Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai envie de parler du fait d'aller bien alors qu'on a l'habitude d'aller mal. C'est bien connu que quand on va bien alors qu'on a l'habitude d'en chier, tout ce qui est nouveau fait peur parce qu'on n'aime pas l'inconnu. Forcément, on doit toujours pouvoir anticiper ce qui est sur le point de nous attaquer. Et quand on ne sait pas, forcément, on craint pour sa vie. Et justement, si on fait le parallèle avec l'addiction, quand on arrête de consommer, quand on cesse de maltraiter son corps avec les substances, on se fait du bien. Le mode de vie change, forcément notre peau s'éclaircit, on a les traits moins tirés. Généralement, les relations changent aussi. On a une vie souvent un peu plus plan-plan, un peu pépère, que beaucoup de gens pourraient associer à de l'ennui. C'est sûr qu'on peut confondre le fait d'avoir une vie calme avec se faire chier, c'était mon cas. C'est très fréquent, lorsqu'on arrête de consommer, d'avoir une vie d'apparence fade, chiante, plan-plan, alors que c'est tout simplement une vie plus douce. On a moins de montagnes russes, il y a moins de péripéties toxiques et de relations malaisantes, juste quelque chose d'un peu plus soft, quoi. On n'est pas obligé de vivre des trucs de dingue tout le temps. Et puis à la fin, de toute façon, je ne vivais plus de trucs de dingue, parce que dès lors que je buvais et que je sortais, là je vivais des trucs absolument incroyables, mais il m'arrivait aussi des trucs absolument affreux, ce qui fait qu'à la fin, j'ai commencé à me bourrer la gueule à la maison, toute seule. Et là, pour le coup, il ne se passait vraiment plus rien, si ce n'est que je me couchais tous les soirs, ivre morte. Enfin, c'était super. Donc, je ne veux pas perdre mon sujet. Quand aller bien, se faire du bien, ce n'est pas dans nos habitudes, ça peut être très inconfortable. Beaucoup de gens autour de vous diront « ah mais t'es maso » et je trouve ça très agaçant parce que non, c'est pas qu'on est maso, c'est qu'on n'a pas l'habitude. Parce que dès lors qu'on ne se maltraite plus, dès lors qu'on commence à se faire du bien, on peut faire le parallèle aussi avec le fait d'avoir un nouveau job, se lancer dans une passion, un loisir, quelque chose où il y a un enjeu qui est effectivement... D'aimer quelque chose, d'aimer d'ailleurs, ça peut être une personne, et forcément dès lors qu'on s'ouvre, dès lors qu'on ouvre son cœur, comme on le disait autrefois, il y a le risque d'être déçu, il y a toujours le risque du chagrin, et ça c'est valable dans tous les domaines de la vie, et il en va de même du coup pour la sobriété. On est très nombreux à avoir saboté notre sobriété parce que c'est sûr qu'on a l'habitude de se battre contre un produit. L'objectif est là, on est là. On cherche à arrêter de consommer. Mais dès lors qu'on n'a plus de conso, tu te dis, ok, c'est quoi mon objectif ? C'est effectivement d'apprendre à être sobre. Ensuite, quand tu as un nouveau job qui te plaît, tu te dis, ouais, c'est bien. C'est vachement bien. C'est même trop bien. Et si ça se casse la gueule ? Parce qu'au moins, quand on chie du matin au soir, tu sais que tu es dans le combat. Te battre, c'est ce que tu sais faire de mieux. Vivre dans le chaos, c'est ce que tu sais faire de mieux. Mais dès lors que tu es dans quelque chose d'un petit peu plus calme, un peu plus serein, quel objectif est-ce qu'on va pouvoir installer ? Parce que dans la souffrance aussi, qu'on le veuille ou non, on peut aussi parfois y associer toute notre identité. Je suis quelqu'un qui boit, je suis quelqu'un qui souffre, je suis quelqu'un qui va mal. Et donc quand je ne suis plus occupée à lutter et à me battre, qui suis-je ? Qu'est-ce que je ressens ? Je ne suis plus dans l'urgence. Alors qu'est-ce que je