- Speaker #0
Hello les passionnés d'industrie, alors bienvenue sur le seul média qui parle vraiment des enjeux RH de ce secteur. Et son objectif ? Vous partager des stratégies, des astuces et de l'actionnable pour redevenir l'industrie qui fait envie. Je suis Claire Tenayot, hôte de ce podcast et fondatrice de Be Wanted. Et mon job ? Ben, faire rayonner votre industrie. Je vous aide à structurer votre fonction RH et bâtir votre marque employeur. ensemble on élabore des stratégies d'attractivité et de fidélisation des talents qui puissent accompagner la croissance de votre industrie. Mais je ne suis pas seule à ce micro. Chaque lundi, je reçois un invité, dirigeant des RH ou expert d'une thématique RH, pour que vous repartiez avec un shot de bonne pratique et de benchmark.
- Speaker #1
Allez, j'ai terminé, c'est parti pour l'épisode et bonne écoute !
- Speaker #0
William, bonjour !
- Speaker #1
Bonjour Claire !
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, merci de m'accueillir ce matin.
- Speaker #0
Écoute, avec grand plaisir ! Sachant que c'est notre deuxième tentative, celle-ci sera la bonne ! Hormis, vous entendrez toutes et tous que j'ai un léger chat dans la gorge, je suis un chouï malade, mais j'espère que ma voix va tenir jusqu'à la fin de l'épisode. C'est très pratique. quand c'est son outil de travail. Mais en tout cas, un grand plaisir William de te recevoir aujourd'hui. Je sais que tu as écouté au moins quelques épisodes du podcast, donc tu sais à quelle sauce tu vas être mangé.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça. Donc tu sais qu'on commence par nos trois questions habituelles pour apprendre un peu à te connaître. Donc qu'est-ce qui t'anime ? Qu'est-ce qui te révolte ? Et qu'est-ce qui te fait peur ? Dis-nous tout.
- Speaker #1
Alors ce qui m'anime, c'est la résolution de problèmes, apprendre et puis faire avancer les choses. Ce qui me fait peur, c'est le monde qu'on va laisser à nos enfants. Voilà, ça me fait un peu peur. Et puis ce qui me révolte, plusieurs petits sujets, mais entre autres celui de la surconsommation et puis les œillères qu'on se met. justement vis-à-vis de ce sujet et je pense qu'on ne se rend pas compte de tout ce qu'il y a derrière.
- Speaker #0
J'entends. Et alors, pour toi, l'industrie qui fait envie, c'est quoi ? Qu'est-ce que ça t'évoque ? Quelle définition tu mettrais derrière ?
- Speaker #1
L'industrie qui fait envie, c'est du concret. Et moi, c'est pour ça que j'aime bien. C'est vraiment... On va sur le terrain, on met les chaussures de sécurité, on est en contact avec des hommes, on est en contact avec du physique, le bruit des machines, l'odeur. Voilà, ça, c'est vraiment quelque chose qui me plaît et je pense que c'est ce qui peut faire envie.
- Speaker #0
C'est souvent la réponse que j'ai. Effectivement, le côté concret, je l'ai. Alors, pas à chaque fois, mais quand même relativement souvent. Alors, il est temps que tu te présentes, que tu nous dises qui tu es, ton nom, ton quai nom, ce que tu fais dans la vie. Parle-nous de toi. Tu as carte blanche. C'est la question la plus difficile de l'échange.
- Speaker #1
Du coup, moi, c'est Willem Avignon. Je travaille actuellement chez Recycle Matelas, la direction générale. J'ai un parcours d'ingénieur. j'ai J'ai fait une école d'ingénieur, ensuite j'ai travaillé chez Total. Ce qui me plaisait là-dedans, c'était vraiment le côté industrie, gros projet. La petite anecdote, c'est un ancien de Total qui arrive dans l'école et qui présente ce qu'il fait actuellement, et qui nous présente une usine flottante, alors vraiment un énorme bateau, plateforme pétrolière, qui traite vraiment de très gros volumes. Et ça, je me suis dit, c'est quand même assez incroyable. C'est à la fois l'aventure et puis c'est des gros projets avec une industrie qui a des moyens et des torts aussi, on le sait. Donc voilà, je me suis engagé là-dedans. J'ai fait six ans dans le pétrole, à voyager, à travailler dans différents pays, sur des plateformes, dans les bureaux, sur des chantiers. Vraiment du concret, ça m'a beaucoup plu. Et puis après, je me suis posé la question de, est-ce que j'avais envie de continuer ? Est-ce que ce que je voyais devant moi ou les personnes qui étaient devant moi me donnaient toujours envie ? Ce n'était plus trop le cas. Et du coup, j'ai décidé de rentrer en France pour faire vraiment, travailler dans l'industrie, mais plutôt en France. J'ai fait un petit tour dans le conseil, dans l'excellence opérationnelle. Et puis après, j'ai cherché une industrie locale. où il y aura toujours du boulot, et puis toujours dans le concret. Donc, je me suis orienté vers le déchet. Donc, j'ai travaillé dans l'enfouissement. J'étais à l'exploitation d'un site d'enfouissement. Ça change la vie. On voit vraiment, peut-être alors que je parlais de surconsommation et de l'impact, ça m'a vraiment beaucoup changé de regarder ces tonnes de déchets, ces montagnes de déchets qui s'accumulent tous les jours.
- Speaker #0
Tu changes de retard. t'es acculturé aussi à ces sujets-là, j'imagine, au travers de cette expérience, finalement. Parce que là, ça a dû te frapper, quoi.
- Speaker #1
C'est vraiment... Non, non, c'est vraiment hallucinant et je pense que ça devrait être obligatoire dans notre éducation, que ce soit à l'école ou... Assez tard, quand même, pour pouvoir vraiment prendre conscience. Mais c'est quand même quelque chose qu'il faut avoir vu une fois dans sa vie pour comprendre le moindre déchet qu'on va jeter, où il va finir. et ce qui arrive vraiment au monde du déchet parce que les gens ne se rendent pas compte. Ils mettent ça dans la poubelle et puis après ils passent à autre chose. Et donc j'ai travaillé là-dedans. Ensuite je suis parti, on m'a proposé un poste dans le recyclage des matelas. Et donc là l'idée c'était, j'ai un peu vu les deux bouts de l'industrie linéaire et là je me suis dit, c'est l'occasion de travailler, d'arriver à retordre, à faire du circulaire. pour éviter justement cette linéarité et cette destination de l'enfouissement. Et donc voilà, c'est une belle expérience aujourd'hui et je pense qu'on va en parler plus en détail.
