- Speaker #0
Hello les passionnés d'industrie, alors bienvenue sur le seul média qui parle vraiment des enjeux RH de ce secteur. Et son objectif ? Vous partager des stratégies, des astuces et de l'actionnable pour redevenir l'industrie qui fait envie. Je suis Claire Tenayot, je suis hôte de ce podcast et fondatrice de Be Wanted. Et mon job ? Ben, faire rayonner votre industrie. Je vous aide à structurer votre fonction RH et bâtir votre marque employeur. Ensemble, on élabore des stratégies d'attractivité et de fidélisation des talents qui puissent accompagner la croissance de votre industrie. Mais je ne suis pas seule à ce micro. Chaque lundi, je reçois un invité, dirigeant des RH ou expert d'une thématique RH, pour que vous repartiez avec un shot de bonne pratique et de benchmark. Allez, j'ai terminé, c'est parti pour l'épisode et bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour Amélie, comment vas-tu ?
- Speaker #2
Bonjour Claire, écoute, ça va super bien.
- Speaker #1
Bon, eh ben moi un peu moins. Vous devez entendre que j'ai la voix qui déraille un petit peu, mais je suis quand même au taquet, toujours, pour te recevoir aujourd'hui. Je suis donc très heureuse de t'avoir aujourd'hui. On a un petit rituel ici. Je vais commencer, je vais te poser trois questions. Donc, c'est le moment où tu nous dis absolument tout ce que tu veux. Tu réponds comme tu le souhaites. Voilà, c'est trois questions pour te permettre de te connaître un petit peu plus. Alors, qu'est-ce qui t'anime ? Qu'est-ce qui te révolte ? Et qu'est-ce qui te fait peur ?
- Speaker #2
Eh bien, est-ce que je peux répondre trois fois la même chose ? Je ne sais pas, je n'ai jamais eu cette réponse. Le monde. Ce qui m'anime, c'est de... de faire des choses pour acculturer les gens aux choses que moi je connais, pour essayer d'améliorer un peu le monde. Ce qui me fait peur, c'est que vu la taille du monde, la tâche est énorme. Et ce qui me révolte, c'est de voir à quel point une grande partie du monde s'en fout.
- Speaker #1
J'aime bien cette réponse. Ok. Je n'ai jamais eu trois fois la même réponse, mais super. Ce n'est pas sous le même angle. Non,
- Speaker #2
c'est sûr. Mais je pense que c'est à peu près vrai. Ce qui m'anime, c'est de parler aux gens et de faire en sorte que par le dialogue, par l'échange, par la culture et par la science aussi, on fasse des choses bien ensemble. Ce qui me révolte, c'est de voir les gens qui... par paresse, n'ont pas envie de faire ça. Et ce qui me fait peur, c'est les conséquences possibles de tout ça. Tu vois, c'est trois choses différentes. Mais tu voulais une réponse courte. T'as eu une réponse courte.
- Speaker #1
Je n'ai pas dit que je voulais une réponse courte. Pas de pression. Nous, ici, on a le temps. On fait des contenus longs. On assume. On peut perdre quelques auditeurs dans l'épisode. Mais on a besoin du long, de l'esprit critique. Donc, j'assume.
- Speaker #2
L'esprit critique, tu vas voir, c'est avec moi, tu vas être servi.
- Speaker #1
Eh bien, écoute, très bien. On est là pour ça. Ensuite, tu sais qu'on est sur le podcast L'Industrie qui fait envie, logiquement. Si tu es arrivé jusqu'à moi aujourd'hui, tu es au courant. Donc, je te retourne la question. Pour toi, c'est quoi L'Industrie qui fait envie ? Qu'est-ce que ça t'évoque ?
- Speaker #2
Écoute, moi, je viens du monde de la recherche. On en parlera peut-être à un moment ou à un autre. Pendant une bonne partie de ma carrière, je n'ai vu le monde que par le biais des laboratoires de recherche. Et je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur comment fonctionnait le monde autour de moi. Et puis en 2017, j'ai basculé vers des entreprises privées, j'ai bossé dans des startups, dans des groupes un peu plus importants. Et j'ai commencé à me poser la question de qu'est-ce qui faisait notre tissu économique. Maintenant, avec ma nouvelle activité, je suis en plein dedans. J'ai des clients qui sont des industriels. Et ce parcours de vie, finalement, m'a permis de voir, quelque part, le grand écart qu'il y a entre ma perception de l'époque, ma perception de chercheuse, de ce monde un peu idéalisé, qu'on peut résumer par douze chiffres dans un tableau, dans un papier de recherche, avec la réalité du terrain. Et donc, j'aime bien le titre « L'industrie qui fait envie » parce que, pour être très honnête avec toi, avant de m'intéresser au sujet, l'industrie ne faisait pas envie. Pour moi, c'était juste cette espèce de truc obscur. Probablement, tu vois, l'image que j'avais de l'industrie, c'est celle de mes livres pour enfants où tu avais des grosses usines avec des toits triangulaires et des cheminées et de la fumée noire. C'était ça l'industrie, donc assez loin de la réalité finalement. Et c'était un secteur où il n'y avait aucune raison pour moi de m'y intéresser. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Depuis que j'ai mis le pied dans des industries, depuis que j'ai des clients qui me posent des questions très pragmatiques, très terrains, Je me rends compte d'à quel point ça fait envie, en fait, d'aller travailler mieux, plus intelligemment, de manière plus humaine aussi, dans le secteur qui nous fait vivre.
- Speaker #1
Juste ça.
- Speaker #2
Ben, oui. Non, c'est déjà pas mal, non ?
- Speaker #1
Oui, oui, non, c'est déjà... C'est très, très bien. C'est très, très bien. Et effectivement, je trouve que c'est une belle réponse. Moi, la première... Bon, maintenant, ça fait 12 ans que je travaille pour l'industrie, mais auparavant, je ne venais absolument pas de ce monde-là et je n'y avais même jamais pensé. Donc, c'est quand même assez révélateur de jamais imaginer ou jamais se poser la question de, tiens, concrètement, comment sont faites nos tables, comment sont faites nos chaises ou tous nos objets ou que sais-je. Je ne t'imagine pas qu'il y ait un monde derrière qui produit ce que tu achètes. Oui,
- Speaker #2
et puis des gens qui travaillent aussi. moi c'est J'imagine bien, si tu veux, qu'il y a un endroit qui produit tout ce avec quoi on vit. Mais ce qui m'intéressait le plus en commençant à mettre les pieds dans le secteur, c'est voir comment les gens travaillent. De me dire, tu prends n'importe quel objet, un temps soit peu complexe, que tu reçois dans un carton parce que tu l'as commandé en ligne, et c'est d'imaginer la chaîne de savoir-faire, de compétences, de design. d'organisation, de logistique qui amène, je ne sais pas moi, ta nouvelle cafetière jusqu'à ta porte. Et rencontrer les gens qui font ça, y compris ceux qui sont sur les chaînes de prod, mais aussi ceux qui sont dans les bureaux, froids parce qu'ils sont dans l'usine, tous ces gens-là, en fait, ils font un truc collectivement qui est absolument incroyable et on ne s'y intéresse pas ou peu tant qu'on n'a pas une raison. de mettre le pied dedans.
- Speaker #1
Exactement. Et tu vois, ce que je trouve, si on tire le fil de ce sujet-là, moi, ça m'a ouvert aussi à finalement l'ingéniosité de l'être humain sur tous ses aspects, tu vois, et depuis la nuit des temps quelque part. Tu sais, ça m'a vachement intéressée à la notion de faire. Voilà. Ne serait-ce que j'avais pas avant cette ouverture, mais tu vois, je pense que je discutais l'autre jour du Mont-Saint-Michel. Tu vois, au Mont-Saint-Michel, c'est bluffant l'ingéniosité de l'homme, de comment on a réussi à faire ça, etc. Je trouve qu'il y a la même dimension finalement dans l'industrie. Et je n'étais pas sensible à ça avant de travailler dans l'industrie. Mais ce n'est pas à moi de parler. Je t'ai dit. En plus, il faut que je me préserve. Merci en tout cas pour ta réponse. Tu ne t'es pas encore présentée. Je t'invite à lever le voile sur ton identité. Qui es-tu ? Nom, prénom ? profession, que fais-tu, pourquoi es-tu là, tout ce que tu veux nous dire.
