- Romain LE GAL
Bienvenue su Lait'Change, le podcast qui donne la parole aux actrices et aux acteurs de la filière laitière et fromagère. Je suis Romain LE GAL et avec France Frais, nous sommes très heureux de te retrouver pour ce nouvel épisode. Aujourd'hui, je te propose d'aller à la rencontre de Maryse, une productrice de lait passionnée, engagée, dynamique. Tu vas voir, ça va décoiffer et coopératrice au maître laitier du Cotentin. Je me suis rendu sur son exploitation qui est située dans le sud de la Manche, à la limite de l'île Évillène, dans une commune qui t'en rappellera sans doute une célèbre marque de vêtements normands, Saint James. On croisera également Monique, sa maman, qui pleine d'humour nous reparlera de l'histoire de la ferme et nous donnera quelques conseils. C'est parti pour démarrer un tour de l'exploitation, bonne écoute ! Bonjour Maryse !
- Maryse
Bonjour Romain !
- Romain LE GAL
Ça va ce matin ? Bah oui ! Un vrai temps de normand ce matin !
- Maryse
Pour nous c'est de l'or qui tombe !
- Romain LE GAL
C'est de l'or qui tombe, en ce moment là on est au mois de juin, on est en juillet, tout début juillet, et puis c'est vrai que vous manquez un peu d'eau cette année ?
- Maryse
Un petit peu ouais, on en a eu pendant un an et demi, puis rien, et là pour que l'herbe repousse ça va être super, et même nos maïs ils vont être trop contents là !
- Romain LE GAL
Donc là on se retrouve pour démarrer cette interview en salle de traite ?
- Maryse
Oui !
- Romain LE GAL
Et donc là, toi, tu as combien de vaches laitières ?
- Maryse
Environ 45-50.
- Romain LE GAL
D'accord. Et du coup, c'est quoi comme vache ? C'est
- Maryse
Dorasprime Holstein. Et j'ai quelques Reds.
- Romain LE GAL
Quelques Reds Holstein. Pourquoi avoir quelques Reds ?
- Maryse
Parce que ma première, mes parents avaient inséminé en Reds. J'ai eu Panda. Et après, eux, ils ont le droit d'avoir une Doxexe. Donc Panda, elle m'a fait Suricate, Tapir et après ainsi de suite. Donc maintenant, j'ai Vigogne.
- Romain LE GAL
Ça, c'est les noms de tes vaches.
- Maryse
Ah bah oui, ils ont tous un prénom.
- Romain LE GAL
Ils ont tous un petit nom, on va revenir après. Pour ceux qui nous écoutent, est-ce que tu peux expliquer ce que c'est qu'une raide ? Parce que nous, on le sait, il y a la primolstein qui est normalement noire.
- Maryse
Elle est noire et blanche et elle, elle est un facteur rouge, entre guillemets. Un facteur rouge, c'est comme s'il était blonde ou brune. Ouais, voilà.
- Romain LE GAL
Donc là, ta salle de traite, elle est un peu particulière. On est en 1 x 8.
- Maryse
Oui, TPA, traite par l'arrière.
- Romain LE GAL
D'accord, pourquoi avoir choisi ?
- Maryse
Alors ça c'était mes parents en 2005 quand ils ont fait la mise aux normes. Ils ont été visiter beaucoup de salles de traite. C'était surtout en épique à côté. Et quand maman a vu chez un client une salle de traite comme ça, elle a dit « Ah papa, si tu veux que je continue à traire, je prends ce modèle-là » parce qu'au niveau sécurité, pas de coup de pied. Et du coup, ils ont fait sur un quai, une fois huit. Et en plus, on n'a pas de fosse, c'est tout plein pied entre la laiterie.
- Romain LE GAL
C'est du confort au travail. On parle maintenant beaucoup des troubles musculo-squelettiques. Et le quai à bonne hauteur.
- Maryse
Voilà, donc moi, je l'ai laissé comme il est. Puisque je suis 1m70. Et du coup, il est très bien mis par rapport à moi pour brancher les vaches. Et quand je me suis installée en 2018, du coup, j'ai mis les décrochages automatiques que mes parents n'avaient pas. Et j'ai mis les barres pour ouvrir et refermer. que mes parents avaient, mais on tirait avec une ficelle.
- Romain LE GAL
Alors, ça se passe comment ? Les vaches rentrent finalement 8 par 8 ? Et puis après, c'est quoi ? Qu'est-ce que tu fais ?
- Maryse
Alors, je fais... Donc, les vaches rentrent 8 par 8. Je mousse avec le produit. Donc ça, ça permet de nettoyer. Voilà. Ensuite, avec une lingette microfibre qui est lavée deux fois par jour à la machine à laver, je nettoie les trillons. Je fais les premiers jets. J'en prépare quatre. Et après je branche, et quand elle est arrivée à avoir fini son lait, du coup ça se débranche, c'est le décrochage. Et ensuite je mets le trempage trillon, c'est comme si c'est une petite pommade, et ça permet de refermer le sphincter pour éviter que les bactéries remontent dans la mamelle.