- Speaker #0
Pour cette présentation, tu vois, moi c'est bien, je te découvre et je découvre ton parcours en même temps. que nos auditeurs. D'ailleurs, chers auditeurs, merci à tous. Bon, on est début janvier, c'est le lancement de l'année, on est dans cette période toujours un peu excitante, enfin en tout cas, moi je trouve, il y a toujours cette petite excitation là des nouveaux projets du début d'année. Je continue parce que moi je n'ai pas arrêté là, le podcast va continuer à grandir. J'ai besoin de vous, ce qui mène le... plus, c'est soit quand vous repartagez, soit quand vous mettez un avis 5 étoiles. Donc, s'il vous plaît, merci. Ça prend vraiment 30 secondes de le faire et ça représente beaucoup parce que je gagne en fait. Enfin, en tout cas, le podcast gagne en visibilité dès lors qu'on a un avis supplémentaire. Donc, merci à tous pour le soutien. Oulia, je reviens à toi après cette petite parenthèse. Déjà, je vais poser un peu de contexte. Merci d'être là. Ça fait Un certain temps que je suis des activités sur LinkedIn, que je ziote les partages aussi de RecycMate là. Et entre toi et moi, il y a quand même trois angles forts, en tout cas, que je retiens du modèle. Alors évidemment, tu vas nous parler davantage de RecycMate là. Là, c'est un peu comme un cheveu sur la soupe, mais tu vas tout nous expliquer ensuite. En tout cas, ce que je te disais, c'est que moi, je retiens… trois angles forts de ce modèle-là, qui, à mon sens, en font aussi une industrie qui fait envie, qui font partie des valeurs que j'ai envie de défendre sur le podcast. Donc, ça faisait clairement sens de te recevoir. Pourquoi ? Parce que l'industrie, elle se réinvente, elle a cette capacité propre d'innover, d'adapter aussi un modèle social et responsable. Et clairement, on n'en parle pas assez. Et je pense que ça fait partie intégrante Merci. de votre ADN. Donc, je vois dans le fait de te recevoir et de parler de RecycMate, là, finalement, l'opportunité de valoriser votre modèle, de dire que oui, c'est possible d'adapter des modèles industriels, des modèles organisationnels aux besoins et aux enjeux de notre société d'aujourd'hui. Donc, ces trois axes à creuser, c'est le modèle circulaire et la valorisation de la matière, l'insertion et l'entourage territorial. En tout cas, c'est un peu le sujet. que j'ai envie d'aller creuser avec toi. Est-ce que tu valides cette intro ? Après, il faut vraiment que j'arrive à parler moins parce que j'ai déjà plus de voix. Mais dis-moi si tu valides cette intro et si t'es prêt à débuter.
- Speaker #1
Non, c'est tout à fait ça et je suis prêt. On va en parler.
- Speaker #0
Ok. Eh bien, écoute, let's go. Je pense que la première question, pour poser un peu de contexte, finalement, c'est pas vraiment une question. Est-ce que tu peux juste nous parler ? de l'histoire de Recycle Matelas, comment l'organisation est née, pour qui, pourquoi.
- Speaker #1
Alors Recycle Matelas, comme le nom l'indique, on fait du recyclage de matelas. Notre métier, c'est démanteler les matelas pour après aller extraire les différentes matières. qui ont encore de la valeur, et chercher des industriels avec qui on va travailler pour préparer cette matière. Et en fait, on va remettre sur le marché de la nouvelle matière, on appelle ça de la matière première secondaire, pour ensuite qu'elle soit réutilisée par ces industriels. Et le tout, on va le faire avec des personnes en insertion, en grande majorité, ce n'est pas 100% de nos personnes, mais c'est 50% à peu près de nos effectifs qui sont en insertion. Et donc on a ce modèle effectivement social, on a envie à la fois d'avoir un impact environnemental, mais également un impact social avec l'humain au cœur de l'atelier, et donc ça c'est important. Et puis ce qui est important également aussi, c'est d'avoir un modèle économique derrière, puisque sinon ça ne fonctionne pas dans la durée, et donc c'est comment on va chercher de la performance industrielle, opérationnelle. pour arriver à avoir un modèle qui soit robuste et un modèle qui soit fiable. Et donc sur l'historique de Recycle Matelas, l'idée en fait elle vient du Canada, où c'est une personne qui était dans un centre d'enfouissement, comme ce que je faisais avant, et effectivement on voit des matelas, il voyait des matelas arriver, et dans l'enfouissement on n'aime pas les matelas pour plusieurs raisons, c'est un objet qui est volumineux et qui n'a pas beaucoup de poids, donc dans le modèle économique ce n'est pas terrible, et puis c'est un matelas où il y a un... un déchet où il y a encore beaucoup de matière qu'on peut sauver. Et pour ça, il faut trouver une méthode pour bien le recycler. Et de façon aussi industrielle, puisque dans le métier du déchet, c'est un métier de volume. Ça veut dire que démanteler un matelas, c'est facile, mais ça ne rapporte pas beaucoup d'argent, ça peut coûter très très cher si on en démantèle qu'un seul. Par contre, il faut savoir en démanteler des gros volumes. Et donc, il a commencé à industrialiser ce process. Et puis après, il y a eu une forte demande venue de l'Europe. puisqu'on a arrivé avec le côté législatif, la mise en place de la REP. Je ne sais pas si tout le monde connaît le sujet, mais ce qui est important de comprendre c'est le principe de la REP, c'est la responsabilité élargie du producteur, c'est de se dire c'est le principe du pollueur-payeur. Donc ceux qui mettent sur le marché des matelas vont mettre en place une éco-participation qui va permettre de financer La fin de vie du problème.
- Speaker #0
La filière recyclage.
- Speaker #1
Voilà, toute la filière du recyclage. Et donc, avec l'arrivée de la mise en place de la REP en Europe, l'idée était d'importer ce concept du Canada vers la France. Et donc, c'est comme ça que ça a commencé. Donc, c'était vraiment la création d'une filière. Personne ne recyclait des matelas en France ou en Europe. Et donc, c'est venu comme ça. Ça a progressé au fur et à mesure. Et aujourd'hui, donc, Recycle Matelas, c'est un des... Plus gros acteurs dans le démantèlement des matelas, on a des unités qui traitent des très gros volumes, plus de 10 000 tonnes par an. Donc c'est 3 000 matelas qui vont arriver dans l'usine tous les jours et qu'il va falloir démanteler, séparer les matières et ensuite réexpédier ces matières premières, secondaires qu'on va remettre sur le marché.
