- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur l'arrière boutique, le podcast qui vous invite dans les coulisses de l'expérience retail. Je suis Audrey Gallier, consultante dans les domaines du retail, de l'entrepreneuriat et du développement de marques. Après dix années passionnantes à créer et développer mes boutiques, j'ai envie aujourd'hui de transmettre mon expérience mais aussi celle de mes invités. Pour cela, je reçois dans ce podcast des personnes inspirantes qui vous ouvrent les portes de leurs boutiques pour vous raconter leurs aventures. Je vous livre aussi dans des épisodes boîte à outils, des pensées et astuces pour vous motiver et vous aider dans vos projets retail. Très bonne écoute ! Aujourd'hui, je suis chez Enrico, fondateur des Tricoteurs Volants, une boutique de tricots et de crochets qui est installée à Paris depuis plus de 10 ans. On y trouve de la laine, des accessoires, des livres, mais aussi tout ce qu'il faut pour apprendre, progresser et échanger autour de cette pratique. notamment grâce aux conseils et à l'accompagnement proposés en boutique. Ici, on ne parle pas seulement d'un local ou d'une boutique, on parle d'un lieu où il se passe quelque chose. Un lieu où les gens ne font pas que passer, mais ils restent, reviennent, se rencontrent. Un lieu qui va créer du lien. Et avec les tricoteurs volants, je trouve que c'est particulièrement intéressant parce qu'on est justement à la frontière entre un lieu d'apprentissage, un lieu de rencontre et un lieu de loisir. Dans cet épisode, on va parler de ce que permet un lieu comme celui-ci, de la place du conseil et de l'accompagnement, bien évidemment, du rôle du commerçant, dans la relation avec ses clients, de la manière dont une boutique s'inscrit dans un quartier et crée du lien au quotidien, mais aussi de fidélisation, de communication, d'identité et de la façon dont on affirme sa différence à travers un lieu. On aborde aussi un moment clé dans la vie d'un commerce, celui du déménagement. Et dans le cas d'Enrico, il va intervenir après plus de 10 ans au même endroit. Donc c'est un gros challenge qui pose la question de qu'est-ce qu'on garde, qu'est-ce qu'on doit recréer et comment on fait pour déplacer ce qui fait l'essence d'un lieu au-delà de son adresse. Bonne écoute ! Avant de plonger dans l'épisode, un petit mot sur mon partenaire, Paris Commerce. C'est l'opérateur créé par la ville de Paris pour soutenir les commerçants et artisans de la capitale. Sa mission ? Protéger le commerce de proximité, encourager le fabriqué à Paris et aider les entrepreneurs à tester, développer et pérenniser leur activité, notamment en facilitant leur installation dans des boutiques physiques. C'est une démarche qui me touche beaucoup évidemment et qui fait écho à ce que je cherche à faire ici avec l'arrière-boutique. Mettre en lumière les parcours, les réalités de celles et ceux qui entreprennent dans le commerce indépendant, malgré les difficultés et toujours avec beaucoup de passion. Et maintenant, place à l'épisode, bonne écoute ! Bonjour Enrico !
- Speaker #1
Bonjour Audrey !
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va très bien et toi ?
- Speaker #0
Très bien, merci de me recevoir dans ta très jolie boutique.
- Speaker #1
Avec grand plaisir.
- Speaker #0
Très colorée. Comme tu le dis sur ton site, un petit nid, tu disais un nid laineux, je suis à l'heureux et créatif. J'ai bien aimé cette image et effectivement, c'est la première fois que je viens ici. Et quand on rentre, c'est aussi ce que ça évoque, ce mélange de couleurs, de matières. Non, je ne suis pas déçue. Et j'aime beaucoup aussi le fait que tu as utilisé des vieux meubles, qui sont des meubles de métier, j'imagine.
- Speaker #1
Alors, les meubles, il y a certains des meubles qui sont dans l'ancienne boutique. Je suis reparti avec.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et d'autres, je fais, je chine un peu en brocante, en physique ou en ligne. Et j'aurais un peu peur que ça ressemble à un magasin de meubles en fait, parce que c'est un peu disparate. Non, ça donne une âme. Non, ça va.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux me dire rapidement qui tu es, peut-être, quel est ton parcours ?
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Enrico Castronovo, je ne sais plus quel âge j'ai. 47 ans, je crois. Moi aussi, des fois,
- Speaker #0
ça me fait ça.
