Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Dans la médecine traditionnelle chinoise, sur laquelle s'appuie la cuisine japonaise, le printemps est la saison de l'énergie bois. C'est l'élan du vivant qui remonte, de la sève qui pousse, de la graine qui germe et perce la terre pour aller vers la lumière. C'est une énergie de démarrage, d'impulsion, de projection. Cette énergie correspond au foie, à la couleur verte, au mouvement ascendant, à la croissance, à l'expansion. C'est la puissance incarnée, la force créatrice, cette impulsion profonde qui nous remet en mouvement après l'hiver. Le foie est là pour donner du mouvement au début du cycle à l'énergie la plus créatrice qui existe dans notre corps. Et le foie, dans cette vision, n'est pas seulement un organe, il représente notre corps. capacité à créer, à décider, à avancer. Il est lié à l'élan vital, à la direction que l'on donne à sa vie. Lorsque cette énergie circule bien, elle soutient la créativité, l'expression artistique, l'envie de construire, d'inventer, de se déployer pleinement. L'émotion associée au bois, c'est la colère. Non pas la colère juste, celle qui protège et pose des limites saines, mais plutôt la colère rentrée, l'impatience, la frustration silencieuse, la honte ou la culpabilité lorsque l'on prend trop sur soi, lorsque nos limites ont été franchies sans que nous ayons pu ou su les défendre. Le printemps nous invite à cela, sortir de l'inertie, reprendre notre place, faire circuler notre énergie et laisser notre propre sève intérieure retrouver son chemin. Nourrir l'énergie bois, c'est alors retrouver du mouvement, marcher dans la nature, se promener en forêt. Travailler au jardin, observer le verre qui revient partout, remettre le corps en action. C'est aussi respecter le sommeil, en particulier entre 23h et 5h du matin, ce moment où le foie se régénère profondément. Nous pouvons aider notre sève intérieure à retrouver son chemin par l'alimentation. Après l'hiver, le corps a besoin de légèreté, de circulation et d'élan en choisissant des aliments vivants, frais, jeunes, qui portent eux-mêmes cette énergie ascendante. On va naturellement se tourner vers tout ce qui nourrit symboliquement et concrètement cette dynamique du bois. Dans le jardin et dans la nature, cette énergie est partout visible en ce moment. Elle se manifeste dans toutes ces jeunes pousses vigoureuses qui montent vers le haut. Les feuilles tendres, les légumes verts comme l'ail des ours, les gopodes, le lierre terrestre, la berce, l'ortie, les tiges des héméroquas, le pissenlit, le poireau, l'épinard, les asperges, les fougères combustibles, la rhubarbe. Tous ces végétaux portent en eux ce dynamisme du printemps, cette volonté tranquille mais irrésistible de grandir. La récolte est particulièrement douloureuse cette année, la première année où je pars seule avec mon petit panier cueillir ces trésors que la nature nous offre. Anne-Marie qui m'a initiée n'est plus là pour partager ses cueillettes et leurs transformations au retour de promenade en soupe onctueuse au verre éclatant la soupe rossignol comme les japonais l'appellent poétiquement de la couleur de l'oiseau dont elle rappelle le plumage n'aura plus jamais le goût d'avant cette année la soupe rossignol a le goût de l'absence et réveille la nostalgie de ce qui ne sera plus. C'est la nouvelle saveur de cette soupe et chaque modification de cette saveur marquera une étape sur mon chemin de deuil. Le goût acide a aussi toute sa place. Il soutient le foie, et favorisent la mise en mouvement. La rhubarbe, les lactofermentations, quelques touches de citron, des légumes légèrement macérés dans un vinaigre de riz doux peuvent réveiller l'organisme en douceur et aider à relancer la circulation de l'énergie. Mais nourrir le bois, ce n'est pas seulement manger vert ou acide. C'est aussi retrouver une manière de manger plus vivante, plus consciente, plus reliée au rythme de la saison. Une manière de cuisiner ce qui pousse maintenant, de suivre le tempo du jardin, de remettre du frais, du croquant, du vibrant dans l'assiette. Il est aussi intéressant d'alléger ce qui encombre, les excès de gras, les repas trop lourds. L'accumulation de sucre ou d'aliments très transformés qui peuvent freiner cette montée naturelle. Le printemps appelle davantage à la fluidité qu'au sauvage. L'alimentation devient alors un soutien à notre élan intérieur. Elle ne force pas le mouvement, elle l'accompagne. Elle aide cette sève. intime à remonter, à circuler, à redonner au corps sa capacité naturelle de créer, d'agir et de respirer pleinement. Si l'énergie bois circule bien au printemps, alors l'été pourra s'installer harmonieusement. Mais si cette phase est bloquée, trop de stagnation, de frustration, de fatigue. ou de colère contenue, cela peut freiner la transition et rendre plus difficile l'entrée dans la légèreté du feu qui va suivre. Le printemps n'est donc pas seulement une saison, c'est un passage, une invitation à remettre du mouvement là où l'hiver avait ralenti pour que notre énergie puisse ensuite s'ouvrir pleinement. à la lumière de l'été. Et chez vous, comment circule-t-elle cette énergie bois actuellement ? Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.