- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur l'arrière boutique, le podcast qui vous invite dans les coulisses de l'expérience retail. Je suis Audrey Gallier, consultante dans les domaines du retail, de l'entrepreneuriat et du développement de marques. Après dix années passionnantes à créer et développer mes boutiques, j'ai envie aujourd'hui de transmettre mon expérience mais aussi celle de mes invités. Pour cela, je reçois dans ce podcast des personnes inspirantes qui vous ouvrent les portes de leurs boutiques pour vous raconter leurs aventures. Je vous livre aussi dans des épisodes boîte à outils, des pensées et astuces pour vous motiver et vous aider dans vos projets retail. Très bonne écoute ! Aujourd'hui, je vous emmène à la rencontre de Sarah Théron, fondatrice de Dodo Toucan. Dodo Toucan, c'est un univers qui est très singulier. Un style naïf et narratif, des gris-gris aux fonctions symboliques, des objets qui sont façonnés à la main, qui racontent des histoires et se répondent les uns aux autres. Quand Sarah commence dans la céramique, ce n'est pas avec un business plan, c'est avec des cours du soir. Elle commence à fabriquer beaucoup, et vraiment pour le plaisir au début. Et finalement, assez vite, elle se retrouve avec de nombreuses pièces. Elle se fixe donc comme objectif simple de participer à une vente de créateurs. A cette occasion, elle ouvre donc un compte Instagram. Et c'est là que les choses s'enclenchent. La vente fonctionne très bien, son travail est remarqué, des boutiques la contactent, elle participe ensuite à un marché de Noël, et les opportunités vont arriver beaucoup plus vite qu'elle ne l'avait imaginé. A ce moment-là, elle travaille encore à côté. Elle enchaîne donc les journées au bureau et les soirées à l'atelier. C'est intense. Elle doute, elle ne se sent pas toujours légitime, mais elle comprend surtout que c'est peut-être le moment. Alors elle décide d'y aller. Et dix ans plus tard, Dodo Toucan est devenue une marque. Une boutique à atelier à Paris, avec plusieurs espaces dédiés aux cours et à la fabrication, un e-shop, près de 150 revendeurs, une équipe, et toujours une production entièrement faite à la main. Dans cet épisode, on va parler de ce chemin. de la manière dont une activité, née presque par hasard, devient une entreprise structurée, du passage d'auto-entrepreneur à société, un saut qu'elle décrit comme passé de la cour de récré à la fac directement, des différentes étapes de croissance, donc de l'ouverture de son premier local à finalement un dixième, puis un troisième, à chaque fois en répondant à un besoin très concret. On parle aussi de trésorerie, de délégation, et de l'organisation quand on cumule boutique, atelier, revenderie et shop. On évoque aussi la créativité et cette fameuse question Comment continuer à créer quand l'entreprise grandit ? Et aussi comment faire évoluer son activité sans renoncer à ce qui fait son identité ? Et notamment dans le cas de Sarah, le fait que la production reste artisanale. En bref, une discussion sur ce que ça demande vraiment de transformer un rêve d'enfance en activité viable. Je vous laisse avec Sarah. Bonne écoute ! Salut Sarah !
- Speaker #1
Salut Audrey !
- Speaker #0
Ça va ?
- Speaker #1
Ouais, et toi ?
- Speaker #0
Ouais, je suis très contente que... On échange aujourd'hui, ça fait un moment qu'on se connaît, un moment où nos chemins sont croisés dans nos aventures entrepreneuriales respectives et j'ai eu la chance de commercialiser tes superbes créations qui avaient un succès de dingue dans nos boutiques. Et aujourd'hui, voilà, dix ans après, parce que ça fait dix ans, t'as fêté les dix ans de Dodo Toucan.
- Speaker #1
Ouais, j'ai fêté les dix ans d'avoir vendu ma première céramique. Alors au début, c'était vraiment... Plutôt une expérience amateur et puis peu à peu ça s'est assez vite professionnalisé. C'est vrai que ça m'a permis de rencontrer plein de personnes, de connaître plein de boutiques et tout. C'est un petit réseau aussi qui s'est construit à travers cette vie professionnelle.
- Speaker #0
Donc ce qu'on va faire si tu veux bien, d'abord tu vas un peu me présenter qui tu es, ce que tu fais et peut-être essayer de comprendre ce que c'est que Dodo Toucan aujourd'hui. Et puis après, on fera une sorte de flashback pour voir un peu les différentes étapes, par quoi t'es passée, etc. Alors, qui es-tu ?
- Speaker #1
Moi, je suis Sarah, la fondatrice de Dodo Toucan. Et j'ai étudié aux Arts Déco de Paris en design objet. Donc j'ai toujours eu un parcours dans le milieu artistique et de la création d'objets. Et ensuite, j'ai travaillé pour une petite entreprise qui s'appelle Adeline Clam, du nom de la créatrice. où j'ai vraiment assisté au développement d'une petite entreprise créative parce qu'ensemble, on a créé un e-shop. Ils avaient déjà un petit atelier boutique minuscule. On a changé pour des plus grands locaux dans le 11e arrondissement. Peu à peu, il y a une équipe qui s'est formée et tout. Et en fait, tout ça, ça m'a quand même un peu mis les pieds dans la création et l'entrepreneuriat, le mélange des deux. Et en parallèle de cette expérience, j'ai commencé à faire des cours du soir de céramique avec des amis, sans aucune autre ambition que de passer un bon moment et de faire quelque chose de manuel. Et peu à peu, j'en suis venue à vendre les céramiques et j'ai créé Dodo Toucan. Et aujourd'hui, Dodo Toucan, c'est un atelier boutique de céramique à Paris dans le 19e. On fabrique et on vend sur place. Mais en fait, c'est surtout une marque de céramique et d'objets de décoration. Donc, il y a aussi, par exemple, de la papeterie qui est distribuée aussi dans beaucoup de boutiques en France et à l'étranger. On a un e-shop et tout. Donc aujourd'hui, je dirais que c'est plutôt une marque que juste un atelier de céramique.
- Speaker #0
Oui, c'est devenu une marque. C'est vrai que quand on développe une entreprise, parfois c'est toujours difficile, parce que toi tu es là depuis le début, de réussir à passer l'étape d'après, de se présenter comme une marque et de se sentir vraiment comme une chef d'entreprise parce qu'en fait tu t'es connue au début. Donc il faut un peu parfois cette bascule-là pour réussir à se définir différemment.
- Speaker #1
Ouais, même la céramique, je pense que comme moi, je n'ai pas une formation à proprement parler de céramique. Je ne me suis jamais vue comme céramiste. Enfin bon, maintenant, ça fait dix ans que j'en fais, donc à un moment, il faut voir les choses en face. Mais ouais, j'ai toujours du mal à dire ce que je fais. Enfin, comment le décrire exactement, je n'ai pas toujours.
- Speaker #0
Ouais, je pense que pas mal de personnes qui vont t'écouter vont se reconnaître là-dedans. C'est un truc un peu universel. C'est dur de savoir, quand on entreprend, je trouve que c'est un peu la question qui fait flipper. Et tu sais qu'on va te la poser quand tu vas être à un événement ou en famille. C'est genre, ok, qu'est-ce que tu fais quand tu dois te présenter ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Alors, ça y est, je sors les rames et j'explique ce que je fais. Et ce n'est pas toujours facile quand on est chef d'entreprise.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Surtout qu'en plus, comme on a plein de petites missions au quotidien qui sont très variées, en fait, c'est difficile de résumer ça. une mission principale.
- Speaker #0
Ouais, c'est clair. Et donc aujourd'hui, tu me dis, Dodo Toucan, c'est une marque de céramique, de déco avec la papeterie, qui est vendue en ligne, chez des revendeurs. T'as combien de revendeurs à peu près aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'ai pas le compte, mais je pense qu'on est entre 130 et 150.
- Speaker #0
Ouais, donc quand même une grande quantité de partenaires. Et également en boutique.
- Speaker #1
exactement donc t'as un espace de vente j'ai un espace de vente à Paris dans le 19ème arrondissement qui est depuis 2018 ok et il me semble que t'as aussi enfin t'as 3 locaux ah oui donc à côté de la boutique il y a un atelier de fabrication donc tout est fabriqué tout ce qui est céramique c'est fabriqué à cet endroit donc c'est génial parce qu'en gros les gens nous voient fabriquer ils nous voient depuis la rue et puis ils peuvent aller dans la boutique à côté pour acheter Et on a un troisième local qui a deux, trois minutes à pied, qui a un atelier de cours, où là, les gens peuvent venir s'initier à la céramique. Ils ont à disposition tous les matériaux que nous, on utilise, les couleurs, la terre, l'émail. Et c'est des professeurs avec qui on travaille depuis longtemps, donc ils connaissent bien Dodo Toucan, voire des professeurs qui font aussi partie de l'équipe de fabrication. Donc il y a vraiment une transmission de notre savoir-faire Dodo Toucan.
- Speaker #0
D'accord. Et donc dans l'offre de Dodo Toucan, si jamais tu devais décrire ce que tu proposes en céramique ?
- Speaker #1
Alors c'est beaucoup des objets de déco, plutôt des petits objets. Et ce n'est pas des objets qui ont une fonction utilitaire à proprement parler, mais beaucoup d'objets avec une petite fonction symbolique. Donc ça va être des gris-gris, des portes bonheurs. On a toute une gamme de gris-gris thématiques qui sont en gros des... petites boules avec un visage de chat et un petit manteau coloré, qu'on chacun aime, donc ça peut être aventure, amitié, amour, qu'on peut mettre dans la poche ou sur le bureau. Et on a aussi beaucoup d'animaux, toujours des animaux qui ont aussi une dimension symbolique, en tout cas à mes yeux, ça va être des tigres, des renards, des loups, des ours. Et ensuite, on a des vases, des pots de fleurs, des bougeoirs, en fait d'autres éléments de décoration. qui sont aussi dans les mêmes qualités de couleurs, de motifs autour. C'est pour la partie céramique.
- Speaker #0
Oui, c'est un univers hyper coloré, avec pas mal de symboliques, il y a pas mal d'animaux. Il y a aussi toute la... Enfin, c'est très poétique, un peu naïf. Je ne sais pas toi, comment tu définis ton style ?
- Speaker #1
Si, je dirais qu'il est... Enfin, poétique, c'est aux autres d'en juger, même si moi, j'aimerais être vraiment poétique. Naïf, c'est sûr parce qu'en plus, rien que le nom Dodo Toucan, je pense que je l'ai voulu un petit peu naïf et enfantin et évoquant la couleur. Je pense que ça, c'est un peu le centre aussi de mon travail et j'ai toujours eu des univers très narratifs avant même de faire de la céramique. Je ne suis pas quelqu'un qui est capable d'être très minimaliste dans ma propre création en tout cas, même si j'adore les choses minimalistes que font les autres. Et du coup, j'ai besoin de raconter des histoires en fait pour faire vivre mon univers. Donc d'avoir des personnages comme ça, un peu intéressants sur le plan symbolique, ça me parle. Et aussi tout l'univers autour de vases, de bougeoirs et tout, pour moi il est cohérent parce qu'il... Il crée une espèce de paysage visuel en termes de couleurs, de motifs autour de ces personnages. Pour moi, il y a vraiment une complémentarité dans ces différents objets.
