- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ce qui inspire, de ce qui émeut, de ce qui nous pousse à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Il en faut du courage pour quitter une entreprise dans laquelle on est resté 18 ans, surtout quand c'est la seule que l'on a connue juste après ses études, et encore plus pour se lancer ensuite dans une reconversion artistique en indépendance. Aude, elle, s'est longtemps sentie dépourvue de créativité, sans réelle passion, ni talent particulier comme elle le dit. Et pourtant, elle a toujours été attirée par le beau, l'art, l'illustration, les livres. la photographie. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si elle s'est retrouvée à travailler dans un musée d'art contemporain. Pendant des années, elle a côtoyé des artistes, des graphistes, des collectionneurs. Elle a baigné dans cet univers, tout en ayant parfois le sentiment d'être à côté. Puis un jour, elle s'est autorisée à explorer sa propre créativité, à voir ce que ça pouvait lui faire, à ressentir. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Aude.
- Speaker #1
Bonjour Charlotte.
- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard. Merci. Alors on se connaît pas encore vraiment, on s'est juste croisé une ou deux fois, mais j'ai entendu parler de ton parcours et je t'avoue que ça m'a beaucoup intriguée. Merci, merci de m'inviter. Alors avant d'en dire plus, parce qu'on va y venir tout naturellement, j'ai une petite question pour démarrer. Si on devait épingler trois choses sur ton Moodboard du moment, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Alors je peux... pense qu'il y aurait une photo de Tim Walker qui est un photographe de mode britannique qui réalise des photos toujours avec des décors remplis de fantaisie, d'imagination et j'aime beaucoup. Je pense qu'il y aurait aussi une œuvre de Saït Ombli soit une de ses photos, soit une de ses peintures il y a toujours beaucoup de poésie de... dans un geste assez spontané, assez vif, avec des couleurs assez explosives. Et ça me parle aussi. Et c'est un artiste assez important dans mes références et dans ce que j'aime. Et le troisième, ce ne serait pas une image, je pense que ce serait un son, si ça fonctionne dans le mood board. Ce serait le chant des oiseaux.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce que je trouve que ça annonce le printemps, les beaux jours, évidemment. Et aussi, la nature à portée de ville. Et c'est vrai que la nature, moi, me manque beaucoup. Et donc, dès que j'entends le chant des oiseaux, j'ai l'impression que ça m'amène quelque part.
- Speaker #0
Ok, super. On aura regardé, je ne connaissais pas les deux premières références, mais je mettrai des photos en story au moment de la sortie de cet épisode. Alors, on va revenir un peu sur ton histoire, notamment ton enfance. Est-ce que tu te souviens à quoi tu aimais jouer quand tu étais enfant ?
- Speaker #1
Alors, je me souviens surtout d'avoir passé des heures, voire des jours, à installer des maisons pour mes barbies. J'adorais ça. Je passais énormément de temps. Toute ma chambre était remplie d'objets. pour en faire des maisons gigantesques pour les Barbies. Donc ça, ça me plaisait beaucoup. Mais après, une fois que j'avais installé ma maison, je n'avais plus vraiment envie de jouer. Et je passais aussi, après beaucoup de temps, à installer des objets sur mes étagères, sur mon bureau. Voilà, il fallait que je crée, enfant, un environnement qui soit agréable, qui soit beau. Et ça, c'est vrai que c'est un souvenir que j'en ai.
- Speaker #0
Ok. Le besoin de t'entourer de beau et d'agencer et d'exprimer à ta façon. Et ton rapport à l'art et à la créativité à ce moment-là ? Tu en as des souvenirs ?