- Speaker #0
Et vous êtes combien de collaborateurs au total ?
- Speaker #1
Alors dans le groupe, on est 130. On a cinq usines. Alors, sur les cinq usines, il y en a deux où ça sera nos collaborateurs. Et ensuite, on a des usines avec lesquelles on va travailler avec des partenaires, où on a amené le concept, les machines, le savoir-faire, la valorisation des matières. Et on va travailler avec des partenaires qui vont, eux, exploiter la ligne avec nos standards.
- Speaker #0
Ah ouais, d'accord. Ok, ça marche. Pour comprendre, moi, j'aime bien comprendre un peu les... Les modèles économiques, donc je comprends que tu as une partie qui est financée par la REP et par cette éco-participation où ça vous est reversé, c'est ça ? Il y a des organismes collecteurs et ça vous est reversé, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça, effectivement, on est en marché avec, il y a des contrats, des éco-organismes qui doivent organiser toute la filière, que ce soit la collecte, le transport, le tri et puis le recyclage des matières. En tout cas, c'est comme ça que ça fonctionne en France, puisque ce modèle de REP existe aussi dans d'autres pays. Alors pour le matelas, c'est la Belgique et le Pays-Bas. Et donc en France, ces éco-organismes vont mettre en place cette filière et vont contractualiser avec différents acteurs. Donc par exemple, sur la partie collecte, ça va être des acteurs comme Paprec, Veolia, Suez, etc. Et puis ensuite, sur la partie recyclage, donc nous, on est sur la partie vraiment matelas, uniquement des matelas. Et ils vont travailler avec nous. On a des contrats sur une longue durée. Et on est payé pour pouvoir justement recycler ces matières, démanteler les matelas et ensuite valoriser les matières.
- Speaker #0
Ok. Et les matières valorisées au bout de la chaîne, elles vont où ?
- Speaker #1
Et après, ces matières valorisées vont chez des industriels. Et ça, c'est à nous, Recycle Matelas, justement, de chercher des filières. Et on peut effectivement, soit nous, on va apporter de la valeur à la matière, travailler avec des industriels ou alors trouver des solutions en propre. On a par exemple une filière qui s'appelle Eco Matelas où on refait des matelas avec des anciens matelas.
- Speaker #0
OK. Écoute, c'est plus clair, je te remercie. Et qu'est-ce qu'il y a à l'origine ? Moi, je comprends bien l'idée d'importer le concept du recyclage des matelas, de la valorisation de la matière, etc. Donc ça, tu nous l'as bien expliqué. Mais alors, pourquoi ou comment c'est venu, en tout cas, de se dire, bien, on va également en profiter pour… travailler et faire travailler des personnes en tout cas un peu éloignées du monde du travail quoi comment est-ce que comment est-ce que c'est arrivé c'est une bonne question il ya deux deux
- Speaker #1
raisons la première c'est en fait dans le dans le recyclant dans le déchet dans le métier du déchet c'est un métier qui est quand même assez difficile souvent très manuel et donc c'est la la difficulté. C'est physique, effectivement. Nous, ils doivent porter des matelas, les poser sur la ligne, en sachant qu'au tout début, ce n'était pas aussi industrialisé qu'aujourd'hui. Et donc, en fait, c'est la difficulté à trouver des personnes qui veuillent bien faire ce travail. Et en fait, c'est souvent des personnes éloignées de l'emploi ou en difficulté qui ont besoin de travailler et donc qui vont prendre ce type de travail. La deuxième raison, c'est qu'on a eu un fonds d'investissement qui est rentré au capital assez rapidement et qui a poussé. C'était un fonds à impact. Et il a poussé justement pour qu'on fasse de l'insertion. Alors qu'on en faisait déjà sans le faire officiellement. Et donc, du coup, il nous a aidé. Il a aidé le groupe justement à transformer ce sujet. Et finalement, en fait, c'est vraiment, ça s'est ancré dans le groupe. C'est vraiment devenu une valeur. personnellement je suis arrivé dans le groupe il y a trois ans, je ne connaissais pas l'insertion, ce n'était pas forcément pour cette raison que je suis rentré dans le groupe, mais plutôt vraiment sur la partie environnement et donc vraiment je l'ai découvert et aujourd'hui c'est quelque chose de très fort dans les valeurs, aider des personnes, on n'est pas là juste pour recycler des matelas mais voilà pour accompagner, mettre l'humain au coeur de l'industrie et je trouve que ça apporte beaucoup aussi, il y a plein de petites victoires qu'on a au travers de l'insertion et je trouve Je trouve que ça apporte beaucoup de... de valeur dans le travail du quotidien.
- Speaker #0
Ok, donc plutôt en tout cas une découverte pour toi. Donc j'imagine qu'il a fallu effectivement un peu structurer l'approche, en tout cas certainement poser des jalons, préparer et prévoir un accompagnement particulier. Est-ce que vous avez des profils aussi spécifiques de travailleurs, de candidats ? Quand on parle éloigné de l'emploi, il peut y avoir différents profits. Je connais des entreprises qui, par exemple, font un focus sur les personnes en réinsertion après une peine de prison, par exemple.
- Speaker #1
C'est un exemple. L'insertion professionnelle, l'objectif, c'est de réinsérer par le travail des personnes en difficulté. Dans les personnes en difficulté, on peut avoir différentes raisons. On peut avoir des gens qui ont un accident de parcours. Voilà, perte de confiance en soi, et puis maladie, chômage longue durée, et donc besoin de revenir sur le monde du travail avec un rythme. En général, ça peut être une première typologie de personnes. On peut avoir des personnes des primo-arrivants, des personnes qui ne parlent pas du tout français, qui ont des difficultés à trouver du travail, des personnes qui ont certaines capacités ou qui n'ont aucune capacité, ou plutôt formation. et donc trouver un travail en France, ce n'est pas évident. Une petite anecdote, à un moment dans l'atelier, on avait une personne qui venait de Cuba et qui était médecin, mais arrivé en France, il n'avait pas de possibilité de pouvoir exercer, et donc du coup, il faut bien se nourrir, et il est venu chez nous. Alors des médecins qui démantèlent les matelas, on n'en a pas tous les jours, mais on a aussi ce type de personnes. et puis après on peut avoir des personnes avec effectivement un passé carcéral qu'on va accompagner. Donc en fonction des typologies, on ne se dit pas, nous on va se spécialiser dans telle ou telle personne. On prend tout type de profil et puis à chaque profil après des spécificités où il faut adapter la façon de travailler.
