- Speaker #1
Oui, eh bien, c'est un langage chorégraphique, non-verbal comme l'humain, comme nous faisons actuellement. La question devient, dans l'entreprise, comment on communique et comment... on rend les choses explicites pour être compris. Et comment ? Alors, c'est une communication chez les abeilles sans message parasite. Alors, c'est là, nous, c'est l'inverse. Nous, les champions du monde du message parasite. En fait, tu vois, le style de truc, tu reçois un mail et tu fais répondre à tous, alors qu'il n'y en a que deux concernés. Alors, comme truc, tu vois ?
- Speaker #0
Parasité, oui.
- Speaker #1
Voilà. Or, la qualité de la communication, la précision des messages, la répétition, c'est la danse, elle danse plusieurs fois l'abeille. C'est pas la reine, c'est l'abeille ouvrière. Tout ça, c'est très important. Là aussi, il y a quand même une différence, c'est que chez les humains, il y a une dimension... Si tu veux, quand une abeille indique une ressource florale à une autre abeille, il n'y a pas de discussion possible. Elle lui dit, il y a du nectar d'acacia, donc tu y vas, et tu n'as pas une abeille qui dit, oh l'acacia, bof, je n'aime pas trop, moi je préfère aller sur la lavande, parce que c'est plus parfumé, etc. Non, on est quand même dans un monde biologique. C'est-à-dire un monde qui n'a pas conscience de lui-même selon les mêmes modalités que l'humain. Ça m'amène à un point clé sur la communication chez les humains. Quelque part, les abeilles, avec la danse des abeilles, elles font une communication qui répond à la question de comment trouver les fleurs. Mais le propre de l'humain, c'est que nous, on n'a pas seulement besoin de répondre à la question de comment on fait, mais il y a une question fondamentale, propre à l'humain, pas aux abeilles, c'est pourquoi on le fait. Donc la question du sens. Et donc, ça m'amène à réfléchir... cette notion de communication. Il faut à la fois une communication opérationnelle, efficace, etc. qui répond au comment on fait, mais aussi une communication complémentaire spécifique à l'humain qui est pourquoi on le fait. Et j'ai toujours l'habitude de dire, un dirigeant d'entreprise ou même un cadre, un manager doit gérer à la fois le comment et le pourquoi. Et les deux sont indissociables l'un de l'autre et sont le propre de l'humain. Fondamental ce truc.
- Speaker #0
Fondamental.
- Speaker #1
Donc la communication ça se travaille et ça veut dire aussi comprendre l'autre, le connaître, voir ses références culturelles, voir sa personnalité, etc. Et c'est fondamental dans toute logique d'entreprise et de management. Oui,
- Speaker #0
ça se fait très bien, le projet commun est partagé. C'est-à-dire qu'un projet commun, sans ensuite en discuter, le rappeler, le retravailler, avoir des échanges réguliers sur le sujet, ça n'a pas de sens.
- Speaker #1
C'est vraiment un élément clé, surtout à une période où on multiplie les... canaux d'information et de communication, mais justement, on ne communique plus vraiment, on ne distingue plus l'essentiel du futile, de l'aléatoire, au mélange de l'affect et le rationnel, etc. Donc, il faut bosser ce truc-là. Aujourd'hui, c'est fondamental. On n'a même pas le choix. Et on croit que parce qu'on a tous des smartphones et des trucs de dingue, et qu'on va appeler le chat GPT pour savoir je ne sais pas quoi, ben non, mais attention, attention. Et c'est au cœur de la relation entrepreneuriale. C'est quand même important.
- Speaker #0
Quatrième point.