- Speaker #1
J'ai toujours été très frustrée de ne pas être créative. En fait, j'ai toujours voulu être créative et ça, j'en ai un souvenir. J'ai l'impression que c'est quelque chose dont j'ai eu conscience très très tôt. j'ai toujours voulu
- Speaker #0
créer,
- Speaker #1
écrire un livre, illustrer un livre, faire de la mosaïque, peindre. Mais je ne savais vraiment pas par quel bout commencer. Je n'avais personne autour de moi qui pouvait me montrer. Et ça, du coup, je perdais courage très, très vite. Et j'ai toujours été frustrée. J'ai toujours eu envie d'avoir une passion, d'avoir quelque chose qui semblait être une évidence ou savoir dessiner comme ça spontanément. Et donc je crois que je l'ai mis pas mal de côté en fait, cette envie de créativité ne sachant pas comment l'apprivoiser, comment l'apprendre. C'est le souvenir que j'en ai, en fait, en tous les cas, de ne pas être aussi créative que j'aurais aimé l'être.
- Speaker #0
Et est-ce que tu avais, en revanche, des idées de métier quand tu étais petite ?
- Speaker #1
Alors, je me disais que d'être écrivaine, ça devait être chouette. Je m'imaginais à mon bureau, devant une fenêtre, sur un beau paysage, et je me disais que ça devait être chouette. D'imaginer des histoires toute la journée ou d'illustrer un livre, d'être dans l'illustration, d'être autour des livres. C'est vrai que ça, ça me plaisait déjà pas mal. Et puis, l'idée d'être photographe aussi me plaisait bien ou d'être styliste, mais c'était assez abstrait. Je ne me projetais pas vraiment, c'était des idées qui me plaisaient.
- Speaker #0
Ensuite, ton parcours, est-ce que tu peux nous parler un peu de tes études ?
- Speaker #1
Oui, donc j'étais un petit peu perdue, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Mais j'aimais l'histoire, j'aimais l'art, donc j'ai fait une fac d'histoire de l'art. Mais c'est un petit peu stupide, mais je ne me sentais pas vraiment légitime, parce que je n'ai pas grandi dans un environnement où l'art était très présent, même s'il y avait des livres, on visitait des châteaux, on visitait des musées, etc. Il y avait une espèce de manque de légitimité qui est peut-être un petit peu bête, mais j'ai fait seulement une année et puis après j'avais l'impression qu'il me fallait quelque chose de plus concret qui puisse m'amener à un métier, mais encore une fois je ne savais pas lequel. Donc j'ai fait des études de médiation culturelle, d'information, de communication et le fait de m'éloigner justement de l'art, de la culture, je me suis rendue compte à quel point ma vie serait triste. si je n'avais pas ça dans ma vie au quotidien. Donc, j'ai décidé de faire une dernière année, de faire un Master 2 Stratégie en Développement Culturel à Avignon avec une spécialité muséologique. Donc, j'ai fait ma dernière année à Avignon et c'était donc la fin de mes études à ce moment-là.
- Speaker #0
Alors Aude, tu as passé 18 ans à la Collection Lambert, qui est le musée d'art contemporain d'Avignon. Est-ce que tu peux nous raconter comment tu y es rentrée et comment ton rôle a évolué au fil des années ?
