- Romain LE GAL
Bienvenue à toi, je suis Romain LE GAL et avec France Frais, nous sommes très heureux de te retrouver pour ce cinquantième épisode. Cinquante épisodes, tu te rends compte ? Incroyable de penser que depuis plus de deux ans maintenant, nous avons donné la parole à tous ces passionnés qui nous ont parlé fromage, terroir, de leur histoire, mais aussi des défis de notre belle filière, les tirés fromagers. Tous ces épisodes sont d'ailleurs encore disponibles sur les plateformes si tu souhaites aller les découvrir. Oui. ou les redécouvrir. Aujourd'hui, direction la Haute-Savoie. Et quand on pense à cette région, on pense Grand Sommet, Alpage Verdoyant et les vaches qui pâturent. On pense également aux reblochons, Abondance AOP, etc. Pourtant, niché au col du plan du Tour, au pied du massif du Charvin, un autre élevage façonne ses montagnes avec passion, celui des brebis. Dans cet épisode, je vous emmène à la rencontre de Vincent Gallay, éleveur et producteur de fromage de brebis. Un homme passionné, profondément attaché à son territoire, qui a fait le choix d'une production et d'un élevage atypique pour la région, au rythme des saisons et de la montagne. Ensemble, nous parlons de son parcours, de ce qui l'a conduit à devenir berger et fromager, de la fabrication... de cet homme de brebis, mais aussi de tout ce qui fait la richesse et parfois la rudesse de la vie en altitude. On parlera alpage, météo, prédateurs, tourisme, équilibre entre vie en alpage et vie de famille, et tout ça. Cette passion qui pousse à se lever chaque matin face au sommeil. Un épisode en immersion et en balade dans les alpages. Je te souhaite une très très bonne écoute. Bonjour Vincent.
- Vincent GALLAY
Bonjour.
- Romain LE GAL
Ça va ce matin ?
- Vincent GALLAY
Ça va pas trop mal.
- Romain LE GAL
On est arrivé juste pour le moment de l'emprésurage. Là ce matin, tu as produit des petites tomettes de brebis dont on va parler tout à l'heure. Et puis maintenant... On s'en allait voir les brebis.
- Vincent GALLAY
C'est parti.
- Romain LE GAL
C'est parti. Est-ce que pendant qu'on va sur l'alpage, est-ce que tu pourrais te présenter ? Qui es-tu Vincent ?
- Vincent GALLAY
Moi je m'appelle Vincent Gallay, j'ai 35 ans. Je suis depuis 8 ans au Boucher-Montcharvin. Je me suis installé sur cette commune qui m'a gentiment accueilli en brebis laitière. Et ça fait 5 ans déjà que j'ai commencé à traire des brebis et produire du fromage. Avant j'avais commencé en brebis allaitante et je faisais de la viande.
- Romain LE GAL
Et cette passion des brebis, tu l'as depuis quand ? Parce que quand on produisait, tu m'as dit une anecdote un peu particulière, c'est que tu as commencé tôt à avoir ta première brebis, ça te tenait à cœur ?
- Vincent GALLAY
Oui, les animaux de la ferme m'ont toujours passionné, les brebis entre autres. Ma première brebis, je l'ai achetée assez jeune, j'avais 11 ans.
- Romain LE GAL
Avec ta tirelire ?
- Vincent GALLAY
Avec ma tirelire, oui. Je ne sais pas, j'ai toujours eu cette passion, cette fascination pour ce métier. Et j'ai voulu attaquer de bonheur.
- Romain LE GAL
Qu'est-ce que c'était le parcours ? Parce que tu as eu d'autres étapes avant, tu as voulu valider que c'était... La voie que tu voulais faire, c'était quoi le cheminement ?
