Speaker #0Tu t'excuses quand quelqu'un te marche sur les pieds, tu dis « ça va » alors que t'as envie de hurler, et tu trouves toujours la meilleure répartie, trois jours plus tard, bienvenue sur Légitime, le podcast des ex-petites filles sages qui ont été formatées bien trop tôt à sourire, être sages, et sauver le monde avant leur premier café. Ici, on démonte les injonctions, on balance des « non » fermes mais respectueux, et on réapprend à prendre sa place. Pas en criant plus fort que tout le monde, juste en arrêtant d'être silencieuse. Moi c'est Clémentine, je suis coach en affirmation de soi, et si t'en as marre de te plier en quatre pour m'hériter trois mètres de reconnaissance, retrouve-moi chaque semaine dans tes oreilles pour te partager des punchlines, des clés concrètes et des réflexions sans filtre pour t'aider à reprendre ta place. Et promis, je vais te prouver que poser tes limites, ça ne te fera pas perdre ton empathie, ni tous tes amis. Bonne écoute ! L'autre jour en séance, j'ai une coachée qui me raconte le jour où elle a eu son master. Et elle me dit « j'étais super fière, mais genre vraiment fière » . Le genre de fierté qui vient du ventre, qui fait monter les larmes. Tu as juste envie d'appeler tout le monde et de dire « Maman, papa, ça y est, j'ai réussi, je suis trop contente » . Donc elle appelle sa mère ou elle va voir sa mère. Et sa mère, la première réflexion qu'elle lui fait, c'est « Et tu as eu la mention ? » Et c'est tout. Pas de « Bravo » , pas de « Je suis fière de toi » , pas de « Tu es contente ? » La première phrase qui lui est venue, c'est « Et la mention ? » Et en me racontant ça, cette scotchée, elle avait encore les larmes aux yeux et cette colère un petit peu sous-jacente, là, 20 ans après. Et ce qui m'a frappée, si j'ai eu envie d'en faire un épisode de podcast, c'était pas que sa mère, elle était cruelle parce qu'elle ne l'a pas été. C'était pas ça. Dans sa tête, elle posait une bonne question. Elle s'est préoccupée de la réussite de sa fille. Elle a dû se dire, je veux le mieux pour elle. J'espère qu'elle a eu la mention. Je pense que pour elle, c'était un compliment. vraiment, ou en tout cas, une démonstration d'intérêt. Sauf que pour ma coachée, ça n'a pas été le cas. Et aujourd'hui, j'ai envie de parler de ça. J'ai envie de parler de ces moments-là qui sont techniquement pas violents, pas méchants, pas conscients les trois quarts du temps, mais qui apprennent à un enfant à éteindre sa joie avant que quelqu'un d'autre le fasse. Et de comment ça devient, des années plus tard, cette voix intérieure qui ne fait que dire, dès qu'il y a un nouveau projet ou quelque chose qui a été réussi, « C'est bon, calme-toi, tu veux pas une médaille non plus » . Donc je sais pas si t'as déjà eu ça, ce ressenti, toi, où t'as réussi quelque chose et avant même de le partager, le soufflet est déjà redescendu et t'es déjà en train de te dire « Oui, c'est bien, c'est ce que je voulais » . Mais c'est pas un vrai spa extraordinaire non plus. Il y a des gens qui font mieux. J'aurais pu faire mieux. C'était pas parfait. Alors que techniquement, personne t'a rien dit. T'as juste anticipé. Et il y a peut-être même des gens qui ont commencé à te faire des compliments. Mais ça, oreille fermée, t'as pas entendu. Ou alors, effectivement, tu partages une chute de bonnes nouvelles à quelqu'un. Et même si l'autre réagit bien, t'arrives pas vraiment à le recevoir. D'un coup, tu minimises, tu détournes, tu passes à autre chose. La joie, elle ne reste pas à l'église. En fait, c'est un peu comme si tu avais appris à ne pas trop remplir ton verre. Parce que, de ton expérience, à chaque fois, quand tu as eu rempli ton verre, soit il y a quelqu'un qui est venu te le renverser en pleine tronche, soit personne n'est venu trinquer avec toi. Du coup, avec le temps, tu l'as laissé rempli à moitié, comme ça, bon, personne ne trinque, mais personne ne le renverse non plus. Et je pense que si tu m'écoutes, si je te pose la question... et que je te demande est-ce que t'arrives à être fière de toi, vraiment, sans me mettre un mais derrière, ou une justification sur le fait