- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ce qui inspire, de ce qui émeut, de ce qui nous pousse à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Je me souviens très bien du jour où j'ai rencontré Cindy pour la première fois. Je suis passée par hasard devant sa boutique, avec ma mère, et j'y suis entrée. En discutant avec elle, on s'est rendu compte qu'on vivait un moment assez similaire. On attendait toutes les deux notre premier enfant. Et assez vite, il y a eu un déclic, une sensation que je n'étais pas là par hasard. D'ailleurs, en sortant, ma mère m'a dit « C'est marrant, je te verrais bien travailler ici » . A l'époque, ce n'était absolument pas dans mes plans. Bien avant de comprendre son parcours, j'avais déjà ressenti quelque chose dans le lieu qu'elle avait créé. Cindy a fait œil très juste pour repérer les beaux objets durables et surtout pour les faire dialoguer entre eux. CQFD, qu'elle a fondé il y a plus de dix ans, est devenu bien plus qu'une simple boutique. Un lieu où rien n'est laissé au hasard. Dans cet épisode, elle raconte comment elle sélectionne les objets, mais aussi comment elle les met en scène pour raconter une histoire. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Cindy.
- Speaker #1
Bonjour Charlotte.
- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard.
- Speaker #1
Merci, merci de l'invitation.
- Speaker #0
On se connaît très bien.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On peut dire parce qu'on est amies depuis un peu plus de 12 ans maintenant.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et qu'on a travaillé ensemble pendant plusieurs années.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'avais envie de t'inviter pour parler d'une forme de créativité un peu différente. Celle qui ne consiste pas forcément à créer un objet, mais à créer un lieu. Mais avant d'en dire plus, j'ai une petite question à te poser pour démarrer. Si on devait épingler trois choses sur ton mood board du moment, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Alors, trois choses, c'est dur de choisir. Il y a beaucoup de choses dans ma tête. Je dirais d'abord Arles, parce qu'on y était hier. et que cette ville m'inspire beaucoup. J'aime beaucoup ce qui s'y dégage. Je me sens toujours très bien quand je visite cette ville. Il y a quelque chose d'assez beau entre le patrimoine assez ancré et la création contemporaine. Ce contraste, c'est à la fois qu'il marche très très bien. Ensuite, je mettrais Paris.
- Speaker #0
On reste plus dans les villes.
- Speaker #1
Ouais, je reste un peu dans les villes. Comme je pars la semaine prochaine, une semaine avec ma fille. C'est un petit peu dans ma tête parce que j'essaye de préparer au mieux le voyage. Et j'ai envie de voir plein de choses et de lui faire découvrir plein de choses. Donc voilà, je dirais Paris. Et j'adore aussi cette ville. Et en trois, je mettrais peut-être quelque chose de plus visuel. Comme l'affiche du Festival IN qui vient d'être dévoilée dernièrement, avec ce jaune qui m'a marquée, et ce point d'interrogation hyper graphique qui questionne. Du coup, je trouve que ça résonne pas mal avec ce que j'ai envie de faire dans mon quotidien, et me dire, tiens, on se pose des questions à tout moment, et ça m'a marquée. Donc je mettrai ça aussi.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu te souviens à quoi tu aimais jouer quand tu étais enfant ?
- Speaker #1
Alors, quand j'étais enfant, je jouais beaucoup... Je jouais beaucoup seule dans ma chambre, j'étais assez introvertie. Je passais des heures, des heures, soit à dessiner, j'aimais beaucoup dessiner, soit à jouer un petit peu au Barbie, à imaginer des scénarios, des histoires. Et aussi à découper des catalogues de vêtements par correspondance. J'habitais dans un village et je m'amusais à découper les silhouettes. et d'ancrer des nouvelles que je recollais sur des papiers. Et je créais des petites histoires de type roman photo avec des personnages qui se côtoyaient, qui se racontaient des choses. Et voilà, je me rappelle que ça me prenait beaucoup de temps. J'aimais beaucoup construire ces petits scénarios-là.
- Speaker #0
Et à ce moment-là, tu avais ton rapport à l'art ou à la créativité, c'était quoi ?
