Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! C'est le printemps, la belle lumière encore rasante, les cascades de floraison, la symphonie ininterrompue de feuillage verdissant, tout cela pousse à sortir au jardin. Pourtant, il est encore trop tôt pour jardiner. Ici, en Alsace, le thermomètre flirte avec le point de Jolie depuis plusieurs nuits. Le gunéra, cette fougère tropicale aux grandes feuilles, a été libéré trop tôt de sa cabane de protection. construite avec des bottes de paille et remplie de feuilles mortes. Résultat, les jeunes feuilles émergentes qui pointaient effrontément vers la lumière ont grillé. Gros suspense maintenant. La plante va-t-elle se reprendre et refaire de nouvelles feuilles ? Malgré l'avertissement, j'ai craqué. J'ai enfoncé mon bonnet jusqu'aux oreilles et suis allée... planter les pommes de terre princesse amandine, une variété précoce. Je vous laisse imaginer la saveur d'une pomme de terre qui porte un si joli nom. Plus tard, mi-juin, je pourrai commencer à explorer avec délicatesse sous le feuillage des plants les plus vigoureux, ceux qui auront déjà fleuri. En gratouillant du bout des doigts au centre du plant, je mets les tubercules à nu. Alors, je peux choisir la pomme de terre la plus grosse du lot. Je referme bien la brèche que j'ai ouverte. Les autres tubercules du plant vont continuer à grossir jusqu'à la récolte définitive où j'arracherai tout le pied quand la végétation aura flétri. Ainsi, en visitant trois ou quatre plants, je récolte suffisamment de pommes de terre nouvelles pour un micro-festin. Épluchées avec les doigts sous le robinet à peine sorties de terre, cuites entières, servies avec un filet d'huile d'olive et une pincée de sel, c'est juste divin. La tradition dit qu'on attend la floraison du lilas pour planter les pommes de terre. Mon vieux lilas, qui était déjà sur le terrain à mon arrivée ici, ne fleurit plus guère, faute d'une bonne taille après chaque floraison. Ce vieux lilas, un peu oublié, un peu sauvage, c'est lui qui tient l'horloge du jardin. Pas une horloge exacte, non ! Une horloge vivante, capricieuse, mais infiniment juste. Et il lui suffit d'une seule fleur violette pour donner le signal. Et sinon, on fait quoi en attendant que la terre se réchauffe ? Moi, je jette mon dévolu sur l'air de compostage. C'est la cuisine du jardin. J'y fais ma petite tambouille, mes lasagnes d'herbes coupées, de végétaux broyés. de paille, de déchets de cuisine et aussi de fiantes de volaille. chaque fois que je nettoie le poulailler. Il y a beaucoup d'approches différentes concernant le compostage. Les courants et les modes se succèdent avec leurs argumentaires. J'ai des souvenirs de mon grand-père avec sa bêche qu'il enfonçait profondément dans la terre pour créer de grosses mottes. Il enfouissait du fumier dans l'espace ouvert, puis remettait une nouvelle couche de terre. Cette opération se faisait avant l'hiver pour que le fumier ait le temps de se décomposer car un fumier trop frais inhibe la croissance des plantes. C'était physique, ça cassait le dos. Et il paraît que cela perturbait trop la vie du sol entre les couches microbiennes aérobie et anaérobie. À mes débuts, Un paysan venait me décharger une remorque de fumier au bout du jardin. Je ne procédais déjà plus comme mon grand-père en l'enfouissant, mais je montais des tas dans l'aire de compostage. Il m'a fallu plusieurs années d'expérience pour obtenir un compost digne de ce nom. À cette époque, j'avais beaucoup moins de temps pour jardiner. Je ne travaillais pas assez mes tas pour une décomposition efficace. Ça sentait mauvais, c'était lourd, signe d'un pourrissement plutôt que d'une fermentation. En permaculture, la dernière tendance en cours, on dépose les déchets végétaux directement sur les plats de bande et la vie microbienne fait le reste. C'est assez logique et c'est ce que je me suis empressée d'appliquer. En hiver, je vide mes sceaux de compost directement sur mes carrés de jardin. Mais au début du printemps, je change de