Speaker #0Bienvenue sur Amalgame, votre podcast pour faire un pas de côté, pour simplement être. Je suis Patricia Cyprien-Clorèque et j'aime partager avec vous mes réflexions sur la vie, le fonctionnement et déconstruire certains mythes. Et aujourd'hui j'ai envie de partager un mythe, la stabilité. Et si finalement la stabilité c'était ce qu'on avait de plus insécure aujourd'hui ? On nous a vendu l'insécurité comme étant le grave. Je me rappelle, il fallait avoir un CD, un béton, un plan de carrière. Quand on commençait sa carrière, on était parti pour 10 ans. Il fallait avoir son crédit avec un prêt sur 25 ans. On avait un salaire, puis on était endettés. Mais finalement, on était endettés par la stabilité. C'était un grand problème. On nous a appris que l'insécurité, c'est quand rien ne bouge. C'est quand il y a un vide à la fin de l'année. On nous détend. Et pourtant, regardez autour de vous, même regardez à l'intérieur de vous. Vous l'avez eu ce CDI, vous l'avez peut-être là. Est-ce que c'est signe pour vous de stabilité, de sécurité ? Alors oui, c'est signe d'une forme de stabilité, mais est-ce que c'est signe d'une sécurité ? Je me rappelle des accompagnements de personnes enseignantes qui, là, en matière de sécurité et de stabilité, ont tout ce qu'il faut. Une fois que l'on rentre, sauf erreur grossière, je ne sais même pas ce qu'il faudrait faire, la stabilité est assurée. Et pour autant, c'est un public dans lequel il y a beaucoup d'insécurité. Il y a beaucoup d'insécurité parce que finalement, cette sécurité, cette stabilité, pardon, n'est pas choisie, elle est finalement imposée. Est-ce que cette stabilité, elle rend serein ? Ou est-ce qu'elle rend juste immobile ? Ça, c'est la vraie question à se poser. En tant qu'entrepreneuse depuis dix ans, j'explore les méandres de la neurodiversité, de l'atypisme, parce que je cumule la neurodiversité et je cumule aussi les atypismes de vie. J'ai une conviction profonde et un peu dérangeante. L'instabilité, c'est une grande illusion qui nous coûte souvent notre âme. Elle nous coûte notre capacité d'agir, de réfléchir, de prendre des décisions, de ressentir. Elle nous coûte la capacité de donner du crédit à nos ressentis, à nos intuitions. Et si on acceptait enfin que l'insécurité, ce n'est pas un danger ? Mais c'est le droit d'entrer pour une vie libre et alignée. Est-ce qu'on a encore le droit de se poser la question de « est-ce que je peux être libre ? » Est-ce que être aligné, c'est la nouvelle mode du développement personnel dont il faut se moquer ? Ou est-ce que être aligné, c'est un basique fondamental ? Donc ici, j'aimerais qu'on reparte d'un point, c'est que la joie, c'est quoi ? Quand je suis en joie, je récupère quelque chose de fondamental. Je récupère ma capacité à faire, ma capacité à agir. Quand je suis triste, je suis dans cette diminution de cette capacité à agir. Alors ça ne veut pas dire que la joie est bien, que la tristesse n'est pas bien, ce n'est pas mon propos. Mais mon propos c'est de dire que quand je suis alignée, j'ai un alignement de mes valeurs, et par exemple si je reprends la pyramide d'anonymologie, j'ai quelque chose qui s'aligne et qui va provoquer l'émotion de la joie. Par contre, à l'inverse, si jamais j'ai une aspiration et que je n'arrive pas à l'atteindre, je vais provoquer une tristesse qui va diminuer ma capacité forcément à agir. Quand je m'accroche à une structure, une entreprise, ça peut être mon entreprise, un poste, ça peut être aussi un partenaire avec qui j'ai une relation professionnelle en tant qu'entrepreneuse et qui m'assure X% de mon salaire, un mode de vie, simplement parce que ça m'apporte de la stabilité. Souvent, ce que je suis en train de faire, c'est de diminuer ma propre puissance. Quand je me suis lancée en tant qu'entrepreneuse, une de mes focales, parce que j'ai une valeur de liberté