- Speaker #0
Ouais, ok. Et alors, est-ce que, du coup, je suis hyper curieuse sur le sujet parce que, tu vois, souvent, ce n'est pas forcément pris à bras-le-corps, en tout cas, le sujet de l'insertion, de favoriser l'insertion, mais surtout au moment de l'intégration, de prévoir l'accompagnement qui est adapté, tu vois. moi c'est parfois ce que j'ai vu dans des boîtes bah oui oui en fait l'insertion donc un peu d'accompagnement en amont puis In fine, ces personnes-là arrivent, pas forcément les codes, sont un peu jetées comme ça dans la boîte. Et en fait, ça ne marche pas parce qu'au bout d'un mois, elles retrouvent les mêmes difficultés, les mêmes problématiques et elles finissent par devoir quitter leur job. Ça, c'est quelque chose d'assez récurrent que je vois qui est tout de même assez malheureux. Donc, est-ce que tu peux nous parler du coup de comment vous avez structuré ça depuis peut-être… Le recrutement jusqu'à l'intégration, voire même jusqu'à la sortie de ce salarié ? Parce que peut-être que le but aussi, c'est de les amener vers une autre entreprise. Je ne sais pas comment vous voyez les choses et comment vous faites.
- Speaker #1
Alors effectivement, l'objectif de l'insertion, ce n'est pas de recruter pour recruter, c'est de recruter des personnes pour ensuite les faire partir. Donc déjà, on va avoir un suite turnover qui va être important. On a un sujet de formation, comment on processe la formation, l'intégration, parce qu'on sait qu'on va avoir ce turnover très important. Et effectivement, notre mission, c'est d'arriver à ce que les personnes qui vont rentrer chez nous, elles repartent ensuite dans une entreprise plus classique et qu'elles vont avoir soit une formation diplômante, soit un CDI ou un CDD longue durée. Donc, c'est ça l'objectif de l'insertion. Ensuite, sur les questions que tu posais, tu disais effectivement sur des entreprises qui ont du mal. Ce qu'il faut se dire, c'est que quand on fait de l'insertion, il faut y aller à fond, dans le sens où ça ne marche pas sur un tout petit volume, parce qu'en fait l'insertion, ça demande finalement des moyens, tout un système à mettre en place. Donc nous, on a des CIP. conseillers en insertion professionnelle. Ce ne sont pas des RH, ce sont vraiment des personnes qui sont là pour faire l'accompagnement du recrutement jusqu'au suivi six mois après le départ dans l'entreprise. Et donc, ces personnes, c'est des ETP qui vont accompagner une quinzaine de personnes. Ce sont des interne ?
- Speaker #0
C'est des interne.
- Speaker #1
Ce sont des personnes qui sont en interne à l'entreprise. Et donc, quand on fait de l'insertion, alors nous, dans les opérateurs, on n'a pas que des personnes en insertion. On a des opérateurs qui sont en insertion et d'autres qui sont en CDI. Et donc, ces personnes, on va faire du recrutement, parce qu'en plus, on a une saisonnalité quand même dans notre activité. Donc, on est toujours en train de recruter. On a toutes les deux semaines à peu près des recrutements collectifs, des sessions de recrutement. On a en fait processé, toutes les deux semaines, on va recruter, on va accueillir une dizaine de personnes, entre 5 et 10 personnes, un tour de l'atelier pour vraiment s'assurer que les gens comprennent ce qu'on va faire, un entretien individuel, on aura bien effectivement présenté l'entreprise et puis le métier. Et puis après, comment on accompagne la personne ? Quand elle va arriver, elle va d'abord commencer en journée, ensuite elle va rejoindre une équipe, on va lui montrer les différents postes, elle va être accompagnée. Et puis, il y a plein de sujets autour de l'accompagnement ensuite durant le parcours chez nous.
- Speaker #0
Parce que j'imagine que tu peux avoir des soucis de logement, par exemple. Une personne en précarité qui peut avoir un souci de logement. Des personnes qui peuvent avoir des soucis d'addiction. Des personnes, tu vois. Je ne sais pas, c'est les idées auxquelles je pense, auxquelles j'ai été confrontée aussi dans mon parcours, nous, quand ce n'est pas notre métier. on est un peu démunis face à ça, on n'a pas forcément les bonnes ressources et les bons réflexes. Donc, j'imagine que sur toute la partie d'intégration, vous avez aussi ces sujets-là à gérer pour qu'ils puissent aussi rester engagés dans leur travail à présent parce qu'on sait aussi que ce sont des causes d'absentéisme, de départ de la société, donc d'échec de votre projet et de ce projet de réinsertion.
- Speaker #1
Non, c'est un sujet, en fait, ce qu'on appelle, ça s'appelle les freins. Et l'objectif, le premier objectif de l'insertion, c'est de lever, enfin, identifier et de lever les freins. Et donc, dans les freins, il peut y avoir le logement, tu l'as dit, il peut y avoir la mobilité. C'est les deux plus gros freins sur l'insertion, et que ce soit dans une entreprise classique, mais également pour nous, et je reviendrai dessus après, juste après. Et puis après, dans les autres freins, on va avoir une formation, on peut avoir des papiers. avoir le permis de conduire, etc. la difficulté pour pouvoir recruter. Et nous, par exemple, on a un site en Vendée où c'est là où il y a le taux de chômage le plus bas. Et donc, comment on fait pour pouvoir recruter dans une région qui est très en tension et de se dire, nous, on n'était pas forcément les plus attractifs dans notre type de métier. Donc, on a travaillé là-dessus aussi, sur l'attractivité. Et puis après, sur la mobilité, on s'est posé la question de comment on faisait. pour pouvoir accompagner les salariés qui n'ont pas forcément de voiture, même pas du tout. Donc mettre en place le covoiturage, s'assurer effectivement que dans chaque équipe, on va avoir assez de monde pour pouvoir avoir cette mobilité. On essaie de travailler avec la région, avec Blabla Cardelli, par exemple, etc. Il y a plein de petits sujets comme ça. Ça reste un sujet qui est difficile, qu'on n'a pas totalement craqué. Et puis après, il y a le sujet du logement. où on a des personnes effectivement qui voudraient bien venir travailler, mais qui n'ont pas de logement. Et puis en général, c'est des personnes qui vont présenter un dossier qui va être assez pauvre, donc pas forcément facile. Donc là, on va travailler effectivement sur l'ancrage territorial, c'est de bien comprendre comment on peut faire pour soit trouver un logement avec certaines typologies de logements, on va traiter des acteurs locaux. Et puis sur le site, sur la Vendée, on a par exemple pris la décision, nous de On a loué une petite maison qu'on a divisé avec trois logements pour faire de la colocation. Et donc, on propose à nos salariés cette petite maison pour pouvoir y habiter le temps d'avoir un travail, d'avoir justement des premières fiches de salaire pour ensuite pouvoir après monter un dossier.
