- Speaker #0
Bienvenue dans Je dis tout aux usagers, le rendez-vous dédié à celles et ceux qui œuvrent chaque jour pour les usagers. Patients, résidents, accompagnants, aidants, ce podcast est pour vous. Plongez au cœur d'une maison des usagers, où la santé se raconte et se partage autrement. Installez-vous confortablement et préparez-vous à découvrir des témoignages inspirants et des perspectives nouvelles. Je dis tout aux usagers, le podcast où la parole des usagers prend toute sa valeur. Bonjour et bienvenue dans notre podcast. Aujourd'hui, nous abordons un sujet essentiel, l'aide après le choc. Que ce soit après un accident de la route, un vol, une escroquerie ou des violences, devenir victime est une épreuve qui vous plonge dans l'urgence, la confusion et parfois une solitude face au système judiciaire. Dans le Pas-de-Calais, une association est là pour écouter, informer et accompagner chaque victime, sans jugement et gratuitement. Cette association, c'est France Victime 62. Nous recevons aujourd'hui Florence Gauthier, psychologue coordonnatrice au sein de l'association. Merci d'être avec nous.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #2
Bonjour Florence.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #2
Pour commencer, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?
- Speaker #1
Donc moi j'appelle Florence Gauthier, je suis effectivement psychologue de formation. J'ai travaillé, avant d'arriver à France Victime 62, j'ai travaillé dans la protection de l'enfance et également à l'éducation nationale. Et je travaille maintenant... à France Victime 62 depuis deux ans.
- Speaker #2
Alors, quelle est la mission première et la plus urgente de France Victime 62 ?
- Speaker #1
Alors, la mission qu'on a et qui nous est confiée par le ministère de la Justice, c'est d'accompagner toute personne qui peut être victime d'une infraction pénale. Donc, comme vous le disiez, que ce soit un accident de la route, des violences diverses et variées, on accompagne également les personnes qui sont victimes de catastrophes naturelles, comme ça a pu être le cas dans le département sur des inondations, et de pouvoir leur apporter tout le soutien nécessaire dont elles pourraient avoir besoin, aussi bien sur le plan psychologique que sur le plan juridique, et également sur certains secteurs du département, où on a également des intervenants sociaux qui peuvent aussi accompagner sur un volet social assez large.
- Speaker #2
Pour bien comprendre, quelle est la différence essentielle entre vous, Les forces de l'ordre ?
- Speaker #1
Alors on a des missions qui sont fondamentalement différentes. Les forces de l'ordre, elles vont aider la justice à mener l'enquête, à essayer de comprendre ce qui s'est passé pour avoir une action judiciaire. Nous on est là auprès de la victime uniquement, on n'est pas là auprès de l'auteur, on est là auprès de la victime pour pouvoir l'accompagner dans ses démarches, lui faire prendre conscience parfois de ce qu'elle a vécu, c'est pas toujours facile de pouvoir... l'aider dans les différentes démarches qu'elle va avoir et de pouvoir l'accompagner tout au long de la procédure. Si procédure il y a, on peut aussi accompagner les gens quand il n'y a pas de procédure, parce qu'il n'y a pas eu dépôt de plainte ou qu'il n'y a pas eu d'action en justice qui a été entamée. Donc on est à côté, j'ai envie de dire, de la démarche judiciaire. On n'est pas forcément complémentaire au sens qu'on ne va pas du tout avoir les mêmes actions et les mêmes objectifs. Par contre, on est là aux côtés de la victime.
- Speaker #2
D'accord. Alors un exemple. Imaginons, je me suis fait agresser il y a 48 heures. Je vous appelle ou je viens vous voir. Que se passe-t-il ? Que faites-vous pour moi ?
- Speaker #1
Alors vous allez être reçu sans doute par notre secrétariat, si c'est lui que vous appelez ou que vous contactez, qui va vous mettre en lien le plus rapidement possible avec un juriste. Et ou avec un ou une psychologue en fonction de votre demande et de vos besoins, qui va essayer de vous trouver un rendez-vous au plus proche de votre domicile, quel que soit votre lieu d'habitation sur le département. Et puis de pouvoir identifier au mieux votre demande et vos besoins pour pouvoir ajuster au plus vite notre réponse, que vous ayez été victime effectivement dans les deux jours qui viennent ou parfois sur des faits qui peuvent remonter à plusieurs années.