- Romain LE GAL
D'accord, donc ça vient protéger finalement pour éviter d'avoir des bactéries et avoir des mammites.
- Maryse
Voilà, ça c'est le gros problème.
- Romain LE GAL
Est-ce que tu peux nous expliquer, pour ceux qui nous écoutent, ce que c'est qu'une mammite ?
- Maryse
C'est une inflammation de la mamelle, parce qu'ils ont des bactéries. Et du coup, le lait, il est soit avec des cailles, ça c'est des mammites streptococcus uberis, ou alors c'est des mammites coli, et là c'est couleur cidre. Mais une mammite coli, il faut très vite réagir, parce que ça va dans le sang. Et en 6-8 heures, la vache peut crever. Donc là, il faut être réactif, bien observer son troupeau, prendre la température. Si une vache a plus de 39 degrés, c'est qu'elle a un problème. 39.1, 39.2, c'est qu'elle a une infection quelque part.
- Romain LE GAL
Ce que je te propose, c'est qu'on continue de faire la traite et ensuite qu'on se retrouve à un autre endroit sur l'exploitation.
- Maryse
D'accord, avec plaisir.
- Romain LE GAL
Donc là, qu'est-ce que tu es en train de faire ? C'est une méthode un peu particulière qu'on ne voit pas partout ?
- Maryse
Je fais de l'acupuncture, j'ai fait des formations avec l'Itoral Normand et Nveto Neila. qui nous a appris à faire certains points pour soulager la vache. Donc par exemple ici, elle a du sang dans un quartier et on voit bien qu'elle a mal. Donc du coup, je lui fais le point E36 au niveau du jarret. Alors sinon, je l'utilise aussi pour recentrer les vaches. Je fais le triangle d'humidité et ça me sert beaucoup pour les vélages. Comme je suis toute seule sur l'exploitation et qu'il y a un vélage, et bien pour aider l'expulsion du veau. Je appuie au niveau du bassin. Donc là, je le fais en digital, c'est-à-dire avec mon doigt. Et là, il faut être bien concentré et te dire que tu es ici et maintenant.
- Romain LE GAL
Et du coup, on y reviendra tout à l'heure, mais le bien-être, c'est quelque chose qui est important pour toi ?
- Maryse
Ah bah oui, mes louloutes, c'est mes louloutes. Elles doivent être comme moi. De toute façon, on le ressent. Si moi, je ne suis pas bien, mes louloutes, elles ne vont pas être bien. On arrive à communiquer ensemble.
- Romain LE GAL
D'ailleurs, elles ont toutes un nom ?
- Maryse
Ah bah oui.
- Romain LE GAL
Et c'est quoi ? Comment tu leur donnes leur nom ?
- Maryse
Alors, tous les ans, il y a une lettre. Donc, cette année 2025, c'est la lettre A. Mais si la maman, c'est un nom de fleur, on trouve un nom de fleur. Si c'est un nom de pays, la maman, la fille aura un nom de pays. Comme ça, j'ai une lignée.
- Romain LE GAL
Mais des fois, tu triches un peu sur l'orthographe, je crois que tu m'as dit tout à l'heure.
- Maryse
La lettre U, c'était compliqué. Donc, huître, on enlève le
- Romain LE GAL
H. D'accord, donc ça fait...
- Maryse
Ulotte, on enlève le H.
- Romain LE GAL
Ça fait huître, huulotte. Oui, bon. C'est pas très très français.
- Maryse
Alors je dis, quand j'ai des ados et des enfants, je dis attention, faut pas réécrire ça à l'école, c'est pas bon.
- Romain LE GAL
On dira c'est Maryse qui nous a dit d'écrire comme ça. Merci. Maryse, on va où maintenant ?
- Maryse
On va aller voir les veaux.
- Romain LE GAL
Ah super.
- Maryse
Les veaux sont sous le hangar, donc il y a de la paille. Et à côté, on a mis des niches ou igloos.
- Romain LE GAL
Ah oui, c'est pas des chiens, mais on appelle ça quand même niche.
- Maryse
Voilà.
- Romain LE GAL
En fait, c'est un petit abri pour les veaux.
- Maryse
Donc quand ils naissent, de zéro à un mois et demi, ils sont en niche individuelle. Où là, elles sont élevées au biberon.
- Romain LE GAL
C'est qui qui s'en occupe des veaux ?
- Maryse
Maman.
- Romain LE GAL
C'est ta mère qui s'en occupe ? Ah oui,
- Maryse
ça c'est son truc.