- Speaker #1
Et je suis installé à Paris depuis bientôt 20 ans et j'ai la boutique depuis 2013. Donc, comme je disais avant... J'étais situé dans une autre adresse, toujours dans le quartier.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et depuis bientôt deux ans, je suis dans mon adresse actuelle.
- Speaker #0
Alors, dis-nous en plus sur les Tricoteurs Volants.
- Speaker #1
Les Tricoteurs Volants, c'est un magasin de tricots et de crochets essentiellement. Donc, je vends des fils et des accessoires pour réaliser des ouvrages en tricot et en crochet en privilégiant les fibres naturelles, en privilégiant autant que possible des... des fabricants qui sont attentifs au bien-être animal et au bien-être humain aussi, parce que c'est bien aussi, et au bien-être de la planète également.
- Speaker #0
Donc tu as des vraies valeurs sur toute la sourcing ? Je fais de mon mieux. Oui, on ne peut pas toujours... Parfait, mais en tout cas, ça te guide dans tes choix.
- Speaker #1
Oui, voilà. Donc je fais confiance à mes fournisseurs. Pour tout ce qui est sourcing, oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Si je pouvais me déplacer partout et vérifier les élevages d'alpagas et de l'aïnose, je m'y irais bien. Mais il faudrait que je laisse le magasin à quelqu'un d'autre. Je préfère être dans le magasin.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, ce magasin, il accueille aussi des événements ?
- Speaker #1
Oui. Il y a de la vente de l'événementiel ? On fait surtout de la vente. Je propose des cours particuliers.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
où les gens qui veulent apprendre à tricoter ou à projeter ou qui ont des problèmes spécifiques, qui veulent apprendre des techniques en particulier, peuvent louer mes services. D'accord. À côté de ça, depuis que j'ai un magasin qui est plus grand que l'ancien, j'aime bien recevoir du monde, soit pour des ventes éphémères, donc des teinturiers ou des marques relativement... petite taille, on va dire, pour mieux les faire connaître, pour permettre aux clientes de voir et de toucher des matières qu'ils auraient peur peut-être d'acheter en ligne parce que c'est quand même une marchandise qui est... Moi, personnellement, je n'ai jamais acheté du filet tricoté en ligne parce que la couleur, elle le touchait. Oui, c'est un produit qui a vraiment besoin de ça,
- Speaker #0
de la boutique physique pour être valorisé, montré, etc. D'accord.
- Speaker #1
Et aussi, il m'est arrivé de faire des lancements de livres de tricot aussi. D'accord. On a fait ça l'hiver dernier avec Noémie, qui a publié un livre sur les chaussettes, qui a un grand succès. On avait fait le lancement ici.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Après, les chips, l'alcool, les pelotes de laine ne font pas super bon, mais il y a les accidents. Mais bon, ça vaut le coup quand même.
- Speaker #0
D'accord. Pourquoi est-ce que tu as eu envie d'ouvrir une boutique, un lieu ?
- Speaker #1
Pour ce genre de produit, ça marche souvent au coup de cœur pour la couleur, pour le toucher, pour le rendu une fois tricoté. Et c'est des choses qui ont besoin d'un lieu physique pour être apprécié. Les magasins de tricot, pas que du mien, je parle des magasins de tricot en général, c'est aussi des lieux d'inspiration. Souvent, une cliente, un client entre ici sans avoir de projet précis en tête. Et ils vont voir, je ne sais pas, tel châle tricoté avec tel fil ou tel pull tricoté avec tel autre fil. Et ils vont repartir d'ici avec, pas forcément en achetant du fil, mais ils vont rentrer chez eux, chez elles. Ils vont se dire, tiens, ce petit châle que j'ai vu chez les tricoteurs volants, j'ai très envie de l'offrir à ma cousine pour son anniversaire. Peut-être que je pourrais le faire avec la même couleur ou avec une autre couleur. Donc, ils vont revenir, ils vont regarder les autres couleurs disponibles pour le même fil. Et ça peut, enfin, c'est un peu un cercle vertueux. Ça peut donner des idées, aller chercher ce qu'on peut faire avec telle matière ou telle autre.
