- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, nous vous souhaitons la bienvenue dans le podcast L'Environnement au cœur de ma santé, le rendez-vous qui explore les relations entre la santé et l'environnement. Cet épisode est proposé par la mutualité française Grand Est en partenariat avec la DREAL Grand Est et l'ARS Grand Est. Selon la DREAL, 75 000 logements sont considérés comme potentiellement indignes dans notre région et 163 000 personnes seraient touchées, ce qui représente 3,6% des résidences du parc privé. Un logement est qualifié de potentiellement indigne lorsqu'il présente des désordres, comme par exemple de l'humidité, l'absence de chauffage, une installation électrique dangereuse, qui peuvent porter atteinte à la santé ou à la sécurité de ses occupants. Notre région présente des zones très rurales, un bâti plus ancien et plus énergivore que la moyenne nationale, avec une proportion de ménage fragile importante. Pour cet épisode, je reçois Jonathan Auberlé, qui est responsable de la cellule Habitat et qualité de l'air intérieur à l'ARS Grand Est, délégation territoriale du Haut-Rhin, qui nous permettra d'en apprendre davantage sur l'habitat et la salubrité dans notre région. Il nous transmettra des solutions pratiques à mettre en œuvre au quotidien. Bonjour Jean-Antoine.
- Speaker #1
Bonjour Vanessa.
- Speaker #0
On parle d'habitat indigne pour toute situation d'habitat portant atteinte à la santé des personnes. Alors il faut noter bien sûr que les causes de désordre ne sont généralement pas uniquement dues au bâti, mais témoignent d'un environnement. sociales et économiques en général dégradées. Les publics précaires sont ainsi plus susceptibles de présenter des pathologies en lien avec leur habitat dégradé. Alors Jonathan, quelles sont les grandes problématiques dans les logements actuellement et quelles sont leurs conséquences en termes de santé pour les occupants ?
- Speaker #1
L'habitat indigne est un terme assez large qui englobe tous les dangers que le logement peut créer sur la santé, la santé mentale aussi et la sécurité physique des occupants et des voisins. Il y a différents niveaux, comme par exemple l'insalubrité qui est le niveau le plus grave. Alors comme exemple de problématique, celui qu'on rencontre très souvent est un défaut de ventilation qui peut créer des moisissures et celle-ci pose problème pour la santé en générant ou en accentuant de l'asthme, des pathologies pulmonaires, des dermatoses ou des allergies par exemple. Il y a aussi les désordres électriques qui sont très fréquents, des installations qui ne sont pas sécurisées et qui peuvent générer une électrisation. Une électrocution qui est plus grave puisqu'elle conduit à la mort, des brûlures ou un incendie. Il y a aussi un défaut d'étanchéité, souvent lié aux eaux pluviales qui ne s'écoulent pas correctement, ou défaut d'étanchéité à l'air. Des problèmes de chauffage aussi sont fréquents, soit parce que les dispositifs sont absents, donc pas de moyens de chauffage, ou défaillants, comme une chaudière qui ne fonctionne plus ou qui peut être dangereuse. Cela peut créer des intoxications au monoxyde de carbone, inhalation de gaz. Une hypothermie quand on a trop froid ou des maladies cardiovasculaires. Il y a plein d'autres désordres qui peuvent concerner l'eau froide, l'eau chaude, la sécurité des accès, les risques de chute, la configuration elle-même du logement, la gestion des déchets, la présence de plomb ou d'amiante, etc. Tout ça peut créer des maladies spécifiques comme le saturnisme. Tout ça peut avoir aussi un impact sur la santé mentale avec un sentiment d'insécurité, de stress, etc. Et il y a les situations d'incurie, donc avec un encombrement extrême, pas d'entretien donc des logements très sales, cela donne un risque de maladies infectieuses et parasitaires qui peuvent donc avoir un impact important pour les occupants des logements ou les voisins.
- Speaker #0
Alors vous l'avez dit, un des problèmes récurrents dans le logement est la question des moisissures. Alors prenons un exemple concret, l'exemple d'une famille dont un des enfants présente de l'asthme. Cette famille est locataire de son logement et voit des moisissures se développer dans la salle de bain. Et bien que peut-elle faire ?
