- Speaker #0
Bienvenue dans la saison 3 de mon podcast « L'enthousiasme par les mots » . Je suis Frédérique Mercier, coach de vie et professionnelle basée à Lyon. Cette saison, je vous invite à explorer ensemble des sujets plus profonds comme la prise de parole en public, la gestion du temps ou bien d'autres encore. Nous aurons également des épisodes spéciaux dédiés au management pour vous offrir des outils concrets et inspirants dans votre quotidien professionnel. Rejoignez-moi pour cette nouvelle aventure riche en découvertes et en motivation. Bonjour et bienvenue dans cet épisode, un épisode où je ne suis pas seule. Aujourd'hui, j'échange avec Anne sur les thématiques du lien, sur son métier que vous allez découvrir tout à l'heure et sur ce qu'elle défend. Bonjour Anne.
- Speaker #1
Bonjour Frédérique.
- Speaker #0
Cette saison, je vais voir des systèmes de plus près, chez ceux et avec ceux qui y travaillent, des lieux où l'on peut avoir nourri des biais, des projections, des généralisations. Anne, elle est animatrice, coordinatrice en EHPAD. Elle occupe le même poste depuis 22 ans. Avant ça, elle a longtemps cherché. Elle a voulu être comédienne. Elle a commencé des études d'infirmière qu'elle a arrêtées parce qu'elle n'aimait pas faire les piqûres. C'est ça, Anne ? Oui, c'est ça. Elle est passée par les arts appliqués, par l'agrobiologie, les colonies de vacances, les crèches et l'animation auprès des jeunes en milieu rural. Et puis, un poste s'est libéré dans une maison de retraite de son village. Elle a postulé, alors qu'elle ne s'imaginait pas une seconde travailler auprès des personnes âgées.
- Speaker #1
Des vieux, vous pouvez le dire.
- Speaker #0
Elle appelle cela un coup de foudre. Pour une profession, un contexte, une découverte. On pourrait y voir de la sérendipité. Cette découverte fortuite et inattendue, c'est heureux hasard. 22 ans après, Anne est toujours là et aime son métier. C'est là qu'elle se sent à sa place, un métier où tout ce qu'elle avait appris avant lui sert au quotidien. Comme elle le dit, c'est un métier qui lui permet d'exercer son humanité. Quand je lui ai demandé de définir son travail, Anne m'a répondu « relier » . Cette reliance est aussi ce que je cherche à faire dans mes accompagnements depuis dix ans. Le métier d'Anne, c'est aussi de donner la parole à des personnes qui ont parfois le sentiment d'avoir perdu leur place et leur rôle. Alors aujourd'hui, c'est Anne. qui raconte. On va débuter peut-être par une question qui me paraît intéressante, c'est qui êtes-vous aussi en dehors de ce métier pour qu'on puisse apprendre à vous connaître en dehors du métier d'animatrice-coordinatrice ? Alors qu'est-ce que vous êtes dans la vie, qu'est-ce que vous êtes en dehors de ce métier ?
- Speaker #1
Alors eh bien, d'abord j'ai 55 ans, je suis maman, épouse, et je suis quelqu'un qui, je crois, aime la vie, est passionné par l'humain. Tout ce qui touche, c'est pour ça que je fais ce métier aussi auprès des personnes. Je ne pourrais pas faire, je pense, un autre métier. Et je me suis cherchée longtemps, comme vous l'avez si bien décrit. Mais effectivement, j'ai trouvé ma place et j'allais dire, les humains me le rendent bien. Je me sens tout à fait en phase avec moi-même. Et moi aussi, à la fois, je me sens proche de la nature, donc j'aime jardiner. J'aime découvrir, m'émerveiller et donc je vais, dès que je peux, à des expositions, sorties cinéma, théâtre, danse. Tous les arts en général m'intéressent et je trouve que c'est une ouverture d'esprit sur le monde essentiel.
- Speaker #0
Et je crois que vous êtes, dernièrement, vous êtes devenue conseillère municipale. Vous m'avez dit ça dans votre village. Oui,
- Speaker #1
alors je pense que c'est une chance aussi, comme j'ai aussi besoin... Ce sentiment d'être utile et d'oeuvrer pour ma commune m'a paru important, intéressant. Donc j'ai dit oui à la sollicitation du maire de mon petit village, quelqu'un qui est très investi et ça m'a fait plaisir de rejoindre l'équipe en tant que conseillère municipale.
- Speaker #0
Donc on a vu que vous avez voulu être comédienne, l'école d'infirmière, l'art plastique, l'agrobiologie, etc. Qu'est-ce que vous cherchiez ? On a l'impression que vous avez cherché quelque chose. Qu'est-ce que vous cherchiez dans ces différentes orientations ? Alors,
- Speaker #1
si je peux donner un témoignage, c'est que oui, à force de chercher, on prouve qu'effectivement, je m'étais un petit peu perdue. Et en même temps, en fait, je n'étais pas vraiment faite pour les études. Je pense que ça peut parler à beaucoup de jeunes aujourd'hui qui disent « Moi, je suis en échec scolaire ou je ne me plais pas sur les bancs de l'école. » Moi, en fait, je cherchais une école parfaite qui me corresponde en tout cas, parce qu'on peut penser qu'il faut rentrer dans un moule. Et rentrer dans un moule, la société nous le demande, mais ce n'est pas toujours possible. On a beau essayer de s'adapter, de se plier, ça ne marche pas. Et en fait, je me suis formée, j'ai repris les études à 26 ans pour me former au DUT, carrière sociale, option animation. Donc le diplôme universitaire de technologie qui n'existe plus, ça s'appelle un BUT maintenant, un bachelor, enfin c'est juste une année de plus. En tout cas, ça a été exactement ce que je cherchais. C'est-à-dire, c'est à la fois, c'est pas la faculté, donc on est tout de même... C'est assez autonome et en même temps, on est encadré. Et ça, ça m'a convenu, en fait. Je suis quelqu'un qui a à la fois besoin d'être dirigé et en même temps d'avoir de l'autonomie. Donc, j'ai fini par trouver cette formation. Comme quoi, il faut expérimenter, il faut essayer des choses. C'est important.