- Speaker #1
Quatrième point. Alors, quatrième point, attention, ça va être un petit peu coquin.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je préviens. C'est la diversité génétique dans la ruche. On croit souvent que toutes les abeilles d'une ruche sont les mêmes parce qu'elles ont la même maman, la reine. C'est complètement faux. Les abeilles d'une colonie d'abeilles, d'une ruche, sont des demi-sœurs. Elles ont en commun d'avoir la même maman, mais elles n'ont pas les mêmes papas. Parce que la reine, elle est fécondée par des mâles qui sont d'origine... différentes. Et pour féconder une reine lors du vol nuptial, ça s'appelle s'envoyer en l'air chez les abeilles. Lors du vol nuptial, la reine, elle est fécondée par plusieurs dizaines de mâles, les uns après les autres quand même, qui viennent de ruches différentes et qui apportent chacun un patrimoine génétique différent, ce qui donne une variété génétique dans la ruche. Ce qui fait que les abeilles, elles n'ont pas toutes le même comportement. Pas toutes les mêmes sensibilités, pas toutes les mêmes modalités d'adaptation. Et c'est ça qui fait la capacité d'adaptation précisément. La richesse comportementale, la richesse adaptative. Le vivant, dans le vivant, il y a de l'aléa. Dans le vivant, il y a des trucs, on va voir ce qu'on va faire, on ne sait pas. Et c'est ça qui est génial. Et donc, moi, je dis, dans une entreprise, le plus qu'il y a des gens qui pensent pareil, qui ont le même schéma de pensée, pire, qui sortent de la même école, etc., le moins tu as de diversité culturelle, de pensée, d'âge, de genre, de tout ce que tu veux. le moins tu as des capacités à innover, le moins tu as des capacités à t'adapter, à trouver des solutions à côté du cadre, à trouver des solutions diverses et variées. Et ça, la diversité, c'est le facteur clé. Alors dans la ruche, elle est génétique, mais aussi comportementale, puisque l'un entraîne l'autre. Dans l'entreprise, comment on gère ça ? Pour avoir eu une expérience de dirigeant d'entreprise, au début, tu as tendance, je ne sais pas si on peut généraliser, mais moi je sais que... Tu as tendance à recruter des gens qui te ressemblent. C'est une erreur absolue. Prends les gens le plus différent possible et tu auras une dynamique de groupe, d'idées, de postures, etc. Extraordinaire. Donc, voilà, la diversité. Alors, quand je dis c'est la diversité comportementale, c'est la diversité culturelle, c'est la diversité dans les personnalités, Oui,
- Speaker #0
homme-femme, d'âge, Voilà, exactement. Des cols. Voilà.
- Speaker #1
Des créatifs. des rationnels, des cinglés, des sérieux, des juristes, des gens qui respectent la loi, des gens qui sont hors cadre. Alors le problème de la diversité, c'est que le plus tu as des gens diversifiés, le plus follé les réguler. Et faire se comprendre. Et ça, c'est tout un boulot. Mais ça s'appelle un manager. Sinon, il n'y a pas besoin de manager.
- Speaker #0
C'est très drôle parce que je viens de passer la journée à former des équipes au disque et donc vraiment à la con. compréhension des comportements des uns et des autres. Je viens de dire exactement la même chose à peu près toute la journée. Et apprendre déjà à comprendre que notre fonctionnement à nous n'est pas la norme. Parce qu'en fait, l'humain croit que c'est la norme. Donc déjà, comprendre ça et comprendre que le comportement de l'autre, qui n'est peut-être pas le même que le mien, que je ne comprends pas, va peut-être m'apporter quelque chose, c'est déjà génial. Donc à mon avis, former vos équipes à la connaissance de soi, c'est exceptionnel.
- Speaker #1
J'adhère complètement à ça. Et il y a plein d'outils, il ne faut pas se gêner. On a le choix, il y a toute une palette. Et c'est une quête permanente. Parce qu'après, c'est connaître toi-même. Le plus tu te connais, le plus tu connais les autres, le plus c'est riche. Et le plus tu as envie d'aller encore plus loin. Alors c'est fabuleux.
- Speaker #0
On ne le fait pas tant que ça dans les entreprises, de former ses équipes à la connaissance de soi. mais en fait je crois que À mon sens, forcément, c'est ce que je fais, mais à mon sens, c'est ce qu'il y a de plus riche.
- Speaker #1
Mais bien sûr.
- Speaker #0
Bien plus que le métier, on l'apprendra sur le terrain.
- Speaker #1
Et c'est là qu'on voit que l'entreprise peut être émancipatrice et fracteur de développement personnel.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
Ce n'est pas seulement l'entreprise, une pompe à pognon pour avoir un salaire, pour aller acheter des conneries au Black Friday.
- Speaker #0
C'est ce que je dis souvent, c'est le travail peut être une immense source d'épanouissement. C'est ça. Il y a des moments dans notre vie où on a été très épanoui au travail.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ça rend heureux quand même. Donc on fait notre petite contribution à une société meilleure.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Alors passons à notre cinquième point.
