Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai envie de parler d'incertitude. L'incertitude fait peur. J'en parle beaucoup d'une manière générale, mais là, j'ai un petit peu goûté à ça plus plus ces dernières semaines. J'aurais tendance à dire que je suis équipée face à l'incertitude, mais non, et je me dis, mais t'as menti en fait, Olivia. Enfin non, c'est pas que j'ai menti, j'ai pas menti délibérément. Seulement, j'aime le contrôle. C'est difficile d'admettre cela. Et dire qu'on maîtrise l'incertitude, c'est justement être dans cette impression de contrôle. Dès lors qu'on n'aime pas admettre son impuissance face aux choses, face au déroulement des choses, se dire qu'on n'a pas peur de l'incertitude, c'est donc le comble. J'ai navigué dans des eaux un petit peu complexes ces derniers temps, notamment par rapport à ma fille, j'ai pu en parler. Et c'est vrai que quand on est quelqu'un qui est un peu en hypervigilance, c'est le cas d'ailleurs des gens qui ont été maltraités, qui ont vécu des traumas divers à l'époque, marcher sur des oeufs essayer de contrôler la réaction des autres et de son environnement, c'était parfaitement ajusté parce que cela pouvait éventuellement éviter la maltraitance d'un parent, des autres. Seulement, quand on traîne ça à 40 ans, ça devient un petit peu chiant. Et nos enfants, comme tout le monde le sait, ont le don de nous faire naviguer dans ces eaux troubles, dans des trucs complètement imprévus. Et qu'est-ce qu'on fait de ça ? Moi, des fois, je suis absolument mortifiée. Et je ne contrôle pas les états d'âme de ma fille. Je peux contrôler ce que j'en fais. Et dès lors que je lâche un peu ça, c'est vrai que ça me fait du bien. Seulement, j'ai eu l'habitude de devoir être un petit peu responsable de tout pour pouvoir éviter l'imprévu, la douleur, pour éviter le danger. Je pense que c'est important de remettre la responsabilité à sa juste place, à savoir pouvoir nommer ce qui n'est pas de notre responsabilité. Oui, notre enfant, c'est notre enfant. Et effectivement, on est responsable de sa sécurité. Mais on ne contrôle pas ses réactions. Et je pense que déjà, de lâcher ça, moi, personnellement, ça me fait du bien. Et être sur le qui-vive, être en état d'hypervigilance tout le temps, c'est la recette parfaite pour le burn-out. Et c'est comme ça qu'on pète en vol. En tout cas, moi, c'est quelque chose que je connais bien. Mais c'est fou comme la perte de contrôle peut activer chez nous des... des circuits de stress intenses et insoutenables. Donc on ne se déshabitue pas de tout ça du jour au lendemain. Et l'incertitude, c'est notre pire ennemi dans ces cas-là. Et donc admettre qu'effectivement l'incertitude fait peur, c'est déjà un pas vers ce lâcher-prise. Mais ça ne se fait pas d'un coup, on ne va pas sauter dans l'eau bouillante d'un coup. Comment est-ce qu'on s'habitue progressivement à cette incertitude ? Qu'est-ce qu'on peut contrôler ? en fin de compte. La vie, c'est le bordel. C'est le bordel. Avoir des enfants, ça crée un bordel chez soi, ça fait vivre des choses hyper complexes. Ma fille a eu beaucoup de crises hier. J'ai vraiment essayé de mettre cela en application. Me dire, ok, tu as ton cadre, tu contrôles ton cadre, ce que tu n'autorises pas, mais la manière dont elle réagit, c'est indépendant de toi. J'aurais tendance à me dire que je dois tout contrôler. Toi, essaye de contrôler ses réactions. Sinon, j'y suis pour quelque chose. Je dois marcher sur des oeufs si je veux éviter le chaos total. Mais on ne peut éviter le chaos. Et c'est bien ça le problème. Mais en même temps, admettre cela, que le chaos est parfois inévitable, c'est quand même se donner quelques vacances. Mais c'est effrayant. On a besoin un petit peu de certitude quand même. Pour ne pas mourir de peur. Où est-ce qu'on met un peu de certitude au quotidien ? Donc il y a le rituel, le sport, je sais que j'aurai telle séance de sport à telle heure, si tout va bien. Quand je ne l'ai pas, je ne suis vraiment pas contente. Moi j'ai vraiment mes petites habitudes, les petits garde-fous, pour pouvoir naviguer dans ces eaux troubles et incertaines, me dire qu'à 15h30 précise, je pourrais faire cette séance de sport, le rituel du café le matin. Si je n'ai pas mon café au lit, je suis de mauvais poil. Je suis fâchée. Et je sais que c'est difficile pour moi de commencer la journée sans mon petit café au lit. Et quand ma fille fait un bon hors du lit et que je n'ai pas encore pris mon café, je ne suis pas contente du tout. Voilà, donc vous imaginez mon désarroi. Et puis on doit s'habituer progressivement à cette incertitude. Comment on fait ? On met un petit pied dans l'eau et on se met dans l'eau progressivement. Et après, on devient un ninja de l'incertitude. Il faut savoir que nous, les humains, on a quand même une putain de capacité de résilience sur le moment qu'est-ce qu'on en chie. Mais les années passent et on se dit, bon, je n'ai jamais guéri, je ne guérirai probablement jamais. Mais j'ai appris à vivre avec cela. Il faut quand même traiter le trauma avec respect. Ce n'est pas quelque chose qui disparaît. On peut entendre des trucs un peu bourrins qui sont complètement faux, à savoir ça y est tu t'en remets quoi. Non, on ne se remet jamais de vrais traumatismes. Et justement, admettre cela, c'est se faire un cadeau aussi, se dire que les blessures se réouvrent, se referment, se réouvrent et que ce n'est pas forcément linéaire. C'est aussi ça l'incertitude, c'est aussi regarder les blessures telles qu'elles sont et que des fois elles sont complètement invives. Et donc, avoir des enfants, ça te replonge dans des traumas, dans des trucs que tu pensais terminer. Et non, pas du tout, ça vient te faire coucou, je suis toujours là. Et qu'est-ce qu'on fait de ça en fait ? Ça nous pétait la gueule ce genre de choses. Et donc, pensons à mettre un petit peu de certitude dans notre quotidien par des toutes petites choses simples pour ne pas péter en vol. Comment nous créer des petits ancrages de sécurité au quotidien ? le café le matin. telle marche, un petit peu de marche à telle heure, une petite séance de sport à telle heure, tous ces petits rituels pour mettre un petit peu de certitude dans sa journée réguler son corps aussi en essayant de rester là maintenant sur le son de sa respiration de ce qu'on ressent dans le corps ses pieds dans le sol, savoir que ok là maintenant je suis là, je suis en vie là maintenant tout de suite Se dire, ok, de quoi je prends conscience là maintenant tout de suite ? Je suis dans un état d'alarme, qu'est-ce qui est de mon ressort de façon objective en fait ? Voilà, ce qui se passe autour de nous malheureusement n'est pas de notre ressort, mais on peut uniquement calibrer notre réaction face à tout ce bordel dans lequel on est. Et ce n'est pas simple non plus, mais c'est la seule chose qui est en notre pouvoir et ça déjà, moi personnellement, ça enlève un poids de mes épaules. Et ça me laisse profiter un petit peu plus de l'instant présent et des bons moments quand même que je passe avec ma fille, des bons moments que je passe dans mes journées parce qu'il y en a beaucoup et nous méritons cette douceur, nous méritons de pouvoir profiter de ce qui est bon aussi. A bientôt, ciao !