- Speaker #0
C'est facile. La persévérance, la résilience. Si on n'a pas la passion, c'est impossible. C'est vraiment impossible. Quand je vois toutes les galères par où je suis passé, et à refaire, je le refais, attention.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
aucun regret. C'est passionnant, c'est prenant, et ça prend dans les tripes. Ça ne s'explique pas d'où ça vient, mais c'est là. Et donc, la patience, je veux dire, ça prend des années, et ça m'emproque des années d'arriver là où j'ai envie d'arriver. Donc, oui, résilience et patience. Et passion.
- Speaker #1
Mouton à cinq pattes. Dans cet épisode, on va décortiquer ce passage rare et souvent fantasmé entre une carrière très structurée et un entrepreneuriat beaucoup plus créatif. Ce qu'on gagne, ce qu'on perd, ce qu'on n'ose pas dire et ce qu'on ne regrette jamais, installez-vous, c'est une conversation qui peut donner envie de changer de vie. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du Mouton à 5 pattes. Aujourd'hui... On va parler d'un sujet qui touche beaucoup de monde et beaucoup plus de monde qu'on n'imagine, c'est oser se réinventer et changer de voie, quitter un chemin parfaitement logique pour un chemin qui est profondément vivant. Et pour ça, j'accueille quelqu'un qui l'a fait avec courage et lucidité, Sébastien Collen. Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Stéphanie.
- Speaker #1
Bienvenue dans le Mouton à 5 pattes. Alors, dans cet épisode, on va... décortiquée, ce passage rare, souvent fantasmé, entre une carrière ultra structurée et un entrepreneuriat beaucoup plus créatif. Ce qu'on gagne, ce qu'on perd, ce qu'on n'ose pas dire et ce qu'on ne regrette jamais. Installez-vous, ça va être une conversation qui peut donner envie de changer de vie. Sébastien, qui es-tu ?
- Speaker #0
Alors, je suis liégeois. d'origine. Je suis papa d'une petite de 11 mois maintenant, Léonora, et entrepreneur dans l'âme.
- Speaker #1
Entrepreneur depuis de naissance, on va dire, inné ou acquis au fil des années ?
- Speaker #0
Alors, il y a toujours cette question de savoir si c'est inné ou acquis. J'ai grandi dans un milieu entrepreneurial. Mon père a aussi lancé sa propre société. Donc je pense que j'ai toujours eu ça en tout cas à mes côtés et finalement j'ai satisfait ce désir aux alentours de l'âge de 27-28 ans.
- Speaker #1
Ok, alors tu avais il me semble une carrière un peu toute tracée dans l'ingénierie, à quel moment tu as un déclencheur qui fait que tu vas commencer à réfléchir à l'étape suivante ?
- Speaker #0
Alors, ça a pris certainement plusieurs années pour arriver justement à cette évidence que je devais tout arrêter dans le monde du salarial pour aller vers l'entreprenariat. Mais pour ça, il faut un petit peu revenir en arrière dans le sens où j'ai fait des études classiques. Donc, j'ai fait un master d'ingénierie et puis j'ai fait une passerelle en HEC entrepreneur. Et ensuite, j'ai commencé à travailler pour une boîte pétrolière. à Libor, une boîte américaine. Et donc, à partir de 26 ans, j'ai commencé à voyager dans pas mal de pays. J'ai été formé pendant un an en allant de Malaisie, Indonésie, Espagne, Pays-Bas. Et puis ensuite, j'ai fini au Texas pendant six mois. Et puis ensuite, après un an de formation, on m'a parachuté au Cameroun, où j'avais travaillé pendant deux ans et demi.
- Speaker #1
Un vrai globe-trotter, quoi.
