Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Nous voici fin mai. Enfin ! J'ai toujours l'impression de sortir d'un tunnel. Le mois de mai est un gruyère. Des jours fériés partout, des semaines trouées, des jardineries fermées au moment précis où il faut agir vite. J'en perds mes repères. Et pourtant, au jardin, tout accélère brutalement. Après l'hiver, tout arrive, en même temps absolument tout. Il faut semer, repiquer, désherber, arroser, tailler, broyer, pailler, attacher, surveiller. Les jeunes plantes venues de la jardinerie ou de ma pépinière réclament une attention constante pour réussir leur implantation. Chaque oubli se paye immédiatement. Le mois de mai ne pardonne pas l'absence. Et puis il y a les tailles, les haies, les lauriers, les limites avec les voisins. Et qui dit taille, dit aussi broyage. Puis répartition du broyat. Partout où la terre apparaît à nu, rien ne s'arrête à une seule tâche. Chaque geste en entraîne trois autres. Les pages de mon cahier de jardin se remplissent à une vitesse folle. Cette année, deux jardiniers viennent chaque semaine, quatre heures chacun. Et malgré cela, quand ils repartent, je continue encore plusieurs heures derrière eux. Sans cette aide, je crois que je ne pourrais plus maintenir un tel lieu aujourd'hui. Le jardin a pris une ampleur immense. Les arbres ont grandi, les masses de végétation aussi. Tout est devenu plus dense, plus vivant et plus exigeant. Avec l'un des jardiniers, nous sommes comme deux enfants dans un bac à sable géant. Ce que l'un ne voit pas, l'autre l'a remarqué. Nous prenons des décisions ensemble, presque sans parler. L'autre jardinier, Thierry, travaille avec une efficacité redoutable, une force tranquille. Quand il désherbe un espace, il le transforme. Lui-même dit souvent « Oh, moi je suis un ours ! » Et c'est vrai ! Un ours infatigable, capable de travailler 5 heures d'affilée, sans presque lever la tête. Le mois de mai, c'est aussi le retour des poules et de leurs idées. Mes poulettes se mettent à couver. Problème, je n'ai pas de coque. Alors, je vais chercher des œufs fécondés chez Claudine, celle qui anime la ruche qui dit oui, hébergée sur le site. Chez elle, je suis sûre qu'ils sont fécondés. Et ensuite commence le cirque. Quand les poussins éclosent, il faut les protéger des Ausha qui rôdent partout autour du jardin. Le matin et le soir deviennent un véritable rodéo. Ouvrir, fermer, déplacer les cages, sortir certaines poules, enfermer les autres. Les poussins doivent rester protégés avec leur mère. Mais si je ferme complètement le poulailler, les autres poules vont pondre n'importe où dans le jardin et je ne retrouverai jamais les œufs. Pendant ce temps-là, le jardin commence déjà à recevoir des visiteurs. L'ouverture officielle du site n'a lieu qu'en juin. Mais dès que les ponts de mai s'alignent avec une météo clémente et un week-end à rallonge, les demandes affluent. Alors il faut que tout soit impeccable, parce qu'aujourd'hui, chaque visiteur prend des photos. Et ces images deviennent aussitôt Une représentation du lieu et de moi-même. Les orangés aussi ressortent au mois de mai. Avec eux commence l'esclavage de l'arrosage, presque tous les jours, même quand il pleut. Parce qu'un orangé en pot reçoit finalement très peu d'eau de pluie. Le feuillage dévie l'eau à l'extérieur du contenant. Les pots noirs chauffent vite, sèchent vite, et puisent vite les réserves. Alors je puise à la citerne remplie par les pluies d'hiver, en sachant très bien qu'elle sera bientôt vide et qu'il faudra passer sur le réseau. Au mois de mai, les orogés deviennent magnifiques. Leurs fleurs embaument, leur parfum est enivrant, mais ils sont extrêmement coûteux en temps. Fin mai, c'est aussi le moment où les réserves du potager sont... presque épuisés. Les carottes de l'année commencent à germer dans leurs silos. Les pommes de terre aussi. Le jardin produit encore peu. On est dans cette entre-deux étrange où l'on travaille énormément alors qu'on récolte très peu. Heureusement, il y a les sauvages jeunes. Les orties, le lierre terrestre, les gopodes, l'ail des ours, les émeules locales, les fougères comestibles. J'en fais des pestos, des soupes. avec ses cueillettes improvisées. Et surtout, il y a les asperges. Pendant plusieurs semaines, c'est un festin quotidien. Sautez rapidement, roulez dans du jambon, englopez dans une feuille de riz, puis passez à la friture. Mais, fin mai, j'avoue, saturez un peu des asperges. Et puis, arrive la pentecôte. À partir de là, il faut arrêter de les récolter. Laissez les plants. refaire leur force pour l'année suivante. Au jardin, il faut toujours penser au futur, au moment même où l'on profite du présent. Les cerises mûrissent, les fraises rougissent aussi. Les gariquettes, les fraises des bois, il faut les cueillir rapidement puis les transformer. Encore du travail qui s'ajoute au travail, mais aussi la promesse des confitures des... desserts, des plaisirs des jours suivants. Et, bien sûr, il y a les limaces, les grandes prédatrices du mois de mai. Je fais des sorties nocturnes armées d'une lampe pour les chasser. Si je les laisse faire, elles dévorent les jeunes plants en une nuit. Les choux fraîchement repliqués sont leurs favoris. Sans vigilance, il ne resterait plus grand-chose du potager. Mais est aussi un mois de floraison successive. Les persenèges d'abord, puis les narcisses, les tulipes, les azalées, les rhododendrons, les iris, les digitales, les encolis et enfin les rosiers qui prennent le relais juste avant juin. Le jardin change de visage presque chaque semaine. Et derrière chaque floraison, il y a déjà l'entretien. Couper les fleurs fanées, nettoyer, préparer la suite. Quand je relis mon cahier de jardin, je vois les pages entières de listes. Pailler les aubergines, tailler le charme au-dessus du bassin, broyer les déchets de taille, tendre, réorganiser sous l'observatoire, repiquer des choux, ressemer des carottes, installer les nouveaux semis dehors, arroser les fruitiers, traquer les pyrales, tailler les lauriers, nettoyer le poulailler. Je barre une ligne et trois nouvelles lignes apparaissent aussitôt. Et plus on est au jardin, plus on voit ce qu'il faudrait faire. Cette année, nous avons même eu les seins de glace, ces nuits très froides de mai qui rappellent brutalement qu'en Alsace, on ne plante pas les tomates, aubergines ou courgettes trop tôt. Tant que le risque de gêne existe, les plantes fragiles restent sous serre. Et malgré toute cette énergie déployée, il y a quelque chose de profondément heureux dans ce mois. Les premières visites du jardin me permettent de le regarder autrement. Quand j'explique un arbre, une anecdote, une plantation, je redécouvre moi-même la richesse du lieu. Les visiteurs me forcent à ralentir, à contempler ce que je ne vois plus. quand j'ai le nez dans le travail. Et parfois, grâce à leur regard, je mesure enfin ce qui a poussé ici au fil des années. Pas seulement des plantes, mais tout un monde. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon. pompe avec moi.