- Speaker #0
Et donc, vous avez parlé du coup de foudre quand il y a eu cette rencontre un peu par hasard. C'est-à-dire, vous avez postulé... pour être animatrice en EHPAD, ce qui n'était pas prévu au départ, peut-être dans votre projet professionnel. Est-ce que vous pouvez me raconter, peut-être le premier jour, les premiers ressentis de cette rencontre avec ce nouveau métier et ces nouvelles conditions au contexte ?
- Speaker #1
C'est vrai que c'est le hasard. Alors j'aime dire aussi que c'est le public qui m'a choisi. C'est-à-dire qu'en fait, effectivement, l'animatrice de l'EHPAD de mon village partait à la retraite. Et j'étais en recherche d'emploi à ce moment-là. Mon diplôme correspondait au poste et donc j'ai une amie et la NPE à l'époque qui m'a dit il faut que vous alliez absolument postuler. Je me suis dit non mais vous rigolez, travailler avec les vieux, j'ai pas dit quelle horreur mais presque. C'était pour moi impossible. Je pense que j'agissais ou je pensais comme beaucoup peut-être de personnes aujourd'hui en disant mais les vieux... Ils sont vieux, ils ne m'intéressent pas.
- Speaker #0
Il n'y aura peut-être pas forcément des échanges.
- Speaker #1
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur apporter ? Je ne les connaissais pas du tout. Alors, j'avais eu des très bons rapports avec mes grands-parents, mais ça ne fait pas tout. Travailler auprès d'un public qu'on ne connaît pas, c'est différent. Et puis, en fait, je suis arrivée dans les locaux. Alors, pour vous faire rire aussi, ça sentait la soupe. Il y avait un vieux papier peint un peu pourri, kaki, cacadois. Et Et puis, il y a un immense réfectoire. Et c'est vrai que je m'en souviendrai toujours, ce grand réfectoire où on entendait les fourchettes s'entrechoquer, les gens ne se parlaient pas. Et puis, il y a ce monsieur qui s'est tourné. La directrice lui parlait et il m'a regardée. Et du coup, je suis venue lui dire bonjour. Et puis, je ne sais pas, là, j'ai ressenti quelque chose de fort entre tous ces gens qui m'observaient. J'ai eu comme l'impression qu'ils avaient besoin. Ils avaient besoin de moi. En fait, ça a démarré comme ça. Les ressentis après dans le travail, ça a été très flagrant. Le premier, c'était le rythme. Le rythme des personnes n'est pas du tout le même que celui des soignants ou des professionnels. C'est-à-dire que c'est vrai qu'à un certain âge, on va plus lentement. On est plus apathique, statique, ou en tout cas, on bouge moins et on observe beaucoup. On est même dans la contemplation. Merci. L'antagonisme, c'est de trouver une équipe soignante qui bouge dans tous les sens, qui va à 100 à l'heure, qui n'arrête pas une seconde. Et je me suis dit, mais ce n'est pas possible d'avoir deux temps aussi différents et qui pourtant fonctionnent ensemble. Mais qu'est-ce qu'on montre aux personnes qui vivent là, qui n'ont plus la force d'aller aussi vite ? Qu'est-ce qu'on leur dit en agissant comme ça ? Ah ben moi, je ne peux plus faire. Vous voyez, ça m'a posé vraiment question. Et puis, un autre ressenti. Malgré l'âge avancé des personnes, qu'on dit fragiles, vulnérables, en perte de repère, c'est là qu'on leur demande le plus d'efforts en fait. Ça m'a complètement interloqué, c'est-à-dire qu'on leur demande de passer des fois d'une maison de 100 m² ou d'un appartement où ils sont chez eux, avec leurs habitudes, à une petite chambre de 20 m², une vie en collectivité où ils ne choisissent pas les personnes avec qui ils vont manger tous les jours. où en fait on leur demande des capacités incroyables et j'ai été vraiment très surprise de voir qu'ils ont ces capacités et en fait que plus finalement on avance en âge, plus on nous demande de mettre en avant ces capacités-là et de les exercer.
- Speaker #0
Ça me fait penser à une philosophe, Claire Marin, je crois qu'on en avait parlé une fois ensemble. qui a écrit un livre qui s'appelle Rupture et qui parle de tout type de rupture. Mais c'en est une rupture quand on entre dans un EHPAD, c'est ce que vous êtes en train de dire. Et elle écrit qu'une rupture n'est jamais une coupure nette, qu'on ne se sépare pas en suivant des pointillés, on déchire et qu'on ne revient jamais à l'état d'avant. Je pense qu'entrer en EHPAD, je ne sais pas ce que vous en pensez, c'est une sorte de rupture, non ? Comme elle le décrit peut-être Claire Marin. Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Speaker #1
Oui. C'est évident. C'est une rupture. Ça peut être un traumatisme. Mais la vie, en même temps, n'est faite que de ruptures. Si vous regardez bien, toute notre vie, en fait, elle va se composer de ruptures. réussite, mais aussi d'échec, de vie, de deuil, de naissance. Il faut tout le temps... Alors c'est là que du coup, j'aime bien aussi citer Louis Ploton, Boris Cyrulnik, qui ont travaillé sur la résilience et les personnes âgées, où ils expliquent à quel point cette résilience, ils l'exercent en fait, et où ça donne de l'espoir en fait aussi de se dire, on peut... Est-ce qu'on a le choix d'abord ? Je ne sais pas. On a toujours le choix, mais on peut... On peut effectivement arriver avec les années à développer cette capacité de résilience et à trouver les moyens en s'appuyant évidemment sur l'entourage. On est des aides sociaux, on a besoin les uns des autres. Et la crise Covid nous l'a montré aussi, c'est de ne pas se couper les uns des autres. Et c'est vrai que peut-être c'est un déchirement de quitter son chez-soi, mais revenir finalement à un endroit où on va sentir qu'on va pouvoir créer des liens. qu'on va pouvoir de nouveau apprendre à rencontrer d'autres personnes, à s'émerveiller aussi, à découvrir des choses qu'on n'avait peut-être jamais vues avant. Et c'est justement parce qu'on vit dans cette nouvelle collectivité qu'on les découvre. Ça donne aussi beaucoup d'espoir et de se dire que finalement, seul chez soi, oui, beaucoup de gens voudraient et le disent, je voudrais mourir chez moi. Mais mourir seul, je ne pense pas qu'ils le souhaitent.