- Speaker #0
Donc, cette inspiration, les gens l'ont en observant ce que tu valorises, ce que tu montres. Et aussi, via l'échange avec toi, en fait. Oui, bien sûr. T'es aussi là pour... Les écouter et mettre en perspective des idées, peut-être les aider à dépasser certains blocages aussi. On sent ça, je vais arriver ou ça, je n'ai pas cette technique.
- Speaker #1
Deux cas de figure. Un cas de figure qu'on a toute la journée, plusieurs fois par jour, c'est la cliente qui va arriver avec un patron de cul, par exemple, et qui va avoir besoin d'être orientée pour le fil à choisir. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui nous arrive à longueur de journée. L'autre chose peut être aussi d'avoir un retour sur un produit dont la personne a entendu parler. Savoir ce que j'en pense, si je l'ai en stock, si je l'ai essayé, si vraiment ça correspond à ce que la marque raconte par rapport au produit. Et disons que je suis un peu, la plupart des gens me font assez confiance pour que je sois un peu garant. de la qualité de ce qui est proposé.
- Speaker #0
C'est ça, c'est que les gens viennent ici pour avoir plus qu'acheter tel ou tel produit. Ils viennent parce qu'ils ont besoin d'avoir un conseil, un retour d'expérience, un regard, parfois juste une oreille attentive sur le projet, ça va les conforter. Donc en fait, quand les gens passent la porte de ta boutique, la magie opère aussi, parce qu'il y a tout ça que tu leur poses en fait.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Encore une fois, je reviens... À la comparaison avec la vente en ligne, un magasin physique comme celui-ci, on a plus d'échanges, bien sûr. C'est très banal, mais c'est comme ça. En fait,
- Speaker #0
c'est ça, c'est juste l'humain qui revient au centre et la création de liens. Moi,
- Speaker #1
ce que j'adore, j'adore quand ça arrive, et ça arrive assez souvent, mais pas assez, je voudrais que ça arrive plus, c'est la rencontre entre eux.
- Speaker #0
Les clients. Ah ouais, c'est génial ça.
- Speaker #1
Ça, ça peut arriver d'avoir quelqu'un qui me demande conseil pour tricoter un tel modèle de châle, on va dire. Et il se trouve que la cliente à côté est en train d'écouter et elle dit, ah mais je l'ai tricoté l'année dernière, il est super. Par contre, il y a une erreur, à tel endroit, il faut faire attention. Et moi, je l'ai tricoté avec du mérinos, mais je pense qu'un alpaga, ça peut être super aussi. Il se passe quelque chose là. d'avoir quelqu'un qui me demande conseil et dès que la conversation avec l'autre client s'enclenche je suis en second plan et je suis absolument pas jaloux au contraire j'adore que ce type d'échange se fasse entre clients oui de se dire qu'en fait quand
- Speaker #0
on ouvre une boutique on crée aussi un lieu qui va créer du lien entre les gens, qui va créer du lien entre nous et nos clients et au final Est-ce que toi, tu considères que ta clientèle actuelle, parce que tu as aussi des réseaux sociaux où les gens te suivent et où tu partages toute cette aventure. Est-ce que tu considères que tes clients, c'est aussi comme une communauté, que tu as réussi à créer une communauté de gens passionnés par la laine, par le tricot, par tout ça ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est moi qui l'ai créé, mais il est vrai que je suis là depuis plus de dix ans désormais. avec... Je fais quand même partie du décor du tricot.
- Speaker #0
Il faut tenir ces 10 ans, ce n'est pas facile.
- Speaker #1
Je ne suis pas un super pro des réseaux sociaux, j'avoue. Je poste à une cadence très irrégulière et je ne planifie presque rien.
- Speaker #0
Tu as une belle communauté. Je poste un peu ce qui ne me passe pas la tête,
- Speaker #1
mais j'ai quand même des bons retours. Généralement, j'ai de l'engagement et tout. C'est de l'engagement. C'est ça, quand les gens répondent,
- Speaker #0
réagissent.
- Speaker #1
J'ai des petits corps qui arrivent sur mon Instagram, oui. Depuis pas longtemps, j'ai une newsletter aussi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Où je parle justement des rencontres qu'on organise à la boutique, quand tout le monde a des changements d'horaire.
- Speaker #0
Qu'est-ce que t'as poussé à le faire ou qu'est-ce qui te retenait ? Enfin, pourquoi ça a mis si longtemps à arriver ?
- Speaker #1
La newsletter, ce qui m'a poussé à le faire, il y a deux choses. Il y a que quand j'ai déménagé le magasin, ça a été assez rapide.
- Speaker #0
D'accord. C'est une opportunité qui t'est arrivée ?
- Speaker #1
C'est une opportunité qui est arrivée sur laquelle je sortais dessus comme un aigle. Et en fait, je n'avais pas moyen d'atteindre certains clients et certaines clientes qui n'avaient pas forcément un compte Instagram, un compte Facebook, qui n'avaient pas forcément le réflexe d'aller voir tout le site.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, je me suis dit, il faut vraiment que je puisse leur parler, que je puisse raconter ce qui se passe. Et aussi parce que j'ai bénéficié d'un accompagnement digital par Paris Commerce. Costaud. Et donc, la personne qui m'a accompagné, qui était là, m'a regardé en me disant, non mais vous n'avez pas un newsletter en 2025 ? Ça n'a pas du tout là, monsieur.
- Speaker #0
Surtout que tu as effectivement tout ce qui vaut pour la lancer dans le sens où il y a... je pense, vraiment un intérêt, des choses à raconter. Enfin, voilà. Effectivement, une newsletter peut être très commerciale, pure, avec juste, on envoie des images de produits et des liens cliqués, alors qu'en fait, ça peut être toute autre chose. En fait, ça, c'est aussi un moyen, en fait, en expliquant ce qui se fait, les nouveautés, les événements à venir, de créer de la visite, mais voilà, tout en gardant, en restant aligné avec ses valeurs, sans pour autant tomber dans le travers hyper commercial.
- Speaker #1
Quand je demande de la... l'adresse mail pour la newsletter. Il y a toujours un moment d'hésitation, genre, est-ce que vous allez m'envoyer 3000 par jour avec vos offres exceptionnelles et incontournables ? Non, c'est vraiment pas mon style. Au départ, je disais, je vais envoyer une newsletter tous les mois ou à la limite plus si vraiment il y a besoin d'annoncer des événements. Et en fait, la plupart du temps, j'oublie et je me rends compte, ah mince, je ne vais pas envoyer une newsletter avec telle information et je le fais un peu à la dernière minute.
- Speaker #0
Après, c'est l'autre sujet aussi quand on est commerçant. Il y a beaucoup de choses à gérer. Comment gérer les priorités.
- Speaker #1
Oui, ça c'est un vaste débat.
- Speaker #0
Donc toi, tu as aperçu ça. Qu'il y avait une magie qui pouvait opérer dans un lieu par la rencontre entre ses clientes, par peut-être aussi la rencontre entre la cliente et le produit. Comme tu sais, ce sont des produits qui ont vraiment besoin d'être touchés, d'être vus. Il y a des variations de couleurs incroyables entre les différentes pelotes qui sont compliquées à percevoir. Et puis, de toute façon, il y a le toucher aussi. Les textures sont super différentes. Donc pour toutes ces raisons-là, celui-là avait du sens et c'est pour ça que tu t'es lancé. Et tu disais que tu avais une deuxième, enfin que c'était une seconde adresse, donc tu avais une première adresse.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu as vécu ce changement d'adresse ? Parce que ça fait toujours un peu peur de se dire, est-ce que je n'ai pas à perdre du monde en chemin ? Un changement d'adresse, après aussi longtemps, ce n'est pas évident, quoi.
- Speaker #1
Alors, je suis resté à l'autre adresse pendant 11 ans. Et 11 ans, c'est... Ça veut dire que le lieu... C'est un magasin à Paris, c'est quand même...
- Speaker #0
C'est une très belle... Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
C'est une belle longévité. Et effectivement, j'avais un peu peur déjà d'aller dans une partie de rue de Chaudot qui n'est pas la plus attirante, on va dire. Et aussi, comme je disais tout à l'heure, de ne pas pouvoir prévenir tous les clients un par un, malgré des affiches dans la vitrine, malgré des communications sur les réseaux.
- Speaker #0
Parce que le déménagement, ça fait combien de temps ?
- Speaker #1
Je suis fin mars que je l'ai déménagé mi-juin.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord, c'est vrai que c'est très... On va faire du temps très court. Voilà,
- Speaker #1
c'est juste une petite fenêtre. Oui,
- Speaker #0
donc vous n'avez pas nécessairement le temps de pouvoir informer tout le monde et de pouvoir faire une passation sereine entre les deux adresses.