- Romain LE GAL
On était dans la salle de traite, il y avait ta maman qui était là. Et qui te donne un coup de main même si elle est normalement en retraite.
- Maryse
Elle est en retraite, oui. Mais elle est là tous les matins, à l'heure, à très...
- Romain LE GAL
Même en avance ?
- Maryse
souvent à Traire et puis c'est elle qui s'occupe des petits veaux, ça c'est son truc elle a toujours été là dans l'exploitation depuis 1984 donc elle vient donner le biberon
- Romain LE GAL
Monique est-ce que tu peux nous parler un petit peu de l'agriculture quand toi t'as démarré l'agriculture laitière ici c'était quoi ?
- Monique
Ici c'était une petite structure de à peu près 18 hectares Avec 12 vaches laitières.
- Romain LE GAL
Donc quand vous vous êtes installé avec ton mari, vous aviez 12 vaches laitières ?
- Monique
Oui, le premier hiver. Parce qu'on était en état, on ne pouvait pas en mettre plus d'animaux. Et au printemps, on a eu 14-16 vaches. On a construit une stabulation. Donc on a monté à peu près à une vingtaine, 20-25 animaux.
- Romain LE GAL
Et quel sentiment tu as eu quand Marie t'a annoncé qu'elle allait revenir sur l'exploitation ?
- Monique
Bah déjà toute la... Petite Maryse était déjà animaux. Elle voulait déjà aller à l'école agricole. Elle a été adole de Bretagne. Elle a eu son bac. Elle a été jusqu'au BTS. Nous, on avait trop de petites structures pour pouvoir l'employer. Alors, elle s'est retrouvée huit ans à travailler à la maison de la petite enfance. Mais ce n'était pas ça. Et le jour où elle a... Elle a vu qu'on allait prendre la retraite parce qu'on avait comme plus de 60 ans, elle a dit papa et maman la ferme il n'est pas question que vous la mettez aux voisins, je m'installe.
- Romain LE GAL
Et toi, tu aurais quoi comme conseil avec du recul aux gens qui veulent rejoindre la profession, le monde de l'agriculture, c'est quoi le conseil que tu pourrais leur donner ?
- Monique
Le conseil que je pourrais leur donner c'est qu'il faut aimer ce métier là. Si on aime... pas ce métier-là, il ne faut surtout pas prendre une exploitation. Il faut prendre ça par amour, parce qu'on est passionné, mais pas par contrainte. Et malheureusement, dans la vie, il y a beaucoup de personnes qui font toute une carrière, mais contraintes, parce qu'ils font la carrière pour pouvoir vivre. Dans notre métier, si on n'aime pas, ce n'est pas la peine de s'installer.
- Romain LE GAL
J'ai une dernière question, Monique. C'est quoi ta pizza préférée ?
- Monique
Ma pizza préférée ? Oh, peut-être celle au fromage, mais bon, on en mange très peu de pizza.
- Romain LE GAL
Mais plus de fromage.
- Monique
Mais plus de fromage, ah oui,
- Romain LE GAL
Merci beaucoup, Maryse. Euh, merci beaucoup, Monique.
- Monique
Je suis bien contente qu'on m'appelle Maryse, parce qu'il y a des fois... Oh, Maryse, ça va ? Ben, dis-nous le nom, c'est Monique. Oh, mince, je t'ai cru pour ta fille. Qu'est-ce que je suis contente, ça me rajeunit. De 29 ans.
- Romain LE GAL
Et donc là, Maryse, on est où ?
- Maryse
Alors, on est devant la stabulation des vaches laitières.
- Romain LE GAL
Alors là, elles ont fini d'être traites ?
- Maryse
Oui. Ensuite, j'ai l'automotrice qui passe tous les matins, qui me prend l'enrubanage, du maïs, tout ça est mélangé, et il dépose sur la table d'alimentation. Donc ça, c'est la ration de base des vaches. Et ensuite, on va les sortir pour aller au pâturage, puisque je suis en lait sans EGM et lait de pâturage.
- Romain LE GAL
Donc tu fais un pâturage tournant ?
- Maryse
Dynamique, oui. J'essaie. Je ne suis pas au point. Il faut beaucoup d'années pour être opérationnel. Donc déjà, on a coupé nos parcelles et on a mis de l'eau partout. Et dès qu'ils sont une journée, une nuit, hop, je les change. De toute façon, c'est elle qui commande. Si elles en ont marre de la parcelle, elles vont en remugler. Ma plus vieille œuvre, c'est elle qui va dire « Non, non, non, Maryse, il faut m'ouvrir notre parcelle. »
- Romain LE GAL
La femme qui murmurait à l'oreille des vaches. Et ce matin, quand on est allé les chercher en pâture, tu m'as expliqué aussi que tu réfléchissais ton pâturage en fonction de l'ensoleillement. Pour qu'elles aient de l'ombre.
