Speaker #0Et si le problème ce n'était pas vous, mais la manière dont vous essayez de le résoudre ? Bienvenue dans Le Problème à l'Envers, le podcast pour ceux qui ont tout essayé sans succès. Je suis Sarah Baudobono, thérapeute systémique et stratégie. Ensemble, nous explorons comment agir autrement, concrètement et surtout durablement. Avant de commencer, n'oublie pas de t'abonner pour ne manquer aucun épisode. Alors, c'est parti ? Aujourd'hui, on va parler de l'approche systémique stratégique de Palo Alto. D'où elle vient, comment elle fonctionne, et surtout, pourquoi elle change tout. Parce que comprendre comment on se coince, c'est la première étape pour se libérer. Laissez-moi vous raconter quelque chose. Il y a quelques années, j'ai reçu une femme épuisée par l'insomnie. Ça faisait des mois qu'elle ne dormait plus. Elle avait tout essayé. Tisane, méditation, médecine, mélatonine, relaxation. Et chaque soir, c'était la même chose. Elle se couchait en disant « il faut que je dorme, demain j'ai une grosse journée » . Elle regardait l'heure, recalculait combien de temps il lui restait avant le réveil, se forçait à fermer les yeux, et plus elle essayait, moins elle dormait. Vous voyez le piège ? Plus elle tentait de contrôler son sommeil, plus il lui échappait. Son effort pour résoudre le problème était devenu le problème. C'est exactement ce qu'on appelle un cercle vicieux. C'est le cœur de l'approche systémique stratégique de Palo Alto. On ne cherche pas à savoir pourquoi vous avez ce problème, on cherche à comprendre ce qui le maintient. Et très souvent, ce qui le maintient, c'est votre tentative de solution. Vous avez un ado qui ne vous parle plus. Alors vous essayez de communiquer, de raisonner, de calmer. Mais plus vous parlez, plus il se ferme. Ou alors vous êtes surmergé au travail, vous travaillez plus, dormez moins, vous sacrifiez vos activités personnelles, vos loisirs pour tenir le coup. Mais au lieu d'avancer, vous coulez. Vous avez peur de décevoir, alors vous en faites toujours plus, vous dites toujours oui. Mais au lieu de vous sentir apprécié, vous vous sentez vidé. Dans tous ces cas, l'intention est bonne, mais la solution que vous appliquez nourrit le problème. L'approche systémique stratégique, c'est un modèle développé dans les années 1960 au Mental Research Institute de Palo Alto en Californie. Des chercheurs comme Gregory Batson, Paul Václavich, John Wickland et Richard Fish se sont posés une question très simple. Comment provoquer un changement concret, durable ? Et leur réponse, c'est une approche en trois piliers. Systémique. Ça vient du mot système. C'est-à-dire qu'on s'intéresse aux interactions, pas aux individus isolés. Mais attention, interaction ça ne veut pas dire avec les autres, pas forcément. Il y a trois types d'interactions qu'on peut observer. Le premier est l'interaction avec soi-même. C'est le dialogue intérieur, les pensées qui tournent en boucle, le jugement qu'on porte sur soi. Par exemple, je suis nulle, je n'y arriverai jamais, je dois être parfaite. Ces pensées créent des comportements et ces comportements renforcent ces pensées. C'est une interaction avec soi-même. Autre type, l'interaction avec l'autre. C'est ce qui se passe dans vos relations. Vous parlez, l'autre réagit, sa réaction influence votre prochaine action, et ainsi de suite. Par exemple, vous essayez de rassurer quelqu'un qui a peur. Mais plus vous rassurez, plus la personne doute. Parce que votre besoin de rassurer confirme qu'il y a quelque chose à craindre. C'est une interaction relationnelle. Troisième type, l'interaction avec le monde. C'est votre vision du monde, vos croyances sur la vie, les autres, ce qui est bien ou mal. Exemple, si vous pensez que le monde est dangereux, vous allez éviter, contrôler, anticiper, et chaque fois que vous évitez, vous renforcez cette croyance. C'est une interaction avec votre vision du monde. Alors, quand on dit systémique, on parle de toutes ces interactions, avec soi, avec les autres, avec sa vision du monde. Et c'est dans ces boucles qu'on intervient. Stratégique. Ça veut dire qu'on ne reste pas dans l'analyse, on fait bouger la situation. On vous propose d'expérimenter quelque chose de différent, quelque chose de petit, parfois contre-intuitif, souvent paradoxal. Et on observe ce que ça change. Parce que ce n'est pas la prise de conscience qui fait changer, c'est l'expérience vécue. Quand votre corps, votre cerveau, expérimente quelque chose de nouveau, alors le changement s'installe. On ne va pas passer des mois à creuser votre enfance. On ne cherche pas pourquoi le problème est là. On cherche comment à le faire évoluer ici et maintenant. Parce que comprendre le passé, c'est