- Speaker #1
Du coup, quand j'étais plutôt enfant, donc avant, je voulais...
- Speaker #0
Ouais, voilà, tu es née d'un village, donc est-ce qu'il y avait un peu un accès, je ne sais pas, à des expositions ? Ou est-ce que tu as été baignée dans un univers un peu artistique ? Ouais,
- Speaker #1
alors pas tant petite, mais mon père peignait et dessinait beaucoup. Et je pense que c'est comme ça que j'ai eu un peu le goût de dessiner. Et du coup, c'est vrai que c'était un petit peu présent au quotidien à la maison, parce qu'on dessinait, il peignait, il faisait de la peinture sur l'ose à l'époque.
- Speaker #0
De la peinture sur quoi ?
- Speaker #1
Sur l'ose. C'est assez drôle. C'est des pierres, des ardoises qu'on met sur les toits. Alors, c'était plutôt de la reproduction, vraiment. Assez fidèle de photos ou de tableaux qui reproduisaient en peinture sur des pierres, sur des lozes. Et ça faisait un élément un peu purement décoratif que les gens achetaient pour poser chez eux. Et il avait aussi des commandes de gens qui leur déposaient les photos de leurs chiens. Ils voulaient que mon père reproduise à la fois la photo du chien sur une loze. C'était assez drôle. Donc ça, c'était assez présent. Et on prenait... Après, j'ai pris des cours de dessin assez vite. Alors, je ne me rappelle pas exactement quand. Je pense que c'était fin de primaire, début de collège. Et donc, on prenait des cours de dessin ensemble. Donc, c'était des cours via son CE d'entreprise, de nature mort, de personnages. Voilà, donc ça, je dessinais beaucoup. Et j'étais aussi très attirée par la bande dessinée. On lisait beaucoup de BD à la maison. Et je reproduisais ces personnages en dessin le plus fidèlement possible. Au début, pas d'idée d'histoire, mais plutôt l'idée de dessiner au mieux et de reproduire au mieux le personnage.
- Speaker #0
Et est-ce que quand tu étais petite, tu avais déjà des idées ou des envies de métier ?
- Speaker #1
Alors, comme j'ai dessiné depuis toute petite... Pour moi, ça a été assez naturel de me dire que plus tard, je ferai quelque chose là-dedans. Qu'il y aurait toujours cette idée d'avoir le dessin dans ma vie. Au début, je ne me posais pas trop de questions. Et puis, plus je grandissais, plus la BD m'attirait fortement. Et souvent, quand j'étais petite, les gens me posaient la question. Je dirais, je serais dessinatrice de bande dessinée. Ça, c'est revenu vraiment pendant très, très longtemps. Donc oui, c'était comme une évidence. Je n'avais pas vraiment peur. Je ne me posais pas la question de me dire qu'est-ce que je vais faire de ma vie. Pour moi, c'était assez simple que ça irait dans ce sens-là, dans le dessin et dans la bande dessinée, dans l'illustration.