- Speaker #1
Alors tu m'as mis sur la piste en exprimant le mot « contribution » . Alors, je reviens un peu plus sur l'organisation de la ruche. Donc on a vu que ce n'était pas une pyramide. On a vu que ce n'était pas un système centralisé. On a vu que ce n'est pas un système autoritaire. La question devient, mais alors comment ça marche ? Alors, ça pourrait s'apparenter à une sorte d'entreprise libérée. où il y aurait un cadre très précis, des choses à faire, des tâches très déterminées, mais qui sont faites en équipe et en permanence, en ajustant à la situation telle qu'elle est. Un exemple, les butineuses qui vont chercher le butin dans les fleurs. On est d'accord que les fleurs du mois d'avril ne sont pas celles du mois de septembre, etc. Donc il faut s'ajuster, même si la mission, c'est je vais chercher du nectar dans les fleurs. Là, il n'y a pas photo, mais la manière de le faire et de s'y prendre. et de s'organiser selon la durée des jours, ce n'est pas pareil au mois d'avril ou au mois de septembre, selon la diversité florale, selon la météo, la température, etc. Donc, il y a des missions qui sont claires, mais par contre, qui sont co-gérées par l'équipe. Et les butineuses communiquent énormément entre elles pour gérer la collecte du nectar. En fait, dans une ruche, il y a un certain nombre d'équipes. Tu as l'équipe de logistique et de nettoyage. Tu as l'équipe des nourrices qui s'occupe de nourrir les larves. Tu as l'équipe des ventileuses qui fait la clim, parce que dans la ruche, la température est régulée. Tu as l'équipe des bâtisseuses qui bâtissent le rayon de cire en cire, qui est la structure même. de la colonie d'abeilles. Tu as l'équipe des gardiennes qui empêchent les intrusions dans la ruche d'autres abeilles. Parce que quand tu as un trésor, il faut le garder, sinon on te le pique. C'est une règle de base du vivant et même de la vie. Et puis, il y a les butinistes qui vont chercher le butin à l'extérieur. Et donc, ces différentes équipes, elles doivent s'auto-organiser en responsabilité, si j'ose dire, à mot d'humain. D'accord ? Et alors, un truc génial qu'il faut absolument savoir, chaque abeille au cours de sa vie change d'équipe. et occupent les six postes que je viens de décrire. C'est du vie ma vie en permanence. Ça comme modèle d'apprentissage, d'agilité, de cohésion, c'est magnifique. C'est biologique les abeilles, attention. Mais quand même, c'est dingue la métaphore, et d'une puissance je trouve extraordinaire. Et donc, je me suis posé la question de dire, si les abeilles, elles n'obéissent pas, puisqu'il n'y a pas d'ordre, quelle est leur posture ? Et à mon avis, elles ont une posture de contribution. Elles ont une logique contributive au projet. Elles ont une logique contributive au niveau individuel. Chaque abeille contribue à évoluer dans sa vie pour passer de nettoyeuse à butineuse à gardienne à machin. Elles ont une logique de contribution en équipe. Quand une abeille est à la phase où elle est dans la partie, on va dire service militaire, c'est-à-dire gardiennage de la ruche, ce n'est pas une abeille qui garde la ruche. C'est une équipe de gardiennes qui surveille les attaques de frelons. qui surveille les entrées, qui fait le contrôle d'accès, etc. À ce moment-là, c'est contribuer à l'équipe à laquelle j'appartiens. Troisième niveau, plus global, c'est en quoi l'abeille, moi, abeille, je contribue au projet commun et partagé de la ruche, qui est le miel nécessaire à notre survie d'hiver. Ce qui est intéressant dans la logique contributive, tu contribues individuellement, en équipe et au projet. Pareil dans l'entreprise.
- Speaker #0
Oui, mais ça s'organise. Il y a plein d'entreprises où il y a juste la contribution individuelle.
- Speaker #1
Bien sûr, c'est souvent ça. Et donc, c'est pour ça que je trouve que la logique contributive pour un manager est une approche qui change ton management, parce qu'elle t'oblige. Alors, je n'ai rien contre le management. Il faut aussi des ordres et de l'autorité, il ne faut pas non plus être idiot. Mais si tu accompagnes ton management, ton côté dirigeant, d'une logique... contributives, alors tu développes l'adhésion et l'apport des gens. Parce qu'à ce point-là, contribuer, c'est j'ai envie de te donner quelque chose. Et ça, c'est d'une puissance. En fait, c'est faire de la motivation, si on veut bien. C'est-à-dire ça en un mot plus humain.