- Speaker #2
Bien, donc je suis Amélie Cordier, ça tu le sais. Qui je suis ? À la base, je suis chercheuse en intelligence artificielle. J'ai commencé à l'université en 2003 par un master en double diplôme avec mon diplôme d'ingé, puis ensuite j'ai fait une thèse. Je suis restée à l'université en tant que maître de conférence jusqu'en 2017. Et ensuite, comme je te disais tout à l'heure, je suis allée bosser dans le privé. Aujourd'hui, je suis la dirigeante d'une société qui s'appelle Grendia et je fais du conseil, de l'accompagnement, de la formation et de l'acculturation à l'intelligence artificielle. Donc, tu vois, c'est cohérent dans mon parcours. Je suis basée en Vendée. Qu'est-ce que je peux dire d'autre ? J'ai eu quelques expériences à l'international. Quand j'étais chercheuse, j'ai eu la chance de vivre un an en Nouvelle-Zélande et quelques mois au Canada. C'est génial. Ah oui. Ok. Le seul inconvénient de la Nouvelle-Zélande, c'est les 30 heures de voyage qui te séparent de à peu près tout ce que tu as dans la vie. Mais je pense que si j'avais moins de chance personnellement dans ma vie, si je n'avais pas la famille que j'ai, je ne serais jamais rentrée. Voilà. Donc, voilà, ça c'est moi.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Je ne sais pas si on peut en avoir plus.
- Speaker #1
Après, c'est carte blanche. Donc, chacun livre ce qu'il a envie de livrer. Donc, si ta présentation te convient, elle me convient.
- Speaker #2
Écoute, elle me convient. Je fais des projets de temps en temps dans mon petit jardin.
- Speaker #1
ok bah écoute on a un point commun moi aussi j'ai mes petites courgettes dans mon jardin c'est la fin là c'est la fin de la courgette ouais ça se casse ouais ouais merci Amélie le jour où cet épisode sera diffusé je pense qu'on parlera plus de courgettes oui c'est ça nous enregistrons le 24 septembre voilà donc nous mangerons des potirons et au moment où cet épisode sera diffusé on commencera les poireaux probablement Merci, c'est fou pour ce lancement d'épisode. Tout de suite, on va vers des sujets culinaires. Bouffe, tu sais que moi, je suis toujours partante. Mais ce n'est quand même pas pour ça que je t'ai reçue au micro aujourd'hui. Je reprends la main, poser un peu de contexte. Alors déjà, un immense merci à tous. pour la croissance du podcast qui est vraiment complètement dingue en ce moment. Donc, je suis trop, trop contente. Juste le petit truc qui aide, qui prend deux secondes, pas plus, c'est de mettre cinq petites étoiles sur l'application sur laquelle vous écoutez. Ça ne coûte pas grand-chose et ça aide beaucoup dans les classements et donc dans la découvrabilité du podcast. Donc, merci pour le petit coup de main. Bon, excuse-moi Amélie, je reviens à toi. Pas de problème,
- Speaker #2
je suis en train de mettre mes cinq étoiles.
- Speaker #1
C'est vrai. Ah, t'es génial. Merci, ça aide beaucoup vraiment. Au départ, je te l'avais dit, c'est un sujet sur lequel j'étais assez prudente pour venir en parler sur le podcast. Pourquoi ? Parce que l'IA dans les RH, clairement, c'est un sujet vu et revu. C'est un sujet où on trouve une flopée de contenu sur le sujet. honnêtement je voyais pas trop quel angle différent je pouvais aborder et j'avais pas forcément envie d'avoir les mêmes interlocuteurs qu'on a toujours sur les sujets de l'IA dans les RH donc voilà c'était un peu ce que je me disais on a discuté toutes les deux et en fait tout de suite on a réussi à trouver des angles un peu différents donc c'est ça qui m'intéresse moi aussi au regard de ce podcast et de ma ligne éditoriale c'est toujours aller repousser un peu les limites imaginer aller un peu plus loin développer un peu son esprit critique, ne pas rester sur les sentiers battus de nos sujets. Et c'est ça qui est hyper intéressant, je trouve, avec ton approche. Et c'est ce que je voulais aller chercher finalement, mon intention. Je vais te la donner, c'est OK, l'IA c'est cool, mais comment on le consomme, on l'utilise de manière responsable, quel est le rôle aussi des RH, de l'organisation plus globalement dans la... accompagnement de ce changement, de cette transformation, quels peuvent être les impacts aussi entre humains de l'arrivée de cet outil-là. Donc voilà, un peu les grandes intentions que j'ai derrière cet épisode. Donc, je suis très contente de t'avoir puisque ça tombe bien, c'est pile poil ton job. Est-ce que tu es prête à démarrer ?
- Speaker #2
Mais bien sûr.
- Speaker #1
Bon, est-ce que mon intro te convient ?
- Speaker #2
C'est merveilleux.
- Speaker #1
Bon et ben alors Let's go ! Déjà, question simple, basique, efficace. Quel est, selon toi, le rôle des RH dans l'utilisation et dans le déploiement de l'IA et dans la stratégie RSE liée à l'usage de l'IA ? En fait, je t'ai posé plusieurs questions en une.
- Speaker #2
C'est ce que j'allais dire. Vous avez quatre heures, c'est ça ? hum La réponse courte, c'est fondamental. Quel est le rôle ? Il est fondamental. La réponse longue, elle est beaucoup plus compliquée, évidemment. Comment dire ? On va essayer de décomposer un petit peu le sujet, les enjeux dont tu parles, les risques, et puis se départir un petit peu de tous les aspects buzzwords autour de l'intelligence artificielle. Alors, pour commencer par le commencement, quel est le rôle, le premier rôle DRH ? C'est de faire l'effort, peut-être avant tout le monde, peut-être même parfois avant le COMEX, le CODIR ou quelle que soit l'instance de gouvernance de l'entreprise, de prendre conscience du sujet et de comprendre de quoi on parle. On ne dirait pas comme ça, mais dans ton intro, tu as dit… Oui, bon, l'IA, je caricature, mais on commence à être saoulé. Il y a pléthore de contenu sur le sujet. Pourquoi faire un sujet de plus ? En fait, bien qu'il y ait, comme tu dis, pléthore de contenu sur le sujet, Il y a toujours des choses à apprendre et surtout, ce qui est en train de se passer change tous les jours et à une vitesse absolument phénoménale. C'est du jamais vu aujourd'hui la vitesse de transformation des entreprises, de transformation des pratiques individuelles, d'appropriation de l'outil qu'on observe. Parce qu'on n'a jamais vu ça avant. Tu sais, tu as des gens qui comparent la révolution IA à l'arrivée de l'électricité, à la première révolution.
- Speaker #1
À Internet.
- Speaker #2
À Internet, j'en passe des meilleurs. Non, en fait, on n'est pas… Pour moi, on parle d'un truc sur lequel je bosse depuis 23 ans, mais pour monsieur et madame tout le monde, on parle d'un truc qui est sorti le 30 novembre 2022, en fait. Donc on est en 2025, a priori, on a une techno qui a 3 ans à peine et qui a déjà secoué le monde. Donc la première mission pour les RH pour moi, c'est de prendre conscience du sujet. Et ce n'est pas facile quand on y réfléchit parce que le message général, la narration globale qu'on entend autour de l'IA, qui est à la fois la narration soutenue par les grands groupes qui évidemment ont intérêt à ce que tout le monde se jette, enfin fonce tête baissée dans le sujet, mais qui est aussi un peu relayée finalement par les politiques, par les médias, puis par le discours ambiant, c'est « faut y aller » . Et quand tu dis « oh là là, faut y aller, faut s'approprier le sujet, faut être à fond, si vous ratez le train, vous allez rester sur le quai » , c'est ceux qui iront en premier qui survivront tous les autres vont crever en fait tu laisses pas de place à la réflexion et au discernement, tu envoies un message hyper fort qui est allez-y maintenant ne prenez pas le temps de réfléchir n'attendez pas, prenez le premier truc qui passe pour vous former à l'IA et on verra après et l'expérience montre quand même l'histoire de l'humanité. Si on réfléchit, l'expérience montre que quand tu agis avant de réfléchir, tu crées un certain nombre d'obstacles autour de toi, c'est un peu ironique, qui vont être très difficiles à faire tomber par la suite. Le rôle des RH, c'est aussi faire l'effort de temporiser et de prendre ce pas de recul pour dire, ok, on accepte. qu'on doit aller vers l'intelligence artificielle. L'argument de fond du discours ambiant, il est important. Donc on accepte cet argument, mais notre rôle, c'est de dire oui, on va y aller, mais on va y aller de la bonne façon. Et la bonne façon, c'est en se posant les questions importantes dès le début, et pas après coup. Moi, l'argument qui est de parfois me demander pardon, demander la permission, si tu veux, je ne suis pas prête à l'entendre. Voilà. Alors, c'est quoi les sujets pour lesquels il faut réfléchir un peu ?