- Vincent GALLAY
Mon exploitation aujourd'hui, c'est une création. J'ai toujours eu le souhait et la volonté de m'installer. J'ai dû prendre le temps de trouver le site et de monter tout ça. Du coup, j'ai commencé avec des brebis viandes, comme je le disais. Petit à petit, avec les années, j'ai augmenté un peu le troupeau. Je travaillais à côté parce que, bien sûr, ça ne me permettait pas de vivre. Du fait de cette double activité, ça m'a quand même permis de me faire une certaine expérience dans d'autres branches, d'autres métiers.
- Romain LE GAL
Tu as pratiqué quoi comme autre métier, par exemple ?
- Vincent GALLAY
Le métier de la conduite de poids lourd, les travaux publics, entre autres. Et ça m'a permis surtout aussi de valider cette passion, de me dire que c'était vraiment l'agriculture qui me plaisait. Et surtout aussi l'agriculture de montagne. Je ne me verrais pas aujourd'hui agriculteur en plaine. J'ai quand même ce lien et cette attache aux alpages, à la montagne. À l'agriculture d'autrefois.
- Romain LE GAL
C'est ce que tu me racontais quand on était en train de produire ces petites tomettes de brebis. C'est que tes parents n'étaient pas agriculteurs. Et donc tu avais quand même beaucoup de système D. Notamment plus jeunes, faire garder tes brebis et les mettre à droite, à gauche. C'était déjà le système D.
- Vincent GALLAY
J'avais rien, du moins pas grand chose. Donc il a toujours fallu composer avec ce que je trouvais. Un peu avec... Les coups de main avec les copains, la famille, j'ai fait comme j'ai pu.
- Romain LE GAL
Qu'est-ce que ça a été les difficultés de ton installation ? Parce que c'est passé par plein d'étapes.
- Vincent GALLAY
La plus grosse difficulté, c'était de trouver un site, un emplacement pour pouvoir commencer un début de quelque chose.
- Romain LE GAL
Tu es passé par plusieurs étapes ?
- Vincent GALLAY
Eh bien oui, ça m'a pris quand même une bonne dizaine d'années pour trouver justement ce site. J'ai eu d'autres idées ailleurs, j'ai fait d'autres essais, d'autres essais de bâtiments, de construction notamment, qui n'ont jamais abouti. Et aujourd'hui, je l'ai trouvé.
- Romain LE GAL
Tu l'as trouvé. Comment ça s'est passé la transition ? Là, tu es en brebis laitière maintenant, mais tu ne l'as pas toujours été.
- Vincent GALLAY
Eh bien, la transition a été un petit peu... archaïque si on peut dire. J'ai fait comme j'ai pu. La première année, comme j'avais des brebis viandes et que je n'avais pas forcément la possibilité ni les moyens de changer le troupeau comme ça du jour au lendemain sachant que je ne savais pas trop dans quoi je m'aventurais, j'ai commencé à traire mes brebis allaitantes.
- Romain LE GAL
Ça donnait du lait ? C'était quoi le rendement ?
- Vincent GALLAY
Ça donnait du lait mais c'était très maigre. Mais comme je commençais et qu'il fallait que je démarche et que je trouve où vendre mes produits, finalement, l'un dans l'autre, ça s'est plutôt bien déroulé. Ça me permettait d'avoir une quantité plus faible et mieux me voir venir.
- Romain LE GAL
Et ensuite, tu as été chercher des brebis ailleurs. Comment tu as commencé à basculer de ce troupeau plutôt orienté allaitantes à quelque chose de laitier ?
- Vincent GALLAY
Et bien... Aujourd'hui, je suis en 100% brebis de race Lacaune, une bonne brebis laitière qui vient notamment de l'Aveyron. Ce choix s'est fait assez rapidement, dû aux investissements que j'ai dû lancer pour monter ce projet. Il fallait quand même une brebis qui produise une certaine quantité de lait pour pouvoir avoir un système rentable.
- Romain LE GAL
Donc tu as fait un aller-retour dans l'Aveyron et tu as ramené combien de brebis ?