- Speaker #0
Au début, oui, ça s'est un petit peu calmé aujourd'hui, mais j'ai pas mal voyagé quand j'étais un peu plus jeune. Et donc, en parallèle, par contre, j'ai eu un Anglais qui a contacté les alumnis d'HEC Entrepreneurs pour dire, voilà, écoutez, je suis à Ianwood, j'ai 65 ans et de mes 20 à mes 30 ans, j'ai servi la Reine Elisabeth II à Buckingham Palace.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et donc, après ces 10 années de service, il est revenu, il est venu en Belgique pour une histoire de cœur et a tenu de bijouterie de joaillerie pendant une trentaine d'années et arrivé à 65 ans. Il s'est dit, tiens, je ferai bien une montre. pour mon régiment, les Scots Guards. Quand elle avait 65 ans, c'est qu'aller devant les banques et défendre son morceau, c'est compliqué. Donc, il cherchait un petit jeune pour lever un business plan et défendre le projet devant les banques. Et ce petit jeune, à l'époque, j'avais 27 ans à l'époque. Et donc, j'ai relevé le défi. Et donc, on a commencé à travailler sur ce projet en 2012. Donc, ça faisait déjà un an que j'étais chez Ali Burton. Et donc, j'ai travaillé sur les deux en parallèle. J'ai créé Colin MacArthur en 2013. Donc il a fallu un an d'études, de faire un business plan, etc. et aller défendre ça devant les banques. Et c'est en 2013 qu'on a créé Colin MacArthur, qui avait pour vocation de faire des montres pour la guerre royale de Buckingham Palace. Donc on était sous licence du ministère de la Défense britannique. Et donc assez marrant parce que je demande un rendez-vous chez le banquier et il me dit « Bon, écoutez, je vais vous accueillir parce que vous êtes le fils de votre père, mais un Liégeois qui travaille au Cameroun et qui veut lancer un business en Angleterre, j'y crois très peu, mais malgré tout, je vais vous accueillir. » Donc j'ai présenté le projet. Il y a cru, mais finalement le crédit, parce qu'il n'y avait pas les garanties de la Soal Fine à l'époque… Le crédit n'a pas été accepté. Et donc, c'est moi qui ai dû mettre les billes sur la table pour lancer Conan MacArthur en 2013.
- Speaker #1
OK. Donc, c'est toi qui investis directement ?
- Speaker #0
C'est moi qui ai investi parce qu'à l'époque, mon partenaire n'avait pas les fonds pour lancer. Et vu que je trouvais l'idée assez sympa, je me suis dit... Et puis, j'avais aussi un boulot rémunérateur. Je me suis dit, tiens, on va mettre les billes dedans pour aller un petit peu voir ce que ça peut donner.
- Speaker #1
Génial. Qu'est-ce qui est, à ce moment-là, le plus difficile ? Quand tu te lances, de combiner les deux ?
- Speaker #0
Alors à l'époque, c'était plus de l'excitation qu'autre chose. Il n'y avait pas trop de dilemme, puisque c'était travailler pour la boîte américaine en tant qu'ingénieur. J'ai travaillé sous forme de rotation, donc je travaillais 5 semaines, 7 jours sur 7, 12 heures par jour, et puis j'avais 5 semaines de congé. Donc ça faisait 6 mois sur l'année de congé sur lequel je pouvais travailler sur Connette MacArthur. Il n'y avait pas trop de dilemme de savoir si je fais l'un ou l'autre. Il n'y a pas eu trop de choix à faire à ce moment-là. C'est plus tard, lorsque des questions se posent sur les choix de vie, au final, est-ce que je vais travailler dans une corporate ou est-ce que je vais être entrepreneur, que là, il y a vraiment un gros dilemme sur lequel on doit réfléchir de manière assez intensément et qui prend beaucoup de temps dans la réflexion.
- Speaker #1
Le monde du recrutement change. Et non ! L'IA ne remplacera pas les recruteurs, elle les rend bien meilleurs. Wiggly, c'est la plateforme qui combine le pouvoir de l'IA et l'intelligence humaine pour sourcer, matcher et engager les bons talents plus vite. Si vous recrutez aujourd'hui sans Wiggly, vous recrutez à l'ancienne. Découvrez comment recruter sur wiggly.io.