- Speaker #1
Donc, avec ma dernière année d'études à Avignon, je ne connaissais pas cette ville, je ne suis pas originaire du Sud, et j'ai donc visité les musées de la ville, de la région. Et j'ai donc visité la collection Lambert. Et c'était pour l'expo des 5 ans, une expo rétrospective anniversaire des 5 ans de la collection, avec un accrochage des œuvres de la collection d'Yvon Lambert. Et je me souviens vraiment avoir ressenti d'avoir eu un coup de cœur pour les œuvres, pour le lieu, pour l'accrochage. J'avais l'impression qu'il se passait quelque chose. Et j'avais déjà visité des expos d'art contemporain, j'avais parfois été un peu décontenancée, je ne savais pas trop quoi penser. Et là, avec cette collection, il y a eu vraiment quelque chose d'important. Et même si je ne comprenais peut-être pas forcément plus les œuvres, il y a vraiment eu un coup de cœur, quelque chose qui me semblait... Très lumineux et c'était assez agréable de ressentir cette émotion. Donc j'ai voulu faire un stage dans cette institution, ce que j'ai fait, en production des expositions. Et ensuite j'ai été engagée au service des publics. Donc là pendant plusieurs années je rédigeais les visites, je faisais les visites, il y avait donc toutes les activités pour... pour les enfants, pour le jeune public, les adultes, les lycéens, etc. Et puis en 2013, la personne qui était en charge de la production des catalogues est partie et on m'a proposé de reprendre son poste, ce dont j'étais très heureuse parce que l'univers de l'édition me plaisait beaucoup. J'avais d'ailleurs hésité un moment à faire des études dans l'édition. Et donc j'ai appris sur le terrain et je m'occupais de toute la coordination des publications. Et ça, ça a été vraiment une expérience très chouette de m'occuper des projets de A à Z, d'être en relation à la fois avec les éditeurs, les directeurs d'ouvrages, les auteurs, les photographes, les artistes, les studios d'artistes, les graphistes. et ça,
- Speaker #0
ça m'a beaucoup plu oui et qu'est-ce que ça venait de nourrir chez toi d'être constamment entourée d'artistes et d'oeuvres justement ?
- Speaker #1
je pense que ça pour moi il y avait quelque chose qui était de l'ordre un petit peu de l'exceptionnel du rare parce que Euh... Je n'ai pas grandi dans un milieu où je n'avais pas forcément l'habitude d'aller tout le temps dans des musées. Et donc là, d'être dans les coulisses du musée, de voir les œuvres arriver pour un nouvel accrochage, les œuvres restaurées, voir vraiment comment ça se passait, il y avait quelque chose de... j'avais l'impression d'être privilégiée. T'étais aux premières loges. Exactement. Et puis il y avait... Et vraiment une forme d'émerveillement face à certaines œuvres. Et c'était le fait aussi d'être entourée de beauté au quotidien. Et ça, pour moi, c'était important. Et puis de pouvoir observer la démarche d'artistes très différents, de voir comment eux appréhendaient. Leur travail, leur rapport à l'art, les œuvres ensuite qu'ils livraient, ça c'était aussi très riche d'être aux premières loges pour observer un petit peu tout ça.
- Speaker #0
Et à quel moment tu as senti, un peu plus récemment, que tu avais envie d'autre chose ?
- Speaker #1
La collection, ça a vraiment été mon premier travail. Donc c'est vrai que je me suis souvent interrogée en me disant comment ça se passe ailleurs. J'avais envie aussi, j'étais assez attirée par le statut d'indépendante aussi, voir ce que ça pouvait amener. Et puis c'est vrai qu'au bout de 18 ans, j'avais envie de... de voir autre chose. D'être aussi, de ne plus être dans la contemplation, puisque je pense que je contemplais beaucoup, j'observais beaucoup, ça me satisfaisait, mais c'était un moment où j'avais envie de rentrer un petit peu plus dans l'action et d'apprivoiser cette créativité que j'avais mis de côté enfant. Et ça, pour moi, c'était quelque chose d'important parce que la créativité, je la côtoyais quotidiennement, mais... J'étais à côté, je n'étais pas dedans. Et ça, je crois que j'avais envie de mettre un petit peu un pied dans ça.
- Speaker #0
Cette frustration dont tu parlais au début est revenue. Mais c'est vrai que je souligne aussi le fait que ça doit être hyper rare, surtout de nos jours, de commencer par ce premier job juste à la sortie de ses études et d'y rester 18 ans. C'est quelque chose qui n'arrive quasiment plus aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui. Oui, c'est vrai, quand je suis rentrée à la collection, c'était une toute petite équipe. L'équipe, aujourd'hui encore, n'est pas très grande pour le lieu. Mais il y avait vraiment un côté assez famille. Et c'est vrai qu'il y a encore des personnes qui y travaillent et qui sont là aussi depuis 20 ans. Donc, c'est une institution aussi qui... On a du mal à en partir. Donc ça n'a pas été évident. Et effectivement, j'ai eu beaucoup de chance de vivre cette expérience tout de suite après la sortie des études.
