Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler de rêve, plus précisément de notre capacité à rêver. Elle est de plus en plus en péril aujourd'hui, notre capacité à rêver. Alors est-ce que c'est quelque chose qui est de notre ressort ? Ou est-ce que c'est la société, le monde actuel qui nous prive aussi du rêve ? Je pense que c'est un petit peu des deux. L'actualité aujourd'hui, quand on voit ce qui se passe au plus haut sommet de l'État, bon, ça n'a rien de surprenant. Mais quand on voit ce qui se passe, c'est de plus en plus abominable à chaque fois. Plus on s'informe, plus c'est horrible. Donc forcément, cela va altérer un petit peu notre capacité à rêver, notre espoir en l'humanité, de notre capacité à croire en la bonté pure de l'humain. Et donc tout ça est vraiment remis en question avec tout ce qui se passe entre les guerres et les dictatures et autres comportements dégueulasses qu'on peut voir actuellement. L'actualité, je n'en peux plus. Et cela vient nous polluer vraiment dans l'intimité même de nos foyers, grâce au téléphone. Et à chaque fois qu'il y a ce petit bout de rêve qui vient, des fois il y a toujours une actu, quelque chose pour te rappeler qu'il y a la merde, pour te rappeler que non, qu'importe ce à quoi tu penses, il y aura toujours un truc atroce à te dire, à te ramener. On n'oubliera jamais de t'informer de toutes les choses abominables qu'il y a dans le monde actuel. Alors attention, ne rêve pas trop. N'aie pas trop d'espoir, ne mets pas la barre trop haut parce que ne t'inquiète pas, on garde au chaud des nouvelles tout aussi atroces les unes que les autres. Et tout cela pour te réjouir et pour que tu fasses de très bonnes nuits de sommeil. Déjà on n'a pas le temps de rêver, c'est vrai, il n'y a pas l'espace nécessaire pour rêver avec le flux d'informations et d'actualités permanentes. On a de moins en moins cet espace où on peut s'ennuyer, c'est vrai que de se faire chier, se vide. C'est aussi un terrain fertile, parce que de l'ennui naît de l'idée, du contenu. De l'ennui naît le fantasme. Le fantasme aussi. Se donner le droit de fantasmer. Je ne parle pas que du fantasme sexuel, même si ça c'est merveilleux. Moi j'adore, depuis mon foyer de maman solo, isolé et épuisé, j'adore m'imaginer les choses les plus coquines possibles. Le fantasme c'est quelque chose... qui naît donc de cet ennui, qui naît de ce terrain fertile, qui est le vide. Donc si on ne se donne pas cette place, si on ne se donne pas ce temps de rien, comment peut naître le rêve ? Et aussi le rêve, tout dépend aussi de ce qu'on appelle rêver, il y a le rêve et puis il y a le plaisir, ce n'est pas la même chose. Il ne faut pas confondre le rêve et le plaisir immédiat, la récompense. C'est très différent. Le rêve, c'est quelque chose qui nous élève aussi. Et ça, ça passe par tout un tas de chemins parfois, des chemins parfois sinueux. Je rêve de reprendre les études, par exemple. Qu'est-ce que tu vas mettre en place pour reprendre les études ? Ça nécessite quand même de se bouger un petit peu. Et aujourd'hui, on a tendance à confondre ça, le fait d'obtenir quelque chose avec une satisfaction immédiate. Mais ça se travaille. Et c'est ok, c'est même vachement bien. Moi, si tout me venait comme ça, on a un claquement de doigts, ce serait un peu chiant. C'est le voyage aussi qui est super. Quand on reprend les études avant d'obtenir le diplôme, on apprend plein de trucs. C'est vachement bien. Quand on fait de la création artistique, il y a tout un processus. On apprend sur soi, les mots, la poésie. On va venir explorer ces émotions, aller au cœur de son histoire, de celle des autres. passionnant. Et donc le rêve, en fait, c'est tout ce qui va stimuler l'imaginaire. On a besoin d'imaginaire dans un monde où tout est imaginé à notre place. Et c'est important de dire non, non, moi aussi, j'ai le droit d'imaginer toute seule, sans l'aide des applis, sans l'aide de Deliveroo, de Tinder ou de Facebook, sans l'aide de qui que ce soit me dire oui, j'ai confiance en ma propre capacité à rêver. et à m'imaginer et à savoir, du coup, ce qui est bon pour moi. Et parce que l'effet pervers avec tout ce truc avec l'offre et la demande, c'est qu'on sait ce qui est bon pour nous, à force. Et nous, on va bouffer ça, forcément, on va mordre à l'hameçon. On va dire, ok, tu sais ce qui est bon pour moi, dis-moi. Dis-moi ce qui est bon pour moi. Mais il faut se rappeler qu'on n'est pas cons, et qu'on sait ce qui est bon pour nous. Il ne faut surtout pas l'oublier. Ça semble évident, et pourtant, on est dans une ère où tout est pensé à notre place. Et donc si on rêve, qu'est-ce qu'on veut ? Et ce cynisme ambiant aussi, qui peut y avoir à force de déception, notre capacité à rêver est tellement mise à mal que de ça naît le cynisme aussi. Et on se dit des fois, plus on ose rêver, plus la chute est vertigineuse. Et c'est vrai que plus on rêve, c'est vrai qu'il y a un enjeu dans le fait de rêver, dans le fait d'aimer aussi. On risque le chagrin, on risque d'avoir le cœur brisé. Un cœur brisé ne se répare jamais totalement. néanmoins on essaye de le penser de penser type pansement on essaye de penser ses blessures comme on peut et je trouve que de renoncer à sa capacité à rêver c'est tragique, je trouve que c'est une des pires tragédies de la vie et c'est un petit peu ça que notre ère actuelle tente de nous enlever rêver mais pas trop, rêve pas trop ma petite. Ce truc aussi où on te dit tu sais avec toute la merde actuelle reprendre les études c'est compliqué, attention Choum. parce que la vie est trop merdique, donc rêve, mais pas trop, ne te fais pas trop d'illusions. Encore une fois, ayons confiance en notre capacité à être raisonnable, à rebondir, à rectifier. Ayons confiance en notre capacité à nous planter et à savoir nous planter, à pouvoir nous relever quand on se plante. Plantons-nous, faisons des erreurs, allons-y. Tout est risqué, c'est sûr. On meurt, n'oublions pas qu'on meurt à la fin du parcours. Je ne veux pas ajouter de teinte morbide à cet épisode. Il faut avoir cette humilité, qu'entre la naissance et la mort, il y a tout un voyage. On est là pour apprendre, on est là pour se nourrir, on est là pour vivre. Alors osons vivre, osons nous sentir vivants, osons expérimenter, et à ne pas céder à cette morosité ambiante qui te dit que tout est pourri, quoi qu'il arrive. Oui, il y a certes énormément de choses pourries. Mais cela n'est pas une fatalité. La vie est pleine de choses, la vie est pleine de couleurs, de couleurs plus sombres comme de couleurs plus légères. Et donc n'oublions pas d'explorer la vie dans toutes ses nuances. Dans ce qu'elle a de plus compliqué certes, mais aussi de plus léger et de plus beau. A bientôt, ciao !