Speaker #0Bienvenue dans le podcast Amalgame, votre podcast où on fait un pas de côté, on prend un temps pour respirer, on prend un temps pour réfléchir, se poser, prendre du recul, se remettre en question pour avancer avec plus de justesse. Je suis Patricia Cyprien-Correc et j'ai envie de partager avec vous une réflexion encore autour de la lucidité et aller explorer cette notion de lucidité autour de la relation à l'autre. Est-ce que c'est une solitude que je subis ? à cette lucidité ? Est-ce que c'est le témoin d'une résonance que je choisis ? Bref, allons voir ce qui se cache derrière ce sujet de la lucidité. Alors c'est un phénomène que vous connaissez sans doute, si vous vous sentez souvent en décalage, avec cette impression de se demander « mais qu'est-ce que je fais là ? Je ne suis pas née à la bonne époque » . Mais quand on regarde tout le monde, on se dit « mais en fait ils sont tous fous ou c'est moi qui suis folle ? » . C'est le moment où on commence à voir des films invisibles qui tirent des marionnettes sociales. On appelle ça la lucidité. Mais pour les personnes atypiques qu'on étiquette avec le HPI, le TDAH, les 10, ou tous ceux qui ont dit simplement différent, cette lucidité ce n'est pas forcément un choix intellectuel. Mais on peut aussi avoir cette lucidité parce qu'on a un atypisme de vie. Quand on a connu un grand drame de vie, une rupture, une maladie, quelque chose qui crée cet atypisme de vie, alors ça nous amène une plus grande lucidité aussi sur la vie. périmètre d'observation et de connexion sur ce qui se passe dans la vie. Alors cette nudité, ça devient une condition physique, presque, comme si tout le monde portait des lunettes de soleil dans une pièce sombre et que vous, vous étiez le seul à avoir les yeux à nu. En tout cas, c'est un peu l'impression que moi ça me fait. J'ai l'impression des fois de voir les choses en couleur, avec beaucoup d'intensité. Des fois, ça peut me provoquer vraiment beaucoup d'excitation. Et puis derrière, on peut me dire que j'en fais un peu trop. On voit tout. Les non-dits, les faux rires, les jeux de pouvoir derrière une simple demande de café ou de pause déjeuner. Au début, c'est terrifiant. Moi, je me rappelle que j'avais cette croyance que je vivais dans une jungle, qu'il fallait que je fasse attention à absolument tout. Donc, en fait, je vivais sur le qui-vive. En amitié, c'est pareil. Derrière, ça va. Je pouvais sentir, même à travers un SMS, que ça n'allait pas, qu'il y avait une dissonance. Et ça, pour autant... Ça pouvait être très fatigant pour moi, mais aussi pour la personne. Et cette utilité, finalement, je trouve qu'elle transforme radicalement la manière d'aimer, d'être en lien, de collaborer, de percevoir l'autre, mais aussi de se percevoir. Alors, au début de notre vie, on essaye de réparer nos yeux. Moi, j'ai essayé de ne pas être embêtée par cette lumière dans les supermarchés qui m'explosait littéralement les yeux. de ne pas être embêtée par le bruit de quelqu'un qui mâche quelque chose à côté de moi. Au cinéma, je dis souvent, je ne peux pas aller au cinéma. Déjà parce que je suis enfermée dans une boîte noire pendant 1h30 dans le meilleur des cas, mais surtout parce qu'il y a trop d'informations sensorielles dans cette boîte noire. Et on me dit, personne ne comprend que ce trop plein d'informations que j'ai captées rend le cinéma vraiment. invivable. L'écran est trop grand, les couleurs trop vives, le son trop fort, les pop-corns, les bonbons, le coca, les boissons. C'est pas possible. Donc ça, c'est ce trop-plein d'informations que, par exemple, moi, je peux capter. Et alors, je me suis construit une armure. Et pendant des années, pendant des années, je n'ai même pas réussi à me le cacher à moi-même. Je n'ai plus été embêtée par la lumière. Je l'ai acceptée. Je n'ai plus été embêtée par le bruit. Je l'ai acceptée. parce que je voyais bien que tout le monde acceptait, que ça ne gênait absolument personne. J'ai pu être embêtée par le contact social trop présent, alors que je suis une grande introvertie. Au point que tout le monde me croit et m'a cru extravertie, puisque j'ai développé ce masque de l'extraversion. Et bien ça, c'est le masque social. J'en avais un magnifique. J'ai appris à rire aux blacks qui ne sont pas drôles, et puis au-delà de ne pas être drôles, c'est que je ne les comprends pas. À valider des hiérarchies absurdes. C'est-à-dire entendre des absurdités ou des choses qui ne tiennent pas compte de tous les paramètres et dire ok, parce que