Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, il y a une douce mélancolie dans l'air, un temps un peu grisailleux, sombre, et en même temps, il y a un truc un peu électrique, un petit peu chargé, je trouve, spirituellement. Ce n'est pas déplaisant. Aujourd'hui, j'ai envie de parler, un petit peu en résonance à l'épisode précédent, sur le fait d'être libre, d'être libre face à ses choix dans la vie et l'angoisse. la peur que ça peut générer. Et donc, finalement, être libre, ça nécessite de réussir à être en accord avec ses valeurs, si on ne veut pas être face à ce qu'on pourrait appeler des regrets, face à une certaine amertume. Et ça, c'est quelque chose qui vient avec le temps, c'est extrêmement complexe, les chemins s'en mêlent les uns les autres, et nous forgent, l'expérience nous forge. Et se tromper, pour moi, c'est un terme que j'ai envie de prendre avec des pincettes, parce que des erreurs, entre guillemets, naissent des succès. Alors ça dépend ce qu'on peut appeler un succès, mais des expériences qui nous rendent plus sensibles, plus sereins, je trouve que c'est beau. Donc j'ai envie de parler un petit peu d'une expérience que j'ai eue. où justement, j'ai pu avoir ce conflit de valeurs. Ce que je veux illustrer finalement, c'est que ce n'est pas si simple. C'est vrai qu'on sort du bac, qu'on a ses études, etc. On a devant nous une multitude de champs possibles. Et ce n'est pas simple de choisir ce qu'on pourrait qualifier de bon choix. Et la pression est telle, déjà on se met la pression, puis il y a la pression de nos parents. La pression de l'entourage, d'une façon générale. L'un va souvent avec l'autre. Et donc voilà. Moi, j'ai longtemps voulu travailler dans la musique. La musique, c'est ma passion. C'est une de mes passions. Je suis chanteuse. Le chant, c'est mon truc. C'est mon truc, ni plus ni moins. C'est aussi simple que ça. Et j'ai travaillé dur quand même. J'ai travaillé ma voix encore, encore et encore pour arriver avec ce niveau de maîtrise. Ça ne vient pas tout seul, ça vient avec la pratique, tout simplement. Et j'ai longtemps voulu en faire mon métier. Et le jour où j'ai enfin eu une opportunité en or, je ne l'ai pas saisi. Voilà, j'ai été contactée par un gars. qui voulait travailler avec moi, qui était très ambitieux, comme moi, prêt à travailler dur. On était tous les deux, on se rapprochait, il y avait ça qui nous rapprochait. On a eu un producteur, il y avait un budget suffisant pour pouvoir nous donner un peu de visibilité. Au début, c'était génial. Et avec le temps, le producteur était de plus en plus exigeant et demandait à changer, J'étais dans une espèce de configuration triangulaire avec deux hommes qui étaient un peu moyens finalement sur le plan humain. Et avec le temps, j'ai fini par détester la musique que j'étais en train de faire. Tant on demandait à changer, changer, changer à chaque fois les paroles, les mélodies. Et à la fin, la Niac, elle n'était plus là. On s'approchait de la sortie de l'album, on s'approchait de notre premier concert. Il y avait une tournée à la clé, il y avait pas mal de choses. Ça a été un des choix les plus difficiles auxquels j'ai eu affaire, de quitter ce milieu. C'est simple, je n'arrivais pas à partir. Il peut y avoir cette dissociation entre ce qu'on ressent dans les tripes, dans le corps, et ce que l'on pense. À l'époque, j'étais mal, mal, mal. Je buvais comme un trou. Je n'avais plus de thunes, j'étais quasi interdit bancaire. Ma mère était en train de mourir. C'était une catastrophe. Donc déjà, je n'avais pas les fondations nécessaires pour me lancer dans une telle aventure. Mais en plus de ça, je me suis rendu compte que je travaillais avec des gens à la limite de la perversité. Et quand j'ai quitté ce projet, je m'en suis voulue pendant des années. Je n'ai pas pu chanter, ne serait-ce que sans ma douche, pendant trois ans. Après ça, j'ai eu un dégoût absolument viscéral pour la musique, pour le chant. Et ça m'a hantée. On a tous malheureusement un top 3 de nos plus gros traumas et celui-ci en fait partie au sens où finalement j'ai renoncé à un rêve, j'ai renoncé à quelque chose pour lequel j'avais tant travaillé. Quand j'ai quitté ce projet, je me suis écroulée, j'ai bu encore plus et j'ai passé beaucoup beaucoup de temps au lit à ruminer et à me dire que j'étais une grosse merde. Tous ces gens avaient travaillé si dur et j'ai quitté le projet brusquement. Et alors, si c'était à refaire aujourd'hui, je dirais que je serais partie avant. Mais seulement, j'étais plus jeune, j'étais moins expérimentée. Et voilà, je ne recommande pas finalement à qui que ce soit de travailler dans le milieu de la musique. Surtout si vous êtes passionné, à moins que vous ayez vraiment un caractère de cochon ou alors que vous êtes prêt. Que vous êtes prêt à vous taper de vivre sans argent et de dormir dans des voitures, en tournée, de mal bouffer, mal dormir, etc. Et de chanter à des mariages pour éventuellement arrondir