que techniquement t'as pas fait grand chose, t'es pas trop responsable de tout ça, je pense qu'on connaît la réponse. Finalement ce qui se passe, c'est que ce qui s'installe progressivement, c'est que t'as une croyance qui arrive qui dit ma joie c'est pas quelque chose qui mérite d'être célébrée. Ma réussite, mes fiertés, ce n'est pas quelque chose qui mérite d'être célébré. Ce n'est pas quelque chose que tu formules comme ça de manière très précise, mais c'est vraiment comme un ressenti, c'est évident en fait. C'est un réflexe que tu as acquis. Et ça pourrait même passer pour de la modestie, alors que c'est juste une protection, c'est juste une armure. Parce qu'à chaque fois où tu as essayé de t'enthousiasmer un petit peu, il y a quelqu'un qui est venu dire oui, c'est bien, elle a mention. Et le 20 sur 20. Parce que finalement, un enfant qui vit quelque chose de bien, il a un besoin primaire derrière. Il a besoin que quelqu'un soit content avec lui. En miroir, lui montre qu'il est vu dans ce qu'il ressent. qui lui montre que ses émotions positives, que ce qu'il a fait, que ce qu'il a réussi à obtenir grâce à ses capacités, ça a de la valeur. Que ses parents sont fiers de lui. Encore une fois, je ne cesse de le dire dans les épisodes, mais un enfant, sa survie dépend de ses parents. Son bien-être dans les relations, son estime de lui, ça passe dans la relation, dans le lien. Donc bien sûr qu'il va chercher des validations pour pouvoir se jauger et savoir où il en est. et qui va essayer de voir, de tester aussi, quand je ressens, quand j'exprime, est-ce que c'est safe, est-ce que je suis entendue, est-ce qu'il y a une résonance en face ? Donc quand ça se passe pas bien, quand il n'y a pas de réception, quand il n'y a pas de soutien, il n'y a pas d'écoute d'une manière ou d'une autre, l'enfant apprend autre chose. Parce que la mère de ma coachée, techniquement, elle n'a pas dit que le master c'était de la merde, qu'elle avait foiré ses examens ou quoi que ce soit. Juste, au lieu de se contenter de s'arrêter à... « Ah, je vois que ma fille est contente, c'est super, bravo, je vais la féliciter » , en fait, elle s'est immédiatement orientée vers la performance. « Ok, c'est bien, mais est-ce que tu as eu la mention ? » Parce que c'est ça qui est important. Comme si la réussite du master ne suffisait pas et qu'il fallait encore plus. Et évidemment que si on creuse, il y a sûrement une expérience de vie du côté de sa mère Elle n'a peut-être pas eu cette chance de faire un master, ou elle n'a peut-être pas eu la chance de faire des études, ou elle a peut-être galéré, et qu'elle se disait « si ma fille a un master avec une mention, ça les donne encore plus de chance dans la vie » . Donc bien sûr que ce n'était pas cruel, ce n'était pas forcément méchant, qu'il n'y avait pas volonté de nuire, bien sûr. Mais l'enfant, et je dis l'enfant même à l'âge du master, face à sa mère, et surtout si ça a toujours été comme ça, elle reste un peu une petite fille, elle a enregistré, ça lui a... confirmé justement avec son recul pré-adulte. Ce qui compte, c'est pas que je sois fière de moi. Ce qui compte est ce que je performe. Et si je performe de manière parfaite. Toujours plus. La joie, l'enthousiasme, c'est pas le sujet en fait. Faut qu'on sache concrètement qu'est-ce que ça va apporter. Et c'est ça qui est particulièrement vicieux dans ce genre de moment, de situation, parce que Il n'y a pas eu de méchanceté, il n'y a pas eu de dénigrement. Il n'y a pas eu de « c'est nul, c'est pas assez bien, t'aurais pu faire mieux » . Il n'y a pas eu tout ça. Il y a juste eu un décalage. Il y a eu un loupé. Elles n'ont pas été sur la même longueur d'onde. Et ça, je le dis, je l'avais déjà cité dans un épisode, mais c'est comme moi. J'ai entendu quelques fois « t'as eu 18, qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi t'as pas eu 20 ? » Et souvent, ça a été dit dans la blague. Bien sûr que c'était une blague, parce que mes parents étaient fiers de moi et que… manqué de points, s'il y a que ça, si c'est que ça notre problème. Donc bien sûr qu'en tant qu'enfant, j'ai entendu qu'il y avait de