- Vincent GALLAY
J'ai commencé avec un petit lot pour me faire la main tout doucement. J'ai commencé avec 30 brebis. Et 30 brebis lacones en plus des miennes, des brebis allaitantes.
- Romain LE GAL
Tu en avais combien des allaitantes à l'époque ?
- Vincent GALLAY
J'en ai 120.
- Romain LE GAL
D'accord.
- Vincent GALLAY
Et la deuxième année, comme les premières s'étaient bien acclimatées à notre coin et qui avaient été plutôt bien, j'ai été en rechercher une deuxième trentaine pour augmenter mon troupeau. Petit à petit, sur les années, je me suis mis à élever de ces brebis la cône et de diminuer les brebis viandes jusqu'à l'année passée où je suis arrivé à avoir un troupeau 100% la cône.
- Romain LE GAL
Sur cet alpage, là où on est en train de marcher, on est en train d'avancer vers les brebis sur le plateau, c'est quoi ton rythme annuel ? Tu as une bergerie en bas ? Comment tu fonctionnes ?
- Vincent GALLAY
Mon système est essentiellement basé sur l'alpage. J'ai toute ma superficie de terrain qui est basée à l'alpage, avec le bâtiment bien sûr pour traire et faire le fromage. Et en bas, j'ai juste un bâtiment pour la période hivernale, qui est tout équipé pareil pour la production, mais je n'ai pas de terrain.
- Romain LE GAL
Tu n'as pas de terrain en bas. Donc là, tu restes le plus longtemps possible finalement à l'alpage ?
- Vincent GALLAY
Donc voilà, dès que je peux monter, je monte au plus bonheur de la saison. Donc en général, c'est début mai. Cette année, la météo nous a joué un peu des tours. Du coup, on est monté plus sur la mi-mai. Et l'automne, pareil, en fonction un petit peu de la météo, je descends les derniers jours d'octobre, les premiers jours de novembre, si vraiment on a de la chance. Ça, c'est la météo qui nous briefe.
- Romain LE GAL
C'est la météo qui vous briefe. et finalement tu redescends à peine que ça va être la période des annulages.
- Vincent GALLAY
Ah bah, dès que j'arrive en bas, il faudra attaquer, ouais.
- Romain LE GAL
Alors, c'est quoi le cycle ? Est-ce que tu peux rappeler à ceux qui nous écoutent ? En gros, le cycle naturel de cette brebis, quand est-ce que tu mets au bélier ? Quand les agneaux se font et puis quand tu arrêtes de traire ?
- Vincent GALLAY
Du coup, moi, les brebis sont béliées à partir du 15 juin, entre le début et le 15 juin. Elles commencent à faire les agneaux entre le début novembre et le 15 novembre. Donc là, c'est la période où je rate à 4 heures à fond. Et je trais à peu près 9 mois. Je tarie autour du 15 août. Du 15 août au 15 novembre, c'est une période plutôt creuse où il n'y a pas de lait. Et là, vu que tu n'es pas d'une région où il y a beaucoup de lacônes,
- Romain LE GAL
au niveau de la génétique, tu vas rechercher régulièrement des nouveaux béliers ?
- Vincent GALLAY
Ah oui, on est obligé de tenir un peu la génétique et garder un peu l'évolution.
- Romain LE GAL
Éviter d'avoir des petits dégénérés ou des petits tarés ? Oui,
- Vincent GALLAY
et pouvoir bénéficier un peu de l'évolution. Et... Tiens... qui évoluent chaque année sur cette race, on est obligé d'aller servir dans l'Aveyron.
- Romain LE GAL
C'est quoi aujourd'hui, là on est sur l'alpage, on parle beaucoup de problématiques sur les alpages, et notamment on parle de problématiques, là on va bientôt voir arriver le chien, c'est pour ça qu'il y a des chiens. Est-ce que tu peux nous en parler, de ces différentes problématiques qu'on peut rencontrer ?