- Speaker #0
Il y a vraiment une signature. Je pense que quand on voit tes objets, on sait que c'est du Dodo Toucan. Il y a quand même quelque chose qui se distingue et qui fait ta patte.
- Speaker #1
C'est des objets qui sont très décorés. Je peins à la main. sur les objets. Il y en a certains où maintenant il y a une partie de l'équipe qui m'aide à les décorer. Mais pour moi, le travail du dessin est aussi très important. Je pense que j'ai vraiment envisagé la céramique à titre professionnel quand je me suis rendue compte que je pouvais déployer ce travail de dessin sur les objets.
- Speaker #0
Oui, d'accord. Et aujourd'hui, tu parles des techniques de fabrication. Les produits que tu proposes sont tous faits à la main ?
- Speaker #1
Oui. Ou avec des moules ? Avec des moules. C'est pas usiné, quoi. Non, non, il n'y a rien qui est usiné dans nos céramiques. On utilise des moules pour certaines pièces, mais en fait, il faut dire qu'on fabrique une pièce à la main. Ensuite, on fabrique un moule, ce qui est à peu près une journée de travail. Et ensuite, on fait des tirages dans le moule. Et éventuellement, on va rajouter à la main des éléments sur la pièce qu'on a fabriquée avec le moule. Oui, il y a des gens qui... Oui, l'idée, c'est une idée un peu de lenteur. Moi, je suis attachée à l'idée qu'il vaut mieux avoir pas trop d'objets, parce qu'on en a de façon trop, mais qu'ils soient vraiment chargés de quelque chose d'humain, de symbolique, de fort, plutôt que de crouler sous des objets en plastique qu'on voit plus au bout de dix minutes. En tout cas, j'ai l'impression que les gens qui viennent à la boutique, ils sont touchés par cette expérience-là, et les retours qu'on a de gens qui ont acheté nos pièces, ils sont sensibles à ça, donc c'est quelque chose qui me... touche et qui donne un peu de sens à ce que je peux faire.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est un peu ça tout l'enjeu. Quand tu es artisan, créateur, céramiste et tout un tas d'autres beaux métiers comme ça, où tu fais des choses de façon à l'unité, à la main, c'est de réussir à faire adhérer les gens à ton projet et à les fidéliser et à les garder. Et c'est ce qui est hyper intéressant dans ton cas de figure, c'est que ça fait dix ans que tu es installée. Et je ne sais pas toi, quand tu t'es lancée, est-ce que tu t'étais donné un objectif en disant dans 10 ans je voudrais être là ? Ou est-ce qu'en cours de route, tu t'étais aussi peut-être dit mon objectif avec Dodo Toucan c'est ça ? Quel regard tu portes maintenant avec un peu de recul, maintenant que les 10 ans sont faits, sur là où tu en es aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors pour répondre à la question de la planification, on va dire. je ne suis pas quelqu'un j'avais pas prévu que ça devienne professionnel et les étapes se sont imposées à moi au moment où par exemple j'avais trop de commandes pour continuer à travailler à côté de la céramique ou la céramique qui commençait à me rapporter un peu d'argent de même que les différents locaux dans lesquels on s'est un peu envahis dans le quartier, ça s'est fait parce qu'on manquait d'espace et qu'on était face à des problématiques de Ouais, de mettre les cours, la boutique, tout ça au début c'était réuni dans un seul endroit et puis à un moment ça craquait de toutes parts. Donc je ne suis pas quelqu'un qui est super planificateur, je pense que je n'ai pas la confiance en moi, ou en tout cas je ne l'avais pas à ce moment-là pour me projeter dans je vais faire ça, ça et ça dans dix ans. Mais par contre ce que j'ai pu identifier dans ma manière de fonctionner au fil de ces années, c'est que j'ai besoin de mouvements. dans ma vie professionnelle, d'apprendre des nouvelles choses, d'avoir des petits challenges et tout, avec des horizons assez courts. Parfois, ça va être plutôt sur quelques mois que je vais réussir à me projeter. Mais par contre, d'être tout le temps en train de faire des pas en avant. C'est ça qui m'excite. C'est comme ça que j'ai l'impression d'apprendre et tout. Par rapport à un service qui aurait choisi de rester seul avec sa production au même endroit, je sais que ce n'est pas ma manière de fonctionner. J'ai besoin... de nouveaux horizons et c'est aussi quelque chose que DodoToco m'a permis, c'est que ça m'a permis de faire des collaborations pour faire des livres, du papier peint.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et en fait toutes ces expériences, elles viennent enrichir déjà ma vie professionnelle, mais l'univers de la marque et tout, donc je pense que c'est plus aller de l'avant projet par projet.
- Speaker #0
Ouais. Et du coup, tous ces projets, tous ces petits challenges que tu te mets au quotidien, c'est des choses finalement qui, entre guillemets, des opportunités, des rencontres, des choses qui te tombent dessus. C'est pas des choses que tu vas réfléchir en amont en disant, voilà, l'année prochaine, je voudrais avoir fait ci, je voudrais avoir fait ça.
- Speaker #1
Je suis quand même obligée de planifier un petit peu certaines choses. Et par exemple, quelque chose qui fonctionne bien et qui pour moi... représente à la fois un challenge comme j'aime bien et qui plaît aux clients, c'est que je fais régulièrement des collections, des éditions limitées. Et ça, ça va être plusieurs mois de préparation autour d'un thème. Et en fait, moi, ça va me donner aussi un grand boost créatif parce que les éditions limitées, c'est que des pièces uniques. Donc, pour chaque pièce, il faut aller chercher une nouvelle idée. Et donc, ça va être ce genre de choses. Après, un jour, il faudra peut-être déménager la boutique.
- Speaker #0
ça sera une qualification oui mais un quatrième local dans le quartier si on peut faire plusieurs je suis aussi capable de faire ça mais c'est moins souvent tu disais tout à l'heure que peut-être que c'était aussi le manque de confiance qui avait pu parfois te limiter mais en même temps je trouve que il y a quand même justement cet élan entrepreneur d'oser et de se dire je commence avec un local je finis avec trois Je ne sais pas combien vous êtes dans l'équipe aujourd'hui.
- Speaker #1
Alors du coup, dans l'équipe, en plus de moi, il y a trois personnes qui sont salariées. Deux céramistes et une personne qui s'occupe plutôt de la partie administration, boutique et commerciale. Ensuite, on travaille avec des freelances pour les cours ou pour venir nous filer des coups de main en production. Et on a en général un ou deux sagesseurs. Au total, dans la semaine, je dirais qu'il y a une dizaine de personnes qui gravitent dans l'univers d'Odo Toucan, mais on va dire que le noyau pur, c'est nos quatre équipes.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que ça reste quand même une dynamique à orchestrer, c'est tout un tas de changements. C'est vrai qu'entre se lancer seule, comme c'était au début, et là aujourd'hui, il y a deux mondes qui sont très différents. Comment toi, tu as abordé tous ces changements ? Là, je comprends que ça s'est fait de façon un peu organique, avec le temps, la patience, la lenteur. Et puis, à des moments, tu arrivais à des phases où il fallait de toute façon prendre la décision parce que c'était plus compatible. Et en même temps, ça te convenait bien parce que tu aimais aussi ces élans de nouveautés, ces élans d'apprentissage. Maintenant que tu as fait ces dix années sont passées, comment tu regardes un peu cette expérience ? Je ne sais pas si tu arrives à identifier des moments clés, des choses qui ont été hyper importantes toi dans ton développement et qui sont bien passées des choses que tu t'identifies comme des bons déclencheurs et aussi est-ce que quand tu regardes un peu avec du recul dans le rétroviseur il y a des choses que tu regardes en disant ça j'aurais peut-être aimé le faire différemment ou j'aurais peut-être aimé le savoir parce que ça m'aurait permis d'aborder les choses ou d'éviter peut-être cette erreur qui m'a coûté du temps, qui m'a coûté de l'énergie qui m'a coûté de l'argent Merci. Voilà, c'était un petit bilan de ce chemin parcouru et de tes apprentissages.
- Speaker #1
C'est une bonne question, très introspective. Peut-être que c'est plus facile pour moi de dire ce que je ferais différemment si je pouvais réécrire l'histoire. Disons que la première chose, c'est comme je me suis lancée dans la céramique, sans vraiment savoir que je me lançais. Vraiment, je n'ai pas fait de formation professionnelle dans ce domaine-là. Et du coup, j'ai perdu beaucoup de temps et ma production aujourd'hui, elle est très conditionnée par ça en fait, même si au fil du temps, je me suis entourée et puis j'ai fait des petites formations et tout. Mais disons que mes choix initiaux de matière, de technique et tout, c'était parce que je n'avais pas les compétences techniques pour faire autre chose. donc je me les suis appropriées et tout, peut-être que c'est ça aussi qui m'a permis d'avoir une certaine différence, de même que le choix de ne pas faire de la vaisselle, de l'utilitaire et tout, c'était parce que pour moi ce n'était pas forcément connecté à la céramique, alors que toutes les formations qui existent dans ce domaine, tu apprends plutôt à faire des assiettes, des bols et tout. Mais quand même j'ai aussi perdu beaucoup de temps, justement en étant complètement novice et en faisant beaucoup de ratages successifs avant d'arriver à quelque chose. Je pense que...
- Speaker #0
Peut-être ça, se dire parfois c'est bien quand on sent qu'on est limité sur un sujet, de pas hésiter à aller chercher de l'info, du partage d'expérience, de la formation, pour... Parfois c'est des limites qu'on se met, enfin je sais pas si tu vois ça comme ça, mais je trouve que parfois c'est des limites qu'on se met tout seul en fait, en soi. Peut-être qu'on ferait tout aussi bien, mais c'est que nous on s'autoriserait peut-être à vraiment se... se définir comme céramiste et peut-être qu'on s'autoriserait des choses qu'on ne s'autorise pas à nous-mêmes. C'est parfois peut-être plus pour nous que pour la pratique. Oui,
- Speaker #1
complètement. En plus, j'avais l'impression que comme c'était un artisanat, c'était peut-être quelque chose de très corporatif. Donc, même demander de l'aide à d'autres céramistes ou me dire moi-même céramiste, ça a pris beaucoup de temps. Pour moi, dès que je voyais un autre céramiste, peut-être que je me cachais en ne m'assumant pas du tout ce que je faisais. Mais en fait, je me suis rendue compte que c'était un univers qui était à 99% bienveillant. Donc, ça, c'est quelque chose qui m'a aidée aussi. au fil du temps et peut-être l'autre chose c'est un peu ce que je disais c'est ma non capacité à me projeter très en avant et que je pense que ça aurait été plus astucieux si je regarde en 2018 d'investir tout de suite un espace plus grand que me retrouver en 2019 et en 2021 à signer des nouveaux baux et c'est sûr que c'est un petit peu plus galère d'avoir trois espaces pas très grands qu'un grand espace en même temps j'avais besoin d'être assurée de me dire que je je tiendrai la route financièrement, donc je comprends aussi. Pourquoi j'ai fait ce choix ? Mais disons qu'aujourd'hui, si je rencontrais la Sarah de 2018, je dirais signe tout de suite pour 120 mètres carrés.