l'humour, mais je n'avais pas le recul ni le développement de mon cerveau n'était pas encore assez développé pour que je sois capable de prendre ce recul et de me dire « oui, c'est juste une blague, en fait ils sont fiers » . Non, le cerveau à ce moment-là, et je sais que vous êtes plusieurs à avoir reçu cette remarque, le cerveau à ce moment-là il s'est dit « ben… » C'est pas assez, en fait, du coup. Faut qu'on aille plus loin, toujours plus loin. Tu vois, c'est marrant parce qu'en préparant cet épisode, j'ai réalisé que j'avais un autre exemple personnel de ces moments-là, un peu bateau du quotidien, mais finalement qui représentent plein de petits moments comme ça qui viennent renforcer la croyance. Il y a quelques temps, j'avais fait la recette, donc j'étais adulte, déjà. J'avais fait la recette de réolais de ma mère. Et elle m'avait dit, tu me diras si t'as réussi, etc. Donc je me renvoie un message en disant, écoute, c'est bon, j'ai réussi, c'est très très bon. J'avais envoyé la photo avec. Et là, elle m'avait répondu, ah mince, avec un bonhomme qui rigole. Genre, ah bah merde, je pourrais pas faire de remarques, parce que t'as réussi, donc bah zut alors. Et en soi, on pourrait dire, c'est pas grand chose. C'est une blague, c'est... C'est sa manière de faire. Mais en fait, mon enthousiasme s'est dérobé directement au moment où j'ai vu ce message. Là où j'étais fière d'avoir réussi mon réolé, parce que c'était la première fois, c'était pas forcément évident. Je teste. En fait, dégonflé comme un soufflé. Là où j'aurais eu besoin d'enthousiasme et de « Ah bah trop bien ! Régalez-vous ! » Ne serait-ce que ça. Bah ça m'a... dégonflé. J'étais « Ah bah ok » . Et tu vois, ça, quand c'est répété suffisamment, à des moments suffisamment importants, des moments où tu doutais un peu de toi, où t'étais un peu fébrile et que t'as réussi, en fait, t'apprends à ne plus trop t'enthousiasmer pour pas avoir à gérer la déception que personne ne sera là pour célébrer et trinquer avec toi. Et c'est vrai que, je sais pas si c'est ton cas, et peut-être que là, ça pop dans ta tête, mais c'est très dur de se rendre compte que « Putain, en fait, j'ose pas m'enthousiasmer, j'ose pas trop célébrer mes victoires parce que... J'ai toujours peur qu'on vienne me gâcher mon moment, qu'on vienne m'éteindre mon enthousiasme. Parce qu'au final, derrière, tu vas devenir quelqu'un de très sobre, qui minimise tes réussites constamment, avant que les autres le fassent. Comme ça, au moins, peut-être que les autres ne l'auraient pas fait, mais je préfère prendre les devants. Quelqu'un qui dit « c'est bien, mais… » avant même qu'on lui demande. Quelqu'un qui a du mal à recevoir un compliment sans le retourner ou sans le désamorcer. Qu'est-ce que je fais de ça en fait ? Qu'est-ce qui se cache derrière ? Est-ce qu'un compliment peut être un vrai compliment ? Ou est-ce que finalement, derrière j'entends « mais ça aurait pu être mieux » ou « où est la mention ? » Donc je sais pas si tu t'es déjà rendu compte que t'avais peut-être tendance à saboter ta propre joie avant même que quelqu'un le fasse, ou que tu t'autorisais même pas à recevoir que quelqu'un du coup derrière puisse le faire tellement c'est pas habituel. En tout cas, ce que je veux dire c'est que si c'est si difficile là... pairé à ces moments-là et que peut-être tu t'es éteint à cause de ça, je l'ai un peu déjà dit, mais c'est justement parce qu'il n'y a pas eu de violence, il n'y a pas eu de méchanceté, il n'y a pas eu de trucs très très clairs à nommer. Et en plus, le problème, c'est quoi exactement ? Parce que ta mère, elle était contente pour toi. Elle voulait ton bien, elle voulait que tu aies une mention pour que tu réussisses au mieux ton avenir. Donc, tu n'as vraiment pas de raison d'être blessée. Ouais, mais au final, tu as les larmes aux yeux 20 ans après. Et c'est là que j'insiste encore sur quelque chose, c'est que l'intention ne compte pas, l'impact oui. Et c'est pas un procès, toujours pas, c'est juste une observation. Ta mère, elle avait pas besoin d'être malveillante pour que quelque chose se construise en toi. C'est juste qu'elle a