- Vincent GALLAY
Oui, depuis quelques années on a dû mettre en place beaucoup de moyens de protection pour protéger nos troupeaux. essentiellement par rapport à la prédation du loup. Chaque année, on est un petit peu impacté. Après, en plus de ça, on a quelques problèmes avec les vautours. Les vautours, à la base, ne sont pas des prédateurs, mais sont des charognards. Mais le fait qu'ils soient en surnombre crée un manque d'alimentation pour eux. Et du coup, se rabattent sur nos troupeaux pour pouvoir se nourrir. Alors bon, avec leur méthode bien à eux. Donc ils vont par exemple accompagner les brebis à tomber de rochers. Ils vont les attaquer, les isoler. Oui, ils n'ont pas de moyens vraiment d'attaque. Alors du coup, ils épuisent un petit lot de brebis pour qu'elles ne puissent plus courir. En tournant au-dessus d'elles. Mais sachant qu'ils sont quand même un certain nombre. Donc c'est assez facile pour eux. Et soit ils les poussent contre des barres rocheuses. ou soit ils les attaquent notamment, moi j'ai eu les problèmes sur les yeux ils les attaquent au niveau des yeux et puis après ils se servent ils se servent et le gardent mangé et là dessus ce qui est malheureux c'est qu'on a pas vraiment de moyens de protection parce que nos chiens quand il y a un gros nombre de vautours qui arrivent ils sont un petit peu inefficaces ils sécurisent le troupeau un petit moment mais ils arrivent pas à le tenir trop longtemps et les filets, les parcs euh... Tous nos moyens de protection qu'on a pour le loup ne fonctionnent pas avec eux quand ils arrivent des airs.
- Romain LE GAL
Tu me disais, quand on en parlait hors micro, tu t'es amusé à compter à peu près le nombre de vautours année A, année B, au niveau de la population, pour avoir un chiffre de ce que tu as réussi à compter pour montrer que la population augmente ?
- Vincent GALLAY
Oui, ils arrivent toujours en surnombre. Une année, ça en arrive une cinquantaine. Une année, un petit 70. Bon, des fois c'est 30, mais bon, il y en a toujours trop d'un coup.
- Romain LE GAL
Il y a plusieurs races de chiens qu'on peut voir, on voit les patous, que tout le monde a l'image d'à peu près un patou de ce que ça donne. Mais toi, tu as une autre race ?
- Vincent GALLAY
Oui, moi j'ai des bergers d'Anatolie. C'est une autre race de chiens de protection et qui font bien leur travail aussi.
- Romain LE GAL
Et il y a aussi le partage de cette montagne, de cet environnement, avec d'autres utilisateurs qui peuvent être les promeneurs. Comment tu gères ça toi sur ton alpage ?
- Vincent GALLAY
Du coup, mon alpage est 100% parqué. Je mène mes brebis qu'en parc. Comme ça, les chiens sont au milieu des parcs avec les brebis. Et tant que les randonneurs respectent cette barrière et ne rentrent pas dans le parc, il n'y a pas de problème. Car les chiens sont dressés pour ne pas sortir des parcs. Alors là, on s'est planté deux chemins. Attends. Dans le truc, il y a du coup, au taille... Je ne peux même pas y arriver.
- Romain LE GAL
Attends. C'est quoi une journée type quand tu es à l'alpage ? Alors ce matin, je suis arrivé un peu tard, même si je suis parti un peu tôt. Et tu commences tôt le matin. C'est quoi ton rythme de journée, on va dire plus ou moins classique, de la vie à l'alpage ?
- Vincent GALLAY
Une journée à peu près classique, c'est... réveil entre 4h et 4h30 un petit café pour démarrer et après traite suivi de la fabrication des fromages ça ça m'emmène sous les coups des 9-10h en fonction des jours et après bah Il y a un peu soit de la gestion de parc, soit des livraisons, soit il y a les fromages des jours précédents à entretenir en cave, à s'occuper pour les affiner, plus un peu de logistique et puis d'administratif. Et le soir après, sur les coups des 4h30-5h, je rattaque avec la traite et puis un peu les soins brebis et puis tout ce qu'il y a à faire.