- Speaker #0
J'ai commencé en 2012 chez Ali Burton, 2011 chez Ali Burton. Et donc j'ai commencé à quand même... Bien évolué au sein de la boîte. Et donc, en 2000, j'ai travaillé deux ans et demi au Cameroun. Et après deux ans et demi au Cameroun, sous forme de rotation, on me propose le poste de directeur des opérations au Gabon. Où là, c'était vivre là-bas. Ce n'était plus un système de rotation. Et donc, j'accepte la promotion. Je vais vivre à Port-Gentil au Gabon. Mais du coup, les responsabilités font que je ne pouvais plus travailler sur les deux en parallèle. Et donc, en 2014, également, on est rentré dans une crise pétrolière à l'époque. Le prix du baril est... Elle est passée de 130 dollars à 40 dollars. Et donc, il y a aussi une restructuration en interne qui a fait qu'on m'a demandé de faire des choses qui n'étaient pas en lien avec mes valeurs. Et donc, business sur le côté, plus faire des choses qui ne sont pas en phase avec tes valeurs, là, il commence à vraiment avoir des questionnements qui commencent à se soulever. Et donc, c'est en 2015, enfin 2015, donc un an plus tard, où je me retrouve au ski avec mon frère et des potes. 31 décembre, les 12 coups de Minuisson, je téléphone à mes parents pour souhaiter la bonne année, là je fonds en larmes. Et donc, il se passe quelque chose, c'est seulement le lendemain que je vais réaliser que je ne suis pas en phase avec certaines choses dans ma vie. Et donc, une semaine plus tard, j'envoie un email à mon boss chez Halliburton pour dire je quitte tout, je reviens en Belgique et je me lance à temps plein dans Colin McArthur. Et donc le 19 février 2016... La date reste vraiment marquée à jamais dans mon esprit. Je reviens en Belgique avec cette hargne de vraiment faire de Colin MacArthur quelque chose de chouette.
- Speaker #1
Est-ce qu'à un moment donné, tu te sens illégitime en entrant dans l'univers créatif ?
- Speaker #0
Toujours. Je pense qu'aujourd'hui, surtout dans le monde horloger, on est dans un milieu qui est très, très, très sélect. On se pose toujours la question, le syndrome de l'imposteur au final. Il est toujours là. Il est là aujourd'hui. On se bat pour essayer de peut-être le diminuer le plus possible. Mais il restera là jusqu'au bout.
- Speaker #1
Et donc 19 février 2016, quelles sont les premières étapes quand on travaille à 100% du coup à son compte ? Qu'est-ce que tu commences par faire ?
- Speaker #0
Alors, le plus compliqué, c'est le regard des autres, dans le sens où on quitte un boulot qui est très rémunérateur. Enfin, voilà, c'est l'expatriation, c'est dans le pétrole. Donc, c'était très, très rémunérateur. Et on quitte tout pour, au final, pas grand-chose. Or, dans la génération des parents, c'était un boulot qui est rémunérateur. Tu restes bien là.
- Speaker #1
Tu restes là, surtout.
- Speaker #0
Aujourd'hui, c'est l'inverse. C'est ce qui m'épanouit, ce qui fait que je peux devenir une meilleure version de moi-même. Donc, les parents, c'est... Mon père m'a même dit, mais tu es un ingrat, tu es con d'avoir fait ce genre de choix, puisqu'on quitte quelque chose qui est vraiment concret pour quelque chose qui n'existe pas encore, pour une idée au final. Et les amis c'était, mais Seb, qu'est-ce que tu vas aller faire dans l'organisation, t'as rien à foutre là-dedans, t'es ingénieur. Donc c'est surtout le regard et la pression sociale qui est le plus compliqué, et donc ce que l'on fait c'est de rentrer dans un incubateur de start-up pour se sentir bien entouré, pour avoir des gens qui nous motivent dans cette démarche. Et sur le côté, c'était de dire à mes parents, tant que vous aurez une approche aussi négative par rapport à mes choix de vie, on arrête de parler de mes choix de vie jusqu'à ce que je vous prouve que ça valait le coup. Donc c'était surtout bien s'entourer. Je pense que c'est le plus important pour tenir le coup.
- Speaker #1
Alors pour nos auditeurs, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'un incubateur ?
- Speaker #0
Alors un incubateur de start-up, c'est une institution qui accueille... les idées entrepreneuriales. Donc, il y a les porteurs de projets qui ont une idée de business et donc, ils entourent en quelque sorte, ils font rentrer ces porteurs de projets dans un écosystème qui leur permet d'avoir tous les outils nécessaires pour pouvoir lancer leur activité.
- Speaker #1
Ok, et donc là, tu rentres dans lequel ?
- Speaker #0
C'était le Venture Lab, créé par Bernard Soulemont à l'époque. Et en fait, Bernard Soulemont, qui était aussi le créateur d'HEC Entrepreneur. Vous avez toujours dit le jour où vous voulez être incubé, bien que normalement le Venture Lab était fait pour des étudiants, des personnes qui sont toujours étudiantes, qui ont un projet qu'ils aimeraient bien mener à terme. Vous avez dit même si vous êtes en dehors des études et que vous avez un projet, vous serez toujours les bienvenus au Venture Lab. Et donc c'est comme ça que j'ai incubé le Venture Lab.