- Speaker #0
Ok. Donc j'imagine que ça t'a peut-être aidé à décider un peu de tes études. Est-ce que tu peux nous parler justement de ton parcours ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors du coup, assez facilement. Au lycée, j'ai fait une option art plastique. Et ensuite, à la fin du lycée, je fais pas mal de peinture et je suis rentrée naturellement à l'école des beaux-arts pour la première année. Donc, c'était passionnant et à la fois, je me suis assez rapidement pas senti à ma place dans le sens où où c'était un monde que je découvrais qui était vraiment très différent du monde dans lequel j'avais grandi. Et il y avait quelque chose de très conceptuel qui me dépassait un petit peu à l'époque. Je pense que je n'étais pas assez mature pour cette école-là à ce moment présent et que j'avais une idée plutôt assez simple de l'art et de se faire plaisir autour du dessin, de la peinture, d'essayer de tout. nouveaux supports, matières, etc. Mais du coup, il y a un truc qui m'a un peu freinée. Je me suis dit il y a un truc que je ne comprends pas. Il va falloir que... Enfin, ce n'était pas assez concret pour moi. Donc, très vite, pendant cette année, j'ai essayé de chercher une autre voie avec quelque chose qui peut-être avait plus de sens pour moi à l'époque. Et donc j'ai découvert les arts appliqués et j'ai postulé vers une voie de design appliqué. Alors ça a été au début une prépa pour l'art appliqué et ensuite, ça a été d'ailleurs très intéressant, j'ai découvert tous les métiers des arts appliqués et c'est là où ça a vraiment ouvert le champ des possibles pour moi. J'ai fait du stylisme, de l'art graphique, du design textile. style, de l'objet. Et là, j'ai vraiment découvert qu'à partir de quelque chose qui me faisait vibrer, il y avait tout un éventail de métiers qui s'ouvraient. Le plus difficile, peut-être, c'était de choisir, parce que j'ai adoré cette année où on a touché un peu à tout et tout m'a tirée. J'avais vraiment l'impression que tout m'a tirée à ce moment-là, mais il fallait faire des choix. Donc, après cette prépa, il fallait postuler à quelques écoles, mais il fallait forcément trouver une formation plus définie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, entre design graphique, design d'objets, design textile, stylisme. Donc, j'étais quand même assez attirée par tout ce qui était typographie, graphisme. Je me rappelle avoir fait des photomontages à la maison. Pour la famille, j'offrais des cadeaux de unes de magazines où je mettais en scène la famille avec des gros titres, le jeu graphique, des typos, etc. Voilà, donc j'ai postulé plutôt dans des formations de design graphique et aussi en design d'objets. Et à partir de là, je visais quand même une école à Lyon qui me plaisait bien, une formation qui était quand même assez renommée. Et j'avais quand même l'envie d'intégrer cette école.
- Speaker #0
C'est la Martinière. Oui, à la Martinière. La Martinière, oui.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc, je n'ai pas été prise en design graphique. Par contre, j'ai été prise dans cette école en design produit. Et donc, du coup, j'ai préféré à ce moment-là intégrer l'école sur cette formation qui peut-être était moins mon attirance de départ que qu'elle est ailleurs en design graphique. Donc, j'ai intégré la martinière. Donc, ça, c'était vraiment deux années incroyables où j'ai appris plein de choses sur qu'est-ce qu'un objet, comment créer l'objet de A à Z, le choix des matériaux, le choix... vraiment tout apprendre sur le processus de création de tous les objets qui nous entourent. Donc, ça a été hyper riche. Et à la fin de cette école, j'ai voulu compléter ma formation avec une spécialité en éco-conception pour intégrer toute la vision environnementale dans le processus de création. Donc, vraiment l'idée de... de se dire qu'un objet va être créé, mais on essaye d'infiner qu'il ait le moins d'impact sur l'environnement. Donc, pareil, une formation très, très intéressante qui a un petit peu défini ce que je suis maintenant, peut-être.
- Speaker #0
Et c'était les tout débuts, parce que là, on est dans les années 2009-2010.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
ça doit être ça. On n'en entendait pas parler autant que maintenant. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. C'était nouveau. C'était assez nouveau, la formation était toute nouvelle. C'était la première formation, c'était dans le Jura, à Dôle. Et oui, c'était une vision un peu nouvelle. C'est vrai que c'est ces moments-là où il y avait beaucoup d'objets qui venaient de partout et on commençait à se poser la question de tout ce déchet qu'on commençait à créer. Et c'était très important en tant que designer. de pouvoir faire attention à son environnement pour créer tous les objets qui nous entourent.
- Speaker #0
Et après ces études-là, est-ce que tu peux nous parler de ton premier job vraiment de designer ?