- Romain LE GAL
Et ce rythme et cette traite ? Comment tu trais les brebis ? Est-ce que tu les trais à la main ? Tu as un système de traite ? Comment ça fonctionne ?
- Vincent GALLAY
Alors j'ai un petit système, moi je trais au pot, c'est un petit système pour l'instant économique, comme je suis installé depuis pas très longtemps, c'était un peu la seule possibilité que j'avais pour commencer, le temps de voir vraiment ce qui était le plus adapté pour moi et qu'est-ce qu'il fallait faire pour pouvoir évoluer, donc on verra sur les années futures.
- Romain LE GAL
Alors effectivement là on a le chien qui... qui est en train de nous rejoindre, ça peut paraître un peu imposant quand ça arrive comme ça.
- Vincent GALLAY
Voilà, on est arrivé calmement, je suis là. Il est plus intrigué qu'autre chose. Il n'a pas l'air sur la défensive.
- Romain LE GAL
Non mais heureusement que tu es là, je ne ferai pas le malin là. C'est quoi son petit nom ?
- Vincent GALLAY
C'est Wolf.
- Romain LE GAL
Wolf. Et en bas, l'autre ?
- Vincent GALLAY
Tango.
- Romain LE GAL
Tango, Wolf et Tango. Et cette fabrication de fromage, qu'est-ce que tu fais comme fromage ? Tu as plusieurs types de fromages, mais notamment ce matin, est-ce que tu peux nous parler de ce qu'on a vu en fromagerie ?
- Vincent GALLAY
Alors moi, je fais un fromage un peu type raclette et de la tomate de brebis. Donc ce matin, on a fait de la tomate.
- Romain LE GAL
C'est quoi les grandes particularités de ce fromage-là ? Puis déjà, où c'est que tu as appris à faire du fromage ? Parce que ça, on n'en a pas parlé, mais dans ton parcours, à un moment, il a bien fallu que tu apprennes à touiller le lait.
- Vincent GALLAY
Quand j'ai commencé, j'ai commencé un peu avec des études agricoles où on a fait pas mal de stages. J'ai fait pas mal de stages, comme ici on est dans le berceau du roubleau chanfermier, j'ai fait pas mal de stages dans des fermes où ils produisent du roubleau chanfermier justement. Et j'ai appris un petit peu sur le tas, à force de faire, avec les années, et voilà.
- Romain LE GAL
Si tu peux nous parler des grandes particularités de ce fromage et de sa fabrication sur cette petite tomate de brebis ?
- Vincent GALLAY
Du coup, cette tomate de brebis, c'est un fromage à croûte fleurie.
- Romain LE GAL
C'est un fromage au lait cru ?
- Vincent GALLAY
C'est un fromage au lait cru, oui, qui est fabriqué au quotidien. C'est une pâte pressée non cuite.
- Romain LE GAL
Et en gros, tes grandes étapes de fabrication, c'est quoi ?
- Vincent GALLAY
Il y a une maturation du lait avec des ferments thermophiles et mésophiles. Donc les thermophiles qui vont agir sur la acidification du lait plutôt à chaud et les mésophiles après sur une température un peu plus faible. Ensuite, il y a un décaillage. Un décaillage suivi d'un... Donc le décaillage pour couper cette grosse masse qui a coagulé en petits grains pour préparer le fromage.
- Romain LE GAL
Alors ce décaillage, tu me disais, tout est en production ? qu'il évolue en fonction des périodes de l'année, et notamment en fonction si les brebis sont là, si elles sont en bas, et en fonction des taux.
