Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui je parle un peu doucement parce que ma fille a une otite, elle dort à côté là. J'ai profité d'une de ses siestes pour faire cet épisode. J'espère que je vais pouvoir l'enregistrer sans incidents. La pauvre, elle souffre beaucoup, ça fait vraiment super mal ce truc là. Donc voilà, les nuits sont un peu agitées, il y a de la fatigue dans l'air mais voilà je profite de ces quelques minutes de calme pour vous parler. Et aujourd'hui, j'ai envie de parler d'alcool, du déni qu'il y a autour de l'alcool. J'ai eu beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux. L'alcool fait réagir, l'alcool dérange, l'alcool fait souffrir, remet en question. Et ça secoue. Et j'entends parler du déni beaucoup. Et effectivement, on a le déni autour de l'alcool puisque notre drogue tend, l'alcool est ancré dans notre culture, dans notre société. Et c'est vrai qu'on fait une prévention, on parle de l'alcoolisme, mais notre société, encore aujourd'hui, sépare les alcooliques d'un côté et les non-alcooliques de l'autre, caricature les alcooliques comme étant vraiment le pire des poivrons, avec un pif complètement défiguré, qui pue, qui dit des grossièretés. C'est vraiment le freak à l'état pur. Comme ça, c'est bon, on évite de se remettre en question, on évite de se regarder. On évite surtout de voir que l'alcoolique, c'est un peu monsieur et madame tout le monde, finalement. Et puis l'économie aussi qui tourne autour de l'alcool, l'événementiel, la culture, tout en fait. Et puis l'alcool, c'est... On boit quand on va bien, on boit quand on va mal, on boit quand on s'ennuie on boit Au contraire, quand on a un surplus d'intensité, on boit tout le temps. Alors forcément, on est tenté d'être dans ce déni. En ce qui me concerne, j'ai été dans le déni un certain temps. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours associé au début l'alcool comme étant un truc de bon vivant. Voilà, c'est un classique. Bon vivant, festif, qui sait s'éclater. Dès lors que j'ai commencé, je savais que c'était ma drogue. C'est clair que moi qui suis quelqu'un d'angoissé, qui peux être un petit peu dans le contrôle, c'est vrai que là j'avais trouvé un exutoire absolument parfait. C'est un tel régulateur de stress, régulateur d'angoisse, donc forcément c'est un peu une perle rare. On nous donne l'autorisation pleine de se servir de cette perle rare pour aller mieux, pour pouvoir s'intégrer, pour pouvoir supporter notre quotidien. supporter cette productivité extrême que la société aussi nous renvoie. Du trop, il y a du trop, tout le temps, partout. Alors c'est vrai que boire, c'est vraiment une soupape absolument merveilleuse. Qu'il est plus simple de mettre de côté finalement, c'est tellement plus simple de mettre les grosses poivrasses d'un côté et les gens « normaux » de l'autre, c'est tellement plus simple. De fermer les yeux sur la complexité de l'alcoolisme, c'est un gros mot, quoi. L'alcoolique, c'est un gros mot. C'est marrant, on dit un alcoolique. Comme si on disait un monstre. Au début, je voulais absolument pas voir que j'avais un souci avec l'alcool, et je me disais, mais ceux qui ne boivent pas, en fait, doivent vraiment se faire chier dans la vie. Je sais pas comment ils font pour s'amuser. Alors voilà, moi je pensais réellement ça, quand j'étais ado. Donc clairement, j'étais bien partie, et je me disais, mais comment... Ils sont rabat-joie, ils sont chiants. Les meufs qui ne boivent pas, on pourrait penser qu'elles sont un peu coincées. Les mecs qui ne boivent pas, c'est que ce n'est pas vraiment de bons vivants. Et puis, ils ne savent pas vraiment taper du poing sur la table et trinquer entre mecs après une bonne semaine au boulot. C'est interminable, en fait. Et c'est assez insupportable. Moi, des fois, vraiment, ça m'agace. Ça m'agace qu'on soit autant à côté de la plaque. Je comprends aussi qu'on veuille éviter de regarder ses émotions. C'est difficile d'admettre qu'on est esclave d'un produit. C'est difficile d'admettre que la société est esclave d'un produit. Oui, il y en a réellement qui arrivent à modérer leur consommation. Et j'en vois qui boivent un verre ou deux et ils sont contents, ils s'arrêtent là. Alors oui, on ne peut pas pour autant cracher sur la culture. Et en même temps, comment est-ce qu'on modère tout ça en fait, sans passer pour un... pour un con ou un rabat-joie ou une meuf un peu coincée, la limite et le curseur sont très difficiles à placer dans ces cas-là. Mais il faut dire ce qui est boire de l'alcool, c'est mauvais, un point, c'est tout. On entend des fois ce truc comme quoi boire un verre ou deux par jour, ça pourrait être