- Speaker #1
Alors du coup, tu intègres cet incubateur. Comment vont se passer les premières semaines ? Est-ce qu'elles sont plutôt créatives, je vais dire ? Ou alors, est-ce que ce sont plutôt des questions logistiques ? On doit faire plus de marketing ?
- Speaker #0
Non, parce qu'à l'époque, Colin MacArthur, c'était un tout petit business, c'était un hobby. On vendait, je ne sais pas, une centaine de monde par an, donc je ne pouvais même pas en vivre. C'est ce qu'on appelle les années spaghettis, ces années-là.
- Speaker #1
C'est pas les années spaghettis, vous, prix blanc ?
- Speaker #0
Donc ici, c'était plus essayer de trouver un business model qui me permette de faire une scale-up avec ce business. Mais dans ma tête, c'était clair et net. À partir du moment où je faisais un hobby d'une ou deux heures par jour et de passer à full-time, pour moi, forcément, ça allait fonctionner. Ça ne se passe jamais comme on le veut. Là, c'était plus essayer d'avoir un plan sur redéfinir peut-être les valeurs, l'ADN de Colin McArthur. pourquoi je le faisais et puis d'avoir un plan sur les 12-24 prochains mois pour voir qu'est-ce qu'on va faire pour faire évoluer le business. Le problème, c'est que rien ne s'est passé comme je le voulais. Donc, j'ai quitté mon boulot. Le business a fait moins de chiffres que l'année où j'étais toujours chez Ali Burton. Ce qui veut dire qu'on a une pression encore supérieure au niveau social. On se dit, tiens, voilà. T'as voulu nous montrer, mais t'as rien. Compliqué. Voilà. Donc, fin 2016, le constat était assez morose. Mais malgré tout, j'avais fait le choix de quitter chez Alliburton. Et donc, trop tard pour revenir en arrière. Bien qu'Alliburton me proposait des nouveaux jobs, d'ailleurs dans le Middle East, mais je déclinais parce que je voulais vraiment aller jusqu'au bout de cette aventure. Donc, fin 2016, je me donne encore 12 mois pour voir, tiens, est-ce que ça valait le coup ou pas. 2017. catastrophique aussi, catastrophique. Et c'était toujours en déclin. Donc je ne pouvais pas en vivre, je vivrais simplement sur les acquis de mon boulot d'expatrié. J'avais eu la sagesse, en quelque sorte, de mettre de côté pendant que je travaillais en tant qu'expatrié. Donc ça m'a permis de continuer à travailler sur Colin MacArthur pendant ses années Spaghetti. Si ce n'est qu'en avril 2017, étant donné qu'on était fournisseur dans la garde royale du Buckingham Palace, Le chaplain de la Reine Elisabeth entend parler de nous. C'est la personne qui est en charge de la vie spirituelle de la Reine.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et donc cette personne m'invite à Saint-James Palace pour prendre le thé avec lui. Tea time. Voilà, tea time. Et donc, me voilà à St. James Palace à prendre le thé avec Paul Wright, c'était le chaplain. Et pendant cette entrevue qui dure plus ou moins une heure, il me dit, tiens, tu devrais faire une montre pour les cent ans de la fin de la Première Guerre mondiale. Et donc, je rentre avec cette idée de montre poppy. Donc, le poppy, c'est le coquelicot qu'on porte lors des commémorations du 11 novembre, qui est le symbole de pain. Et mon associé n'y croyait pas du tout. Il me dit, ça sert à rien ce que tu fais. Et d'ailleurs, j'avais mis des billes dans la... la création de la société, au tout début, j'avais la majorité dans la société. Je leur ai dit, écoute, c'est moi qui suis majoritaire, je vais donner cette direction, je crois vraiment au projet, on va travailler sur cette montre poppy. Et donc pendant un an, un an et demi, je travaille sur cette montre commémorative pour les centaines de l'armistice. Et je commence à raconter comment s'est passé ce fameux journée de la signature de l'armistice au travers d'une tête de symbole que j'impose à certains endroits sur la montre. Et inconsciemment, je... créer la première montre commémorative. Mais je ne la savais pas à l'époque puisqu'on était sur des montres communautaires, comme pour les régiments ou proposer des montres pour des rotaries, etc. Ça, c'était le business model de Colin McArthur avant 2017. 2017, je travaille inconsciemment sur la première montre commémorative qu'on va commercialiser en 2018 et qui, par chance, sera offerte à Emmanuel Macron et Angela Merkel.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et donc, c'est là où...
