Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai envie de parler de cette phrase de Nietzsche qui dit « Ce qui ne tue pas rend plus fort » . Cette phrase me fait vivre des choses un peu complexes. Ça me donne envie de le partager avec vous. C'est une phrase qui pourrait avoir tendance à m'irriter un petit peu. Peut-être dans un premier temps parce que ça valorise un peu la souffrance. comme quoi il faudrait souffrir pour avoir de la valeur, de la légitimité, et que ça mettrait la souffrance un petit peu au cœur de la réussite. Alors tout dépend de ce qu'on entend par ça. La réussite sociale, sans doute aujourd'hui, si on reprend ces termes à notre époque moderne. Peut-être parce que moi j'ai grandi... J'ai eu un peu cette éducation, malheureusement, qui me disait que dans la vie, il fallait ramer pour avoir ce que je voulais, que je n'ai pas été vraiment valorisée petite, et pour rester polie, j'ai grandi en pensant que j'étais une merde, ce qui est le cas de ma sœur et de mon frère aussi, et que du coup, pour obtenir ce qu'on voulait et pour réussir, entre guillemets, il fallait souffrir. et c'est comme ça qu'on avait du mérite. C'est parce qu'il y avait cette phrase qui me disait « Si tu veux avoir quelque chose, il va falloir vraiment que tu te bouges le cul plus, plus, plus parce que tu pars déjà avec quelques désavantages dans la vie. » Alors oui, bien sûr, c'est horrible, mais je vous parle de ça surtout pour illustrer mon point de vue. Et aussi, quand on regarde la pauvreté, Les gens qui galèrent financièrement et qui n'ont pas les ressources nécessaires pour avoir accès aux soins, donc qui vivent dans cette peur de la maladie et du manque de ressources financières, la peur d'être à la rue. Je pense aussi aux abus sexuels, toutes sortes de traumatismes qui te blessent et qui forment des plaies qui parfois se retrouvent complètement à vif. des années plus tard, et on doit se démerder avec ça tout au long de sa vie. Alors c'est pas très optimiste, tout ce que je raconte, néanmoins, c'est vrai, et c'est en ça que je dirais que ce qui ne tue pas rend plus lucide. Pour ce qui est des gens qui vivent dans la pauvreté, par exemple, le sens de la communauté peut être particulièrement prononcé chez ces personnes-là, parce que l'entraide, la collectivité, pour élever les enfants, pour s'aider... et plus importante que jamais. Les personnes qui ont subi des traumatismes divers et variés vont être dans cette quête de sens. Pour ma part, j'ai eu l'alcoolisme. Il y a ce podcast aujourd'hui. Alors, est-ce que tout ça m'a rendue plus forte ? Non, cela m'a rendue plus stratège. Et j'ai failli mourir lors de mon accouchement, par exemple, lorsque j'ai donné naissance. à ma petite fille chérie. Et il s'est passé plusieurs choses, j'ai perdu beaucoup de sang, donc j'ai fait une grave hémorragie, et j'ai fait une préeclampsie très sévère, qui m'a laissé avec de possibles dommages aux reins et au foie. Et d'ailleurs, les médecins étaient entrés dans ma chambre à l'hôpital et m'ont dit « bon, préparez-vous à avoir des dommages » , parce que, en gros, je ne pissais plus, c'était vraiment... C'était un peu la cata. Et j'ai vraiment cru que j'allais mourir au moment où j'ai fait l'hémorragie. Tant je perdais de sang et je le sentais. Et donc j'ai eu ce moment où je me suis dit, c'est terminé. Et je me souviens m'être dit à ce moment-là, waouh, qu'est-ce que la vie est surprenante. Et j'ai eu peur, très peur. Et à un moment... La faiblesse, parce que je perdais du sang, a commencé à prendre le dessus et j'ai commencé à perdre connaissance. Mais avec ce truc, il me disait « Ok, terminé. C'est là que s'arrête ton