- Speaker #1
Les moisissures et le manque de ventilation, c'est le problème qu'on voit le plus souvent lors des visites qu'on réalise à l'ARS. Il y a deux cas qui peuvent être combinés. Le premier, c'est quand il y a des infiltrations d'eau, majoritairement des eaux pluviales, mais ça peut être une rupture d'un tuyau aussi. Et l'autre, c'est le phénomène de condensation. Existe parce que l'humidité qui est générée par l'occupation du logement n'est pas suffisamment évacuée et donc l'humidité va condenser sur les parties les plus froides du logement. Comme exemple, on donne souvent le fait que par le passé, on avait des cheminées à foyer ouvert dans les logements qui créaient automatiquement une extraction d'air, on va dire, et les maisons n'étaient pas du tout isolées ou très peu. Aujourd'hui, on a plus de cheminées, ou rarement, et on est en triple vitrage, et les maisons sont très isolées. Ce qui fait qu'il n'y a plus d'entrée d'air et plus d'extraction d'air. Donc la ventilation qui se faisait naturellement par le passé, aujourd'hui ne se fait plus, et il faut la recréer d'une manière souvent mécanique. On recommande toujours l'aération par ouverture des fenêtres, 5 minutes le matin, 5 minutes le soir. Mais souvent, il y a besoin d'une ventilation qui est permanente. Ce qu'on peut recommander à cette famille, c'est de vérifier son système de ventilation, donc vérifier que la VMC fonctionne, s'il y en a une, ou que l'extraction d'air naturelle quand elle existe n'est pas obstruée. Vérifier aussi si les entrées d'air ne sont pas bouchées et les nettoyer fréquemment. Ça, c'est la responsabilité des locataires d'entretenir le logement. Ensuite, il est possible d'agir par étapes. La première étape, c'est de contacter le propriétaire du logement, que ce soit un bailleur privé. ou un bailleur social pour lui exposer le problème et essayer de résoudre les choses comme ça. Si ça ne fonctionne pas, alors il vaut mieux envoyer un courrier en recommandé ou le remettre en main propre contre signature pour montrer qu'on a essayé d'engager ces démarches à l'amiable. Si ça ne fonctionne toujours pas et que le problème persiste, alors il existe une plateforme qui s'appelle Signal Logement sur laquelle les occupants peuvent détailler les problèmes qu'ils rencontrent. Je donne l'adresse mail, c'est signal- logement.beta.gouv.fr Une fois que ce signalement est créé sur la plateforme, c'est ensuite les acteurs de la LHI, ce qui veut dire lutte contre l'habitat indigne, dont font partie l'ARS, la CAF, l'ADIL, qui est l'agence départementale d'information logement, et les services communaux d'hygiène et de santé dans les grandes villes. Tous ces acteurs-là vont regarder les dossiers qui arrivent et les instruire, éventuellement engager une visite pour voir... les problèmes concrètement. La visite peut être faite soit par l'ARS, soit par la commune, en sachant que c'est le maire qui a un pouvoir de police général et c'est à lui de faire appliquer les règles d'hygiène sur sa commune. Celles-ci sont définies dans la loi, dans le code de la santé publique. Et selon le cas, après, il peut y avoir une procédure de mise en demeure par le maire ou une procédure d'insalubrité si les défauts sont importants, nombreux et nécessitent par exemple que les occupants soient relogés ou hébergés ailleurs pour les protéger.
- Speaker #0
Alors vous avez parlé de l'ADIL, qui est une association, l'Agence Nationale pour l'Information sur le Logement, et donc qui peut conseiller notre famille, qui peut conseiller les particuliers, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Tout à fait, ce sont des juristes, ils conseillent à la fois les particuliers sur leurs droits et leurs obligations, et sur les solutions qu'ils peuvent envisager pour améliorer la situation.
- Speaker #0
Les mauvaises installations électriques font aussi partie des critères de l'habitat dégradé, vous l'avez indiqué. Prenons un nouvel exemple avec un couple qui achète sa première maison et dont l'installation électrique n'est malheureusement pas aux normes, c'est souvent le cas. Quels repères et quels conseils peut-on lui donner ?
- Speaker #1
En tant que propriétaire occupant, c'est eux qui sont responsables. Ils peuvent choisir de vivre avec les dangers, mais je ne leur conseille pas. Il vaut mieux faire intervenir un homme de l'art. pour au minimum sécuriser l'installation électrique. D'ailleurs, ils connaissent les défauts de sécurisation car un diagnostic de l'installation intérieure d'électricité est obligatoire lors d'une vente immobilière, également pour une location. Et ce diagnostic détaille les problèmes qui sont présents dans le logement. Même si cela est recommandé, il n'est pas obligatoire de mettre toute l'installation électrique absolument aux normes. En fait, seulement 6 critères principaux de la norme NFC 1500 sont à respecter pour garantir une installation électrique sécurisée. Notamment le raccordement à la terre, un disjoncteur général dans le logement, des différentiels adaptés et pas de conducteur accessible. Pour ce dernier point, le test du doigt est facile à mettre en œuvre. Si un doigt pourrait toucher une partie sous tension, comme du cuivre par exemple, ce n'est pas bon, tout simplement.