- Speaker #1
Oui, c'est ce que j'allais te dire parce que tu vois, quelque part, je pense qu'on est nombreux à avoir commencé en geekant un peu pour découvrir comment ça fonctionne, qu'est-ce qu'il a dans le ventre et qu'est-ce qu'on peut lui demander. alors que tu vois... l'autre jour je travaillais avec un client maintenant je procèderais différemment tu sais que je bosse sur la partie optimisation des process maintenant mon point c'est ok vous voulez intégrer l'IA dans votre process, quel est votre process à quel moment est-ce qu'on peut imaginer des tâches qui sont reproductibles à quel moment est-ce que ça a un intérêt de mettre en place un agent IA ou que sais-je tu vois aujourd'hui je fonctionnerais de moi de cette manière là est-ce que c'est la bonne manière ? Je ne suis pas spécialiste de lire, moi je suis spécialiste des process.
- Speaker #2
Alors oui, bon, là où tu as tout à fait raison, c'est que il vaut mieux partir des problèmes pour trouver la solution, que de partir de l'outil en essayant de trouver un problème que tu vas pouvoir résoudre. C'est la métaphore.
- Speaker #1
Ça c'est logique implacable.
- Speaker #2
Oui, mais en fait, ce genre de truc, ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant. C'est la métaphore classique de quand tu as un marteau en main, tout ressemble à un clou. Voilà, tu la connais celle-ci quand même.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
oui. Mais plus généralement, revenons à nos RH. Plus généralement, si tu veux, là tu es déjà dans l'opérationnel. Je prends un pas de recul par rapport à ça. Alors, quels sont les sujets ? Les sujets, c'est un... Tu l'as dit toi-même, d'ailleurs. Tu as dit, au début, on teste pour voir ce qu'il a dans le ventre. Le sujet 1, c'est de comprendre ce que c'est que l'IA et de quoi on parle, en fait, quand on parle d'IA, parce qu'il n'y en a pas qu'une seule. Il n'y a pas que chat GPT dans la vie, pour lâcher le mot. Et pourtant, la narration ambiante, encore une fois, nous fait un peu entendre que ça. Tu as même des pubs à la télé, tu vois. pour certaines IA. Mais ouais, je ne vais pas citer tel ou tel truc, mais tu as probablement...
- Speaker #1
Je ne regarde pas la télé,
- Speaker #2
moi. Moi non plus, mais je sais qu'il y a des pubs. Ok. Tu as probablement vu les pubs où ton téléphone va résoudre ta vie. Ah oui, sur les IA. Elles sont à la télé, elles sont sur YouTube. Tu as un problème de plomberie, tu photographies ton siphon et paf, tu sais soudainement faire de la plomberie. tu veux laver ton cul en laine, tu photographies ton cul et paf, on te dit, ah bah non, quand même, ce n'est pas une bonne idée de le mettre au sèche-linge. Merci. Et j'en passe, c'est des meilleurs. Bref. Donc, pour revenir à ça, premier truc, c'est bon. C'est quoi le marché, en fait ? Quels sont les outils à disposition ? Et prendre conscience du fait qu'il n'y a pas une IA qui est de chaque GPT, mais qu'il y a des IA, il y a des produits, il y a des outils, il y a des éditeurs, il y a des entreprises qui peuvent te développer des solutions. etc. Se familiariser avec la complexité du marché, c'est un premier sujet. Le deuxième sujet, c'est l'impact de ces outils. Je dis deuxième parce que j'essaie de ne pas les oublier dans ma tête, mais il n'y a pas d'ordre de priorité. Pour moi, ils sont tous aussi importants. Donc l'impact de ces outils. Quand on utilise de l'IA, a fortiori des IA généralistes, type Mistral, ChatGPT, Gemini, et j'en passe, c'est des meilleurs. On utilise des outils qui ont un impact environnemental, on pourra en reparler si tu veux, qui ont un impact sociétal. Il y a des gens qui ont travaillé dans des conditions de travail déplorables pour mettre à disposition ces outils. Est-ce qu'on cautionne ça ou est-ce qu'on n'a pas envie de le cautionner ? Il y a un impact culturel. Quand tu parles avec un outil américain, il ne s'exprime pas avec toi par défaut, de la même façon qu'avec un outil français, un outil chinois ou un outil québécois. Et donc, progressivement, si tu l'utilises fréquemment, tu vas absorber des codes culturels qui ne sont pas forcément tes codes culturels à toi. Donc, tu vas commencer à parler un peu plus à l'américaine. Est-ce qu'on a envie ? Est-ce qu'on n'a pas envie ? Chacun son problème, chacun son organisation, sa structure. moi personnellement Je n'ai pas envie de me mettre à dire « Oh, wow ! » à chaque fois que quelqu'un me montre un truc super cool.
- Speaker #0
Ou « spoiler ! »
- Speaker #2
Oui, ou « spoiler ! » Ou exprimer la moindre de mes idées comme je suis en train de le faire sous forme d'une liste à puces. Ou répondre à chaque fois que quelqu'un me demande de vider le lave-vaisselle « Excellente idée ! Je vais vider le lave-vaisselle ! » Ou finir toutes mes phrases par « Tiens, je t'ai envoyé le PDF que tu m'as demandé. » Veux-tu aussi que je te l'envoie sur tel site web et que je t'en fasse une version zip ? Tu vois, je n'ai pas envie d'être imbibée de cette espèce de culture qui n'est pas la mienne. Enfin bon, voilà, bref. Donc, tu as des impacts sociétaux, culturels, environnementaux. Ensuite, tu as des sujets qui sont un peu chauds en ce moment de sécurité. Tout simplement, quand tu utilises ces outils, ils sont mal compris. Pourquoi ? Parce que c'est nouveau et que c'est compliqué. et des sujets de gouvernance de tes données. Est-ce que tu es prête à tout donner à tes IA ? C'est quoi l'impact ? Qu'est-ce que tu risques vraiment si tu partages tel ou tel fichier avec tel ou tel IA, etc. Et puis, accessoirement, c'est peut-être moins le problème des RH quand on en est là dans la réflexion de l'intégration des outils d'IA, mais tu as une question économique qui est compliquée à gérer. La question économique, elle est que selon les outils que tu vas décider d'utiliser, tu vas te retrouver à payer des abonnements, des licences ou peut-être des services que tu vas payer à l'utilisation. Et ça, c'est assez difficile dans ton budget à gérer. Donc, comment tu vas faire ? Est-ce que tu as décidé d'internaliser ? Est-ce qu'au contraire, tu vas choisir une solution en SaaS ? Est-ce que tu vas passer par un prestat ? Tu vois, le problème, il est hyper complexe. Et en fait, pour faire les bons choix, il faut commencer par comprendre. de quoi on parle. Voilà. Donc ça, c'est la première partie pour moi sur l'enjeu des RH. C'est d'arriver à... Prendre la mesure de l'ampleur du problème auquel l'entreprise, globalement, doit faire face. Et puis, le deuxième sujet, qui est tout sauf anodin, et qu'on voit déjà sur le terrain, c'est que quoi que tu dises, quoi que tu fasses, quoi que tu aies choisi, en fait, l'IA, elle est déjà dans ta boîte. Les gens, ils ont un téléphone portable.
- Speaker #1
Ils l'utilisent déjà.