- Speaker #0
Et justement, la thématique que vous vouliez aborder aujourd'hui, c'était comment on fabrique un lien en tant qu'animatrice en EHPAD. Comment vous voyez-vous qu'un lien s'est établi avec un résident, plusieurs résidents, sa famille ? Est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus de votre travail du lien ? Parce que je crois que c'est important pour vous. Vous avez parfois même porté des projets. entier d'animation sur la thématique du lien. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire et peut-être nous parler d'un projet d'ailleurs particulier ou nous décrire un projet autour du lien ?
- Speaker #1
Pour entrer en lien, je dirais, pour ma part, c'est vraiment déjà savoir qui on est. Être un petit peu droit dans ses bottes, c'est-à-dire être... bien se connaître. Pour aller vers les autres, comme me disait une résidente, connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers. etc. Et c'est... Ils sont philosophes un peu. Tout à fait. Et je vous parlerai d'un projet par rapport à ça justement. Et c'est déjà, voilà, c'est savoir pourquoi on veut être auprès des personnes, c'est-à-dire bien identifier ce qu'on vient chercher. Parce qu'il ne faut pas croire qu'on est... Moi, je ne suis pas forcément purement altruiste. J'ai aussi mon égo, j'ai aussi mes besoins. Mais ces besoins, je pense que, et aussi en travaillant avec vous, je les ai repérés, je les ai compris et je sais OK. Ce que je peux apporter les autres, mais ce que les autres m'apportent aussi. C'est-à-dire qu'on peut être généreux et donner toute sa générosité, mais ça ne suffit pas. C'est-à-dire qu'il faut le conscientiser, parce qu'il faut être franc face aux personnes. Et on va aller vers elles en toute franchise et en toute authenticité, pour que le lien de confiance se crée. Sinon ça ne fonctionne pas.
- Speaker #0
Mais concrètement comment vous faites ? Parce que j'entends qu'il faut le faire, que c'est important de le faire, que c'est même primordial de maintenir ce lien et pour vous et pour eux. Mais concrètement dans votre quotidien, quand vous travaillez sur des projets par exemple ?
- Speaker #1
Alors dans mon quotidien, c'est déjà aller à leur rencontre. Donc les laisser le temps de s'installer, de voir comment ça se passe. de faire connaissance avec eux, avec la famille.
- Speaker #0
Vous leur présentez votre rôle, vos projets ?
- Speaker #1
Je vais intervenir à un moment très concrètement. Effectivement, j'utilise un petit questionnaire. En fait, c'est une base. C'est un questionnaire où je vais, par exemple, leur demander s'ils sont plutôt du matin ou du soir, s'ils sont gourmands, s'ils ont un plat préféré, qu'est-ce qu'ils apprécient de fait ou qu'est-ce qu'ils faisaient avant. Est-ce qu'ils pratiquaient un sport, la musique ? Pourquoi ? Ou est-ce qu'ils ont des rêves qu'ils n'ont pas pu réaliser ? En fait, je cherche à créer ce lien par cette conversation qui est assez essentielle parce qu'on va être en face à face. Et c'est leur montrer aussi toute la bienveillance que j'ai envers eux. C'est-à-dire que quelque part, je leur dis vous m'intéressez et je ne vais pas être intrusive, mais vous m'intéressez. Ensuite, très vite, le lien se crée. Alors très vite, au fur et à mesure des jours, des mois, voire des années, des discussions. puisque j'ai eu la chance de l'accompagner il ya un monsieur que je connais depuis maintenant 22 ans qui est là je passe j'ai passé peut-être plus de temps avec lui que ma propre famille mais en tout cas ça ça facilite les rapports des têtes d'anciens de confiance et ensuite Ensuite, c'est eux, et ça, il faut bien l'avoir en tête aussi, c'est eux qui me donnent les idées. Bien sûr que...
- Speaker #0
Vous repartez de leur contexte. Voilà,
- Speaker #1
je pars de ce qu'ils aiment, par exemple.
- Speaker #0
De leur compétence, peut-être, de leur plaisir.
- Speaker #1
Exactement, et moi, c'est ce que j'adore dans mon métier, c'est-à-dire que, sans mettre d'opposition entre les soins et l'animation, mais dans les soins, on va regarder ce qui ne va pas. La personne... ne se sent pas bien, elle est malade, elle a donc des grandes difficultés et on va tout le temps en réunion parler de ce qui ne va pas. Moi je suis un petit peu là pour dire ça ça ne va pas, mais il y a eu telle chose qui s'est bien passée et c'est pour amener du positif parce que sinon la personne n'est vue qu'à travers le prisme de sa maladie, de ses difficultés, alors qu'en fait elle n'aimerait pas, on n'a pas envie forcément qu'on nous définisse juste parce qu'il ne va pas en fait. D'autant que c'est une personne qui a eu une vie, une histoire, etc. Oui,
- Speaker #0
ça n'a peut-être pas toujours été le cas pour cette personne dans tout le reste de sa vie.
- Speaker #1
Exactement. Et puis, on ne choisit pas d'être malade d'Alzheimer, on ne choisit pas d'avoir un Parkinson, on ne choisit pas de ne plus pouvoir parler, d'être obligé d'être... qu'on nous donne à manger, etc. Voilà. Donc, c'est évident qu'il y a un besoin aussi de reconsidérer les personnes telles qu'elles sont vraiment des personnes.
- Speaker #0
Justement, j'en profite parce qu'il y avait deux mots sur lesquels vous vouliez qu'on focalise, en tout cas qu'on redéfinisse. C'est plusieurs mots d'ailleurs, personnes âgées et dépendants. Qu'est-ce que vous vouliez nous dire sur cette sémantique-là, peut-être, pour qu'on soit tous bien d'accord ?