- Speaker #1
C'est le grand moment.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Alors, je vais... Je ne vais pas pouvoir rentrer dans les détails, mais par contre, de nouveau, des surprises auxquelles on ne s'attend pas du tout lors du lancement de 2018. Mais tout ça étant dit, c'était la dernière chance. Donc, je t'avais dit que je m'étais donné une année supplémentaire. 2017, catastrophique. Je n'arrivais pas à lâcher le morceau. Je me suis dit, allez, vas-y, encore une année supplémentaire. Mais ça faisait deux ans qu'il n'y avait plus rien qui rentrait. Bien au contraire, je remettais de l'argent sur la table pour que le bébé ne meure pas en quelque sorte. Et donc je m'étais dit, allez, 2018, ça ne fonctionne pas. En décembre, tu retournes dans le pétrole. Donc c'était la dernière chance.
- Speaker #1
Décembre 2018.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et donc, pour lancer justement cette montre armistice, j'essaye d'avoir des partenariats à mettre en place avec des institutions qui font sens. Et donc, me voilà parti pour Paris. Donc là, on est en septembre 2018, avant le lancement.
- Speaker #1
On est trois mois avant, oui.
- Speaker #0
Et donc, septembre, mon ancien associé quitte l'aventure parce qu'il n'y croit pas.
- Speaker #1
OK. Donc, un nouvel actionnaire. Il quitte carrément l'aventure.
- Speaker #0
Voilà. Un nouvel actionnaire rentre.
- Speaker #1
Et qui est le nouvel actionnaire ?
- Speaker #0
Un actionnaire qui voulait que son fils rentre dans la boîte parce qu'il était horloger.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et donc, fin septembre, je vais vers Paris pour rencontrer une institution. Et je passe près de Compiègne, c'est l'endroit où était signé l'armistice à la fin de la Première Guerre mondiale. Et donc j'y vais le tout pour le tout, je téléphone à Compiègne, je dis écoutez, voilà on a fait une montre pour les cent ans de la Première Guerre mondiale, j'aimerais bien vous présenter le projet. Ok monsieur, vous avez 15 minutes, vous pouvez venir. Et donc me voilà parti sur Compiègne pour rencontrer le maire de Compiègne. Et donc je rencontre le directeur de communication de la mairie et je présente le projet. Il me dit ok, très bel mot, très bel symbolique, mais qu'est-ce que vous voulez ? Je dis, écoutez, je sais qu'Angela Merkel et Emmanuel Macron viennent pour les commémorations. J'aimerais bien que la montre soit offerte lors de leur venue. Alors, soit on me rit au nez, soit on me prend au sérieux et on avance dans ces discussions. Fort heureusement, il m'a pris au sérieux. Et donc, le projet a été soumis à l'Élysée. L'Élysée, l'équipe protocolaire a accepté que la montre soit remise. Une seule condition, c'était que la montre passe en déminage. On était à l'époque de Charlie Hebdo.
- Speaker #1
Ah oui, oui.
- Speaker #0
Et donc voilà que la montre en effet est remise le 9 novembre, pas le 11 parce que le 11 c'était à Paris, le 9 novembre c'était à Compiègne et donc on offre la montre à Emmanuel Macron.
- Speaker #1
Incroyable ! Tu as des photos ?
