Speaker #0Bienvenue sur le podcast de la Souveraineté Personnelle. Le podcast qui vous accompagne à redevenir roi et reine en votre royaume. Je suis Sylvie Renoulet, psychopraticienne et sophrologue, et je vous accompagne sur le chemin de votre souveraineté. Vous écoutez l'épisode numéro 37, faire confiance à son intuition sans renoncer à son discernement. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de mon podcast consacré à la souveraineté personnelle. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'intuition. Les phrases suivantes vont sûrement vous rappeler quelque chose. Ce projet, je le sens bien. Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que... J'aurais dû écouter ma première impression. Alors moi, je me méfie de mes ressentis parce que je sais que je peux m'inquiéter pour un rien. Et là, des tas de questions émergent. Est-ce que tout ce que je ressens est forcément juste ? Quelle différence entre une peur et une intuition ? Entre une intuition et une impulsion ? J'ai eu récemment cette réflexion avec une cliente. Une personne qui a longtemps fonctionné dans une forme de vigilance permanente. Observer, analyser, prévoir ce qui pourrait mal se passer, essayer de garder le contrôle. Et puis, au fil de notre travail ensemble, nous avons commencé à faire émerger une possibilité différente. Et si elle n'avait pas besoin de surveiller constamment son environnement pour être en sécurité ? Et si elle pouvait relâcher une partie de cette vigilance, tout en restant attentive aux signaux qui, lorsque quelque chose mérite réellement son attention, apparaissent spontanément ? Cette distinction m'a semblé particulièrement intéressante. Parce qu'entre ne rien voir et tout surveiller, il existe peut-être une troisième possibilité. Être disponible. Disponible à soi, disponible à ce qui nous entoure, disponible à un signal lorsqu'il apparaît. À ce stade, il est peut-être important de bien comprendre de quoi l'on parle. Qu'est-ce que l'intuition ? On la présente parfois comme une sorte de sixième sens mystérieux. Je vais laisser de côté cette dimension-là pour aujourd'hui. D'un point de vue psychologique, on peut considérer l'intuition comme une forme de jugement rapide qui apparaît sans que nous ayons consciemment accès à toutes les étapes du raisonnement qui l'ont produit. Notre cerveau traite en permanence énormément d'informations. Il compare, il reconnaît des régularités, il rapproche ce qu'il perçoit aujourd'hui de milliers d'expériences antérieures. Et parfois, le résultat de ce traitement arrive à notre conscience sous une forme extrêmement simple. Quelque chose ne va pas. Ou au contraire, je sens que cette option est la bonne. Le psychologue Daniel Kahneman, connu notamment pour ses travaux sur les biais cognitifs et les limites de nos jugements intuitifs, et Gary Klein, spécialiste quant à lui de la décision intuitive chez les professionnels expérimentés, notamment les pompiers, infirmiers, militaires, ont confronté leurs approches sur cette question. Leur point de rencontre est intéressant. D'après eux, l'intuition peut être très pertinente. mais pas dans n'importe quelle condition. Voici leur conclusion. L'intuition peut devenir très pertinente lorsque nous évoluons dans un environnement présentant certaines régularités et lorsque nous avons eu suffisamment d'occasion d'apprendre de nos expériences et d'obtenir du feedback. Outrement dit, plus simplement, L'intuition d'un professionnel expérimenté dans son domaine n'est pas nécessairement quelque chose de magique. Elle peut être une reconnaissance extrêmement rapide de configurations déjà rencontrées, par le passé donc, sans que la personne sache immédiatement expliquer ce qu'elle a détecté. Et ils ajoutent quelque chose d'essentiel. Le fait de ressentir une grande certitude intérieure ne garantit absolument pas que notre intuition soit juste. Donc, une intuition est une information, pas une preuve. Je crois que cette phrase pourrait être notre fil rouge aujourd'hui. Prenons un exemple. Vous rencontrez quelqu'un. Cette personne est aimable, sympathique, polie. Elle ne dit rien de particulièrement inquiétant. Et pourtant, quelque chose en vous se crispe un peu. Vous ne savez pas encore pourquoi. Votre première réaction pourrait être « Je suis totalement parano. Il n'y a aucune raison de me méfier. » Ou à l'inverse, « Mon intuition me dit que cette personne est dangereuse. » Donc elle est dangereuse. Je vous proposerai personnellement une troisième voie. J'ai perçu quelque chose, je vais en tenir compte et observer. Je ne nie pas mon ressenti, mais je ne le transforme pas immédiatement en conclusion. Je reste attentive. Peut-être vais-je ensuite remarquer une incohérence dans son discours, une attitude différente quand d'autres personnes sont présentes. Une tendance à ne pas respecter des limites que j'ai pourtant posées. Bref, des comportements objectifs qui confirment mon malaise. Et peut-être aussi que rien ne viendra le confirmer. Et que je comprendrais que cette personne avait peut-être simplement une manière de parler ou de se comporter qui réactivait chez moi quelque chose d'ancien. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce point un peu plus tard. C'est cela pour moi. Le discernement, qui est, vous le savez, un élément fondamental de la souveraineté personnelle. Écouter le signal sans lui laisser automatiquement le pouvoir de rendre le verdict. Et notre corps joue probablement un rôle important dans ce processus. Nous avons déjà parlé dans ce podcast de notre capacité à percevoir ce qui se passe à l'intérieur de notre organisme. C'est ce qu'on appelle l'interoception. Le rythme cardiaque, la respiration, la tension musculaire, la chaleur, le froid, un resserrement dans la gorge, une sensation abdominale, bref. Les travaux sur cette interoception montrent que le cerveau intègre constamment des informations provenant du corps et qu'ensuite il intègre ces informations dans le processus de cognition. Donc, ces signaux corporels qui sont, nous en avons déjà parlé, très reliés à nos émotions, peuvent contribuer à la prise de décision par notre cerveau. Antonio Damasio, célèbre neuroscientifique qui a notamment beaucoup travaillé sur les émotions, a popularisé cette idée avec son hypothèse des marqueurs somatiques. Selon ses travaux, certaines expériences produiraient des signaux émotionnels et corporels qui pourrait ensuite orienter rapidement nos décisions dans des situations complexes. Alors, cette hypothèse est très étayée, mais il faut dire qu'elle a également été discutée et critiquée dans la recherche. Je préfère donc éviter la formule simpliste qui consisterait à dire que le corps sait toujours avant le cerveau. Ce serait aller trop loin en l'état actuel des recherches. Le corps nous informe, c'est certain. Mais là encore, quelle conclusion je décide de tirer de cette information ? Parce qu'un corps qui a beaucoup appris à se protéger peut également envoyer beaucoup de signaux d'alerte. Et c'est ici qu'il me paraît intéressant de distinguer intuition et hypervigilance. Lorsque nous sommes hypervigilants, notre attention fonctionne un peu comme un radar réglé sur une très grande sensibilité. Elle cherche ou elle dangere. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Est-ce que quelque chose a changé ? Pourquoi cette personne a-t-elle fait cette tête ? Pourquoi ne répond-elle pas ? Est-ce que j'ai oublié quelque chose ? Les recherches sur l'anxiété distinguent justement l'attention sélective portée à une menace identifiée de l'hypervigilance qui consiste davantage à une surveillance élargie et excessive de l'environnement à la recherche d'un danger potentiel. Et cela donne une distinction que je trouve vraiment très parlante. La vigilance permanente cherche un problème. L'intuition remarque quelque chose. Ce n'est pas tout à fait pareil. L'on est déjà mobilisé avant même qu'un signal existe ? L'autre apparaît éventuellement lorsqu'un signal est perçu. Je vais vous proposer une image. Imaginez que vous habitez dans une maison équipée d'un système de protection. Vous pourriez passer toute votre journée devant les écrans de caméra. Est-ce que quelqu'un arrive ? Qu'est-ce que c'est que cette ombre ? Est-ce que cette voiture passe trop lentement ? J'ai entendu un bruit ? Vous seriez probablement épuisé à la fin de la journée. Ou alors, vous pouvez avoir un système suffisamment fiable pour vaquer à vos occupations, tout en sachant qu'en cas d'information inhabituelle, une alarme se déclenchera et votre attention sera attirée. Ce n'est évidemment qu'une métaphore, mais elle rejoint exactement ce dont je parlais avec cette cliente que j'évoquais tout à l'heure. Je n'ai peut-être pas besoin d'être constamment sur mes gardes pour être attentive. Il y a même un paradoxe. Lorsque nous relâchons un peu la surveillance permanente, nous récupérons de la disponibilité attentionnelle. Nous sommes davantage présents à ce que nous faisons, à notre corps, aux autres, à notre environnement, et il devient parfois plus facile de remarquer ce qui mérite réellement d'être regardé. Cela peut créer un cercle vertueux. Moins de vigilance permanente, donc moins de mobilisation inutile, donc davantage de disponibilité, donc une meilleure capacité à percevoir les informations pertinentes. Et progressivement, davantage de confiance dans notre capacité à réagir quand cela devient nécessaire. Alors concrètement, comment distinguer une intuition pertinente d'une peur irrationnelle ? Je vous propose quelques repères, avec une précision toutefois. Il n'existe pas de test infaillible, mais on peut quand même apprendre à observer. Premier repère, regardez la forme de l'information que vous recevez. La peur produit souvent beaucoup de scénarios catastrophes. Et si... Et si ensuite il se passait ça ? Imagine que... Peut-être qu'en fait il veut faire ceci ou cela. La peur fabrique facilement toute une histoire qui ne repose souvent sur pas grand chose. Une intuition est en général beaucoup plus simple. On se dit « là, quelque chose me gêne » . Point. Il n'y a pas forcément 50 arguments, pas encore de scénario élaboré, juste un signal. Alors, lorsqu'une sensation apparaît, observez-la et demandez-vous « qu'est-ce que je sais réellement avant que mon mental commence à raconter