- Speaker #0
C'est pas si courant de parler de comment on motive ses équipes.
- Speaker #1
On n'y pense pas. On croit qu'on va donner des ordres, on espère être obéi, on espère. Éventuellement, on recadre ou pas. Et si on ne recadre pas, c'est une faute parce qu'il y a un cadre, il faut revenir au cadre. Ce n'est pas du n'importe quoi. Mais par contre, favoriser une logique contributive, participative, écouter les initiatives, les avis, etc. Je ne fais pas tant que ça, c'est fondamental. Et les abeilles sont dans une logique de contribuer au niveau individuel, équipe et projet commun. Alors là, voilà de quoi inspirer un manager.
- Speaker #0
Ou alors on voit juste la carotte pour motiver les équipes. Ce n'est pas du tout une logique contributive.
- Speaker #1
Et puis... qui traduit une vision individualiste. On est encore, nous, surtout à l'Occident, dans un modèle où, quand il y a un problème, on voudrait la personne géniale qui résout le problème. Ben ouais, mais un problème, le plus c'est un problème, le plus la complexité du problème nécessite une logique de groupe et d'émergence. Sinon, ce serait pas drôle. Mais c'est quand même très important, la logique contributive. Et c'est ce que j'ai découvert dans le monde de la ruche.
- Speaker #0
C'est passionnant.
- Speaker #1
Avec une fascination extraordinaire.
- Speaker #0
Mais il y a des boîtes qui le font bien. Oui,
- Speaker #1
mais je n'ai pas dit que ça n'existe pas.
- Speaker #0
Des boîtes qui dédient 10, 20, 30% du temps de leurs collaborateurs au projet commun. Et c'est comme ça. Et on doit faire ça. Arrêtez de croire que détacher les équipes pour contribuer au projet commun va être une perte de temps.
- Speaker #1
Mais non, c'est complètement l'inverse. C'est l'inverse. J'en suis absolument convaincu. Oui,
- Speaker #0
oui. Passons au sixième point.
- Speaker #1
Le sixième point, c'est la pollinisation.
- Speaker #0
C'est ce dont tu nous parlais au début.
- Speaker #1
Oui. Alors les abeilles, elles ont ce style génial, c'est qu'elles vont chercher le nectar dans les fleurs. Et beaucoup de fleurs produisent du nectar, donc c'est leur matière première. Une boîte qui n'a pas de matière première, si c'est une boîte industrielle, ça ne marche pas. Sauf que les abeilles, quand elles vont polliniser,
- Speaker #0
Elles vont chercher le nectar dans les fleurs, mais elles se couvrent de grains de pollen. Et comme une abeille se spécialise sur la même espèce florale toute la journée pour être plus efficace, elle va transporter le pollen de la même espèce florale A à la B, à la C, etc. Et elle va la polliniser, la féconder. Et du coup, quand on réfléchit bien, d'abord ça a un impact sociétal et environnemental génial, mais surtout l'abeille, en faisant ça, elle... contribuent à renouveler les ressources florales l'année prochaine pour les générations futures d'abeilles. Développement durable. Leur contribution à la vie sur la planète est absolument fondamentale. C'est-à-dire que nous, quand on agit, est-ce qu'on s'épuise à épuiser les ressources ou est-ce qu'on se place dans une logique cyclique, comme le sont le font les abeilles avec la pollinisation ? Et donc, le développement durable, nous on en parle beaucoup mais on n'en fait pas. Beaucoup. Ou on fait le dixième de ce qu'il faudrait faire. Je simplifie, bien sûr. Il y a même des boîtes nocives à la vie. Je ne vais pas donner des noms, mais il y en a un paquet. Et puis même nous, un peu plus conscients, éco-sensibles, on a quand même un impact. Est-ce que la balance est positive ou du coup, on ne s'est pas gagné ? Je n'ai pas dit que c'était simple. Par contre, ne pas en être conscient et ne pas intégrer ça dans le management, c'est grave. C'est dommage. Et c'est irresponsable.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc ça,
- Speaker #1
c'est la pollénisation. Si on résume la pollénisation, c'est la contribution au bien commun.
- Speaker #0
Oui. Et au renouvellement des ressources.
- Speaker #1
Et au renouvellement des ressources.
- Speaker #0
C'est l'inverse de s'épuiser à puiser les ressources naturelles. Je ne sais pas si je suis clair.
- Speaker #1
En reprise régénérative.
- Speaker #0
Oui, voilà. Complètement. C'est ça. Et alors, pourquoi on met ça dans une leçon de management ? Parce que maintenant, tu ne peux plus avoir un management qui ignore ces problématiques.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Et quand tu manages des gens, ils sont écosensibles. ils le restent en venant bosser le matin. Chez eux, ils peuvent avoir fait du tri et être venus en vélo, mais leur pourquoi demeure dans l'entreprise. Donc, il y a une alliance à trouver avec ça.
- Speaker #1
En revanche, si je suis manager, j'écoute ce podcast et je bosse dans une entreprise qui ne fait pas franchement du bien à la planète, comment je peux, à mon niveau, dans mon équipe, répondre à ce point 6 ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs postures possibles. Je comprends. Il y a plusieurs postures possibles. Soit tu essaies de faire évoluer les choses un peu en interne, soit tu peux aller jusqu'à la rupture. Ça dépend des gens. Il y a des gens qui préfèrent la rupture et d'autres le compromis ou l'évolution douce. Alors après, selon qui on est, il y a des choses qui nous conviennent plus ou moins. Mais bon, les lanceurs d'alerte, les gens radicaux, les inventeurs de nouveaux possibles, je les trouve super. Mais en même temps, dans l'entreprise, il y a une contrainte économique. Alors après, il faut voir. En même temps, il y a toujours des choses possibles. Maintenant, il faut voir à quelle dose, et il faut voir quelle posture nous permet d'être alignés avec nous-mêmes. Mais alors là, tu vois, on revient encore au pourquoi. Il y a la cohérence entre le comment et le pourquoi.
- Speaker #1
Oui, il y a la cohérence personnelle, du coup.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Quel est ton prochain point, Henri ? Il en reste encore deux, je crois.
- Speaker #0
Il en reste encore deux, effectivement. Alors là, on est peut-être plus dans la stratégie, mais les abeilles ont une caractéristique connue, qui est l'essaimage. Et l'essai mage, c'est un truc d'abeille. Alors, on a piqué le nom aux abeilles, mais... L'essai mage, c'est quand tu as une ruche très, très prospère, avec plein, plein d'abeilles et plein de miel, il y a un stade à partir duquel elle va se diviser en deux groupes. Un groupe qui va libérer de la place dans la ruche, et un groupe qui va partir conquérir de nouveaux territoires à l'extérieur. Étonnant. Et donc, c'est une sorte de rupture. Tu as une super boîte qui marche bien, tu la coupes en deux pour en faire deux. Ça veut dire que, déjà, première question. L'essai MAJ pose la question du seuil de pertinence de la taille d'une entreprise ou d'une équipe. On n'y pense pas. On est formaté sur l'idée que plus on est nombreux, plus on est fort. C'est complètement con. Des fois, il vaut mieux deux équipes de 50 qu'une grande de 100 qui ne marche pas, ou que tu n'arrives pas à manager, ou dans laquelle le projet commun s'effiloche et la cohésion s'affaiblit. Les abeilles, le seuil de rupture d'une abeille, d'une colonie, pardon, c'est 60 000 abeilles. pour des raisons biologiques. Quand elles sont à 65 000, ça crée une alerte générale, et on se dit, on va faire deux équipes qui marchent plutôt qu'un gros bazar. Et alors, il y a plein de leçons sur les sémages, je ne vais pas tout décliner, il y aurait pu en parler très longtemps, c'est un processus complexe et passionnant. N'empêche que c'est la reine, la plus âgée qui est déjà féconde, qui part à l'aventure avec les saints, et qui laisse à une jeune reine en héritage la maison mère.
- Speaker #1
Parce que celle-là, elle a déjà ses compétences. Oui,
- Speaker #0
oui. Question clé dans toute entreprise. Qu'est-ce qu'on laisse en héritage aux jeunes générations ? Et est-ce qu'on met les plus expérimentés où il y a le plus de risques ? Question posée, je ne suis pas sûr. Si on a une entreprise, quelle est la bonne taille d'une équipe, d'un codire, d'un groupe projet ?