- Speaker #2
Au mieux... Oh ! l'entreprise a mis des règles du jeu ou a mis des outils à disposition et les gens respectent les règles du jeu et les outils et donc utilisent ce qu'on leur a mis à disposition. Au pire, entre guillemets, les outils mis à leur disposition ou l'absence d'outils ne leur convient pas et donc ils vont, soit sur leur PC, soit sur leur téléphone, utiliser de l'IA et là, tu perds le contrôle. Alors, l'idée, c'est pas de fliquer les gens, mais on va dire que... une proportion significative des gens ne sont pas suffisamment acculturés et ne savent pas les risques qu'ils font prendre à l'entreprise, risques réputationnels, risques de cybersécurité et risques de divulgation de données protégées, soit parce que ce sont des données personnelles, soit parce que ce sont des données soumises au secret des entreprises. Donc les gens ne savent pas, donc ils ne font pas attention, ce n'est pas de leur faute, et ils exposent l'entreprise. Donc les RH doivent comprendre ça aussi et mettre en place les outils de formation, d'acculturation, de réglementation nécessaires pour limiter les risques. Et dans ce paquet, ce deuxième paquet de l'IA est déjà dans l'entreprise. L'autre sujet qui moi me paraît tellement fondamental que j'ai l'impression d'enfoncer une porte ouverte, mais je vais le faire quand même.
- Speaker #1
Mais enfonce une porte ouverte.
- Speaker #2
J'adore, ça fait pas mal aux épaules. C'est comment tu gères les gens, en fait. Comment tu gères l'écart, le fossé qui va se creuser, qui se creuse déjà, mais qui va continuer à se creuser, parce que nous, citoyens, n'avons pas la même perception de l'intelligence artificielle. Comment tu gères les jeunes qui débarquent tout droit issus des grandes écoles ou des universités, ou peu importe où ils viennent ? mais qui débarquent sur le marché du travail, qui sont biberonnés aux IA génératives depuis deux ans, et qui vont plus vite, qui sont mieux que leurs supérieurs, mais qui n'ont pas leur expérience. En plus, j'ai les gens qui pensent savoir utiliser l'IA générative, mais qui en fait sont juste devenus des champions du copier-coller, et donc qui n'ont pas la démarche nécessaire pour progresser dans l'entreprise. Comment tu gères les conflits individuels entre ceux qui disent « Ah mais l'IA, il faut absolument y aller, on rate des opportunités » et les réfractaires qui te disent « Bah non, en fait, on a toujours fait comme ça, je vois pas pourquoi on ferait autrement » . Comment tu gères le sentiment de désappropriation du travail quand tu l'as fait avec de l'IA ? Comment tu gères ce nouveau phénomène qu'on appelle le « AI shaming » qui est que « Bah maintenant t'as honte » . quand tu délivres un travail fait par l'IA même si tu l'as relu, même si tu es 100% d'accord avec le contenu t'oses pas dire, t'assumes pas en fait parce que tu te sens pas bien parce que t'as triché et tous ces problèmes humains qui ne vont que qu'augmenter en fait comment tu les gères et là bon courage les RH mais
- Speaker #1
du coup tu dirais quoi ? tu dirais que Merci. La première des choses, moi je suis RH, DRH dans une entreprise. Je commence par quoi ? Je commence par lister les risques. Je commence par dire stop, puis personne n'utilise l'IA. Je te cherche.
- Speaker #2
Non, tu as raison. Moi, je suis normande de base, alors je réponds souvent, ça dépend.
- Speaker #1
Ah non, les normands ici, c'est bon.
- Speaker #2
C'est rarement, oui.
- Speaker #1
À un moment, il faut se positionner.
- Speaker #2
Oui, je vais me positionner, mais quand même, tout le monde retrouve son compte. Ça dépend de la taille de ton entreprise. Si tu es une TPE de un employé, tu n'as pas les mêmes enjeux que si tu es Orange EDF ou pire, une banque. Ce ne sont pas les mêmes sujets. Tu ne manipules pas les mêmes types de données, tu n'as pas les mêmes enjeux, tu n'es pas exposé de la même... De la même façon, au cybercriminel, tu n'as pas le même nombre de personnes à gérer. Bref, ça dépend.
- Speaker #0
Mais je vais quand même répondre à ta question parce que j'ai décidé d'être sympa aujourd'hui. Par quoi tu commences ? Moi, ce que je conseille à mes clients systématiquement, c'est de faire plusieurs choses. La première chose, si ce n'est pas déjà fait, c'est d'acculturer à minima le COMEX ou le CODIR, les dirigeants, pour être sûr qu'ils ont compris les enjeux. Mais l'ensemble des enjeux, tu vois, pas seulement pour leur dire « attention, ça consomme, c'est mal, et puis les Américains, bouh, il ne faut pas utiliser leurs outils » , ce n'est pas le sujet. Acculturer, c'est dire « voilà, ça, c'est l'état des lieux, ça, c'est les avantages, ça, c'est les inconvénients, ça, c'est les opportunités à ne pas rater. Maintenant, il faut que vous écriviez votre feuille de route en sachant tout ça. » Donc, acculturer, c'est essentiel. Autre chose, et... Encore une fois, il n'y a pas d'ordre. Ce sont des actions qui peuvent être menées en parallèle. L'autre chose, c'est de faire un état des lieux de ce qui se fait déjà en entreprise. Parce que comme tu l'as dit très justement, la plupart des gens ont commencé par tester pour voir ce que ces mots avaient dans le ventre. En fait, si tu ne testes pas, si tu n'as pas une idée du potentiel des outils, Si tu n'as pas essayé de rédiger des emails, de traduire des documents, de générer des images, de faire des comptes rendus, de réunions, tu ne sais pas en fait de quoi tu parles. Si tu ne sais pas de quoi tu parles, tu ne peux pas prendre de décision. Donc, il ne faut pas se fleurer. Plein de gens dans l'entreprise ont testé plein d'usages, dont des trucs auxquels tu n'aurais même pas pensé. Je vais te donner un exemple tout bête, mais moi, j'ai testé d'utiliser l'IA pour simplifier mon travail. process de déclaration de mes indemnités kilométriques, où l'IA va automatiquement chercher les distances de mes trajets, alors que je lui donne juste vaguement le nom du point de départ et du point d'arrivée, et ça de manière automatique. Bref, tu as plein de gens contestés dans les rangs de l'entreprise, donc c'est un premier pas pour faire émerger les véritables cas d'usage, les véritables gains de productivité sur des pages du quotidien, qui sont souvent les plus difficiles à identifier quand on est dans une entreprise.
- Speaker #1
Oui, qu'on a même du mal à mapper parfois.
- Speaker #0
Mais complètement. On n'est pas sur des process comme ceux dont tu parlais en introduction. On est sur de la gestion du quotidien, mais là aussi, parfois, il y a du gain de performance, de qualité ou de qualité de vie au travail aussi à aller chercher. Donc, faire une petite cartographie, c'est bien parce que ça renseigne sur plein de choses. Ça renseigne sur le niveau de maturité des équipes, sur le sujet. ça renseigne sur les... les cailloux dans la chaussure, finalement, qu'ont les employés, les collaborateurs, peu importe. Et tu as le fait par l'action, quelque part. Donc, faire cette cartographie des usages, c'est important. Ce n'est pas facile. Moi, je conseille de se faire accompagner pour faire la cartographie parce que si tu le fais un peu naïvement en envoyant un questionnaire, en disant « Bonjour, on voudrait savoir comment vous utilisez l'IA. Merci de remplir le questionnaire ci-dessous. » L'expérience montre que les gens, ils ne vont pas être honnêtes dans leurs réponses parce qu'ils ont un peu la honte. Pour beaucoup encore, on en parlait tout à l'heure, pour beaucoup, avouer que tu utilises l'IA, c'est dire que tu n'es pas compétent pour tel ou tel truc. Et donc, prendre un risque. Donc, il y a encore beaucoup de gens qui n'osent pas dire qu'ils utilisent l'IA.
- Speaker #1
C'est un peu un aveu de faiblesse, en tout cas pour certains.
- Speaker #0
Et puis en plus, dans le contexte ambiant où tu as quand même beaucoup d'articles, qui sortent sur l'IA va nous piquer nos jobs, tu te dis que si tu es passé de je faisais ça à je manipule des boutons pour que l'IA fasse ça, l'étape suivante, c'est probablement les boutons seront manipulés et moi, je ne serai plus là.
- Speaker #2
Est-ce que ça te dit de connaître l'envers du décor ? Les petites galères, tu sais ce qu'on a coupé au montage ou nos... petites anecdotes particulières. Dans cette newsletter, je tire aussi les 3-4 enseignements clés de l'épisode que je viens décortiquer dans une section que j'ai appelée les conseils de Tata Claire. Donc, je te partage tout ça, coulisses, portraits, apprentissage et conseils, chaque jeudi. Si tu veux t'abonner, recevoir cette newsletter, tu as le lien. directement dans la description de l'épisode.