- Maryse
Surtout là qu'il a fait très chaud. Donc là, j'avais ouvert quatre paddocks pour qu'elles aient deux points d'eau. Et comme le soleil tourne, comme c'est assez boisé autour, au moins elles avaient de l'ombre.
- Romain LE GAL
Ce que je te propose, c'est qu'on aille se poser pour continuer l'échange ensemble.
- Maryse
Oui, pas de souci.
- Romain LE GAL
Et puis qu'on a plein de beaux sujets abordés, ça va être génial. Oula ! Je vois une percée dans les nuages. Peut-être qu'on aura un rayon de soleil tout à l'heure.
- Maryse
On a toujours les quatre saisons. Dans la journée. Puis on est un petit peu à la frontière de l'île-et-vilaine.
- Romain LE GAL
Je vais te faire une confidence. L'année dernière, quand je suis allé enregistrer chez la présidente de la coopérative, Valérie Blandin, on a eu un très, très, très mauvais temps. Mais c'était une soirée où on s'est croisés. On y reviendra tout à l'heure. J'ai eu la chance l'année dernière d'animer cette soirée avec un jeu. les X Cheese Games. C'était très bien. C'était très bien. Et du coup, on y reviendra. Et il pleuvait comme...
- Maryse
Une vache qui pisse.
- Romain LE GAL
Exactement. Allez, à tout de suite. Bon, Maryse, on se retrouve maintenant dans le bureau. Alors, le bureau qui a une décoration un peu particulière.
- Maryse
Oui, une déco vache.
- Romain LE GAL
C'est une déco vache. La plus grande collection, d'ailleurs, de la manche de vache.
- Maryse
Peut-être. Peut-être. Je ne sais pas.
- Romain LE GAL
Peut-être. Tu ne sais pas. Donc, si vous venez ici voir Maryse, n'hésitez pas à lui emmener des vaches. Elle en collectionne de toutes les tailles, de toutes les couleurs. Souvent, elles sont noires et blanches, mais il y a plein de vaches. Maryse, c'était très sympa de faire déjà un premier tour de l'exploitation. Si tu veux, je peux te proposer de réexpliquer un peu ton parcours. Qui tu es, Maryse ?
- Maryse
Moi, je suis Maryse. Je suis mariée. J'ai 41 ans. Et je suis installée depuis 2018 sur l'axe ferme de mes parents.
- Romain LE GAL
Et avant tu faisais quoi ? Parce que si t'es arrivée en 2018, 41 ans, qu'est-ce que tu faisais avant ?
- Maryse
Et bien avant j'ai fait jusqu'au BTS AXE Adoles de Bretagne.
- Romain LE GAL
C'est quoi un BTS AXE pour ceux qui nous écoutent ?
- Maryse
Et bien le BTS AXE c'est deux ans après, ça dure deux ans la formation, après le bac que j'avais fait STAE à l'époque, au lycée Les Vergers à Dôles-de-Bretagne et c'était axé sur sur la comptabilité et gestion des entreprises agricoles.
- Romain LE GAL
Et donc après, tu as bossé dans quel domaine ?
- Maryse
Après, j'ai été surveillante au collège Jules Verne de Saint-Hilaire. Ensuite, j'ai passé un CAP petite enfance et je me suis retrouvée à travailler aussi dans les centres de loisirs. Entre deux, j'avais fait un BAFA et j'ai travaillé ensuite 8 ans et demi à la crèche, à la maison de la petite enfance de Saint-James.
- Romain LE GAL
Et ça avait toujours été une volonté de revenir sur l'exploitation ou pas vraiment ?
- Maryse
Il y avait toujours ça. Dans un coin de ta tête ? Oui, parce que quand on allait par exemple à la bibliothèque, je prenais toujours des livres sur les animaux pour les enfants, inconsciemment je pense. Et là-bas à la crèche, j'avais fait le projet jardin. Donc toujours attirée vers la terre. Et quand j'avais des journées de congés, je n'ai aidé mes parents très volontiers.
- Romain LE GAL
Et on revient maintenant sur la partie, on a parlé tout à l'heure un petit peu, à On a vu la partie acupuncture, la partie bien-être. Qu'est-ce que tu mets en place sur ton exploitation pour le bien-être animal ?
- Maryse
J'ai fait des formations d'acupuncture avec Neila. Plusieurs formations, comme ça, ça soulage les animaux, parfois en attendant le vétérinaire. Après, à la clinique des Esthères de Saint-James, on a une super équipe de vétos, et dont Manu qui fait de l'ostéo, plus de l'acupuncture. Donc parfois, c'est lui qui me dit, mets ces aiguilles-là à tel point précis pour le bien-être de la vache. Après, j'ai installé une brosse aussi. Et souvent, quand je vais voir mes genisses dans mon berlingot, j'ai une grande brosse comme Pauline Garcia, puisqu'elle est venue à la ferme faire une formation aussi éthologie.