bon pour la santé, mon cul. Et ça, c'est vraiment une connerie absolument effroyable. C'est vrai que j'ai envie vraiment de mettre en avant le côté moche de l'alcool. C'est peut-être un brin provocateur, mais en même temps, l'alcool, c'est vraiment ça. Ok, tu t'éclates un soir, tu bois, tu trinques, t'es un bon vivant, t'oublies tous les problèmes, tout est derrière toi, c'est ok, on vit qu'une fois et c'est ce soir. Et puis le lendemain, t'as la chiasse, t'es tout gonflé, tu pues, t'as le cafard, tu veux manger du McDo. ta journée est clairement flinguée, et puis on se dit, ah, non, non, mais c'est quand même bien. C'est quand même bien de boire de l'alcool. C'est quand même bien de se flinguer un peu avec modération. Et des fois, on continue de me proposer à boire, comme si j'allais tout d'un coup accepter. C'est assez curieux, quoi. Et aussi, parce que je bois pas, une fois, il est arrivé qu'on serve à tout le monde sauf moi. Bon, mais si tu bois pas d'alcool, bah tu bois pas, quoi. Allez, toi, tu sors. Et bon, on s'en fout un peu, mais... Mais juste, ça montre, en fait. Ça montre à quel point t'es in quand tu bois. Tu bois pas, bah, tu fais chier. Et puis, non, non, on va pas te proposer un jus de pomme ou un coca, ce qu'on pourrait faire en temps normal. Mais il y en a qui le font pas et qui ne se rendent pas compte. Juste, ils se rendent pas compte. Voilà, tu bois pas, tu participes pas, en fait. Ce déni, moi, je suis restée avec pendant des années, même si, progressivement, je me suis rendue compte que je devenais vraiment esclave du produit, parce que mon alcoolisme empirait. Et ce qui s'est passé à un moment, c'est que j'étais un petit peu dans une entre-deux. C'est-à-dire que le matin, je me disais « ok, t'es alcoolique » , et le soir, je me disais « non, tu l'es pas » . Donc en fait, c'est un petit peu, le matin, tu dis la vérité, puis le soir, tu mens. C'est digne d'un morceau de Bachung, ça. Mais c'est vraiment ça. Et donc, tu switches, tu passes d'une personne à l'autre, tu navigues entre deux identités, tu ne sais plus laquelle est laquelle. Et je trouve que c'est aussi le côté très difficile du déni, c'est que t'es vraiment complètement polarisé, t'es coupé en deux ou plusieurs parties, mais t'es coupé en plusieurs parties distinctes en fait. Et moi j'ai souvent été comme ça, à avoir cette espèce d'une partie de tennis avec moi-même en me disant oui, non, oui, non, oui, non. Et c'est ça qui est franchement usant. Et c'est vrai qu'à la fin, tu ne sais plus qui tu es, parce qu'au fond de toi, tu sais que tu n'es pas en accord avec tes valeurs. Mais c'est insupportable de regarder ça, c'est insupportable de voir que pendant toutes ces années, tu as construit une personnalité, une identité qui est quelque part un peu factice. Et lorsqu'on devient sobre, parfois, c'est tellement insupportable de se rendre compte de ça, qu'on préfère ne pas le voir, c'est-à-dire qu'on se rend compte qu'on a passé plus de la moitié de sa vie à nourrir cette identité autre. Et que finalement, on connaît plus cette personnalité-là, ce personnage, que sa vraie nature. Et c'est hyper déstabilisant quand on arrête. Moi, c'est ça qui m'a fait rechuter X fois. Clairement, à la fin, je ne me voilais plus la face et je me disais, ok, oui, je suis alcoolique, mais clairement, je n'arrive pas à arrêter, en fait. Et on dit que les alcooliques sont des menteurs. Bah oui, parce que le déni, c'est le propre de l'alcoolisme. Donc, c'est difficile à regarder ça, forcément. C'est très difficile de coller la bonne image au bon endroit. Et c'est très tentant de vouloir mettre l'alcoolique et le non-alcoolique dans deux cases très distinctes. Comme si les alcooliques étaient finalement un petit peu des déchets de la société, les fraises alcooliques, alors que finalement, les alcooliques sont parmi nous. Ils sont partout. Et ils ont toutes sortes de dégaines différentes. Certains le cachent très, très, très bien. Voilà, donc le fameux déni, on a encore beaucoup de boulot. En tout cas, être alcoolique, c'est une souffrance. On boit aussi pour éviter de souffrir. Et c'est en ça que... C'est ça qui mérite d'être regardé. C'est terrible de souffrir au point de devoir boire comme ça. D'avoir des quotidiens aussi difficiles. Il y a la maladie alcoolique, mais c'est incroyable. pansement. C'est vraiment un remède absolument merveilleux à court terme. Et donc c'est terrible de devoir se mettre dans des états pareils pour se sentir mieux. Et donc c'est plutôt ça qu'il faut regarder. De quoi a-t-on réellement besoin ? Et ça, c'est tout un processus, et c'est toute une traversée. C'est la fameuse quête de soi. A bientôt. Ciao.