intéressant, mais ça ne fait pas toujours changer le présent. Ce qui fait changer, c'est de faire autrement. Alors, concrètement, comment ça se passe ? Dans une thérapie brève, systémique et stratégique, on travaille de manière ciblée et précise. Chaque séance a un objectif concret. identifier ce qui maintient le problème, tester un nouveau comportement, observer ce que ça change. Et souvent, les choses bougent plus vite qu'on ne l'imagine. Imaginons quelqu'un qui a peur de prendre la parole en public. En réunion, dans un groupe d'amis, il se tait, se met en recul, parce qu'il craint d'être jugé, moqué, d'être ridicule. Et plus il évite, plus la peur grandit. Dans une approche stratégique, on ne va pas lui dire « Allez, il faut se lancer, sois confiant, bouge ! » Non. On va lui proposer de s'exposer progressivement dans des situations sans enjeu. Et surtout, on va lui demander de chercher des preuves. Dans la situation... Dans l'une des situations prochaines que tu pourras décider et qui est la moins exposante pour toi, prends la parole. Observe les regards. Note les réactions. Trouve des preuves irréfutables du jugement des autres. Et note-les. Et là, quelque chose de puissant se passe. Il découvre qu'il n'y en a pas, ou que les regards qu'il interprétait comme du mépris étaient juste de l'attention normale. Cette expérience vécue devient ce qu'on appelle une expérience émotionnelle correctrice. Son cerveau enregistre un nouveau scénario. Je peux parler et ça se passe bien. Et petit à petit, la peur s'atténue. Pas parce qu'on a analysé d'où venait la peur, mais parce qu'on a expérimenté quelque chose de différent. Un autre point important de l'approche systémique stratégique, c'est la non-normativité. C'est-à-dire que pour nous, il n'y a rien de bien, de normal. On se moque de savoir ce qu'est un bon, un mauvais manager, une mauvaise mère, une bonne mère, un bon père, un bon mari, une bonne épouse. Il n'y a aucun jugement de notre part. La seule chose qui nous intéresse... Est-ce que ce que vous faites produit les résultats que vous voulez ou aggrave la situation ? Dans notre pratique, on utilise différents outils issus de cette approche. La prescription. Une prescription, c'est une tâche concrète qui est proposée entre deux séances. Ça peut être écrire quelque chose tous les jours, observer une situation différemment. Faire l'inverse de ce que vous faisiez avant, ou vous exposer progressivement à ce que vous évitez, et plein d'autres choses encore. Ces prescriptions sont toujours sur mesure, adaptées à votre situation et à votre rythme. Elles ont un objectif simple, casser le cercle vicieux. Nous utilisons également les recadrages. C'est proposer une autre manière de voir la situation. Exemple, vous pensez que pleurer c'est être faible. Peut-être que c'est juste du courage. Vous pensez que votre ado vous rejette. Peut-être que c'est une étape normale de son développement. Un recadrage change le sens de ce que vous vivez. Et quand le sens change, le comportement suit. On utilise aussi l'hypnose érectionnelle, mais attention, ce n'est pas mystérieux. L'hypnose est juste un état naturel, un moment où le mental s'apaise, où vous pouvez accéder à vos ressources internes. Dans le cadre de la thérapie systémique, l'hypnose peut servir à ancrer une ressource, à renforcer un changement en cours ou à créer un nouvel espace intérieur. C'est un outil complémentaire, pas obligatoire, mais extrêmement puissant. Pour résumer tout ça, j'aime bien cette image. Si un bateau est coincé au port par une corde, ce n'est pas en faisant tourner le moteur plus fort qu'il avancera, il suffit de dénouer le nœud. C'est exactement ça la thérapie brève. On arrête les efforts inutiles, on identifie ce qui coince et on dénoue. Alors, concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ? Ça veut dire que vous n'avez pas besoin de tout comprendre pour avancer. Vous n'avez pas besoin d'analyser votre passé pendant des années. Vous pouvez changer même si vous ne savez pas d'où vient le problème. Le changement peut être rapide si on agit au bon endroit. Et surtout, ça veut dire que vous n'êtes pas le problème. Le problème, c'est la manière dont vous essayez de le résoudre. Et ça, ça se change. Merci d'avoir écouté cet épisode Le Problème à l'envers. Si cet épisode t'a aidé à voir ton problème autrement, pense à t'abonner pour ne rien manquer. Et si tu connais quelqu'un qui a tout essayé sans succès, partage-lui cet épisode, fais-lui ce cadeau, il pourrait changer sa manière de faire. Reviens dans 15 jours pour un nouvel épisode pour découvrir comment agir autrement, concrètement et durablement. Et souviens-toi, on ne tire pas sur la corde, on apprend à dénouer le nœud.