- Speaker #1
Oui, mais est-ce que tu crois pas que ça, c'est aussi une narration et une scénarisation qu'on entend depuis quand même pas mal d'années ? Non, mais il y a une part de réalité qui s'explique avec l'IA. Je suis d'accord, mais il y a aussi beaucoup de scénarisation. Je sais pas, Terminator. Oui.
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #1
Tu vois ? Là, on a eu le cas avec l'IA, on a eu le cas avec les robots. Tu vois, c'est pas... Il y a une réalité, c'est que les métiers vont changer. Évidemment. ça c'est évident et c'est aussi un sujet à considérer en tant que RH. Quel est l'avenir de nos métiers ? Comment on anticipe ? Comment on fait monter en compétences ? On sait que dans l'industrie, c'est 50% des actifs qui vont être en retraite d'ici 2030. 2030, c'est dans 4 ans et 3 mois. Donc, c'est très chaud. On a un vrai sujet sur la gestion des compétences. Peut-être qu'appliquer à l'industrie, c'est une bonne nouvelle aussi. que nos métiers évoluent grâce à l'IA. Peut-être qu'on n'a pas le choix. Mais en tout cas, peut-être que ce que je veux te dire, c'est que peut-être que tu vois un peu cette peur qu'on a de se faire remplacer par une IA répond aussi à une forme de narration qu'on a depuis des années et des années, tu vois.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. La peur, effectivement, tu as raison, tu le dis très bien, notamment sur les robots en entreprise. il y avait un... conférencier très connu qui disait, il y en a plusieurs à le dire, qui m'avait choqué un jour, et puis après, je me suis dit, finalement, je comprends le message, qui disait dans ses confs, si ton job peut être remplacé par un robot, si tu peux être remplacé par un robot dans ton job, alors j'aimerais pas faire ton job parce que c'est un job de merde. La violence ! En fait, sur scène, c'est ultra violent, et en fait, quand tu réfléchis, tu te dis, ok, C'est violent pour la personne qui se fait remplacer pour un robot. Et en même temps, c'est un message hyper important sur l'organisation du travail. C'est-à-dire que comment on peut accepter, en fait, encore en 2025, que des gens fassent le boulot des robots. Tu vois ce que je veux dire ? C'est horrible de le dire comme ça, mais c'est hyper intéressant. Et pour l'IA, c'est la même chose. En fait, aujourd'hui, si tu fais un job qu'une IA peut faire, alors tu vas me dire, ça change un peu parce qu'on arrive sur des niveaux de tâches cognitives, mais bon, on en parlera si tu veux sur à quel point l'IA peut remplacer les humains. Mais ce que je veux dire, c'est que si ton job, c'est par exemple de passer tes journées à lire des attestations d'assurance et à reporter les dates de validité dans un tableau Excel, en fait, c'est que peut-être quelque part dans la chaîne, on a mal conçu ta fiche de poste. Parce que les humains, ils méritent mieux que ça. Tous les humains, en fait. Et ce n'est pas qu'une question de compétences individuelles et intellectuelles. C'est aussi une question de respect dans l'organisation du travail. Et donc, l'opportunité intéressante avec la robotisation, mais c'est la même chose avec l'intelligence artificielle, et globalement avec l'utilisation de technologies pour améliorer notre quotidien, c'est comment tu fais. intelligemment, pour améliorer les conditions de travail des humains, quel que soit le niveau de compétence, le niveau de connaissance, le niveau de savoir-faire des humains en question. Aujourd'hui, le vrai rôle des RH pour moi, c'est d'accompagner non pas la disparition des jobs, mais la transformation des jobs. Et la transformation, c'est la transformation non pas du métier en lui-même, Un soudeur sera toujours un soudeur, un DRH sera toujours... Enfin, il faut changer de carrière, c'est mieux, mais... Est-ce que je veux dire, le métier de soudeur restera toujours le métier de soudeur ? Faire son métier différemment, pourquoi pas ? Mais faisons-le intelligemment. Et donc, moi, le discours qui consiste à dire l'IA va remplacer les jobs, je n'y crois pas une seule seconde. Le discours qui consiste à dire l'IA... va significativement transformer les tâches qui constituent ton job. Et oui, c'est un risque à l'échelle, parce qu'effectivement, dans certaines situations, si on remplace la majorité des tâches qui constituent ton job par de l'IA, mathématiquement, on va réduire la masse salariale, on le voit déjà par exemple dans les métiers du développement. Donc ça implique des transformations fortes. Sur les effectifs, ça implique malheureusement des choses tristes pour les employés. Mais ce que je veux dire, c'est que le job en lui-même, la plupart en tout cas, continueront d'exister. Ils existeront différemment et la grosse question, c'est comment on veut tourner la barre pour que ça existe différemment dans une direction qui nous plaît et pas dans une direction un peu sale.
- Speaker #1
Et derrière, il y a aussi un enjeu qui est quand même aussi l'enjeu de compétitivité, évidemment, des organisations. Ici, on s'adresse à des industriels qui sont quand même bien malmenés par différents sujets politiques, géopolitiques ou normatifs ou tout ce que tu veux. donc l'enjeu de compétitivité reste primordial mais en même temps Tu vois, si je me fais l'avocat du diable... que tu viens d'évoquer sur la transformation des métiers, sur on ne mérite pas quelque part un job qui puisse être fait par l'IA, etc. Si je me fais l'avocat du diable, j'ai aussi envie de te dire, oui, mais en fait, quelque part, ça revient à venir complexifier certains métiers, en tout cas d'un point de vue cognitif, dans le raisonnement, tu vois. Ça renvoie aussi quand même à, est-ce que tout le monde a envie d'aller vers des métiers ? où on utilise davantage nos capacités cognitives que nos capacités peut-être manuelles. Tu vois, il y a des typologies de personnes, il y a des personnes qui aiment bien faire des tâches répétitives et qui ont un développement cognitif. Tu vois, on peut parler aussi de handicap, on peut parler de plein de choses, où leur développement cognitif n'est pas suffisamment abouti pour faire des tâches plus complexes avec un raisonnement plus poussé. Et je dis ça, il n'y a pas de sujet, tu vois. J'ai reçu récemment... Quentin Lambert de la fondation Amipi Industries où ils accompagnent des personnes en situation de handicap cognitif, si tu les éloignes des tâches répétitives qui leur permettent de s'insérer dans l'emploi ça peut être compliqué aussi tu vois
- Speaker #0
Je suis tout à fait d'accord, alors la bonne nouvelle entre guillemets avec l'IA c'est qu'on va pas trop toucher au métier manuel et à proprement parler, la robotisation on le fait déjà un peu Mais les budgets de la robotisation font que la démocratisation de l'automatisation est moins rapide et violente en termes de chiffres.
- Speaker #1
Et puis de la robotisation, il faut être vraiment sur de la grosse série.
- Speaker #0
Maintenant, ce n'est pas mon métier de parler de ça, mais maintenant, tu peux aussi, avec les nouvelles technos, aller vers plus d'agilité.
- Speaker #1
Ouais, ça reste plus complexe, mais oui.
- Speaker #0
Tu vois, l'IA, tu touches les métiers de bureau, tu touches les process, globalement. On va caricaturer, j'aime bien caricaturer pour bien faire comprendre l'idée, mais tu touches à tous les gens qui écrivent du texte, qui manipulent des chiffres dans des tableaux Excel, qui font de la com, qui font du market, qui gèrent de la relation client, d'un point de vue professionnel. Tu ne touches pas ou que des chaînes de prod. Après... Je mets une petite étoile et je vais te parler d'un autre sujet juste après. On s'intéresse plutôt aux métiers dits de bureau. On s'intéresse aux gens dont l'outil de travail principal est leur ordinateur et leur boîte e-mail. Grosse caricature. Et là, effectivement, je prends deux domaines. On va dire les métiers du développement et les métiers de l'industrie. Curieusement, je me fais vachement plus de sous. Enfin, curieusement ou pas. ou pas d'ailleurs, je me fais vachement plus de soucis pour les métiers du dev, et on le voit déjà depuis plusieurs années aux Etats-Unis, et la crise est en train d'arriver en Europe, mais aujourd'hui, être DRH dans une boîte de dev, c'est être en charge de la réduction de la masse salariale. Les chiffres sont terrifiants, parce qu'on automatise de plus en plus de process, on automatise la production de code, on automatise la documentation. on automatise les tests et donc on a besoin de moins en moins d'humains pour faire de plus en plus de produits. Dans l'industrie, je ne veux pas être désagréable, ce n'est pas le sujet, mais la plupart des industries sont déjà tellement loin de la digitalisation, de la numérisation de leurs process, que l'IA n'est finalement pas une si grosse menace, c'est même plutôt une opportunité. Et tu parlais tout à l'heure d'un contexte industriel extrêmement difficile. Le jeu, aujourd'hui, pour moi, il est au contraire de ne pas avoir peur de l'IA en disant que ça va faire disparaître des jobs dans l'industrie. Tu viens de me dire qu'on était dans la merde.