- Speaker #1
Oui, parce que tu vois, je ne peux m'empêcher de penser, ce n'est pas un scoop, au fait que j'ai bossé chez Leroy Merlin, qui est une entreprise qui tourne bien, ils sont 30 000. Est-ce que du coup, dans ce que tu es en train de dire, la clé, et c'est plutôt, je pense, un facteur de leur réussite, la décentralisation ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Parce que souvent, pour des logiques de croissance, on croit qu'on est plus fort ou plus productif. C'est une question qu'il faut se poser, que le manager doit se poser.
- Speaker #1
Oui, puis en centralisant tout, on perd beaucoup de proximité, on perd beaucoup d'humains.
- Speaker #0
L'essai mage a une manière de résoudre ces... problématiques un peu originales qui méritent de nourrir la réflexion du manager. Pareil, est-ce que tu mets les plus expérimentés là où il y a le plus de risques ? Souvent, quand il y a un enjeu nouveau dans une boîte, tu prends au pire un stagiaire ou un jeune blancbec de l'école de commerce. Alors bon, il faut que tout le monde commence sa carrière. Alors que tu as des gens hyper expérimentés, mais ils veulent rester au chaud. « Ah non, mais moi je suis à Annecy, je ne veux pas aller en Hongrie. » Ouvrir une nouvelle... La question de la taille, les intergénérations, la logique de conquête, l'expertise, comment tu capitalises sur l'expertise. Super,
- Speaker #1
laissez-moi.
- Speaker #0
Dernier point. C'est un truc plus classique, mais génial, c'est l'intelligence collective.
- Speaker #1
Nous y voilà.
- Speaker #0
Il faut savoir un truc. Dans la ruche des abeilles à miel, la question de la température est fondamentale. Pourquoi ? Parce que... S'il fait trop froid, les petites larves qui sont dans une sorte de berceau dans les ruches, elles n'arrivent plus à se développer. C'est une couveuse, une ruche. C'est une couveuse. Dans une couveuse, tu coupes le chauffage, bébé, au début il va piailler, mais après, il ne va plus piailler du tout, ce sera trop tard. Et donc, il faut que la température soit assez chaude, on va dire, et constante. Il ne faut pas qu'elle soit trop haute, parce que la cire, ça fond quand il fait trop chaud. D'accord ? Et donc... La température à l'intérieur d'une ruche est une constante autour de 30-35 degrés. Sauf que les abeilles ne sont pas abonnées à NJ. Donc, il faut réguler la température. Système très complexe. En gros, lutter contre le froid l'hiver. Produire de la chaleur et de l'énergie. Protéger la grappe d'abeilles des coups de froid. Générer de la chaleur en mangeant du miel. Le miel est aussi une source d'énergie. L'hiver, c'est comme ça. L'été, pour avoir 35, 30-35. L'été, il peut y avoir des périodes de canicule à 40 degrés, et donc il faut trouver un moyen de refroidir. Donc les abeilles battent des ailes comme des ventilateurs pour refroidir. C'est une tour de refroidissement, l'été, une ruche. Mais mieux que ça, les chercheurs ont découvert qu'il y a des abeilles qui, au lieu de chercher du nectar dans des fleurs, vont chercher de l'eau et la régurgitent comme un brumisateur dans le système de la ruche pour que les calories, en s'échappant, enlèvent... Pour que la... L'évaporation, l'eau s'évaporant, emmène les calories trop importantes pour rebaisser la température dans la ruche. Leçon de management à problèmes complexes, solutions collectives. Parce que ce n'est pas un système centralisé, c'est un système décentralisé, c'est un système d'équipe, et les abeilles arrivent à réguler la température sans autorité centralisée, et avec un système, c'est des équipes qui s'auto-organisent et qui s'ajustent en permanence. On peut parler de la ruche agile, il y a une forme d'agilité. Et la ruche agile, ça ne veut pas dire que Gilles, c'est le prénom d'apiculteur. La ruche agile, ça veut dire qu'il y a une capacité à mesurer la température en permanence et à faire évoluer le comportement des abeilles en société organisée et collective pour réguler la température. Est-ce que je bats des ailes pour refroidir ou est-ce que je fais du chou avec du miel ? En permanence. Et donc ça, c'est une logique collective. Ce n'est pas une logique individuelle ni centralisée.
