Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon. Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Mon premier agrume, c'était un bergamotier. J'ai découvert cet arbre en Crète, lors d'une résidence artistique à Rétimio. Le père d'une artiste avec qui je travaillais là-bas, Rissi Karapidaki, possédait un verger. Un verger sur les collines extérieures d'où on voyait la mer. Le jour où il me le fait visiter, un fruit encore vert, rond comme une orange, était tombé au sol. Il m'invite alors à gratter légèrement l'écorce pour en sentir le parfum. Et la révélation, grosse révélation, c'était l'odeur de la bergamote. Une immense surprise, parce que j'avais toujours cru que ce parfum appartenait uniquement à mon enfance, à travers les fameuses bergamotes de Nancy. Dans ma petite ville de Brumate, deux fois par an, à la foire de la Saint-Jean, en juin, Et à la foire ux oignons en septembre, nous avions droit à un petit sachet de bonbons parfumés à la bergamote. C'était ma Madeleine de Proust. Depuis toujours, je cherchais l'origine de ce parfum extraordinaire. J'avais cru le trouver lors d'une visite dans les jardins de Salagon, où l'étiquette d'un massif de fleurs indiquait bergamote. J'ai discrètement prélevé une fleur pour ressemer cette merveille chez moi. Mais elle n'avait de bergamote que le nom. Le parfum n'y était pas, ni dans les feuilles, ni dans la fleur. En rentrant de Crète, je découvre qu'on peut commander un bergamotier en ligne. J'en achète un immédiatement. Mais je ne voulais pas qu'il reste seul. Alors je lui ai trouvé des compagnons, une orange amère et un citronnier achetés en jardinerie. Et ainsi commença la collection. Plus tard, un collaborateur mexicain rejoint mon entreprise. Grâce à lui, je pouvais enfin pratiquer un peu l'espagnol que j'apprenais sans jamais vraiment l'utiliser. Et avec lui, la famille des agrumes s'est étouffée. Un grand citronnier est arrivé. Il y eut aussi un kombawa, dont on utilisait les feuilles pour parfumer les plats thaïlandais. Un citron vert, évidemment. Pour un Mexicain, c'était indispensable. Puis d'autres citronniers, issus de semis, une main de bouddha, des mandarines, des clémentines. Bref, la famille s'agrandissait. Plus tard, c'est moi qui ai enrichi la collection avec mes propres passions. Un citron meillère, un citron meillère sanguine, un citron caviar, un kumquat, que je dois surveiller de près parce qu'il a tendance à faire des rejets très vigoureux sous le point de greffe qui épuise le pied si je les laisse grandir. Ce qui arrive régulièrement parce qu'il est très habile pour dissimuler ses escapades végétales. Plus tard encore, quand le Japon a pris le dessus, sont arrivés d'abord le yuzu, si parfumé, puis le sudachi, dont on consomme surtout l'écorce verte pour décorer les plats, puis une mandarine japonaise satsuma, bien généreuse en fruits, dont la pulpe est plus orangée que la peau. Le yuzu, lui, s'est fait attendre. Il a fallu sept ans à l'escalier. pour produire sa première fleur, puis son premier fruit. Alléluia ! Tous ces agrumes poussaient alors dans de très jolis pots en résine grise, carrés, avec une décoration un peu à la française, très élégant, mais aussi très fragile, et surtout extrêmement compliqué à soulever pour les déplacer. Car deux fois par an, il y a la grande transhumance. rentrer les agrumes à l'atelier pour les hiberner, puis les ressortir dès que les gelées ne sont plus à craindre. Une année, je les ai sorties trop tôt. Cette année-là, avril nous a réservé de fortes gelées. Les feuilles des agrumes ont grillé et je n'ai eu ni fleurs ni fruits. Depuis, je suis beaucoup plus prudente. Un jour, nous avons commencé à abandonner ces beaux pots carrés. J'ai toujours rêvé de vraies caisses à oranger en bois avec, si possible, des parois amovibles pour changer la terre, le must. Mais le rêve a un coût prohibitif et nécessite des enjeux spéciaux pour déplacer ses pots très lourds. Aussi, j'ai opté, sans complexe, pour de simples seaux poubelles noires. Moins glamour, certes, mais... avec des poignées, donc beaucoup plus faciles à transporter. Et surtout, légèrement coniques, ce qui permet plus facilement de sortir la motte lors du rempotage. Avec les pots carrés, lorsque les racines se comprimaient contre les parois, l'extraction devenait un enfer. L'année du confinement, en 2020, avec mon fils Pierre, nous avons lit... Il a littéralement massacré le yuzu pour le sortir de son pot. Un vrai carnage. Nous n'avons pas voulu casser le pot, ce qu'il aurait pourtant fallu faire. Alors nous avons brutalement forcé l'extraction. Résultat, le yuzu a mis 6 ans à s'en remettre. Nous sommes en 2026 et c'est la première fois que je le vois refaire une fleur de puce. Pendant ce temps-là, d'autres petits yuzus, ceux rachetés entre-temps et ceux produits chez moi en semant des graines, ont déjà donné de petits fruits. Cette année, l'épisode de la sortie des agrumes a été mémorable. Une journée de travail avec deux jardiniers était programmée pour un vendredi. Objectif, sortir tous les agrumes de l'atelier. Quelques jours avant... J'ouvre la grande double porte pour leur donner un peu de lumière après l'enfermement de l'hiver. Et là, j'ai eu l'impression qu'ils me criaient, « Mais sors-nous de là, s'il te plaît, on n'en peut plus ! » En plus, j'avais découvert que deux pots oubliés lors du dernier arrosage étaient complètement secs. Toutes les feuilles étaient tombées au sol. Il fallait agir vite. Impossible d'attendre les jardiniers. Alors, je m'y suis mise seule. Une énergie de folie pour une petite brindille comme moi à déplacer des pots qui pèsent plus que mon propre poids. À l'intérieur, les pots reposent dans leur secours. J'ai tiré le tout jusqu'à la porte où il restait une marche à descendre pour rejoindre le terrain extérieur. En arrivant sur le seuil, je tirais, je tirais jusqu'au point de bascule et je laissais la gravité poursuivre le mouvement en l'accompagnant. À un moment donné, alors que j'empoignais un pot, en tirant de toutes mes forces, la poignée du pot lâche. Je vous laisse imaginer le plongeon que j'ai fait à travers la pièce, propulsé par l'énergie de l'action. Heureusement que j'ai fait du judo autrefois et que le sol est en bois. J'ai fait un roulet-boulet en me faisant finalement plus peur que mal. Même pas une douleur le lendemain. Et j'ai continué l'action, sans me laisser démonter, pour sortir le reste des arbres confinés. Pas question de laisser certains pots à l'intérieur, alors que des privilégiés reçoivent déjà les rayons directs du soleil. Et j'ai sorti seule, comme une grande, un peu plus de vingtagrune. Euh, ouais, neuf dans l'allée, huit sur les dalles et cinq pots plus petits, oui, ils sont 22 en tout. Et ils étaient tellement heureux qu'à peine deux jours après, ils ont explosé de fleurs. Comme pour dire merci. Quant à moi, fière d'avoir réalisé ce que je considère comme un exploit, j'ai pu prendre conscience de la puissance que ma part masculine a été. capable de déployer pour répondre à l'appel de ses arbres, avec qui mon côté féminin entretient une relation forte, construite sur des soins attentifs et constants. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager. au Japon avec moi.