- Speaker #1
Plus ou moins, c'est ça.
- Speaker #0
Objectivement, tu m'expliques que combien ? 50% ?
- Speaker #1
Oui, 50% des actifs partiront en retraite d'ici 2030.
- Speaker #0
Ok, et est-ce que tu penses que 50% des jeunes bacheliers ont envie d'aller bosser dans l'industrie ? Je ne crois pas. Donc, on a un vrai sujet de recrutement. A priori, on est… Moi, je vois ça plutôt comme une opportunité. Une industrie qui sait se transformer intelligemment, qui sait utiliser l'IA comme un levier de productivité, de performance et d'attractivité, c'est une industrie qui a une chance de tirer le meilleur parti de ce qui est en train de se passer aujourd'hui. Hier, j'étais sur un événement et… C'était le jeu d'annoncer des chiffres sur absolument tout et n'importe quoi. Et un des chiffres que j'ai entendus, c'est que 40% des jeunes... qui arrivent sur le marché de l'emploi considèrent que s'il n'y a pas une IA dans l'entreprise, ils ne viennent pas. Donc, l'affirmation du fait qu'on s'équipe d'outils à base d'intelligence artificielle pour travailler intelligemment devient un critère de recrutement. Et dans le monde, ce chiffre-là, moi, je l'ai déjà entendu il y a un an et demi. sur un sondage d'une des plateformes de recrutement les plus connues, qui disait que dans les métiers du dev, alors c'est éloigné du monde de l'industrie, mais dans les métiers du dev, c'était 90%, et le critère axé à de l'IA génératif pour coder était arrivé premier au classement, bien avant tous les autres critères, dont le télétravail. Pour te dire à quel point c'est devenu important dans la tête de certaines personnes. Alors j'avais mis une petite étoile tout à l'heure. pour revenir sur un sujet. Là, on a beaucoup parlé d'IA générative, qui transforme tes process au quotidien. Pour les industries, il y a aussi, une fois que tu t'es approprié tous ces sujets-là, il y a aussi un sujet plus fondamental, plus stratégique, qui est l'utilisation de l'IA, pas forcément générative, des trucs qu'on sait faire depuis 10, 15, 20 ans, mais l'utilisation de l'IA pour être meilleure, pour être plus productif. pour consommer moins, pour produire mieux, etc. Et donc là aussi, pour moi, dans les industries, il y a un enjeu de transformation qui est celui d'être capable d'utiliser au mieux les outils qui sont à disposition, qui fonctionnent, qui ne présentent pas tous les inconvénients dont on parlait tout à l'heure, d'impact environnemental dégueulasse, etc. Et qui résolvent des vrais problèmes. Il y a des industries aujourd'hui qui... limitent leurs déchets de matière première en optimisant leur plan de coupe. Il y a des industries qui divisent parfois par deux leur consommation électrique en optimisant la façon dont ils démarrent leurs machines. Pour certaines, il y a des industries qui utilisent de l'IA pour faire de l'optimisation de circuits de livraison pour réduire leur impact carbone sur la livraison. comme un autre, tu vois. Et tous ces sujets-là, en fait, c'est parfois des petits leviers, parfois des leviers énormes qui permettent de gagner en productivité, gagner en performance, réduire les coûts entrants et donc rester compétitif dans un milieu qui n'est clairement pas favorable en ce moment.
- Speaker #1
Ok, hyper intéressant.
- Speaker #0
Excuse-moi, je t'interromps, mais hyper intéressant peut-être. Mais quelle est la proportion des industries aujourd'hui ? te donnent le temps de réfléchir à ça. Tu vois, quelle est la proportion d'industries aujourd'hui qui recrutent ce qu'on appelle des data scientists juste pour se dire, purée, j'ai des données, peut-être que si je les utilisais intelligemment, je pourrais faire quelque chose. Et les RH ont aussi un rôle là-dessus de prospective en disant, OK, il faut qu'on arrête de travailler comme on l'a toujours fait. et qu'on essaye de trouver des nouvelles pistes, des nouveaux leviers de croissance, des nouveaux leviers de performance.
- Speaker #1
Oui, mais effectivement, je te rejoins. Je pense que la proportion ne doit pas être extrêmement élevée et ça soulève des pistes qui sont opérationnelles et qui peuvent apporter ou du gain ou de la réduction, en tout cas. sur un certain nombre de sujets.
- Speaker #0
En fait, aujourd'hui, on parle beaucoup d'IA générative pour produire des données, des images. Mais l'IA, entre guillemets, traditionnelle, les choses qu'on sait faire depuis des années, c'est doué à plusieurs choses. C'est doué à classer. Tu veux ranger des trucs dans des cases, l'IA, c'est son métier. C'est doué à optimiser. Ok, donc l'optimisation, ça peut être l'augmentation de quelque chose ou la réduction de quelque chose. L'augmentation de la performance, la réduction du temps de travail, la réduction des déchets, la réduction de la consommation de matières premières, etc. Et puis, c'est doué à prédire aussi. Et donc, tout ce qui est prédictif, ça t'aide, par exemple, à piloter ta production.
- Speaker #1
Et bien sûr.
- Speaker #0
Voilà. Et donc, une fois que tu te dis ça, tu te dis, ok, dans... Ma façon de gérer mon quotidien, mes enjeux, c'est ça, ça, ça. Si tu as un problème qui ressemble à une de ces trois catégories de problèmes, eh bien il est possible qu'il y ait une solution pas forcément très chère, basée sur de l'intelligence artificielle. qui t'apportent beaucoup de valeur. Le problème, c'est qu'il faut prendre le temps d'y réfléchir. Oui,
- Speaker #1
il faut prendre le temps d'y réfléchir. Il faut déjà avoir une capacité à aller chercher de la donnée qui soit mise en place. C'est ton prérequis de départ.
- Speaker #0
Oui, c'est souvent ce qu'on dit. C'est vrai que dans le message classique, on dit que la donnée, c'est ta mine d'or, pas de data, pas d'IA. C'est vrai. Mais en même temps, ce n'est pas parce qu'à l'instant T, tu n'as pas de data que tu ne pourras pas en avoir à l'instant T plus 1. J'aime bien trouver le côté positif derrière chaque situation un peu compliquée. Mais là, en l'occurrence, l'IA, je la vois comme un espèce d'effet d'aspiration qui va permettre à certaines industries de rattraper leur retard. Ce que j'entends par là, c'est que oui, aujourd'hui, tu as toujours des tonnes d'industries sur notre territoire qui ne collectent absolument aucune donnée sur rien du tout. Et donc, ils se disent, bon, je n'ai pas de données, je ne peux pas mettre d'IA. Sauf que si tu leur fais miroiter, ou s'ils miroitent eux-mêmes, un gain de productivité potentiel, si ils avaient la donnée permettant d'eux, par exemple, tu leur fais miroiter, enfin miroiter, tu leur expliques, je ne suis pas...