- Speaker #1
Oui, donc après ces études, après cette formation, j'ai tout de suite trouvé du travail rapidement à Dijon dans une agence de signalétique. Une agence de signalétique qui faisait partie d'un gros groupe. Mais l'agence de Dijon était plutôt dédiée à l'enseigne de commerce. Et on avait quand même des gros contrats avec des concessions. Donc j'ai jonglé à la fois sur des petits projets d'enseigne de commerce ou de cabinet dentaire. Et des gros chantiers de signalétique sur... sur des sites où il fallait définir la circulation des travailleurs sur des gros sites pour que ça soit le plus simple possible. Donc vraiment hyper riche, hyper formateur. Mais donc j'ai fait ça pendant quatre ans. Pendant quatre ans et à la suite de ça, j'ai décidé de rejoindre mon conjoint qui était à Paris. et quand on est dans ces jobs-là. On sait qu'à Paris, c'est beaucoup plus facile de trouver du travail. Donc voilà, je n'avais pas une attirance particulière. J'avais une attirance pour les villes en règle générale, mais Paris m'attirait sans la connaître plus que ça. Et donc, j'ai trouvé un job dans un gros groupe d'électroménagers pour travailler un peu sur du produit, un peu plus différent de la signalétique. Donc, il y avait quand même un gros travail de graphisme. Je faisais des pictos, on refaisait des interfaces de l'électroménager. Et aussi, je travaillais sur le petit électroménager, donc tout ce qui est bouilloire, machine à café, grille-pain, balance de cuisine. C'est un travail un peu particulier de restyle à la marque. L'idée, c'était que c'était des produits qui étaient fabriqués très loin de chez nous, en Asie, qu'on me posait un peu sur le bureau et on me demandait de le restyler à l'image de la marque. L'impact qu'un objet pouvait avoir sur l'humain, sur l'environnement, aller créer des choses qui sont fabriquées très loin de chez nous, forcément, c'est un coût pour quelqu'un. derrière et que on pouvait pas continuer comme ça à sortir des objets pas chers mais forcément ça dessert quelqu'un derrière quoi donc voilà ça a été un choix d'arrêter et de penser l'avenir différemment ok et est-ce que c'est à ce moment là que t'as eu une prise de conscience et que t'as voulu créer ton propre projet Oui, alors ça a été un peu un concours de circonstances parce que du coup, on avait l'opportunité de quitter Paris pour revenir dans le sud, dans notre région d'origine. Et là, pour moi, c'était assez clair que la suite de mon parcours devait se recentrer sur l'idée de promouvoir des objets qui, à mon sens... sont bien pensés, bien construits, ont un faible impact sur l'environnement et ont pour moi plus de sens. Donc assez rapidement, je me suis dit, tiens, comment mettre en lumière ces objets qui pour moi ont plus de sens ? Et donc je me suis dit que j'allais ouvrir mon espace avec une sélection d'objets que j'aime. qui sont créés de manière raisonnée, raisonnable. Et assez facilement et assez vite, je me suis dit que le fait de pouvoir mettre en avant des produits qui sont fabriqués proches de chez moi, ça allait être la clé et le point de départ. Donc voilà, j'ai commencé à construire toute une idée d'objet qui serait... fabriqué en France, en définir cette zone géographique déjà comme point commun de tous ces objets, pour limiter déjà l'impact sur l'environnement par son transport. Et parce que pour moi, c'était plus simple aussi de pouvoir rencontrer les créateurs, de pouvoir connaître les histoires de ces objets, de ces produits, et parce qu'in fine, j'avais quand même une émotion toujours qui se dégageait. Quand on me racontait l'histoire d'un objet et de par qui il est créé, le savoir-faire, le choix des matériaux, forcément ça résonnait en moi. Il fallait que je puisse montrer aux autres qu'en fait le choix d'un objet n'est pas anodin et qu'on a toujours plus de plaisir à s'entourer de belles choses et d'objets qui ont du sens et qui en tout cas ont du sens pour nous. donc voilà, c'est comme ça que... que j'ai ouvert cette boutique.
- Speaker #0
Qui s'appelle donc CQFD à Ville. Voilà,
- Speaker #1
c'est fait. CQFD qui était au tout début une petite boutique de 60 mètres carrés et qui mettait en scène des objets, des beaux objets du quotidien, comme j'aimais les nommer. Donc ça a été au début riche en rencontres avec les créateurs, avec... pour essayer de retranscrire au plus juste les produits aux clients. Et puis, un plaisir pour moi de raconter ces histoires et de mettre ces objets en scène dans un lieu, dans un petit lieu.
