Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler d'addiction et de responsabilité. C'est assez inconfortable la notion de choix et de responsabilité au sein de l'alcoolisme notamment. Parce que c'est une maladie, mais on dit aussi que c'est une maladie du lien, une maladie des émotions. Et c'est difficile de sortir d'une maladie du lien et des émotions si on ne travaille pas sur la nature des liens qu'on a avec les autres et la nature de ces émotions. la notion de responsabilité devient primordiale et donc ça devient aussi très inconfortable. On est dans une ère où on a vraiment l'embarras du choix, c'est sûr, j'en parle souvent, entre le choix de carrière qu'on va faire, est-ce que je veux des enfants ou non, qu'est-ce que je vais manger ce soir, est-ce que je vais manger japonais, kebab ou pizza, tous ces questionnements vertigineux et absolument terribles que nous propose la vie moderne. C'est fou comme le risque de se planter, et là, perpétuellement, On regrette d'avoir bouffé un kebab, on regrette d'avoir fait ce choix de carrière. Parfois, merde, on se dit les enfants, putain, qu'est-ce qu'ils me font chier, si seulement ce soir j'étais seule. Tous ces trucs un peu compliqués, la nuance, quoi, tout ce qui est un petit peu complexe et indescriptible, forcément, c'est de l'ordre de l'insaisissable, et qu'est-ce que c'est flippant. La notion de lien et d'émotion relève aussi de la responsabilité au sens où on n'est pas des enfants. À partir du moment où on entre dans le monde adulte, On se doit d'honorer ses valeurs, on se doit de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. On se doit de protéger ses enfants et d'être correct avec les autres. On se doit de prendre soin de soi, d'être du côté de la vie. Et on fait l'inverse quand on boit, quand on se drogue. Et pourtant, on continue. Pourquoi vous buvez ? C'est vrai, pourquoi est-ce qu'on boit ? Moi, je buvais pour tenir un mode de vie absolument intonable. évidemment pour couvrir une dépression que j'ai toujours eu de façon un peu chronique, et pour tenir aussi une fatigue, pour supporter un rythme qui était bien trop frénétique pour moi. Mais si on continue de consommer, c'est sûr qu'on ne peut pas aller en dessous de ça, on ne peut pas prétendre faire ce qui est juste pour nous, parce qu'on ne sait même pas ce que c'est. Donc la fameuse maladie, où est-ce qu'elle se situe là-dedans ? Mon envie d'arrêter, finalement, elle est où ? Si boire m'apporte tant, je peux faire un milliard de cures. Si boire continue de m'apporter tous ces bénéfices, je ne suis pas prête d'arrêter. On n'est pas con. On ne s'alcoolise pas pour rien. On s'alcoolise parce qu'on est malade et aussi parce que c'est très pratique. Et c'est tellement terrible parce que l'addiction se met par-dessus. Où se trouve la maladie ? Où se trouve la liberté là-dedans ? C'est encore cette question. Qu'est-ce que je fais de ce qu'on a fait de moi ? Avoir envie d'arrêter, mais encore faut-il avoir envie d'avoir envie d'arrêter. C'est interminable ce truc-là. Mais on se doit d'aller au cœur de nos émotions, on se doit d'aller au cœur de nos liens. On se doit cela. Et c'est là notre responsabilité. On peut tellement tout faire aujourd'hui dans ce monde moderne qu'on a forcément besoin de se faire bercer, de se faire tenir la main. Et quelque part, on a tous des fois envie de quelque chose ou d'une présence qui nous dit « T'inquiète, tu restes là, reste planté là, je m'occupe de tout. C'est la vie qui te tombe dessus. Comme ça, tu n'as pas à porter le poids. » des choix que tu as faits. Et il y a ce truc moderne qui consiste à littéralement effacer la notion de culpabilité en disant « mais c'est pas ta faute » . Et je pense que la formulation n'est pas la plus juste ici. Il ne s'agit pas de pointer du doigt, de dire « hé, hé, hé, c'est ta faute » . Au contraire, il s'agit de dire « hé, t'es adulte, tu peux le faire, tu peux choisir. Et tu peux assumer les conséquences de tes actes parce que tu es adulte. » Si vous avez affaire à quelqu'un qui veut vous prendre la main, et tout faire de A à Z pour vous, si on regarde un peu les choses d'une autre manière, on pourrait voir que cette personne ne vous considère pas suffisamment solide pour effectuer les choix de votre plein gré. Dans les cas de relations d'emprise, par exemple, il y a un peu de ça. Mais on ne veut pas être dans l'emprise. On veut être dans le respect de soi. Et pour ça, il faut retrouver sa liberté. Et la liberté implique des choix. La liberté implique des décisions qui ne sont pas toujours faciles, mais qui nous font grandir. Moi, je suis de nature très sauvage et pendant le confinement, j'étais absolument ravie de rester plantée chez moi avec mes cheveux gras et mes chaussettes moches. Et puis, les semaines passent, les semaines passent et je me dis mais là, je m'encroute vraiment. Et puis, petit à petit, il y a une perte de vitalité qui se met en place. Il y a comme une espèce de tourbillon et tu vas vers le bas pour le coup. Ça me prend toujours un petit effort pour aller à l'extérieur. parler aux gens, mais à chaque fois je rentre chez moi nourrie de ces expériences. Donc il y a toujours ce degré de confrontation, et c'est là où je veux en venir. Plutôt que de dire « hé hé hé, c'est ta faute » , c'est plutôt de dire « hé, si je te confronte, c'est aussi pour te faire grandir » . Ce qui nous confronte nous fait aussi grandir, et c'est tout un dosage en fait. Il s'agit non pas de nous foutre des énormes tartes, il s'agit de nous confronter avec la manière la plus juste possible. Se dire « Ok, j'essaye, je fais comme je peux, si j'ai foiré, c'est pas la fin du monde. » On a le droit à l'erreur, et l'erreur c'est quoi ? C'est des trajectoires qu'on rectifie. Alors des fois, il y a des choses qui sont, oui, nos actes ont des conséquences, mais heureusement, parce qu'on mérite ça, on mérite de se regarder comme des adultes. Alors oui, des fois, on n'en est pas capable, et des fois, il y a effectivement la dépression qui s'installe, et c'est là qu'on doit traiter la dépression. Se dire « Ok, je suis incapable de faire ces choses-là. » Pourquoi ? Qu'est-ce qui m'arrive et qu'est-ce que je fais pour le prendre en charge ? Un traitement, une thérapie. Et ça, on peut tout faire depuis chez soi, comme on disait. Et on peut faire une thérapie depuis son lit. C'est ça aussi les merveilles de notre technologie moderne. Donc, de quoi avez-vous envie ? De quoi avez-vous besoin ? Qu'est-ce que vous cherchez à échapper ? Pourquoi est-ce que ça fait si mal d'être sobre des fois ? Pourquoi est-ce que ça fait si mal d'être lucide ? Et des fois, c'est tellement douloureux qu'on préfère fermer les yeux et mettre la douleur sur le compte des circonstances. Et parfois, comme il y en a, c'est très complexe de faire la part des choses. La maladie, les décès, ça nous tombe dessus, c'est sûr. Beaucoup de choses nous tombent dessus, mais pas tout. Et heureusement. A bientôt. Ciao.