l'histoire ? » Deuxième repère, distinguer l'intuition de l'impulsion. Une impulsion nous dit souvent de faire quelque chose tout de suite. Il y a une idée d'urgence. Réponds à ce message maintenant. Quitte cette réunion. Achète tout de suite. Appelle. Défends-toi. On est finalement plus dans l'instinctif. L'intuition, elle, n'impose pas nécessairement une réaction immédiate. Elle peut simplement dire « Regarde cela » . Et c'est une nuance précieuse. Parce que vous pouvez très bien ressentir « ce projet ne me convient pas » et décider de dormir dessus, comme on dit, ou de recueillir davantage d'informations, d'en parler, de vérifier des chiffres ou d'autres aspects plus techniques, de voir si le ressenti persiste. Faire confiance à son intuition ne dispense jamais d'utiliser son cortex préfrontal. Troisième repère, revenez au fait. Je vous propose une petite séquence très simple. Signal, fait, hypothèse, choix. Signal. Quelque chose me met mal à l'aise. Fait. Qu'est-ce qui s'est objectivement passé ? Qu'est-ce que j'ai constaté ? Hypothèse. Quelles interprétations sont possibles ? Qu'est-ce que je peux éventuellement en déduire ? Choix. Quelle est l'action la plus cohérente à poser aujourd'hui ? Pas forcément la décision définitive, simplement la prochaine étape qui me paraît pertinente. Cette méthode permet de ne pas étouffer l'intuition sous l'analyse, tout en évitant de confondre intuition et vérité révélée. Quatrième repère, observer si ce signal se répète. Une sensation fugace peut venir de beaucoup de choses. La fatigue, une mauvaise journée. une association avec une situation ancienne, une émotion passagère liée à toute autre chose. Mais si vous ressentez le même malaise à plusieurs reprises dans des contextes différents, il peut être intéressant de l'examiner plus attentivement. Pas parce qu'il est nécessairement vrai, mais parce qu'il contient probablement une information sur vous au minimum. Par exemple, une ancienne blessure peut nous faire croire que nous avons détecté un danger, alors que nous avons surtout reconnu quelque chose qui ressemble à une expérience passée et qui mériterait d'être regardée d'un peu plus près. Au regard de tout ce qui précède, je dirais que faire confiance à son intuition n'est pas faire aveugler mon confiance à tout ce que l'on ressent. Nous imaginons parfois que faire confiance signifie croire que rien de mauvais ne pourra arriver. Je fais confiance à cette personne, donc elle ne me trahira jamais. Je fais confiance à la vie, donc tout ira bien. Je fais confiance à mon intuition, donc elle ne se trompera jamais. Mais est-ce réellement cela la confiance ? Je ne le crois pas. Cette confiance-là ressemble davantage à la confiance d'un tout petit enfant envers son parent. Une confiance aveugle et absolue. Le petit enfant n'envisage pas encore vraiment que celui dont il dépend puisse se tromper, échouer ou ne pas être en mesure de le protéger. La confiance adulte et souveraine est différente. Merci. Elle sait que le risque existe. Elle sait que l'autre peut nous décevoir, que nous pouvons nous tromper, qu'une décision peut avoir de mauvaises conséquences. Et pourtant, nous choisissons d'avancer. Au fond, peut-être que la vraie confiance n'est pas « je suis certain ou certaine que rien de mauvais n'arrivera » . Peut-être qu'elle est plus tôt. Je sais que quelque chose peut arriver. Et j'ai confiance dans ma capacité à le détecter et surtout à y faire face si cela se produit. Et cela change tout. Parce qu'alors, nous n'avons plus besoin de contrôler l'intégralité du monde pour nous sentir en sécurité. C'est de toute façon humainement impossible. Nous n'avons plus besoin non plus de prédire parfaitement les autres. Nous ne le pouvons pas davantage. Nous pouvons en revanche observer, rester attentif, écouter les informations que nous donne notre corps, notre expérience et notre environnement, réfléchir, décider. puis accepter qu'une part d'incertitude demeure. Et je crois que cette capacité-là est profondément liée à la souveraineté personnelle. Je l'ai déjà dit à maintes reprises, être souverain ou souveraine ne signifie pas tout maîtriser. Cela signifie peut-être même précisément l'inverse, ne plus avoir besoin de tout maîtriser pour pouvoir avancer. Pouvoir dire et se dire, je reste attentif, attentive, sans vivre en alerte. J'écoute ce que je ressens sans en faire une vérité absolue. Je prends le risque de faire confiance sans renoncer à mon discernement. Et si quelque chose change, je me fais confiance pour le regarder et ajuster ma réponse. C'est une posture beaucoup plus souple et souvent beaucoup moins épuisante. Je vous laisse donc avec cette dernière idée. L'intuition n'est peut-être pas une voix qui nous dit quoi faire. C'est parfois simplement une petite lumière qui s'allume et nous dit « regarde par ici » . A nous ensuite d'observer, de réfléchir, de discerner et de choisir. Faire confiance à son intuition ne consiste pas à fermer les yeux, au contraire, c'est apprendre à les garder ouverts, sans être obligé de surveiller le monde en permanence. Merci pour votre écoute et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode.