Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui je suis plutôt de bonne humeur. J'ai vu un super concert hier soir d'un groupe français qui s'appelle Schlass, qui porte bien son nom. Assez hard, un peu punk, une espèce de rap bien vénère quoi. Et ça m'a vraiment fait du bien, c'était très cathartique. Et donc ce matin je suis un petit peu avec ça. Où est-ce qu'on trouve de l'espace pour se défouler au quotidien ? Parce qu'on en a besoin. Je me sentais bien après, j'étais... J'étais connectée avec mes sensations, je me sentais en vie, je me sentais avec quelque chose de fort et de léger en même temps. Je vibrais en fait. Et donc je pense à ça, on a tous besoin de ces espaces où on peut lâcher un petit peu. C'est vrai qu'on est dans une ère où, plus que jamais, tout ce qu'on dit et pense est observé, disséqué, analysé, jugé. On est dans une ère où... on rit de moins en moins, on ne se marre plus parce que voilà, on nous fait bien comprendre que la fin du monde approche et qu'on va tous se faire bouffer par l'intelligence artificielle. Faire des enfants aujourd'hui, à quoi bon ? Alors comment osez-vous faire des enfants dans ce monde tout pourri ? Et comment osez-vous par-dessus ça être un parent nul ? Comment osez-vous ? Donc il y a beaucoup quand même à porter sur ses épaules. le poids de la responsabilité aussi, le poids de la liberté, parce que nous vivons dans une, en tout cas ici en Occident, on est libre en fait, donc on est dans ce grand vertige de la liberté, tout ce paradoxe. Je suis libre, mais où je vais ? Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais de toutes ces émotions ? Ce n'est pas un hasard si les cas d'addiction explosent, notamment chez les jeunes. De plus en plus de gens éprouvent le besoin de se foutre des énormes cuites le week-end. Et plus j'en parle aussi autour de moi, plus je vois que l'alcool pose vraiment un problème, au sens où c'est vraiment une bouée absolument magique. Et c'est fou le nombre de gens qui en ont besoin, c'est terrible. Donc pour en avoir besoin, pour en arriver là, c'est que vraiment on a besoin de décompresser. Donc comment est-ce qu'on décompresse de façon saine, autrement que par la violence, autrement que par l'autodestruction ? Déjà, la frontière entre la défoulade saine et la violence, elle est assez fine. Donc comment trouver cette frontière ? Parce que c'est vrai que ça va à peu de choses finalement. L'autodestruction et la défoulade extrême, j'ai pu le raconter, moi j'ai bien connu ça. Quand on est dans une violence, déjà on ne prend pas soin de soi, de l'autre, on peut faire peur à l'autre. Et quelque chose qui, généralement, ne trompe pas, c'est le degré d'amertume et de regret avec lequel on se retrouve après. La honte, on se blesse, on blesse les autres, on est dans une situation à risque où personne n'est en sécurité. Ça, ce n'est pas de la bonne défoulade. Donc, comment est-ce qu'on met de la bonne défoulade dans notre quotidien ? Le rituel, c'est quelque chose de si précieux et c'est quelque chose qui est lié à la communauté. C'est là la... puissance de la communauté, le fait qu'on est à plusieurs, ça crée du sens. Le regard des autres peuvent donner du sens à ce qu'on veut célébrer. Il y a tout un tas de choses qu'on célèbre dans la vie. Même la mort est un rituel. On ritualise la mort comme on peut. Donc il y a tout un tas de petites choses qui peuvent être ritualisées aussi, ritualiser sa colère. Ça rage, cet espace où on dit putain mais fais chier, mais j'en ai trop marre, vous me faites tous chier, je vous déteste tous. Il nous faut des espaces où on ne se contrôle plus, où on ne fait pas gaffe à ce qu'on dit, à notre apparence, à la manière dont on dit les choses. Parce que sinon on pète les plombs en fait. Donc il y a le rituel et puis... Ça peut être le sport, ça peut être la boxe, ça peut être plein de trucs en fait. Moi le sport me fait du bien, mais je ne dirais pas que c'est exactement ça qui me défoule. Ça canalise un peu mes émotions le sport. Mais la danse pour moi c'est vraiment quelque chose de l'ordre du rite. Parce que c'est vraiment quelque chose où toutes tes émotions peuvent être accueillies. Je pense notamment à la danse des cinq rythmes, dont j'ai déjà pu parler. Où là tu te laisses vraiment traverser par tout ce que tu vis. Et ta rage, ta colère, elle a cette place. Merci. Tu peux tout exprimer tant que tu restes dans cette sécurité, dans ce cadre. C'est comme une forme de violence cadrée. C'est ça qui différencie le rite de l'explosion. Et pourtant, ça devient difficile de faire des rituels si on fait tout tout seul. Si tout peut se faire de chez soi, communiquer à distance tout le temps, c'est difficile. Le sens de la communauté, forcément, est un peu mis en danger. Mais moi, j'aime me dire que nous sommes humains et que la communauté reste et que la communauté, finalement, prendra le dessus. Voilà. J'aime m'imaginer ça. C'est qu'il n'y a rien qui remplace la qualité du lien. Les machines, c'est super. Mais quand je vois la beauté de cette connexion, quand on danse, À l'ère du Covid, il y a des gens qui organisaient des soirées de danse clandestines. Et à l'époque, c'était vraiment sacré mal vu de faire ce genre de choses. Donc ça montre le degré de résistance. Et c'est de la survie, en fait. C'est de la survie de l'espèce, en fait, de se défouler comme ça. C'est animal. Et donc ces personnes-là étaient prêtes à tout mettre en œuvre pour pouvoir se réunir, pour danser, pour célébrer la vie. Célébrez la joie, célébrez la colère, célébrez la rage tout en étant en sécurité. A bientôt, ciao.