- Speaker #1
Après, ce qui s'est passé, ce qui m'a beaucoup étonné, c'est que les premières semaines, voire les premiers mois après le déménagement, j'avais plein de nouveaux clients.
- Speaker #0
un nouvel client qui te découvrait ah c'est super qu'il y ait un magasin comme ça dans le quartier alors que tu étais déjà dans le quartier à 400 mètres plus haut comme quoi vraiment c'est impressionnant on peut être dans une même rue à un
- Speaker #1
X numéro près ou un angle près ça change tout et heureusement j'ai eu la plupart de mes anciens clients qui m'ont suivi et ce qui est drôle c'est que ça m'est arrivé encore assez récemment, donc après plus d'un an après le déménagement, d'avoir quelqu'un qui passe devant le magasin par hasard et qui me dit « Ah, mais c'est super que vous soyez là, je croyais que vous aviez fermé pour toujours et que le magasin avait disparu. »
- Speaker #0
Et comment c'est de déplacer une boutique ? En fait, tu as créé quelque chose de très fort dans un lieu, tu as donné une âme au lieu. Cette boutique que tu as eu pendant 11 ans, elle a vécu, il s'est passé des choses, les gens ont des souvenirs, ils ont de l'habitude. comment ça se passe quand on doit recréer ça dans une autre coque est-ce que ça a été quelque chose qui a été difficile finalement avec du recul ça s'est fait de façon fluide et on peut réussir à créer quelque chose pendant longtemps avec des gens juste déplacer d'adresse et garder cette petite magie là qui a opéré c'est vrai que le lieu où j'étais avant c'était beaucoup plus petit
- Speaker #1
Mais comme disent parfois les agents immobiliers, il y avait beaucoup de charme.
- Speaker #0
C'était une vieille boutique, c'est ça ?
- Speaker #1
Une vieille boutique qui avait été ouverte au début des années 30.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et quand je suis arrivé ici, ici c'est un local qui est super propre, qui était vraiment... Oui, tout neuf. Tout neuf. Mais c'était un peu la white box. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
On commence un peu à se verrouiller.
- Speaker #1
On devait mettre un peu de... Il fallait recréer l'esprit d'être écoffre dans la boutique. D'où l'intérêt pour trouver des meubles qui ont un peu de caractère, justement pour mettre un peu ma signature dedans. Il y a quelqu'un qui vit presque dans ce lieu. Parce que je passe quand même, plus je tombe ici que à la maison. Et c'est pour ça que j'ai repeint la façade avec la même couleur que la façade de l'ancienne boutique. D'accord,
- Speaker #0
belle façade rose.
- Speaker #1
Bien rose, qu'on ne peut pas rater.
- Speaker #0
Ça faisait le lien aussi, visuellement. C'est-à-dire que les gens qui, comme tu disais, ne savaient pas que tu t'avais bougé, déjà, en passant devant, en se disant « Ah tiens ! » Ça leur a fait un rappel. Oui, tout à fait. Ça pourrait être les tricoteurs volants. Ah, mais c'est les tricoteurs volants, en fait.
- Speaker #1
C'est complètement arrivé, ça.
- Speaker #0
Oui, gardez comme ça cette...
- Speaker #1
quelqu'un qui avait vu la couleur de la façade qui s'était arrêté, qui avait vu des écheveaux et des pelotes dans la vitrine qui a fait le lien c'est le magasin de la rue de la Chité ça d'accord Et oui, ça s'est vraiment arrivé plus d'une fois.
- Speaker #0
Donc l'importance quand même d'avoir une identité visuelle forte qui englobe vraiment toute l'image de la marque et qui permet une continuité. Et finalement, qu'on change de lieu. On peut quand même réussir à rattraper les gens comme ça, grâce à ça aussi.
- Speaker #1
On peut changer de chaton, on ne change pas de fantôme. Je disais quelqu'un. Donc je suis toujours le fantôme qui habite le lieu.
- Speaker #0
C'est bien, c'est humain.