- Speaker #0
Oui, pour chercher une location, avoir trois quittances de loyer, etc. etc.
- Speaker #1
Ce projet, il est top. Et en même temps, on voit aujourd'hui que les salariés ont aussi un petit peu des difficultés à se dire, est-ce que je vais y aller ? Finalement, il y en a qui vont préférer dormir sur le canapé d'un autre collègue. Ça coûtera toujours moins cher que de louer une chambre. Il y a cette... Je ne sais pas si c'est de la peur, mais en tout cas, ce projet, il est en place depuis un an. On continue de travailler dessus. C'est vraiment des problématiques. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas de solution miracle. En tout cas, ce qui est important, c'est déjà de mettre le pied à l'étrier et se donner les moyens, puisque nous aussi, déjà, on a besoin d'opérateurs pour faire tourner l'usine. Et donc, chaque entreprise doit se dire, si je veux continuer à traiter plus de matelas, à grossir, même à continuer à produire. J'ai besoin de personnel et donc il faut remonter sur c'est quoi le problème, pourquoi j'arrive pas à recruter. Et donc nous, on s'y a attelé comme ça et on a attaqué les sujets un par un et on continue de travailler dessus.
- Speaker #0
Est-ce que ça te dit de connaître l'envers du décor ? Les petites galères, tu sais ce qu'on a coupé au montage ? Nos petites anecdotes particulières dans... cette newsletter, je tire aussi les 3-4 enseignements clés de l'épisode que je viens décortiquer dans une section que j'ai appelée les conseils de Tata Claire. Donc, je te partage tout ça, coulisses, portraits, apprentissages et conseils chaque jeudi. Si tu veux t'abonner, recevoir cette newsletter, tu as le lien directement dans la description de l'épisode. Mais alors, tu vois, tout à l'heure, tu me disais aussi que vous accueilliez des... des personnes voilà de expatriés en france qui parle pas forcément français j'imagine ou pas forcément un niveau en tout cas exceptionnel c'est souvent un point qui est remonté et une grosse difficulté moi qui m'est remonté par par les rh comment tu fais pour procéder en production. Tu vois, là, ça relie quelque part vos enjeux d'industrialisation, j'imagine, de management visuel, etc., pour pouvoir aussi peut-être simplifier les postes, simplifier les consignes, etc., etc. Concrètement, est-ce que vous avez mis des choses en place sur ce sujet-là ?
- Speaker #1
Effectivement, la langue française, c'est la plus grosse difficulté, surtout pour donner les consignes de travail et puis les consignes de sécurité. Nous, on a quand même quelque chose qui est relativement simple. On n'est pas sur des tâches trop complexes. Donc, on arrive à montrer la tâche pour pouvoir lui expliquer. Mais tout de même, on a besoin de communication. On a besoin d'expliquer plein de sujets. Ce n'est pas juste la tâche, mais tout ce qui vit le cadre de l'entreprise. Pourquoi la personne doit aussi arriver à l'heure ? sur son bulletin de salaire, il y a telle ligne et telle ligne, et qu'entre deux bulletins de salaire, ce n'est pas la même chose, etc. Donc, il faut tout expliquer. La communication, c'est super important. Donc, nous, ce qu'on fait, effectivement, il y a ce sujet de faire quelque chose de très visuel, d'un accompagnement avec un binôme au début pour pouvoir montrer vraiment la tâche. Après, on donne des cours, il y a des cours de français. C'est-à-dire que... Bonne.
- Speaker #0
Formation FLE, je m'imagine, français, langue étrangère.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Et donc, nous, par exemple, on a un opérateur. Tous les jours, on a un opérateur de l'équipe qui est en cours de français. Donc, pendant une période de six mois, il va aller à l'école une fois par semaine. Alors, ce n'est pas assez. Ce ne sera jamais assez pour être bilingue en français. et mais En tout cas, c'est une première pierre. Après, on a aussi le fait qu'ils vivent en communauté. Il y en a souvent un qui parle mieux français que les autres. Et donc, on a du coup des relais. Mais ce n'est pas l'idéal de compter à chaque fois sur des relais parce que du coup, la communication n'est pas forcément exacte.
- Speaker #0
Voilà. mais mais
- Speaker #1
J'ai envie de dire que c'est un sujet, effectivement, c'est une problématique récurrente. Pareil, la solution, il n'y a pas une seule solution. Je pense que c'est une addition de plusieurs petites solutions. Et puis après, aussi d'acceptation. On doit faire avec. Et donc, comment on s'adapte, nous, à ce type de population et à cette problématique ?
- Speaker #0
Oui, tu vois, moi, ce que je vois souvent, je pense notamment, mais depuis le début de cet épisode, je pense... à l'épisode que j'ai enregistré avec Amipi. Je crois que je t'avais conseillé de l'écouter, d'ailleurs. Je l'ai écouté, oui,
- Speaker #1
j'ai écouté. Je suis rentré en contact avec Quentin. J'aimerais bien qu'on continue à échanger sur le sujet.
- Speaker #0
Génial, c'est cool, ça. Et tu vois, je trouve que... Si vous n'avez pas écouté... Pardon, je parle à vous, auditeurs. Si vous n'avez pas écouté l'épisode, effectivement, j'ai reçu Quentin Lambert, qui est directeur de la transformation chez Amipi. Et en fait, Amipi, leur activité ils ont une activité industrielle au départ dans l'automobile ils ont diversifié aujourd'hui leur canot leur business model vers d'autres activités notamment vers le textile et en fait un peu sur le modèle aussi de RecycMate là William mais adapté aux personnes en situation de handicap cognitif et tu vois c'est marrant je trouve qu'on a beaucoup de points en fait similaires sur l'organisation, l'intégration, etc. Et pour avoir visité l'usine de Saint-Luce il y a quelques années de Amipi, eux, ils avaient aussi... Alors, eux, c'est des personnes en situation de handicap cognitif, donc ils n'ont pas forcément acquis la lecture, etc. Et ce qui est hyper intéressant, c'est qu'en prod, ils ont vraiment travaillé dans le détail, tu vois, tout ce qui est pictogramme, management visuel, les modes opératoires avec... vraiment énormément de visuels, etc. Et franchement, c'est bluffant. Mais même, moi, je me suis dit, en allant visiter, j'arrive, je ne connais pas le job, ou même, tu vois, j'ai 10-12 ans, je suis capable de comprendre. C'est hyper bluffant, ce qu'ils ont fait. Voilà. Donc, tu vois, c'est souvent un conseil que je donne aux boîtes qui, effectivement, vont avoir des personnes qui ne parlent pas suffisamment le français, vraiment d'essayer au max d'utiliser le management visuel poussé à l'extrême, quoi.