vos fins de mois. Pourquoi pas ? Et il y a des signes qui ne trompent pas dès lors qu'on n'honore pas ces valeurs. C'est finalement là où je veux en venir. C'est que dans le corps... On peut sentir ce truc. Moi, j'avais mal au ventre, j'avais mal au bide. J'étais malade, j'ai eu des infections ORL, des crises d'angoisse, des attaques de panique. Quelque chose physiquement qui me disait « mais tu ne peux pas tenir une situation pareille » . Et je commençais à haïr les gens avec qui je travaillais. Et pourtant, je restais. Il y a aussi... tous les sabotages qu'on peut avoir, qu'on peut mettre en place. Parce que moi, il y avait une partie de moi qui... Je me détestais finalement aussi de me trahir de la sorte. Et donc tous les trucs que j'avais à côté, à l'époque, un cabinet thérapeutique que je voulais ouvrir en même temps, je l'ai saboté ce truc-là, j'ai planté des gens, tout ça. C'est cette espèce de syndrome de l'imposteur qu'on vient nourrir en se trahissant de la sorte. Tout un tas de béquilles aussi, dont on a besoin pour tenir l'alcool, le tabac, pour tenir l'intonable en fait. Et donc finalement dans ces moments-là, le corps est un super baromètre, c'est vraiment une super boussole. Parce qu'on sent que quelque chose cloche, on se sent vide de l'intérieur et on souffre. Là où je veux en venir aussi, c'est que ce n'est pas toujours simple. Donc il ne faut pas trop s'en vouloir quand on n'y arrive pas. La vie est un chemin si compliqué et j'y repense aujourd'hui. Je suis encore plus déterminée à faire gaffe à ce que je ressens et tous les trous du cul que je croise et à les foutre dehors en deux-deux, tout ça, ce sont aussi des choses qu'on peut transcender. Les traumatismes, ça ne part pas. Ce sont des blessures qui sont bien là. qu'on referme, qui se réouvrent de temps à autre, mais on apprend à vivre avec, on apprend donc à les transcender. Il faut réussir à donner du sens à des expériences pareilles. Et donc, c'est vrai que je sais maintenant que je ne veux vraiment plus faire partie de ce milieu, que la musique est un amour, et que c'est le plus important, c'est de célébrer cet amour, de mettre quelque chose comme ça à l'extérieur, de sortir quelque chose. C'est une sorte d'accouchement, quoi, de quelque chose, en fait. Tu donnes naissance à quelque chose, et c'est ça le plus beau. C'est ça. Et finalement, en travaillant de la sorte, je ne trouvais plus de sens dans une expérience comme ça. Je ne trouvais plus de sens dans cette création qui n'en était plus, qui était quelque chose, un corps étranger. La conclusion, c'est que lorsqu'on n'écoute pas ces valeurs, ça finit par se manifester. Soit c'est la vie qui fait les choses, soit c'est le corps qui l'emporte. Donc il faut voir... Si vous êtes dans ces situations, combien de temps vous allez tenir comme ça ? Alors, il y en a qui sont prêts à tenir très, très, très longtemps. Et je trouve que c'est terrible. C'est terrible parce qu'on souffre dans ces moments-là. Et on cherche aussi à protéger quelque chose. C'est-à-dire que finalement, en finissant par être attentif à ces signes du corps, et en disant stop, il y a une part de renoncement. Sinon, on n'irait pas s'accrocher à quelque chose. On renonce à une image, on renonce à un idéal. C'est sûr que moi... J'avais super envie d'être dans la musique. Je me disais, putain, t'as bossé tellement dur, ça y est, tu vas enfin avoir les fruits de tout ce boulot. Donc finalement, il y avait ce renoncement de cette part de moi qui rêvait aussi un petit peu. Bon, je ne me faisais pas d'illusions sur le milieu de la musique, mais quand même, je me disais, la vache, tu vas pouvoir vivre de ce que t'aimes. Mais voilà, ce que t'aimes, ce n'est pas ça. Donc voilà, on ne s'accrocherait pas à cette image si longtemps, s'il n'y avait pas un enjeu quelque part. Donc ça prend du temps, tout ça, à se découdre et déjà se remettre aussi, parce que son corps, il prend cher dans ces moments-là. Donc il faut vraiment se poser dans ces moments-là. Je pense que se recentrer, c'est essentiel. Alors qu'est-ce qu'on appelle se recentrer ? Parce que c'est un terme finalement un peu qu'on fout un peu à toutes les sauces. et ben... Se mettre dans le calme, tout simplement. Peut-être être un peu seule ou s'entourer des siens. Moi, j'ai vraiment resserré le noyau. Famille très proche, amis très proches. Et voilà, c'est ça que j'appelle se recentrer. Retrouver contact avec des choses simples, comme le fait de... J'ai arrêté l'alcool aussi à ce moment-là, je perdais ma mère. Donc finalement, il y avait vraiment un retour à l'essentiel. Qu'est-ce qui est vraiment, vraiment important pour vous ? Et quelles seraient les choses, ces petits renoncements ou ces gros renoncements, qui finalement, lorsqu'on regarde la balance, donnent naissance à quelque chose de beaucoup plus grand et de beaucoup plus beau ? A savoir que le matin, quand vous vous regardez dans le miroir, vous aimez ce que vous voyez. À bientôt. Ciao.