Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai envie de parler de colère. Je suis avec ça en ce moment, je suis avec ça depuis quelques temps. La gestion de la colère. La colère, c'est vraiment une émotion complexe. Derrière la colère se cache parfois une grande tristesse, de l'impuissance. Une forme d'injustice aussi qui peut se cacher derrière une telle colère. L'impression de s'être fait marcher dessus, et c'est un petit peu un cri du corps, un cri du cœur. Pour ma part, j'ai pu en parler maintes fois, la colère, chez moi, ça a toujours été quelque chose de compliqué à gérer. Et ce que je trouve extrêmement, c'est le fameux paradoxe. Plus on cherche à maîtriser sa colère, plus on cherche à maîtriser ses émotions. plus elle s'y trouve le moyen d'exploser. Et elle trouvera toujours un moyen de se trouver un petit chemin pour pouvoir dire « Coucou, je suis là » . Et elle tapera la porte de plus en plus fort. Alors ça dépend aussi de la manière dont on a grandi. Moi, j'ai grandi comme ça. Je n'avais pas spécialement l'autorisation, enfin disons, je n'avais pas spécialement l'espace pour pouvoir exprimer ma colère, pour pouvoir exprimer mon mécontentement. Et puis certains d'entre nous peuvent avoir des parents qui ont été violents, méprisants, humiliants, et dont la colère pouvait parfois se confondre avec la rage et l'explosion. Et c'est vrai que la frontière parfois est un peu fine, et donc certains d'entre nous n'ont pas eu le meilleur des modèles en la matière. Donc pour moi, la colère a souvent été associée à quelque chose d'effrayant, quelque chose de l'ordre de la haine, de la violence. alors que Il y a une telle vie, il y a une telle vitalité derrière la colère. Donc c'est assez terrible de censurer sa colère parce qu'il y a un mépris de soi, un manque de respect de soi quand on se prive de ressentir sa colère. Non pas forcément de l'exprimer, mais de la ressentir. Et il y a une petite nuance entre les deux. Moi j'ai mis du temps à comprendre qu'exprimer sa colère ou ressentir sa colère ne voulait pas forcément dire péter les vitres et taper dans les meubles et insulter tout le monde. Alors je n'ai jamais tapé. J'ai tapé dans les meubles, j'ai cassé des trucs, j'ai hurlé jusqu'à m'en péter la voix. Et ça c'est quelque chose que j'ai en moi aussi, suite aussi à la façon dont j'ai grandi. Mais maintenant je suis adulte et qu'est-ce que je fais de ça ? Eh bien, j'essaye de laisser sortir ma colère par petites bribes, j'ai pu l'exprimer déjà ça, pour pas que ça explose d'un coup en fait. Et quand on regarde une journée par exemple, on peut cumuler un tas de petites frustrations, qui lorsqu'on les regarde de façon isolée, paraissent complètement banales. Ça peut être, je suis à la bourre ce matin, ma fille n'a pas voulu mettre ses chaussures, j'ai eu un coup de fil un peu désagréable avec un collègue. Ça, plus ça, plus ça, plus ça, puis le métro, c'est hardcore. Et donc, dans ces moments-là, on dit « je gère, c'est bon, c'est pas grave, je gère. » Il y a ça qui se passe, je suis en retard, mais c'est pas grave, je gère. Ok, mais par contre, si ça nous agace, on a le droit aussi de le ressentir. Et quand on se prive de ça, on dit « je gère, je gère, je gère, je gère. » Et puis, il suffit d'un tout petit truc en fin de journée. Votre enfant qui casse un truc, qui gueule, pour que ça... Ça explose littéralement et après on s'en veut, on regrette, c'est un cercle vicieux, on se dit plus jamais, plus jamais, je dois laisser ma colère m'envahir de la sorte. Et c'est vrai que c'est vraiment difficile, je trouve, de trouver cette petite frontière entre la rage, la violence et la colère. Et finalement, il n'y a pas 36 solutions. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut donc maîtriser, je dirais que c'est quelque chose qu'on doit s'autoriser à ressentir. et qui est tout à fait légitime. Et on la ressent dans le corps. Déjà, il y a son rythme cardiaque qui s'accélère, on devient tout rouge. Et puis, il y a les doigts, les mains qui se crispent. C'est incroyable. Dès lors qu'on est dans cet état, qu'on est vraiment en mode attaque. Et puis, on peut péter un truc, on ne ressent pas la douleur. On peut mettre un coup de poing dans la vitre, on ne ressent pas la douleur. Ça montre à quel point c'est quelque chose de puissant. Et c'est terrible de devoir en arriver là pour pouvoir se faire entendre. Et certains d'entre nous entraînent ça depuis l'enfance, se mettre dans un tel état, parfois a été le seul moyen de se faire entendre. Et c'est dur, c'est dur. Et il faut bien qu'on se dise qu'on n'est pas obligé d'en arriver là pour... Pour se faire entendre, si l'autre en face ne t'entend pas, c'est une autre histoire. Mais comment on fait pour se protéger, pour ne pas avoir à se mettre dans un tel état ? Parce que ça nous épuise, ça nous consomme de l'intérieur, on fait des choses qu'on regrette, et puis il y a une rupture de contact avec soi, avec l'environnement, c'est-à-dire que t'es plus là. Et pour ceux qui ont eu des parents un peu agressifs... et qui ont des enfants, c'est très compliqué. Moi, je sais que c'est un sacré truc avec ma fille, comme j'ai pu en parler dans les épisodes précédents, que je m'autorise finalement à jurer. Je me dis, OK, la frontière, c'est quoi ? Tu ne l'insultes pas, tu ne la traites pas de conne, d'imbécile, de stupide. Tu peux dire, putain, fais chier. Ça m'arrive de me taper du poing sur la table. Je n'aime pas ça. Mais je suis obligée d'apprendre à laisser mon impatience et mon irritabilité sortir par petites bribes. Parce que quand ça pète, chez moi, c'est très, très, très, très impressionnant. Et j'ai pu... ça en impressionne plus d'un, parce qu'on ne me voit pas comme ça. Quand je m'énerve avec ma fille, avec d'autres personnes, des fois, elles sont là, « Wow, ah ouais, toi tu déconnes pas ! » Et à chaque fois, je suis là, « Désolée, je suis un peu colérique. » Et voilà, j'essaie de m'accepter comme ça, de me dire que oui, je suis un peu colérique, mais au final, il n'y a pas que de la colère, il y a de la vie derrière ça. Je suis colérique, mais je suis aussi très... Je ris beaucoup, j'éprouve de grandes joies, de grandes colères, de la grande tristesse. Je suis quelqu'un d'assez sensible et j'essaye de laisser tout ça circuler. Ce qui se passait, c'est que je m'empêchais de ressentir de la colère, parce que la colère, c'est pas bien, il y a quelque chose de l'ordre de la passion que tu ne maîtrises pas. Et puis chez les meufs, la colère, c'est un peu moche. C'est un peu... c'était pas très belle quand tu te fous en colère. Il y a un petit peu cet ancrage culturel et sociétal. que la meuf qui se met en colère et la meuf dont la voix se déforme, parce que quand on se met dans la rage, je parle plus de rage, la voix et le visage se déforment. Donc ça peut être assez impressionnant, et ça vient un petit peu casser ces stéréotypes de la nana qui reste silencieuse et qui prend sur elle. Depuis la nuit des temps, les meufs ont pris pour habitude de prendre sur elle. Et donc... Donc ça vient vraiment casser cette image-là. Et moi, ce qui se passait, notamment à l'époque où je buvais, c'est que j'explosais