Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler du seuil de fatigue, de notre seuil de fatigue et apprendre à le respecter pour moi c'est une grande question. Et chaque jour pour moi c'est toujours une mini bataille avec cette part de moi qui me juge et qui me dit de me bouger le cul pour faire des choses que je ne veux pas faire. aller bosser, pour aller faire ci, pour aller faire ça. Enfin, un classique. On connaît tout ça. Seulement, le seuil de fatigue, il fluctue. Et nous, les dépressifs ou anciens dépressifs, non pas que je veuille nous coller une étiquette, j'essaie de rester factuel. On peut avoir un seuil de fatigue particulièrement bas. J'ai déjà pu en parler dans d'autres épisodes. Mais je trouve que c'est difficile de le respecter au quotidien. Parce qu'on ne peut s'empêcher de se comparer aux autres. J'ai pu dire dans un épisode précédent que notre valeur ne se distinguait pas via cette comparaison. Je reviens un peu dessus parce qu'encore une fois, on ne peut s'empêcher de se comparer aux autres parce qu'on est des êtres sociaux, on a ce besoin d'appartenance en fait. Donc de dire « ne vous comparez pas aux autres » , je pense que c'est illusoire On se compare tous aux autres, on a tous une certaine vision de la norme, entre guillemets, dès lors qu'on est en société, forcément. Et c'est vrai que quand on est quelqu'un d'un peu fragile psychologiquement, c'est vraiment difficile de se dire « Ok, aujourd'hui j'ai un seuil de 2 sur 10 » , quand les autres, eux, se lèvent le matin et toi t'es là, tu... t'es en larmes, ils te regardent comme si t'étais un peu un extraterrestre. Ils se disent mais c'est marrant, je vois pas ce qu'il y a de si difficile. En fait, t'as juste à te lever le matin et à faire ci, à faire ça. Et c'est là qu'on est différent au sens où pas tout le monde n'est dépressif. Il y a réellement une différence. Et donc on n'a pas le même seuil. Moi-même j'ai un seuil super bas et c'est vraiment comme je disais, un petit combat quotidien d'apprendre à le respecter, d'apprendre à l'écouter d'apprendre à l'identifier. La charge mentale, ce n'est pas toujours ce qu'on croit, ce n'est pas toujours défini par la quantité de choses qu'on fait. C'est ce qui se passe dans la tête aussi, c'est les ruminations qui épuisent. On peut rester toute la journée sur son canapé, c'est dans la tête on rumine. A la fin de la journée, on a toujours l'impression de faire un marathon. Donc ne pas se fier à la fatigue par le nombre de choses qu'on a pu faire dans la journée. C'est un vrai truc qui est casse-gueule. qui est culpabilisant parce qu'on se dit mais j'ai rien foutu, comment ça se fait que je suis dans cet état ? Ce que j'aime bien me dire c'est que notre valeur ne se définit pas par l'effort. Notre quantité d'énergie ne définit pas notre valeur en tant que personne. Et heureusement parce que sinon on serait vraiment une merde. Et c'est difficile d'apprendre à dire non et c'est au final ça la conclusion dans tout ça. C'est apprendre à dire non et apprendre à dire non aujourd'hui c'est niette quoi. Alors oui, il faut gagner sa vie, il faut aller bosser. Mais des fois, on doit prendre des arrêts maladie plus longs que les autres. Des fois, on pète en vol et on est obligé de se dire « Ok, là je suis dans le rouge. Ça aujourd'hui, je ne peux pas le faire. Ça, je ne pourrais pas honorer la chose. » dans mon intimité, dans ma vie, en fait, tout simplement. Parce que je me laisse bouffer facilement, en fait, en termes d'énergie. S'il y a quelqu'un qui me pompe un peu mon énergie, après j'ai besoin de faire une sieste et ma journée est foutue. Alors on n'arrive pas toujours à se préserver, mais je dois faire super attention, quoi. Et je fatigue très vite, c'est-à-dire que si j'arrive au boulot et que quelqu'un me parle et se met à pomper un peu mon énergie, je ne peux pas faire semblant. Et au bout de 20 minutes... je commence à vaciller et c'est stop quoi. Je ne peux pas faire trop de choses, je sais que le matin je suis efficace donc je peux faire des trucs le matin et au bout d'une heure, deux heures, je commence déjà un petit peu à saturer. En tant que maman, c'est compliqué parce que je suis maman solo et j'ai choisi la voie la plus challengeante sur ce point et effectivement mon énergie est bouffée. En une heure, donc c'est vraiment un challenge au quotidien et apprendre à dire non, apprendre à respecter ce seuil, c'est une obligation pour moi justement si je veux pouvoir être une mère, un minimum décente. Si je veux transmettre ces valeurs de soin à ma fille, j'ai envie que plus tard elle se dise « Ouais, prendre soin de moi, c'est important. Je suis ma priorité en fait » . Donc j'ai vraiment envie de lui transmettre ça et je m'accroche à ça tous les jours. Et c'est apprendre à dire « Ok, aujourd'hui, désolé, je ne vais pas faire ça » . C'est apprendre des fois à annuler des trucs qu'on avait prévus avec d'autres, ça ne fait pas toujours plaisir. C'est apprendre aussi à... à accepter le jugement de certains aussi. Et c'est là tout ce paradoxe, et c'est là aussi ce dont on ne se rend pas compte, c'est la force qu'on peut avoir aussi quand on est quelqu'un qui sait, quand on est quelqu'un qui a ce terrain dépressif, qui a ce terrain fragile. D'apprendre à dire non, d'apprendre à se respecter, ça demande un putain de courage. Et ça, oui, on a besoin de... On doit se le dire en fait, il faut... Il faut savoir glorifier les parts de nous qui assurent aussi, parce qu'on a tellement l'habitude de ruminer quand on est quelqu'un avec un terrain dépressif. Chaque jour où on arrive à poser ses limites, c'est une petite victoire qui mérite d'être entendue, qui mérite d'être savourée. Ce truc où on se dit « non, il ne faut pas trop briller, il ne faut pas trop se mettre en valeur » , c'est vraiment des conneries. Si on a le droit de se mettre en valeur, on a le droit d'être fiers de nous ce truc de fausse modestie au chiotte. On a le droit de se dire, putain, aujourd'hui j'ai dit non, j'apprends à poser mes limites dans un monde où on me demande de les dépasser, et ben putain, je peux être fière de moi, parce que c'est pas un truc qui est donné, c'est vraiment pas simple. Donc voilà, il faut savoir se mettre une petite tape sur le dos en disant ouais, aujourd'hui t'es assurée. A bientôt, ciao !