- Speaker #0
Merci Jonathan pour ces conseils sur l'électricité. Alors concernant le chauffage, on sait qu'il occupe une... part grandissante dans les dépenses des ménages actuellement. La région Grand Est est la troisième région de France la plus touchée par la vulnérabilité énergétique des ménages, notamment dans le cadre du logement. Et selon l'INSEE, 518 000 ménages sont en situation de vulnérabilité énergétique. En Grand Est, ce qui représente 22% des ménages dans notre région, c'est énorme, contre 17% en France. On considère que les foyers sont en vulnérabilité énergétique lorsque les dépenses énergétiques liées à l'habitat, comme par exemple l'eau, le chauffage, représentent plus de 9,2% du revenu disponible. Jonathan, prenons l'exemple d'une personne âgée qui vit seule à son domicile et se chauffe au fioul. Que peut-on lui conseiller et quels grands repères pouvez-vous nous donner sur le chauffage ?
- Speaker #1
Cette fragilité résulte d'un climat rigoureux et d'un parc de logements vaste et plutôt ancien. et des moyens de chauffage qui sont souvent onéreux. Les personnes seules, en particulier les plus jeunes ou les plus âgées, qui ont souvent moins de revenus, figurent parmi les profils les plus concernés. Et ils n'ont malheureusement pas les moyens financiers de chauffer une passoire thermique, particulièrement avec du fioul domestique qui est cher et énergivore. Les ménages du Barin, du Haut-Rhin et de la Marne sont relativement préservés. A l'inverse, ceux de la Meuse et des Ardennes sont fortement exposés. Alors quelques conseils. Quand cela est possible, il existe des subventions de l'ANA. l'Agence Nationale de l'Habitat, pour remplacer son système de chauffage et ou mieux isoler le logement, etc. Il faut prendre en compte le DPE, Diagnostic de Performance Énergétique, qui est aussi obligatoire lors d'une vente ou d'une mise en location, la note énergétique et les recommandations. Par exemple, les logements qui sont classés G sont déjà interdits à l'habitation. Les logements classés F le seront en 2028 et les logements classés E seront interdits à l'habitation en 2034. Alors attention, le DPE a changé en 2021. Aujourd'hui, il est plus juste. Par exemple, quelqu'un qui chauffait énormément son logement pouvait avoir une classe énergétique plutôt défavorable, alors que le logement pourrait être plutôt bien isolé. A l'inverse, quelqu'un qui avait des factures très faibles pouvait avoir une classe énergétique satisfaisante, alors qu'en fait, c'est une passoire thermique. Aujourd'hui, c'est calculé de manière plus juste. D'ailleurs, le DPE est maintenant opposable. Un locataire pourrait aller à l'encontre de son propriétaire en disant que le DPE est faux et que les consommations énergétiques qui sont mentionnées dedans ne correspondent pas à la réalité. Cela relève du droit privé et on recommande aux personnes qui sont en difficulté vis-à-vis du DPE de contacter un conciliateur de justice dans un premier temps. L'obligation réglementaire pour un bailleur, c'est d'avoir un système de chauffage fonctionnel et suffisant pour atteindre une température de 18 degrés. en moyenne au milieu de chaque pièce.
- Speaker #0
Il me semble aussi qu'il y a un problème avec le monoxyde de carbone qui peut conduire jusqu'à la mort les occupants.
- Speaker #1
Tout à fait Vanessa, le monoxyde de carbone est dangereux. Il provient notamment de l'utilisation de poêles au pétrole ou d'appareils à combustion. Il y a 4000 personnes en France qui sont exposées chaque année à ce gaz qui tue environ 100 Français chaque année. Il y avait 243 personnes exposées et 5 décès en Grand Est. en 2024. Le monoxyde de carbone est un gaz incolore, inodore, qui se crée en cas de combustion incomplète, quand il manque d'oxygène. L'inhalation de monoxyde de carbone crée des vomissements, des formes aux têtes, des malaises et un empoisonnement qui peut aller jusqu'au coma et au décès. Si jamais cela arrive, on recommande d'ouvrir très rapidement les fenêtres, bien sûr de fermer et d'éteindre l'appareil qui émet le monoxyde de carbone et de sortir à l'extérieur. Il arrive parfois même que les gens soient hospitalisés dans un caisson hyperbar pour retrouver de l'oxygène rapidement.