- Speaker #0
N'aie pas peur, ça va bien se passer. C'est vrai que parfois, il y a des étapes qui sont nécessaires pour valider des projets. Oui,
- Speaker #1
complètement. Surtout quand on n'a pas. Moi, c'était ma première expérience de gestion financière d'une entreprise. Merci, j'avais un peu assisté aux coulisses. D'ailleurs, mais ce n'est jamais pareil quand c'est toi qui es au commande et que c'est toi qui prends le risque. Donc, ça aussi, j'ai appris au fur et à mesure tous ces langages-là.
- Speaker #0
Oui, parce que quand tu étais dans tes études aux Beaux-Arts, vous n'aviez pas d'apprentissage sur la gestion d'entreprise ?
- Speaker #1
Ah non, pas du tout. C'était vraiment pas corrélé à Ausha et tout. Je pense qu'aujourd'hui, ils ont intégré une dimension un peu entrepreneuriale dans le cursus, mais à l'époque, elle n'existait pas du tout. Donc,
- Speaker #0
comment ça s'est fait pour... Avoir les compétences là-dessus pour apprendre, pour t'emparer de ces sujets ?
- Speaker #1
Je pense que c'est à la fois mon expérience d'avant, où déjà ça m'a permis de cerner un petit peu les enjeux autour de ça. Ensuite, je pense qu'à titre personnel, j'ai quand même une appétence pour les chiffres, le calcul. Enfin, je ne suis pas quelqu'un qui est effrayé à l'idée de se mettre devant un tableau Excel et de faire un business plan si on me montre comment faire. je m'en sens capable et je suis capable de j'ai toujours tenu un tableau de gestion assez approfondi avec toutes mes charges, toutes mes dépenses, mes catégorisants et tout, ce qui paraît le B.A.B. je pense pour toutes les gens qui sont sortis d'école de commerce ne serait-ce qu'une petite formation à ce niveau là, mais en fait je connais plein d'artisans qui le font pas alors que...
- Speaker #0
D'autant plus que toi dans ta construction dans le développement d'entreprise si j'ai bien compris ça s'est beaucoup fait au début via les revendeurs.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et en fait, quand tu as des revendeurs, il y a les marges revendeurs qu'il faut prendre en compte. Donc, il y a quand même ce travail-là qui est obligatoire. Sinon, tu ne peux pas tenir la route. Et à un moment, ça... En fait,
- Speaker #1
tu peux la tenir toute seule en t'épuisant et en te valant un peu la face sur le fait que tu gagnes 2 euros de l'heure. Mais à partir du moment où il y a des charges de t'éployer et encore plus salarié, là, tu es obligé de... te mettre un peu face à la réalité. Tu ne peux pas payer quelqu'un X euros de l'heure alors que ce qu'il produit, ça vaut moins. Oui,
- Speaker #0
donc toi, tu avais déjà anticipé toutes ces réflexions avant de commencer à bosser avec des revendeurs.
- Speaker #1
Disons que j'ai ajusté au fur et à mesure. J'ai effectué des ajustements en cours de route. Mais oui, je savais déjà quelle serait la marge revendeur vu que j'avais déjà travaillé avec des revendeurs avant dans mon projet.
- Speaker #0
dans mon expo.
- Speaker #1
Donc, oui, j'avais déjà quand même une idée. C'était pas une totale découverte, en fait. C'est ça qui m'a fait croire.
- Speaker #0
Et donc, on l'a évoqué très rapidement, mais si on fait vraiment le vrai flashback. Donc, tu fais ces études. Tu commences un peu sur les cours du soir, un peu du loisir. L'envie de faire et puis petit à petit, ça commence à prendre. Comment ça a commencé à prendre justement ? Comment ces revendeurs sont venus à toi ? Il y a un moment quand même entre le loisir où tu fais ça à la maison avec des amis et où tu commences à vendre dans des boutiques partenaires. Il y a eu un truc qui s'est passé ?
- Speaker #1
Oui, alors franchement, pas un truc de dingue. En gros, j'ai commencé à fabriquer pas mal de trucs. et je me suis dit je me fixe un petit objectif je vais participer à une petite vente de créateurs mais un truc sans je sais même pas si ça existe encore c'était un petit marché de créateurs au bord du canal Et je me suis dit, je vais faire des pièces pour ça. J'avais fait des salons pro avec la boîte pour qui je bossais. J'avais déjà l'habitude, enfin, l'idée de ce que ça pouvait être un stand et tout. Mais là, on peint vraiment juste une petite table avec des céramiques dessus. Et puis au moment où je fais ça, je crée un petit compte Instagram. Donc on était en 2015. À ce moment-là, Instagram, ça fonctionnait différemment. Enfin, il y avait peut-être moins de concurrence, on va dire.
- Speaker #0
Oui, c'était encore récent, il y avait sûrement de la place.
- Speaker #1
Il y avait de la place, voilà. Et je participe à cette petite vente. Je suis un peu surprise par le succès des pièces. Enfin, aujourd'hui, je relativise ce succès. Si je faisais ça maintenant, je ne considérerais pas ça comme un succès. Mais disons que par rapport aux autres exposants et tout, je me dirais, c'est cool, ça plaît quand même et tout. Je vends mes petites pièces.
- Speaker #0
c'était la première fois que tu rencontrais des clients où tu présentais dans un cadre commercial tes pièces complètement ouais,
- Speaker #1
d'ailleurs ça a été un gros challenge de ne pas s'excuser pendant 3 jours sur ma nullité ouais t'en as un soutien de ce moment là ou c'était difficile je regarde avec tendresse mais je comprends ce que j'ai pu ressentir parce qu'aujourd'hui si je regarde les finitions de ce que je proposais à ce moment là elles n'étaient clairement pas au niveau il faut bien commencer quelque part mais bon il faut bien commencer quelque part et puis en fait très vite je devais avoir 300 abonnés sur le compte Instagram qui étaient principalement mes amies du coup ça commence comme ça il y a eu en effet boule de neige qui a fait que j'ai commencé dans les deux mois qu'on suivit à être contactée par des boutiques qui avaient vu ça sur Instagram qui étaient intéressées et tout Merci. Et au bout de deux mois, j'ai été contactée par la marque Des Petits Hauts. Donc là, j'ai un petit peu halluciné, mais en même temps, je me suis sentie pousser des ailes. Oui,
- Speaker #0
c'est clair. En termes de peur et d'excitation, tu te dis, mais là, qu'est-ce qui se passe ? Donc, ça a vraiment été l'étincelle, cet événement, plus le fait que tu aies le compte Instagram, donc de réussir à combiner un événement physique. Avec la possibilité ensuite de te suivre sur du digital via les réseaux. Ces deux décisions-là ont été l'étincelle qui ont fait que tu as eu cette visibilité et que tu as rencontré ton public.
- Speaker #1
Exactement, ça s'est fait très très vite. Je pense que j'ai eu vraiment de la chance pour un alignement des planètes à ce moment-là. Je pense qu'aussi à ce moment-là, la céramique en France, ce n'était pas encore arrivé, ça a pris deux ou trois ans. trois ans après que j'ai commencé pour qu'il y ait vraiment un engouement du grand public pour ça et tout. Et du coup, j'étais peut-être... Évidemment, je n'ai rien inventé, mais disons, arriver comme ça avec des céramiques colorées, une communication sur Instagram et tout, il y avait beaucoup d'espace à prendre et c'est ce que j'ai pu faire. Oui,
- Speaker #0
tu avais une proposition nouvelle.
- Speaker #1
Exactement, oui. Et du coup, là, il y a eu un effet boule de neige où j'ai été contactée et puis à ce moment-là, j'ai tout donné.
- Speaker #0
Donc là, tu étais encore en poste ? Là,
- Speaker #1
j'étais encore en poste. Donc j'avais trouvé un petit atelier partagé sur Paris qui était à deux minutes à pied de mon boulot. Donc je terminais ma journée de travail et puis je rempinais sur la deuxième.
- Speaker #0
Ok, parce que des petits hauts, ça s'est concrétisé comment ce travail ensemble ?
- Speaker #1
Ça a été un pop-up dans trois boutiques sur le thème de la douceur, où ils ont pris des petits vases, des animaux et tout, tout ce qui fait encore la thème de la marque aujourd'hui. Et eux, ils m'ont... Alors, je ne sais plus quelles étaient les quantités, mais à l'époque, ça m'a paru dingue. Je pense que rétrospectivement, aujourd'hui, ça me ferait moins d'émotion. Et surtout, à l'époque, j'étais toute seule, j'étais très lente, beaucoup moins efficace qu'aujourd'hui.
- Speaker #0
typiquement le genre le moment où tu apprends en faisant ça c'est exactement ce qui s'est passé à ce moment là t'as dû retravailler toutes j'imagine toutes tes techniques pour avancer peut-être être plus efficace faire des choses de plus en série j'imagine que t'es un peu face à toi-même et t'as à dire comment est-ce que je fais pour que ça sorte plus vite que ça sorte mieux
- Speaker #1
Oui, et puis il y avait tous les petits à côté, genre, ah ben ils veulent qu'il y ait des boîtes ou tout. Moi, je voulais avoir l'air professionnel, donc je pouvais pas dire que j'avais aucune idée d'où aller chercher les boîtes.
- Speaker #0
Ouais, donc en fait, ça, ça a été une expérience, enfin, ça a été l'accélérateur, quoi.
- Speaker #1
Ouais, en fait, à un moment, j'étais obligée de le faire, donc tu vois, quoi, c'est...
- Speaker #0
Tu ne réfléchis pas six mois sur les boîtes, quelle couleur, quelle taille ? Ok, il faut des boîtes. Oui,
- Speaker #1
il faut des boîtes, je l'ai fait. Et puis s'il faut, j'améliore au fur et à mesure. Elles ont le mérite d'être là et elles sont déjà très bien. De toute façon, je pense que c'est un mode qu'il faut activer quand même quand tu entreprends et essayer de l'activer le plus possible. Et parfois, laisser tomber un peu ce truc où on veut que tout soit à la perfection. On veut attendre le bon moment pour communiquer cette nouvelle info. Parfois... Ça a aussi du bon d'y aller, de sauter, de voir après comment améliorer, peaufiner. Mais ça ne peut pas être parfait de toute façon. Je crois qu'il faut lâcher l'affaire là-dessus.
- Speaker #0
Et donc,
- Speaker #1
à partir de là, tu t'es mis en mode double vie. Et quand est-ce qu'est arrivé le moment où tu t'es dit, ça va devenir mon boulot en fait ? Ça deviendra... Mon moyen de gagner ma vie ?