- Speaker #0
Avant de créer ton projet actuel qui s'appelle Studio Cocoromi, dont tu vas nous parler un petit peu juste après. Quand tu as quitté la collection Lambert ? Qu'est-ce qui s'est passé pour toi ? Qu'est-ce que tu as fait ? Comment est né ton projet ?
- Speaker #1
Déjà un petit peu avant de quitter la collection, j'étais en recherche justement d'introspection et de renouer avec cette créativité. Donc j'ai voulu essayer des petites choses, de m'autoriser en fait à créer. Donc un peu de dessin, un peu de céramique.
- Speaker #0
T'as pris des cours ou t'as fait ça par toi-même ?
- Speaker #1
Non. Alors pour le dessin, non, je n'ai pas pris de cours, mais pour la céramique, oui, je prenais des cours. Et pour être aussi guidée, puis avoir ne serait-ce que le matériel, parce que c'est vrai que pour la céramique, c'est un petit peu plus difficile de le faire chez soi. Et j'avais envie de me confronter un petit peu à ce que je pouvais ressentir si de nouveau je me mettais à écrire, à essayer des choses, et l'état dans lequel ça me mettait. était très agréable, vraiment un sentiment de légèreté, c'était quelque chose d'assez fort vraiment de bien-être. Et c'est là où je me suis dit qu'il fallait pousser aussi un petit peu, parce que j'avais envie de ressentir ça un petit peu plus souvent dans mon quotidien. Donc déjà, avant de quitter la collection, j'étais vraiment dans cette démarche de remettre un petit peu plus de créativité à chaque jour.
- Speaker #0
En testant des choses et voir ce que ça a.
- Speaker #1
Exactement. J'avais envie de m'autoriser à créer. Et ça, ce n'est pas si facile des fois de s'autoriser à faire des choses. Et puis vraiment à renouer avec ce que j'avais laissé de côté enfant et de me dire le fait que je pense aussi souvent à la créativité. à créer, à produire quelque chose, c'est que forcément, il y a quelque chose qui était là. Et j'étais très curieuse de découvrir ce que ça pouvait être. Donc, j'ai travaillé un petit peu sur ça avec beaucoup de plaisir et sans aucune attente, sans aucun objectif, juste de me faire plaisir. Et j'ai donc décidé de quitter la collection. Et c'est ça qui est un petit peu incroyable, c'est que je crois deux semaines après avoir annoncé mon départ, je tombe sur... Un post sur Instagram sur la création de motifs, l'école de la création de motifs de Pauline Arnault. Et là, il y a eu comme une évidence, comme une révélation. Et j'ai toujours été très attirée par la décoration, par l'illustration, par le beau, par les motifs, les papiers peints, etc. Les couleurs, les formes. les textures. Et ça, j'y avais déjà pensé, mais sans jamais me dire que ça ne me concernait pas. Je n'avais pas fait d'école d'art. Pour moi, c'était impensable.
- Speaker #0
C'était un autre monde. Complètement.
- Speaker #1
Ça ne me concernait pas du tout. Et pourtant, ça me fascinait. Ça me faisait vraiment rêver. Et donc, quand j'ai vu cette...
- Speaker #0
Il existait cette formation, je me suis dit mais c'est ça que je veux faire absolument et donc je me suis inscrite à cette formation qui est une très bonne formation, il y a tout un volet créatif, un volet aussi professionnalisant. Et donc ça a vraiment confirmé le fait de faire cette formation, ça a vraiment confirmé que je me sentais vraiment alignée. dans le design textile et surface et que c'était ça que je voulais faire.