- Speaker #1
Il y a le petit assemblage de carrettes récoltées, crochetées autour du poteau, qui était dans l'ancienne boutique. Tu défères et recroutes, parce que le poteau n'est pas du même diamètre. Il y a des petits gris-gris que j'ai ramenés de l'ancienne boutique. Oui, c'est pour essayer d'avoir la même énergie. Là, j'ai l'air de parler du truc un peu... un peu mystique mais non on se raccroche tous aussi à ce genre de choses il y a des objets qui portent beaucoup de symboles aussi en eux donc oui par exemple un des objets juste devant nous c'est la miniature de la boutique pour le goût de la boutique qu'on m'avait offerte incroyable c'est délicieux et ben voilà c'est des liens forts quand tes clients te font des cadeaux comme ça c'est là que tu te dis je
- Speaker #0
crée quelque chose voilà au-delà d'ouvrir une boutique comme on en parlait tout à l'heure c'est on crée du lien un lien enfin Elle l'a fait elle-même ? Oui. C'est fou de se dire qu'il y a des gens qui, son petit boutique représente quelque chose d'hyper fort dans leur histoire, dans leur quotidien.
- Speaker #1
Moi, j'ai une cliente qui prend des cours avec moi assez régulièrement. D'ailleurs, je la vois ce soir. Je ne dis pas que c'est devenu ma meilleure amie, mais il nous est arrivé, après le cours, de parler de choses qui n'ont rien à voir avec le tricot et qui relèvent d'une sphère assez intime parce qu'on a eu à peu près le même problème tous les deux. Oui, mais en fait,
- Speaker #0
c'est ce qui se passe dans le commerce. Les gens qui viennent en boutique, je ne sais pas si tu es d'accord avec ça, mais je pense qu'ils viennent aussi en boutique pour les commerçants qui sont là. Donc pour le lieu, l'expérience que tu as vue dans le lieu. Donc ce qu'on disait ici, quand on rentre, c'est hyper agréable, très... très coloré, on sent qu'on va pouvoir passer des heures après à fabriquer des choses chez soi. Ça évoque tout ça, mais c'est aussi beaucoup pour la personne qui porte ce lieu et qui l'incarne et qui va partager des choses. Il y a aussi de ça. Par la force des choses, on crée des liens avec des clients.
- Speaker #1
J'ai des clientes avec qui je suis devenu très, très, très proche. J'en ai plusieurs. J'ai des clientes avec lesquelles Merci. tout en n'étant pas forcément proche, savent qu'on est là pour notre nouveau anniversaire, un petit gâteau par exemple, ou me ramènent un petit souvenir de leurs vacances. Oui, effectivement, j'ai l'impression de ne pas forcément faire partie de leur famille, ce serait un peu exagéré, mais d'être quelqu'un, pas juste quelqu'un qui a un magasin de fric.
- Speaker #0
Et qui en a un pour toi dans le quotidien.
- Speaker #1
Et pas que dans nos quartiers d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui. Et qu'est-ce qui fait pour toi, avec l'expérience que tu as et ce recul que tu as, qu'est-ce qui fait que les gens viennent ici et reviennent ? Comment tu as fidélisé les gens ? Parce qu'en fait, c'est aussi un peu l'objectif, c'est de se dire que tu crées une communauté, tu gagnes des clients un peu tous les jours, des nouveaux clients, mais surtout, comment les faire revenir en fait ?
- Speaker #1
Je pense que c'est dû au fait que... Les clients sont globalement satisfaits de mes conseils, de mon offre commerciale aussi, de ce que je vends. Ils savent que ça, c'est quelque chose que je répète à longue vie. C'est que tout ce que je vends, c'est des choses que j'ai envie de tricoter moi-même. C'est des choses avec lesquelles j'ai envie de travailler moi-même.
- Speaker #0
Et tu es à l'écoute des demandes. Je trouve que quand on fait une sélection, évidemment, on parle beaucoup de soi. Mais est-ce que tu arrives aussi à glaner des informations et adapter l'offre en fonction de ce que tu peux entendre en boutique ?
- Speaker #1
Oui, très concrètement, il y a un article qui est sorti il n'y a pas longtemps dans le rayon Église à Tricoté, dont je n'étais pas forcément convaincu et que je n'ai pas commandé. Et après, les clientes l'ont demandé et je l'ai fait rentrer. Tout en ne restant pas forcément super convaincu, mais comme il y a de la demande... la loi éternelle, la demande et l'offre après relativement parce qu'il y a des choses qu'on me demande quotidiennement et que je refuse d'avoir parce que ça ne correspond pas d'accord
- Speaker #0
Oui, tu as ton fil. J'ai quand même des limites. La ligne rouge, je ne vais pas les placer. Et pour toi, les réseaux sociaux sont secondaires, tu disais. C'est un outil que tu utilises ?