- Speaker #0
Franchement, c'est arrivé assez vite parce qu'après, il y a eu Noël. Donc, il y avait eu cette première vente qui était en juin. À l'automne, il y a eu des petits rots. Après, il y a eu Noël. Donc là, j'ai participé à mon premier marché avec l'un d'eux. Pareil, ça a bien marché. Ça m'a permis d'avoir plus de visibilité et tout. Et en fait, à partir de janvier, février, je voyais à quelle vitesse ça allait et que c'était en train de prendre de l'ampleur. Donc, je suis passée à mi-temps dans mon travail. Et à partir de mars, c'était clair pour moi que ça allait devenir après un temps de la céramique. Là, j'étais financièrement sur une pente qui était intéressante et que j'allais pouvoir faire que de la céramique.
- Speaker #1
Et là, j'imagine que potentiellement, tu avais un peu tout ça mélangé, mais tu étais dans l'excitation, dans la peur ? Est-ce que tes problèmes de légitimité, ça venait un peu te challenger ?
- Speaker #0
J'étais dans tout ça, mais en fait, j'étais tellement à fond de prendre toutes les opportunités qui passaient et de les faire fructifier que je n'avais pas non plus le temps de réfléchir à ça. J'étais là, ah trop cool, on vient de me contacter pour ça, Et du coup, je le faisais et tout. Bon, je travaillais comme une dingue.
- Speaker #1
C'est-à-dire que tu faisais quoi ? Comme genre de journée, tu bossais combien d'heures par jour, tu penses ?
- Speaker #0
Franchement, j'ai honte de le dire tellement c'était déraisonnable. J'ai l'impression que je n'ai pas vu beaucoup la lumière du jour pendant bien six mois. Tout parce que je travaillais encore, il fallait que je fasse les commandes et tout. Donc je finissais très tard dans la nuit en général.
- Speaker #1
Tu n'as pas eu un moment où tu t'es sentie épuisée ? C'était vraiment plutôt je me sens poussée des ailes et mon énergie qui est décuplée. Tu n'as pas eu de down ou de moment où tu as senti que quand même tu tirais un peu la corde ?
- Speaker #0
Si, j'ai carrément senti que je tirais la corde et en même temps j'avais envie de dire, genre là l'opportunité elle est là, il y a des gens qui attendent qu'elle arrive, dans l'artisanat c'est pas facile, enfin là il faut prendre la vague quand elle est là, il ne faut pas la laisser passer quoi. Et j'avais jamais osé me dire qu'un jour je ferais quelque chose, je ferais ma propre patronne ou je vendrais des objets que je fabrique moi-même, enfin c'est tous mes rêves d'enfance on va dire. fabriquer des trucs et de les vendre. C'était tellement excitant cette idée que je pense que c'est ça qui m'a tenue pour aller de l'avant.
- Speaker #1
Tu étais sous l'adrénaline aussi de se dire c'est maintenant ou jamais, c'est ma chance. Je n'ai pas envie de la laisser tomber. Finalement, le rythme, après tu as réussi à peut-être t'entourer. Comment tu as fait justement pour que ça devienne plus tenable ? Tu as arrêté ton job ?
- Speaker #0
Oui, j'ai arrêté mon job au bout de quelques mois. ça m'a permis déjà de retrouver un équilibre et oui j'ai commencé à m'entourer pour pouvoir produire plus, être plus efficace et prendre un peu de temps pour me reposer à l'occasion.
- Speaker #1
Et donc il y a un moment, une boutique qui est arrivée, il y avait une boutique dans le dîner, je me rappelle être venue voir cette jolie boutique.
- Speaker #0
Oui c'est vrai, on s'est connus là-bas, c'était il y a longtemps. Oui, dès que j'ai quitté mon job, j'ai signé pour une boutique en bas de chez moi qui était toute petite. Et en fait, c'est une autre anecdote où j'ai été poussée vers l'avant, c'est que quand j'ai visité la boutique, à ce moment-là, je cherchais un atelier pour produire. Je m'étais fait à l'idée que ce serait probablement un truc en banlieue parisienne parce que c'est là que ce n'était pas trop cher et tout. Et puis, j'ai vu cette boutique en bas de chez moi qui était toute petite dans une rue que je trouvais très mignonne. et qui était 4 fois le prix que j'avais envisagé de mettre dans un local. En fait, je pense que j'ai aussi un truc de... Genre, quand j'ai un coup de cœur, en fait, je suis prête un peu à tout faire pour que ça arrive. Et du coup, je me suis dit, en fait, on m'a déjà demandé de faire des ateliers de céramique. Donc je vais proposer aussi des ateliers pour un complément de refus.
- Speaker #1
Pour rentabiliser un peu le fait que c'était plus cher que ce que tu avais imaginé.
- Speaker #0
Voilà. Et puis ensuite, je voyais le rythme sur lequel je bossais et les heures auxquelles je finissais. Je me suis dit, en fait, c'est plus raisonnable d'avoir un truc où je peux rentrer à pied chez moi, parce que je ne sais pas à quelle heure je vais finir, que d'être sur des trajets de métro. Et puis en fait, si je perds deux heures par jour pour prendre le métro à raison de six jours par semaine, là. Ça fait 12 heures dans la semaine. Donc, en fait, j'ai gagné une journée de travail. Enfin, tout ça, je me suis auto-convertie que ça allait le faire. Après,
- Speaker #1
c'était des arguments qui étaient valables, on va dire. Tu t'es pas trop voilée la face en te disant ça. Donc, du coup, t'as sauté le pas, malgré le fait que c'était hors budget à la base. En tout cas, pas le budget que t'avais imaginé.
- Speaker #0
Il a fallu changer de budget.
- Speaker #1
Ouais. Mais t'as trouvé des solutions pour, justement, générer plus de chiffres d'affaires. Oui, et en final,
- Speaker #0
ça a été une très bonne décision. Et aussi, c'est comme ça que je suis rentrée dans l'expérience boutique, ce qui n'était pas mon idée à la base. Pour moi, je rentrais chez des revendeurs et sur Internet, éventuellement sur des petits marchés. Et en fait, là, j'ai réalisé aussi le plaisir que c'était de déployer tout son univers dans un espace et d'inviter les gens à rentrer dans cet espace. En fait, sur le plan créatif, c'est hyper agréable. C'est pas juste jouer dans cet objet.
- Speaker #1
Je pensais que tu étais bien aussi dans la narration. de les mettre en perspective, de les mettre les uns à côté des autres pour raconter quelque chose, créer des petits univers parce que du coup les gens qui venaient en atelier venaient pour créer, repartir avec leur création, mais le fait qu'ils viennent dans ton univers, ils pouvaient aussi acheter finalement d'autres choses que tu avais à l'atelier c'est quelque chose que tu avais peut-être pas en tête,
- Speaker #0
mais qui est arrivé quand il n'y aura pas les cours, ce sera l'espace de travail mais il y aura aussi un espace boutique un espace, tout ça, ça faisait 20 mètres mais il y avait des petites étagères avec des rues, des objets et tout Et donc, c'était très condensé, quoi. Mais il y avait la possibilité que ce soit une boutique aussi. Et d'ailleurs, ça, ça permettait aussi de générer un peu plus de chiffre d'affaires par rapport au modèle où c'est juste un atelier où les gens n'ont pas accès.
- Speaker #1
Parce que du coup, tu as réalisé à ce moment-là que tu avais quand même une clientèle qui t'avait découvert sur les marchés, sur les réseaux sociaux ou chez les revendeurs qui venaient. directement te voir en boutique pour acheter des produits ? Oui,
- Speaker #0
il y avait tout.
- Speaker #1
Ça représentait une part importante de tes ventes à l'époque ? Je ne sais pas si tu t'en rappelles.
- Speaker #0
Je ne me rappelle pas très bien.
- Speaker #1
C'était plus calme.
- Speaker #0
Oui, ça valait le coup.
- Speaker #1
C'était quand même quelque chose de significatif.
- Speaker #0
À l'époque, comme j'étais toute seule, il y avait moins de dépenses, c'était quand même intéressant. Et puis en plus, les gens, quand ils viennent dans un espace boutique, en fait, ils ne viennent pas de la même manière qu'ils vont chez un revendeur et tout. Ils ne consomment pas de la même manière. Oui. Comme ils ont tout l'univers, en fait...
- Speaker #1
Il y a quoi comme différence ?
- Speaker #0
Ils vont acheter plus, tout simplement, quoi, ou des plus gros objets et tout, ou plusieurs pièces. Enfin, ils sont là, il y a tout ensemble. Donc, en fait, le côté petites histoires qui est raconté à travers plusieurs objets mélangés ensemble, ça, ça va mieux marcher.
- Speaker #1
Ça les embarque, en fait.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et puis en plus, ils ont en présence de la personne qui crée aussi. Donc l'expérience pour le client, elle est carrément immersive. Elle est beaucoup plus chouette effectivement que quand tu es chez un revendeur.
- Speaker #0
Oui, et puis ils ont vraiment l'histoire de s'effacer sur place. Ils voient les outils qu'il faut à côté et tout. Donc évidemment, il y a un background qui est beaucoup plus épais, on va dire, que juste d'acheter un objet quelque part. Même si je pense que la plupart des revendeurs en parlent bien, en fait. Souvent, on les connaît. Oui,
- Speaker #1
clairement. Mais c'est sûr que ce n'est pas pareil que quand tu es un peu dans l'antre de la créatrice et que tu vois ses outils, tu vois les choses qui sont en train d'être créées, tu vois l'intégralité de la collection. Et puis, tu as l'artiste qui est là qui peut te raconter son travail.
- Speaker #0
Et même par rapport à la question du prix aussi des objets, parce qu'évidemment, si on ne sait pas comment ils sont faits, ça peut paraître finalement un peu cher. en fait, ils voient aussi le temps, les choses qui sèchent. Ils comprennent que c'est un processus qui s'étale sur plusieurs jours. Tout ça, ça donne aussi un peu... Oui,
- Speaker #1
c'est visualisé directement. Quand tu es sur place, tu comprends ce que ça implique. Est-ce que tu as trouvé que pour toi, en tant que créatrice et artisane, le fait d'avoir un lieu physique et d'être confrontée à tes clients... Ça t'a permis d'apprendre aussi des choses sur comment regarder des objets, d'avoir des nouvelles idées, de mieux comprendre ce qui leur plaisait dans ton univers. Le fait de pouvoir dialoguer et observer les gens, ça t'a servi dans ce que tu as pu proposer après, dans ton offre, dans ta façon d'aborder le merch en boutique, d'aborder ta communication ?