- Speaker #1
Oui, effectivement, vous l'avez entendu, j'aime. J'aime pas, j'apprécie pas de dire personnage et pourquoi ? Parce que je trouve que ça met une étiquette. On est quand même dans une société qui a un petit peu du mal avec le vieillissement, avec l'âge, qui est un petit peu dans le déni. Il faudrait toujours être jeune, beau, sportif, actif,
- Speaker #0
performant.
- Speaker #1
Et en fait, c'est assez terrible parce que ça met un coup près à partir du moment où on rentre dans la catégorie... Même des seniors, moi, à partir de 50 ans, on m'a dit, maintenant, tu es travailleur senior. OK, mais pour autant, je suis avant tout moi. Et en fait, quel que soit l'âge, j'allais dire du tout petit enfant jusqu'à, au-delà de 100 ans, maintenant, on va vivre jusqu'à 110, peut-être plus, dans les années à venir, tant mieux. Mais on est avant tout des personnes avec des émotions, des envies. Des coups de blouse. Et donc, pourquoi dire âgé, étant donné qu'on est tous le jeune d'un vieux et le vieux d'un jeune ? D'ailleurs,
- Speaker #0
c'est intéressant sur ces personnes âgées. On en a parlé tout à l'heure et je pense que c'est le moment d'en parler. C'est qu'est-ce que vous pensez de ces nouvelles initiatives, justement, de résidence qui mixtent peut-être une crèche avec un EHPAD ? Est-ce que vous pensez, justement, que c'est bien en lien avec cette vision d'une personne à part entière ? et pas la personne âgée, le jeune enfant, ces catégories ?
- Speaker #1
On a tout intérêt à créer de la mixité, on a tout intérêt à le faire dès le plus jeune âge et à habituer les générations à se côtoyer. Moi j'ai la chance d'aller pas d'où je travaille, il y a une école juste à côté, j'ai aussi créé des liens avec les assistantes maternelles du village donc ils viennent régulièrement, c'est juste un bonheur.
- Speaker #0
Vous créez des animations où les enfants de l'école viennent,
- Speaker #1
il y a des choses qui se font en coin ? Là, c'est juste une rencontre entre des personnes, quel que soit leur âge. Donc oui, c'est essentiel. Je trouve que plus on ira dans ce sens, et en fait, c'est rester dans la vie. Parce que les EHPAD, l'image qu'on en a, dès que j'en parle autour de moi, je ne pourrais pas faire ce que tu fais, tu travailles dans un moroir. Effectivement, on a l'impression peut-être qu'on meurt plus dans une maison de retraite parce que c'est le dernier lieu de vie, alors qu'en fait, on meurt tout autant à l'extérieur. mais... On en a plus conscience et puis on s'est arraché, comme vous le disiez, à sa vie d'avant. Mais pourquoi ce serait la vie d'avant ? La vie continue en fait et moi j'étais absolument épatée de voir que la vie, il y en a vraiment jusqu'au bout. Je peux vous le dire, il y en a vraiment jusqu'au bout, jusqu'au dernier souffle. Par ailleurs, donc pour revenir sur les mots... Vous parliez de dépendance. Alors la dépendance, ça aussi, c'est un mot qu'on entend énormément, qui fait un petit peu peur, qui fait même très peur. Et puis dans EHPAD, il y a le mot personne. Alors il y a les deux. Personne âgée dépendante. Allez, double peine. Je caricature un petit peu, mais évidemment que la dépendance, on a voulu la définir parce qu'il fallait, au niveau médical, qu'on catégorise. Les personnes ne se réduisent pas encore une fois à leur niveau de dépendance. Si on les fameux GIR, groupe ISO ressources qui définit ce niveau de dépendance, c'est terrible. C'est comme vous mettre un code sur la tête. Maintenant, effectivement, on en a eu besoin parce que c'est ce qui va conditionner les aides financières que vous pourrez obtenir. D'accord, on en a besoin, mais oublions-les. Ne définissons pas les personnes par des numéros. Je vous donne un exemple. Moi, quand j'étais en école d'infirmière aussi, ça me revient comme ça. À l'époque, j'avais fait un stage en ULCLD, Unité de soins à longue durée. C'était mon premier stage en gériatrie. On appelait les personnes par leur numéro de chambre. Ça, c'était dans les années 90. Donc, heureusement, on fait du chemin. Non, les personnes ne sont pas... Des numéros ne se définissent pas par leur maladie. Mais ça paraît bête de le dire, mais c'est important de le rappeler. Et donc, la dépendance, en fait, on est tous dépendants. Dès qu'on arrive au monde.
- Speaker #0
Peut-être que ce niveau ou cette catégorie, c'est pour apporter les meilleurs appuis, les meilleurs soutiens, peut-être, mais pas forcément pour dire, voilà, cette personne ne peut plus rien faire. D'ailleurs, je me posais la question sur le lien. Pardon, allez-y.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et c'est pour ça que je ne le dénigre pas et on en a besoin. Ce que je veux dire, c'est que réfléchissons simplement à ce terme de dépendance. On est dépendant. de son conjoint, sa conjointe. On est dépendant d'avoir son permis ou pas, de son métier. On choisit, certes, certaines de nos dépendances, mais en fait, toute notre vie est faite de dépendances. Donc, ça resitue un petit peu les choses aussi. Il n'y a pas que les personnes dites âgées, elles sont dépendantes. Merci, je vous ai coupé.
- Speaker #0
Non, pas de souci. Je me disais, quand on parlait du lien, d'avoir du lien, et quand on parle de la dépendance, je me posais la question de... comment vous faites justement, parce qu'on a l'idée de l'animation, c'est peut-être un mot qui peut paraître étonnant, mais comment on fait quand les personnes qui sont plus dépendantes ou qui ne comprennent plus ou ne répondent plus avec des mots, comment vous savez qu'il se passe quelque chose ? On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de l'humanitude, avec notamment le film qui vient de sortir, je crois que c'était le 12 août, avec Virginie Effira. qui a été primée à Cannes pour son prix d'interprétation.