- Speaker #1
Oui, il y a le management visuel, il y a les pokayokes, enfin les détrompeurs.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Comment on fait pour s'assurer, effectivement, on simplifie au maximum et on empêche que la personne se trompe ? Ce n'est pas toujours facile. Et puis après, effectivement, il y a la mise en place. Nous, par exemple, on essaie de mettre des choses en place. Et puis après, c'est cassé, c'est détérioré. Il n'y a pas forcément de respect. Les personnes n'arrivent pas à comprendre pourquoi on le fait. Donc, il y a toute une montée aussi en maturité. Et comment on fait pour s'assurer que chaque pierre qu'on va mettre, elle est bien solide, elle marche. Et puis, il y a l'accompagnement aussi de l'ensemble des équipes. pour justement faire l'accompagnement de ces personnes en insertion et puis d'avoir un outil qui est performant. Et ça me fait penser aussi sur Amipi. Moi, ce que j'avais bien aimé dans l'épisode, c'était la dualité entre la performance opérationnelle et l'insertion. Et c'est une question que je me pose tous les jours en me disant qu'est-ce qu'on fait ? on met plus sur l'insertion ou on met plus sur la performance opérationnelle. Et c'est vraiment un équilibre qui n'est pas facile à trouver. Mais je pense que pour toutes les industries, pour n'importe qui, à chaque fois, il faut toujours se poser la question. Je pense qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre et se dire, je ne veux pas avoir des super opérateurs. Et en fait, de dire, je vais le prendre. Il faut faire avec ce qu'on a, avec ce qui est disponible aussi sur le marché du travail. Et donc, du coup, se remettre un petit peu aussi en question. comment je peux m'adapter avec les personnes que je vais avoir en face de moi pour que justement ça marche.
- Speaker #0
Oui, puis accepter qu'il y ait un temps long du coup. Mais tu vois, ça me fait penser à une question. Alors ça, c'est un sujet que moi j'ai beaucoup rencontré, sur lequel je me suis beaucoup questionnée, notamment dans mon parcours dans l'intérim. J'ai travaillé en tant que directrice d'agence pendant pas mal de temps. Et tu vois, il m'est arrivé de travailler, donc j'avais beaucoup de partenaires sur différents sujets autour de l'insertion, et j'ai souvent été déçue en vrai. Tu vois, je pense que je n'ai pas fait les bonnes choses, je ne suis pas une spécialiste de l'insertion. Pour moi, ce n'est pas qu'un sujet RH, c'est vraiment une expertise spécifique sur laquelle je ne suis pas spécialement formée, je dois le reconnaître. Mais il m'est arrivé assez souvent d'être déçue. de vraiment d'avoir cette sensation, tu vois, d'avoir tout donné, tiré toutes les ficelles et de me dire, ben non, enfin, je ne sais pas, telle personne, au final, elle n'a pas prévenu, elle ne vient pas ou tu vois, c'est hyper dur, quoi, c'est hyper dur et ça m'est arrivé de douter et de me dire, je pense que c'est limite dur de le dire, tu vois, j'ai l'impression d'être une grosse vilaine en le disant, mais tu vois, ça m'est même arrivé de douter du truc et de me dire, ben, écoute, c'est bon, en fait, à un moment, je passe du temps sur sur de l'accompagnement, à travailler avec les partenaires, et puis, je ne sais pas, aller loger, à trouver des solutions. Et puis, en fait, ils bossent 15 jours. C'est hyper frustrant, quoi.
- Speaker #1
C'est effectivement très frustrant et je partage ton point de vue. Et je l'ai aussi dans les équipes où on peut être face à ça, où finalement, on accompagne beaucoup de personnes. et en fait il faut accepter qu'on ne va pas avoir 100% de taux de réussite je pense que c'est la première chose à se dire parce que sinon si on se dit qu'on va tout réussir du coup on va se démoraliser comme ce que tu dis et donc l'objectif c'est de se donner les moyens d'y arriver de donner les moyens aux équipes etc d'essayer et puis après plutôt de regarder les victoires, les belles réussites et de s'accrocher à ça et même si Dieu. on accompagne 100 personnes et il y en a quelques-unes qui vont nous faire faux bon, voire carrément un manque de respect, parce que moi je trouve qu'effectivement, on se donne à fond, on essaie de lever les freins, de l'accompagner, on lui donne une chance, et la personne en fait, elle ne prend pas la main qu'on lui aura tendue, je pense qu'il ne faut pas le prendre personnellement, et puis voilà, passer à autre chose, et plutôt se concentrer sur les personnes qui ont envie qu'on les aide, et à la fin, on a des très très belles victoires, et ça Moi, j'ai plusieurs exemples où une personne, on va régulariser sa situation, une personne qui va revenir et qui va dire « Ah, j'ai le permis » , etc. Enfin, ou qui va trouver un boulot, etc. Et ça, je pense que c'est sur ça qu'il faut s'accrocher. et qui doit redonner du gaz pour continuer la mission et de se dire que c'est déjà ça de sauver, c'est déjà ça d'avancer et qu'on continue.
- Speaker #0
Oui, parce que tu ne crois pas que ça peut être un peu un frein des boîtes assensées dans des véritables politiques d'insertion ? Et effectivement, le sujet que tu soulèves, qui est de trouver le parfait équilibre entre insertion et perfindus. Et à plus long terme, compétitivité, tu vois.