- Speaker #0
Oui, complètement. C'est vraiment quelque chose qui est hyper intéressant. Je ne dirais pas que quelqu'un arrive avec une idée et je vais la fabriquer. En fait, toute la manière dont les gens appréhendent mon travail dans la boutique, ça va infuser dans ma manière de créer. Évidemment, de voir comment ils regardent les objets, comment eux, ils choisissent par exemple des associations d'objets qui fonctionnent entre eux, les questions qu'ils se posent, les suggestions qu'ils peuvent faire. faire, en fait, ça c'est sûr que c'est hyper intéressant je saurais pas comment le décrire parce que je pense que c'est un processus vraiment d'inclusion plutôt que action-réaction mais en tout cas, oui, ça m'inspire et ça me motive aussi parce que souvent à 95% les gens disent des choses gentilles et c'est toujours agréable ça fait du bien,
- Speaker #1
c'est clair et donc à Romance, local était trop petit, tu t'es sentie à l'étroit et c'est là que tu as cherché un autre local que tu as trouvé dans le
- Speaker #0
19ème oui tout à fait avec Paris Commerce aussi oui après j'ai découvert Paris Commerce alors là j'étais à fond ah mais c'est pas mal ça et donc tu as ouvert cette boutique plus grande un peu plus de deux fois plus grande j'avais l'impression que c'était gigantesque d'ailleurs au début quand on a fait le déménagement et qu'on a posé les objets dans la boutique elle avait l'air complètement vide parce que j'y étais ça ne suffisait pas et je voyais les gens qui venaient parfois de loin pour venir dans la boutique et je me sentais mal en me disant ils vont être hyper déçus personne n'a formulé les choses comme ça mais aujourd'hui elle est plus pleine Donc je suis...
- Speaker #1
T'avais beaucoup de travaux d'aménagement pour t'installer ou ça a été clé en main ?
- Speaker #0
Il y avait un peu de travaux d'aménagement, moi je suis très DIY donc j'ai fabriqué moi-même le mobilier les choses comme ça et tout ce qui m'a permis aussi de pas mettre trop d'argent sur la table mais on a quand même une cloison, enfin une verrière pour séparer la boutique de l'atelier et tout mais il était quand même dans un relativement bon état, il n'y avait pas toute la plomberie et l'électricité à refaire
- Speaker #1
Ok, parce que le premier local que tu avais, c'était un bail 369 ?
- Speaker #0
C'était un bail, comment ça s'appelle ? Précaire ? C'était moi, précaire, voilà, exactement. Ce qui me rassurait à ce moment-là, parce que je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai que ça peut être rassurant. Et donc après, le second local, là, c'était un bail 369 ?
- Speaker #0
Oui, là, c'était un bail 369. À ce moment-là, je voyais quand même où j'en étais. J'étais plus capable justement de planifier comment ça allait se passer et tout.
- Speaker #1
Et tu as dû faire des prêts à la banque, comme tu as fait pour financer cette croissance ?
- Speaker #0
En fait, comme elle s'est faite de manière très organique, à chaque étape, je pouvais mettre un petit peu d'argent de côté. Mon premier atelier partagé, mon loyer était de 100 euros par mois. Donc en fait, tout ce que je gagnais, je pouvais le mettre de côté presque, surtout que je n'avais aucune activité hormis celle de travailler. Et puis pareil, dans la petite boutique du dixième, en fait, j'ai pu mettre aussi 10 000 euros de côté à ce moment-là pour la boutique suivante.
- Speaker #1
Mais donc tu avais quand même, tu disais que tu ne planifiais pas, mais tu savais quand même que potentiellement, il y allait y avoir une prochaine étape avec une prochaine boutique et tu avais fait un peu la fourmi en te disant, je provisionne cet argent pour ma croissance et mon développement.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que j'ai un petit côté fourmi. Dans ma manière de faire. Je me dis toujours qu'il y aura peut-être une prochaine étape, même si je ne la visualise pas complètement. Donc, j'avais mis un peu de côté dans cette optique-là.
- Speaker #1
D'accord. Et donc, deuxième boutique qui arrive, tu fais un peu du DIY, tu as cet investissement-là, et tu recrutes ? Et là,
- Speaker #0
j'ai un autre changement administratif, c'est que je passe du statut d'auto-entrepreneur au statut société.
- Speaker #1
Et alors, comment tu l'as vécu ce changement-là ?
- Speaker #0
Alors, j'ai eu l'impression de passer de la cour de récré à la fac directement. J'ai vécu le gap sur le plan administratif et comptable, mais je n'étais pas prévenue. Parce qu'en plus, je trouve qu'on ne t'annonce pas tout d'un coup. Mais tous les jours, un nouveau document arrive à remplir et tout. En plus, j'ai salarié directement une personne avec qui je bossais déjà un petit peu, Héloïse, qui est toujours là. Donc, j'étais là, mais la complémentaire, la prévoyance, la retraite et tout, mais c'était un langage totalement inconnu. Puis, je ne comprenais pas exactement à quoi ça servait. Donc, oui, il y a eu un changement, un gros changement. Enfin, je me sens compte qu'il fallait s'investir à fond là-dedans. Mais j'étais bien accompagnée, j'avais un bon cabinet comptable. Oui,
- Speaker #1
que t'avais trouvé comment ?
- Speaker #0
Par contact, par bouche à oreille. Et aussi à ce moment-là, c'est une des pentes sur lesquelles je me suis dit, il vaut mieux quand même pas prendre le truc le moins cher. J'en ai rencontré plusieurs, j'ai fait un peu la tournée des popotes. Pas prendre le truc le moins cher, mais des gens avec qui je peux bien communiquer et aux gens qui sont bien carrés. Oui. Et voilà, je suis toujours avec.
- Speaker #1
Des partenaires importants. Ah bah chouette.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
C'est toujours le truc... Sur lequel on se pose plein de questions, c'est dur, mais c'est important, il faut prendre le temps et effectivement la recommandation pour ça c'est top. Oui. Donc gros changement en plus du local changement de statut, salariat pour une de tes collaboratrices on va dire.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et là à ce moment-là t'étais... Ton développement était aussi beaucoup sur le retail avec les partenaires, les revendeurs ? Est-ce que ça s'est développé après ou est-ce que tu étais déjà sur... parce que là tout à l'heure tu disais 150-180 boutiques.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
A l'époque c'était une grosse partie de ton business model, de tes revenus ou ça restait secondaire ?
- Speaker #0
Je ne sais plus où ça en était à l'époque, mais je sais que depuis le début d'Odo Toucan, ça a toujours été entre 30 et 40% des revenus, les revendeurs.
- Speaker #1
D'accord, parce que c'est une sacrée gestion. C'est-à-dire qu'à l'époque, tu gérais aussi ça solo ? Ça,
- Speaker #0
je gérais toute seule. Du coup, il y avait beaucoup plus d'attentes entre le moment où il passait commande et où il la recevait. Ouais, c'était... C'était une grosse partie du travail. À ce moment-là, comme on avait plus de place, on a aussi fait plus d'ateliers. La boutique étant plus grande et mieux placée, on a eu plus de membres en boutique. Donc tout, c'était une petite phase d'accélération pour Dodo Toucan. Oui, je passais beaucoup de temps à préparer des cartons pour des revendeurs à ce moment-là. Donc du coup, on a très vite réalisé qu'on n'avait pas assez de place. Et six mois après, j'ai pris un autre local à côté pour...
- Speaker #1
Donc finalement ce local qui te paraissait trop grand est trop vide et c'est vite rempli de projets et d'objets et de gens donc c'est plutôt cool.
- Speaker #0
Ouais c'est cool.
- Speaker #1
Donc t'as réussi à avoir un local juste à côté.
- Speaker #0
Oui alors en fait j'avais vu qu'il était vide donc je me suis dit, en fait une fois que t'as vu que j'avais un truc vide c'est difficile de pas te dire ah mais tiens en fait.
- Speaker #1
Comment je pourrais le remplir ? J'ai plein de petites idées.
- Speaker #0
Le poisson rouge qui grandit en même temps que le bocal. Une fois que je m'étais mis ça en tête, après j'ai du mal à faire marche arrière. J'avais demandé aux bailleurs, toujours par e-commerce, de me prévenir quand ils seraient libres.
- Speaker #1
Donc ça c'était combien de temps après l'installation de la boutique ?
- Speaker #0
C'était pas longtemps après, ça s'est fait moins d'un an après, j'y restais plus de mois après. La période de Noël pour nous elle est toujours, comme pour toutes les boutiques, très cruciale. C'est le moment où tu... Prends compte de l'ampleur que tu as appris. Et pendant la bain de Noël, je me suis dit, ok, là, en fait, on manque de place. Tous les jours, il fallait qu'à 18h30, on commence à ranger, nous, notre travail pour que les élèves qui viennent à 19h puissent avoir leurs cours. En fait, c'était gymnastique.
- Speaker #1
C'est aussi dans la production. C'est-à-dire que si jamais vous aviez... Enfin, vous ne pouviez pas continuer à être fabriquée, alors que potentiellement, vous auriez peut-être pu le faire encore une heure de plus.
- Speaker #0
Ouais, alors du coup, moi, je me mettais dans un coin pour... continuer de produire et tout, mais c'est vrai que c'était produire quand il y a un cours à côté, à la fois c'est intéressant, tu vois comment se passe le cours et tout.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai que c'est dur de...
- Speaker #0
Mais t'es pas à 100% de concentration quoi. Ouais,
- Speaker #1
c'est clair. Donc du coup, ce deuxième espace arrive et devient un lieu pour les ateliers, dédié aux ateliers ? Ouais,
- Speaker #0
pour les cours. Donc la fabrication restait en boutique à ce moment-là. Ok. Et puis ensuite, deux ans après...
- Speaker #1
Vous avez 203... Voilà.
- Speaker #0
deux ans après je me suis dit en fait il nous faut aussi un local pour la fabrication parce que là on était en boutique en train de fabriquer mais en fait du coup dès qu'un client arrivait il fallait s'interrompre aller se laver les mains accueillir le client du coup surtout en période annuelle j'avais l'impression d'être interrompue toute la journée dans le sens positif parce qu'évidemment il n'y a plus de client c'est bon on y porte mais en même temps tu sais qu'il faut que tu produises donc t'es un peu pris entre deux feux c'est compliqué quoi Exactement et je me suis dit ok on va changer donc on va prendre un troisième local qui servira pour les cours et nous on va les fabriquer à l'endroit où il y avait les cours jusque là.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc beaucoup de gymnastique et de petits déménagements. mais au final qui répondait à chaque fois à un besoin qui était clair et du coup c'est rassurant aussi de se dire je suis le besoin et la demande oui et en fait c'était un moment où on savait que je pouvais le financer parce qu'en fait j'étais 3 années 3 donc c'était pour ça et puis à chaque fois c'était du coup des petits loyers qui venaient s'additionner plutôt que d'aller tout de suite faire un très gros loyer donc c'était moins terrorisant
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ça rassure. Moi, ce que je me posais comme question, c'est comment tu t'organises avec tout ça, avec ces trois lieux. L'avantage, c'est qu'ils sont les uns à côté des autres, mais c'est quand même trois lieux. Avec les équipes, avec... À la fois, il faut penser à la vente en boutique, donc la gestion d'une boutique, avec tout ce que ça implique. Les ateliers, animer les ateliers, gérer les professeurs. La gestion de la vente en ligne aussi, c'est tout un truc. La communication. Les revendeurs, il y a tout un tas de choses sur lesquelles tu travailles et tu dois jongler entre toutes ces choses-là, plus évidemment tout ce qui est administratif, gestion de reprise, etc. Comment ça se passe ces semaines, comment tu t'organises ? Est-ce que tu as réussi à trouver des rituels ou une orga qui te convient bien ? Et aussi, quelle part a la création encore là-dedans pour toi ? Parce qu'à la base, c'est aussi ça, c'est un élan créatif, c'est une envie de créer. Comment tu arrives à trouver du temps pour aussi faire parfois juste, je ne sais pas, l'illustration du dessin pour le dessin, pour le plaisir ? Voilà, question vaste.