finalement, il y avait la hiérarchie qui comptait. Ignorer des incohérences de personnes qui nous entourent, parce qu'en fait, je perçois aussi que ces incohérences, des fois, ne veulent pas être soulevées. Je me rappelle un projet informatique sur lequel on avait mis en place un gros budget et sur lequel il y avait plusieurs parties prenantes. Et je me voyais, comme cette Cassandre bien connue, dire qu'il y allait avoir... des difficultés à certains endroits et tout le monde en fait... ignoré et pensé qu'en fait je pinaillais. Et en fait, les faits ont montré que je pinaillais pas. Donc, ces choses que l'on voit en évidence, ça crée des liens. On n'est pas en déconnexion, en tout cas moi j'ai pas été en déconnexion avec le monde, mais c'est des liens entre deux masques. Et ça, pour quelqu'un au profil atypique, c'est quelque chose qui est presque insupportable. Et c'est de là que naît cette anxiété sourde dont je parle souvent, c'est une... C'est l'âme qui finalement étouffe, qui n'est pas OK avec ce qui se fait. On cherche à persévérer dans son être. Mais comment on peut être, quand on passe sa journée, à filtrer sa propre vérité pour ne pas déranger les autres ? Pour ne pas être taxé de bizarre ? Je me rappelle en classe, et ça je le rappelle souvent cet exemple, ne pas donner mon nombre d'heures de révision pour ne pas être taxé d'un télo. On passait sa vie comme ça, à se camoufler. J'aime cette expression aussi du caméléon. Ça ne permet pas réellement d'être au monde d'une certaine manière. Alors souvent, je me suis demandé, mais tu es hypocrite ou quoi ? Et non, en fait, en toute sincérité, c'est la façon que j'ai trouvé ou que j'ai compris qui était acceptable d'être au monde. Et à ce stade, on a beaucoup d'amis, beaucoup de connaissances. Tout le monde, et moi je me rappelle, à l'époque dans mon entreprise, tout le monde me connaissait, tout le monde me trouvait sympathique. Et au final, personne ne me connaissait, personne ne connaissait réellement ma vie. Il y a eu des événements dans ma vie dont personne n'a jamais été au courant. Parce que la personne qui est derrière le masque, finalement, déjà d'une personne ne cherche à l'avoir et elle n'intéresse personne. Parce que montrer ce qu'il y a derrière le masque, c'est déranger un ordre établi. Montrer ses rêves, c'est montrer à l'autre les rêves qu'il ne fait pas. Partager ses envies, c'est montrer à l'autre l'envie qu'il n'a plus. Ne plus partager au masque social, ce serait venir remettre en question cet ordre social. Et donc on s'habitue à ne pas le faire. Un jour, la structure, elle craque. Et ça, c'est... Il y a un psychiatre polonais qui appelait ça la désintégration. C'est une forme de dépression. Et moi, je mets le burn-out dans cette catégorie parce que ça a été ma désintégration. Et cette désintégration, en fait, c'est la place qui est faite à un éveil. Le mensonge social, il devient insupportable. C'est pour ça, quand on me dit, mais Patricia, le burn-out, c'est parce que tu avais trop de boulot. Non, non, bien sûr que non. C'est multifactoriel. Mais un des facteurs, c'est que ce mensonge social, cette histoire qu'on a cherché à se raconter avec force tous les soirs, tous les matins, À chaque fiche de paye, prime ou augmentation ou promotion, on n'arrive plus à ignorer la réalité. Je ne suis pas à ma place, je ne sers à rien, ça n'a pas de sens. Ce que je fais ne me renvoie aucune image positive de moi. Je ne sais pas ce que je voulais faire. La petite fille que je suis, ce n'est pas ce qu'elle voulait. Ou alors, je ne peux pas ignorer que cette amie me jalouse et que quand je lui partage quelque chose de positif pour moi, elle n'arrive pas à être joyeuse. Je ne peux pas ignorer que, et des fois ça peut même mettre en famille, cette sœur, ce frère à qui j'annonce un moment important de ma vie, en fait, est sec. Il est jaloux. Il n'arrive pas à se réjouir pour moi. Et ça, c'est difficile de se rendre compte de ce mensonge social. Ce patron... Et là, il me manipule. Moi, j'ai eu des exemples où on peut, quand quelqu'un finalement ne croit pas en lui, le manipuler pour sans cesse l'amener à vouloir prouver sa valeur. Ou que cette discussion qui est là, cette discussion mondaine où chacun veut prouver son savoir, ses connaissances, est d'un vide abyssal. En fait, il n'y a personne, juste des égaux qui sont là et un mensonge, un beau tissu de mensonge qui se raconte. Et en fait, quand d'un secou, vous avez cet éveil, ça crée une phase très douloureuse parce qu'elle fait le vide. Elle