- Romain LE GAL
Pauline Garcia, qui est une agricultrice qui est en Auvergne. Dans le
- Maryse
Cantagne, oui. Des bêtes allaitantes, des salerses.
- Romain LE GAL
Et des chevaux, non ?
- Maryse
Oui, dans le perso, elle a des chevaux aussi.
- Romain LE GAL
Et aujourd'hui, du coup, tu parlais de génisse. Tu peux nous rappeler ce que c'est qu'une génisse ?
- Maryse
Ah, une génisse, elle n'a jamais fait de veau avant. Donc, elle est veau. Elle grandit génisse. Et ici, nous, au bout de... 15-16 mois, elles sont inséminées pour un vélage à 2 ans environ. Et là, elles produisent du lait pour venir vache. S'il n'y a pas de veau, il n'y a pas de lait.
- Romain LE GAL
Et il faut combien de temps de gestation pour avoir un veau ?
- Maryse
9 mois.
- Romain LE GAL
Comme nous,
- Maryse
finalement. Voilà, comme les humains. Les chevaux,
- Romain LE GAL
c'est 11 mois. Les vaches,
- Maryse
c'est 9 mois.
- Romain LE GAL
Et du coup, bien-être animal, tu fais d'autres choses. Tu es engagée, on a parlé tout à l'heure déjà de lait de pâturage.
- Maryse
Oui.
- Romain LE GAL
La qualité du lait, comment ça fonctionne chez toi ?
- Maryse
C'est très important. Donc, on a un protocole. Déjà, on met des gants pour traire. Après, c'est la mousse, les lingettes microfibres pour bien nettoyer les trillons. Les premiers jets, brancher les vaches et le trempage. Même si j'ai des agents de remplacement, ça, c'est la base. Il faut qu'ils suivent mon protocole.
- Romain LE GAL
Quand tu t'es installée, ça a été quoi les différentes étapes de ton installation ?
- Maryse
Déjà, j'avais mon BTS AXE, donc c'était bien au niveau formation. Et j'ai fait les 3P avec la chambre d'agriculture.
- Romain LE GAL
Les 3P ?
- Maryse
C'est trois jours pour faire un peu notre dossier d'installation.
- Romain LE GAL
Pour la préparation du dossier d'installation.
- Maryse
On est en groupe avec plusieurs et puis là, on expose notre projet et puis on parle de... Ce qu'il y a à mettre en place. Après, on est aidé par le centre de gestion. C'est surtout lui qui fait le gros dossier.
- Romain LE GAL
Toi, aujourd'hui, ton lait, on en a parlé tout à l'heure, il part à la coopérative des maîtres laitiers du Cotentin. Et tu as beaucoup d'engagement. On en parlait en préparation de l'entretien. Tu es engagée dans pas mal de choses. Au niveau de la coopérative, tu as un engagement ?
- Maryse
Oui, je suis déléguée depuis le début que je suis installée.
- Romain LE GAL
Est-ce que tu peux nous expliquer, c'est quoi le rôle d'un délégué et comment ça fonctionne ?
- Maryse
Le rôle des délégués, c'est de remonter les infos qu'on a des agriculteurs autour de soi qui font partie de la coopérative. C'est aussi d'aller aux réunions et de s'investir au plus près de la coopérative.
- Romain LE GAL
Et après, tu es aussi investie dans un service de remplacement ?
- Maryse
Oui, notre service de remplacement à la Croix. donc là je suis secrétaire et de temps en temps je tiens le planning quand Linda L'agricultrice qui s'occupe du planning, en plus de sa ferme, part en vacances.
- Romain LE GAL
C'est important ça qu'il y ait des services de remplacement ?
- Maryse
Bien sûr, parce que si on est malade ou qu'on a une hospitalisation, il faut que quelqu'un vienne traire nos vaches, on n'a pas le choix, c'est toute l'année. Pour prendre des congés ? Pour prendre des congés, nos formations, quand il faut que je monte à Méotis ou Sotva, à la coopérative en Réunion, soit d'Assemblée Générale ou de formation, c'est important d'être remplacé. Alors il y a le congé maintenant maternité, paternité, ça s'est développé, donc c'est très important.
- Romain LE GAL
Et aujourd'hui tu arrives à prendre des congés de manière régulière ?
- Maryse
Oui, une semaine on part au ski et après c'est comme ça dans l'année des week-ends et dès que j'ai des formations qu'il faut monter à la COP, je prends quelqu'un. Puisque je suis la plus au sud de la COP.
- Romain LE GAL
Là, on est vraiment au sud du sud. Moi,
- Maryse
je suis la dernière. Quand je monte, je monte dans le nord.