- Speaker #0
Donc, c'est ça. Finalement, tu as créé un lieu plutôt que designer un objet.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Tout à fait. Et c'est drôle parce que souvent, une question qui revenait, c'était « Mais du coup, qu'est-ce que tu veux créer ? Quel objet tu veux créer ? »
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu vas fabriquer ?
- Speaker #1
Et souvent, j'arrivais pas à répondre à cette question. Parce que je voulais pas créer un énième objet. L'idée, c'était... On crée pas un objet pour créer quelque chose. L'idée, c'est qu'il faut quand même analyser nos modes de vie, analyser plein de choses pour savoir ce qu'on va créer, quels sont nos besoins. Mais oui, je me disais pas que j'allais créer un meuble. de la papeterie, de l'art de la table, etc. Je lavais profondément cette idée de création, mais pas sur un objet en particulier.
- Speaker #0
Et justement, ça m'amène à la prochaine question. Souvent, on pense que la créativité, c'est fabriqué. Toi, tu crées en sélectionnant. Comment tu vois ça, ce côté sélection ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai été formée plutôt à créer des objets. Mais au final, ce qui m'intéresse et ce qui me parle plus, c'est raconter l'histoire de l'objet, son usage, comment il s'inscrit un peu dans notre quotidien. Et c'est cette part de là qui prend un peu le dessus, plus que la création. pur d'un objet.
- Speaker #0
Pour raconter peut-être un peu aux gens, par exemple, tu travailles avec une marque de papeterie, ils vont te proposer une collection, mais toi, ton regard va faire que tu vas choisir que un certain nombre d'objets. Et ça, c'est unique. C'est ce qui rend en tout cas ces QFD uniques. C'est vraiment le choix que tu vas faire qui est assez exigeant et qui répond à un espèce de cahier des charges.
- Speaker #1
Oui, tout à fait, c'est assez bien dit.
- Speaker #0
On sent que j'ai travaillé là-dedans,
- Speaker #1
que tu as fait partie de l'équipe. Oui, c'est vrai que c'est tout à fait ça. C'est qu'après quelques années, la sélection s'affine et que forcément, mon regard va être attiré par l'émotion que va me procurer cet objet, le fait qu'il va vraiment s'inscrire dans mon cahier des charges initiales. aussi et surtout parce qu'il va complètement résonner avec le reste de la sélection et s'intégrer complètement avec la sélection. Et du coup, c'est vrai que ça construit au fil de l'eau une sorte d'environnement qui, je l'espère, est le plus cohérent ou en tout cas qui dégage quelque chose un peu personnel, un peu de moi, mais qui crée une ambiance ce... Où en fait, l'idée, c'est que je veux que les gens vraiment puissent circuler dans l'espace et que tout leur semble assez juste, cohérent et à la fois qu'ils puissent être interloqués par un objet qui va vraiment les attirer et qu'après, moi, je vais pouvoir être là à leur parler de l'objet et leur en dire un peu plus.
- Speaker #0
Parce que ce qu'on n'a pas dit, c'est que... Donc, tu parlais de la petite boutique qui faisait 30 mètres carrés ? 60, pardon. 60 mètres carré, mais qui maintenant en fait 300. Il y a une grosse bascule. C'est tout un univers immense à imaginer par petites pôles, etc. Il y a un énorme travail de sélection. Et choisir, c'est renoncer. C'est un peu ça. La facilité serait de tout prendre chez tel créateur. Alors qu'en fait, ça ne fonctionne pas comme ça. Il faut que ce soit cohérent, comme tu disais.