- Speaker #1
Et la comédienne japonaise avec qui elle est venue. Voilà,
- Speaker #0
exactement. On parlera peut-être tout à l'heure un peu du Japon et de leur vision des personnes plus âgées, comme on dit, ou en tout cas de la fin de vie. Mais peut-être que, je ne sais pas si vous avez vu le film, mais en tout cas, il parle de cette méthode de l'humanitude qui peut-être s'adapte bien aussi quand les gens sont plus dépendants, ne comprennent pas non plus les mots. Comment vous faites-vous concrètement ? C'est vous qui le vivez au quotidien ?
- Speaker #1
Alors effectivement, je n'ai pas pu voir le film avant que... Bientôt, bientôt ! Voilà, je vais le voir demain soir, zut ! J'ai entendu en tout cas des personnes qui l'ont vu et des très très bons retours. Oui, on a tellement décrit et fait du sensationnel autour des EHPAD qui abusaient des personnes âgées financièrement, qui effectivement... Les conditions de maltraitance étaient terribles et on met ça vraiment en avant.
- Speaker #0
Ce qui est important quand même.
- Speaker #1
Ce qui est important parce qu'il faut le dénoncer. Par contre, pour ceux qui vivent dans les maisons, dans les EHPAD, c'est difficile de se dire en fait, ça stigmatise encore plus en disant bon ben c'est vraiment, il ne faut pas y aller quoi. C'est trop terrible. On reparlera peut-être après des autres solutions d'hébergement qui existent et qui sont mises en place. Pour revenir sur comment on fait, moi, comme je vous le disais, je pars des personnes. En fait, j'ai cette chance. Je me sens extrêmement chanceuse de faire ce métier parce que les familles, j'ai l'impression, nous confient leurs parents. Et c'est un privilège. C'est un privilège parce que on va effectivement les accompagner sur le chemin. de ce qu'on appelle la fin de vie. C'est en tout cas effectivement la dernière étape. Et c'est du coup des moments précieux où on va être des témoins. Et donc, on va, dans mon métier, c'est vraiment du coup donner du sens à tous les moments. du quotidien et du coup prendre en compte tout ce que les personnes sont, aiment faire, n'aiment pas faire, ce qu'elles peuvent exprimer, pas exprimer. Si elles n'arrivent pas à exprimer,
- Speaker #0
vous avez d'autres méthodes pour le comprendre ?
- Speaker #1
Alors, on va effectivement utiliser l'humanitude. Moi, j'ai eu aussi la chance d'être formée en 22 ans. J'ai été formée deux fois. Alors pas sur le volet animation, mais sur le volet soins, ça m'a passionnée tout autant, au contraire. Donc effectivement, c'est mettre en pratique, si on revient un peu techniquement, sur comment on va aborder et communiquer avec des personnes qui ont des troubles cognitifs, et qui n'ont pas les mots, ou ont des logorés, c'est-à-dire disent tout le temps la même chose, ou répètent, etc., ou au contraire ne parlent plus, sont dans un... un mutisme et non plus la parole, on va observer et on est dans ce qu'on appelle une écoute active, je dirais hyperactive. C'est-à-dire on va faire fonctionner tous nos sens, on va la regarder, donc effectivement le regard axial, on va observer ses expressions du visage, on va lui parler, on va poser sa voix, trouver des mots assez doux, des questions fermées pour voir si elle réagit en face de nous. On va essayer de l'envelopper. Interropez dans une communication très bienveillante et j'allais dire maternante ou par le geste aussi. Alors attention, le toucher est à utiliser aussi de façon précautionneuse. Il y a des gens qui aiment être touchés, d'autres pas, d'autres au contraire qui vont vous prendre dans les bras. Et tout ça, il faut l'accueillir aussi et le respecter. J'allais dire, c'est de l'art en fait. C'est un peu de l'orfèvrerie. Travailler en EHPAD, pour moi, je l'ai vu aussi dans les soins avec les toilettes que j'ai pu faire. Avec mes collègues des toilettes en humanitude, où moi j'avais le rôle par exemple de la stratégie de déviation, c'est-à-dire que plutôt que de venir en force pour un soin de force avec une personne qui n'a pas envie de se laver parce qu'elle a horreur, elle n'aime pas ça, on va chercher au contraire à trouver ce qu'elle aime. On va parler d'autre chose, on ne va pas arriver en disant bon alors je... Madame, je viens pour faire la toilette et puis aujourd'hui, il ne va pas falloir me résister.
- Speaker #0
Dans la tonalité.
- Speaker #1
Voilà, on va dire bonjour, je suis Anne, on se présente, je suis la soignante, l'animatrice, voilà. Et on vient pour passer un bon moment ensemble. Vous savez, on s'est déjà vus, peut-être vous vous souvenez, peut-être pas, en tout cas. Voilà, on se positionne comme un être qui va... qui est bienveillant. Et ça, les personnes le ressentent. C'est pour ça que je vous disais, être franc, être soi-même, mais il faut vraiment être là. Donc il faut mettre effectivement ses soucis de côté, il faut être pleinement là, pleinement dans l'instant, pleinement dans le moment, pour accepter aussi toutes les réactions et adapter ses gestes, son attitude. Donc en animation, c'est un petit peu différent, parce que moi je ne vais pas être sur le volet thérapeutique, même si on va mettre en place des choses qui ont des effets thérapeutiques. C'est évident que se retrouver... Tous ensemble, je ne sais pas, une dizaine de personnes pour une activité, ça va faire du bien parce qu'on va pouvoir échanger ou la personne va juste écouter, ou il y en a qui vont s'endormir, mais elle est bien, elle est avec nous. Vous voyez ce que je veux dire ? En fait, là, encore une fois, chacun est singulier, chacun a des besoins d'être avec les autres différents et on va être à l'écoute de ça. Je ne sais pas si... Je suis assez claire concrètement pour que les personnes... Si, si,
- Speaker #0
c'est très clair et puis je trouve que c'est très en lien avec le film de Soudain, qui parle de ce qui se passe, de cette méthode-là. Est-ce que vous pensez, vous, qu'un film peut aider à changer la vision peut-être des gens, ou même changer des comportements ? Parce que s'il y a des difficultés, c'est qu'il y a peut-être des changements de comportement à avoir.