- Speaker #1
C'est un outil que j'utilise.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas ça qui va vraiment créer peut-être le...
- Speaker #1
Je pense que si je n'étais pas commerçant, je m'en passerais.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je sais qu'être un commerçant, on ne peut pas faire abstraction de la présence en ligne. Je sais que quand je poste quelque chose, il y a des centaines de personnes qui le voient. Et du coup, ça fait qu'effectivement, j'ai des retours. C'est-à-dire que je peux avoir quelqu'un qui me dit « Je veux faire le même chart que celui que vous avez posté la semaine dernière. » Et moi, déjà, je dois aller regarder mon téléphone parce que je ne me souviens plus de ce que j'ai posté la semaine dernière. Et donc, effectivement, c'est ce qu'on disait au début de notre conversation, qu'un magasin sert aussi à donner une envie, à donner de l'inspiration. Les réseaux sociaux, ça sert à ça aussi. Mais après, il faut...
- Speaker #0
Ça permet de garder aussi un peu la flamme parce que les gens peuvent te suivre de chez eux dans leur canapé et voir.
- Speaker #1
Après, tu vois, prenons l'exemple du châle que je viens de faire. Il y a des gens qui vont se dire, tiens, Enrico, d'être écoteur volant, a fait ce châle avec ce fil. J'ai envie de faire le même. Et sans bouger de leur canapé, ils vont acheter le matériel. Oui,
- Speaker #0
mais ils ne trouveront pas l'expérience qu'ils vivent ici.
- Speaker #1
Mais après, il y a d'autres personnes qui vont se déplacer, venir ici. en parler avec moi, me demander si, comme je l'ai déjà tricoté, est-ce que c'est adapté à mon niveau, est-ce que cette couleur me va bien, est-ce que... voilà.
- Speaker #0
Ok. Et la partie événements et cours, tu sens que c'est aussi quelque chose qui crée l'affinité, qui fait que les gens se retrouvent, se rencontrent ?
- Speaker #1
Il y a des personnes qui viennent au ventes éphémères que je fais, pas forcément parce qu'ils ou elles suivent le... Le créateur en question, mais parce qu'ils me font confiance. D'accord. Parce que si Anne-Rico dit que c'est bien... Oui, ce serait une lutte verte.
- Speaker #0
J'ai envie de voir ce que c'est. Et j'imagine que dans ces moments-là aussi, les gens se rencontrent les uns les autres.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Et que ça...
- Speaker #1
Quand il y a eu le lancement du livre de Noémie sur les chaussettes, j'avais l'impression d'être à une soirée chez quelqu'un.
- Speaker #0
Il y avait la queue ?
- Speaker #1
Il n'y avait pas la queue, mais ça papotait en tous les sens.
- Speaker #0
Vous avez sans doute entendu le petit son de cloche. C'est le signal qu'une cliente vient d'entrer dans la boutique. La boutique est ouverte pendant qu'on enregistre, donc Enrico s'occupe d'elle, et on reprend la discussion tout de suite. Et là, ce qui était intéressant, c'est que tu lui as demandé s'il avait un compte client, donc ça veut dire que tu as le réflexe à chaque fois de demander, tu as un moyen de savoir...
- Speaker #1
Je ne le fais pas forcément à chaque fois, je le fais quand je... quand c'est les gens sympas.
- Speaker #0
Oui, quand tu le sens.
- Speaker #1
Oui. Quand c'est des gens... où je me dis que ce n'est pas la première fois qu'ils viennent au magasin. Et je devrais le faire systématiquement, mais parfois, j'oublie. Je ne le sens pas.
- Speaker #0
Est-ce que tu as la capacité de savoir le taux de clients qui sont des clients habituels ? Sur tes ventes dans le mois, tu peux dire, « Ok, je sais que là, j'ai 70 %, c'est des clients du fichier qui reviennent. »
- Speaker #1
Et le moyen ? Est-ce que je le fais, que je contrôle ça régulièrement ? Pas du tout. Je fais un peu confiance en l'instant aussi. Je sais que j'ai des clientes qui viennent ici au moins une fois par semaine. Même pas forcément pour acheter, mais pour dire bonjour, pour regarder si il y a des trucs de nouveau et pour revoir la couleur sur laquelle elles hésitent. Je sais que j'ai une cliente qui vient tous les samedis. Je pense qu'elle doit faire son marché. Leur rendez-vous,
- Speaker #0
le passage obligatoire où tu passes un bon moment, tu regardes et puis tu sortis.