loupé, de manière peut-être régulière, ce dont tu avais vraiment besoin. Elle n'a pas écouté, elle t'a pas prêté l'attention là où t'aurais eu besoin. Et ce dont tu avais besoin, c'était simple, c'était pas un discours, c'était pas forcément champagne, paillettes, c'était pas une analyse, c'était juste que quelqu'un soit content pour toi. Qui s'arrête une seconde sur ta joie et qui dit « putain c'est top, bravo ! » Et pas qu'on passe tout de suite à « ouf, t'as pas la mention ! Elle est où la mention ? On fait quoi du coup derrière ? » Et ce besoin-là d'avoir juste du partage, de la reconnaissance, c'est humain. Tout le monde a besoin de reconnaissance à un moment donné, un ou un autre. Et si t'as appris à le faire taire, c'est pas parce que t'es trop sensible. C'est parce que t'as appris que, de toute façon, quand je l'exprime, il se passe pas grand chose et je suis déçue. Donc si je veux me préserver de la déception, bah je l'exprime pas. Comme ça, je suis déçue, mais je m'y attendais. Donc nommer tout ça, je le dis à chaque épisode, je pense. C'est toujours pas pour blâmer, mais c'est pour que tu comprennes d'où elle vient cette petite voix là qui dit tout le temps « Vas-y, calme-toi, tu veux une médaille ? Tu te prends pour qui ? C'est rien d'extraordinaire. C'est bon, euh... » Détends-toi. Cette voix, ce n'est pas toi. Cette voix a été apprise. Et ce qui est appris, encore une fois, avec le temps, avec la relation, à travers la relation avec des personnes qui sauront t'écouter et recevoir ce dont tu as besoin, tout ça, ça pourra être désappris. Tu pourras apprendre de nouvelles choses et tu pourras réapprendre à saisir l'élan, l'enthousiasme. Je vois que tu pouvais avoir, quand tu étais petite, à juste avoir fait un château de sable. et te dire « Ouais, putain, j'ai réussi à faire ça moi-même » . Aujourd'hui, je n'avais pas envie de faire un épisode où je te dis « Bon, il faut faire ci, ça, x, y » parce que ce travail-là, il est long, il est plus complexe. J'en ai déjà parlé dans d'autres épisodes. Mais j'avais envie de nommer que parfois, les blessures qu'on a, elles ne viennent pas forcément de là où on les attend. Elles ne viennent pas forcément à travers la violence, à travers les insultes, à travers les critiques. Elles peuvent juste parfois venir d'un... à mince, au lieu d'un bravo. Elles peuvent juste parfois venir d'un petit regard déçu au lieu d'un sourire. Et c'est important de rendre compte et de le comprendre et de te dire qu'il y a sûrement une phrase là dans ta vie que t'as entendue, parce que souvent ça ressort, qui t'a blessée, qui t'a marquée et que t'arrives à te rappeler 10, 15, 20 ans plus tard en te disant « putain ça, ça m'a démoli » . C'est légitime et t'exagères pas si t'en parles et si tu dis que ça t'a démoli. Peu importe ce que Pierre, Paul, Jacques pourront te raconter et te dire que quand même, c'est légitime si tu ressens ça. Et surtout si en plus derrière t'as eu des répétitions. de cette croyance-là. T'as eu des répétitions de cette phrase-là par des comportements, par des petits pics, par des petites réactions qui, en soi, sont très parlantes, même quand il n'y a pas forcément de mots. Donc j'arrêterai cet épisode ici. Si tu te reconnais là-dedans, que tu veux commencer à démêler ça, on peut en parler ensemble. Et sinon, dans tous les cas, je te dis à la semaine prochaine sur Légitime. Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode. Et s'il t'a aidé, s'il t'a intrigué, si tu te poses des questions, Je suis curieuse, viens me le dire sur Instagram. Promis, je m'en repars et c'est toujours un régal d'échanger avec vous. Et si tu veux soutenir le podcast, m'envoyer du love ou aider d'autres petites filles sages qui en ont marre de passer leur temps à sauver le monde, tu peux laisser un avis à des étoiles sur Apple Podcasts et Spotify. Ça me fera très plaisir et puis ça aidera les JTim à se faire connaître et aller encore plus loin. Encore une fois, merci pour ta confiance. Je te dis à la semaine prochaine. Et n'oublie pas, prendre sa place, c'est pas crier plus fort que tout le monde. C'est juste arrêter d'être silencieuse.