- Speaker #1
Alors c'est vrai que moi j'aime beaucoup le cinéma je crois que ça vous aide beaucoup J'ai fait du théâtre aussi donc tout ce qui est alors le théâtre m'a beaucoup appris et ça a été un petit peu aussi un fil un lien aussi dans mon travail d'animatrice puisque en interprétant des personnages je me suis mis dans la peau dans la psychologie des gens et en fait ça m'a permis de travailler l'empathie aussi dans mon métier par la suite c'est de comprendre les ressentis pourquoi la personne agit comme ça qu'est-ce que... Qu'est-ce que moi, dans mon comportement, j'ai pu aussi induire auprès des personnes ? Effectivement, le cinéma, en tout cas pour moi, c'est un art majeur essentiel. C'est une vraie force par les images, mais aussi... C'est un art, évidemment, de la façon de filmer, la façon de... qu'est-ce qu'on veut dire à travers les images, à travers les mots, bien sûr, les histoires qu'on raconte. Et ces histoires, en fait, des fois, elles sont tout simplement essentielles. Je pense que, j'espère que Souda, en tout cas, encore une fois, j'ai l'impression, sera un film qui aura marqué. Et curieusement, il paraît qu'il est très très long, mais je crois que c'est pas grave. C'est-à-dire qu'on a besoin de tout ce qui est dit dans le film. Et le cinéma va permettre de nous faire voir les choses autrement. On en ressort quand on a vu un bon film ou quelque chose qui nous a interpellé, soit effectivement troublé, soit en tout cas ça nous pose question, soit ça nous remet en face en disant « Ah oui, ok, moi aussi j'ai pensé à ça, mais le cinéaste est allé encore plus loin, ou je me suis identifié au personnage, ou j'ai adoré l'interprétation de l'acteur ou de l'actrice. » Et ça fait comme un effet miroir aussi, en s'identifiant aux situations, en essayant de comprendre. Je pense que là, dans cet EHPAD, d'après ce que j'ai compris, cette directrice, elle va lutter. Elle va lutter aussi contre un système, effectivement, qui n'est pas simple. Il y a des finances derrière. Mais aussi, elle veut avoir ce regard humain.
- Speaker #0
Et on peut garder l'espoir, alors ?
- Speaker #1
Évidemment. évidemment et l'essentiel c'est ce que je dis aussi aux familles quand elles on voit la détresse quand elles arrivent parce que des fois souvent les entrées se font c'est un peu à la catastrophe au dernier moment le parent est tombé à la maison il sort de l'hôpital il faut l'inscrire en EHPAD parce qu'il n'y a pas d'autre choix le retour à domicile n'est pas possible donc il n'y a pas eu d'anticipation et il y a beaucoup d'angoisse chez les familles Les rassurer là aussi et leur dire qu'ils ont leur place et qu'ils n'hésitent pas à la prendre aussi. C'est-à-dire qu'on est dans une société peut-être aussi, alors sans généraliser, mais on attend beaucoup. On attend beaucoup de l'eau, de mon médecin doit me faire ça, les pattes je paye. Parce qu'on ne sait pas faire peut-être. On ne sait pas faire, mais soyons inventifs, soyons créatifs. Il y a des belles initiatives, il y a maintenant des colocations intergénérationnelles, seniors, étudiants, je trouve ça génial. il y a des résidences partagées.
- Speaker #0
Il y a des structures pour les aidants, par exemple. Il y a des groupes de parole qui existent. C'est ça. C'est-à-dire que tout peut se faire accompagner.
- Speaker #1
Complètement. Et ne pas rester seul. Les familles, ne restez pas seules. Ne restez pas seules. Allez vers les professionnels en qui vous sentez qu'ils peuvent vous écouter. Parce qu'en fait, c'est surtout de l'écoute, finalement. C'est aussi la compréhension, l'écoute. de la compréhension et de l'ouverture. De l'ouverture. Et j'allais dire, allez voir des films comme Soudain. Il faut aussi, moi j'espère bien, peut-être organiser une séance effectivement avec... C'est ce que j'allais vous demander.
- Speaker #0
Est-ce que ça peut être possible avec les familles ? Ça peut être un projet d'animation ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Pour en débattre après avec eux.
- Speaker #0
Et vous vouliez me parler d'une résidente, de me raconter un témoignage, parce que c'était peut-être bien d'avoir quelque chose de que vous avez vécu avec une résidente. Qu'est-ce que vous aviez à me raconter sur cette résidente ?
- Speaker #1
Oui, alors comme je disais, moi j'ai beaucoup de chance. J'ai beaucoup de chance parce que je travaille entourée de personnes formidables qui ont une expérience de vie incroyable. Alors, je parle à la fois du public auprès duquel je travaille, mais aussi de mes collègues et des professionnels que j'ai rencontrés qui m'ont appris énormément, qui m'apprennent encore aujourd'hui. En fait, ce que j'aime dans mon métier, c'est que j'apprends absolument tous les jours. Tous les jours, je réajuste ma posture. Comme vous le disiez, la communication, je la travaille tout le temps. Il y a des choses qui marchent un jour, le lendemain, il faut s'adapter. Et donc, si on n'a pas envie d'apprendre, il ne faut pas aller travailler en maison de retraite ou auprès des anciens. Parce que c'est dommage, on va se couper de beaucoup de choses. Et donc ?