tellement forte, c'était que personne ne pèse plus un tiers de mes revenus. Parce que, d'une certaine manière, j'étais devenue un peu allergique au CDI. Et je voulais que personne ne puisse avoir une logique indéterminée sur moi, et un pouvoir indéterminé sur moi. Donc je voulais rester dans un environnement qui n'est plus nourri par la peur de l'inconnu. Parce que plus je reste dans mon CDI, plus je reste dans ma sécurité, plus je suis dans l'incapacité de gérer l'inconnu. Et quand je parle d'inconnu, je ne parle pas de l'inconnu, de savoir... quel buffet il va y avoir dans le prochain Club Med du pays, du nouveau pays, dans lequel je me sonnonce à l'inconnu. Non, c'est l'inconnu et la perte de repère. Donc, dans ma lecture du monde, la complexité, en fait, ce n'est pas un défaut. Le fait que tout bouge, que tout bouge tout le temps, c'est normal, c'est la vie Et ça, on appelle ça de l'insécurité. Quand quelqu'un change d'avis, change de trajectoire professionnelle, on dit qu'il n'est pas stable. Mais heureusement qu'il n'est pas stable. Il est en vie et ses envies bougent et il a le droit d'avoir envie, d'avoir des envies. Parce qu'il reste en vie. Je pense que je l'ai assez dit pour que vous compreniez là où je veux en venir. c'est la preuve que la vie circule, que le fluide dans son corps circule et qu'il n'a pas accepté d'être ce qu'il n'est pas. Parce que même la roche, la pierre, vous savez, je vis en bord de mer, la roche vit, elle se façonne avec la mer, avec le vent, même elle, elle bouge. Donc la stabilité absolue, c'est vouloir arrêter le mouvement de la vie et on a réussi à nous faire croire, et sécuriser ce mouvement, et on a réussi à nous faire croire que c'était ça le but de la vie. Choisir la stagnation en pensant choisir la sécurité, ça c'est vraiment une réflexion que je mène, j'y mets pas de bien. Ou pas bien, je mets vraiment cette réflexion-là comme un pas de côté. Et je vous donne aussi ma perception sur le sujet. Donc, pour les profils atypiques et neuroatypiques, ce mythe-là, pour moi, il est encore plus cruel. Et j'utilise bien le mot cruel. Parce qu'on se force à rentrer dans des cases pour sécuriser notre avenir. C'est comme si on jouait un jeu où il faut à chaque fois éviter des pièges, éviter des ennemis cachés. On apprend à lisser nos envies, on apprend à lisser nos aspirations, on calme notre enthousiasme, on calme le trop, on calme l'hypersensibilité pour ne pas faire trop de vagues. Et finalement, on implose au bout d'un moment. Et cette stabilité, c'est une stabilité par la suradaptation. Elle coûte, elle coûte. C'est une stabilité qui coûte énormément d'énergie, qui coûte en confiance en soi, il y a un prix à payer très fort. Le problème, c'est que cette sécurité-là, elle est extérieure. C'est vrai, je m'en rappelle. Au moment où je me suis lancée dans l'entrepreneuriat, on m'a proposé un poste salarié de très haut niveau, très bien payé, très bonnes conditions. Et là, il y a vraiment ces deux petits personnages sur les épaules et qui disent « qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? » Tu dis que tu veux être libre, tu dis que tu veux tenter l'aventure et là, tu as un poste, tu es maman, tu as deux jeunes enfants, dont un bébé, un crédit énorme sur ta maison. sur ton appartement, ta voiture, tes charges à payer, qu'est-ce que tu fais ? C'est qu'il reste au salaire, remboursement de la salle de sport et d'une partie des voyages, ou tu pars de zéro sur un domaine que tu ne connais pas, dans un environnement que tu ne connais pas, l'entrepreneuriat. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on choisit ? Cette sécurité-là, elle est extérieure. Mais entre-temps, ce que j'avais gagné depuis mon expérience du burn-out, ce que j'avais gagné... Avec toutes les expériences que je m'étais offerte de formation, d'accompagnement, de thérapie, de tout ce que vous voulez, c'est une sécurité qui est intérieure. Alors que quand on choisit parfois la sécurité extérieure, en fait on doit gérer le chaos qui est à l'intérieur. Ce moment où on est seul devant son miroir, dans la salle de bain et qu'on se dit mais qu'est-ce que je fous là ? Ou alors ce moment où on est dans un hôtel parce qu'on a eu un déplacement professionnel payé par l'entreprise et qu'on est seul après avoir passé la soirée à rigoler avec tout le monde et qu'on se dit mais... qu'est-ce que je fous là ? On s'appuie à maintenir une façade qui ne nous ressemble pas. Les génies de l'ombre, c'est comme ça que je les appelle, ils ont souvent peur de leur propre lumière. Et ça, la première fois que j'en ai parlé, c'est à mon fils. Parce que ce sont des personnes, pour moi, qui ont un talent, beaucoup de talent humain, dans leur lecture fine, dans leur lucidité, mais qui restent dans l'ombre d'un job stable, par peur de... prendre trop de place, de faire de l'ombre aux autres. Mais le prix à payer de ce respect du moule, c'est d'allonger des connexions à soi. Et c'est presque d'en oublier le génie qui était à l'origine, et qui a décidé de se mettre à l'ombre. Alors la sécurité, elle ne se trouve pas dans le contrat, elle se trouve dans la boussole. Est-ce qu'il faut tout plaquer et vivre dans l'angoisse permanente, vivre en tant qu'entrepreneur, et il n'y a que ça de vrai, il n'y a que ça de bon ? Bien sûr que non, bien sûr que non. Là, le pas de côté que je vous... propose c'est de déplacer et de définir votre curseur de sécurité. La sécurité elle se trouve pas dans les facteurs externes, le patron, le marché, l'économie, la famille, le regard de l'autre, c'est plutôt dans ma capacité à naviguer dans cet inconfort. La seule chose sur laquelle nous avons le contrôle c'est le jugement que l'on a sur la situation, sur nous-mêmes et sur nos actions. Donc comment est-ce que je me mets en capacité d'améliorer ma capacité de jugement ? et d'améliorer ma capacité d'action. Et ça, ça va créer de la sécurité, quel que soit le type de contrat, quel que soit l'environnement. À partir du moment où je suis en entreprise avec un CDI, mais que j'ai ma capacité de jugement et d'action, que je suis en capacité d'adapter mon poste, de créer des relations telles qu'elles sont justes pour moi, et que quand je me retrouve dans le miroir seul avec ma salle de bain, tout est OK, eh bien là, c'est top. On est dans une véritable sécurité. qui fait que peu importe le cas au extérieur, on a les outils pour comprendre son propre mode d'emploi. Et ça pour moi c'est très important. Moi j'ai créé un modèle que j'appelle l'équilibre inclusif, pour ça c'est comment je crée un équilibre de façon générale. Pour transformer cette insécurité subie en liberté que je choisis, il faut agir sur trois niveaux. Donc l'environnement. Chercher un environnement stable pour moi n'est pas la bonne quête, parce que l'environnement stable dit environnement où ça ne sert que. où je vais bloquer l'énergie de circulation. Par contre, je peux plutôt chercher un système qui me sécurise et qui me permet d'être dans ma zone de génie, un environnement qui permet l'expression de mon talent, de ma façon d'agir. Un endroit où ma différence, ma singularité, c'est vu comme une ressource. Moi, je me rappelle avoir dit à un de mes partenaires, si en fait, qui je suis n'est pas la raison pour laquelle je fais partie du pool de coach et de formateur, alors ça ne m'intéresse pas d'être dans l'équipe. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'apporter une singularité. et que chacun des formateurs de l'équipe apporte la sienne. Je ne veux pas que la singularité soit vite comme un risque de déstabilisation. En numéro 2, donc là c'était numéro 1, dans l'équilibre, c'est mon environnement. Je peux le décider, je peux l'ajuster, je peux l'influencer. Deux, la posture. Donc comment, en fait, on dit souvent, comment je développe une posture qui me permet d'agir dans la souplesse et l'agilité pour définir, envisager ma trajectoire. Et là, je ne suis pas dans un monde béni, oui, oui, une ours, ah oui, devenez le créateur de votre vie, je ne sais pas quoi. Non, non. L'idée, c'est de se dire qu'on sort du contrôleur, on sort de l'expert, on sort de celui qui sait tout et on va dans celui qui est un peu le leader coach de sa propre vie. Donc en fait, il peut avoir des visions. Il a une vision et c'est ce qui le met en mouvement. Mais il a aussi une capacité à se questionner. Il a une capacité à ajuster. Il a une capacité à prendre du recul. Et ensuite, votre singularité. Qu'est-ce que je fais pour prendre conscience de ma propre singularité ? Comment est-ce que je sanctuarise ? Comment je fais pour sanctuariser des moments, pour être en pleine responsabilité de mon énergie ? Qu'est-ce que je fais pour comprendre mon cerveau, mes réactions ? Comment je fais pour remplir ma notice, mon mode d'emploi ? Parce que si j'ai un mode d'emploi qui est bien fait, en fait, l'imprévu ne me fait plus peur, ça devient un terrain de jeu. Ça m'autorise quoi ? La curiosité, l'audace. Donc l'inconfort, c'est vraiment le lieu des apprentissages. Si on n'a pas peur, si on ne doute pas, c'est probablement qu'on ne grandit pas. Moi, je dis toujours qu'en formation, même dans un accompagnement en coaching, dans ce qu'on se fixe, dans les nouvelles perspectives que se crée la personne, dans les nouveaux apprentissages, on ne traverse pas cette période d'inconfort, ça veut dire qu'on est resté dans la zone de la personne, dans la zone connue de la personne. C'est sympa, c'est un bon moment, mais il n'y a pas d'impact. Et la lucidité, vous savez, elle a un prix. Elle nous montre comment le monde est fragile. Et c'est ce qui fait que le monde est si précieux. Elle nous montre à quel point nous ne sommes rien. C'est ce qui nous rend libres. et audacieux, et qui évite de juger. Alors moi, je vous pose la question. Alors, vous hésitez peut-être à lancer dans un projet, vous hésitez peut-être à aller parler à votre manager, à changer votre posture, à dire quelque chose à un de vos parents. Et si vous assumez un peu votre singularité ? Finalement, avec ce besoin de stabilité, qu'est-ce que vous êtes en train de protéger ? Et est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Et si oui ? Parce que souvent ça en vaut la peine. Souvent ça en vaut la peine. Est-ce qu'il n'y aurait pas une autre façon qui vous respecte et qui respecte votre équilibre inclusif de le faire ? Alors, ici, moi, mon but, ce n'est pas de vous former à être des gens stables. Vous l'aurez compris, c'est de vous permettre d'entrevoir ma vision de la stabilité et donc ma vision de la liberté et du mouvement. Ce qu'il faut, c'est être en capacité d'être libre d'agir ou pas. de se poser des visions ou pas. Mais en tout cas, c'est d'être libre, de se poser ses propres objectifs, de s'amuser avec la vie, parce que tout ça n'est qu'un jeu final. Nous ne sommes pas en chose, nous ne sommes pas là pour bien longtemps, et j'ai vraiment envie que chacun ait dans sa vie ce petit moment de vie où il s'amuse à expérimenter et à être curieux. C'était Patricia, Cyprien, pareil, pour la réflexion du jour. J'espère que ça vous a amené. quelque chose de nouveau dans votre réflexion. J'ai envie de vous demander de quoi vous prenez conscience avec cette réflexion, ou qu'est-ce que vous réalisez, ou qu'est-ce qui émerge avec cette réflexion-là que je vous pose. Et n'hésitez pas à nous rejoindre au niveau de l'ECI, ou même auprès de notre association Active Inclusion, pour venir rencontrer et échanger avec des personnes qui partagent cette profondeur de réflexion. A bientôt et n'hésitez pas à aller goûter les autres podcasts de l'ECI. Au revoir.