- Speaker #1
Donc tu t'inscris à cette formation et tu es devenue quelques mois plus tard, on dit designer textile ?
- Speaker #0
Oui, il y a plusieurs termes effectivement, designer textile, pattern designer, créatrice de boutique.
- Speaker #1
Donc c'est des motifs qui peuvent... Être vendu à des marques, aussi bien pour de la papeterie que des collections de vêtements, tissus, c'est ça ?
- Speaker #0
Tout à fait, c'est ça. Généralement, on vend à des marques des motifs. Et ça peut être effectivement sur différents supports, papier peint, textile, mode, enfants, femmes, papeterie, des tapis. Enfin voilà, ça peut être tout un tas de supports.
- Speaker #1
Et comment tu t'es sentie quand tu étais en train de faire cette formation ? Ça a tout de suite été la révélation. Tu as adoré ce que tu étais en train de faire, j'imagine.
- Speaker #0
Complètement. Il y a vraiment eu un sentiment de bien-être. C'était assez exaltant. Forcément, j'ai appris tellement de nouvelles choses. Parfois, c'était assez inconfortable de ne plus rien maîtriser. au final, mais je crois que j'ai aimé parce que j'avais l'impression de ne plus être endormie et que je mettais un petit peu de sens dans ce que je faisais et c'était ce que je recherchais, je crois avoir quelque chose où chaque jour je me mettais à créer des motifs et j'apprenais de nouvelles choses et je crois que j'avais vraiment besoin de ça
- Speaker #1
Et ce sentiment de Un peu de syndrome de l'imposteur a vite été chassé au moment où tu t'es mise à fond dans cette formation ?
- Speaker #0
Oui, alors j'ai souvent, enfin souvent, c'est vrai que ce syndrome de l'imposteur, j'ai pu le ressentir parfois à la collection. C'est vrai, quand j'ai repris les catalogues, on a ce sentiment de ne pas être peut-être tout à fait... à sa place, légitime. C'est vrai qu'à plusieurs moments, j'ai pu ressentir un peu ce syndrome-là. Mais avec la création de Motif, à aucun moment, je ne me suis posé cette question. Ce qui est assez fou. Mais c'est vraiment un endroit où je me sens à ma place. Et c'est assez nouveau pour moi. Et c'est assez agréable.
- Speaker #1
J'imagine. Et est-ce que tu peux nous raconter un petit peu, quand tu crées un motif, concrètement, ça se passe comment pour toi ? Est-ce que ça part d'une couleur ? Est-ce que ça part d'une forme, d'une sensation, d'une ambiance, d'un souvenir, peut-être d'un mélange de plusieurs choses ?
- Speaker #0
Alors parfois, je pense à des motifs quand je m'endors le soir, quand je ferme les yeux après avoir vu... plein d'images, toutes les images de la journée et des motifs apparaissent, des couleurs, des formes. Donc j'essaye de les noter, mais c'est vrai que certains s'envolent un peu avec le sommeil. Mais il en reste encore quelques bribes le lendemain. Et puis, ça peut venir de plein de choses. Ça peut venir d'un film qui m'a touchée. Ça peut venir de... d'une photo, d'une œuvre, d'un paysage. Mais je crois que quand je crée un motif, ce qui va être la source vraiment de l'inspiration, ça va être une envie. L'envie de me projeter ailleurs, c'est-à-dire une après-midi à la campagne ou un pique-nique au bord de la mer. Un goûter dans un parc à Londres. J'ai l'impression de voyager un petit peu de cette manière-là, de voyager à la fois dans le temps ou dans l'espace et d'invoquer des moments que j'aimerais vivre. Et j'essaye de les recréer comme ça à travers les motifs et de raconter une histoire. Alors je suis la seule à connaître l'histoire, mais disons que ça... Si, si. Ça met une poésie qui me plaît et c'est souvent comme ça. Je trouve que les collections, en tous les cas pour le moment, naissent pour moi.