quand je buvais en état d'ivresse. Et je parle d'explosion absolument... Ouais, de l'explosion pure, quoi. Des fois, il fallait qu'on me tienne. Et donc je tapais partout, je hurlais. Je ne frappais pas les gens. Mais c'était plus une espèce de cri de... Il y a tout qui sortait, puis je m'en voulais. C'était vraiment en fin de soirée où je me regardais, je me disais « Mais là, t'es torchée, encore une fois t'as raté, encore une fois tu t'es pas maîtrisée. » Et je ne supportais pas de me voir ainsi. Donc derrière cette colère, il y a vraiment une vraie détresse et qui mérite vraiment d'être écoutée, qui mérite vraiment d'être entendue. Même au-delà de ça, on n'est pas toujours obligé d'être dans un état de détresse absolue. De s'autoriser à ressentir nos frustrations du quotidien, je pense que c'est vraiment important. On a beau dire « ouais c'est normal, le métro tout le monde le prend, c'est chiant » . Oui, alors c'est banalisé, ça ne veut pas dire que c'est normal pour autant. On vit dans une société qui est complètement malade et déglinguée, sinon on ne ferait pas tous ces podcasts. Sinon, il n'y aurait pas autant de thérapeutes. C'est pas parce que les choses sont banales qu'elles sont pour autant acceptables, nous sommes humains. Et ça, on ne doit pas l'oublier. Que la colère, ça se respecte et ça s'embrasse. Et c'est tout un processus, c'est-à-dire que plus on s'en veut, plus on explose, moins on s'empêche d'exploser, moins on s'empêche de ressentir sa colère. Et il faut bien qu'on se dise que nous avons le droit, nous avons le droit de ressentir de la colère, nous avons le droit de ressentir cette énergie de vie que nous pouvons laisser circuler. Qu'est-ce que ça te fait dans le corps, cette colère ? Où est-ce que tu la sens ? Moi, quand ça monte, je le sens dans l'extrémité de mes mains, dans les doigts en fait. Je le sens, je sens mon rythme cardiaque qui s'accélère. Je sens vraiment que je suis prête à l'attaque. Il y a vraiment quelque chose de méga primaire, quoi. Et c'est hyper impressionnant et c'est extrêmement désagréable. Parce qu'il y a ce moment où tu sens que tu vas toucher ce point de rupture. Et là, tu sais que c'est trop tard, que tu ne peux pas te calmer. Donc, plus on dit calme-toi, plus tu as envie de te foutre en colère. plus tu te dis mais merde j'arrive pas à me calmer je suis nulle en fait Si moi, je n'arrive pas à me calmer, qu'est-ce que je montre à mes enfants ? Alors, plutôt que de se dire « calme-toi » , c'est de se dire « ouais, c'est chiant » . Un enfant qui hurle du matin au soir et qui te saute dessus, qui te parle comme une merde, oui, ok, c'est normal au sens où un enfant ne régule pas ses émotions, mais c'est archi-chiant ! Il faut dire ce qu'il y a, c'est super, ça rend fou. Le cri d'un enfant, c'est conçu pour te rendre dingue. Et ça marche. Donc, je pense qu'il faut déjà, dans un premier temps, cesser de s'en vouloir, d'être au bord de la saturation. Donc, embrasser sa colère et de se dire, ouais, je le sens dans le bide. Et se dire, ok, là je ressens de la colère et c'est ok. Ça fait mal. Oui, c'est très désagréable. Qu'est-ce qu'elle essaie de me dire, cette colère ? C'est quoi le besoin que je dois respecter derrière ? Moi qui ai eu l'habitude de me manquer de respect toutes ces années, qu'est-ce qui se passerait si enfin je commençais à me respecter et si enfin je commençais à écouter ma colère ? On peut voir ce qui se passe et on peut être surpris de tout ce qui peut circuler dès lors qu'on l'autorise. Et c'est une très belle énergie de vie. Bon courage ! A bientôt, ciao !