- Speaker #0
Oui, question vaste. Alors, je dirais qu'aujourd'hui, mon organisation, elle n'est pas incroyable, mais moins décousue qu'elle n'a été. Le fait de ne plus être dans la boutique, moi, en permanence, ça m'a quand même aidée à rester focus plus quand je vais faire de la production et tout. J'ai une équipe qui est en place. Depuis un moment, elles sont très autonomes sur leurs tâches. C'est vrai qu'autour de 2021, quand on est arrivé à trois locaux, j'ai beaucoup recruté à ce moment-là. Donc là, il y a eu beaucoup de temps où j'avais l'impression de me consacrer à la formation, à l'explication, à mettre en place l'organisation et tout. Ce moment-là, il a été à la fois hyper nécessaire et tout le monde, ça s'est bien passé. Mais c'était quand même du temps et de l'énergie qu'il fallait consacrer à ça. Aujourd'hui, je dirais que, par exemple, pour les revendeurs, je suis encore investie dedans et je vois comment ça se passe, mais ça roule quand même bien au quotidien sans que je doive tout surveiller ou voir comment ça se passe.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'il y a quelqu'un de ton équipe qui gère les revendeurs et qui gère aussi la boutique ? Ouais, en fait,
- Speaker #0
la personne qui est en boutique, comme la boutique n'est pas... Non plus très fréquentée en semaine, elle, son rôle, ça va être de gérer les revendeurs, gérer les plannings des ateliers, les inscriptions des élèves. En gros, tout ce qui se fait derrière un ordinateur, c'est elle qui s'en occupe. Évidemment, moi, je suis à côté, donc on se parle plusieurs fois par jour, on parle au coin et tout. Mais quand même, je suis là. J'avais déguisé cette partie-là. Voilà, donc ça, finalement, c'est plus facile maintenant que je ne le fais plus. Parce qu'en soi, c'est plein de petites tâches assez simples. Mais mise bout à bout, ça prend beaucoup de temps. Et puis en fait, c'est plein de petites choses à penser. C'est énorme. Oui, c'est énorme. Elle, elle est à plein temps là-dessus. Et puis en plus, elle fait ça très bien. Et parfois aussi, je trouve que la vente, c'est plus facile de la faire pour quelqu'un d'autre que pour soi.
- Speaker #1
Oui, c'est clair.
- Speaker #0
Parler de sa propre création et se vendre, c'est quand même un exercice difficile. Alors que le faire pour quelqu'un d'autre, ça reste un exercice difficile mais il y a moins la question de l'ego qui se met en travers oui c'est ça,
- Speaker #1
le problème de se sentir légitime, pas légitime d'avoir l'impression de se lancer des fleurs alors qu'en fait nous on s'est fait actuelle je trouve que c'est aussi très féminin parfois on a du mal à se valoriser à se mettre en avant, à mettre en avant ce qu'on fait complètement,
- Speaker #0
là tu mets le doigt sur un j'ai un peu tout mais en effet Quand tu as d'autres personnes qui travaillent avec toi, qui sont convaincues que ce qu'on fait, c'est bien, c'est quelque chose qui est hyper motivant.
- Speaker #1
C'est clair. Sentir qu'il y a une équipe qui adhère au projet, ça fait pousser des ailes aussi.
- Speaker #0
Exactement. Du coup, je trouve qu'aujourd'hui, je suis moins dans des micro-tâches par rapport à avant. Le fait d'avoir délégué, ça m'a quand même beaucoup aidée. Le fait d'avoir une équipe qui est là depuis longtemps, ça m'aide beaucoup aussi parce qu'elles sont super autonomes. En ce qui concerne les trois espaces, maintenant on a un planning assez défini dans la semaine, à quelle heure, qui et où. Donc ça, ça s'est mis en place petit à petit. Aujourd'hui, je dirais que c'est vraiment assez fluide. En ce qui concerne mon temps de création, je dirais que là c'est un sujet un peu plus sensé. Il n'est pas énorme. En fait, j'ai aussi été face au fait que le fait d'avoir des gens autour de moi, ce n'était pas quelque chose qui était propice pour moi dans les moments vraiment de création pure. Donc, il a fallu que j'arrive à m'aménager des espaces où je peux être seule dans l'atelier pour créer. Et si jamais on est plusieurs, là, je vais plus être dans la production, donc refaire des pièces que j'ai déjà faites. tout, mais pour la création, vraiment la création de nouveaux modèles, pour le dessin, la peinture, j'ai besoin de solitude, donc le dessin et la peinture, je vais faire ça chez moi. Et la création de nouveaux modèles de céramique, je la fais j'ai une demi-journée dans la semaine où je sais qu'il n'y a personne, donc là c'est mon temps de création. En fait c'est bien parce que ça m'oblige à le faire aussi à ce moment-là.
- Speaker #1
C'est ton rendez-vous quoi.
- Speaker #0
C'est un peu mon rendez-vous, oui. Ou alors je vais... Mais ce n'est pas une part super importante de ma semaine. Après, ce que j'ai essayé de faire ces dernières années, c'est aussi à travers ces séries limitées, de mettre des objectifs. Là, en fait, j'ai vu que j'allais faire 100 pièces. Pour les 10 ans, j'avais fait 100 pièces des duos d'animaux et tout. Bon, là, il faut le faire. Donc là, à ce moment-là, ça a été deux mois où je ne fais pas ça à plein temps, évidemment, parce que j'ai plein d'autres choses à faire. Mais vraiment très créatif. Et puis après, il va y avoir une phase plus calme où je vais plus être dans la production, la gestion du quotidien, de la comptabilité ou toutes les autres tâches que je peux avoir à faire. Mais le fait d'avoir ces petits rendez-vous une à deux fois par an, c'est assez sympa.
- Speaker #1
Oui, ça doit faire du bien aussi de reconnecter avec ça et de créer pour créer. Donc bon, les 100 pièces, elles avaient aussi l'objectif de trouver des familles et que les gens les achètent. Mais tu avais ce challenge de dire, il faut que je fasse 100 pièces et elles doivent toutes être différentes, donc il faut toujours que je réinvente, que je repense.
- Speaker #0
Ouais, et en fait...
- Speaker #1
On avait parlé une fois en se voyant, tu disais qu'au début tu avais eu un gros blocage et qu'après, une fois que tu étais autorisée, ça venait tout seul les idées.
- Speaker #0
Ouais, exactement. En fait, il y a une phase, disons que les 10, 20 premières pièces, tu vas rester finalement dans des choses un peu... Balisées. Et puis à un moment, il va falloir trouver d'autres idées et du coup, là c'est... le cap qu'il faut passer pour s'éteindre, se lâcher et tout. Après, il peut y avoir un autre cap à 60 pieds, parce que là, tu as l'impression d'avoir fait le tour, donc tu laisses reposer un petit peu, et puis en fait, il y a d'autres choses qui viennent et tout. Et en fait, c'est quelque chose qui permet d'élargir vraiment l'univers. Et moi, ça me donne plein d'idées pour la suite. Par exemple, là, il y a plein d'animaux que j'ai faits pour la première fois, et ça m'a donné plein d'idées pour des variantes qui pourraient intégrer la collection permanent. Ça me permet aussi de tester plein de trucs auprès des clients, ce qu'ils préfèrent. Les poulpes ou les antinorques.
- Speaker #1
C'est chouette.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
par exemple, ton prochain rendez-vous créatif, enfin le prochain petit challenge ou la prochaine capsule que tu penses faire, c'est pour quoi ?
- Speaker #0
Je n'ai pas encore décidé. Je suis plus inspirée, en général, le printemps et tout. C'est une saison que je trouve hyper inspirante sur le plan de la couleur, du motif. Donc je sais aussi qu'il y a des moments où je peux me consacrer à ça. En général, ça va être le printemps et l'été. Et puis après, avant Noël, je suis prête sur la production. Je trouve que le début d'année, c'est plus une période où déjà, il faut refaire les stocks et peut-être essayer d'avoir une vision. S'il y a un moment où j'essaie d'avoir une vision globale de l'année. D'ailleurs, j'ai écouté ton épisode sur le bilan de l'année.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #0
c'est beau. C'est plus à ce moment-là. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai que ça s'y prête. On a un peu cet élan de se dire, qu'est-ce que j'ai appris de mon année passée ? Qu'est-ce que j'ai envie de faire de mon avenir ? C'est un peu le rendez-vous.
- Speaker #0
Après, la créativité, il y a aussi toutes les collabs, les papiers peints que j'ai sortis.
- Speaker #1
Oui, il y a cet aspect-là qui est hyper intéressant et qu'on n'a pas encore abordé. Tu as bossé avec... Vas-y, raconte-nous les différentes collabs. J'ai vu des petites fèves aussi il n'y a pas longtemps.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'il y avait ça. Oui, en fait, il y a plein de petits trucs. Je ne dis pas tout. Mais dans les collabs les plus marquantes que j'ai pu faire, il y a eu un imagier pour enfants que j'ai fait il y a 4 ans avec Marcelle. Mes enfants l'adorent. Ça fait trop, trop plaisir parce qu'en plus, je pense que les enfants sont assez honnêtes. sur ce qu'ils aiment. Ah oui, ah non,
- Speaker #1
d'ailleurs. Oui, oui, tu peux être sûre. Non, non, il est trop chouette, je l'adore.
- Speaker #0
Et ça, ça m'a permis, enfin, je faisais déjà l'illustration et la papeterie, mais donc, ça m'a permis vraiment de me donner un élan dans cette direction-là. Et puis, ça a été vraiment génial de compléter l'univers avec d'autres objets. Ça, c'est quelque chose que j'adore. Et plus récemment, j'ai fait un papier peint pour une marque qui s'appelle Maison Bonne Amie en réinterprétant un de mes motifs. Oui, ils font des choses super et en plus, c'est imprimé en peinture. en France, dans des bonnes conditions, avec des beaux matériaux et tout ça pareil, je travaille petit et tout d'un coup un papier peint c'est immense donc c'est aussi cool de se justement quand je disais d'apprendre ou de faire des expériences nouvelles, ça c'est typiquement une expérience nouvelle et d'apprentissage d'un autre medium qui était hyper intéressant et aussi c'est génial de pouvoir mettre le papier peint à la boutique et de voir l'univers se déployer sous une autre forme en fait
- Speaker #1
Ouais, ça donne des idées. Et puis voilà, ça vient, comme tu dis, ces petits animaux, ces petits personnages qu'on voit là en 3D, d'un coup tu les vois sur un mur, c'est trop sympa quoi.