- Speaker #1
Parce qu'à miroiter,
- Speaker #0
on imagine qu'on n'aura jamais rien. Non, mais tu leur expliques qu'en fait, tu peux diminuer de 10% leur consommation énergétique si tu monitors leur machine de prod. Et que le projet, il coûte tant. Mais le projet, en fait, les 10% de réduction de ta facture énergétique, ça couvre les frais du projet. Ça vaut le coup de tenter. La première année, c'est un projet à zéro euro. Et la deuxième année, c'est un projet qui commence à... te rapporter de l'argent. Crois-moi que l'industrie en question va investir sur les capteurs nécessaires pour la collecte de données de ces machines. Une fois qu'on aura fait ça, tu vas dire, attends, mais maintenant qu'on collecte des données sur les machines, en fait, on peut faire de la maintenance prédictive. En analysant les pics de consommation, on a des indicateurs sur les pannes possibles de la machine, donc on va pouvoir anticiper la date de réparation de la machine pour que ça n'interrompe pas un cycle de prod. Donc, on réduit les coûts liés à l'interruption du cycle de prod. Ah oui ? Et maintenant qu'on a ça, et tu vois, pas à pas, parce que tu vois le ROI que l'IA peut apporter, ça te donne envie de venir collecter de la donnée, et puis ça tourne au fur et à mesure, et à chaque fois, en réduisant les coûts de mise en œuvre, parce que tu deviens de plus en plus habitué à faire les trucs, ça t'amène progressivement. à numériser tout ton professe et puis à avoir des leviers de performance, d'optimisation comme ceux dont on parlait juste avant.
- Speaker #1
Et tu vois, je reviens sur... Moi, petite RH dans une entreprise industrielle. Enfin, petite, je ne suis pas franchement petite. Je ne sais pas pourquoi je dis petite.
- Speaker #0
Moi, je le suis, ça va.
- Speaker #1
bon, en tout cas RH dans une entreprise industrielle, donc si on revient à notre cheminement, on a acculturé, on a cartographié les usages, on en était là. Qu'est-ce que je fais ? On a cartographié nos usages, on arrive à répertorier à peu près les cas d'usages divers et variés de nos équipes. Qu'est-ce que je dois faire ?
- Speaker #0
Ensuite, tu fais une feuille de route et tu déroules. Et ta feuille de route, elle va porter sur deux sujets. Tu vas avoir le sujet numéro un, qui est le sujet chaud du moment, l'IA générative, qui s'insinue dans tous tes usages du quotidien et qu'il faut accompagner dans l'entreprise. Ça, c'est sujet numéro un. Donc, il faut que ta culture, tes collaborateurs... qu'il utilise. Conduit du changement. Voilà. Il faut que tu messes en place le B.A.B.A. des procédures de sécurité pour t'assurer que personne ne met des données ultra confidentielles directement dans le chat GPT sans avoir fait gaffe. Bref. Ça, tu déroules ça. Éventuellement, tu verras, selon la taille de ton industrie, que tu n'as pas envie d'utiliser un outil sur étagère, mais tu as envie d'internaliser l'outil pour des raisons de sécurité, de gouvernance. Peu importe. Mais ça, c'est ta feuille de route. Enfin, c'est ton étape numéro un de ta feuille de route. Tu sais, tu gères le business as usual, mais avec de l'IA. Et ta feuille de route, enfin, ton étape numéro deux de ta feuille de route, c'est que tu définis tes priorités, tes projets prioritaires. Tu classes, étape par étape, selon le niveau de maturité de ton entreprise, les trucs que tu as envie de faire, pourquoi tu as envie de les faire et avec qui tu as envie de les faire. Et là, c'est comme n'importe quel projet informatique slash projet de transfo. Tu mets en face les ressources humaines et matérielles nécessaires, tu fais ton budget et tu avances. Et l'important, c'est d'avancer pas à pas, de manière très itérative, mais très agile aussi. Parce que les contours vont se redessiner, s'affiner au fur et à mesure. et Mes deux bons conseils pour cette deuxième partie, ça vaut pour les deux parties en fait, c'est de ne pas vouloir tout faire en interne, mais de savoir bien s'entourer. C'est ça qui va faire gagner du temps. Que ce soit pour la culturation, pour la formation aux outils, pour la rédaction de la feuille de route et éventuellement pour la mise en place de certains projets. À part si tu es un très grand groupe, tu ne peux pas le faire en interne. Tu n'as probablement pas les compétences. Et là, aujourd'hui, en France, on a un écosystème de partenaires potentiels. Je les appelle les offreurs de solutions en IA. C'est des boîtes dont l'IA, c'est le métier. Et tu vas les voir et tu leur dis, voilà, nous, on fait ça. Tu réfléchis ensemble, tu as un diagnostic IA ou peu importe comment ils appellent ça. Et tu dis, OK, voilà, ça, c'est notre quotidien. Ça, c'est nos problèmes, nos enjeux. No use case, tu les mets sur une matrice toute simple qui te permet de voir quels sont les quick wins et là tu y vas à fond. Quels sont les projets avec un ROI qui demande un peu plus d'investissement, mais avec un ROI super intéressant et tu les attaques en deuxième et tu te fais accompagner. Et tant qu'à faire, puisque tu es une chouette industrie française, tu le fais en allant chercher du financement, que ce soit avec les programmes de la BPI, avec les appels à projets du gouvernement. Il y a mille et une opportunités aujourd'hui d'aller chercher un peu de financement pour mettre le pierre étrier. Et une fois que c'est parti, après, tu n'as plus besoin de financement, en fait. Parce que si les projets sont bien pensés, en fait, ils sont rentabilisés en un à deux ans.
- Speaker #1
C'est chouette. Et quand on préparait l'épisode, tu me parlais aussi, tu vois, je n'avais pas... j'avais pas forcément vu ça sous cet angle de risque de conflit aussi entre générations celui-là pour le coup je l'avais vu venir appauvrissement de l'esprit critique tu vois comment pareil je suis RH comment je me prémunis de ça tu vois c'est déjà qu'on va perdre 50% de nos actifs dans 4 ans si tu veux Voilà, en plus on perdra que les vieux qui vont partir en retraite, supposant que les autres y restent. Non, pardon,
- Speaker #0
je m'emballe. J'ai pas de chiffres, c'est juste du feeling. J'ai pas lu d'études non plus, et c'est juste du feeling et de la discussion avec d'autres gens qui font plus ou moins la même chose que moi. Curieusement, je ne pense pas que ce soit que un conflit générationnel. Bien au contraire, je ne pense pas que les jeunes se sont appropriés l'IA et les vieux ont un discours de « c'était mieux avant » , je ne crois pas. Parce qu'en fait, en pratique, quand je vais dans les entreprises, je vois beaucoup de personnes d'un certain âge qui ont franchi le pas, qui ont essayé et qui sont devenus plus accros et moins critiques que certains jeunes. Donc je ne voudrais pas que… caricaturer le sujet en disant c'est un conflit générationnel.
- Speaker #2
Bon,
- Speaker #0
statistiquement, t'as quand même plus de jeunes que de moins jeunes qui sont accros, mais crois-moi, sur le terrain, j'ai vu un paquet de jeunes qui utilisent intelligemment l'IA et un paquet de moins jeunes qui sont franchement passés à côté des sujets d'esprit critique et de prise de recul. Voilà, donc ça c'est le petit disclaimer pour dire qu'il n'y a pas que le conflit générationnel.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Donc ta question, c'était comment je fais quand je suis RH pour me prémunir de ça ? je crois que tu ne peux pas te prémunir. Ça va se passer. En revanche, tu peux essayer de le gérer au mieux. Et le meilleur moyen de le gérer au mieux, c'est de le voir, c'est-à-dire de participer à ce conflit. Et pour ça, il faut s'intéresser aux pratiques des gens, il faut s'intéresser aux frictions qu'il y a dans les services. Et donc, pour pouvoir t'y intéresser, ce n'est pas facile de t'asseoir à côté des gens deux heures. par jour pour voir qui... Donc, il faut mettre en place des opportunités de discussion sur le sujet. Moi, je suggère souvent à mes clients de mettre en place des café-IA ou des webinaires, tu vois, partage de bonnes pratiques. Bref, de créer des opportunités dédiées pour que le sujet soit abordé et de mettre tout le monde à l'aise pour dire, en fait, allez-y. Si vous pensez que c'est une bonne idée, dis. dites-le. Si vous pensez que c'est une mauvaise idée, dites-le. Il n'y a pas de jugement. Il y a plusieurs façons de faire ça. Il y en a plein. Ça dépend de comment tu travailles, de ta créativité. Moi, parfois, je le fais... Je le fais faire avec certains clients sous forme de jeu de rôle. J'arrive avec des cas fictifs d'IA, d'entreprise. Je fais des personnes qui n'existent pas, évidemment, dans des entreprises. qui n'existent presque pas. Et je raconte une histoire qui souvent est inspirée d'un truc que j'ai vu. Et puis, je demande à deux personnes de tenir deux postures différentes. Tu vois, quelqu'un qui dit « Ah ouais, c'est une super nouvelle, on a gagné. » Ouais, un promoteur et un détracteur. En fait, moi, je suis sénégalais et puis ton lien, elle n'a même pas calculé mon CV. On fait quoi ? Tu vois ? Et tant qu'à faire, j'inverse les rôles, c'est-à-dire que je prends des pros IA et je leur demande de défendre une posture. Bon bref, tu vois, tu peux faire des jeux de rôle comme ça, tu peux travailler sur des cas d'usage concrets en disant tiens, Bob, il a... Hier soir, on a fait un brainstorming dans la salle de réunion. Bob, il a photographié tous les paperboards. Il les a envoyés à ChatGPT et il lui a demandé d'en faire une synthèse et puis de le compléter pour ajouter des recommandations, bonnes ou mauvaises idées. Puis là, tu vas avoir des collaborateurs qui disent « c'est trop bien, on a des nouvelles idées, machin, bidule » . Puis tu en as d'autres qui vont dire « quoi, ça va pas, notre stratégie, livrer à ChatGPT sans protection, mais tu te rends pas compte » .