- Speaker #0
Alors justement c'est là où on a des belles surprises, pas forcément agréables à l'époque, mais la montre a été offerte lorsqu'ils étaient dans le wagon. Et pour des raisons que tu comprendras, c'est qu'Emmanuel Macron n'a pas voulu que la montre qu'on filme... la remise du cadeau. Et donc, à la fin de la cérémonie, je dis, elle est où la montre ? On l'a remise, mais on n'a pas vu, ça devait être devant l'Assemblée. Non, non, ça a été remise lorsqu'Angela Merkel et Emmanuel Macron étaient dans le wagon. Je dis, vous avez au moins une photo ? Non, impossible, les gardes du corps nous ont pris le téléphone, on n'était pas autorisés à prendre de photos. Donc, me voilà, au final, avoir la montre, en effet, qui est remise, mais je n'ai rien pour partager avec la presse. Qu'importe, je décide de faire un communiqué de presse. Mais je rappelle que moi, c'était ma dernière chance. Donc dans ma tête, c'était c'est terminé.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et donc, je fais quand même un communiqué de presse. Le communiqué de presse est repris par Honoré Clair en France. Sudinfo voit l'article de Honoré Clair. Et l'article de Sudinfo apparaît sur les écrans de l'antenne France 2 à Bruxelles. Et donc France 2 voit sur les écrans qu'une montre d'une marque belge a été remise à Macron. Et donc on me téléphone, je me rappelle encore le nom de cette journaliste, c'était Zoé, qui me dit écoutez on a vu que vous avez remis une montre, est-ce qu'on peut faire un interview ? Je dis ok, et je dis quel est le média ? Télématin. Bah à l'époque moi je ne connaissais pas Télématin, gros média. Mais malgré tout je me suis dit ok, terminé, il ne va rien se passer, je retourne dans le pétrole dans deux mois. Et donc, on fait le reportage et ils me disent, ça passera le 13 novembre. Je dis, OK, mais à quelle heure ? 6h30 du matin. De nouveau, mauvaise nouvelle, quoi. Et donc, dans ma tête, moi, c'est terminé. Donc, 13 novembre matin, je ne me lève même pas, je ne regarde pas. Si ce n'est qu'à l'époque, mon téléphone, pour chaque commande qu'il y avait, vu qu'on n'en avait pas beaucoup, il y avait un petit libreur. Et donc, je ne me lève pas pour regarder le passage, mais... Mon téléphone était sur vibreur. Et donc, à 6h03 du matin, j'entends mon téléphone qui sonne dans tous les sens. Et donc, en une journée, on a fait 150 ventes grâce au passage sur Télématin. Donc,
- Speaker #1
deux mois avant la possible fin, avant ta dette.
- Speaker #0
Et tu as changé complètement la donne. Parce que je me suis dit, maintenant, il y a quelque chose à faire au final. Mais alors, la question, c'est de savoir, est-ce que c'est parce que c'est Emmanuel Macron qui a reçu la montre ou c'est le concept de montre commémorative qui peut ?
- Speaker #1
Tu as la réponse ou pas ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'ai la réponse.
- Speaker #1
Et c'est laquelle ?
- Speaker #0
C'est qu'il y a quelque chose à... On répond à une demande sur le marché. Après, il a fallu aller voir le deuxième projet, voir s'il y avait une demande. On a fait les 500 ans de la mode de Leonardo da Vinci, celle qui tourne complètement à l'envers.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Et donc, pareil, on a eu une belle parution sur... On est passé au JT, on a eu une belle couverture dans les médias. Et pareil, une vague de commandes sur le lancement. Donc... Ok, pivot stratégique, on change de concept. Colin MacArthur, expert dans les mentes commémoratives, et depuis on a fait une quinzaine de montres.
- Speaker #1
On parle beaucoup d'automatisation, mais au fond le recrutement reste une histoire de personne. Et c'est exactement ce que fait Wigli.
- Speaker #0
Rapprocher la tech et l'humain. Une AI qui aide à mieux comprendre les gens, pas à les remplacer.
- Speaker #1
Incroyable. Beaucoup de gens rêvent d'entrepreneuriat, et aussi d'entrepreneuriat créatif, mais ne voient pas l'envers du décor. Avec tout ce que tu viens d'expliquer, même si j'ai une vague idée d'après ce que tu as raconté, quelle est la partie la plus sous-estimée dans toute l'histoire ?
- Speaker #0
Très facile, la persévérance, la résilience. Je pense que ce qu'il n'y a pas la passion, c'est impossible. C'est vraiment impossible. Je veux dire, quand je vois toutes les... qui a l'air par où je suis passé. Et à refaire, je le refais, attention.
- Speaker #1
Oui, aucun regret.
- Speaker #0
C'est passionnant, c'est prenant, et ça prend dans les tripes. Bien sûr. Ça ne s'explique pas d'où ça vient, mais c'est là. Et donc, la patience, je veux dire, ça prend des années, et ça m'approche des années d'arriver là où j'ai envie d'arriver. Donc, oui, résilience et patience, vraiment. Et passion.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu aurais aimé savoir avant de te lancer ?