- Speaker #1
Je pense que sur l'insertion, en fait, pour moi, c'est une nécessité. Et on parle de réindustrialiser la France, sauf que pour pouvoir mettre des usines, et ensuite, il faut les faire tourner. Alors, soit on a des usines, les blacks, les usines noires où, en fait, la lumière est éteinte, 100% de robots dedans. les Dark Factory les Dark Factory merci soit on a des gens pour pouvoir faire tourner les usines et ensuite pour pouvoir faire tourner ces usines il faut des personnes et donc en fait on doit regarder qui va vouloir qui va pouvoir ou vouloir travailler dans ces usines il y a des jobs qui sont compliqués qui sont très manuels ou quand on fait du 3-8 ça veut dire se lever à à 4h pour être à 5h à l'usine, ou travailler de nuit, travailler le week-end, etc. Tout le monde ne le veut pas. Et donc, il nous faut adapter nos façons de travailler pour pouvoir justement recruter et avoir des gens dans l'usine. Et puis après, pour moi, il y a différents niveaux d'insertion. Nous, on fait par exemple la première marche de l'insertion. Et donc, on a vraiment des personnes en difficulté qu'on va accompagner. Mais quand les personnes, au bout de deux ans, parce qu'elles restent deux ans chez nous, parce qu'il y a un cadre réglementaire, un pass IAE, c'est vraiment réglementé l'accompagnement des personnes en insertion, et donc au bout de deux ans, les personnes, il ne faut pas se leurrer, elles n'ont pas tout terminé, on n'a pas réussi à lever tous les freins, on n'a pas réussi, elles ne vont pas parler très très bien français, elles n'ont pas forcément tous les codes, etc., on y aura travaillé, et donc pour pouvoir les accompagner, il y a encore à s'adapter. Et donc, ça, ça peut être le niveau 2 d'industriel ou d'entreprise qui vont accepter que les personnes qu'elles vont recevoir, elles sont peut-être un petit peu différentes de ce que les personnes avec qui elles avaient l'habitude de travailler et plutôt adapter sa façon de faire. Donc, on n'est pas obligé de se lancer à fond, par exemple, dans ce que comme nous, on fait. Mais voilà, il y a différentes façons de le faire, différents niveaux d'engagement, je dirais.
- Speaker #0
Je suis en train de me dire qu'il y a une question très bête que je ne t'ai pas posée. C'est quoi le pourcentage d'opérateurs que vous intégrez, en tout cas de profil en insertion ? On a un peu une idée, je pense, de volume. C'est intéressant comme question.
- Speaker #1
On a à peu près 60 %, on appelle ça le taux de sortie positif, c'est-à-dire des personnes qui sont restées chez nous une certaine période. et ensuite qui vont soit accéder à un CDI, soit une formation diplômante.
- Speaker #0
Ok, et dans le pourcentage de vos opérateurs, vous avez combien d'opérateurs en insertion sur ces profils en insertion ? Ils sont combien ?
- Speaker #1
C'est 50% des effectifs du groupe, et en fonction des sites, on n'a pas les mêmes ratios, mais on a un site où on a à peu près un tiers des opérateurs qui sont en insertion, et l'autre, on est plutôt à 80%. Vache, c'est énorme !
- Speaker #0
Ah ouais, c'est énorme. Et justement, quand tu parles de ces deux ans, ça veut dire qu'en gros, tu as 50% qui partent tous les deux ans. Donc, tu es obligé de renouveler tes effectifs tous les deux ans. C'est colossal, du coup.
- Speaker #1
C'est toutes les semaines. Toutes les semaines, on a des recrutements et on a des personnes. Tous les mois, on a des personnes qui arrivent. Parce que deux ans, c'est le maximum de la durée d'accompagnement. On est plutôt sur un an, un an et demi. d'ancienneté sur les opérateurs qui seront en CDDI, donc en contrat d'insertion.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
effectivement, on a... Donc,
- Speaker #0
c'est une forte volatilité. Oui. OK. Donc, il faut être robuste, effectivement, sur les process, ce que tu disais, recrutement, intégration et tutorat et formation.
- Speaker #1
Accepter aussi de répéter, rabâcher, rabâcher, rabâcher, parce que, justement, effectivement, on a toujours des nouveaux entrants. et puis des personnes qui ne comprennent pas forcément du premier coup. Et donc, il faut leur expliquer. Ça, c'est vraiment aussi pareil. En fait, il faut l'accepter qu'il va falloir se répéter, qu'on va avoir des nouveaux arrivants. Et donc,
- Speaker #0
comment on s'organise ?
- Speaker #1
En fait, il faut se le dire.
- Speaker #0
Ouais, ok. Écoute, super bien. On a parlé aussi, moi, ce qui m'intéressait, c'était vraiment la partie ancrage territorial, parce que tu l'as évoqué rapidement, vous avez six sites aujourd'hui, donc un fort ancrage territorial. Vous avez grandi quand même assez vite, parce que si je ne me trompe pas, le groupe a été créé en 2010, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est bien ça, oui.
- Speaker #0
Donc, ça fait quand même une croissance assez rapide, surtout sur du multisite, clairement. Quelle place, selon toi, joue le territoire dans votre organisation RH et plus spécifiquement sur le sujet de l'insertion ? Parce que j'imagine qu'il faut que vous vous adaptiez à chaque fois en fonction de votre territoire, tu vois.