- Speaker #1
Et quand tu as envie de cette ambiance, par exemple d'un parc londonien, est-ce que tu vas rechercher des images qui vont t'aider à te projeter dans cette ambiance ? Trouver le petit détail que tu vas dessiner, qui va revenir, etc. Les couleurs, pareil, est-ce que tu as une technique, une méthode ? pour bien te projeter dans cet univers-là ?
- Speaker #0
Alors oui, je fais des recherches, beaucoup sur Pinterest, de recherches de différents éléments. Instagram aussi est toujours source d'inspiration. Mais effectivement, je vais regarder comme ça, je vais piocher un peu différents éléments que je vais associer ensuite avec des couleurs. Donc c'est vrai que je choisis des couleurs un peu... Voilà, selon mon envie, je fais des essais, voir si elles fonctionnent bien ensemble, si j'ai suffisamment de couleurs pour ce que je veux faire. Et ça naît un petit peu comme ça. Et donc, je commence à dessiner mes éléments. Et ensuite, je travaille la composition, la répétition sur l'ordinateur. Et je ne sais jamais vraiment à quoi va ressembler le dessin. donc parfois je suis un peu déçue un peu frustrée et puis des fois je suis assez contente mais c'est vrai qu'il y a une part d'incertitude et de d'inconnu de hasard et effectivement ça ne ressemble pas toujours même assez rarement à l'idée que j'en avais au départ mais c'est le c'est le jeu et du coup ça me plaît aussi de euh... de les laisser un peu vivre leur histoire.
- Speaker #1
Et ça t'arrive d'y revenir, de laisser quelques jours, et puis paf, tu reviens et tu sais directement comment agencer, et c'est mieux au bout de quelques jours ? Ou alors est-ce que c'est tout de suite...
- Speaker #0
Alors généralement non, quand je fais une collection de plusieurs motifs, je l'ai fait sur deux jours, le temps de dessiner. et de faire la composition, de créer les différents motifs. Et c'est vrai que souvent, je ne reviens pas dessus. Ça m'est arrivé une ou deux fois et finalement, ce n'était pas forcément très productif. Donc, c'est vrai que pour le moment, non.
- Speaker #1
Oui, mais tu fais très bien parce que je sais ce que c'est. Moi, je pense que je reviendrai sans cesse dessus. En fait, c'est sans fin quand... Justement, quand tu peux aller, on rechange les couleurs, on rechange la place. Et puis, au bout d'un moment, il faut se limiter. Donc, je pense que c'est une bonne chose que tu te limites à deux, trois jours.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et puis, c'est surtout quand je vois qu'il y a un motif qui ne prend pas. Je le mets de côté. Et peut-être que celui-là, dans quelques temps, je le reprendrai. Mais j'arrive assez facilement à mettre les motifs de côté. Oui,
- Speaker #1
oui. Et... Avant de te lancer, quand tu as décidé de quitter la collection Lambert, est-ce que tu avais un filet de sécurité ? Ou est-ce que tu as plongé directement dedans ? Par là, j'entends que quand on a ce genre d'envie de projet, que ce soit dans le milieu artistique ou pas, mais concrètement, comment ça se passe ? Est-ce que tu as eu une rupture conventionnelle ? Est-ce que tu avais de quoi te projeter pendant un certain temps ?
- Speaker #0
Oui, je suis partie, j'ai eu la chance de partir avec une rupture conventionnelle. qui m'a permis donc de toucher le chômage. Donc ça, effectivement, c'était une sécurité quand même importante. Mais sinon, je n'avais pas effectivement de... Pas de plan. Pas de plan, enfin vraiment...
- Speaker #1
Au moment où tu es partie, tu n'étais pas encore du tout dans cette formation.