tactique pour des raisons esthétiques. Je ne veux pas que des déchets végétaux disparates soient visibles sur les carrés potagers lorsque le jardin s'ouvre aux visiteurs. Et puis, à certains moments, j'ai plus de végétaux que de terres nues ou les répandre. Alors je monte de jolis andins dans un recoin du jardin spécialement aménagé à cet effet. Mon aire de compostage est cerné de bouleaux, de sureaux, de noisetiers qui sont supposés avoir une influence bénéfique sur le compostage. Trois tas à différents stades de maturation occupent l'espace. Ils montent au fil du temps. puis se tassent avec la pluie et la lente décomposition. C'est à ce moment-là que j'interviens pour les décompacter, mélanger les couches, apporter de l'oxygène, ce qui relance le processus de décomposition. L'opération est beaucoup plus facile qu'à l'époque de mes gros tas de fumier lourds et compacts. Je tamise les tas les plus avancés pour obtenir un beau terreau de plantation. Les résidus trop gros, qui ne passent pas les mailles du tamis, sont déposés sur les nouveaux tas, où ils agissent comme un levain pour stimuler la vie microbienne. Dans ces tas, ça travaille sans relâche. Bactéries, champignons, insectes, une armée invisible qui transforme la mort en fertilité. Ça chauffe même parfois ! C'est surtout le gazon fraîchement tendu qui se met à fermenter rapidement et à produire de la chaleur. Un jour, j'ai découvert deux poussins inanimés tomber hors du nid où ils venaient d'éclore pendant que la mère poule chauffait sous ses ailes ceux qui étaient restés près d'elle. Toute triste, j'enterre les poussins sous la couche de gazon fraîchement tendu que je venais d'étaler sur mon tas de compost. Un peu plus tard, alors que je m'activais à proximité, j'entendais « piou piou » , un son faible dont je ne saisissais pas bien l'origine. En dressant l'oreille, j'ai fini par découvrir que les deux poussins que j'avais enterrés les croyants morts ont été réanimés sous l'effet de la chaleur dégagée. par la fermentation de l'herbe et j'ai pu les reposer près de la maman pouille qui les a chauffées avec ses petites ailes. Ma sœur Simone me dit que je devrais faire plus de sport. Pour elle, jardiner, ça ne compte pas. Faire du sport, c'est en salle, sur des machines, où on peut travailler chaque muscle comme il se doit. Moi, plutôt que de dépenser mon énergie sur des appareils, j'aime la mettre au service d'actions porteuse d'un résultat, comme la création d'un bel environnement, des récoltes généreuses, et pas forcément pour avoir des mensurations idéales. Peut-être que les citadins ont oublié que le corps est fait pour ça. Porter, creuser, sentir, respirer dehors. J'aime toucher ma terre, voir grouiller les vers de terre, écouter le chant du merle. Levez le nez sur les rameaux en fleurs, c'est aussi un moment d'interaction avec mes poules qui savent où trouver les bonnes choses. Quand je m'active dans l'air de compostage, elles sont entre mes pieds, pas craintives du tout. Elles en oublient leur distance de sécurité habituelle. Elles dénichent de minuscules bestioles invisibles pour moi, de gros vers blancs d'odieux qui prolifèrent dans l'humus et se gavent de vers de terre. Elles grattent dans tous les sens, me prêtant main forte pour aérer les couches compactes. Je le reconnais, je suis une grande privilégiée d'occuper ce lopin de terre qui me nourrit à plus d'un titre. Mon jardin a une telle importance dans ma vie que je l'ai ouvert au public pour que d'autres puissent... aussi se ressourcer dans un coin de nature domestiquée. Et vous, vous arrive-t-il de vous poser dans un jardin ? Savez-vous qu'il y a des jardins à visiter dans toutes les régions de France ? Dans ma région, l'association Parc et Jardins d'Alsace regroupe tous ces jardins qui s'ouvrent au public, reflet de ce qui anime leurs propriétaires. Chaque jardin vous invite à découvrir son univers singulier faisant écho à votre propre connexion à la nature et à la création. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.