- Romain LE GAL
Tu montes dans le nord. Et tu as un dernier engagement aussi auprès du contrôle laitier ?
- Maryse
Oui, le littoral normand. Pareil, dans les débuts que j'étais installée, je suis déléguée aussi.
- Romain LE GAL
Et donc, le contrôle laitier, ça sert à quoi ?
- Maryse
Tous les mois, j'ai Julie qui vient prendre les mesures de mon lait pour savoir combien elles sont à un kilo de lait. Et ça permet de savoir les cellules des vaches, si elles ont des problèmes. Les acides gras, acides aminés, ils ont développé un logiciel par rapport à ça. Donc c'est très important.
- Romain LE GAL
Les cellules, tu peux expliquer à ceux qui nous écoutent ce que c'est ?
- Maryse
Lorsqu'ils ont une maladie, ils vont combattre. Et plus ils ont de cellules, ça peut après engendrer une mammite. C'est l'évacuation des bactéries et ça se fait par les sanitaires de la mamelle.
- Romain LE GAL
Et donc aujourd'hui, maintenant qu'on a parlé de tes engagements, Le nerf de la guerre, c'est de faire tourner une exploitation et c'est la valorisation du lait. Comment ça se passe quand on est coopérateur ? Aujourd'hui, comment se construit la rémunération de ton lait ?
- Maryse
Être coopérateur, ça veut dire qu'on a des parts sociales dans l'entreprise. Et aujourd'hui, on a un prix de base.
- Romain LE GAL
Actuellement,
- Maryse
il est d'environ 455 pour le mois de juillet.
- Romain LE GAL
Juillet 2025, 455 prix de base.
- Maryse
Oui, aux 1000 litres. Nous, ici, la coopérative des maîtres laitiers, c'est tout le monde le même prix de base. Et après, moi, je suis dans un des cinq engagements des maîtres laitiers, donc lait de pâturage et sans OGM. Donc, j'ai 15 euros en plus des 1000 litres.
- Romain LE GAL
D'accord.
- Maryse
Et plus on a de meilleures qualités, c'est-à-dire moins de 200 000 cellules, au niveau des germes et butyriques, si on est en dessous de la norme, non Des sous en plus.
- Romain LE GAL
Des sous en plus. Et puis, il y a aussi la valorisation de la matière grasse. Et la matière protéique. La matière protéique, le TBTP, ce qu'on appelle. Et c'est comme ça qu'est constitué...
- Maryse
Notre fiche de paye.
- Romain LE GAL
Votre fiche de paye. Voilà. Mais bon, le prix du lait, on en parlait tout à l'heure. Le prix du lait ensemble, le prix du lait a fort augmenté ces dernières années. Mais aussi vos coûts.
- Maryse
Ah bah oui, les coûts de mécanisation, les coûts de fuel, les coûts d'électricité. Donc, ça augmente, mais finalement, ça s'équilibre.
- Romain LE GAL
Et aujourd'hui, du coup, sur l'exploitation, tu es toute seule. Une UTH, unité de travail humain. Comment tu arrives à t'en sortir ?
- Maryse
Alors, sur le papier, je suis une UTH. Mais en réalité, j'ai maman qui vient m'aider au petit veau et au début de la traite. Et mon mari, le matin, il prépare le silo pour l'automotrice. Et sinon, j'ai mon oncle qui vient m'aider. Je le déclare en complément de ma d'oeuvre au service de remplacement pour m'aider. Parce que tout seul, on ne peut pas tout faire si on veut que tout soit nickel dans la ferme. Et puis, on n'a qu'un cerveau, deux bras et dix doigts. Donc, tout seul. Et puis, on ne peut pas.
- Romain LE GAL
Sur la partie qualité, pour terminer sur la qualité du lait, la coopérative vous met un challenge en place. On en a discuté plusieurs fois ensemble. C'est quelque chose auquel tu es très attachée.
- Maryse
Ah oui.
- Romain LE GAL
Tu peux nous en parler ?
- Maryse
Ah oui. Le challenge, ça veut dire que pour toute la campagne laitière, il ne faut surtout pas mettre d'antibiotiques dans le tank, avoir tout le temps des bons résultats. Notre technicien Aymeric passe dans la ferme, donc il y a un tableau et il met les points sur l'environnement de la ferme, ça veut dire si c'est fleuri, si c'est propre, au niveau de la laiterie, et puis ça nous fait des points. Et puis après, le verdict.
- Romain LE GAL
Le verdict tombe ?
- Maryse
Eh bien, depuis que je suis installée, j'y suis tous les ans. Et ça, c'est un bonheur parce que j'en serais malade sinon de ne pas réussir. C'est un peu tous les ans le baccalauréat.
- Romain LE GAL
Donc du coup, c'est la motivation de l'année. Et après, vous avez une remise des prix.