- Speaker #2
Donc voilà, c'est bien ça. Je n'ai pas de délai pour vous contacter. C'est quelque chose qui m'est arrivé, et six mois après, je n'arrive pas, je ne comprends pas, je peux toujours vous contacter.
- Speaker #1
Voilà, que ce soit il y a deux jours, il y a six mois, il y a dix ans, vous pouvez nous contacter quoi qu'il arrive. Parfois, on a des adultes qui viennent alors que c'est pour des choses qui leur sont arrivées dans leur enfance. Il n'y a pas de problème par rapport à ça. Effectivement, malheureusement, une fois qu'on est victime, on peut avoir besoin d'aide. des moments assez variés, parfois très longtemps après.
- Speaker #2
D'accord, merci.
- Speaker #0
Alors Florence, parlons plus précisément de cette prise en charge qui est, je crois que l'on prend des pluridisciplinaires. Quelles sont les victimes prises en charge en termes de profil, peut-être en termes d'âge, de sexe ?
- Speaker #1
Alors toutes. On n'a aucune restriction, c'est-à-dire que n'importe quelle personne peut venir faire appel à nos services, que ce soit des adultes, des enfants, des personnes âgées, quel que soit leur âge, quel que soit leur milieu socio-professionnel, on accueille tout le monde. La seule limite qu'il pourrait y avoir, ce serait la question de la langue, parce qu'on peut aussi recevoir des personnes qui sont sur des parcours migratoires, des personnes qui sont... qui ne parlent pas forcément très bien français. Alors soit on fait avec les moyens du bord, soit on a aussi la chance de faire partir du réseau de France Victime, là qui est du coup la fédération nationale qui regroupe l'entièreté des antennes locales et dans lesquelles on peut avoir des ressources, que ce soit des ressources avec des juristes ou que ce soit avec des psychologues qui peuvent parfois faire l'intermédiaire avec des langues qui sont variées. Mais donc on reçoit toutes les personnes qui en ont besoin, effectivement. On sait qu'on reçoit beaucoup plus de femmes que d'hommes, qui est aussi lié avec le fait que malheureusement, il y a peut-être aussi plus de femmes qui sont victimes de choses que les hommes, mais on reçoit absolument tout le monde, sans aucune distinction.
- Speaker #0
Alors on le sait, dans ces situations qu'on a pu évoquer, le choc émotionnel, c'est peut-être ce qui peut être le plus difficile, et à quel point justement le rôle du psychologue va être central dans cette prise en charge des victimes ?
- Speaker #1
Alors effectivement, être victime... Que ce soit d'un accident ou d'une agression ou même d'un cambriolage, etc. Ce sont des choses qui peuvent être très choquantes. On utilise de plus en plus dans le langage courant le mot « traumatiser » qui va avoir un sens un petit peu plus particulier pour nous, psychologues. Mais effectivement, la violence sous toutes ses formes, ça peut venir nous choquer profondément. Et on sait que pouvoir « débriefer » rapidement après ces faits-là, Ça peut permettre d'apaiser les choses et quand ça ne s'apaise pas, c'est nécessaire souvent de pouvoir en reparler, de pouvoir mettre des mots sur ce qui nous est arrivé et de pouvoir prendre en compte tous les symptômes qui peuvent être liés à ce choc-là, que ce soit des symptômes sur notre sommeil, notre alimentation, notre comportement vis-à-vis des autres. L'incapacité qu'on peut avoir à gérer nos émotions, donc tout ça, ça a forcément beaucoup d'impact dans notre vie quotidienne et que c'est important à pouvoir les poser dans un endroit où on se sent en sécurité pour pouvoir trouver un petit peu d'apaisement. On n'oubliera pas ce qu'on a vécu parce que ça ne fonctionne pas comme ça. On peut apprendre à vivre avec et à vivre en faisant en sorte que ça fasse moins mal, en tout cas.
- Speaker #0
Et à côté de cela, justement, à côté du choc émotionnel, je me dis également que s'il y a une procédure judiciaire qui est en cours, on peut être aussi finalement, alors je ne vais pas dire subir le système, mais ce jargon judiciaire est peut-être un peu complexe parfois pour ces personnes avec le sentiment finalement qu'elles subissent un petit peu la procédure. Comment vous les accompagnez justement pour qu'elles puissent mieux appréhender ce qui va se passer également en termes de procès et de démarches ?