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est vrai qu'il y a cette cohérence-là qui est importante. Et passer de 60 à 300 mètres carrés, c'est vrai que ça a été un gros challenge. Mais ça a été cette envie aussi d'aller un peu plus loin et de me challenger sur... tout simplement envie de montrer plus. J'étais presque à l'étroit. Tu étais limitée en fait. J'étais un peu limitée. Et il y a beaucoup de sujets qui m'intéressaient. Je n'avais pas envie de me cantonner qu'à des petits objets, mais j'avais envie de montrer des plus grosses choses, du mobilier. Et à la fois aussi, il y avait ce côté budget qui était quand même très ancré. On sait ce que c'est la vie, les gens regardent quand même. assez facilement le prix avant de regarder l'intérêt de l'objet. Et j'avais aussi profondément envie de montrer que ce n'est pas forcément plus cher aujourd'hui de consommer des beaux objets du quotidien qui sont fabriqués de manière durable, proche de chez soi. Et qu'il faut peut-être écarter la part du prix pour pouvoir... Vraiment expliquer l'objet dans son intégralité pour pouvoir faire un choix. Et puis, c'est pour ça que la sélection, j'avais envie qu'elle soit très, très large et qu'il y ait à la fois des stylos bic à 1 euro, mais aussi des magnifiques tables alky à 3 000 euros. Mais on n'est pas dans le même... Ce n'est pas le même sujet, mais ça me permettait, moi, de toucher aussi les gens, des gens divers et variés, et de faire passer des messages sur... Avant de sélectionner, avant de choisir un objet pour chez vous, posez-vous aussi des questions de quelles émotions il va le dégager. Mais est-ce que vous n'avez pas envie d'objets qui ont une histoire aussi et qui ferait partie chez vous de votre environnement ? Donc voilà, ça c'était important. Et puis je pense aussi à autre chose. Quand tu me parles de passer de 60 mètres carrés à 300, C'est vrai que j'avais à l'époque l'envie de retrouver un travail d'équipe. Je me sentais un peu seule dans cette boutique et j'ai toujours travaillé en équipe, soit pendant ma formation de designer ou après dans mes autres jobs. Et je trouve qu'on va tellement plus loin quand on travaille ensemble et quand on est entouré de personnes que j'avais vraiment cette envie de retrouver. trouver le travail d'équipe. Et donc là, 300 mètres carrés, forcément,
- Speaker #0
je ne pouvais plus être seule. Il faut préciser qu'en plus, dans ce lieu, c'est assez atypique. C'est qu'il y a un café et restaurant et un studio de yoga. Donc ça crée en plus un univers vraiment qu'on n'avait jamais vu ailleurs. Et voilà, un cocon et le fait que tu puisses travailler avec plein de gens autour.
- Speaker #1
Oui, l'importance de créer une atmosphère, une ambiance, un lieu avant tout où les gens pourraient se sentir bien. Parce que quand on doit choisir quelque chose pour chez soi, pour moi, c'est quand même assez important d'arriver avec un sentiment de zénitude, de se sentir bien et on voit les choses vraiment différemment après. Et voilà, ce lieu de vie, il est là pour ça. C'est à la fois un lieu de passage, un lieu d'échange. Mais voilà, on a plaisir à voir les gens circuler dans l'espace.
- Speaker #0
Et venir des fois juste pour s'inspirer parce que c'est hyper beau.
- Speaker #1
Tout à fait, oui.
- Speaker #0
Et quand tu choisis un objet, qu'est-ce que tu regardes en premier ? Est-ce que c'est l'esthétique, l'histoire, l'émotion que ça te procure ? Peut-être l'utilité parfois ?
- Speaker #1
Oui, c'est un peu tout ça. Souvent, la première chose, ça va être l'émotion qui va dégager. L'émotion que je vais avoir en le voyant. Et puis... Très rapidement, ça va être l'histoire. Je vais vouloir en savoir plus, savoir d'où il vient, par qui il a été créé. Donc ça, c'est très important. Et après, oui, la façon, forcément. Est-ce qu'il va s'intégrer avec la sélection ? Est-ce qu'il va pouvoir cohabiter ? Est-ce qu'il aura du sens dans cette sélection ? Je pense que c'est vraiment les trois piliers forts. La sensibilité que je vais avoir par rapport à son esthétique. La première chose qui va vraiment me toucher. Et après, l'histoire et enfin la finalité de savoir s'il va résonner dans l'espace.
- Speaker #0
Pour créer tes scénographies, tes vitrines, comment et où tu puisses ton inspiration ? Est-ce que c'est dans des expos ? Est-ce que c'est par des artistes ? Peut-être tes voyages, Instagram, tes livres ? Comment ça marche ?