- Maryse
Oui, donc j'ai eu la chance d'aller à l'hippodôme de Graines. Je suis allée à Charbourg, à la cité de la mer. L'année dernière, la chance de faire un super jeu. Un super jeu,
- Romain LE GAL
les X Cheese Game, parlons-en.
- Maryse
Voilà, on a été au golf vers Grandville.
- Romain LE GAL
Et cette année ?
- Maryse
Et cette année, le 10 juillet, c'est la remise du Challenge Qualité du Lait. Et on a la joie de voir le Tour de France passer à Juvinil-le-Tertre.
- Romain LE GAL
Donc du coup, ça va être un très beau moment de partage.
- Maryse
Ça va être sympa, oui.
- Romain LE GAL
où vous vous retrouvez tous ?
- Maryse
Tous les producteurs lauréats qui sont lauréats au Maître Létier cette année. C'est un moment de partage, de se rencontrer hors cadre de notre ferme. Et là, c'est l'occasion de s'habiller en robe, en jupe, sortir les bijoux qu'on ne sort pas dans la semaine.
- Romain LE GAL
Ça va être la folie.
- Maryse
Quand même pas, mais c'est sympa.
- Romain LE GAL
Et du coup, là, c'est quelque chose qui nous emmène à... Aujourd'hui, on voit finalement plus d'agriculteurs qu'agricultrices. En tout cas, c'est un monde qui est quand même assez masculin, même si de plus en plus, il y a des femmes et il faut. Qu'est-ce que toi, tu donnerais comme conseil aux gens, aux jeunes femmes qui veulent rejoindre le monde agricole ou qui hésitent ?
- Maryse
Il ne faut pas hésiter, il faut y aller. Si on a une idée en tête, il faut la faire. Il ne faut surtout pas regretter. Moi, je ne regrette pas. Je sais que je ne retournerai pas à la crèche. Alors là, j'ai travaillé qu'avec des filles, justement. Et aujourd'hui, on est...
- Romain LE GAL
C'est toujours facile.
- Maryse
Bah non, on se crêpait parfois le chignon pour pas grand-chose. Que là, non, c'est différent. Après, moi, au niveau inséminateur, j'ai une fille. Littoral Normand, c'est Delphine qui me suit. Au niveau papier, c'est une fille. La comptable, c'est une fille. On a beaucoup de filles autour, finalement.
- Romain LE GAL
Et de manière générale, que ce soit homme ou femme, qu'est-ce que tu leur dirais pour venir rejoindre le monde agricole ou ceux qui hésitent ?
- Maryse
Il faut tenter l'aventure. Parce qu'aujourd'hui, s'il n'y a plus d'agriculteurs, plus de paysans, on ne pourra pas manger. Et nos paysages vont être en friche. Alors que c'est la base. L'homme de Cro-Magnon, s'il s'est constitué comme il est, il faisait la pêche, la cueillette, l'agriculture et la chasse. Et c'était important.
- Romain LE GAL
Et dans l'histoire de la ferme en plus, on en parlait au niveau du remembrement. En 1976. Au niveau des haies. Ça, c'est quelque chose qui est important, l'entretien des pâturages, des haies. Et les cours d'eau aussi.
- Maryse
C'est important parce qu'après, on a des inondations et tout. Mais les anciens, s'ils faisaient ça, c'est qu'ils avaient déjà réfléchi et vu. Parce qu'ils observaient beaucoup la nature. Par rapport, des fois, à nous, qu'on veut aller trop vite parce qu'il y a le soleil. Alors, on sort tout le matériel et tout. Mais non, la nature, il y a quatre saisons. Même si maintenant, les saisons sont rapprochées. Et des fois, le changement climatique fait que...
- Romain LE GAL
Je dois quand même avouer qu'il y a eu ici quatre saisons dans une journée.
- Maryse
Ah bah oui, il a froid ce matin. Il a neigé ? Non, quand même pas. Il a plu, il y avait de l'orage. Après, on a du soleil.
- Romain LE GAL
Un peu de vent.
- Maryse
Un peu de vent aussi.
- Romain LE GAL
Puis là, il va refleuvoir, je crois.
- Maryse
Ouais, ça va aller. Ça va se maintenir.
- Romain LE GAL
Et comment, toi, tu vois l'avenir, l'évolution du métier d'agriculteur ? Ou d'agricultrice,
- Maryse
d'ailleurs. L'avenir, c'est qu'il faut qu'on ouvre nos fermes, que les gens, ils viennent voir. parce que Voilà, les gens, les nouveaux enfants qui naissent en ce moment, ils n'ont pas forcément de la famille.
- Romain LE GAL
Plus en plus loin du monde de l'école finalement.