- Speaker #0
Non, pas du tout. Je n'avais même aucune idée de ce que je voulais faire. Mais je sentais qu'il fallait que je parte pour que quelque chose arrive. Je ne pouvais pas, je n'arrivais pas à me projeter tant que j'étais à la collection. Et voilà, j'ai pris cette décision qui était un risque. Mais c'est vrai que le fait de pouvoir partir avec une rupture conventionnelle, le risque me semblait quand même limité et j'avais très envie. de vivre ça. Et donc, le doute et la peur ont été un peu atténués justement par cette curiosité. Et voilà. Donc, on verra après ce que l'avenir dira, si j'avais raison ou pas. Mais en tous les cas, je ne regrette pas du tout cette décision parce que j'ai... parce que j'ai... J'ai ressenti des choses qui m'ont nourrie et je trouve ça très important d'avoir ça.
- Speaker #1
Et donc là, on est au mois de mars et le mois prochain commence le Festival du Dessin à Arles. C'est la deuxième édition pour laquelle tu vas travailler pendant deux mois, à nouveau dans le métier que tu faisais avant à la Collection Lambert, donc travailler pour les cartels, etc. Est-ce que c'était plutôt pour l'aspect financier, pour te sentir un petit peu plus sécurisé pendant quelques mois ? Ou est-ce qu'il y avait l'idée de baigner dans l'univers du dessin et voir ce que ça pouvait venir nourrir dans ton nouveau métier de designer textile ?
- Speaker #0
C'est un petit peu tout ça. C'est vrai qu'on m'a proposé de travailler pour le Festival du Dessin, pour toute la partie signalétique, mise en page. Des cartels, des taxes de salles. Et donc, c'est la deuxième année que je le fais. Effectivement, financièrement, c'est important aussi parce qu'il faut pouvoir aussi vivre. Et ce n'est pas uniquement les motifs qui, pour le moment, pourront le faire. Et c'est aussi de commencer à développer un... mon activité de motif, mais aussi en tant qu'indépendante, et de pouvoir faire des missions comme ça, de graphisme ou autre, et d'aller à la rencontre aussi d'autres équipes, et ça je trouve que ça nourrit beaucoup, là c'est un festival de dessin, donc je reste un peu dans le même univers, et j'y suis très attachée, mais... C'est ça aussi que je trouve qui est assez chouette dans cette idée de devenir indépendante, c'est de pouvoir choisir aussi les collaborations. Et ça pour moi c'est important de travailler avec des gens avec qui c'est très agréable, et l'équipe du Festival du Dessin est très très chouette, et de développer d'autres collaborations comme ça. qui vont nourrir à la fois la création de motifs et me permettre aussi de pouvoir en vivre, pouvoir vivre de ça et mettre moins de pression aussi, je pense, sur la création de motifs. J'ai envie d'en vivre évidemment, mais je n'ai pas envie que ça devienne quelque chose de... de trop stressant et qui coupe aussi la créativité. Je suis en train de l'apprivoiser. J'ai envie de la faire perdurer et ça, je pense que c'est important de prendre un peu de distance et de cumuler. Je suis assez à l'aise et assez... J'ai envie de cumuler comme ça plusieurs choses. D'abord, cette liberté-là.
- Speaker #1
Effectivement, je n'avais même pas pensé, mais ça te fait... rencontrer beaucoup de monde, ça te fait sortir de ton bureau et puis je comprends cette chose de pas vouloir mettre tous ses œufs dans le même panier et de se dire bon bah si je fais plein d'autres choses à côté ça me permet de rester créative dans la création de textiles, pardon de motifs.
- Speaker #0
Complètement c'est tout à fait ça et c'est avec le... en étant... en collaborant avec d'autres personnes, que forcément des choses se passent. Et ça, j'en ai envie, vraiment. Et pour le moment, ça se passe bien. Donc ça, j'en ai honte.