- Speaker #1
L'inspiration, en général, elle se fait beaucoup par les rencontres, par les voyages, dès que je peux m'aérer un peu l'esprit, les expos, les musées, juste me balader aussi, porter mon regard sur autre chose que la boutique.
- Speaker #0
Est-ce que tu prends des photos ou des notes quand tu as une idée qui va pouvoir devenir une petite scénographie d'un boutique ?
- Speaker #1
Oui, je prends facilement des photos.
- Speaker #0
Je prends facilement des photos, mais souvent l'inspiration ne vient pas forcément de boutique. Je ne vais pas dans une boutique pour essayer de trouver des résonances pour la mienne. C'est plutôt hyper large, mais ça va être une visite d'expo et la scénographie va me parler. Souvent, c'est ce qui va m'aider à mettre en scène l'objet dans l'espace. Parce que c'est vrai que souvent, je vois un peu la boutique comme un musée et que j'aimerais que tous ces objets soient un peu sur un piédestal et qu'en fait, tout autour, il y ait toute une explication pour que les gens le comprennent vraiment bien avant de pouvoir le choisir. Alors oui, il y a cet aspect, le vivre ensemble, les objets qui sont ensemble, mais c'est Quand même, ce que j'aime aussi dans les vitrines, c'est pouvoir les faire cohabiter, mais les mettre un peu sur un piédestal. Donc oui, ça ne devient pas forcément une scène de genre, une petite nature morte contemporaine avec tous ses objets, des fois. J'aime aussi avoir quelque chose de beaucoup plus minimaliste. où le lien n'est pas évident au premier regard, mais ça va être un lien par la couleur ou un lien par la forme. Et ça, l'aspect vitrine est hyper intéressant et ça nous permet aussi d'aller au-delà et de faire parler de manière différente notre créativité.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ça, c'est une forme de créativité, justement, de construire une petite histoire, de construire une vitrine.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimerais que les gens ressentent en rentrant chez ces QFD ?
- Speaker #0
Déjà, c'est hyper agréable. C'est un lieu qui est agréable. Les gens nous font souvent leur retour de nous féliciter pour l'ambiance, pour la sélection, pour le fait qu'ils s'y sentent bien. Et ça, c'est le meilleur des retours. C'est quelqu'un qui me dit « Ah, merci » . J'ai passé un moment formidable. Vous n'achètez rien, juste de venir un peu balader. Tout à fait, on se sent bien chez vous. On se sent bien chez vous. Ça, je me dis, il y a quelque chose déjà qui est gagné. Et après, c'est le client qui va revenir et qui avait été touché par une histoire et qui a commencé, ça a fait un petit bout de chemin dans sa tête et qui pense. à ses cadeaux et à venir chez nous et pour pouvoir ensuite faire parler d'histoire chez lui et puis chez les autres, ramener un petit bout d'histoire de ces QFD.
- Speaker #1
Et quelles seraient tes envies pour la suite ?
- Speaker #0
Mes envies pour la suite, c'est de continuer de rencontrer des créateurs. et de continuer à raconter des histoires, des objets. De continuer ma route entourée de beaux objets du quotidien et à raconter de belles histoires.
- Speaker #1
On arrive à la fin de ce podcast et tu le sais maintenant, il y a une petite tradition. Comme on a parlé d'enfance, je t'ai ramené ma madeleine de Proust, qui est le Michoko. Je t'invite à en prendre un et on va se quitter là-dessus.
- Speaker #0
avec plaisir,
- Speaker #1
merci et merci beaucoup pour cet échange c'était un plaisir de discuter créativité avec toi et surtout j'espère qu'on va retravailler ensemble parce que t'es très riche et très inspirant. Merci beaucoup Charlotte à bientôt c'est la fin de cet épisode merci beaucoup de l'avoir écouté j'espère qu'il vous a inspiré questionné ou peut-être donné envie d'explorer votre propre chemin créatif Si cet épisode vous a plu, vous pouvez le partager autour de vous ou lui laisser une note sur votre plateforme d'écoute. Ça aide vraiment le podcast à se faire connaître. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée et me retrouver sur Instagram, arrobase lemoodboard.podcast. Continuez à observer, à ressentir, à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. À très vite pour un nouvel épisode.