fait le vide parce que les gens se sentent vides, parce qu'on se remplit. C'est paradoxal, mais c'est vrai. Et ça fait le vide parce que quelque part, les conversations qu'on arrive à supporter, les amitiés qu'on arrive à supporter, les relations qu'on arrive à supporter, tout d'un coup, on les regarde avec une forme de lucidité qui n'a plus sens. On n'arrive plus à se raconter le mensonge, les fils invisibles deviennent visibles. On perd des gens. On devient trop, trop sensible, trop direct, trop lucide. On arrive à dire non. On arrive à dire, je n'ai pas envie. Ce n'est pas ce que je veux. J'ai autre chose de prévu. Mais en réalité, on n'est pas trop, c'est qu'on est enfin là. Et moi, je trouve ça très intéressant quand on évolue dans son développement personnel, donc dans le développement de sa propre personne. C'est qu'on prend conscience de soi et que quand on a été habitué à être tourné vers l'autre, à vraiment se camoufler, à se tordre, à se contorsionner pour s'adapter, le jour où on arrête légèrement de le faire, on passe pour la personne qui a trop changé. La personne, finalement, qui n'est plus ce qu'elle était. Et en fait, si, vous commencez à réellement être là. Et ça, c'est une vision où on ne s'embarrasse plus des étiquettes. En fait, l'étiquette, je n'en ai pas, c'est celle que je suis. Ma façon de penser, de réfléchir, mon intensité, la longueur de mes explications, c'est qui je suis. Et j'ai envie de me dire, et quand ça ne plaît pas, ça ne plaît pas. Ça ne parle pas de qui je suis, ça parle de la personne et ce qui lui plaît, ce qui ne lui plaît pas. Et je n'ai pas l'ambition de plaire à tout le monde. Donc je commence à voir les gens tels qu'ils sont, je n'attends rien d'eux. Je les vois avec lucidité, dans leur fragilité, dans leur beauté brute. Et plutôt que d'être... tomber dans le piège d'avant de toujours voir le côté positif de l'autre, la lucidité m'amène à voir le côté positif de l'autre dans ce qu'il montre de pas beau, mais aussi à être assez lucide sur le fait que je n'ai pas envie de recevoir les projections du pas beau de cette personne ou du pas beau de son comportement, bien que je comprenne parfaitement ce qui a conduit cette personne à se comporter comme elle se comporte. Donc ici, l'idée c'est de voir la personne non plus dans son rôle, mais à travers ce qui se joue réellement pour elle. Et avec la lucidité, ça permet aussi de garder la juste distance. Alors que sans la lucidité, finalement, on se sent sous emprise, on se sent obligé de rester proche de cette personne, parce que finalement, si je décide de partir, si je décide de m'éloigner, si je décide de me protéger, alors je suis égoïste. Et c'est ici que le miracle se produit. À mesure que l'on accepte sa lucidité, les liens changent de nature. paradoxalement, plus je reviens à moi, plus je crée des nouveaux liens et d'une nouvelle qualité. On passe de la quantité des liens à plein d'amis en soirée, être invité tous les week-ends, ne pas avoir de temps à de la résonance, des gens avec qui on peut parler, des gens avec qui on peut partager des réflexions. Je suis parce que nous sommes. Et en fait, c'est des gens avec qui nous sommes et non pas nous faisons, nous montrons. Et ce nous, il ne peut exister que si le jeu il est authentique. Vous voyez, donc en fait, la vraie Un vrai mouvement vers l'autre commence par un mouvement vers soi. C'est pour ça que je dis que la vraie inclusion commence par l'inclusion de soi. Les relations vont évoluer parce que vous avez besoin de vérité. Le bavardage, ce n'est pas possible. Si vous êtes comme moi, je supporte très mal le bavardage. D'ailleurs, en plus, comme j'ai un trouble de l'attention, quand il y a du bavardage, je ne sais pas me concentrer. C'est vraiment terrible. J'ai besoin de substance. J'ai trouvé un métier aujourd'hui qui me permet d'avoir de la substance et dont la posture me permet en plus d'être dans la juste posture pour observer l'autre. Les liens sont moins nombreux, mais infiniment plus denses et intenses. L'empathie, elle devient radicale parce qu'on voit les autres dans leurs failles, on les voit sans filtre et on les aime avec ça ou alors on décide de ne pas rester auprès d'eux pour ça, avec une tendresse. Ce n'est pas parce que finalement je ne suis pas près de quelqu'un que je juge mal la personne. En fait, je comprends ce qui se passe, je comprends sa mécanique, je comprends sa souffrance et ça me laisse le choix de décider si oui ou non je vais vivre à côté. C'est aussi la fin