- Speaker #0
Ouais, oui.
- Speaker #1
De pouvoir jouer avec ça. Et toutes ces collabs là, tu vas les chercher, elles viennent à toi ? Enfin, est-ce que t'as aussi tout un travail ? Tu vois, c'est pareil pour les revendeurs, je me posais la question. Est-ce que vous allez à la recherche ? Est-ce qu'il y a tout un travail de démarchage et de prise de contact ? Ou pour l'instant, c'est pareil, c'est assez organique et ça se fait naturellement ?
- Speaker #0
Alors pour les revendeurs, ça s'est fait pendant longtemps de manière très organique, principalement grâce au compte Instagram. Aujourd'hui, je dirais qu'on a quand même essayé. Depuis un an, on s'est investi dans faire plus de démarchage, essayer d'identifier des boutiques, prendre contact avec elles et tout. Merci. Et voilà, du coup, ça nous a permis de passer un peu à la vitesse supérieure à ce niveau-là. Mais pendant longtemps, ça a été très organique. Et aujourd'hui, c'est aussi ça qui m'a permis, enfin qui aujourd'hui, permet de démarcher des boutiques en sachant que ce qu'on leur propose, ça peut être intéressant pour elles aussi, quoi. Parce que ça a bien marché dans plein d'autres endroits.
- Speaker #1
C'est légitime là-dessus et comment on leur a expliqué ? Entre guillemets, les bénéfices pour eux aussi à avoir cette offre-là dans la boutique en plus.
- Speaker #0
Exactement. Et puis, on connaît le type de boutique qui pourrait être intéressée par ce qu'on fait. Donc, ça en fait plus. Au niveau des collabs, je n'ai pas forcément été les chercher. Je dirais qu'en fait, j'essaye de montrer ce que je sais faire sur Instagram. Oui, en fait,
- Speaker #1
j'ai l'impression que c'est ça. C'est beaucoup, enfin, un des points communs depuis tout à l'heure de ce que tu dis, qui a drainé tout. Toutes ces opportunités, les collabs en premier lieu avec des petits hauts, puis les revendeurs, ces co-créations avec des entreprises, à chaque fois le point commun c'est
- Speaker #0
Instagram, non ? C'est une marque qui a pu se faire connaître grâce à Instagram. avec tous les défauts que comporte ce réseau social mais ça m'a quand même énormément apporté sur le plan professionnel ça permet aux gens de voir ce qu'on fait et tout je me suis aussi beaucoup investi dedans pour faire des vidéos qui expliquaient la fabrication qui expliquait la technologie sur comment on travaille les différents rôles de l'équipe et tout donc souvent enfin même les gens qui viennent en boutique qui certains nous ont connu grâce à en ce moment. me disait ça, j'ai vu la vidéo, vous fabriquez ça et tout. En fait, l'expérience que les gens peuvent avoir physiquement de venir à l'atelier et de nous voir fabriquer à côté, enfin de venir à la boutique et de voir l'atelier à côté, j'ai essayé de la transposer sur les réseaux sociaux, en digital. Et d'ailleurs, dans les choses que j'ai aimé apprendre au fur et à mesure de cette expérience, c'est aussi le fait de faire des photos et des vidéos, de mettre en scène les objets. Pour moi, ça fait partie... Du processus créatif en soi, c'est comment montrer l'objet tel que moi je le vois, comment raconter une histoire, une vidéo, une photo.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant.
- Speaker #0
Même si je ne suis ni photographe ni vidéaste, et je n'en ai pas parfaitement conscience. Oui,
- Speaker #1
mais après, est-ce qu'il y a besoin d'avoir des photos qui soient parfaites ? L'idée, c'est de raconter une histoire. Comme tu dis, c'est de transmettre des émotions. Donc ça, a priori, qui mieux que la personne qui fabrique ces pièces ? Pour le faire, je ne sais pas, d'autres personnes qui sont aussi passionnées par le produit et qui ne sont pas des expertes peuvent capturer des images qui vont être intéressantes. Mais c'est vrai que c'est hyper important. Quand on crée des objets, qu'on a une marque, il faut aller jusqu'au bout et il faut pouvoir dire ce qu'on fait, montrer ce qu'on fait, c'est pas toujours évident. Mais du coup sur Instagram, t'as quelqu'un de l'équipe qui t'aide ou toi tu le gères ?
- Speaker #0
Alors pendant longtemps, enfin pendant quelques années, j'ai travaillé avec quelqu'un qui... M'aider sur la partie vidéo, donc on organisait des journées de tournage dans l'atelier ensemble, on tournait des vidéos et tout, et puis celle qui postait aussi les stories et tout, moi je continuais quand même de produire des images et tout, on avait une ligne éditoriale, enfin c'était très bien organisé. Puis aujourd'hui elle est partie vers une autre aventure professionnelle, donc je me retrouve de nouveau toute seule, donc là je suis moins investie, c'est vrai, depuis... un an sur ça, mais j'essaie quand même de fournir du contenu et de faire passer des informations et de continuer de raconter des histoires à travers Instagram.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est un outil qui peut être parfois hyper chronophage, mais en même temps, comme on le voit dans ton exemple, déclencheur d'opportunités incroyables. Et tu as une newsletter ?
- Speaker #0
La newsletter, d'ailleurs, en suivant les conseils que tu donnes. Dans tes boîtes à outils, je n'ai plus investi aussi depuis un an sur, ouais, typiquement les séries, les éditions limitées ou certains événements, les ateliers et tout, j'ai fait des petites newsletters. Voilà, je pense qu'elles ne sont pas encore parfaites, mais elles existent.
- Speaker #1
Encore une fois, comme je disais tout à l'heure, l'objectif, c'est de faire un truc parfait, c'est juste qu'elles soient là et c'est vrai que ça permet quand même de... De connecter, de créer du lien, si on sort un peu de l'image newsletter qu'on peut tout savoir, où c'est le truc intrusif qu'on reçoit tout le temps et qui n'a pas de valeur ajoutée. Si jamais dans ta newsletter, justement, tu racontes ton parcours, tu racontes les coulisses, les nouveautés, mais toujours avec ta tonalité, en apportant quelque chose au client, du savoir, de l'information, une émotion, c'est hyper fort. Je pense qu'il faut réussir à trouver la porte d'entrée, comment on communique, qu'est-ce qu'on a envie de dire, que ça ait du sens pour soi, comme ça ça a aussi pour les gens qui le reçoivent. Mais bon, il ne faut pas qu'elle soit parfaite, c'est pas l'essentiel. Et autre question que je voulais te poser, tout à l'heure je me disais, c'est vrai que ça fait dix ans que tu es là. ce qui est franchement pas rien, bravo, parce que c'est pas évident de se dire je me lance, au début c'est un petit peu du loisir, c'est pas des séries qui vont être faites par des machines, tout est fait par l'humain, il y a quand même un parti pris qui fait que en termes de rentabilité, d'énergie dépensée, c'est assez considérable. Et donc t'es toujours là, tu fais partie quand même de... pour moi, des marques qui sont importantes, tu vois, dans le paysage créatif en France. Je me demandais, parce que, à Paris, en tout cas, c'est pas un mystère, mais à Paris, il y a quand même beaucoup de nouveautés. Ça change, ça change tout le temps. Il y a la concurrence, comme on disait, le marché aussi s'est intensifié, s'est densifié sur Instagram. La place, elle est chère. Comment tu fais pour te réinventer, pour durer et pour... Pour réussir à toujours avoir cette place dans le paysage, parce que c'est quand même un des gros challenges. Le gros challenge premier, c'est d'être visible, de sortir du lot et de créer une vraie marque et de s'installer. Mais après, il faut tenir sur la durée. Je ne sais pas si tu as des conseils ou si tu as identifié des choses que tu mets en place qui t'aident à solidifier et un peu fossiliser. Est-ce que ta présence, tout en restant très dynamique, très fluide, est adaptée aux besoins, aux demandes, au marché ? Il y a ces évolutions qu'il y a eu en dix ans qui sont quand même incroyables. Il s'est passé plein de choses sur la partie entrepreneuriat, retail et tout.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a plusieurs facteurs. C'est une excellente question. Moi aussi, je trouve ça terrifiant le nombre de trucs qu'ouvrent et qui ferment en permanence. que déjà j'ai... financièrement mon côté fourmi fait que je ne suis pas partie sur des gros encreins des grosses dépenses donc c'est assez inconvénient le fait que j'ai dû louer trois locaux en trois ans mais je n'ai pas connu de grandes périodes de difficultés financières justement parce que j'ai toujours été très attentive aux questions de trésorerie Ensuite, je pense que le fait d'avoir plusieurs sources de revenus indépendantes les unes des autres, donc la boutique, le e-commerce, les ateliers et le revendeur.
- Speaker #1
Je te demande comment ça se répartit grosso modo. Tu m'as dit revendeur 30-40% à peu près.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et e-shop, ça représente combien à peu près pour toi ?
- Speaker #0
Franchement, je dirais autour de 15% peut-être.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et les ateliers, il y a eu des périodes, je dirais entre 30 et 20 %, parce que là, on est sur 10 ans, en fait, donc il y a eu le Covid. C'est ça,
- Speaker #1
il y a tout un tas de variations.
- Speaker #0
Tout ça, c'est très approximatif et tout. Mais en fait, le fait d'avoir plusieurs sources de revenus différentes d'une même activité, ça a été vraiment quelque chose d'intéressant, parce qu'en fait, par exemple, là, les ateliers, il y a de plus en plus de propositions à Paris. Donc pour nous, on n'est plus dans une phase de croissance à ce niveau-là. mais on a les revendeurs, on a le site, on a la boutique et tout. Et pareil, pendant le Covid, c'était un moment où ça a été particulièrement frappant, c'est que le fait d'avoir un e-shop qui avait déjà une visibilité et de faire de la vente en ligne, nous, ça nous a permis de continuer à aller de l'avant à un moment où toutes les boutiques étaient fermées, où on ne pouvait pas faire les ateliers et tout. Dans le revendeur, il y en a aussi qui ont des e-shop et tout. Donc,
- Speaker #1
chaque activité peut venir combler potentiellement celle qui va être en difficulté et ça te permet de... de garder le cap exactement et ton e-shop tu l'as fait faire tu l'as fait toi même tu utilises quoi ?
- Speaker #0
alors jusque là j'étais sur prestashop donc j'en avais fait un premier toute seule sur big cartel et tout mais très minimaliste qui a tenu quand même assez longtemps et puis ensuite là c'est aussi un gros coup de chance que j'ai eu c'est que fin 2019 j'ai refait totalement le e-shop avec une graphiste et un développeur Donc ça a été un très gros investissement à l'époque et ensuite deux mois après on était confiné et là le e-shop
- Speaker #1
Il avait tout son intérêt
- Speaker #0
C'était vraiment bien qu'il soit là quoi Et là on est en train de passer sur une autre plateforme donc Shopify D'accord améliorer le site et enfin l'idée c'est aussi d'avoir plus de contenu, d'explications sur comment on fait, d'avoir Je prépare des articles de blog.