- Vincent GALLAY
Voilà, le décaillage, mine de rien, il n'a pas l'air, mais il est quand même assez précis, en fonction de l'alimentation des brebis déjà. Par exemple au printemps, quand l'herbe est tendre, le lait qui est un peu plus riche, j'ai tendance à décailler un petit peu plus fin. pour sécher un peu plus mon grain, pour que les fromages gardent un peu la même texture qu'habituel. En fin de lactation aussi, le lait est vachement plus riche. Il y a beaucoup moins de lait, mais beaucoup plus de rendement. Le lait est vachement plus riche. Et du coup, il faut l'adapter un petit peu aussi. Il faut sécher un peu plus. Il faut vraiment travailler. Il n'y a pas de recette fixe. Il faut travailler un peu au quotidien, au ressenti, en fonction de tout, de la météo. Du toucher du cahier. Du toucher d'un peu tout, oui. Il faut vraiment savoir s'adapter.
- Romain LE GAL
Et du coup, tu moules, le nombre de tomates change en fonction des jours. Là, c'est ce que tu me disais, aujourd'hui, il commence à y avoir moins de lait. Du coup tu t'adaptes, aujourd'hui on a vu une production d'environ combien de tomates ?
- Vincent GALLAY
Là on est en fin de saison de lait donc il n'y a plus beaucoup de lait. Ce matin on a fait 18 tomates. Après du fait que le lait est plus riche, les rendements augmentent un petit peu donc on fait un petit peu plus de lait, plus de fromage par rapport au litrage qu'en début de saison.
- Romain LE GAL
Et après, ces fromages, du coup, sont moulés. Tu moules à la toile, tu fais plusieurs retournements. C'est un léger pressage que tu vas faire. Et ensuite, tu les salles.
- Vincent GALLAY
Voilà, oui. Le soir, à 12 heures à peu près de la fabrication, je les salle. Et après, ils partent en cave pour l'affinage de trois mois.
- Romain LE GAL
De trois mois. Et tu affines tous tes fromages ?
- Vincent GALLAY
Moi, je n'affine pas grand-chose à la ferme du fait que je suis tout seul. je suis... pas tellement équipé. Je travaille avec des affineurs qui s'occupent de la partie affinage et commercialisation.
- Romain LE GAL
Notamment avec la maison Edouard Connus, chez qui tu livres ces petites tomates-là et ensuite, ils font le travail de l'affineur. C'est quoi les difficultés d'avoir une production qui est peut-être un petit peu atypique par rapport à la région ? C'est une région où il y a beaucoup de fromage AOP, beaucoup de fromage IGP, sur ces petites productions qui sont un peu confidentielles. Comment toi tu vois cet angle-là ?
- Vincent GALLAY
C'est une production dont on parle peu, donc il faut se faire connaître, il faut faire un peu sa place. Sinon, je pense qu'elle est la bienvenue au milieu des autres. Elle permet aussi le fait de changer d'espèce, de passer par exemple sur du petit ruminant comme les brebis, permettre d'entretenir d'autres secteurs de la montagne et des alpages qui ne peuvent pas être entretenus avec un troupeau de vaches qui produiraient des roubleaux chanfourmis.
- Romain LE GAL
Tu m'as pas mal parlé en amont des défis quand tu as démarré. Tu es parti toi de rien, tu n'avais pas d'aide, tu n'avais pas de diplôme agricole, donc tu n'as pas pu prétendre aux aides. C'est quoi la complexité de ces petites exploitations de manière économique ?
- Vincent GALLAY
La complexité, c'est que quand on démarre, on n'a pas de revenus. Surtout du fait de démarrer à petite échelle et en évoluant petit à petit. donc comme moi j'ai été obligé de... Travailler à côté, d'où le besoin de faire de la double activité. La complexité est plus économique, on va dire. Je suis obligé de commencer par des phases, enfin de commencer petit à petit, peut-être avec des systèmes, tu bricoles beaucoup. Moi, j'aime bien bricoler. J'aime bien savoir en fait que... Pour arriver au produit où on arrive, on peut le faire avec de l'équipement certes, mais on peut le faire aussi avec pas grand chose. C'est sympa.