- Speaker #1
Aujourd'hui, dans un univers très concurrentiel, et avec l'IA notamment, la multiplication des images, comment tu peux trouver ta place et ta singularité ? Est-ce que c'est quelque chose auquel tu as pensé et peut-être auquel on t'a formé ? dans ta formation ?
- Speaker #0
Alors, j'avoue que c'est vrai que pour le moment, je n'y pense pas du tout. Je pense que je suis encore un peu naïve et pleine d'espoir. Quand tu... Voilà, exactement. Mais je sais qu'effectivement, c'est un sujet. Mais c'est vrai que pour le moment, j'ai envie de me dire... que les rencontres, de belles collaborations, travailler avec des jolies marques. Je me dis que peut-être mettre de l'humain derrière les motifs, peut-être que c'est ça qui sera la clé. Et voilà, en tous les cas, j'ai envie de travailler vraiment avec des marques et où ça se passe bien et où on a envie de retravailler ensemble et où on a envie de raconter des histoires ensemble. Et voilà, je me dis que peut-être que ça, ça nous aidera à perdurer.
- Speaker #1
Certainement, je suis tout à fait d'accord avec toi. Et avant de clôturer cette interview, moi, je suis toujours curieuse de savoir comment naissent les projets,
- Speaker #0
mais aussi comment naissent les noms. Donc, pourquoi Studio Cocoromi ? J'avais envie d'un nom qui soit avec une sonorité assez douce et pétillante. Et j'avais envie d'un mot composé, je ne sais pas pourquoi. Et il fallait forcément que ça me parle, que ça ait du sens pour moi. Et je voulais vraiment que ça évoque la douceur, la tendresse. Et donc Coco, c'est le surnom de mon père. Et Romy est composé de la première syllabe des prénoms de mes enfants, Robinson et Mina. Et pour moi, ça évoque la tendresse, la douceur que j'ai envie de mettre dans mes dessins, mais aussi un peu la fantaisie, l'imagination. Et donc, pour moi, ça évoquait vraiment l'univers, ce que j'avais envie de raconter à travers les motifs.
- Speaker #1
Ok. Je me suis posé la question, parce que pour moi, Romy, c'était... J'étais sûre que c'était par exemple ta fille. Oui, non. Je me disais Coco, peut-être Corentin. Non, non, non. C'est chouette d'avoir l'explication. Ça me plaît toujours de savoir d'où ça vient. Tu nous as parlé un petit peu de tes projets pour plus tard, en tout cas pour les deux prochains mois. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
De continuer à créer. je pense de continuer à avoir cette envie de dessiner, de créer des motifs et puis de comme je le disais tout à l'heure vraiment de travailler avec vraiment des jolies marques et de développer de belles collaborations ça je pense que ça peut être chouette si ça se passe comme ça super,
- Speaker #1
on te souhaite Une belle réussite et je mettrai le lien de ton site dans les notes du podcast. En tout cas, allez voir les motifs que crée Aude sur le site Studio Kokoromi ou sur son Instagram. C'est ça.
- Speaker #0
Les deux.
- Speaker #1
Les deux. Et puis, tu as déjà écouté les premiers épisodes. On a le droit à notre petit moment Michoko. Oui. C'est parti.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Et merci beaucoup Aude. Merci à toi. Et à moi. Et à très bientôt. À bientôt. Salut. Salut. Salut. Alors,
- Speaker #0
ça a été ? Oui, ça a été. C'est toi. Oui, super.
- Speaker #1
C'est la fin de cet épisode. Merci beaucoup de l'avoir écouté. J'espère qu'il vous a inspiré, questionné ou peut-être donné envie d'explorer votre propre chemin créatif. Si cet épisode vous a plu, vous pouvez le partager autour de vous ou lui laisser une note sur votre plateforme d'écoute. Ça aide vraiment le podcast à se faire connaître. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée et me retrouver sur Instagram, arrobase lemoodboard.podcast. Continuez à observer, à ressentir, à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. À très vite pour un nouvel épisode.