- Speaker #1
Un petit média. Avec mon débouché. Un peu comme un petit média. Mais c'est vrai que je trouve que c'est intéressant de se dire que les marques, elles ont aussi cette vocation-là. Pas juste vendre, en fait. C'est tout un écosystème qui tourne autour de la marque. Les gens, ce qu'ils aiment aussi, c'est consommer du contenu. Apprendre aussi sur la céramique. Peut-être... Merci. mieux comprendre toutes les symboliques qu'il y a derrière chaque petit animal. Toutes les choses qui font que tu connectes vachement avec la marque et que tu développes une relation plus que juste purement commerciale. J'aime cet objet, je l'achète, super. Il est chouette parce qu'en plus il a une âme, il y a quelqu'un qui l'a fait et il va apporter quelque chose à mon intérieur. Je trouve que le fait qu'en tant que marque tu puisses aussi prendre la parole sur d'autres choses et dire d'autres choses, c'est hyper fort. Et c'est peut-être aussi une des réponses pour moi à ça comment est-ce que tu peux faire pour durer et pas disparaître dans cet amas de nouveautés de nouvelles propositions c'est d'avoir ce lien fort avec les clients et du coup c'est hyper intéressant que que ce soit une direction que tu prennes avec le Shopify quoi je pense que aussi enfin moi
- Speaker #0
je pense que pour l'identité artistique de la marque de la même manière que la communication elle doit être forte et créé du lien je pense que l'identité artistique pour moi c'est hyper important que ce soit quelque chose d'unique quoi je suis parti enfin c'était quand même un petit peu un pari de dire maintenant je vais pas faire des assiettes ou des tasses je vais faire bonheur,
- Speaker #1
thème aventure c'est vrai c'est un peu chauve-garliche Et c'est ça que je trouve génial, c'est qu'a posteriori, on voit en écoutant ton histoire tout le déroulé et que t'as réussi un peu à faire mentir les pronostics. Parce que c'est vrai que sur le papier, je pense que t'aurais présenté ton projet à un banquier ou à un investisseur. Il aurait peut-être dit « Ouais, bon, je sais pas. »
- Speaker #0
ça peut être difficile quoi et en fait je pense que sur les deux pieds il y a des à possible oui tu peux analyser pourquoi ça a pu marcher et à quel besoin ça peut répondre mais en vrai oui avant de le faire c'est difficile de croire donc je pense qu'il faut aller vers des trucs qui sont pas les plus évidents mais qui toi te parlent vraiment parce que c'est comme ça qu'ils ont une chance de parler aux autres personnes c'est clair ouais
- Speaker #1
Ouais du coup en fait par la force des choses dès le début tu t'es différenciée, t'as eu une proposition unique que les autres n'avaient pas donc cette unicité elle continue à travers les années et d'autant plus que tu l'as renforcée en continuant cet univers créatif, en proposant d'autres choses en l'enrichissant de tout un tas d'autres produits qui font que ça se répond bien et du coup ça renforce aussi cet espace que tu t'es créé et que personne d'autre ne peut venir te... de prendre quoi.
- Speaker #0
Oui, et je pense que la tentation quand tu grossis, elle est toujours forte en fait d'aller vers une qualité moindre, de plus fabriquer sur place. Je ne suis pas contre l'idée, par exemple, la tapeterie, je ne suis pas imprimeuse, donc on travaille avec un imprimeur qui est en France pour les carnets et tout. Je ne dis pas qu'il ne faut pas déléguer la production, mais disons de garder quand même, de rester fidèle à cette valeur-là aussi. C'est hyper important pour moi. Je pense qu'on a resté quand même hyper authentique tout en grossissant, ce qui n'est pas forcément facile. Quand tout d'un coup, au lieu de faire 100 gris-gris, tu dois en faire 1000.
- Speaker #1
Mais c'est ça qui fait que tu t'attaches aussi beaucoup à Edmark. Et c'est pour ça que c'est aussi important de pouvoir trouver un espace pour le dire et le raconter, pour que les gens aussi le sachent.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que c'est facile de limiter une marque au produit qu'elle fait, mais c'est vrai que c'est bien aussi de pouvoir avoir tout le discours à côté, de savoir les décisions qui ont été prises par les fondateurs, les fondatrices, qui sont pas des décisions toujours faciles, mais qui sont justement alignées avec leurs valeurs et qui font encore plus la valeur des produits, quoi. Et d'ailleurs, on en a pas parlé, mais tu t'es lancée seule, sans associer. Est-ce que ça a été quelque chose qui a été difficile ? Tu t'es entourée, j'imagine, de porter un peu la... La barque et l'entreprise seule ?
- Speaker #0
C'est difficile parce que je n'ai pas de comparaison. Oui. Je pense qu'il y a eu des moments, notamment le passage en société doublé de l'arrivée dans la nouvelle boutique où là, je me suis retrouvée face à une montagne de trucs qui étaient nouveaux pour moi et où je sentis que par moments, j'atteignais un peu les limites. Je ne sais pas. Je pense que ça doit être génial, l'aventure à deux aussi. dans le sens où il y a une complémentarité et que ça doit aider sur plein de trucs après comme c'est un univers artistique c'est aussi tellement personnel bah oui que c'est,
- Speaker #1
faudrait trouver un équilibre en fait oui dans ce cas de figure 5 c'est plus compliqué de de ton univers à toi donc c'est compliqué de le partager avec quelqu'un d'autre ou enfin en tout cas initialement de la façon dont il est né. Oui, puis comme ça,
- Speaker #0
c'est fait petit à petit, que c'est parti de moi et tout. En fait, peut-être qu'il aurait fallu un moment que... Enfin, j'y ai réfléchi et tout, mais je... Je n'ai pas... Je pense que je ne savais aussi pas comment en faire. Je n'avais pas l'expérience dans ce domaine-là.
- Speaker #1
Après, ce n'est pas une nécessité. L'important, c'est de savoir bien s'entourer, d'avoir les équipes qui viennent compléter ce qu'on n'est pas ou ce qu'on ne veut pas être, ce qu'on ne peut pas être. Donc, c'est ça qui est important, quoi. Bon, ça fait un moment qu'on discute, donc je vais arriver sur les dernières questions. Est-ce que tu aurais... Tu nous as déjà donné pas mal de conseils, mais est-ce que tu aurais un ou deux conseils en plus que tu voudrais partager ici avant qu'on se laisse ?
- Speaker #0
Je pense que la question de la perfection, elle est importante, et qu'à un moment, il faut mieux faire que parfaire. Je vois plein de personnes qui mettent... beaucoup de temps à se lancer dans quelque chose parce que justement elles attendent que ce soit parfait et en fait quand j'ai commencé à vendre des céramiques c'était pas parfait mon site internet c'était pas parfait quand je l'ai lancé il n'y a rien qui a été parfait mais finalement c'est ça qui m'a permis d'avancer puis en fait la fois suivante on fera mieux et la fois d'après encore mieux donc je pense que le tâtonnement en fait il fait partie de l'expérience et qu'il est normal et que parfois il faut mieux se mettre en mouvement même si ce n'est pas des lunes droites.
- Speaker #1
Mais finalement, tu peux presque faire le parallèle avec l'illustration ou la création. C'est-à-dire que tu n'arrives jamais avec une idée et d'un coup tu vas la réaliser parfaitement. Si tu dois faire des sculptures, il y aura des retouches. Si tu dois faire un dessin, il y aura des brouillons. C'est normal. Oui,
- Speaker #0
exactement. C'est la vie. Oui,
- Speaker #1
c'est bien de faire.
- Speaker #0
Mais dans le cas, surtout quand on est seul en fait, seule la tentation d'être perfectionniste, elle est encore plus forte que quand on est avec d'autres personnes, parce qu'on a des comptes à rendre qu'à soi-même. Et oui,
- Speaker #1
on est souvent les plus durs avec nous-mêmes, donc c'est vrai que c'est pas évident. Ouais, très bon conseil. Et donc avant qu'on se laisse, peut-être dernière question, c'est quoi tes prochains challenges ou tes prochaines envies pour Dodo Toucan ?
- Speaker #0
Je suis en train d'essayer de les identifier là en ce début d'année. Je pense qu'il y a aussi des, enfin on fait face un peu à des challenges pas sexy mais un peu logistiques en interne et tout, c'est à partir d'un certain moment t'es là depuis longtemps, comment... pérenniser ton activité même si on est là depuis 10 ans il y a toujours des nouveaux petits défis et comment elle peut être amenée à se transformer dans les années à venir sur quoi je disais que c'est un peu plus investi dans les revendeurs ces derniers temps voilà donc quelle partie de l'activité on investit plus dans les années à venir et puis peut-être quelle partie est amenée à moins se développer comme je disais les ateliers ça fait longtemps qu'on en fait mais entre temps il y a plein d'autres acteurs qui sont apparus à Paris et tout,
- Speaker #1
donc comment on appréhende ce nouvel écosystème c'est pas du tout sexy comme réponse bah non mais en même temps il n'y a pas besoin que ce soit c'est juste le concret quoi, je pense que tout le monde est traversé par ces challenges là c'est quoi la prochaine étape stratégique, dans quelle direction il y a plein de chemins, lequel j'emprunte en priorité, pourquoi c'est des questions qui sont importantes Et après moi,
- Speaker #0
c'est toujours la question de la création dont on a parlé, c'est comment m'aménager plus de temps de la création. Et l'autre problème, au-delà d'avoir du temps, c'est en fait comment ne pas prioriser que l'urgent, mais prioriser aussi l'important. Et la création, en fait, c'est important pour faire vivre la marque. Oui, c'est compliqué. Pour mon bien-être personnel. Voilà.
- Speaker #1
Ok. Bah écoute, merci beaucoup. C'était une très chouette discussion. Je souhaite... plein de bonnes choses à
- Speaker #0
Dodo Toucan plein d'heures de création sans objectif précis pour toi juste le plaisir de la création et puis on suivra tes aventures avec grand plaisir merci beaucoup c'était trop agréable de parler de tout ça de regarder en arrière et puis un petit peu en avant ça fait du bien des fois de faire des petits bilans merci beaucoup merci pour votre écoute
- Speaker #1
Ce que j'ai trouvé très intéressant dans cette discussion avec Sarah, et dans son parcours notamment, c'est qu'il n'a jamais été parfaitement planifié. Il s'est construit étape par étape avec des ajustements, des choix parfois audacieux et beaucoup de lucidité. Et c'est pas mal, ça nous rappelle que transformer une passion, une envie, un projet en une activité qui est durable, ça ne se fait pas en une ligne droite. Sur ces belles paroles, je vous laisse, et je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode. Ciao !