- Speaker #0
Ce que j'aurais aimé savoir... comme je dis, lorsque je suis revenu le 19 février, dans ma tête c'était on va tout exploser j'étais très loin de m'imaginer l'énergie qu'il faudrait mobiliser justement pour en tout cas essayer de toucher ses rêves en quelque sorte j'en suis encore très loin aujourd'hui, ça fait 10 ans que j'ai lancé ça c'est un très long parcours de combattant de combattants.
- Speaker #1
Mais finalement, est-ce que ça aurait changé quelque chose si tu l'avais su avant ?
- Speaker #0
Non, certainement pas. Peut-être qu'il y aurait certaines galères qui auraient été plus facilement acceptées que d'autres, mais ça n'aurait pas changé. Et puis même, c'est cet inconnu qui est la beauté justement de l'entreprenariat, c'est qu'on ne sait pas où on sera demain. et c'est se battre justement pour essayer de faire avancer les choses. Si on sait ce qui nous attend dans un ou deux ans, au final, ça enlève un peu de la magie. Bien sûr.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce que ton bagage d'ingénieur, tout ton parcours pré-horlogerie, entrepreneuriat, t'a apporté ?
- Speaker #0
Alors, ce qui est marrant, c'est que j'ai l'impression que chaque étape... C'était nécessaire à là où j'en suis aujourd'hui, dans le sens où j'ai fait les études d'ingénieur, qui m'a apporté un certain background technique et aussi une certaine rigueur, parce qu'étudiant en secondaire, j'étais un très mauvais étudiant, donc ça m'a apporté une certaine discipline et une certaine rigueur. Aussi des compétences techniques qui me servent encore aujourd'hui dans le design des montres et l'architecture des montres. Ensuite, ça a été Ali Burton qui m'a permis... de thésauriser, donc d'avoir le cash nécessaire pour tenir les deux années qui ont été très compliquées. Et HEC Entrepreneur m'a permis aussi d'avoir le bagage nécessaire pour créer une société. Donc, savoir lire un bilan, un compte de résultats et l'aspect commercial, etc. Et puis même, c'est HEC Entrepreneur qui m'a apporté le porteur de projet, Ian Wood, à l'époque. Sans être passé par HEC, je n'aurais jamais rencontré... l'associer de départ au final. Donc, je trouve que chaque étape m'ont permis justement d'arriver là où j'en suis aujourd'hui. Donc, si c'était à refaire, je referais exactement le même parcours.
- Speaker #1
Tout avait un sens.
- Speaker #0
Tout avait un sens, oui.
- Speaker #1
Et comment aujourd'hui tu nourris ta créativité au quotidien ?
- Speaker #0
La curiosité. Je pense qu'il y a aussi beaucoup d'écoute. que ça soit mon entourage mais aussi tout ce qui est podcast. Je pense qu'il y a beaucoup de créativité qui vient de là. Et ma créativité vient aussi de cette sensibilité que j'ai et que je mets à part. Alors ça peut être un atout comme ça peut être une faiblesse d'être une personne sensible, mais j'essaie justement de la mettre au profit de cette créativité parce que la sensibilité permet d'avoir aussi de l'empathie. de te mettre dans la peau d'autres personnes et de voir un peu ce que les gens pourraient ressentir si demain ils voient une telle montre avec telle et telle symbolique au final. Donc j'en ai fait une force dans mon activité.
- Speaker #1
Et alors tu parles plutôt de réinvention, pas de reconversion. Donc pourquoi une réinvention plutôt qu'une reconversion ?
- Speaker #0
Je pense que c'est redéfinir complètement qui tu es. Donc, si j'étais resté dans le... pétrole, la personne que je... La personne... Moi, dans le pétrole, ne serais pas du tout qui je suis aujourd'hui. C'est une... Les expériences que j'ai connues, les personnes que j'ai eu l'occasion de côtoyer, et aussi la façon dont tu es câblé, en quelque sorte, comme on dit, ne seraient pas du tout la même si j'étais resté dans un boulot vraiment engineering que créatif. Donc, je ne suis plus... Je ne suis plus la personne que j'aurais été si j'étais resté dans le pétrole.
- Speaker #1
Et en quoi ta définition du succès a changé entre ingénieur Sébastien et entrepreneur Sébastien ?