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Et la question, je reviens... à la diversité, à la complexité. Plus un système est complexe, plus il est fort de sa diversité et de sa capacité à se mettre en intelligence collective.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux aller plus loin sur, justement, si on prend cet exemple de s'organiser, de s'auto-organiser totalement pour la survie de la ruche en termes de température ? Qu'est-ce que tu peux nous donner comme exemple qui ressemblerait justement à du management et qui pratiquerait ce genre de choses en intelligence collective ? Est-ce que tu en as déjà vu ?
- Speaker #0
Oui, j'en ai vu plein, j'essaie de prouver quelque chose qui soit facile à illustrer. Souvent, il y a une espèce d'émergence de l'intelligence collective dans l'adversité. Par exemple, je ne sais pas, je pense à des gens qui installent des lignes électriques. S'il y a une tempête, tout le monde va bosser pour remettre en route les circuits, les réseaux, les machins. La question du manager, c'est comment je fais de l'intelligence collective sans crise, en dehors des périodes de crise. Et là, on revient presque à tous les paramètres que je viens d'évoquer précédemment. Le projet commun, la cohésion, la diversité, etc. Je dirais que dans les périodes de... de risques majeurs, l'intelligence collective devient presque spontanée et s'impose. Si ton entreprise, vous perdez un gros client, ou vous êtes en menace de trésorerie, etc., ou vous n'arrivez pas à produire suffisamment, alors que vous avez des beaux contrats, etc., on peut motiver les gens à se dépasser et le collectif, ça marche. J'en suis convaincu. Mais le problème du manager, c'est comment je fais de l'intelligence collective. en dehors d'une période de pression de la crise. C'est-à-dire qu'au lieu que l'intelligence collective soit mobilisée uniquement par rapport à des agressions extérieures, comment faire un levier comme du levain dans le pain à l'intérieur de l'entreprise ? Après, on en revient au style de management, on en revient à la méthode, on en revient à la connaissance des uns et des autres que nous avons évoquées, on en revient à la diversité des profils, parce que le plus il y a de la diversité, le plus il y a d'idées, donc plus de solutions, etc. Je ne sais pas si je suis clair. Oui, ça fait un résumé de tout. J'essaie de...
- Speaker #1
Merci Henri, c'est passionnant. On avait eu un épisode avec Stéphane Rio qui parlait du vivant. C'était passionnant et je trouve que tu apportes vraiment une toute autre dimension qui se complète super bien et qui en même temps est différente.
- Speaker #0
J'ai une conclusion.
- Speaker #1
Ah, tu as une conclusion. J'avais encore d'autres questions.
- Speaker #0
Je la garde pour la fin. Je te laisse me questionner.
- Speaker #1
Je voulais savoir, c'est la question traditionnelle du podcast, c'est qui aimerais-tu entendre à ce micro au sujet d'un management qui tend vers plus d'humains ?
- Speaker #0
Il y a plein de gens intéressants. Il ne faut pas croire que le problème, on a une image de l'entreprise qui est celle que nous renvoient les médias et le CAC 40. C'est les pires.
- Speaker #1
En termes de management, sûrement.
- Speaker #0
On est d'accord. Les médias n'ont pas une connaissance. Alors qu'il y a plein. C'est souvent des boîtes plus modestes. Souvent des boîtes patrimoniales et familiales, où il y a un engagement, un projet. On en revient à ça. Et du coup, c'est ça qui fait. Et puis, si tu ajoutes à ça un peu d'humanité et puis d'éco-sensibilité, là, tu as des boîtes géniales. Je pense notamment à une qui est en Savoie, dans la région, qui s'appelle Gontier Paysages. Ce sont des paysagistes. Christophe Gontier, le patron avec son frangin qui tient la boîte, c'est des gens qui ont l'éco-sensibilité et l'humanisme, mais qui traduisent en actes. Parce que si tu veux, un paysagiste, c'est quelqu'un qui plante, qui fait des beaux paysages, qui met des belles plantes là où elles risquent de perdurer. Ce n'est pas le tout de planter des oliviers en haut de sa voie. Et il a la même démarche avec l'humain, pour te donner un peu d'approche. Et c'est magnifique.
- Speaker #1
Donc, il y a encore un peu un lien avec ce que tu fais.
- Speaker #0
Oui, on s'entend bien. C'est pas par hasard. Lui, c'est le végétal qui nourrit son imaginaire et qui l'aide à embarquer ses équipes. Moi, c'est plutôt l'animal. On parle des aveilles. Peu importe. L'essentiel, c'est d'aimer la vie et de l'entretenir.
