Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Je suis particulièrement fatiguée, alors je vais essayer de ne pas trop bafouiller. Ma fille est encore tombée malade en fait. Elle est tombée malade, puis moi je suis tombée malade, et ensuite elle est retombée malade. C'était un peu un marathon ces dernières semaines, donc drôle d'état, petite faiblesse, pas hyper bien, un peu patraque. Qu'est-ce que je fais de cet état fragile ? Comment, avec quoi je suis ? En fait, à la fois, je suis très fatiguée. En même temps, j'ai beaucoup d'appétit. J'ai envie de faire beaucoup de choses. Mais je suis physiquement tellement fatiguée que je dois faire un peu attention. Je suis un petit peu dans le rouge. Et j'ai beaucoup parlé avec des gens sur TikTok parce que j'étais malade. Donc, j'étais un peu sur mon téléphone, encore plus que d'habitude. Et j'ai eu des échanges avec beaucoup de gens, notamment par rapport à la dépression. On a beaucoup parlé de dépression et c'est fou la détresse qu'il y a. Il y a des gens dans une dépression tellement sévère. J'ai parlé avec une personne notamment qui avait vraiment renoncé à la vie. Cette personne parlait même d'euthanasie. Je cherchais un endroit, une façon de se faire euthanasier. Je me suis dit, putain, comment répondre à une chose pareille ? Comment réagir face à ce type de commentaire ? Et tu te dis, on n'est plus dans une démarche de solution. on est impuissant en fait donc il ne s'agit surtout pas d'aller nier d'aller annuler l'expérience de cette personne ni d'essayer de lui dire tu te poudres le doigt dans l'oeil mais non ça va aller parce que non clairement ça n'allait pas et ça se trouve non ça ne va pas aller je pense que c'est un petit peu dur d'en arriver là mais en même temps il faut bien se dire que non des fois ça ne va pas toujours et des fois ça ne s'améliore pas la preuve Cette personne avait vraiment tout essayé. Et je me suis dit, je ne peux pas encourager cette démarche. Je ne peux pas encourager quelqu'un à se faire du mal et à mourir. Mais dans ces moments-là, c'est vrai qu'on peut juste être là, et juste traverser ce qu'il y a à traverser. Je n'ai pas eu d'autres échanges avec cette personne après. On a clôt l'échange de façon très cordiale, mais je suis restée avec ça un petit peu. Et je me suis dit, mais comment est cette personne en vrai ? Là, on était derrière un écran, on discutait par écrit. Et je m'étais dit, mais je ne sais pas, tu ne sais pas du tout qui est cette personne. Et en fait, ça m'a fait penser à la manière dont on se définit. Et être dépressif, en fin de compte, ne peut pas nous définir en tant que personne. C'est vraiment plus qu'une identité, c'est une expérience. Donc la dépression, ce n'est pas qui nous sommes. Mais ça nous arrive. Et je pensais à ça, j'ai vraiment envie de faire cette distinction aussi pour moi. Parce que je me suis dit, mais qui je suis ? Je suis dépressive. La dépression m'arrive, disons. Je suis très dépressive. Mais je suis très heureuse. C'est-à-dire que si je me soigne, entre guillemets, Mon traitement marche à merveille, c'est un bonheur, j'adore. J'adore les antidépresseurs, moi j'ai de la chance, ça me réussit à merveille. Et je me sens si vivante, je me sens moi-même en fait. Et je n'ai pas d'effet secondaire, je me sens vraiment super bien. Et pourtant j'ai quand même une dose plus plus, pas de soucis. Je suis hyper contente. Et quand je suis en pleine dépression, c'est vrai que je suis quelqu'un d'autre en fait. Je me considère comme une personne joyeuse. J'ai des émotions fortes, mais j'aime aussi, j'aime beaucoup la légèreté, je ris beaucoup. J'aime la vie, je bouffe la vie, j'ai de l'appétit. Mais quand je suis en dépression, je suis au fond du trou et je me sens et je suis méconnaissable. Il y a quelque chose qui m'aspire vers le bas, j'ai du mal à l'expliquer, mais je suis paralysée et je suis comme... happé et hanté, en fait, par ces pensées noires. Alors, effectivement, comme c'est multifactoriel, on peut travailler sur ce qui est venu déclencher ça et ouvrir ces portes-là. Mais il y a cet aspect psychiatrique qui est bel et bien là. La preuve, les médicaments font vraiment des merveilles. Et là, je souffre comme tout le monde, mais