- Speaker #1
Alors c'est pour ça qu'on a ces deux professions, aussi bien les juristes que les psychologues. et on fonctionne beaucoup en binôme. On ne va pas les voir sur des temporalités qui vont être les mêmes. Les juristes vont les voir en général quand il y a des besoins dans la procédure, qu'il y a besoin d'expliquer des choses, des nouvelles pièces, etc. Nous, les psychologues, on va avoir un travail beaucoup plus régulier. Mais c'est vrai qu'on va nouer les deux accompagnements parce que dans un rendez-vous avec une des personnes que je vais recevoir, elle va m'expliquer qu'elle a reçu, par exemple, une notification pour une audience. Du coup, qu'est-ce que c'est une audience, etc., comment ça se déroule ? Nous, on va pouvoir prendre le temps avec elle de travailler sur la question de la gestion des émotions, de comment est-ce qu'on va gérer le stress, etc., mais on va aussi la renvoyer vers notre collègue qui va pouvoir lui expliquer, avec d'autres termes juridiques justement, pour lui expliquer comment ça se déroule une audience. On les accompagne également, ça peut arriver de pouvoir aller avec elle au tribunal, leur montrer une salle d'audience. Pouvoir les préparer effectivement à tel endroit, il y a telle personne qui va s'asseoir, son rôle c'est ça, etc. Pour leur permettre justement de comprendre qu'est-ce qui se passe et qu'elles puissent être partie prenante pleinement à cet événement supplémentaire dans ce long processus qui aura été le leur suite à ce qu'elles auront vécu.
- Speaker #0
C'est important aussi pour démystifier, pour ne pas rajouter de l'angoisse à quelqu'un.
- Speaker #1
Tout à fait, tout à fait. Et puis un système judiciaire qui n'est pas forcément tourné vers les victimes. beaucoup organisée autour de la personne du mis en cause. Et du coup, parfois, la victime peut se sentir un petit peu seule, un petit peu isolée. Effectivement, ce n'est pas toujours évident.
- Speaker #0
Alors en parcourant le site internet de France Victime, je lisais « L'enfant a la légitimité de connaître ses droits. Il a des opinions et le droit d'être entendu. L'enfant est une personne. » Alors c'est une phrase qui m'a interpellée. Est-ce que vous pouvez justement nous parler un peu plus de l'administration ad hoc, notamment lors des maltraitances sur enfants ?
- Speaker #1
Oui, donc l'administration ad hoc, c'est une partie très spécifique de notre activité. L'administration ad hoc, c'est un mandat judiciaire qui nous est confié. de manière très spécifique pour des mineurs. Et l'administrateur ad hoc a comme mission de représenter l'intérêt de l'enfant devant la justice. C'est-à-dire que c'est un enfant où le juge ou le procureur va considérer que ses représentants légaux ne sont pas en capacité, à ce moment-là, de représenter les intérêts de leur enfant. Ça peut être le cas, effectivement, si les parents sont eux-mêmes auteurs de violences. sur cet enfant, ou par exemple si c'est un enfant qui agresse son frère ou sa sœur, et où du coup, là, en tant que parent, entre guillemets, choisir un camp, c'est quelque chose qui est absolument terrible, et où du coup on retire, entre guillemets, à ses parents la charge de devoir représenter l'un et l'autre, etc. Donc on demande à quelqu'un qui est nommé auprès de la cour d'appel de pouvoir prendre cette charge-là, de pouvoir représenter les intérêts de l'enfant. devant la justice et donc c'est ce qu'on appelle un administrateur ad hoc qui va du coup faire tout le travail de pouvoir rencontrer l'enfant, voir avec cet enfant qu'est ce qu'il en est, qu'est ce que tu as vécu, comment est-ce que tu as vécu cette situation, qu'est ce que tu souhaiterais maintenant par rapport à judiciairement parlant en tout cas, on fait le lien avec l'avocat de l'enfant qui aura été nommé et puis voilà c'est tout un processus qui s'enclenche donc c'est une personne qui va être spécifiquement là dans le processus pénal. ou en assistance éducative également.
- Speaker #2
Alors, vous couvrez tout le Pas-de-Calais. Comment arrivez-vous à couvrir toute cette proximité pour les victimes, que ce soit Bétune, Arras, Boulogne, Calais ? Et comment on fait pour vous trouver ?