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et tu fais émerger comme ça les sujets de débat, tu vois comment les gens sont positionnés par rapport à tel ou tel sujet. De toute façon, il ne faut pas se voiler la face. L'IA aujourd'hui, les outils qu'elle nous propose, changent tous les jours. Donc, il faut qu'on continue à apprendre en marchant. Mais il faut être dans l'action. Le questionnaire, le Google Form ou je ne sais pas quoi, pour dire comment ont évolué vos usages de l'IA ces trois derniers mois, tu oublies, ça ne sert à rien.
- Speaker #1
Ouais, ouais, il faut être au plus proche, il faut être sur le terrain, et puis comme tu dis, ça avance tellement vite qu'effectivement, dans les trois dernières mois, tu ne te rappelles même plus comment tu l'utilisais il y a trois mois, en fait, au final.
- Speaker #0
Ouais, et puis il y a des entreprises qui appellent ça des ambassadeurs IA, qui sont des perpétuels références, tu vois, où on te dit, si tu veux t'y mettre, ou si tu as des questions, ou si tu ne sais pas trop comment t'en servir, va voir un tel ou un tel, c'est nos ambassadeurs IA. c'est des points de contact et ambassadeur ça veut pas forcément dire que leur mission c'est de faire du prosélytisme c'est juste ok on identifie dans l'entreprise pour des bonnes ou des mauvaises raisons mais peu importe on identifie des personnes clés et ces personnes clés elles te permettent de garder le contact avec le terrain et c'est aussi elles qui vont te faire remonter les points de friction
- Speaker #1
Oui, c'est un peu plus des référents, en fait. Elles ne sont pas là pour survendre l'IA, c'est juste un peu des référents, finalement.
- Speaker #0
Mais c'est important, parce que non seulement ils vont aider les gens qui veulent y aller, et tant mieux, mais ils vont aussi faire remonter les points de friction. Et c'est comme ça que tu vas avoir les signaux faibles de ce qui se passe dans l'entreprise. C'est comme ça que tu vas avoir un problème de management entre Martine et ses alternants, parce qu'en fait, Martine, elle ne se sent plus capable de vérifier le contenu des... Des billets de blog qui sont écrits par les alternants. Tout ça, c'est de l'intangible. Ça va dépendre des contextes. Ça va dépendre de comment tu utilises l'IA, pourquoi faire. Tu vas le voir remonter grâce à ces personnes-là. Si tu ne peux pas, toi, aller... en direct, voir ce qui se passe dans tous les couloirs.
- Speaker #1
Ok, hyper intéressant. Écoute, je vois que nous sommes déjà à 1h04, même si je pense qu'on aurait pu continuer longtemps. Je crois qu'il va falloir que l'on se quitte à regret, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Est-ce qu'avant que l'on coupe, tu souhaites ajouter ? Une dernière chose, Amélie, où est-ce qu'on te retrouve déjà ? Et si tu veux ajouter une dernière chose, tu peux, je ne veux pas te couper dans ton élan non plus.
- Speaker #0
Ah bah tiens, oui, je veux ajouter une dernière chose. Hier, j'étais, comme je te disais, à un événement sur l'IA, et un des conférenciers qui était super intéressant a dit un truc qui est « Oui, on essaye souvent de nous faire porter la responsabilité de l'impact de l'IA. » Mais en fait, ce n'est pas de notre faute en tant qu'individu, c'est la faute des géants qui sont derrière les outils d'IA qu'on utilise au quotidien. Et ça m'a fait bondir. Tu me demandais ce qui me révoltait tout à l'heure, j'aurais pu citer ça. Il a raison, en fait. Les impacts environnementaux, sociétaux, notamment, qui moi me sont très chers, sont dans les mains des géants qui mettent les outils à notre disposition. Mais il a tort quand il dit que ce n'est pas notre responsabilité individuelle. Notre responsabilité individuelle, elle est dans le fait de comprendre ce qui est en train de se passer avec l'IA, d'en emparer et d'élever notre niveau d'exigence. Si on n'élève pas individuellement notre niveau d'exigence, on ne peut pas espérer une orientation dans la bonne direction des outils fournis par les grands consortiums dont on parle. Donc, ce que je veux ajouter, c'est ça. En fait, on a une responsabilité individuelle et une responsabilité collective si on veut que l'IA soit au service de l'humanité et pas la mœurs.
- Speaker #1
Ok. Donc, d'où le rôle prédominant aussi des DRH, qui font partie de la responsabilité collective des organisations. dont sa responsabilité effectivement en tant qu'individu à réfléchir à nos usages conscients des outils d'IA, pas que chat GPT et effectivement c'est hyper précieux et puis je pense d'apprendre à nos jeunes à nos enfants, à nos ados à s'en servir correctement et que oui c'est pas neutre en termes d'utilisation dans leur développement cognitif. Si je te dis ça, c'est parce que j'ai un ado qui a bientôt 15 ans. Donc, si effectivement dans son développement, il utilise bêtement, entre guillemets, l'IA sans regard critique derrière, son développement cognitif ne va pas être foufou non plus. Oui,
- Speaker #0
on est bien d'accord. Non seulement, il ne va pas être foufou, mais surtout, ce que tu peux lui dire, c'est qu'il va être Merci. absolument identiques à tous les autres ados de son âge et qui vont tous se ressembler et quelle sera son individualité s'il pense la même chose que tous ses potes s'il dit la même chose que tous ses potes s'il voit la même chose que tous ses potes et s'il a les mêmes compétences de copier-coller que tous ses potes alors
- Speaker #1
le problème entre nous c'est qu'en ce moment je ne marque pas des points quand je dis ça Parce qu'il est dans la pleine période, tu sais, où le sentiment d'appartenance, il faut ressembler aux autres.
- Speaker #0
Ben oui, mais...
- Speaker #1
Mais ça viendra.
- Speaker #0
Je pense qu'à un moment ou à un autre, il aura envie d'exister en propre.
- Speaker #1
Voilà, pas tout de suite. Dans quelques mois peut-être. Croise les doigts pour moi. En tout cas, c'était trop chouette de t'avoir. Merci, je suis contente parce qu'effectivement, on a eu des... Des angles et des pistes de réflexion très différentes des sujets que j'entends de l'IA appliqués au RH. On a pris des prismes très différents. Donc, merci pour tes éclairages. Avec plaisir. Et donc, Grandia, on te retrouve sur LinkedIn ou sur ton site, j'imagine. Oui, LinkedIn,
- Speaker #0
le site. Et puis, si vous voulez me retrouver en vrai pour des conférences où on parle d'esprit critique, il suffit de me passer un coup de fil. Bon,
- Speaker #1
et bien, ça marche. Merci mille fois, Mélis, pour ta confiance. Avec grand plaisir.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et puis à bientôt.
- Speaker #0
Ouais, à bientôt.
- Speaker #1
Encore merci de nous avoir écoutés. Il est temps de se retrouver lundi avec un nouvel invité. C'était Claire Tenayot, fondatrice de Be Wanted, et vous venez d'écouter un épisode de l'industrie qui fait envie. Bon, pour être certain de ne rien manquer, pensez à vous abonner, que ce soit sur Spotify, Deezer ou Apple Podcast. Surtout, pensez à laisser un avis 5 étoiles pour lui donner de la visibilité. Allez ! A bientôt sur l'industrie qui fait envie !