- Speaker #1
Trop bien. C'était ça, du coup, ta conclusion.
- Speaker #0
Non ? Non ! J'en ai plusieurs dans ma besace. Si tu veux, je peux t'en proposer une autre.
- Speaker #1
Parce qu'Henri fait beaucoup d'interventions dans des groupes. Oui, de management, etc.
- Speaker #0
Et puis, quand on me demande d'intervenir dans une entreprise pour une conférence, je demande deux choses à la personne quand je prépare. C'est quoi le titre ? Parce que tout est dans le titre. Et si mon client me donne le titre, je sais ce qu'il veut. Et je lui dis, c'est quoi la conclusion ?
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et quand tu sais... le titre à la conférence. Moi, mon boulot, c'est de remplir le milieu. Tu vois ? Pendant une heure et demie de conférence ou d'atelier, peu importe. Et donc, donne-moi le titre. Parce que le titre que tu vas annoncer annonce ton intention.
- Speaker #1
Là, tu me prends de court. Je pense qu'il y aura quelque chose autour, justement, de l'organisation du vivant en lien avec l'organisation de l'entreprise. C'est ça.
- Speaker #0
Voilà. Qu'est-ce que les abeilles nous inspirent ? Comment elles nous inspirent dans notre organisation ? Tu vois ? Voilà, par exemple. Eh bien, Sur la conclusion, j'ai toujours un petit... C'est un peu comme un jeu de cartes, j'ai plein de conclusions possibles. Mais il y en a une qui est très belle et je te la donne. C'est ce que j'ai appris des abeilles. Depuis 48 ans que je les fréquente. Depuis 48 ans que j'étudie le management. Je suis moi-même... J'ai été cadre dirigeant, j'ai ma propre boîte, etc. Je suis consultant, donc je vois plein d'entreprises et de postures, de manières de faire, etc. Depuis 48 ans que j'étudie les abeilles, le vivant, que je me forme au biomimétisme, plein de trucs. Bon, peu importe. Eh bien, si j'avais à tout résumer ce que j'ai appris des abeilles et du vivant en une seule phrase, la voici. Nos liens ? sont plus essentielles que nos biens. C'est-à-dire que dans l'entreprise, si on croit que la raison d'être et la quête de l'entreprise, c'est de produire que des biens matériels, le bien, qui est le miel dans la ruche, n'est qu'une conséquence du lien, je reviens aux abeilles, du lien des abeilles entre elles. C'est-à-dire, le plus il y a des liens entre les abeilles, le plus il y aura de miel, et des liens entre les abeilles et les fleurs. Et le plus il y a de fleurs, et le plus il y a d'abeilles, le plus il y a de miel. Donc le bien matériel qui est le miel est une conséquence. Mais il n'est pas central. Et dans l'entreprise, je crois que c'est pareil.
- Speaker #1
J'adore cette conclusion en tant que bonne jaune qui fait du lien.
- Speaker #0
Je ne peux qu'adhérer. Effectivement, oui, tout à fait.
- Speaker #1
Merci beaucoup Henri pour ta passion. Les auditeurs ne verront pas ça, mais le sourire d'Henri et sa posture, il est super avancé sur son fauteuil tellement il est passionné. Je peux vous en témoigner. Donc vraiment, un grand merci pour ta passion.
- Speaker #0
Il faut s'émerveiller de la beauté du monde.
- Speaker #1
Je pense que toi, tu es émerveillé.
- Speaker #0
Merci les abeilles. Je suis émerveillé par le miel, les abeilles, la beauté du vivant et de l'humain et de l'entreprise. Ça aide beaucoup à vivre. C'est même magnifique. Et du coup, on est dans la joie. C'est super.
- Speaker #1
On terminera sur cette phrase. Merci Henri. Merci beaucoup pour ta contribution. J'espère que vous avez aimé cet épisode autant que moi. Si vous connaissez quelqu'un qui aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet, je serais très intéressée de le savoir. Alors partagez-nous son nom en commentaire. Pour nous soutenir, n'hésitez pas à partager cet épisode et à vous abonner à notre chaîne pour ne pas manquer les prochains. Et si l'envie de nous mettre plein d'étoiles et un commentaire vous prenait, n'hésitez surtout pas ! A bientôt ! Merci.