- Speaker #0
Cette résidente, elle nous a appris quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Elle m'a appris que, même si je le savais un petit peu déjà, elle me l'a montré. Que s'émerveiller à la fin de sa vie, jusqu'au bout de sa vie, c'était sa vérité en tout cas. Ses enfants ont fait un très bel hommage au moment de son décès en disant, tu nous as laissé à tous la beauté. J'ai trouvé ça très très fort parce que oui, il y a évidemment qu'elle a laissé aussi un grand vide et il y avait beaucoup d'affectifs pour cette maman, cette grand-mère. Cette arrière-grand-mère. Mais elle avait eu une vie difficile. Elle avait dû quitter son pays, l'Algérie, où elle était née. Elle est partie avec une valise et puis ses enfants sous le bras. Elle s'est retrouvée en France avec un accueil qui n'a pas été très sympathique. Elle a dû faire sa place. Elle a trouvé un métier. Elle s'est reconstruite et elle n'avait pas pu faire les études qu'elle aurait voulu faire. Et en fait... j'ai senti qu'en arrivant à l'EHPAD, tout ce que je lui proposais, elle était preneuse. Et elle prenait et elle engrangeait un savoir. Elle se dénigrait énormément, comme beaucoup de personnes aussi d'un certain âge qui disent « moi je ne sers plus à rien, puis mon savoir ne sert à rien » . En fait, elle savait énormément de choses, de presque par son expérience. Et elle avait une joie de vivre étonnante avec des difficultés de santé. malgré tout, elle a fini par ne plus pouvoir marcher même en disant Anne, elle me disait tout le temps la tête elle veut mais le corps il ne suit pas et avec beaucoup d'humour et donc en pleine période Covid on discute et avec une famille qui faisait du bénévolat aussi au sein de l'établissement elle me dit mais moi mon rêve c'est toujours j'aurais voulu faire du piano j'aurais voulu apprendre le piano on nous a... J'ai pu apporter un piano à la résidence. La famille bénévole était musicienne. Il y a donc ce très, très gentil garçon, John, qui est musicien professionnel. Il a dit, moi, je veux bien lui donner des cours de piano. Et donc, à 88 ans, elle a appris le piano. Elle a été tenace pendant deux ans. Elle allait une fois par semaine avec lui. Alors, elle a... Elle n'a pas appris Chopin, on est d'accord, ce n'est pas ce qu'on recherchait. Par contre, ce lien qui s'est créé avec ce professeur bénévole a été extraordinaire. Et elle s'est découverte en disant « en fait, je suis capable » . Et en fait, Anne m'a été très reconnaissante et cette reconnaissance, elle était mutuelle. On a pu aller faire des choses avec elle qu'elle n'avait jamais faites, à l'Opéra, à Lyon, à l'Auditorium. En fait, elle était vraiment férue de... Elle avait envie de culture et d'art et on a pu mettre en place, et j'ai pu mettre en place, des projets artistiques, accueillir des artistes dans le cadre des projets culture et santé. Donc c'est des programmes très intéressants où des artistes viennent en résidence. Et là, en l'occurrence, c'était un plieur de papier qui se fait appeler Cocotologue. Et avec qui, donc, elle a créé aussi un lien extraordinaire parce que... Il travaillait cette matière papier et il en faisait des choses formidables et toutes simples auxquelles cette personne, comme beaucoup d'autres, ont pu accéder aussi. Et ça leur a donné une ouverture incroyable sur cet art de manier l'objet papier. Bref, parenthèse, en tout cas pour dire qu'elle avait une grande humanité en elle et ça ne veut pas dire que les autres n'en ont pas, mais voilà, c'est quelque chose qu'elle... porté sur vous.
- Speaker #0
Vous aviez envie de nous parler un peu de tout ce que vous aviez fait avec elle et ce qui est possible de faire en fait. L'ouverture à l'art, c'est intéressant, mais en tout cas peut-être réapprendre quelque chose de nouveau. Nous en coaching, on en parle beaucoup, on parle de la plasticité cérébrale, rien que le fait d'avoir un projet, un rêve, même si comme vous dites, elle n'est pas devenue musicienne professionnelle, à la limite ce n'était pas tant le projet, mais c'est plutôt aussi de se dire on repart de quelque chose qui nous fait envie et juste On essaye. Bon, je voulais quand même qu'on parle très rapidement peut-être de comment nous on s'est connus parce que c'est quand même important de dire que c'est des métiers qui sont parfois fatigants, épuisants même, où on doit avoir confiance en soi. Donc j'aurais voulu savoir très rapidement qu'est-ce qui a fait que vous avez poussé la porte de l'accompagnement en coaching sur vraiment... On a travaillé sur votre ikigai, je rappelle ce que c'est l'ikigai. L'ikigai c'est trouver sa place, l'ikigai c'est sa raison d'être plutôt qu'uniquement son métier. Et juste rapidement, qu'est-ce que ça a pu vous apporter peut-être dans votre pratique de tous les jours ?
- Speaker #1
Il y a des moments quand on est, vous l'aurez peut-être senti ou compris, je ne sais pas si j'ai pu le faire passer, mais quand on est passionné par ce qu'on fait et qu'on se donne à 200%, on peut aussi aller un petit peu trop loin et au bout de ses capacités et de ses forces. On ne s'en rend pas compte. Ça vient des fois insidieusement. Moi, je suis quelqu'un qui donne beaucoup de mon temps personnel aussi parce que... Je suis assez perfectionniste et c'est pour moi aussi que je le fais. J'ai besoin de terminer la tâche que j'ai commencée et même si c'est l'heure, je partirai plus tard. Donc en fait, je ne me suis pas rendue compte et il y a un moment où aussi ma santé, mon corps m'a dit en fait stop. Donc les petits problèmes de santé sont arrivés et là je me suis dit bon, c'est le moment de penser à soi. La rencontre avec vous a été assez magique, moi j'ai envie de le dire comme ça. Vous êtes quelqu'un de non seulement très bienveillant mais très professionnel et vous avez su me permettre de me poser aussi mes valises, mettre des mots sur des ressentis et puis se dire qu'on n'est pas des superwomen et des supermans. On ne peut pas non plus, comme je pense à des moments où peut-être je ne me rendais pas compte, on ne peut pas sauver non plus tout le monde. Comment dire ? Je suis un petit peu sauveur, moi, dans mon schéma psychologique. C'est-à-dire que dès que quelqu'un est dans la peine, si je peux l'aider, j'ai envie de l'aider. Encore une fois, ça veut dire que je ne peux pas dire que je suis purement altruiste. Je le fais aussi très égoïstement. Mais voilà, et donc...