- Speaker #0
Quel conseil peut-on donner à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Il vaut mieux ne pas utiliser les petits chauffages d'appoint qui génèrent d'ailleurs également beaucoup d'humidité. Mais sinon, il convient de bien ventiler son logement avant ou après l'utilisation de ces équipements. D'ailleurs, il est important de savoir qu'il est plus facile de réchauffer un air sec qu'un air humide. Donc une bonne aération, une bonne ventilation permet de faire des économies de chauffage. Il est important aussi de faire vérifier ses installations, une chaudière au gaz par exemple, ou les conduits d'évacuation des fumées par un homme de l'art.
- Speaker #0
Alors enfin, une dernière situation. Je vis en immeuble, sur mon palier, je vois devant la porte d'entrée de mon voisin des détritus et des objets se multiplier. Quand je passe prendre de ces nouvelles, je vois que son appartement est envahi. Il pourrait présenter un syndrome de diogène. Pouvez-vous nous expliquer comment cela se manifeste et ce que je peux faire à mon niveau ?
- Speaker #1
Ce sont les situations les plus complexes que l'on rencontre à l'ARS, mais aussi les plus touchantes humainement. On ne peut pas y travailler seul, et nous nous associons des partenaires, notamment les travailleurs sociaux. Une situation d'incurie, qui sont plus fréquentes qu'on peut le penser, c'est un manque d'entretien extrême du logement et de ses abords, dans un garage par exemple. Un entassement important d'objets, qui dépasse la syllogomanie qu'on pourrait qualifier de collection impulsive. et dont parfois ce sont des déchets. Il y a aussi une rupture de soins pour la ou la personne. Les nuisances principales sont olfactives et la présence de nuisibles. Il existe aussi un risque d'incendie ou d'effondrement selon la construction du bâti quand énormément d'objets sont entassés.
- Speaker #0
Mais toutes les situations d'incurie ne sont pas liées au syndrome de Diogène ?
- Speaker #1
Tout à fait. Il y a souvent eu un événement dramatique, par exemple le décès du conjoint, une retraite, qui fait que les personnes ne s'occupent plus de leur logement et acceptent finalement l'état d'insalubrité. Nous essayons de les aider à revenir non pas comme Monsieur Tout-le-Monde, mais dans un état acceptable pour ne plus impacter leur santé et celle de leurs voisins. Parfois, les personnes arrivent à se ressaisir. Parfois, l'ARS doit utiliser la manière forte, c'est-à-dire un arrêté d'urgence sanitaire et réaliser des travaux d'office, au moins pour que les voisins ne soient plus en danger. Il est possible d'effectuer un signalement à la mairie ou à l'ARS par courriel. Je donne l'adresse ars-grandest-dt68-vsse-ars.santé.fr. Il y aura encore beaucoup à dire sur les désordres que l'on peut rencontrer dans son logement. Un éclairage naturel insuffisant, une hauteur sous plafond trop basse, pas d'ouverture vers l'extérieur, une pièce trop petite, une situation en sous-sol ou sous-comble, etc. Tous ces éléments doivent être pensés pour qu'habiter son logement soit agréable et n'impacte pas sa santé, y compris santé mentale, à long terme.
- Speaker #0
Merci Jonathan. Alors en résumé, nous vivons 80% du temps en intérieur, notamment plus de 16 heures par jour en moyenne dans notre logement. Ce qui représente à peu près les deux tiers du temps. Notre habitat peut être bien sûr source de bien-être, un cocon pour notre famille, mais il peut aussi être source d'inconfort et d'insalubrité en termes de moisissures, de problèmes électriques, de chauffage insuffisant, de configurations inadaptées, voire d'incurie. Les conséquences sur la santé ne sont pas anodines, loin de là, avec de l'asthme, des pathologies pulmonaires, de l'hypothermie, des risques de brûlure et d'électrocution, voire de décès. et surtout un sentiment d'insécurité et de mal-être. Et pourtant, des solutions existent, en lien avec les bailleurs, les mairies, les services de l'Agence régionale de santé et les associations comme l'ADIL. Des professionnels de santé, notamment les conseillers en environnement intérieur, peuvent aussi aider les particuliers à y voir plus clair face au polluant intérieur grâce à une visite au domicile prescrite par le médecin traitant. La plateforme de l'État, Signal Logement, permet une coordination, une intervention plus efficace. Des solutions existent, soyons acteurs de notre santé. Et bien découvrez nos podcasts L'Environnement au cœur de ma santé au cours de nouveaux épisodes sur la végétalisation et bien d'autres. A bientôt !