des jeux de pouvoir. Parce que la lucidité, elle tue l'ego. Il n'y a plus besoin de s'écraser, il n'y a plus besoin de plaire. On cherche des compagnons de route, pas des spectateurs, pas des valideurs, pas des personnes qui vont mettre des étoiles dans un guide. Non. Pas des personnes qui vont liker mon poste. Non. Je cherche des personnes qui veulent m'accompagner dans cette réflexion. Et dans Amalgam, c'est un peu l'objet de ce que l'on fait ensemble. C'est avancer dans notre réflexion. Ce n'est pas aller chercher du like à tout prix. Maintenant, si j'ai un like, mais que cette personne-là, cette réflexion l'a amené à avoir un switch dans sa vie, un peu comme un reverse, son esprit a été renversé et que ça lui offre de nouvelles perspectives, j'ai tout gagné. Donc, la typisme, ici, devient un bel outil de connexion. En tout cas, moi, ça a été mon plus bel outil de connexion parce qu'il m'a permis de me connecter à moi. Je deviens celui auprès de qui on peut poser son propre masque. D'ailleurs, c'est quelque chose qu'on me dit très souvent, c'est quand on est avec toi, on n'a pas besoin de faire autre chose que d'être. Moi, je vous vois, je ne juge personne, je ne me sens pas être l'autorité compétente pour juger. Par contre, je vois, j'observe, j'accueille et je suis libre de décider de ce que je fais par rapport à ce que je vois, à ce que j'observe, à ce que j'accueille. ce que je ressens. Donc pour finir, j'aimerais rappeler que la peur de ne pas coller au groupe, de ne pas appartenir au groupe qu'on a quand on est enfant, et s'il y a des enfants qui arrivent à écouter ça, ce serait top, parce qu'à l'adolescence, vraiment, je me rappelle avoir rigolé à des blagues, si on les comprend, m'être inventé des petits copains, parce que c'était l'heure des petits copains, et que je comprenais qu'elles avaient toutes des petits copains, mes copines, et que moi, je n'en avais pas, et non seulement je n'en avais pas, mais ça ne m'intéressait pas. Et bien... Tout ce travail de camouflage que l'on fait. c'est un signal d'alarme. C'est un signal d'alarme. Quand vous voyez que vous le faites, c'est de se rappeler que je suis en train de chercher à coller au groupe. Et est-ce que je suis toujours dans mon intégrité ? Je ne cherche plus à redevenir aveugle pour mieux intégrer. Je ne cherche plus à ne plus ressentir pour mieux intégrer, à ne plus être superficiel pour mieux être accepté. J'offre un regard différent aux autres, à ceux qui ont besoin de l'avoir parce que je suis sûre que je ne suis pas la seule sur Terre. à avoir ce besoin et que petit à petit, on se trouvera et que ça nous permettra de réfléchir ensemble avec le bon niveau de profondeur. Donc ici, j'ai envie de vous proposer d'identifier une relation dans votre vie avec laquelle vous avez un masque pesant. Et des fois, c'est la panique. Et comment je sais si j'ai un masque pesant ? C'est que j'anticipe ce que je veux dire quand la personne sera là. J'anticipe tous les scénarios et j'essaie de m'y préparer. Quand la personne est là, je ne suis pas forcément à l'aise. avec cette personne, ne serait-ce que cinq minutes, essayez de parler mais avec votre regard sans agressivité, sans filtre, et d'observer ce qui se passe. Souvent, la magie n'est pas loin et on pourrait être surpris de ce qui se passe, dans un sens ou dans l'autre. Mais je pense que la plupart du temps, oser être soi-même dans la relation, c'est peut-être des fois permettre à l'autre d'être lui-même aussi dans cette relation. Voilà, c'était ma réflexion du jour sur la lucidité, sur les relations. C'est quelque chose qui a beaucoup compté dans ma vie. J'ai commencé par avoir énormément de relations professionnelles amicales pour ensuite accepter que la relation dont j'avais le plus besoin, c'était la relation avec moi-même, pour aujourd'hui être dans des relations beaucoup plus intenses, sincères, de qualité, avec vous déjà. et avec toutes les personnes qui m'entourent et les personnes que j'accompagne. C'était Patricia Cyprien-Cloiret, votre coach, dans Amaliam, votre podcast, pour faire un pas de côté, réfléchir, prendre de la hauteur. Et j'ai envie de vous demander, qu'est-ce qui est plus clair pour vous aujourd'hui par rapport à cette lucidité ? Sur quoi est-ce que vous avez gagné en lucidité en écoutant cette réflexion que je viens de partager avec vous ? N'hésitez pas à aller écouter les autres podcasts, les autres réflexions d'Amalgame, à laisser digérer l'information de ceci et de continuer votre cheminement. A bientôt !