- Speaker #0
Et l'Ikigai, ça vous a aidé en quoi justement ? À trouver votre place ?
- Speaker #1
À comprendre aussi que c'est pas que j'étais pas dans le... J'allais dans le bon sens. Simplement, il faut doser son effort. Comme un sportif, finalement. Doser son effort. Il faut aussi apprendre à se respecter et à se ressourcer. Et en fait, j'arrivais plus à me ressourcer. Et là-dessus, vous m'avez donné des outils comme l'Ikigai et d'autres outils tout le monde. très concrets. Et ça, c'est très, très, très appréciable.
- Speaker #0
Ce qui est intéressant avec l'ikigai, et moi, peut-être que je terminerai là-dessus sur la partie qui nous concerne, mais l'ikigai, c'est un concept japonais qui est beaucoup utilisé aussi auprès des personnes pour qu'ils continuent à trouver du sens à leur vie. On dit que les gens qui ont trouvé leur ikigai, ils n'ont plus besoin de bouger de place. En fait, quelque part, Ils n'ont pas besoin de forcément avoir plein de performances. Ils ont juste besoin de comprendre ma place, elle est là. Je ne bouge pas et les choses vont se passer autour de moi. Tout va se mettre en place. Alors bien sûr, pas sans rien faire. Mais en tout cas, on peut garder du sens toute sa vie. On peut garder, même s'il est très simple en fait. C'est aussi la simplicité de la formulation de l'ikigai. Parce que ce qu'il faut rappeler, c'est que dans le travail de l'accompagnement, on va finir par une formulation, une seule phrase qui correspondrait à votre être « je suis » . Et puis on va trouver une phrase ensemble qui est au centre de trois cercles. Ce qui me passionne, ce pourquoi je suis douée, la réalité dans laquelle je vis et puis à quoi j'ai envie de participer de plus grand. Et ça, c'est important, c'est qu'on comprend qu'on n'a pas besoin de tout faire, de sauver tout le monde, de tout savoir faire. Il suffit juste de rester à sa place. d'être là au centre et de se dire je veux participer à ça c'est déjà bien et que ce soit dans ce contexte là ou dans un autre ce sera pareil voilà j'avais envie qu'on en parle parce que je trouve que c'est aussi en lien avec le fait de vieillir et c'est peut-être ce que vous leur redonnez aussi autour des projets d'animation, ils vont se rappeler aussi qu'ils ont été doués pour certaines choses ou ils vont peut-être découvrir parce qu'ils l'ont jamais fait et ils vont découvrir finalement des choses d'eux qu'ils connaissaient pas et vous aussi j'imagine Non. en travaillant avec eux.
- Speaker #1
Oui, complètement. L'animation est une médiation. C'est un prétexte. C'est un prétexte pour se découvrir. Vous avez raison.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Voilà, ce que je vous propose peut-être, c'est de terminer cet échange sur qu'est-ce que vous ont appris peut-être toutes ces années, peut-être en deux ou trois mots. Qu'est-ce que vous ont appris ces quelques années et puis peut-être qu'est-ce que c'est une bonne maison de retraite pour vous, justement.
- Speaker #1
Oui. Oui. Alors, c'est péjoratif. Ça veut dire que s'il y a des postes Oui, effectivement, mais vous avez raison,
- Speaker #0
c'est trop d'injonctions.
- Speaker #1
C'est moi qui l'ai utilisé effectivement la première, mais c'est important de... En tout cas, en fait, ce qui est important, c'est de se poser des questions. Un établissement qui ne se pose pas de questions sur pourquoi il existe, une équipe qui ne se pose pas de questions sur ses pratiques, c'est ça qu'il faut interroger. Pour moi, et je l'ai vu dans ma pratique, des réunions quotidiennes importantes où il faut que l'ensemble, une équipe pluridisciplinaire puisse échanger sur les personnes et avoir un regard différent pour mieux porter et aider les personnes, les accompagner au mieux. C'est aussi un établissement ouvert sur l'extérieur, un établissement qui n'a pas peur de montrer, d'ouvrir ses portes. à la fois pour aller à l'extérieur mais aussi faire rentrer l'extérieur, comme on le disait avec l'intergénérationnel, avec les projets artistiques. En fait, tous les projets sont bons à partir du moment où il y a une équipe motivée, où il y a des gens qui ont envie de partager avec les personnes qui vivent dans l'établissement. C'est donc des questionnements que l'équipe se pose. C'est l'ouverture sur l'extérieur, c'est déjà pas mal. J'en ai certainement oublié.
- Speaker #0
Et puis, un mot sur ce que vous ont transmis toutes ces 22 années auprès des résidents. Je ne sais pas, qu'est-ce qu'ils vous ont appris en un mot, deux mots ?
- Speaker #1
La magie de la rencontre. Des rencontres.
- Speaker #0
Des rencontres.
- Speaker #1
Et puis, la foi en la vie.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Anne, pour ce témoignage. Vraiment, ce qui m'a marquée. Il y a plein de passages qui m'ont marqué, mais ce qui m'a marqué, c'est l'humilité, la passion du métier. Ce n'est pas un métier qui se fait seul. Et puis, c'est cette idée que l'animation, il y a plein de choses derrière l'animation. Parfois, on ne connaît pas du tout. Merci de nous avoir partagé tout ça. J'espère que ça vous a plu et que vous pourrez aussi partager cet épisode à d'autres personnes. Il est un petit peu différent. Oui, il parle de l'accompagnement. Oui, il parle du développement personnel. Oui, il parle de l'enthousiasme et de l'espoir. Mais surtout, ce n'est pas moi qui le dis. C'est surtout vous qui l'avez transmis. Je trouve ça très intéressant. Ça m'a beaucoup plu, en tout cas, qu'on puisse se faire ce moment-là ensemble. Merci beaucoup, Anne. Merci à vous.
- Speaker #1
Merci, Frédérique.