Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler des camis. Pourquoi les camis juste maintenant ? Parce que mes sorties nocturnes pour chasser les limaces me font vivre une expérience différente dans mon jardin qu'en plein jour, quand je suis plus centré sur un programme à exécuter. La nuit, l'ambiance est mystique. Ma frontale focalise mon attention sur des détails que je ne perçois pas en plein jour. Le silence règne et le temps semble arrêté. Je m'adresse à chaque plante que le faisceau de lumière balaye. Ces balades nocturnes dans le calme absolu ravivent des réminiscences d'ambiance vécues au Japon, d'émotions traversées dans la contemplation des jardins visités. La nuit me propose un autre regard sur mon espace que celui de la jardinière préoccupée par ses cultures et les soins aux plantes. Une nouvelle dimension se révèle et une question se pose. Est-ce que c'est ça, la présence des kami ? Si Dieu dans les croyances occidentales est le grand architecte, les kami sont considérés dans la tradition shintoïste, la religion autochtone du Japon. comme des forces sacrées qui habitent et animent le monde qui nous entoure. Les kamis sont plus proches des esprits de la nature ou des divinités grecques que du dieu chrétien. Le Shinto ne cherche pas tant à sauver l'âme qu'à vivre en harmonie avec les forces invisibles qui nous entourent. Quand le bouddhisme est arrivé au Vème siècle depuis la Corée, Il rencontre un Shinto bien implanté, centré sur les kami locaux, la nature et les rites de purification. Plutôt que de remplacer le Shinto, il s'y superpose. Des temples bouddhistes sont construits à côté, voire à l'intérieur des sanctuaires Shinto. Les deux traditions ne se sont pas opposées, mais ont fini par fusionner. Le Japon a intégré le nouveau, le bouddhisme, en le rendant compatible avec l'ancien. Dans la vie quotidienne, les Japonais prient indifféremment au sanctuaire Shinto ou au temple bouddhiste sans contradiction. Les kamis pour la fertilité, la protection et le Bouddha surtout pour la mort et l'au-delà. Lors de mes séjours, je n'ai jamais vraiment réussi à faire la différence entre un temple bouddhiste et un sanctuaire Shinto. Je voyais les gens prier, mais je ne savais pas qui ils priaient. J'ai fait des séjours dans des temples zen, mais j'étais plus dans l'observation que dans une pratique fervente. Je me suis prêté à certains rituels dont je me souviens encore vaguement. Omikuji, une espèce de loterie où l'on secoue un cylindre contenant des bâtonnets numérotés, le numéro qui sort du tube renvoie à un papier que l'on va chercher sur un présentoir. Le papier en question renvoie à un texte divinatoire qui indique le niveau de chance pour l'année à venir et des détails sur différents aspects de la vie. Je n'ai pas réussi à retrouver ce papier dans mes trésors rapportés du Japon. Il y en a tellement ! Heureusement, mon niveau de chance était plutôt bon et je n'ai pas eu à attacher le papier sur un fil pour laisser le mauvais sort sur place. Je garde en mémoire l'image de ces papiers pliés suspendus à des fils. Ces guirlandes de vœux ou de soucis abandonnés. Cette forêt de papier démontre le côté populaire du Shinto. Ces murs blancs qui ondulent représentent les espoirs, les incertitudes et les angoisses de milliers de personnes qui ont commencé l'année ici. Un autre geste que j'ai fait par imitation, sans en comprendre immédiatement le sens, consistait à faire brûler un bâton d'encens planté dans de la cendre fine accumulée dans le colo, l'immense brûle en sang posée sur un socle. On m'a expliqué plus tard que le geste d'attirer les effluves vers soi avec les mains lavait en quelque sorte mon corps avec la fumée. Même sans connaître vraiment le sens de ce geste, La première fois que je l'ai exécuté par mimétisme, j'étais prise par le parfum boisé, doux et résineux qui monte, portant les voeux et nettoyant les impuretés. Mon expérience s'est déroulée à Asakusa, où je séjourne régulièrement près du temple Sensoji, dans un quartier très touristique, où les gens se pressent en masse à certaines dates marquantes. J'avais le sentiment d'une spiritualité qui imprègne la vie de tous les jours et qui se traduit dans de nombreux domaines. Le souci shinto de la pureté renforce l'extrême propreté japonaise. C'est immédiatement perceptible partout. En ville, aucun déchet dans la rue, aucun mégot de cigarette. Les fumeurs peuvent se retrouver autour de endriers collectifs qui sont régulièrement vidés. Pas de poubelle dans les rues, chacun gère ses déchets. Le respect de la nature se manifeste dans l'amour des saisons, avec des temps forts comme Hanami ou Momiji, et dans la gratitude envers ce qu'elles nous offrent. L'esthétique japonaise qui me touche profondément. manifeste elle aussi cette fusion à travers la création d'objets, l'architecture, la calligraphie, l'ikebana, les jardins, la cuisine. Sans entrer plus avant dans la compréhension du shintoïsme et du bouddhisme, je me suis complètement fondue dans leurs effets. Ce qui m'a le plus touchée au Japon, c'est qu'il n'y a pas de séparation. entre l'ordinaire et le sacré. Je ressentais que le sacré circulait partout. Les choses me semblaient habiter. Cette immersion m'a profondément transformée et a changé mon rapport au jardin, à la cuisine, aux objets. Je n'habite plus mon univers de la même manière. Dans les prochains épisodes, Nous ferons une incursion dans les différentes facettes de mon quotidien où s'exprime cette attention qui rend les choses si vivantes. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.