- Maryse
Et ils ne savent pas qu'une vache, il faut la traire pour que le lait soit transformé en brique de lait. Pour moi, il faut accueillir les gens, leur présenter comment c'est, parce qu'ils se mettent un a priori. Après aussi, il y a des images sur les réseaux sociaux et les gens les interprètent à leur façon, alors que c'est pas du mal-être. La vérité,
- Romain LE GAL
elle est au cul des vaches.
- Maryse
Bah oui.
- Romain LE GAL
C'est ça l'expression.
- Maryse
Pour moi, c'est ça l'avenir et communiquer sur les réseaux.
- Romain LE GAL
Et du coup, tu parlais de l'évolution du climat. Comment toi, tu t'adaptes sur ta ferme ?
- Maryse
Eh ben, moi, je me suis installée en 2018. Alors déjà, il y avait eu un gros coup de chaud. Et ensuite, on a vécu 2022. où là, il n'y avait plus d'herbe. Donc, on avait pris dans les stocks déjà hivernales. Ensuite, il a plu pendant 2023-2024. Là, cette année, on a encore eu quelques jours très chauds. Après, cette année, on a plus ou moins anticipé. Je ne sais pas. Mais une année sur l'autre, mais ne se ressemble pas. Depuis que je suis installée, on n'a jamais semé le maïs vraiment de bonne heure ou tard. Là, cette année, on en a semé fin avril et puis début mai. L'année dernière, c'était fin mai, parce qu'il faut s'adapter au climat. Si c'est trop mouillé, on ne va pas aller dans les champs. Donc, c'est tout le temps, il faut s'adapter. Il y a des années où je me dis, cette année-là, Maryse, tu diras de faire le fumier en février au gars et tout. Mais finalement, tu ne peux pas aller dans les champs. Tu le fais au mois de mars ou avril. C'est à nous de s'adapter et puis de voir comment ça va évoluer aussi dans les jours et les années à venir.
- Romain LE GAL
Tu me disais... Avant de terminer, tu étais contente de travailler et d'être coopératrice au Maître Lézier du Cotentin et de voir tes produits fabriqués avec ton lait. Comment tu l'expliques aux gens ? C'est une manière de partager ?
- Maryse
Oui, c'est une valorisation. On a de la chance, on est coopérateur, on est producteur, transformateur. parce qu'on pourrait le faire, moi, dans mon petit coin, dans ma ferme, mais nous, on le fait à l'échelle de plusieurs coopérateurs. Donc, on a nos usines de transformation et après, on a nos filières pour vendre. Donc, on a toute notre filière et de voir les produits dans les supermarchés ou dans les crèches, les écoles, c'est une valorisation et une reconnaissance de ce qu'on fait.
- Romain LE GAL
Tu vas régulièrement quand tu vas faire tes courses, même si tu n'as pas besoin d'acheter, d'aller voir les produits ?
- Maryse
Je regarde s'ils en font.
- Romain LE GAL
Et ce que font les autres aussi peut-être ?
- Maryse
Oui, un peu. Je regarde et des fois je dis je ne vais pas acheter, c'est les autres. Ou quand je vais chez du monde que je suis invitée, je dis non, moi je ne mange pas ça. Je rigole un peu, mais pour leur expliquer après notre marque Campagne de France, c'est important, Rio qui nous appartient aussi. Et là, on peut ouvrir les conversations et les gens sont intéressés.
- Romain LE GAL
J'ai une dernière question, qui est la question avant de terminer, où là, je vois des yeux... Quelle est ta pizza préférée ?
- Maryse
Ma pizza ? Les quatre fromages.
- Romain LE GAL
Quatre fromages ? Avec quel fromage ?
- Maryse
Le camembert. Bien sûr, je suis une Normande. Et puis un peu de Livaro peut-être.
- Romain LE GAL
Une pizza quatre fromages Normande.
- Maryse
Oui, quand même. Et de la crème fraîche.
- Romain LE GAL
Merci beaucoup pour ton accueil, Maryse.
- Maryse
Avec plaisir.
- Romain LE GAL
Merci de m'avoir permis de passer un peu de temps avec toi. C'était génial sur ton exploitation. C'est déjà bientôt la fin de cet épisode. Une très belle rencontre avec Maryse qui nous a accueillis avec beaucoup d'énergie et d'humour. Une agricultrice passionnée et engagée qui nous a parlé de son quotidien. On a échangé sur le bien-être animal, la qualité du lait, le prix du lait, mais également plein d'autres sujets. Ça fait vraiment plaisir de voir des gens engagés, passionnés et prêts à ouvrir leurs portes pour vraiment communiquer et nous faire vivre leur passion. Merci à elles. et puis également à Monique de partager avec autant d'énergie et autant d'amour du métier. On espère que cet épisode t'a plu. N'hésite pas à le partager ou à nous laisser des commentaires sur le réseau. Et on te dit évidemment, comme toujours, à très bientôt pour un nouvel épisode de l'Échange.