- Speaker #1
C'est un peu... Moi, j'ai retrouvé ça, c'est l'expérience que j'ai eue à un librairie. Je travaillais quatre ans à un librairie avant de faire un magasin. Et c'était une librairie qui était, qui est encore, je crois, ouverte le dimanche matin. D'accord. Parce qu'elle est dans une rue où il y a un marché le dimanche matin. Oui, donc les gens passent. Le dimanche matin, c'était... Bon, c'était un peu rude de se réveiller le dimanche matin et de travailler le dimanche. Mais... Il y avait une super ambiance parce que c'était vraiment les gens du quartier qui arrivaient avec leurs sacs, tous dépoissés, un poireau et les mots croisés de la semaine. Ils venaient à l'imbré pour passer un moment dans les rayons. Et là, c'est un peu pareil.
- Speaker #0
De ce que tu ressens, oui.
- Speaker #1
Je pense qu'aujourd'hui, un magasin comme le mien, à une population assez dense comme le dixième, C'est aussi un lieu... Oui, c'est bon parce que c'est une tête pour ce qui s'y passe. Ça peut être comme le café du village un peu. Je rêve un peu, mais j'aime bien penser que c'est un lieu d'union sociale aussi. cohésion sociale.
- Speaker #0
Ok. On va arriver à la fin de cette discussion. Est-ce que tu aurais un conseil pour d'autres commerçants, tes commerçants ?
- Speaker #1
Oui. Je reviens sur ce dont on parlait il y a quelques minutes sur l'âme entre guillemets d'un lieu de commerce. J'ai envie de conseiller de ne pas hésiter à mettre sa propre patte. dans un lieu, dans un magasin. La couleur que je choisis pour la façade, ce n'est pas forcément la couleur la plus neutre, ce n'est pas forcément la couleur la plus... qui correspond le plus à l'esthétique de cette décennie, mais c'est ma couleur.
- Speaker #0
et c'est important que quand le lieu reflète un peu l'âme, le caractère de son propriétaire. Pareil, le mur du fond en rose, j'avais envie qu'il y ait au moins un peu de rose à l'intérieur du magasin. Je pense que ça ne choque personne et encore une fois, ça ne correspond pas à l'esthétique qu'on voit chez les décorateurs d'intérieur en ce moment. Mais ça te rend unique en fait. Ça me rend unique. Ça fait que ce lieu est le tien. Le rose, ça donne bon temps. Comme je suis souvent devant ce mur rose.
- Speaker #1
Il est derrière toi, donc du coup ça te fait un glow up.
- Speaker #0
Ça fait un glow up, exactement. Et si vous avez envie de mettre d'un côté de l'autre de meubles qui n'ont rien à voir, n'hésitez pas. Et si vous voulez faire des vitrines un peu décalées, n'hésitez pas. Pour se faire plaisir aussi. La marque, c'est un peu la patte. personnelles qu'on met dans un magasin.
- Speaker #1
Je croyais qu'aucune autre boutique ne peut ressembler à la tienne, c'est que c'est la tienne justement. Et c'est ça qui fait la force, c'est la différenciation. Et les gens, ils viennent chercher ça aussi.
- Speaker #0
Tout à fait. Et comme ça, ça vous permet si un jour vous devez déménager, de pouvoir recréer plus facilement l'ambiance pour faire la passation.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Et plein de bonnes choses pour les trottins roulants.
- Speaker #0
Salut.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si cette conversation vous a plu, n'hésitez pas à la partager autour de vous ou à prendre quelques secondes pour vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez aussi laisser un petit commentaire ou quelques étoiles. Ça ne paraît rien, mais pour moi, c'est énorme. C'est ce qui va rendre le podcast plus visible et ça m'encourage vraiment à continuer cette démarche. Et si vous êtes commerçant, artisan, créateur d'entreprise et que vous avez un projet en tête, je vous invite à découvrir le site de Paris Commerce, pariscommerce.fr. C'est rempli de ressources utiles d'outils pratiques et d'initiatives concrètes pour vous accompagner. Je vous mets le lien dans la description. A bientôt pour un nouvel épisode. Prenez soin de vous et de votre business. Ciao !