Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler d'alcool pour changer. Je vois des commentaires passer du style j'arrive pas à arrêter, je ne sais pas comment tu fais, je ne sais pas comment vous faites, il y a des gens qui sont plus forts que d'autres et puis c'est tout. Je reviens là-dessus et arrêter la drogue, arrêter l'alcool, bien sûr que ça demande des remises en question, de la force, beaucoup de volonté. Encore faut-il avoir envie. d'avoir envie d'arrêter, ça je le dis souvent, parce que c'est un processus très complexe. On est pris de dynamiques dont on n'est pas toujours conscient. Sinon, on ne passerait pas son temps à se maltraiter de la sorte. Parce que c'est quand même fou l'addiction. Tu sais que tu te maltraites, tu sais que tu infliges des atrocités à ton corps, à ton cerveau, à ton système nerveux, et pourtant tu continues. Personnellement, j'ai arrêté parce que j'en avais trop marre. Les fameux bénéfices secondaires liés à ma consommation se faisaient de plus en plus rares. Je n'en pouvais plus des gueules de bois, je n'en pouvais plus d'être décente, parce que je ne faisais pas que consommer de l'alcool. Parfois, je prenais de la coke, je prenais de la MDMA, plein de saloperies mélangées à l'alcool, ce qui fait qu'en plus de ça, tu ne dors pas derrière, tu peux te bourrer la gueule pendant plusieurs jours d'affilée, ne jamais t'arrêter. Parce que tu prends toutes ces autres substances en même temps. Ça, ce sont les pires descentes que j'ai jamais eues. Ça, c'est l'enfer. T'es vraiment en enfer parce que tu reviens à la réalité et là, tu te rends compte. Et il y a cette espèce de peur du vide, cette peur de revenir à la réalité. Ou c'est de l'anxiété, disons, parce que t'es dans l'anticipation. Tu sais que t'es en train de sortir de ce paradis artificiel pour revenir progressivement dans la réalité. tes devoirs professionnel, devoir te préparer pour aller au travail, devoir te concentrer, payer tes factures. Et c'est atroce parce que t'as touché le paradis, t'as touché l'extase. Pendant plusieurs jours, t'as vécu dans cette espèce de nuage artificiel et là tu te rends compte, merde, j'étais dans un mensonge. Et c'est absolument atroce de se rendre compte de ça. L'alcool était quand même ma drogue préférée parce que les descentes étaient quand même un peu moins hardcore. que lorsque je consommais tout un tas de produits en même temps, il y avait de la fatigue, il y avait de la gueule de bois, des regrets, des remords, tout ce que tu veux, ça restait horrible, tout est atroce. Donc dans l'échelle d'atrocité, c'était un peu moins atroce d'avoir des gueules de bois suite à l'alcool que d'être en descente de drogue et d'alcool mélangé. Bref, je m'égare. Là où je voulais en venir, c'est que pour arrêter l'alcool, Ça ne prend pas un surhomme ou une surfemme. Il suffit juste d'en avoir marre. À la fin, déjà, il fallait que je travaille. J'avais un nouveau job à l'époque, donc je n'arrivais pas à me concentrer. Donc soit je gardais mon job et je travaillais correctement, soit je faisais autre chose. Mais il fallait choisir. Je ne pouvais plus fonctionner au quotidien. Donc jusqu'ici, j'avais plus ou moins réussi à esquiver, même si les gens ne sont pas dupes. Nous, on ne se rend pas compte, mais les lendemains de cuite, on pue. Et puis, t'es tout bouffi, ça se voit. Moi, aujourd'hui, je les repère à 200 mètres, les gens comme ça. Je pense que toute personne qui a consommé sait reconnaître les gens qui essayent, tant bien que mal, de masquer leur consommation de la veille. Ça ne marche qu'un temps. Mais 30 ans passés, on arrive à la quarantaine, etc. Ça ne dure pas longtemps, on ne peut plus fonctionner longtemps. Donc, soit on va au fond du fond. soit on arrête. Et le fond, comme j'ai pu dire également aussi, on n'a pas tous le même fond. Moi, pour moi, j'ai touché le fond du fond, c'est-à-dire que j'ai vécu des scènes abominables. En fait, ce n'est même pas la peine de retourner dans les détails. Vous voyez ce que c'est, j'ai pu en parler un petit peu. Les dangers dans lesquels on se met, c'est horrible. Je n'en pouvais plus de me maltraiter comme ça, je n'en pouvais plus. Je n'en pouvais plus des remords, je n'en pouvais plus de toutes ces larmes, des quasi-interdits bancaires. Enfin, je n'en... pouvaient plus. Donc voilà, c'est quelque part aussi simple que ça. Donc, j'ai un petit peu envie de rassurer aussi les personnes qui se sentent démunies, qui disent je n'y arrive pas, je n'y arrive pas. Il ne faut pas oublier aussi que ça devient une maladie l'addiction. Il y a du sevrage, et le sevrage physique, c'est de la rigolade à côté de ce qu'on peut vivre mentalement. Et comme j'ai pu dire aussi, la sobriété, c'est une gymnastique, ça se pratique. Mais lentement, on apprend, c'est un apprentissage, c'est comme la souplesse. Ça ne s'acquiert pas du jour au lendemain, il faut un petit peu se lâcher la grappe là-dessus. On a tendance à être super exigeant vis-à-vis de soi quand on est addict. Ce n'est pas par hasard qu'on se drogue pour s'aimer, on se drogue pour prendre des vacances de soi. On est super exigeant avec soi et c'est pareil pour d'autres choses que dans la sobriété. Par exemple, on se dit mais c'est bizarre, ma vie elle est à chier, je m'ennuie. Je ne comprends pas, mais bon, si ça fait deux semaines que tu as arrêté, ça ne va pas venir du jour au lendemain. On peut se contenter des petites choses au début. Les premières choses, c'est-à-dire déjà se lever frais le matin dans un lit chaud, ça, ça n'a pas de prix. Et ça, ça vient vite. Donc, prenons la sobriété étape par étape, petit bout par petit bout, un jour après l'autre. Et donnons-nous cette douceur qu'on n'a pas connue, qu'on ne s'est jamais donnée jusqu'ici. et accordons-nous déjà des réveils au chaud, dans un lit propre, qui ne pue pas, l'alcool de la veille, on ne sent pas le vieux cendrier, accordons-nous déjà ces toutes petites joies, ces toutes petites victoires, qui en apparence sont petites, mais qui en fait sont énormes. A bientôt, ciao !