- Speaker #1
Alors, on est une grosse équipe. On est 25 à peu près dans l'association et on est effectivement répartis sur l'entièreté du Pas-de-Calais. C'est-à-dire qu'on va avoir chacun nos secteurs qui vont être les nôtres et sur lesquels on va travailler. On est présent sur les quatre juridictions du Pays de Calais, que ce soit Arras, Béthune, Saint-Omer et Boulogne. Là, on a des bureaux d'aide aux victimes qui sont intégrés dans les tribunaux, dans lesquels on peut se présenter de manière spontanée. On a nos juristes qui interviennent également dans les commissariats et dans la gendarmerie, auxquels on peut faire appel également. Et les psychologues qui interviennent dans plein de lieux différents pour être au plus proche des personnes. On a une cinquantaine de points de chute sur l'entièreté du département pour pouvoir effectivement être au plus proche des personnes. On est présent dans des points justice, on peut être présent dans la maison des usagers de Lens, par exemple, effectivement. On peut être présent dans des lieux assez variés, que ce soit des lieux qui sont plutôt du côté du soin ou plutôt du côté du monde de la justice, en tout cas au plus proche des personnes, effectivement. Et pour nous contacter, on a un numéro de notre standard qui est disponible. Et il y a également tout un formulaire de contact qui est sur notre site internet qui permet de nous envoyer un mail directement de notre site internet au secrétariat. réenclenchera un rappel, etc. pour pouvoir proposer des rendez-vous aux personnes qui le souhaitent.
- Speaker #2
Si vous aviez un seul message à passer pour quelqu'un qui s'est fait agresser, qui a subi une infraction, qui aujourd'hui par peur, par honte, ne veut pas vous contacter pour vous demander de l'aide, quel serait ce message ?
- Speaker #1
Qu'il ne faut pas rester seul. Parce qu'effectivement, ça peut arriver à tout le monde. Il n'y a pas de honte, quelle que soit la chose dont on est victime. On n'est pas tout seul. Il y a des gens qui sont là pour nous aider. Il y a des professionnels. On sait que c'est un parcours qui n'est pas évident, avec plein d'interlocuteurs, on en parlait tout à l'heure, qui viennent d'autres mondes, du monde de la justice, du soin, etc. Il ne faut pas rester seul, il n'y a pas de honte. honte à avoir été victime d'une agression, pas de honte à avoir été victime d'une violence, quelle qu'elle soit. On est rarement responsable des choses qu'on subit et que en revanche, on peut devenir acteur de son parcours de rétablissement.
- Speaker #2
On voit souvent dans les associations qu'il y a un numéro national où les gens peuvent appeler. Est-ce que vous avez un numéro national où on peut vous contacter comme ça ?
- Speaker #1
Il y a aussi le 116 006 qui tout à fait est renvoi sur la plateforme nationale et qui nous est renvoyé au niveau local en fonction de l'adresse des personnes, effectivement.
- Speaker #0
Merci beaucoup Florence pour ces éclaircissements essentiels sur le rôle vital de France Victime 62. Votre message est clair, victime, vous n'êtes plus seule. Pour toutes les personnes qui nous écoutent, l'association est joignable, soit au travers du numéro de téléphone Plateforme Nationale ou au travers du numéro plus local 03 21 71 62 00. L'aide est gratuite, elle est confidentielle et accessible, que vous ayez porté plainte ou non. Merci à vous, Florence, d'avoir été parmi nous. Merci à vous, chers auditeurs, de nous avoir écoutés. Et à très vite pour un prochain épisode. Et voilà, notre exploration touche à sa fin. Nous espérons que cet épisode vous a inspiré et donné envie d'en apprendre davantage sur l'engagement au service des usagers. Au-delà de la maladie, il est possible de devenir un acteur clé du changement et de la solidarité. Retrouvez le guide sur l'idée d'annoncer les effets de la santé des usagers. Nous sommes en train d'étaler le bétou de bruit sur la page internet et les réseaux sociaux d'établissements Facebook et LinkedIn. Merci d'avoir été avec nous dans cette vidéo. N'hésitez pas à partager ce vidéo sur Facebook et à nous laisser de la pression. N'hésitez pas à vous connecter au groupe de nos témoignages. Merci, à bientôt.