- Romain LE GAL
Tu peux me donner un exemple concret ?
- Vincent GALLAY
Ouais, les Cornelis, pour économiser un petit peu, du coup je les ai faits moi. Bon, j'ai rien inventé, j'ai regardé un peu comment ils étaient faits et je les ai faits moi. Je les ai bricolés et aujourd'hui j'en suis très content, ils vont très bien et ils font le boulot pareil que d'autres.
- Romain LE GAL
Toi, t'es sur cette helpage depuis maintenant 5 ans ?
- Vincent GALLAY
Ouais.
- Romain LE GAL
C'est quoi, comment tu as vu évoluer l'alpage ? D'ailleurs tu as commencé à parler de défi climatique, on a parlé d'eau tout à l'heure, on est là en train d'enregistrer début juillet et il manque d'eau. Comment tu vois cette évolution ?
- Vincent GALLAY
On a des années qui sont de plus en plus sèches. Cette année notamment le sec est arrivé beaucoup plus vite. D'habitude on l'a plus autour de la fin juillet à début août. Cette année, on l'a eu tout de suite au mois de juin, donc là on est début juillet et l'air est déjà bien passé, déjà bien sèche. Il n'y en a plus tellement et les sources sont au plus bas. Donc on essaye de s'adapter, on économise et puis on verra où ça nous mène.
- Romain LE GAL
Cette vie est un peu particulière. Aujourd'hui, tu as une famille, des enfants. Comment tu arrives à concilier sans faire des journées de... 28 heures, la vie personnelle et professionnelle, c'est quoi ton secret ?
- Vincent GALLAY
Il n'y a pas de secret.
- Romain LE GAL
Parce que tu as une fille qui est assez jeune, donc tu t'occupes de l'emmener à l'école. Sur une période d'alpage, comment tu fais ?
- Vincent GALLAY
Je m'adapte dans mes horaires. D'où le fait que je me lève un peu tôt le matin. Mes horaires sont surtout calés par rapport à la période scolaire. J'arrive à tout faire. Après, il ne faut pas compter ses heures. Il faut y aller, c'est tout.
- Romain LE GAL
Tu y es allé par étapes ? C'est beau ce que tu as construit depuis 11 ans avec ta première brebis jusqu'à aujourd'hui. Qu'est-ce que tu leur passerais comme message ?
- Vincent GALLAY
Prenez votre temps, gardez beaucoup de passion. Il y a un moment,
- Romain LE GAL
il faut y aller.
- Vincent GALLAY
Elle ne sait pas rien faire, donc il ne faut pas compter ses heures.
- Romain LE GAL
Il y a des choses que tu ne referais pas ?
- Vincent GALLAY
Mon installation a été quand même une sacrée étape. J'en suis fier, mais je ne la recommencerai pas. Il y a eu des périodes trop dures. Je ne serais quand même pas prêt à recommencer. Je pense qu'il faut le faire une fois dans sa vie, mais pas deux.
- Romain LE GAL
Quand tu parles de périodes trop dures, c'est quoi ?
- Vincent GALLAY
Des périodes notamment avec la double activité, où ça faisait des grosses journées de travail. Il fallait travailler le jour chez le patron, le soir, le week-end, et parfois même une partie de la nuit chez soi le soir. Et c'est vrai que ce sont des périodes qui sont physiquement intenses.
- Romain LE GAL
Et souvent, tu es même mentalement avec une charge.
- Vincent GALLAY
C'est pour ça qu'il faut quand même garder une certaine passion. Il ne faut pas être passionné. Si la personne n'est pas assez passionnée, il ne faut pas qu'elle y tente. Ce n'est pas la peine.
- Romain LE GAL
Ce que tu me disais aussi tout à l'heure, tu as eu la chance d'être accueilli en tant que stagiaire. sur des exploitations. Un jour, tu aimerais bien transmettre cette passion et ce qu'on t'a un peu donné ?