voyage. » Finalement, les médecins ont bien géré. Donc j'ai perdu beaucoup de sang, mais j'ai été transfusée plusieurs fois. Ça a permis de me requinquer un petit peu. Donc ça a été chaud. Et là, ça ne m'a pas tuée. Je dirais même que j'ai donné naissance à une petite fille absolument merveilleuse, qui a un caractère de cochon, mais qui est merveilleuse, elle est en bonne santé, donc c'est magnifique. Ça ne m'a pas tuée. Mais j'ai été complètement à côté de la plaque, j'étais complètement ahurie. Je ne pensais pas réagir comme ça, à ce type d'expérience. J'étais vraiment dans un autre monde, j'arrivais pas trop à comprendre, à saisir ce qui s'était passé. Donc il faut du temps dans ces moments-là. Et aujourd'hui, quand j'y repense, quelques années ont passé. Non, ça ne m'a pas rendue plus forte. Cela m'a rendue peut-être un peu plus consciente quant à ma fragilité d'être humain. J'ai beaucoup de gratitude parce que mon foie et mes reins vont très bien. Donc c'est génial. Je me suis dit, t'as eu chaud ma petite, c'est cool, tu vas bien. Mais si je repense à l'alcool par exemple, je suis devenue épileptique et je pense que c'est en partie dû à cause de ça. Je me souviens à l'époque lorsque j'étais au pic de mon alcoolisme et que j'ai fait une prise de sang et que le médecin m'avait dit c'est simple, soit vous arrêtez, soit ça finit mal. Et donc évidemment j'ai continué. Jusqu'à ce que j'arrête. Mais cette épilepsie, c'est chiant. Donc ça ne m'a pas tué, mais ça m'a rendu un peu plus fragile à ce niveau-là. Donc il y a ça, et puis cette obligation à souffrir, cette espèce d'idée quasi religieuse de la souffrance. C'est assez terrible dans notre monde moderne. Pour ma part, j'ai trouvé un job à un moment génial. que j'ai toujours actuellement. Alors c'est suffisamment top pour... Je me lève le matin, je suis contente d'y aller, en général, pas toujours. J'ai des collègues absolument formidables qui deviennent des amis. Je ne pensais pas que c'était possible. Je ne savais pas que quelque chose d'aussi fluide et d'aussi naturel pouvait être possible. Et aujourd'hui, je me dis, la vache, qu'est-ce que t'en as chié ? Et qu'est-ce que c'est horrible de penser ça ? J'avais quand même suffisamment de ressources pour aller chercher un job, mais juste je ne m'en sentais pas capable, comme je le disais tout à l'heure, pas assez valorisée sur le plan humain pour me dire que j'étais capable d'avoir quelque chose qui me rende heureuse. Alors c'est complètement dingue, mais j'ai eu ça. Et là je me dis, la vache. Et il y a encore une part de moi aujourd'hui qui se dit, mais c'est pas possible, c'est trop bien. T'es trop heureuse. Tu es trop heureuse, j'entends par là. Il y a un guis sous roche, il y a un truc qui cloche. Donc comme quoi ce genre de choses ça reste. Et donc voilà, ce genre de phrases, ce qui ne tue pas en plus fort, peuvent vraiment faire des ravages. Et donc aujourd'hui j'aime me dire, et je comprends enfin, que je ne suis pas obligée de souffrir dans la vie pour obtenir ce que je veux. Et ça c'est vraiment au cœur de la souffrance moderne, je trouve, je vois beaucoup ça autour de moi. Donc voilà, il faut bien faire la part des choses et mettre la résilience d'un côté. ce truc où t'es obligé de souffrir. Donc non, ce qui ne tue pas peut rendre plus stratège, peut-être un peu plus fin, plus fragile. Ce qui ne tue pas peut rendre aussi plus humble, oui, c'est vrai. Le fait d'avoir failli claquer, quelque part, cultive chez moi une forme d'humilité et me donne envie de prendre soin de moi. Donc, ce qui ne tue pas ne rend pas spécialement plus fort, mais bon, ça nous laisse envie. C'est déjà pas mal. A bientôt. Ciao !