j'arrive à avancer, j'arrive à... à donner du sens à mes expériences et à aller de l'avant. Incapable de faire ça quand je suis en pleine dépression, et la dernière que j'ai faite était tellement sévère que je n'ai absolument pas envie d'arrêter mon traitement parce que je me sens moi-même avec les antidépresseurs. Et je suis super heureuse. Je ne dis pas que je suis heureuse à cause des antidépresseurs, mais les antidépresseurs m'ont donné l'élan nécessaire pour pouvoir aller bien. Quand on n'a pas... Ce traitement à disposition, quand on est au fond du trou, on n'a même pas l'énergie d'aller consulter un thérapeute. Alors ce qui est bien, c'est qu'on peut tout faire depuis son lit. Moi, ça m'a sauvé la vie, ce truc-là, les trucs en visio. J'ai consulté depuis mon lit, comme ça je ne bouge pas, parce que j'avais peur de sortir de chez moi, j'avais peur de voir les gens, et je pensais qu'on me voulait du mal. Donc c'était très difficile pour moi de croiser les regards des gens, d'aller dans les transports en commun, notamment sans avoir peur. Donc, c'était trop compliqué. Et c'est vrai que ce manque d'entrain, cet aspect mortifère qu'est la dépression, je pense que c'est super important qu'on ne l'associe pas à notre personne. Parce que c'est ultra violent. On n'est pas notre dépression. Qui êtes-vous sans la dépression ? Alors, il y a des gens qui connaissent ça depuis si longtemps, ils ne savent plus qui ils sont. Mais si vous avez ces souvenirs, Qui êtes-vous quand vous n'êtes pas en dépression ? J'ai aucune envie, j'espère, de ne pas refaire de dépression aussi violente que celle-là. J'essaie de prendre soin de moi, j'essaie vraiment de me bichonner, d'apprendre à connaître mes limites. Le sens que je peux donner à cette dépression aujourd'hui se trouve bien là, de bien respecter mes limites. Je trouve que ce n'est pas facile de respecter ses limites, parce que des fois, on est dedans, on est lancé, on est dans le... On a la tête dans l'eau, donc on ne se rend pas compte qu'on se fait un peu de violence. Et des fois, là, ma fille a été malade pendant deux semaines, il fallait que je bosse d'une manière ou d'une autre. Des moments, on se démerde, on fait comme on peut, mais on ressort de là complètement HS. Là, je suis obligée de me reposer. Parce que je sais que si là, je me fais violence, entre guillemets, et que j'enchaîne, je sais que ça ne pourrait pas aller super bien. Donc c'est vraiment faire gaffe, faire attention à son seuil de fatigue, ne pas se comparer aux autres et vraiment se dire là il faut vraiment que je m'arrête et on fait comme on peut pour trouver du repos. On fait comme on peut pour ne pas péter en vol. C'est vrai que je me sens fragile depuis cette dépression et en même temps je me sens plus forte que jamais. Parce que je trouve que de savoir écouter ses limites, c'est une merveilleuse ressource. Donc les forces ne sont pas toujours là où on le pense. Être en contact avec ce seuil et se dire là je m'arrête, c'est vraiment une force, c'est vraiment une grande ressource parce que c'est pas facile à faire. J'ai eu d'autres messages, d'autres gens qui racontent leur dépression. La vache, qu'est-ce que les gens s'en prennent vraiment pour... plein la gueule. C'est vraiment dur. La vie, des fois, elle fout vraiment des grosses tartes. Et on voit vraiment qu'ils sont démunis. Et ça, j'ai pu aussi le ressentir. Ce truc où on est démuni parce qu'on ne comprend pas ce qui nous arrive. Et on a du mal aussi à se faire comprendre. Et on a du mal à détacher cette dépression de sa propre identité. Se dire « mais attends, je ne suis pas comme ça en fait, je ne comprends pas qui je suis, ce n'est pas moi » . Effectivement, ce n'est pas nous, la dépression ce n'est pas nous. C'est quelque chose qui nous tombe dessus. Oui, des fois il y a des messages, il y a des choses à aller chercher derrière, mais ça reste une expérience qui nous prend, qui nous arrive. Oui, la dépression prend énormément de place, mais elle ne doit pas nous définir. Résistons à cette tentation. de nous mettre des coups de martifouette. Résistons à la tentation de nous coller cette étiquette. La dépression, c'est donc un état. Ce n'est pas notre identité. A bientôt. Ciao.