vais faire ? Si je ne suis plus dans l'urgence, il n'y a plus cette nécessité absolue, cette question où ma vie est clairement en danger. Et quand ça ne va pas, on sait comment survivre. On est nombreux à avoir ces mécanismes, d'être toujours un petit peu en mode warrior. Et ce n'est pas agréable de vivre comme ça. On pourrait le prendre comme un compliment, toi tu es une survivante, tu es un survivant, etc. Mais c'est chiant d'avoir ce mode de vie, ce mécanisme, parce que ton système nerveux est toujours au taquet. Alors que tu peux te reposer au bord de la plage, il y a quelque chose qui tourne par rond. Les traumas aussi, on rajoute une couche. Alors que là, autour de toi, tout va bien. On rigole entre potes, mais toi t'es là sur le qui-vive. Non, il y a un truc qui ne va pas, ce n'est pas normal. Et ça, c'est extrêmement désagréable et ça peut être source de souffrance. Alors, je souffre, je ne sais pas pourquoi. Alors, dans ce cas-là, quitte à souffrir, autant trouver une cause objectivement palpable. Je retourne dans l'alcool, comme ça je vais mal, mais au moins je sais pourquoi. Je connais, et je connais ça par cœur. C'est terrible. C'est terrible, ça. Et pour moi, ça c'est le truc d'une vie. Je chemine avec ça, moi, tous les jours. En fait, quand on est tellement habitué à souffrir, évidemment, que la souffrance paraîtra plus sécurisante que le bonheur. Et c'est complètement fou, c'est là toute notre folie. Et en même temps, ça a du sens. On va vers ce qu'on connaît, un point c'est tout. Et en même temps, quel dommage, quel dommage de ne pas pouvoir se faire ce cadeau, de pouvoir goûter un petit peu de douceur. Et forcément, quand on souffre moins, ça laisse plus de place au vide, au calme. Et on sait tous que du calme et du vide émergent tout un tas de choses, un tas de choses qu'on aurait pu mettre sous le tapis en consommant. Et donc, enfin, nous avons la place pour entendre notre solitude, notre tristesse, notre colère, notre désespoir. Et ça peut être insupportable, ça. Et donc, ça se travaille, c'est une gymnastique pour moi aussi, apprendre à aller bien. apprendre à être dans quelque chose qui n'est pas extrême, qui n'est pas du domaine de la survie. Et sans trouver ça louche. Quand quelque chose est trop bon, des fois je me dis c'est louche, il y a anguille sous roche. C'est sûr que de se préparer au pire, au moins quand ça se casse la gueule, tu te dis je m'en doutais. Mais quand quelque chose, tu vois quand t'es pas sur le qui-vive, alors il est là que quelque chose te pète à la gueule et tu te dis mais putain mais ça je m'y attendais pas, j'aurais dû m'y préparer. Et oui, mais la vie est pleine de surprises, effectivement, mais ça, on ne sait pas. On ne sait pas de quoi demain est fait. Et ça, c'est terriblement flippant pour nous tous. Et pourtant, on se doit de naviguer avec ça pour profiter aussi des bonnes choses de la vie. Parce qu'il y en a, il y en a beaucoup, même si c'est la merde partout. Il y a aussi des bonnes choses. Et donc, apprendre à aller bien, c'est rester dans ce calme suffisamment longtemps pour se dire « Ok, ça fait quelques mois, quelques années que je suis dans quelque chose d'un peu plus paisible. On ne peut pas être tout le temps paisible, la vie c'est le bordel, mais comparé à avant, je suis dans quelque chose de plus calme et de se dire ok, ça fait quand même un certain temps que ma vie est un peu plus sereine et je vois que je ne me suis pas fait attaquer par un ours, par un requin, jusqu'ici tout va bien, comme quoi la vie peut être un peu plus sereine et je ne me fais pas bouffer tout cru, comme quoi c'est réellement une possibilité et ça c'est quelque chose qui s'expérimente. dans la durée. Le temps, ici, peut faire ses preuves. Je nous le souhaite. Je vous le souhaite. A bientôt. Ciao !