- Speaker #1
Effectivement, c'est un sujet, l'ancrage territoire, c'est un sujet très important parce que... que ce soit en amont ou en aval, l'insertion, on l'a dit juste avant, c'est par nature un turnover important, donc il faut qu'on puisse recruter efficacement, et puis ensuite il faut qu'on arrive à avoir des sorties positives, placer les personnes en insertion. Et ça, ça passe par des bonnes relations avec France Travail, où comment on va justement, on appelle ça les prescripteurs, les personnes qui vont nous envoyer des candidats. Donc, on a quelques candidats qui peuvent arriver directement sur l'usine, mais sinon, on va travailler avec les prescripteurs qui vont nous apporter des candidats qui sont en général, on leur demande de vérifier qu'ils soient éligibles aussi à l'insertion, puisque pour être éligible à l'insertion, il y a un certain nombre de critères qu'il faut remplir. Et donc, c'est comment on travaille avec eux pour être sûr qu'on a toujours des bons candidats aussi, des candidats qui ont envie d'être accompagnés, puisque l'insertion C'est des personnes qui doivent avoir envie de travailler et des personnes aussi qui ont envie de se réinsérer. Et donc, de suivre le parcours d'insertion avec les rencontres, avec les CIP, des formations, etc. D'avoir la définition d'un projet professionnel. Et donc, ça, c'est important que c'est un contrat mutuel entre l'employé et puis l'entreprise. Donc, dans cet ancrage territorial, il y a le lien avec eux. avec l'amont pour le recrutement. Et puis ensuite, il y a le lien avec l'aval, où l'idée, c'est de trouver des entreprises avec qui on va pouvoir travailler en partenariat. Et ça, on essaie de mettre le paquet là-dessus, parce que l'idée, c'est de se dire, quand la personne est en insertion chez nous, elle va plutôt sur la fin de son parcours, elle a un projet, elle a une idée, et on va essayer de la placer en stage. Donc, elle est toujours payée par RecycMate là. Et puis pendant une semaine ou deux, trois semaines…
- Speaker #0
Stage d'observation, découverte… Voilà,
- Speaker #1
un stage de découverte, effectivement, où elle va apprendre le métier, regarder carrossier, gardien d'immeuble, etc. Et donc, voir est-ce que c'est vraiment quelque chose qui l'intéresse. Et ça, justement, c'est important de bien comprendre, enfin, identifier les entreprises. d'arriver à trouver des partenaires qui acceptent de prendre des stagiaires. Et ça, c'est important. Ça permet, nous, de montrer qu'il n'y a pas que le recyclat là, que derrière, il peut y avoir d'autres types de métiers. Et puis ensuite, ça permet de placer les entreprises. Donc, c'est aussi un appel, ce podcast, effectivement, aux entreprises à être un petit peu ouverts à ce genre de... peut-être d'occasion ou justement d'arriver à se dire, je fais ma part un peu des choses aussi et puis je vais prendre une personne. Et ensuite, que ce soit pour la recruter juste après ou pas, même si c'est pour justement faire ouvrir le champ des possibles aux personnes qui sont en insertion et de voir un petit peu autre chose. Et donc ça, c'est important.
- Speaker #0
Écoute, relayons l'appel William, est-ce que tu peux nous dire sur quel site, sur quel territoire justement tu sers des entreprises partenaires sur ce sujet-là ? Et puis, on va les inviter à te contacter sur LinkedIn.
- Speaker #1
Là, plus spécifiquement, effectivement, c'est pour la région de Cholet et puis pour le 78, nous on est autour de Gargenville. Mais je pense que ce n'est pas juste pour Recyc-Padla ou pas juste pour moi, mais plutôt un message au global. à l'ensemble des entreprises de regarder effectivement pour s'ouvrir et d'essayer de tendre la main vers les autres.
- Speaker #0
Oui. Est-ce que toi, tu vois des limites ou d'après toi, qu'est-ce que tu dirais aussi, soit un DRH, soit un dirigeant qui n'ose pas forcément franchir le cap, tu vois ? Je ne sais pas, encore poser la question peut-être en tout cas. Tu leur dirais quoi ?
- Speaker #1
Moi, ce que j'aime bien, c'est d'aller voir comment ça se passe chez les autres. J'aime bien visiter d'autres usines, d'autres entreprises. C'est cette curiosité et de se dire, si je comprends bien, alors je fais beaucoup avec ceux avec qui je travaille, en amont, en aval, bien comprendre les problématiques de chacun. Et donc, si on ne sait pas trop comment faire, la meilleure chose, c'est d'aller voir quelqu'un qui le fait déjà. Alors chez nous, on ouvre... on ouvre nos sites à tout le monde. On le fait régulièrement avec les écoles, avec les entreprises locales, avec... On avait fait la journée de l'industrie... Pas la journée du patrimoine, mais la journée de l'industrie où les usines sont ouvertes. La journée porte ouverte des usines. Effectivement, nous, on aime bien ouvrir nos usines. Donc, c'est le cas chez RecycMate là, mais je pense que... Il y a plein d'entreprises qui pourraient aussi ouvrir leurs portes et donc du coup d'aller voir comment ça se passe chez les autres, comment ils font. Et puis ensuite, on n'est pas obligé d'avoir 50% de ces effectifs tout de suite qui sont en insertion, mais de commencer avec un petit volume. Et par contre, quand on commence ensuite, il faut se donner les moyens et pas juste essayer. Il faut vraiment se dire pourquoi on veut le faire et comment on va le faire, avec quels moyens.
- Speaker #0
Bon, écoute, trop bien. Je pense que tu vois quelque chose à ajouter, William, avant que l'on conclue.
- Speaker #1
Non, je pense qu'on a parlé de beaucoup de sujets et puis je pourrais encore parler pendant des heures de l'insertion, de l'économie circulaire ou du recycle matelas, mais ça sera peut-être à une autre occasion.
- Speaker #0
Écoute, en tout cas, c'était parfait. Je pense qu'on a bien... Bien creusé le sujet. Donc, on invite les auditeurs à rentrer peut-être en contact avec toi autour de ces sujets-là, comme tu l'as fait avec Tantin. Ça me fait un petit quelque chose de savoir quand même que mes invités se retrouvent. Donc, merci pour ce partage. C'était aussi le but du podcast, tu vois, de servir l'écosystème. Donc, trop bien si ça crée des... des rencontres derrière. Peut-être qu'un jour, on fera un épisode spécial où vous me parlerez de ce qui en est ressorti de vos échanges. Ce serait un plaisir. Merci en tout cas, William. Je pense que c'est un sujet que je n'avais pas encore traité, qui a sa place dans le podcast et qui va aussi, je pense, permettre de réconcilier les récalcitrants de l'insertion aussi de... de casser la mauvaise image encore dont souffre l'industrie. Et je pense que c'est quand même le chouette reflet d'une industrie qui fait envie, d'une industrie qui est capable d'innover et de retravailler son modèle social. Et je pense que c'est tout ce dont nous avons besoin pour notre avenir industriel. Donc, merci pour ces passages. Écoute, je te dis à bientôt. Il n'y a que les montagnes qui ne se croisent pas, William. Donc, je te dis à bientôt.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Claire pour cette invitation et puis pour ce moment c'est très agréable et bien écoute avec vous je vous rends plaisir merci William et puis merci pour la confiance de RecycMate là évidemment on se retrouve donc lundi prochain pour un nouvel épisode pensez à vous abonner si ce n'est pas déjà fait merci beaucoup William, bye encore merci de nous avoir écouté il est temps de se retrouver lundi avec un nouvel invité. C'était Claire Tenayo, fondatrice de Be Wanted et vous venez d'écouter un épisode de l'Industrie qui fait envie. Bon, pour être certain de ne rien manquer, pensez à vous abonner que ce soit sur Spotify, Deezer ou Apple Podcast. Surtout, pensez à laisser un avis 5 étoiles pour lui donner de la visibilité. Allez, à bientôt sur l'Industrie qui fait envie.