- Vincent GALLAY
Oui, j'étais content que des exploitants m'acceptent chez eux, qu'ils m'expliquent le travail, qu'ils me montrent leur façon de faire. Un jour, je rendrai la monnaie de ma pièce, je jouerai le jeu et quand je serai bien en place, je reprendrai les jeunes pour leur expliquer mon expérience et leur montrer ce que je sais faire.
- Romain LE GAL
Pour moi qui viens du nord de la France et qui ne suis pas là tous les jours, aujourd'hui en plus on a une météo extraordinaire, un paysage, un bureau extraordinaire. Franchement, c'est un super lieu pour bosser même si ça ne doit pas être facile tous les jours.
- Vincent GALLAY
Quand on a des conditions comme ça, c'est génial. C'est sympa. On contemple le paysage et ça va bien travailler. Après c'est sûr que... en début de saison ou en fin de saison, quand on a un petit coup de neige ou quand ça fait tous les temps que ça pleut, qu'on est 10 jours dans le brouillard et qu'on voit pas à 2 mètres c'est pas pareil, c'est vraiment une vie entre guillemets atypique et faut l'aimer cette vie.
- Romain LE GAL
En tout cas avant de terminer j'aurais un petit jeu à te proposer je vais te proposer de choisir entre 2 mots ou 3 et il va falloir faire un choix alors si je te dis Lacone, Basco-Béarnaise ou Manèche à tête noire, à tête rousse Merci. Ou à tête noire, comme tu veux.
- Vincent GALLAY
J'aime bien les brebis rustiques. C'est vrai que les manèches à tête noire me plaisent beaucoup.
- Romain LE GAL
Péraille de brebis ou Roquefort à hopper ?
- Vincent GALLAY
Je serais plus sur les fromages un peu goûtus, type Roquefort.
- Romain LE GAL
Ski de fond ou ski alpin ?
- Vincent GALLAY
Je préfère le ski de fond.
- Romain LE GAL
Patou ou berger d'Anatolie ?
- Vincent GALLAY
J'aime bien mes bergers d'Anatolie. Pourquoi, je ne saurais pas dire, mais ils font bien leur travail.
- Romain LE GAL
Et enfin, si je te dis Berthoud ou Crociflette ? Croziflette, pas Crociflette.
- Vincent GALLAY
Croziflette.
- Romain LE GAL
Croziflette. Et pour terminer, j'ai une question un peu décalée. J'aimerais savoir c'est quoi ton plaisir gourmand inavouable ? Qu'est-ce que tu manges et que tu n'oses pas avouer aux autres ?
- Vincent GALLAY
Du Gorgonzola.
- Romain LE GAL
Du Gorgonzola. Pourquoi tu n'oses pas avouer ça aux autres ?
- Vincent GALLAY
Parce que c'est pas un fromage de chez nous.
- Romain LE GAL
En tout cas, merci beaucoup de ton temps Vincent. On va aller voir les brebis. Merci beaucoup de m'avoir accueilli ce matin. C'était vraiment... Un moment de partage génial puisque tu n'accueilles pas beaucoup de monde au final.
- Vincent GALLAY
Je suis un petit peu sauvage, oui.
- Romain LE GAL
Mais un bon sauvage quand même. Merci beaucoup. A très vite. Salut Vincent. Ciao. On arrive déjà à la fin de ce bel épisode. Merci Vincent de nous avoir partagé ton parcours et ta passion du métier. Vincent nous a montré qu'à travers son histoire, l'envie et la passion, on peut arriver à avancer vers son rêve. Un très beau témoignage qui nous montre qu'avec du temps, des choix, Du travail et de la persévérance, on peut faire de grandes choses. Alors bravo ! Si cet épisode t'a plu, pense à le partager autour de toi, à laisser une note sur ta plateforme d'écoute préférée et des commentaires. Pour ma part, je te donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de Lait'Change. Allez, salut !