- Speaker #0
La richesse de ma vie. Et quand je dis la richesse, ce n'est pas piquinière. C'est vraiment les galères par lesquelles on va, les échecs que l'on... Ça forge une personne. Les personnes que j'ai eu la chance de rencontrer, dans le cadre de Conan McArthur... J'ai rencontré par exemple Alfred Worden, un gars qui était sur Apollo 15, qui était en orbite lunaire. J'ai été jusque Londres pour lui remettre une montre. J'ai demandé de faire une petite photo avec lui. Je lui ai demandé si je pouvais mettre ma main sur votre épaule. Il m'a dit tant que tu ne me la mets pas ailleurs, il n'y a pas de problème. Ok, d'accord. J'ai rencontré Jean Reynaud, j'ai rencontré Laetitia Hallyday, j'ai rencontré la dernière lignée de Napoléon. Il y a des belles rencontres. Muriel Robin. et des moments... Assez intime au final.
- Speaker #1
Et suspendu dans le temps.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Incroyable. Et justement, quel a été le moment où tu t'es dit je suis en fait exactement à ma place, là où je devrais être ?
- Speaker #0
Est-ce que je suis vraiment là où je suis censé être ? Alors, j'aurais envie de te dire, j'ai envie d'être plus loin. J'aurais voulu que ça avance beaucoup plus rapidement. Tout ce que je peux dire, c'est que là, aujourd'hui, je me sens moi-même et je me sens épanoui dans ce que je fais. Donc, au final, est-ce que je suis là où je suis censé être ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, je suis heureux dans ce que je fais aujourd'hui. Et je pense que c'est ça le plus important.
- Speaker #1
C'est le principal. Sébastien, si demain, il y a un ingénieur, un cadre ou même un ami, on va dire, qui veut se lancer dans l'entrepreneuriat, Quel conseil lui donnerais-tu ?
- Speaker #0
Fonce !
- Speaker #1
Fonce ? On y va quoi !
- Speaker #0
Alors, j'ai déjà eu d'autres potes, j'ai déjà eu des amis dans cette réflexion. Ma réponse a toujours été la même. Oui, fonce, parce que si je ramène cela à moi et que je regarde, tout le monde m'aurait dit, n'y va pas. Si j'avais une personne derrière qui me dit, écoute, fonce, les choses auraient certainement été beaucoup plus faciles aussi. Et je pense qu'il faut promouvoir justement ces... Sa réinvention, en quelque sorte. Parce que je pense que pour moi, l'entrepreneuriat, c'est bizarre, mais c'est la vie. C'est là où on vit le plus de choses. C'est le mode de vie pour moi qui est le plus excitant. Les montagnes russes, c'est des victoires, mais aussi des échecs. C'est la tristesse comme c'est la joie absolue. Et c'est ça justement qui fait la vie. c'est de ressentir tout ça et de les embrasser en quelque sorte mais c'est ça l'entrepreneuriat c'est là où je trouve qu'on vit le plus
- Speaker #1
Je ne peux que m'aligner à tous tes propos Sébastien, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour ces 5 prochaines années ?
- Speaker #0
Ce qu'on peut me souhaiter, bah déjà Au niveau business, que Colin McArthur continue de grandir comme il l'a fait depuis 2018. Que la marque soit reconnue sur la scène internationale. De signer avec de très grandes célébrités. Il y en a certaines qui sont en cours. J'espère qu'on y arrivera. C'est fictif. Et bien sûr, au niveau personnel, d'être une personne, d'avoir un couple et une famille soudée pour pouvoir justement vivre ça tous ensemble.
- Speaker #1
Eh bien Sébastien, c'est ça. tout ce que je te souhaite. Merci beaucoup d'être venu dans le Mouton. Tu es définitivement un beau mouton à cinq pattes. Des échanges très rares, une reconversion, réinvention, pardon, aussi unique. Tout le meilleur pour la suite. Et à tous nos auditeurs qui nous écoutent, n'oubliez jamais, foncez,
- Speaker #0
comme dirait Sébastien Collet. Merci, Stéphane.
- Speaker #1
Merci à vous et à très bientôt. Bonne journée. Merci, Sébastien. pour cette conversation qui, je pense, va résonner chez énormément de personnes. Ton parcours rappelle une chose essentielle. On n'a pas besoin d'attendre un burn-out pour changer de vie. On peut choisir par envie, par curiosité, par rappel intérieur. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le à quelqu'un qui hésite encore à se lancer. Parce que parfois, il suffit d'une phrase, d'un témoignage pour débloquer une transition. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode, toujours authentique, toujours humain et surtout... toujours utile.